
Pour débuter cette série spéciale consacrée à notre démocratie, nous commençons par le diagnostic. Comment se porte notre démocratie ? Pourquoi la confiance entre les citoyens et leurs représentants politiques s’érode-t-elle ? Analyse avec Vincent De Coorebyter, pr...
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Le vote, c'est vraiment le moment où le peuple exerce sa souveraineté. Nous serons en résistance le temps qu'il faut.
B
Si on fait rien du tout, le fascisme va venir.
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On a peur pour notre démocratie.
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Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés pour le premier épisode d'une série que nous avons choisi de consacrer à la démocratie. Alors que la méfiance vis-à-vis des institutions et du monde politique atteint des records, alors que les discours extrêmes sont de plus en plus présents dans l'espace public, l'état de droit recule. Alors que nouer des compromis semble de plus en plus difficile, on s'est dit qu'il était grand temps de se poser pour tenter de comprendre pourquoi la démocratie est aujourd'hui à ce point dans les cordes. Faut-il craindre le chaos ? Quelle réponse politique pour sauvegarder ce modèle démocratique ? Ce sont toutes ces questions que nous allons prendre le.
C
Temps d'explorer. La première.
A
Les clés. Nous avons une crise assez existentielle de la démocratie, on le voit un peu partout. La démocratie est de plus en plus en décalage avec le tempo de la société qui est devenue très rapide. Aujourd'hui, nous avons plutôt le sentiment que ce sont les régimes plus autoritaires qui influencent les démocraties et non pas les démocraties qui influencent les régimes autoritaires. La grande question qui se pose pour moi, c'est de savoir est-ce.
B
Qu'On va changer le système après ou avant le crash. Ces mots, ils datent de 2018. À l'époque, on vous avait proposé, sur la première, une série intitulée... Et qui se demandait déjà pourquoi nos démocraties semblaient à ce point en crise. Trump venait d'arriver au pouvoir aux Etats-Unis pour son premier mandat. Le leader d'extrême-droite Matteo Salvini était ministre de l'Intérieur au gouvernement italien. Et la France connaissait la crise des.
A
Gilets jaunes. Il y en a marre de ces injustices sociales. On ne peut pas continuer comme ça, ce n'est.
B
Pas possible. Huit ans plus tard, aujourd'hui, il faut bien constater que le diagnostic est encore beaucoup plus inquiétant. Donald Trump est de retour au pouvoir avec un vrai programme d'extrême droite et il a décidé de s'attaquer violemment à tous les contre-pouvoirs. ... En Italie, l'extrême droite dirige désormais le gouvernement. En tout, aujourd'hui, l'extrême droite est associée au pouvoir dans 5 pays membres de l'UE et elle performe électoralement dans quasiment tous les autres. Dans certains pays, comme la France, l'instabilité.
A
Est pratiquement permanente. « J'ai décidé de.
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Vous redonner le choix de notre avenir parlementaire par le vote. » Chez nous, en Belgique, malgré des majorités claires qui semblaient se dégager après les élections, il aura fallu près de huit mois pour conclure un accord de gouvernement fédéral. Et du côté des régions, Bruxelles n'a aujourd'hui toujours pas de gouvernement plus d'un an après les élections et toujours pas vraiment de début de commencement d'une solution. On cherche à savoir qui va s'asseoir avec qui autour de la table. On met à mal le système démocratique nous-mêmes. Ajouté à cela, Un débat politique de plus en plus polarisé, de plus en plus virulent, voire violent dans les mots, sur les réseaux sociaux, mais aussi sur les plateaux.
A
De télé.
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Ou au Parlement. Et surtout, Une confiance qui s'effondre. Un divorce de plus en plus flagrant entre les citoyens et le monde politique, comme le constate Sébastien Brunet, qui dirige l'institut Wallon pour la statistique. C'est une chute de confiance historique. On fait le.
A
Baromètre depuis 20 ans maintenant. Et sur les 20 ans, c'est la première fois.
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Qu'On a un niveau de confiance si bas pour l'ensemble de la population envers.
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Les institutions politiques et les.
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Hommes et les femmes politiques. Alors, comment expliquer que la démocratie semble s'enfoncer dans la crise, malgré des sonnettes d'alarme souvent tirées ces dernières années ? C'est ce que nous allons maintenant tenter de comprendre. Et avec nous pour cela, pour ce premier épisode, il.
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Y.
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A Vincent de Corbittère. Bonjour. Bonjour. Merci d'être là. Vous êtes professeur de philosophie politique à l'ULB, président du CRISP aussi, et sans doute un des observateurs les plus fins de la démocratie chez nous, en particulier en Belgique. Alors vous avez coutume de dire, parce qu'on vous a déjà interrogé plusieurs fois sur le sujet, que la démocratie c'est un système structurellement en crise, que par essence la démocratie elle fabrique de l'insatisfaction, de la frustration. Mais là, Vincent Corbiter, est-ce qu'on n'est pas au-delà de cette crise, je dirais un.
A
Peu inhérente à la démocratie ? Je crois qu'effectivement nous sommes au-delà, ça ne veut pas dire que nous sommes à côté. Je veux dire par là que les éléments structurels de crise de la démocratie sont toujours présents et qu'il s'y ajoute des éléments conjoncturels dont on va parler qui rendent le problème plus aigu. Je pense que c'est utile de rappeler quand même pour quelles raisons le système est en quelque sorte structurellement frustrant parce qu'en fait mensonger. Je vais partir d'une phrase qui figure au l'article 2 de la Constitution française. Le principe de la République dit l'article 2 de la Constitution française. gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. C'est souvent une définition qu'on utilise pour parler de la démocratie. En fait, nous savons tous que nous ne vivons pas sous un régime démocratique ainsi défini. Nous ne vivons pas dans un gouvernement du peuple, dans une démocratie directe où les citoyens seraient législateurs, voteraient les lois ou seraient présents en tant que tels au gouvernement. Nous ne sommes pas non plus dans un régime de gouvernement par le peuple, nous sommes dans un régime de gouvernement par les élus, par les professionnels de la politique, ce qu'on appelle nos représentants. Sauf que la notion même de représentation, à beaucoup d'égard, est mensongère parce qu'il ne représente pas, à strictement parler, notre volonté en tant qu'électeur quand nous les choisissons. Toutes les constitutions démocratiques, d'une manière ou d'une autre, installent le principe de l'indépendance des élus à l'égard de leurs électeurs. Ils ne peuvent pas être bloqués par un mandat impératif que leur donneraient leurs électeurs. Ils doivent pouvoir décider au mieux et en toute liberté. Et du coup, l'élection ne produit pas l'effet qu'elle devrait idéalement produire, transférer notre volonté à nos élus, et elle produit l'effet qu'elle ne devrait idéalement pas produire, nous transférons notre souveraineté à nos élus, qui décident en notre nom, mais qui décident à notre place, avec tous les risques de trahison ou d'absence de prise en compte des attentes populaires. Et puis il est manifeste que les élus ne travaillent pas seulement pour le peuple, ils le font bien plus que ce qu'on dit. Ils ont aussi leurs contraintes partisanes, leurs calculs électoraux, leurs intérêts en tant que monde professionnel spécifique. Et il est bien évident qu'ils tiennent compte évidemment d'attentes populaires, en particulier dans la perspective d'un prochain scrutin, qui est le moment par excellence où les exigences présumées de la population sont prises en compte, mais les décisions sont en même temps filtrées par des idéologies, par l'intervention de lobbies, par des calculs de positionnement d'intérêts stratégiques, etc. Donc.
B
Ce sont des raisons d'une crise structurelle. Et pourquoi est-ce qu'aujourd'hui ces raisons-là, qui sont bien présentes et presque inhérentes, on l'a compris à la démocratie représentative telle qu'on l'a conçue, nous paraissent plus frustrantes, plus désespérantes quelque part, expliquant alors sans.
A
Doute cette crise de confiance absolument majeure ? Alors il y a pas mal de facteurs possibles, je vais en retenir deux qui me paraissent particulièrement importants et le premier des deux, on en parle trop peu à mon avis, Le système pouvait bien fonctionner tant que cette dépossession des électeurs, des citoyens à l'égard des élus était fondée sur la conviction selon laquelle en fait ces élus, ces professionnels de la politique nous sont supérieurs. Au XIXe siècle c'était évident, une bonne partie de la population était illettrée ou peu scolarisée et les élus c'était une élite sociale financièrement, culturellement, beaucoup plus diplômée On pouvait ne pas être d'accord avec ces décisions, mais on avait une certaine différence pour ceux qui savent, ceux qui ont une forme de sagesse et de connaissance. Mais en fait, aujourd'hui, d'une part, le peuple est aussi instruit globalement que le monde politique, aussi informé aujourd'hui, s'il le souhaite, que ses représentants, et ne tient plus les élus pour, évidemment, supérieurs en connaissances mon sagesse. On parle souvent de la crise de la démocratie ou de la crise de la représentation, en prenant la métaphore du fossé qui se serait créé entre les élus et les électeurs. Je pense que la crise, elle est due au comblement de ce fossé, au fait qu'il n'y a plus ce fossé social et de connaissance entre un peuple modeste et une élite qui paraît supérieure et qu'on n'admet pas de devoir, simplement par passivité ou par différence, reconnaître le bien-fondé des décisions prises par ce qui n'apparaît plus comme une élite. D'autant plus que sous l'impact de phénomènes sociologiques, c'est plutôt l'égalitarisme aujourd'hui qui a triomphé. La conviction que chacun se fait ses propres jugements avec son esprit critique, son libre accès à l'information, aux informations alternatives et il n'y a plus ce sentiment selon lequel il faudrait plier devant des supériorités établies. Au contraire, on sait que tout ce qui incarne une hiérarchie sociale ou du savoir est fortement contesté. Donc ça, c'est un premier motif d'une désaffection plus forte. On n'a plus confiance dans ceux qui nous ressemblent trop. Et puis l'autre motif, on en parle aussi trop peu. C'est tout simplement une crise d'efficacité. Malgré ses limites, la démocratie fait l'objet d'une forte adhésion s'il est manifeste qu'elle contribue à changer la vie, transformer la société, résoudre les problèmes, tracer une espérance. Ça a été largement le cas sur une série de sujets lors des deux derniers siècles. Aujourd'hui, cette efficacité paraît minée. Là aussi, pour une multiplicité de raisons, je vais en évoquer deux ou trois. Sur le terrain socio-économique, on voit bien que tous les rêves de régulation, de sortie du capitalisme, d'équilibrage des richesses, de sortie des inégalités, se fracassent sur la pression de la concurrence mondiale, sur un certain carcan des règles budgétaires et de libéralisme économique de l'Union européenne, sur l'intervention des lobbies, sur aussi notre double jeu comme citoyens qui refusons parfois le système capitaliste mais qui sommes des consommateurs effrénés et qui ne voudraient surtout pas le mettre totalement à bas. Donc, premier plan sur lequel la capacité de changer de cadre, or le cadre économique et fondamental, est affaibli. Deuxième problème, en fait, il y a des volontés éminemment contradictoires à l'intérieur de la société entre les électeurs, des intérêts corporatistes, de classe, de territoires très divers, mais en plus, des divisions internes aux électeurs eux-mêmes, qui sont déchirées dans leur propre conscience. L'exemple classique, c'est celui de l'environnement. Tout le monde préfère un climat bien maîtrisé, un environnement sain, une biodiversité maintenue, mais quand il faut payer des taxes, subir des contraintes, se voir interdire des comportements, Forcément, on rejoint, mais on a l'impression, pas toujours fausse, que c'est socialement mal réparti, que les efforts ne sont pas équitables. Si on prend la question budgétaire, c'est très frappant. En France, on annonce pour le 10 septembre la mise en place d'un phénomène qui s'est autoproclamé sous le nom de « bloquons tout », confinons la France, on ne sort pas de chez soi, on fait la grève, pour empêcher que le Premier ministre puisse faire adopter son budget qui comporte 44 milliards d'économies. Les instituts de sondage ont constaté qu'une grosse majorité des Français étaient conscients de l'ampleur du surendettement en France et de la nécessité d'apporter des réponses. Mais quand on interroge les mêmes sondés sur les mesures prises par le Premier ministre, toutes les mesures sont refusées à la majorité, à l'exception des mesures qui visent les plus riches, c'est-à-dire les autres. Et donc, il y a une difficulté à faire, je dirais, bien fonctionner le système et à lui faire produire ses effets réformateurs quand les citoyens eux-mêmes ne sont pas toujours prêts à payer le prix de certaines réformes. Et puis, troisième élément qu'on connaît bien en Belgique, une crise du mécanisme des compromis. Vous l'avez évoqué dans votre introduction. Les compromis, c'est le bien le plus précieux de la démocratie. Bernstein, le grand leader social-démocrate allemand, disait que c'est à ça que la démocratie doit servir. Ça permet de prendre plusieurs composantes de la société en compte. Mais ça pose aussi des problèmes et ça engendre des frustrations. Un compromis, en voulant prendre en compte la volonté de tous, n'accomplit pleinement la volonté d'aucun des participants à la négociation. Tout a été en quelque sorte laminé, c'est trop centriste. Et puis on sait que les compromis ont des effets conservateurs. Il y a toujours des partisans du statu quo, ça ne permet pas de véritablement créer des ruptures. Il y a aussi des compromis tellement difficilement atteints qu'après ça devient des vaches sacrées. On le voit avec notre système institutionnel et linguistique, on n'ose plus y toucher. Bref, on a le sentiment d'un blocage.
B
Et je pense que cette question de l'efficacité est fondamentale. Arrêtons-nous quelques instants ici pour reprendre en quelques mots le diagnostic que pose jusqu'ici Vincent de Corbyn. Certes, la démocratie structurellement produit de la déception, de la frustration. Mais si aujourd'hui, un nombre de plus en plus importants de citoyens doutent de l'intérêt du modèle démocratique, c'est pour deux raisons principalement. D'abord, une évolution de société, en soi très positive, le comblement du fossé entre les élus et les citoyens. Au XIXe siècle, quand une grande partie de la population était illettrée, les élus issus d'une élite sociale beaucoup plus diplômée étaient considérés comme supérieurs et l'essentiel de la population observait alors une forme de déférence à leur égard. Aujourd'hui, on sait que ce n'est plus le cas, le fossé s'est réduit, l'accès au savoir et à la parole s'est fortement démocratisé. Et cette sorte de déférence, de confiance a priori dans une élite, à laquelle on déléguerait le pouvoir, s'est évaporée. C'est certainement une évolution positive, on le disait, mais c'est très différent de la réalité qui prévalait quand ont été pensées les institutions de notre démocratie représentative. Et puis, deuxième élément, pointé par Vincent de Gourbiter, la question de l'efficacité. Les élus ont du mal à démontrer leur capacité à peser sur le réel, en particulier sur les questions socio-économiques. Parce qu'il y a des éléments sur lesquels ils n'ont pas de prise à l'échelle nationale, et puis à cause des attentes parfois aussi contradictoires des citoyens. Avec cet exemple, un grand nombre de citoyens demandent aux politiques de prendre sérieusement en compte le réchauffement climatique, mais ces mêmes citoyens ne sont pas forcément prêts à subir les contraintes qui peuvent découler de ce choix. Ceci dit, Vincent de Corbittère remarque tout de même que tous les enjeux ne sont pas frappés de la même manière par cette.
A
Crise d'efficacité et ce, en particulier, pour une raison d'échelle. Toutes les aspirations cristallisées autour de mai 68 en termes d'égalité, féminisme, reconnaissance des droits des minorités, des orientations sexuelles, etc. Ces aspirations-là ont été très fortement traduites dans des réformes législatives considérables, avec des crises, mais là le système fonctionne bien. Mais c'est un domaine qui se gère à l'échelle nationale et à l'intérieur du monde politique. Il y a des lobbies qui sont des groupes de pression idéologique, on fonctionne sans devoir s'attaquer, je dirais, aux structures matérielles de la société. Mais sur quatre enjeux majeurs, on voit qu'il y a un grippage. Et là, en fait, on est devant des enjeux mondiaux où les États-nations ne sont pas seuls à la manœuvre. Les questions socio-économiques, qui sont inscrite dans un cadre totalement mondialisé avec les contraintes que ça suppose, les questions climatiques environnementales où on voit que les efforts des pays ou de l'Union européenne dans la meilleure période sont contrebalancés par le refus d'avancer. d'autres pays, la question de plus en plus sensible des migrations, de la diversification de la société, ce sentiment qui n'est pas faux qu'il n'y a plus de peuple, qu'il n'y a plus que des populations, une sorte de vivre ensemble mal agencé, manquant de cohésion, et puis la question de l'ordre international, l'Ukraine, Gaza, etc. La crise d'efficacité, elle est réelle et elle est majeure et je.
B
Pense que c'est un facteur qu'on ne peut jamais sous-estimer. Donc il y a un vrai problème, vous nous dites aujourd'hui, de crise d'efficacité et le citoyen mesure qu'en fait les élus dont il attend qu'ils puissent peser sur le réel ne parviennent pas, pour toute une série de raisons que vous venez d'évoquer ici, à peser justement sur ce réel. On imagine que c'est pour ça qu'il y a aujourd'hui une prime à la radicalité, à des discours de renversement de la table pour dire alors puisque ceux-là n'y arrivent pas, on va peut-être aller vers d'autres qui sont plus radicaux et qui vont y parvenir. Pourquoi est-ce que là, Vincent de Corbiter, on semble avoir aujourd'hui une forme de prime au discours populiste et en particulier, on le voit bien dans nos démocraties occidentales ces derniers mois.
A
Une prime au discours populiste de droite radicale voire d'extrême droite ? Je pense qu'il faut distinguer deux types de facteurs. Il y a d'abord le fait que la droite populiste et a fortiori l'extrême droite prennent à barre à le corps de manière centrale et très bruyante. Un des problèmes, une des sources de préoccupation devenue majeure pour la population, ce sont toutes les difficultés réelles ou fantasmées liées au phénomène migratoire. Ce sont par excellence ces parties-là qui mettent ça en évidence dans leur programme, leur rhétorique. à coup d'anecdotes réelles, de mensonges, de propagandes, on peut faire une analyse très complexe, mais je pense qu'ils sont, entre autres choses, l'expression d'un nouveau clivage que Réflexions Faites aurait tendance à appeler diversité-identité, l'impression que le phénomène de la diversité, du métissage, du cosmopolitisme est devenu dominant et qu'il faut se battre pour maintenir un ordre anciennement établi avec aussi sa dimension de sécurité, de clarté identitaire qui a disparu. Ça, c'est un vecteur, je pense, fondamental d'adhésion. Mais un autre vecteur d'adhésion, c'est celui qui est directement lié avec ce dont on vient de parler. En fait, les partis populistes sont ceux qui, par excellence, disent nous allons jouer le jeu de la démocratie, c'est-à-dire de la souveraineté populaire. Ce ne sont pas ceux qui disent nous allons passer des compromis, nous allons chercher les décisions les plus rationnelles, techniquement les plus solides, celles qui vont mettre en place les solutions les plus efficaces mais avec toutes les limites, les frustrations, l'intelligence et le refus de donner satisfaction à n'importe quel lubie. Ce sont ces leaders populistes, des gens qui disent nous nous allons réellement accomplir la volonté du peuple, de la majorité silencieuse, des vrais gens. Ils prétendent puiser toute leur légitimité dans l'élection. Ils ont obtenu une majorité présidentielle ou parlementaire. Ils l'interprètent comme un plébiscite. Ils font comme si en fait tout le monde avait voté pour eux. Ceux qui n'ont pas voté pour eux, de toute façon, ce sont les ennemis du peuple, ce sont les ennemis de la nation, donc on ne s'en préoccupe pas. réussite électorale qu'ils interprètent comme un plébiscite, ils tirent un droit à agir comme bon leur semble considérant qu'ils sont l'incarnation de la volonté populaire. alors qu'ils peuvent être en réalité tout à fait en désaccord avec ce que leurs électeurs souhaitent ou avec la manière dont les électeurs jugent leur politique. On sait que Trump, par exemple, est contesté par une partie de sa base électorale pour la dureté de sa politique d'expulsion d'immigrés aux États-Unis, mais il considère que, puisqu'ils ont gagné l'élection, ils sont la parfaite incarnation de la volonté populaire. Mais du coup, ils accomplissent un certain idéal de la démocratie qui est que je stime que ma volonté comme citoyen doit être traduite dans les faits de manière efficace par les élus. Vous vous souvenez sans doute de cette nouvelle version de l'enquête noir-jaune-blouse réalisée de manière récurrente depuis une dizaine d'années en Belgique. Il y avait un résultat qui avait beaucoup frappé. Une bonne moitié des sondés, de manière différente, disaient qu'on a besoin d'un pouvoir fort, d'un pouvoir autoritaire et qui n'est pas trop, en quelque sorte, jugulé par les contre-pouvoirs. Et les mêmes disaient que c'était chaque fois un pouvoir élu qu'on leur proposait. C'est l'idée d'une efficacité de l'action publique comme accomplissement de la promesse démocratique qui est la souveraineté populaire. Je pense que c'est ça un des grands.
B
Secrets de la réussite du populisme en termes de capacité d'adhésion. Oui, et là on peut retrouver des traits aidant le populisme plus à gauche ou le populisme plus à droite, mais cette incarnation de dire avec nous ça va bouger, on peut prendre.
A
Des décisions fortes, une incarnation presque parfois autoritaire aussi du pouvoir. On ne va pas se laisser impressionner par les contre-pouvoirs.
B
Par les tribunaux, par la presse, par les intellectuels, etc. le peuple d'abord et sa volonté et ceux qui l'incarnent. Il y a aussi un autre trait de ce qu'on vit aujourd'hui que j'aimerais commenter avec vous, Vincent Corbiter. C'est ce qui se passe aussi dans une série de mouvements, notamment de désobéissance civile. Le fait que des citoyens fassent justement cette impression qu'il y a des défis qui sont à affronter et qu'on ne les affronte pas suffisamment politiquement, décident de changer.
C
De stratégie. Et ça, on va en parler avec Sarah Poussey. Bloquer l'accès à des entreprises polluantes, occuper un lieu par exemple pour défendre la cause des sans-papiers ou encore refuser de céder sa place dans un bus en période de ségrégation raciale, tous ces actes militants entrent dans le champ de la désobéissance civile. Techniquement, on la définit comme un acte public non violent, contraire à la loi, mais décidé consciemment pour apporter un changement politique. Ces dernières années, ce sont surtout des militants écologistes qui y ont eu recours, par exemple Code Rouge ou Extinction Rebellion. Mais ce mode d'action est aussi utilisé pour d'autres causes, comme le récent blocage de l'entreprise Ciensco à Bruxelles par près d'un millier d'activistes. Leur but était de dénoncer l'implication.
B
De l'entreprise dans la construction des drones israéliens qui frappent Gaza. Le but c'était.
A
D'Établir un blocage pour bloquer l'entreprise et.
B
Communiquer aussi avec les travailleurs et leur expliquer ce que fait leur entreprise parce.
A
Que de nouveau on n'est pas dans une entreprise qui fabrique des armes directement donc il.
C
Y a beaucoup de gens qui ne sont pas au courant. L'intention politique de la désobéissance est importante car elle permet de sortir du champ du vandalisme. Un argument souvent utilisé par les personnes qui s'opposent à l'action. On l'a notamment beaucoup entendu lors des lancées de soupes ou de purées sur des œuvres d'art. Par.
A
Exemple, la joconde au Louvre a été aspergée par deux militantes. Qu'est-ce qui est important ? L'art, le droit et l'orientation saines et durables. On a vraiment envie en fait que les personnes puissent comprendre pourquoi on en arrive là, pourquoi en fait après avoir manifesté, après avoir signé des pétitions, après avoir fait des ateliers de sensibilisation, on en arrive à faire de la garde à vue, on arrive à aller en procès et du.
C
Coup à prendre des risques énormes pour une revendication qui est claire. La désobéissance civile n'est en effet pas une forme de lutte sans risque. Judiciairement, elle a déjà été considérée à plusieurs reprises dans des jugements rendus comme une extension de la liberté d'expression et de réunion. A ce titre, les militants n'ont pas été condamnés ou alors très légèrement. Mais cette clémence est loin de faire l'unanimité parmi les tribunaux européens. Quatre militants du mouvement écologiste Just Stop Oil ont ainsi récemment été condamnés à des peines de 18 à 30.
B
Mois de prison ferme pour avoir projeté de perturber l'aéroport de Manchester. Voilà pour cet enjeu de la désobéissance civile qui touche une variété de thèmes de plus en plus importante, qui est de plus en plus présente, on a l'impression, dans notre.
A
Espace public ces dernières années. Ça, vous l'interprétez comment, Vincent de Corbiter ? Personnellement, je l'inscris dans un ensemble un peu plus large, qui est ce que j'appelle les pratiques de démocratie directe non institutionnalisées. Il y a de la désobéissance civile, vous avez des formes de manifestations ou de grèves de grande ampleur. Vous pouvez avoir des pétitions d'une ampleur considérable. On en a connu une en Belgique en 1996. La SBL, marquée Corinne, avait recueilli 2,7 millions de signatures pour l'introduction de peines incompressibles. Vous pouvez avoir des grèves de la faim, toute une série de pratiques, le recours aussi aux droits, aux tribunaux, qui sont prises, mises en place à l'initiative de citoyens individuels ou le plus souvent de collectifs, d'associations, qui ont en fait décidé d'exercer d'elles-mêmes la souveraineté populaire pour imposer leurs vues, pour empêcher une décision gouvernementale en préparation d'aller jusqu'au bout ou pour imposer une inflexion à une politique donnée. Ça peut s'observer, vous en avez donné des exemples dans le domaine environnemental. On voit depuis quelques années, quelques mois, dans différents pays européens, Pologne, Allemagne, Royaume-Uni, encore tout récemment, des manifestations dirigées contre l'accueil des candidats à l'asile et pour une politique d'expulsion, de refus d'entrer sur le territoire. Ça peut intervenir dans des domaines socio-économiques. C'est une manière pour de simples citoyens, en recourant parfois à la médiation des tribunaux, de sortir d'un blocage ou de refuser ce qui se prépare pour eux. Le système ne va pas assez vite dans la lutte contre le dérèglement climatique. On va essayer de forcer les politiques à prendre des orientations positives, où le système s'apprête à prendre des décisions qu'on juge injustes ou néfastes au nom d'une certaine conception de la justice et de la souveraineté populaire. présente comme les porte-parole de l'intérêt du peuple, et on s'autorise à intervenir directement dans le processus de décision puisque la démocratie, c'est bien la souveraineté populaire. En fait, c'est une autre manière de répondre aux sentiments d'impuissance que la manière populiste qui consiste à donner les clés à un leader tout-puissant et charismatique. C'est une reprise de la souveraineté populaire par les citoyens, par la société civile. De ce point de vue, c'est quand même plus rassurant parce que si on a un problème de crise ou de limite de la démocratie, il vaut mieux répondre par plus de démocratie que par moins de démocratie. Après, le côté plus.
B
Ou moins sauvage pose question et c'est un débat un peu plus juridico-politique. On a peut-être aussi les deux faces d'une même pièce qui sont de répondre à des aspirations de citoyens qui estiment que le système aujourd'hui ne fonctionne pas comme il devrait fonctionner et qui, par de la désobéissance civile ou bien en.
A
Se reconnaissant dans certains discours radicaux, ont envie de faire bouger les choses. Mais.
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Qui en tout cas ne sont pas tous décidés à se taire. Voilà, voilà, voilà. C'était donc l'analyse de Vincent De Corbiter, premier épisode de cette série de clés consacrées à la crise que vivent aujourd'hui nos démocraties. Dans le numéro suivant, on parlera de l'état de droit fortement sous pression aussi ces dernières années, chez nous, mais aussi aux Etats-Unis, où on le voit très clairement. Merci à Guillaume Desmet pour la réalisation sonore de cet épisode, à la préparation il y avait Sarah Poussey et Arnaud Ruyssen. Et si ce contenu.
Podcast: Les Clés
Hôte: Arnaud Ruyssen (RTBF)
Invité principal: Vincent de Coorbyter (Professeur de philosophie politique, ULB, Président du CRISP)
Date: 21 décembre 2025
Durée: ~30 minutes
Ce premier volet d'une série sur la démocratie s’interroge sur la gravité de la crise que traversent les systèmes démocratiques occidentaux aujourd’hui. Arnaud Ruyssen introduit les symptômes de cette crise : méfiance record envers les institutions, montée des extrêmes, recul de l’État de droit, polarisation du débat public, inefficacité politique perçue, et divorce croissant avec les citoyens. L’épisode propose un diagnostic nuancé, en compagnie du politologue Vincent de Coorbyter, sur les causes profondes (structurelles et conjoncturelles) de cet essoufflement démocratique.
"Le vote, c'est vraiment le moment où le peuple exerce sa souveraineté. Nous serons en résistance le temps qu'il faut." (A, 00:00)
"Si on fait rien du tout, le fascisme va venir." (B, 00:07)
La démocratie, par nature, insatisfaisante :
"La démocratie [...] fabrique de l'insatisfaction, de la frustration. Mais là, Vincent Corbiter, est-ce qu'on n'est pas au-delà de cette crise, je dirais un peu inhérente à la démocratie ?" (B, 05:48)
Écarts réels entre l’idéal démocratique et la réalité :
"La notion même de représentation, à beaucoup d'égard, est mensongère parce qu'il ne représente pas, à strictement parler, notre volonté en tant qu'électeur quand nous les choisissons." (A, 06:44)
Les élus : une élite contestée, plus perçue comme supérieure :
"Le peuple est aussi instruit globalement que le monde politique, aussi informé aujourd'hui, s'il le souhaite, que ses représentants, et ne tient plus les élus pour, évidemment, supérieurs en connaissances mon sagesse." (A, 09:09)
Crise d'efficacité du modèle démocratique :
Ambiguïté dans les exigences des citoyens :
La démocratie du compromis en panne :
"Les compromis [...] n'accomplissent pleinement la volonté d'aucun des participants à la négociation. Tout a été en quelque sorte laminé, c'est trop centriste. [...] Les compromis ont des effets conservateurs." (A, 12:29)
Résumé du diagnostic par le host :
"Certes, la démocratie structurellement produit de la déception, de la frustration. Mais si aujourd'hui, un nombre de plus en plus importants de citoyens doutent de l'intérêt du modèle démocratique, c'est pour deux raisons principalement. D'abord, une évolution de société, [...] le comblement du fossé entre les élus et les citoyens. [...] Et puis, deuxième élément, [...] la question de l'efficacité." (B, 14:41-15:51)
À relativiser : certains domaines échappent à la panne
Mais sur les grands enjeux mondiaux :
"Sur quatre enjeux majeurs, on voit qu'il y a un grippage. [...] Les États-nations ne sont pas seuls à la manœuvre." (A, 17:00)
Montée des droites radicales et du populisme :
"On imagine que c'est pour ça qu'il y a aujourd'hui une prime à la radicalité, à des discours de renversement de la table..." (B, 18:27)
Pourquoi plus la droite radicale ?
"Ce sont ces leaders populistes, des gens qui disent nous nous allons réellement accomplir la volonté du peuple, de la majorité silencieuse, des vrais gens." (A, 20:11)
Dérive vers la recherche d’un pouvoir fort, parfois autoritaire, mais élu :
"Une bonne moitié des sondés, de manière différente, disaient qu'on a besoin d'un pouvoir fort, d'un pouvoir autoritaire et qui n'est pas trop, en quelque sorte, jugulé par les contre-pouvoirs. Et les mêmes disaient que c’était chaque fois un pouvoir élu." (A, 21:46)
Nouvelle réponse citoyenne : la désobéissance civile
"Qu'est-ce qui est important ? L'art, le droit et l'orientation saines et durables. On a vraiment envie en fait que les personnes puissent comprendre pourquoi on en arrive là..." (A, 24:58)
Exemples récents : actions militantes contre les entreprises polluantes, soutien aux sans-papiers, inspiration des mouvements écologistes radicaux (Code Rouge, Extinction Rebellion).
Risques juridiques et diversité de la réponse judiciaire :
Pourquoi ce recours à l’action directe ?
"Personnellement, je l'inscris dans un ensemble un peu plus large, qui est ce que j'appelle les pratiques de démocratie directe non institutionnalisées." (A, 26:17)
Deux façons de réagir à la crise démocratique :
"C’est une autre manière de répondre aux sentiments d’impuissance que la manière populiste [...] c’est une reprise de la souveraineté populaire par les citoyens, par la société civile." (A, 27:37)
| Timestamp | Citation | Attribution | |-----------|-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------|-----------------------------------| | 00:00 | "Le vote, c'est vraiment le moment où le peuple exerce sa souveraineté." | Intervenant anonyme (A) | | 08:48 | "On n’a plus confiance dans ceux qui nous ressemblent trop." | Vincent de Coorbyter (A) | | 11:09 | "Toutes les mesures sont refusées à la majorité, à l'exception des mesures qui visent les plus riches, c'est-à-dire les autres." | Vincent de Coorbyter (A) | | 12:29 | "Les compromis [...] n’accomplissent pleinement la volonté d’aucun des participants à la négociation." | Vincent de Coorbyter (A) | | 20:11 | "Ce sont ces leaders populistes, des gens qui disent ‘nous allons réellement accomplir la volonté du peuple, de la majorité silencieuse, des vrais gens.’" | Vincent de Coorbyter (A) | | 24:58 | "Qu’est-ce qui est important ? L’art, le droit et l’orientation saines et durables. [...] pourquoi on en arrive là." | Militant écologiste (A) | | 27:37 | "C’est une autre manière de répondre aux sentiments d’impuissance que la manière populiste [...] c’est une reprise de la souveraineté populaire par les citoyens, par la société civile." | Vincent de Coorbyter (A) |
Cet épisode dresse un constat sombre mais lucide : la crise démocratique actuelle dépasse l’insatisfaction "normale" qui accompagne traditionnellement la démocratie représentative. Deux moteurs principaux : la perte du sentiment de légitimité des élus et la crise d’efficacité du politique face à des enjeux mondiaux hors de portée des souverainetés nationales. Cette impuissance alimente d’une part le succès des populismes, d’autre part l’émergence de modes d'action directe et de contestation citoyenne hors des structures habituelles. Deux réponses antagonistes à un même sentiment d'impuissance démocratique, qui interrogent l’avenir du modèle et la nécessité de réinventer la participation citoyenne.