
La désinformation et les fake news font partie de notre quotidien. Désormais, plusieurs responsables politiques, notamment Donald Trump, n’hésitent plus à mentir sciemment. Et en face, les médias traditionnels n'ont plus l'influence, ni les budgets, pour contrecarr...
Loading summary
Bertrand Haen
Si on ne fait rien du tout, le fascisme va venir.
Host/Interviewer
Porter un masque est parfaitement inutile à.
Bertrand Haen
L'Heure à laquelle je vous parle. J'ai besoin de repères. Nous sommes dans l'ère de la post-vérité.
Host/Interviewer
Bonjour à toutes, bonjour à tous, et bienvenue dans les clés pour le quatrième et dernier numéro de notre série consacrée à la démocratie. Dans cet épisode, on va se demander comment faire fonctionner une démocratie quand la vérité est démonétisée. A l'heure où la désinformation galope, où le mensonge en politique est de plus en plus décomplexé, et où les médias traditionnels en crise ont largement perdu en influence dans l'espace public, La démocratie est-elle menacée ? Quand on ne s'entend même plus sur les faits, eh bien on va prendre 27 minutes pour y voir.
Narrator/Reporter
Clair. Les.
Bertrand Haen
Clés. Dans Springfield, ils mangent les chiens, les gens qui sont arrivés, ils mangent les chiens, ils mangent les animaux des gens qui vivent.
Host/Interviewer
Là-Bas. Et c'est ce qui se passe dans notre pays, et c'est décevant. C'était en pleine campagne électorale, lors de son seul débat télévisé face à Kamala Harris. Le candidat Donald Trump assène cette phrase. A Springfield, selon lui, les migrants mangent des chats et des chiens. Décontenancé face à lui, Kamala Harris éclate de rire. Et directement le débat refermé, Les médias appellent les autorités de la ville de Springfield, qui démentent. C'est une information fausse, grosse comme une maison, mais pas de quoi affecter visiblement le crédit de Donald Trump, qui deviendra président quelques mois plus.
Bertrand Haen
Tard.
Host/Interviewer
Autre cas de figure, Donald Trump, devenu président, donne une interview dans sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride. et il explique aux journalistes ce qu'il compte bien dire au président Volodymyr Zelensky à propos de la guerre en.
Bertrand Haen
Ukraine. Vous n'auriez jamais dû commencer, vous.
Host/Interviewer
Auriez pu conclure un.
Bertrand Haen
Accord. On a une situation où il.
Host/Interviewer
N'Y a pas eu d'élection en Ukraine.
Bertrand Haen
Où la loi martiale s'applique en Ukraine.
Host/Interviewer
Et où, je déteste le dire, mais.
Bertrand Haen
Les leaders ne sont soutenus que par 4% de la.
Host/Interviewer
Population. Là, ça vaut la peine de déplier un peu les propos pour mesurer à quel point Donald Trump réécrit l'histoire. Il estime donc que les Ukrainiens n'auraient jamais dû commencer la guerre. Pour rappel, c'est la Russie qui a envahi l'Ukraine déjà une première fois en 2014, la suite en 2022. Il affirme aussi qu'il n'y a pas eu d'élection en Ukraine. Or, le président Zelensky a bien été élu avec 73 % des votes, c'était en 2019. Normalement, une nouvelle élection devait avoir lieu en 2024, mais elle a été reportée à cause de la loi martiale. Et puis, le président américain dit aussi que les dirigeants ukrainiens ne sont soutenus que par 4% de leur population. A l'époque pourtant, les enquêtes d'opinion en Ukraine créditent le gouvernement et le président de 52% d'opinion favorable. Ce fact-checking que je fais ici, beaucoup de médias américains et étrangers l'ont fait, évidemment. Mais pas tous. Et puis, la vidéo a circulé aussi, sans contexte et sans fact-checking, des millions de fois sur les réseaux sociaux. Les mots du président américain sont venus apporter crédit et amplification à la petite musique que diffuse, depuis le début de la guerre, la propagande russe. Mais quittons un peu les Etats-Unis pour évoquer un cas récent qui concerne la France. Au mois de mai dernier, Emmanuel Macron, le président français, est à Hanoï avec son épouse Brigitte. Et au moment où il s'apprête à sortir de l'avion, Brigitte semble lui donner une gifle. L'image circule, elle est abondamment commentée, et l'Élysée réagit en expliquant qu'en fait, ce n'est pas une vraie vidéo, qu'il doit s'agir d'un montage réalisé par de l'intelligence artificielle. Or, il s'avère que l'image était bien réelle, filmée par l'agence Associated Press. L'Élysée a donc menti. Ce cas ? qui peut paraître anecdotique, il est peut-être bien le symptôme d'une époque. Comme le remarquait d'ailleurs sur France Culture le spécialiste de la.
Bertrand Haen
Rhétorique, Clément Viktorovitch. Auparavant, on mentait, et c'est ça qui est nouveau, de manière stratégique. On mentait quand on y était contraint. On mentait pour dissimuler ce qui était trop embarrassant pour être révélé. On mentait en prenant le risque d'être attrapé dans son mensonge parce que ce que l'on cachait était pire que l'acte de le cacher. Aujourd'hui, on ment pour tout et n'importe quoi, même quand il n'y a pas de raison. On l'utilise par commodité, comme ça, pour ne pas avoir à assumer les conséquences de ce qu'on.
Host/Interviewer
A dit l'avant-veille. Et dans cet air de la post-vérité où la ligne entre le vrai et le faux semble se brouiller de plus en plus, la réaction d'Emmanuel Macron, quelques jours plus tard, résonne un peu comme une métaphore de l'arroseur arrosé, puisqu'il se disait lui-même victime d'une perte de valeur.
Bertrand Haen
De la vérité. de Kiev à Tirana jusqu'à Hanoï, il y a des gens qui ont regardé des vidéos et qui pensent que j'ai partagé un sac de cocaïne, que j'ai fait un mano-a-mano avec un président turc et que là, maintenant, je suis en train d'avoir une scène de ménage avec ma femme. Rien de tout ça n'est vrai. Pourtant, ces trois vidéos sont vraies. Donc, il faut que tout le monde se calme et surtout s'intéresse au.
Host/Interviewer
Fond de l'actualité. Voilà. Et avec nous pour parler justement de cette ère de la post-vérité, Bertrand Haen, bonjour. Vous êtes éditorialiste sur La Première, on vous connaît bien, vous donnez aussi un cours d'éthique de la communication du côté de l'UCLouvain, et justement on va parler un peu d'éthique de la communication avec vous en particulier. D'abord sur le constat, est-ce que vous diriez vous aussi qu'on est dans l'ère de la post-vérité, qu'il y a un tournant qui a été pris, des lignes qui ont bougé à ce niveau-là, ces dernières années en particulier.
Bertrand Haen
? Oui, alors ça dépend ce qu'on entend vraiment par « post-vérité » et c'est peut-être le moment d'essayer d'en donner une définition. Parce qu'on peut tous constater qu'en une dizaine d'années, pas plus, cinq à dix ans, que beaucoup de choses ont évolué en matière de parole publique et de vérité. et de rapport aux mensonges aussi, dans la parole publique. Et c'est vrai, comme le disait Clément Viktorovitch, qu'on tenait tous pour acquis, il y a encore 10-15 ans, qu'un mensonge public, notamment de la part d'un politique, on pourrait dire d'un personnage public, qui ment, eh bien, en subit des conséquences négatives. Et donc, l'histoire récente grouille de mensonges, qui ont été éventés, souvent par la presse, mais parfois aussi par d'autres moyens, comme celui des armes de destruction massive en Irak, par exemple, je prends celui-là parce qu'il était énorme, et que ça a eu des conséquences. Vous prenez un autre, Clinton et l'affaire Lewinsky, qui a conduit quasiment à sa destitution à l'époque. Pourquoi ? Non seulement parce qu'il avait eu des relations sexuelles, mais surtout parce qu'il avait menti. Il n'avait pas dit toute la vérité sur cette affaire. Et on lui a beaucoup reproché aux États-Unis où, manifestement, à l'époque, il y avait une culture C'est vrai, un peu puritaine, du rapport à la vérité et au mensonge. Et donc, quand on dit post-vérité, ça ne veut donc pas dire qu'on ne mentait pas avant. Bien sûr, on mentait. Mais comme le dit Viktorovitch, Viktorovitch, Clément Viktorovitch, le mensonge coûtait. Il y avait donc une éthique de la vérité qui existait et on devait payer le prix politique. Je peux remontrer à Nixon ou d'autres encore avec le Watergate. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, on remarque qu'il n'y a plus de prix politique à mentir. 30 000 mensonges de Donald Trump lors de son premier mandat, comptage fait par The New York Times. Ils ont mis du temps à compter. Il y a eu 30 000, donc vous imaginez, c'est plusieurs dizaines par jour. Et donc, plus de prix politiques aux mensonges, au contraire même, et vous avez rappelé la campagne électorale avec les animaux qui seraient mangés par les migrants, les animaux domestiques, même une prime aux mensonges. Donc effectivement, quelque chose a changé. Appeler ça post-vérité, ça peut tenir si on considère donc qu'avant, on n'était pas dans la vérité et qu'aujourd'hui plus. Ça, ça ne tient pas. Mais si on veut dire que notre rapport au vrai a changé et que le vrai semble devenu secondaire, n'est plus une valeur aussi importante qu'avant. Si c'est ça la post-vérité, alors oui, je suis d'accord de dire qu'on.
Host/Interviewer
Est dans une ère de la post-vérité. — Mais alors est-ce que c'est un problème, ça, pour nos démocraties ? Puisque c'est évidemment la question qu'on se pose ici dans cette émission. Est-ce que la vérité est.
Bertrand Haen
Nécessaire pour la politique dans un cadre démocratique ? — C'est une vieille question, parce que c'est intéressant. Ça fait 2 500 ans qu'on se la pose. Donc je ne vais pas résoudre la question et vous apporter une réponse aujourd'hui, sinon je serais sans doute un des plus grands génies en 2500 ans. Non, mais c'est intéressant de voir, et ça j'ai toujours trouvé très important de le signaler, que cette question elle se pose dès l'invention de la démocratie, dès que la démocratie arrive comme pouvoir politique particulier où le peuple, où l'opinion compte, en tout cas dans la détermination des politiques menées, la question du rapport à la vérité se pose. Et elle se pose d'ailleurs au tout début, c'est même l'acte fondateur de la philosophie avec Platon et la mort de Socrate. Qu'est-ce qui se passe en 400 avant Jésus-Christ en Grèce ? Socrate, qui se présente comme un amoureux de la vérité, philosophie, l'amour de la sagesse, désintéressé, il le fait pour la vérité, pas pour accéder au pouvoir, c'est comme ça qu'il se présente, est condamné à mort par une assemblée de citoyens qui décide donc, après un débat, où, dit Platon, évidemment on n'a pas de source historique directe, Platon qui raconte, des rhétoriciens, des gens qui ont beaucoup d'éloquence, parviennent à convaincre l'opinion que Socrate a corrompu la jeunesse, insulté les dieux, et donc il est condamné à mort. Pour Platon, ça veut donc dire que la démocratie et l'opinion ne peuvent pas parvenir à la vérité. Elle est trop manipulable, elle est trop faible. Et la vérité, c'est l'affaire de ceux qui savent, pour lui, les philosophes, qui doivent donc, c'est ce qu'on appelle le philosophe roi, arriver au pouvoir, influencer le pouvoir, voire avoir le pouvoir dans des formes quand même dictatoriales ou en tout cas élitistes. Et puis, vous avez directement en Grèce, à ce moment-là, Aristote qui dit non, non, non, les citoyens sont capables. de faire la part entre le vrai et le faux. Ils sont capables d'esprit critique, ce qu'ils appellent le jugement prudentiel. On fait la part des choses, la prudence. Si on ne sait pas, on ne décide pas. Et cette vision-là, qu'on peut dire un petit peu plus optimiste dans Les Citoyens, ça va être le début d'une justification de la démocratie, on va dire délibérative, vous savez, où on considère que l'important c'est qu'il y ait un débat public sur les sujets. Et cette division qui naît en Grèce en 400 avant Jésus-Christ, elle traverse 2400 ans d'histoire et se retrouve aujourd'hui dans des grands penseurs qui continuent à être divisés sur cette question. Est-ce que la vérité est importante ou pas en démocratie ? Vous savez, allez j'en cite un, Carl Schmitt qui dit non pas du tout, le peuple n'est pas capable donc il faut des élites puissantes, charismatiques, voire même dictatoriales, qui prennent des décisions. Et vous avez des penseurs comme Habermas, Hannah Arendt, qui disent non, non, non, bien sûr, le peuple est capable, il faut lui donner les moyens de la vérité. Et si on fait ça, alors on peut faire vraiment.
Host/Interviewer
Une démocratie. Donc la question n'est pas tranchée. C'est toujours un débat ouvert. La question n'est pas tranchée, mais en même temps, on a l'impression que ces dernières décennies, Bertrand, on a quand même plutôt été vers la vision d'Hannah Arendt ou de l'idée d'une démocratie délibérative où on peut amener des faits et sur base de ces faits, on débat, il y a des opinions qui s'expriment et puis on pose des choix de société. Mais on a l'impression quand même que ces dernières décennies, en tout cas dans nos démocraties occidentales, depuis la fin de la seconde guerre mondiale en somme, on est quand même a priori d'accord sur un socle qui sont les faits et au départ de ces faits on débat, même si de temps en temps il y a des mensonges, vous l'avez rappelé, on avait l'impression qu'il y avait quand même une direction générale qui était celle-là. Est-ce que c'est ça justement qui serait en train de changer et peut-être du coup de fragiliser la démocratie, en tout cas.
Bertrand Haen
Telle qu'on l'a conçue ces dernières décennies dans des pays comme les nôtres ? Oui, et les causes de cette détérioration sont compliquées. J'ai écouté Vincent de Corbutier, votre premier invité, sur les crises de ce qui suscite la méfiance. Elles sont sans doute nombreuses. Peut-être que notre rapport à la vérité n'est pas à l'origine des problèmes actuels de la démocratie, mais plutôt la conséquence, le symptôme que quelque chose va mal en démocratie. Comme d'ailleurs en Grèce en 400, j'y reviens, où la démocratie athénienne était en déclin. Ils venaient de perdre la guerre du Péloponnèse. Il y avait une atmosphère de pessimisme. Nous ne sommes pas capables. Notre système ne marche plus. Condamnation de Socrate. C'est quand même pas un hasard. Et donc, que la vérité soit au cœur, finalement, de ces interrogations. Et aujourd'hui, je dirais que c'est vrai qu'après la Deuxième Guerre mondiale, il y a eu un regain énorme de ce qu'on appelle la vision peut-être idéaliste, mais j'aime pas trop le mot, mais délibérative. Le peuple est capable de se diriger. Et surtout, le peuple est le premier contre-pouvoir, contre les horreurs que l'on a connues pendant la Deuxième Guerre mondiale. Avec la référence très forte, et c'est devenu de penseurs allemands, Anna Arendt, Jürgen Habermas par exemple, qui se sont dit, attention ce qui s'est passé dans les années 30, c'est la force de la propagande, de la puissance, de l'argent. qui est mis à disposition d'une machine de guerre idéologique. Et encore une fois, le peuple est manipulé. Donc il faut lui donner les moyens de résister, nous tous, à cet autoritarisme. Comment ? Par l'éducation, l'éducation populaire, les mass-médias, qui pour abeur masse se doivent d'éclairer le public, de le rendre critique. Toutes ces idées-là sont venues d'une génération de philosophes et de penseurs d'après-guerre et certainement d'une génération de politiciens derrière qui ont mis en place, effectivement, une politique qui a permis à la société, aux historiens, aux scientifiques, aux journalistes, de prospérer pour garantir qu'il y ait un certain respect de la vérité dans le débat public. Et cette génération d'après-guerre, elle est partie désormais. Je crois que plus on s'éloigne aussi, et la pensée est toujours en contexte, nous ne sommes plus dans ce contexte-là. Nous avons peut-être oublié ces leçons-là, Et effectivement, aujourd'hui, on voit que toute cette pensée qui vraiment était au cœur d'une démocratie active, j'ai envie de dire de résistance à l'autoritarisme, à la propagande, est en train de s'effacer. Ça c'est très net. Et on voit aujourd'hui de plus en plus monter, remonter sans doute, toute cette pensée de la propagande, c'est-à-dire l'idée que le peuple est une masse que l'on doit pouvoir manipuler librement. Ce n'est pas pour rien.
Host/Interviewer
Que Donald Trump s'en prend d'abord aux institutions du savoir quand il arrive au pouvoir. C'est ce que j'allais dire, ça va de pair aussi avec la fragilisation d'une série d'institutions qu'on pourrait dire du savoir effectivement, que ce soit les experts.
Bertrand Haen
Les universités, les historiens aussi qui peuvent.
Host/Interviewer
Nous rappeler tout ce qui s'est passé là. Tous les profs, l'éducation permanente, tout ça. Les médias aussi, les médias traditionnels, quand ils font le rôle que l'on attend d'eux, c'est-à-dire de vérifier les faits, de vérifier la conformité aux faits, c'est pas un hasard. Donc s'il y a une fragilisation qui avait peut-être déjà commencé, notamment par le fait que les réseaux sociaux sont venus chambouler l'espace public, mais là on voit aujourd'hui, de la part de personnes comme Trump et d'autres dans d'autres pays, des attaques directes vis-à-vis de ces institutions-là, qui étaient un peu, quoi, les gardiens.
Bertrand Haen
Du temple de la vérité dans nos démocraties un peu rationalistes de l'après-guerre ? Oui, alors, moi, gardien du temple de la vérité, j'aime pas, parce que c'est très élitiste. Parce qu'Anna Arendt, si on revient à elle, par exemple, disait, c'est pas ça. Elle disait, l'important, c'est que, en démocratie, c'est l'opinion qui décide. L'opinion, elle ne peut pas se faire pour Naharine, elle ne peut pas se former. Le jugement politique ne peut pas se former s'il n'y a pas à sa base des faits. Parce que sinon, il n'y a plus de possibilité même de former, de constituer l'opinion. Le débat d'opinion n'est possible que s'il y a une matière factuelle, disait-elle. Et elle prenait dans un de ses textes les plus célèbres l'exemple de la Belgique. C'est intéressant quand même. Elle disait la Belgique n'a pas envahi l'Allemagne en 1914. C'est vrai. C'est l'Allemagne qui a envahi la Belgique et on ne pourra jamais dire le contraire parce qu'il y a des témoins, parce qu'il y a des archives, parce qu'il y a des historiens qui ont travaillé dessus, parce qu'il y a des journalistes qui parlent de l'affaire par exemple, mais je ne nous mets pas plus que les autres. Il faudrait un pouvoir incroyable pour enlever cette matière factuelle, ces archives, tout ça. Ce n'est pas possible, c'est inimaginable. Elle pensait quand même que dans le stalinisme, cette puissance du stalinisme et du totalisme stalinien arrivaient quand même très loin dans cette capacité de... de réécrire l'histoire, c'est-à-dire de s'emparer de la vérité et d'en faire une question politique. Donc, il faut de la matière factuelle, c'est essentiel à la société. Et je crois que si Arendt était encore vivante aujourd'hui, elle verrait la capacité de manipulation que nous donnent les outils numériques en général, l'IA mais tout, et notamment à ceux qui s'organisent et qui sont puissants, et notamment ceux qui ont de l'argent, et on voit qu'il y a beaucoup de milliardaires qui sont là derrière aux États-Unis ou en France, Effectivement, il y a là sans doute un pouvoir qui lui ferait peur, je crois. Elle serait inquiète.
Host/Interviewer
De voir qu'on retrouve des moyens de manipulation qu'on n'a plus connus depuis les années 30. Oui, parce qu'on a construit, je dirais, des couches successives dans cette émancipation de la population. pour lui donner accès justement à cette compréhension du monde, à la vérité en quelque sorte et de pouvoir juger de l'action politique, de pouvoir résister aussi à l'autoritarisme parce que vous l'avez dit, il y a l'école, on a scolarisé en masse, il y a les universités, il y a les médias, il y a aussi ce qu'internet a pu amener aussi dans la diffusion à un moment donné du savoir. Donc tout ça on se dit ce sont des remparts très importants qu'on a pu construire, sauf qu'aujourd'hui, on voit qu'on a des personnes, des groupes d'intérêt tellement puissants et qui ont la main de manière tellement forte sur des masses médias, sur des réseaux sociaux qui organisent le débat public, qu'on peut se reposer cette question-là qui, visiblement, animait Anna Arendt, de.
Bertrand Haen
Savoir si ces personnes-là n'ont pas la possibilité de réécrire une autre vérité, en quelque sorte. Oui, oui, et c'était la... C'est une préoccupation d'Arendt, mais en fait de la plupart des penseurs libéraux qui ont pensé la liberté d'expression, c'était le danger qu'à un moment donné, notamment la différence de moyens, les conditions de la liberté d'expression, soient telles que le débat public soit tronqué. Et donc la plupart des auteurs qui ont pensé la liberté d'expression, comme Jean Stuart Mill, même une très grande liberté d'expression, ont toujours dit, attention, il faut quand même que l'État ou la société s'organise pour éviter une disproportion trop importante dans l'espace public. Et donc, la question c'est de se poser à quel point notre espace public est encore capable aujourd'hui de produire, non pas de la vérité, parce que personne ne l'a évidemment, mais simplement un environnement où les faits comptent. C'est ça, où le rapport à la réalité compte et est peut-être même central comme.
Host/Interviewer
Philosophie ou comme éthique de l'espace public. Et je pense qu'effectivement ça, aujourd'hui, c'est profondément interrogé. Notamment par ce qui est en train de se passer au niveau du paysage médiatique, en particulier français, et sur lequel on va s'arrêter quelques instants en compagnie de Sarah Poussey. Quelques chiffres également. En 2022, il y avait 234 300 interruptions.
Narrator/Reporter
Volontaires de grossesse enregistrées en France. C'est aussi la première cause de mortalité dans le monde. L'avortement comme première cause de mortalité dans le monde, c'est la fake news, diffusée sur CNews en février 2024 et qui a depuis valu à la chaîne une amende de 100 000 euros. Heureusement, Vincent Bolleré a largement les moyens de payer les dérives de sa chaîne d'extrême droite. Le milliardaire est devenu homme des médias en rachetant peu à peu le groupe Canal+, mais aussi La Gardère et donc la radio Europe 1, le magazine Paris Match ou encore le journal du dimanche. Le Breton détient aussi le label Universal, Dailymotion, les enseignes Relay dans les gares et puis bien sûr le groupe Hachette, l'un des plus grands éditeurs français avec notamment Grasset, Fayard ou encore Larousse. Mais depuis quelques temps, le monde français a aussi découvert un autre investisseur, Pierre-Edouard Steyrin. Sa fortune vient des smartbox et il compte la consacrer à un projet, le plan Pericles. Pericles en référence aux stratèges grecs, mais aussi en acronyme. Patriote, enraciné, résistant, identitaire, chrétien, libéraux, européen et souverainiste. Avec 150 millions d'euros, il veut radicalement changer la couleur des idées de la société française d'ici 10 ans et faire triompher la droite radicale. Sa stratégie repose sur plusieurs volets et notamment sur le contrôle de la sphère médiatique. Sauf que contrairement à Vincent Bolloré, qui a opéré.
Bertrand Haen
Ses rachats tapis dans l'ombre, Pierre-Edouard Steyrin a un peu trop fait la une des journaux. « Encore une fois, le milliardaire Pierre-Edouard Steyrin.
Narrator/Reporter
Ne s'est pas présenté à l'Assemblée nationale. Monsieur Sterrin, le milliardaire Pierre-Edouard Sterrin, l'extrême droite Pierre-Edouard Sterrin. Actuellement, il possède déjà le mensuel d'extrême droite L'Incorrect, il se verrait bien racheter Valeurs Actuelles et puis il a aussi pris possession du compte Twitter Serfia qui possède plus d'un million d'abonnés. Ce compte se présente comme un média, sauf que derrière, il n'y a aucun code déontologique ni même de vrai journaliste, juste la republication de vidéos, d'extraits d'articles le plus vite possible et sans aucun contexte, le tout à destination des plus jeunes. Pierre-Edouard Sterrin vit chez nous, en Belgique. Peut-être pourrait-il aussi se pencher sur le marché belge ? Vincent Bolloré a lui en tout cas passé le pas via Lagardère. L'entreprise vient d'entrer dans le capital de 21news, un média digital lancé par le conseiller communal et maire Etienne Dujardin. Objectif du juriste, contribuer au pluralisme médiatique belge jugé trop à.
Host/Interviewer
Gauche. Et comme vitrine, Louis Sarkozy en podcast, le tout distribué par Europe 1, grâce à monsieur Bolloré. Alors Bertrand Henne, à quoi est-ce qu'on est en train d'assister là, quand on parle de cela, d'investissements, de milliardaires qui ont un vrai projet politique ? Le but n'est pas forcément que ces médias soient rentables, mais de peser sur le débat, sur l'opinion, alors qu'on a tendance à considérer dans nos démocraties contemporaines que les médias, les journaux, la presse, servent plutôt justement à vérifier qu'on a une.
Bertrand Haen
Conformité par rapport aux faits, qu'on est bien basé sur des faits dans la façon dont s'organise le débat. Oui, alors ça, c'est une histoire compliquée parce que la plupart des organes de presse ont été créés par, parfois simplement des hommes de presse, mais souvent par des industriels, voire par des hommes politiques en France au tout début de la presse, au XIXe siècle, aux Etats-Unis, par des gens qui avaient une volonté d'influencer l'opinion quand même. Ça fait partie de l'histoire de la presse. Les valeurs d'impartialité, d'objectivité, chaque fois des idées régulatrices à peu près impossibles à atteindre, on est d'accord. mobilisent l'idéal du journalisme, se sont faites, et c'est intéressant aussi, souvent pour des raisons commerciales. N'oublions pas que l'objectivité ou la neutralité, ça a permis, notamment aux États-Unis, à une presse de s'adresser à un très grand public. Si on s'agresse à un très grand public, on touche à la fois des commerçants, des ouvriers, des protestants, des catholiques. Donc, forcément, il faut être neutre, parce que sinon, on s'aligne une partie du public. Donc vous voyez, c'est une histoire compliquée. Mais pour revenir à cette idée, C'est organiser vraiment des groupes de presse avec une telle volonté de combat idéologique, parce que c'est ça qu'il y a derrière Péré-Edouard Steyrin, vraiment, il ne s'en cache pas, c'est un vrai combat, une guerre même, idéologique. Moi je trouve qu'on retrouve ça encore une fois au début du XXe siècle, dans les années 30. Ce n'est pas une référence ici au nazisme, mais c'est ça que je fais. C'est qu'on remarquait qu'à ce moment-là, les groupes de presse étaient vraiment très marqués, en Belgique d'ailleurs aussi, mais surtout en France, par leurs lignes idéologiques. On est sorti un peu de ça. D'ailleurs, vous avez vu que, par exemple en Belgique, mais aussi en France, il y a beaucoup de journaux qui ont disparu. Pas seulement pour des raisons économiques, mais parce que, peut-être petit à petit, leur modèle basé sur l'influence, basé même parfois sur la propagande, a petit à petit diminué. Et on revoit, en fait, de manière très puissante, une repolarisation des médias. D'abord aux États-Unis, avec Fox News, etc., qui ont été obligés de se polariser. Encore une fois, en France, c'est plus vrai que chez nous. Je trouve que chez nous, on reste quand même marqué par quelque chose de plus consensuel. C'est sans doute notre institution proportionnelle qui pousse aussi à la presse être plus consensuelle. Et donc, là, j'ai l'impression qu'on revient un petit peu à ça. Et donc, on revient toujours à cette idée. Quel est l'objectif d'un média en démocratie ? Est-ce que c'est d'influencer l'opinion, même avec des faits ? Mais d'abord ça. un agenda d'influence ou est-ce que c'est de nourrir la capacité critique du public afin qu'en citoyen autonome, il puisse se faire son idée quand il vote, quand il débat, quand il vit. La plupart des journalistes sont plutôt dans cette seconde option, évidemment. Et ce qu'on risque de voir apparaître, c'est plutôt des médias qui, même parfois sans mentir, ce n'est pas la question ici alors de la vérité, mais sont vraiment dans la lutte d'influence. Et on a une perte de plus en plus de ces médias plus généralistes qui, eux, veulent rester peut-être plus dans un idéal de pensée critique par rapport aux citoyens. Et c'est un peu ce combat-là auquel on est en train d'assister. Et il y a toute une question de modèle économique qui a porté ces médias critiques pendant 40 ou 50 ans. Une forme de parenthèse qui est.
Host/Interviewer
Peut-Être en train de se refermer avec le numérique où l'on revoit des médias d'influence avec un agenda politique très clair. Et cette évolution-là, elle pourrait bien chambouler aussi chez nous le paysage médiatique. Elle pose également la question du financement de la presse à l'avenir. Si l'idée est d'avoir une presse qui donne aux citoyens les moyens de construire leur propre opinion basée sur un socle commun de compréhension des faits, Alors il y a sans doute lieu de réfléchir à la façon dont on finance collectivement ce modèle. Mais de cela promis, on en reparlera dans un prochain épisode. Voilà, c'était Les Clés, quatrième et dernier numéro de cette série que l'on a consacré à l'état de nos démocraties. À la réalisation sonore de cet épisode, il y avait Antoine Duhartz. À la préparation, Hélène Lejeune, Sarah Pousset et Arnaud Royssen.
Bertrand Haen
N'hésitez pas à aller écouter d'autres épisodes de cette série et à les partager si.
Host: Arnaud Ruyssen (RTBF)
Guest: Bertrand Haen (éditorialiste La Première, professeur d’éthique de la communication à l’UCLouvain)
Date: December 24, 2025
Duration: ~27 minutes
The episode explores the crisis of truth in contemporary democracies, addressing how democratic systems can function when objective facts are increasingly contested, disinformation spreads rapidly, and political lying carries little consequence. Through recent political examples—ranging from Donald Trump’s statements to viral deepfakes involving Emmanuel Macron—the conversation interrogates the erosion of a shared factual foundation and what it portends for the future of democracy.
Donald Trump’s Claims in Debate and as President [01:04–02:40]:
Host: "Ce fact-checking que je fais ici, beaucoup de médias américains et étrangers l'ont fait, évidemment. Mais pas tous. Et puis, la vidéo a circulé aussi, sans contexte et sans fact-checking, des millions de fois sur les réseaux sociaux." [02:34]
Macron’s AI ‘Slap’ Video [02:55–05:32]:
Bertrand Haen: "Aujourd'hui, on ment pour tout et n'importe quoi, même quand il n'y a pas de raison. On l'utilise par commodité, comme ça, pour ne pas avoir à assumer les conséquences de ce qu'on a dit l'avant-veille." [05:14]
Shifting Penalties for Lies in Public Life:
Bertrand Haen: "Il y avait donc une éthique de la vérité qui existait et on devait payer le prix politique... aujourd'hui, on remarque qu'il n'y a plus de prix politique à mentir. 30 000 mensonges de Donald Trump lors de son premier mandat... Plus de prix politiques aux mensonges, au contraire même, ...même une prime aux mensonges." [08:26]
Nuanced Definition:
Host: "Donald Trump s'en prend d'abord aux institutions du savoir quand il arrive au pouvoir." [15:41] Bertrand Haen: "Il n'y a plus de possibilité de former l'opinion si on n'a pas à sa base des faits. ... Il faudrait un pouvoir incroyable pour enlever cette matière factuelle... Elle [Hannah Arendt] serait inquiète de voir la capacité de manipulation que nous donnent les outils numériques aujourd'hui." [16:29]
Wave of Billionaire Media Takeovers (France & Belgium):
Reporter: "Sa stratégie repose sur plusieurs volets et notamment sur le contrôle de la sphère médiatique... just la republication de vidéos, d'extraits d'articles le plus vite possible et sans aucun contexte, le tout à destination des plus jeunes." [22:00]
Possible repercussions for Belgium as well due to cross-border investments.
The Dilemma:
Media originally served both to inform and to influence; “objectivity” and “neutrality” were sometimes driven by commercial, not only democratic, logic.
Now, resurgence of openly agenda-driven media (echoing the 1930s, or Fox News in the US), especially as legacy “consensus” journalism struggles under new economic pressures.
Some media revert to pure influence—even without outright lies—rather than fostering critical citizenship.
Bertrand Haen: "On revoit, de manière très puissante, une repolarisation des médias... on revient toujours à cette idée. Quel est l'objectif d'un média en démocratie ? Est-ce que c'est d'influencer l'opinion, même avec des faits ? ... Ou est-ce que c'est de nourrir la capacité critique du public afin qu'en citoyen autonome, il puisse se faire son idée... ?"[24:33]
Future Consequences:
“Aujourd'hui, on ment pour tout et n'importe quoi, même quand il n'y a pas de raison.”
— Bertrand Haen [05:14]
“Il n'y a plus de prix politique à mentir. ...même une prime aux mensonges.”
— Bertrand Haen [08:26]
“Le débat d'opinion n'est possible que s'il y a une matière factuelle.”
— Citant Hannah Arendt, Bertrand Haen [16:29]
“Est-ce que c'est d'influencer l'opinion, même avec des faits ? ...Ou est-ce que c'est de nourrir la capacité critique du public ?”
— Bertrand Haen [24:33]
The episode offers a sobering anatomy of “post-truth” politics, linking historical philosophical debates to urgent contemporary challenges—including media manipulation, billionaire capture of public discourse, and declining faith in institutions of expertise. It ends by noting the need to reconsider the business and ethical foundations of journalism, as the fate of democracy itself may hinge on this shared factual terrain.