Transcript
Arnaud Ruyssen (0:01)
Si on fait rien du tout, le fascisme va venir.
Jean Faniel (0:04)
Nous serons en résistance le temps qu'il faut. Il faut vous rappeler, camarades.
Sarah Poussey (0:09)
La première...
Arnaud Ruyssen (0:10)
J'ai besoin de repères.
Sarah Poussey (0:11)
On a peur pour notre démocratie. Les Clés, Arnaud Ruyssen.
Arnaud Ruyssen (0:16)
Bonjour à toutes, bonjour à tous. Bienvenue dans Les Clés pour le troisième épisode de notre série consacrée à l'état de nos démocraties. Et on va y parler de démocratie sociale. Plus précisément, le fait qu'en Belgique, les syndicats et patrons sont à la manœuvre pour l'organisation du travail, pour les salaires. Le fait aussi que des acteurs sociaux gèrent aux côtés de l'État une série de politiques sociales. Sauf que cette démocratie sociale, elle a souvent tendance à se gripper, voire à perdre en influence ces dernières années. Alors on va essayer de comprendre pourquoi, en commençant par une petite page d'histoire. Remontons d'abord au 19e siècle. A l'heure où l'industrie connaît un essor considérable en Belgique. Un essor qui va de pair avec l'émergence d'une classe ouvrière qui vit dans des conditions très difficiles. Il n'est pas rare à l'époque pour les ouvriers de travailler jusqu'à 13-14 heures par jour. Les salaires sont très bas et les conditions d'alimentation, de logement et de santé sont souvent déplorables. À l'époque, le rapport de force entre capital et travail est très déséquilibré, d'autant que dans notre démocratie naissante d'alors, les travailleurs ont aussi une infériorité politique par rapport à ceux qui possèdent le capital. Il faudra attendre 1893 pour que les ouvriers puissent voter, mais dans un système de vote plural, c'est-à-dire que leur voix compte moins que celle des hommes issus des classes plus favorisées et diplômées. Le mouvement ouvrier va donc progressivement s'organiser dans la seconde moitié du XIXe siècle. Les travailleurs vont lutter pour obtenir plus de droits et dans cette lutte, ils savent qu'ils seront plus forts face aux patrons s'ils agissent collectivement et solidairement. C'est comme ça que vont naître les premiers syndicats, clandestinement d'abord. C'est comme ça aussi qu'on va alimenter des caisses de grève pour pouvoir tenir le choc dans les bras de fer, parfois très long, face aux employeurs. Même l'assurance chômage va naître comme cela. Parce que pour un travailleur, savoir que s'il perd son emploi, il y aura un filet de sécurité derrière, ça le rend moins vulnérable dans le rapport de force avec ceux qui détiennent le capital. C'est ainsi donc que sont posées les premières briques de la sécurité sociale chez nous. fruit des luttes sociales, de confrontations puis de négociations entre syndicats et patrons, sans vraiment d'intervention de l'État au départ. La concertation sociale aussi dans les entreprises commence tout doucement à s'instituer. On considère qu'on va déjà assister à de premières conventions collectives de travail au début du XXe siècle, avant donc la Première Guerre mondiale. À la sortie de la guerre, la présence au pouvoir du Parti Ouvrier Belge va accélérer l'émancipation de la classe ouvrière. Mais c'est surtout après la Seconde Guerre mondiale qu'on va véritablement changer de dimension, puisque des représentants patronaux, syndicaux, ainsi que des représentants politiques qui se sont vus clandestinement durant la guerre, concluent en décembre 1944 un pacte social. un pacte qui va mettre en œuvre une vraie sécurité sociale solidaire pour tous les travailleurs et instituer un système de concertation paritaire entre patrons et syndicats. Une vraie démocratie sociale se construit alors avec des interlocuteurs sociaux qui se reconnaissent mutuellement comme légitimes et qui participent aux côtés de l'État à la régulation et à la gestion d'une série de politiques. Voilà, retour en 2025, après cette petite page historique. Et on accueille dans ce numéro des Clés Jean Fanil.
