
Où en sommes-nous dans la fabrication de drones en Belgique ? Comment se matérialise la lutte anti-drones ? Nous découvrirons le fonctionnement de ces engins de toutes tailles, ainsi que les coulisses de leur production en Belgique grâce à un long reportage de Mari...
Loading summary
A
La première ?
B
J'ai besoin de repères.
A
Qui attaque le ciel européen des drones non identifiés en survolant le Danemark ? Les clés ? Mary Van Kutsem. Bonjour et bienvenue dans les clés. L'Estonie, la Pologne, la Norvège, le Danemark et même la Belgique. Au-dessus du camp militaire d'Elsenborn, de nombreux pays du continent européen ont été survolés par des drones inconnus ces derniers temps. D'où viennent-ils ? Qui les pilote ? Et à quelle fin ? Les regards se tournent vers la Russie, même si l'origine de ces drones n'a pas été établie à chaque fois. Du côté de l'Union Européenne et de l'OTAN, on veut en tout cas réagir, mettre en place un mur anti-drone, un ensemble de dispositifs qui permettrait de détecter et de neutraliser ces objets non autorisés dans l'espace aérien. Aujourd'hui dans les clés, on a voulu savoir concrètement ce qu'on fabriquait en Belgique en matière de drones militaires et de lutte anti-drone. Alors nous avons visité deux entreprises basées en Wallonie. ALX Systems est une petite boîte en région liégeoise qui fabrique des drones militaires avant une production à plus grande échelle par des industriels. Et Thales, le géant mondial de l'aéronautique, a aussi une branche de défense. Le site basé à Airstal fabrique entre autres une roquette anti-drone. On commence la visite chez ALX Systems où j'ai été accueillie par le CEO Geoffrey Mormal. La première, les clés.
B
Ici on développe tout ce qui est solution de drone autonome, à la fois au niveau logiciel, au niveau intelligence artificielle, au niveau matériel et au niveau électronique.
A
Dans votre bureau, ici, il y a toute une série de drones qui sont autour de nous. J'imagine que vous avez aussi un labo dans lequel vous travaillez.
B
Tout à fait. On a plusieurs laboratoires pour tout ce qui est électronique d'une part, pour tout ce qui est matériel de l'autre part, et puis pour tout ce qui est logiciel.
A
Vous me faites visiter ?
B
Avec plaisir.
A
C'est la caverne d'Alibaba, hein ?
B
Pour celui qui aime bricoler, y a de quoi faire.
A
Et ça, ce sont les petits composants électroniques, c'est ça ?
B
On a une quarantaine de produits qui sont prêts au niveau électronique, à intégrer directement dans les drones, et donc on a un stock pour faire plus ou moins 400 machines. On a développé nos propres micro-ordinateurs, on a développé nos systèmes de contrôle de drones, donc tout ce qui est système d'auto-pilotage, de contrôle de moteur, etc. Nos propres GPS, nos propres systèmes de communication, de manière à être complètement agnostique par rapport aux besoins du marché, et sans composants qui soient issus hors de l'Europe.
A
À part les moteurs ?
B
À part les moteurs, malheureusement, oui.
A
Ils viennent d'où ces moteurs ?
B
Tous les moteurs actuellement viennent de Chine. Il y a pas mal de développement aujourd'hui en Europe pour pouvoir se passer de ce fournisseur aujourd'hui incontournable.
A
J'imagine que là, il y a toute la question de la souveraineté qui est vraiment essentielle. Il faudrait pouvoir tout produire ici sans être dépendant d'un éventuel potentiel futur ennemi.
B
Absolument, ou même simplement de sanctions, de limitations, même sans qu'ils soient ennemis, mais simplement d'une coupure d'approvisionnement pour une raison ou une autre.
A
Dans l'atelier aussi, des imprimantes 3D pour fabriquer des petites pièces ou des coques de drones. Et donc le plastique coule ici, c'est ça ? Oui.
B
En fait, il est fondu sur la plaque ici et il est construit en 3D, couche par couche. Et là, on va voir ici qu'on construit des pièces en quelques minutes.
A
Ça dit aussi toute la facilité et la rapidité à construire un objet à partir de simplement un fichier qu'on peut envoyer à l'autre bout du monde et qui sera imprimé là-bas très rapidement.
B
On a des capacités de thermoformage pour des petites machines de 20 cm ou pour, comme on le voit ici, des machines qui font plus d'un mètre.
A
On va juste peut-être décrire ce qu'on a sous nos yeux. J'imagine que ça, c'est la coque du drone, c'est ça, le dessus et le dessous.
B
Oui, absolument. C'est l'ensemble du drone. Ce qui se passe, c'est qu'on a une feuille de plastique qu'on chauffe à une certaine température, qu'on fait fondre dessus pour qu'elle prenne la forme du drone. Ce qui nous permet de pouvoir répliquer facilement des carrosseries de drones très légères et résistantes.
A
Et ensuite, on va venir là-dedans, puisque ce n'est que la structure externe, on va venir installer tous les composants électroniques dont on a parlé, c'est ça ?
B
Voilà, tout à fait. Et en fonction de l'objectif du drone, drone de surveillance, drone kamikaze, drone anti-drone, peu importe, on va adapter le contenu en fonction de ce qu'on veut en faire.
A
Est-ce qu'on peut construire ça facilement, n'importe où ? Vous me parliez de kits IKEA tout à l'heure, pour les drones quasiment.
B
Vraiment l'idée c'est de pouvoir les construire dans une cave, dans une remorque, n'importe quoi, sans avoir de matériel coûteux non plus. Donc pour l'ensemble de la production, on serait à un coût d'investissement matériel de moins de 1000 euros. Et donc on arrive ici avec des solutions vraiment faciles à construire, faciles à transporter et réplicables sans difficulté. À partir du moment où on peut les adapter au niveau logiciel, au niveau électronique et au niveau matériel, on commence à avoir une agilité totale en termes de production et de technologie.
A
L'idée c'est bien celle-là, des produits légers et modulables, que l'on adapte au fur et à mesure, car les avancées technologiques et les besoins du terrain changent constamment. L'ennemi arrive à contrer nos drones ? Très bien, on adapte. L'ennemi a un nouvel appareil de détection ? On adapte aussi. On doit viser un autre type d'infrastructure ? On adapte, etc. Après les ateliers, nous sommes allés dans le bureau de Geoffrey Mormal où une dizaine de drones sont installés sur des présentoirs. Un tout petit drone était déposé sur la table.
B
On a une micro caméra qui est équipée d'une puce d'IA qui va permettre de faire de la détection en temps réel sur les images qu'elle reçoit. On a une machine qui est capable de voler de façon autonome à travers les systèmes de brouillage qui est pratiquement détectable.
A
Et en plus vous avez un petit panneau solaire.
B
Tout à fait. L'idée c'est qu'on puisse aller la placer quelque part de façon dormante qu'elle se maintienne en charge et qu'elle puisse décoller à la demande.
A
Avec ce genre de choses, on peut faire quoi ? On a la caméra, on a le système intégré. Qu'est-ce qu'on fait avec ça ?
B
On peut faire beaucoup de choses, faire de la détection et de la reconnaissance d'objets, de personnes, voire même de reconnaissance faciale et de pouvoir agir en fonction de ça. Par exemple avec une micro charge intégrée dans le drone qui irait sélectionner une cible particulière et l'attaquer personnellement. On peut faire tout ce qui est intrusion réseau, reconnaissance de terrain et analyse 3D en temps réel. Et donc on a vraiment une machine qu'on ne la trouve pas vite, elle ne fait pas beaucoup de bruit. Par contre, elle a une capacité d'action qui est énorme. Et donc, ça la rend très difficile à arrêter et relativement efficace sur le terrain.
A
Alors, vous me parlez d'un drone kamikaze. On va peut-être aller voir à quoi ça ressemble. On est sur quelque chose d'un peu plus grand, là. 30, 40 centimètres, quatre hélices et une petite pointe.
B
Une petite charge explosive.
A
Ah oui, c'est la charge explosive, d'accord. Et la caméra à l'avant, finalement.
B
Exactement. Donc ici, cette machine-ci a une particularité, c'est que les moteurs basculent pour avoir une vitesse maximale. On est sur un drone qui évolue à plus ou moins 200 km heure, qui va avoir une élongation jusqu'à plus ou moins 30 km. Et donc l'objectif, c'est que même si on la détecte, on n'a pas le temps de la descendre.
A
Ça, c'est un assez vieux drone.
B
Oui, tout à fait.
A
Et ça, c'est des modèles qu'on trouve en Ukraine en ce moment. Je peux le toucher ?
B
Oui, bien sûr. Typiquement, ce sont des drones qui existent depuis 2008 de mémoire. Ce sont des machines qui ne coûtent pas grand chose. Je pense qu'aujourd'hui, le châssis coûte 30 euros, les moteurs coûtent une salantaine d'euros.
A
Certaines fois, un drone civil, un petit joint qu'on pourrait avoir dans son jardin.
B
Exactement. C'est ce qu'on avait comme jouets il y a une quinzaine d'années. Et ces machines-là sont produites en masse en Ukraine aujourd'hui. Ça vole bien, ça fonctionne bien. Ils mettent des grenades dessus ou des têtes explosives qui sont scotchées sur la machine parce qu'elles vont durer 15-20 minutes maximum. Et le but c'est de pouvoir aller les faire exploser à 1-2 kilomètres en face des lignes.
A
Ça donne un peu le tournis. On se dit que ça change vraiment la donne. Vous avez l'impression que la guerre est en train de changer de visage avec ces outils qui débarquent sur le marché ?
B
Je dirais que le paradigme effectivement a changé parce qu'on est sur des machines qui sont très faciles à produire, qui ne coûtent pas grand chose, qui ont un impact en termes et psychologique et financier qui est énorme. On a des machines qui vont coûter peut-être 500 euros à la fabrication, mais qui vont aller faire des dizaines de milliers d'euros de dégâts. On n'est plus non plus dans une zone qui est réservée à des sociétés spécialisées ou à des consortiums qui soient très complexes. Quelqu'un dans son garage peut les fabriquer.
A
Voilà pour cette première visite. À présent, direction Thalès, à Herstal. Thalès, c'est l'un des leaders mondiaux dans l'aéronautique, le spatial, mais ils ont aussi une branche cybersécurité et défense. Et dans cette branche-là, on parle notamment de lutte anti-drone. Ici, tout est très contrôlé pour obtenir un rendez-vous, pour entrer dans les locaux et pour cause. On travaille sur des sujets sensibles. J'ai rencontré Alain Quevrin, directeur de Thalès Belgique-Luxembourg, et j'ai commencé par lui demander ce qu'on entendait précisément par lutte anti-drone.
C
La lutte anti-drone est une réponse en quatre temps pilotée par ce qu'on pourrait appeler un cerveau numérique. Vous avez fondamentalement les quatre phases qui sont la détection. Vous voyez, grâce à des radars, grâce à des systèmes d'écoute, soit à travers des antennes que vous mettez, vous sentez qu'il y a quelque chose qui se passe, donc vous détectez quelque chose. Ensuite, c'est ce qu'on appelle l'étape du suivi, du tracking. Et ça, ça veut dire que vous allez avoir une attention sur le drone qui se présente à vous. Avec la réflexion derrière de se dire que tous ces censeurs qui permettent d'avoir ce type d'informations se doivent d'être articulés à travers un système de commandement et de contrôle, le fameux système C2.
A
Autrement dit, un gros ordinateur qui permet d'intégrer toutes les données dont on parle ici et de coordonner les décisions.
C
Pour ouvrir la réflexion sur la troisième étape importante, c'est de se dire, l'identification. Est-ce que j'ai affaire à un drone ennemi ou un drone ami ? Parce qu'en fonction de ça, je vais devoir prendre une décision. Une décision qui va toucher la neutralisation ou la destruction de ce drone. Je me trouve dans un espace où il y a de la population. Ça peut être en Belgique, à proximité d'une infrastructure critique, production de gaz, électricité, d'eau, etc. Ou au contraire, je me trouve dans un espace où les militaires sont exposés sur un théâtre d'opération. et donc là j'aurais une réponse différente à apporter et c'est là qu'on utilise des moyens qui sont soit des moyens de neutralisation à travers du brouillage de fréquence, à travers des technologies de spoofing.
A
Le spoofing, c'est une technique qui permet de prendre le contrôle d'un drone à distance en lui envoyant de fausses informations pour le tromper. l'obliger à atterrir, par exemple, détourner ou pomper ces données.
C
Par ailleurs, vous pouvez avoir des solutions qui sont là plutôt destructives. Et là, typiquement, vous utilisez des armes qui seront là à nouveau, choisies en fonction de l'objectif à atteindre, de la portée à laquelle ils se situent. Et donc, vous pouvez même à ce moment-là aussi déployer des drones qui lancent des filets. Donc, il y a une situation qui amène finalement à prendre aussi une décision rapide grâce à un système de commandement et de contrôle qui soit adapté aussi à l'endroit où vous vous situez et à ce que vous pouvez faire dans cet endroit.
A
Alors on entend bien ici qu'il y a énormément d'informations à analyser et tout ça doit aller extrêmement vite donc il reste évidemment bien entendu des décisions humaines là derrière mais il y a un véritable soutien du numérique.
C
Clairement, sans le numérique, d'ailleurs, c'est impossible à faire. Il y a beaucoup d'apprentissages. Là aussi, on sent que l'intelligence artificielle amène beaucoup de réflexions. Typiquement, quand on imagine un drone, ça peut être la taille d'un oiseau. Il faut faire la différence entre les deux. Analyser un comportement typiquement... Dans cette phase d'identification, est-ce que j'ai un ami ou un ennemi ? On analyse les comportements des drones, entre autres avec des moyens numériques que sont l'intelligence artificielle.
A
Aujourd'hui, un drone, ça peut être autant quelque chose qui a la taille d'un oiseau, comme vous l'avez dit, que quasi un avion.
C
Ah oui, ça peut même être plus petit qu'un oiseau. Donc on parle... Oui, voilà, c'est des micro-drones. On parle de micro, mini, des drones qui volent à plus ou moins haute altitude. Effectivement, la taille, rien que la taille, est un facteur de décision par rapport aux moyens qu'on va mettre en face pour le neutraliser ou le détruire.
A
Et ça montre aussi toute l'étendue de types d'informations qu'on peut avoir, ne fût-ce qu'en partant de là, en partant du type de drone auquel on se retrouve.
C
Exactement. La façon dont ces drones sont utilisés. On parle aussi beaucoup des esseins de drones, parce que tout ça s'adapte à une vitesse vraiment rapide. C'est pour ça qu'il est aussi important d'observer ce qui se fait sur différents théâtres d'opération ou sur différents pays. On en a vu aussi les drones qui circulaient en Europe. ces derniers temps et donc c'est vrai qu'il faut observer, c'est d'apprendre le plus rapidement possible de tout ce qui se passe et après adapter les moyens technologiques et là c'est vrai que c'est un suivi permanent, ça demande aussi beaucoup de vigilance.
A
Est-ce qu'on n'est pas toujours un peu en train de courir après ces évolutions technologiques quand on est dans la lutte anti-drone ?
C
Courir après, il y a des choses qu'on arrive à devancer. Mais c'est vrai qu'on doit constamment s'adapter à la façon dont les drones sont utilisés.
A
Qu'est-ce que vous fabriquez ici, chez Thalès, dans le cadre de cette lutte anti-drone ?
C
En Belgique, Thalès a déjà cette capacité d'avoir cette vue système, donc justement on soulignait d'avoir une approche holistique, comprendre un peu c'est quoi gérer des senseurs, c'est quoi d'aussi réfléchir sur la solution adaptée, donc ça c'est déjà...
A
Quand dit on senseurs, ce sont tous ces outils, tous ces dispositifs qui permettent.
C
D'Identifier, On parlait de radars tout à l'heure, de moyens acoustiques, de moyens qui analysent des spectres de fréquence. Tout ce qui nous permet de dire qu'il y a un drone. C'est cette couche de censeur. Après, il faut ramener toutes ces informations, les comprendre et les exploiter. C'est ce qui s'appelle le cœur de la réflexion du command and control. Après, déclencher une décision le plus rapidement possible avec les moyens adaptés. C'est dans l'ADN de la société. En termes de maîtrise de produits, en Belgique, on a fourni à la Défense belge des moyens de brouillage. Ce sont des solutions qu'on maîtrise en Belgique. On a aussi, en moyen d'effecteurs, nos systèmes roquettes, roquettes guidées en particulier, avec des têtes, elles-mêmes équipées d'une quantité de billes qui, moment adapté, c'est-à-dire quand elle rencontre un drone, c'est un nuage de billes qui permet de détruire le ou les drones. Donc ça, c'est des sujets vraiment sur lesquels on travaille depuis un long moment et qu'on utilise justement sur des terrains d'opération.
A
Alors justement, parlons-en puisque vous en avez amené une ici. Est-ce qu'on peut peut-être regarder ensemble à quoi ça ressemble ? Est-ce que vous pouvez un peu me décrire l'objet ? Donc on a cette boîte transparente qui entoure ce qui ressemble à un long missile, non ? Allez, ça fait combien ? 50, 70 centimètres ?
C
Oui, et ce n'est qu'une partie d'un objet complet. C'est ce qu'on appelle une tête. La tête est poussée par un moteur. C'est un moteur qui va propulser cette fameuse tête. À nouveau, dans un temps très court, il va falloir se dire, grâce aux informations que j'ai reçues, je sais vers quel endroit je vais viser. à quelle altitude, et donc cette tête-là, qui est équipée de milliers de petites billes de métal, va à un moment donné, au moment où nous, on aura décidé... Donc ça c'est la partie jaune, la partie centrale qui explose, ce sont des explosifs. Et ça va projeter toutes les petites billes. Voilà, qui vont créer justement un nuage de billes suffisamment concentré pour se dire on a un effet destructeur et aussi suffisamment large pour que cet effet là soit le plus impactant possible, surtout si on a un nuage, un essaim de drones.
A
Les drones passent dedans et ils sont détruits, c'est ça l'idée ?
C
Oui, alors il y aura peut-être une aile d'un drone qui va être détruite et donc le drone va plonger et se crasher. Il y a peut-être des drones qui vont carrément exploser en vol. Donc voilà, c'est un peu tout ce qui est aujourd'hui demandé par justement cette demande de trouver une solution concrètement dans une profondeur, une portée de 300 mètres à 3 kilomètres.
A
Parce que, bien entendu, ça dépend aussi de ça. On ne peut pas utiliser ce type de roquettes anti-drone à toutes les sauces.
C
On peut ne pas à n'importe quel moment. Si vous êtes en proximité immédiate, ce n'est plus possible. Et si, justement, aujourd'hui, c'est toute cette analyse qui est remontée. Je ne vais pas utiliser un missile qui coûte horriblement cher pour une menace qui ne le mérite peut-être pas. Et puis aussi à une distance qui n'est plus efficace. Chaque outil, chaque moyen trouve son utilité dans une portée déterminée et pour un besoin aussi déterminé.
A
Vous avez parlé d'outils extrêmement chers. Est-ce que ça, c'est un outil cher ? Est-ce que ça coûte cher à la défense de s'équiper avec ce genre de choses ?
C
Cher, à nouveau, c'est relatif. Objectivement, non. Pourquoi ? Parce que quand on voit ce que... peuvent créer comme dégâts les drones assaillants, que ce soit des dégâts matériels ou malheureusement ça peut être aussi des dégâts humains. L'utilisation de ce type de produits, il trouve tout son sens. on a des retours très positifs et même c'est ce qui nous amène justement à en produire de plus en plus.
A
Cela dit, on l'a dit, il faut tout un arsenal pour pouvoir s'équiper aujourd'hui pendant la lutte anti-drone. Donc ça c'est peut-être un élément. Il faut trouver tous les systèmes pour aussi détecter, identifier, brouiller en fait toutes les étapes dont vous avez parlé. En fait aujourd'hui s'équiper dans la lutte anti-drone c'est quand même vraiment un sacré investissement.
C
C'est un investissement certes, c'est complexe certes aussi, mais c'est une menace réelle. On l'a vu ces derniers temps, ce qui se passe au Danemark en particulier ou dans les pays nordiques. Donc ce n'est pas une illusion, il faut faire quelque chose. Et oui c'est vrai, heureusement on a la technologie qui permet de répondre à ce type de menace. Mais il faut être en vigilance permanente, ça évolue constamment. Il faut accompagner un mouvement, certes pas un bon mouvement, mais il faut quand même tout l'accompagner.
A
Ça a du sens que chaque pays s'équipe avec tous ces dispositifs anti-drone ou bien il faut réfléchir de manière plus globale ? On entendait Ursula von der Leyen parler d'un mur anti-drone pour l'Europe. Comment on fonctionne en fait ?
C
Là, on touche plutôt la notion de ce qui est la défense aérienne, l'air defense. Et l'air defense est traditionnellement séquencée. C'est-à-dire que vous avez des segments bas, voire très bas. C'est plutôt là où on parle de lutte anti-drone à courte portée. Mais vous pouvez avoir aussi un segment qu'on appelle les segments moyens. Les pays et la Belgique ont pris une décision sur ce segment moyen à travers une solution dite NAZAMS.
A
Une solution NAZAMS, c'est un système de défense anti-aérien développé par le fabricant norvégien Kongsberg. Il s'agit de batteries de missiles SOL-R. 9 batteries, chacune dotée de 4 lanceurs, sont prévues pour la Belgique et une pour le Grand-Duché du Luxembourg.
C
Et puis vous avez le segment eau. Et là, ce sont des solutions qui permettent d'attaquer des missiles balistiques typiquement, voire demain des missiles qui viendront de satellites et donc à beaucoup plus longue portée. Et ça, c'est des réflexions qui doivent d'ailleurs se tenir globalement. La Belgique ne peut pas le faire tout seul. Il faut réfléchir, justement, peut-être au niveau européen et certainement au niveau européen. C'est une vraie réflexion parce que ça touche des notions de souveraineté.
A
Pour vous, il faut réfléchir à plusieurs niveaux.
C
Oui, c'est ça. La solution est à adapter en fonction des niveaux. L'important, c'est la coordination entre les niveaux, une fois de plus. Et pour le segment eau, c'est sûr que c'est une vraie réflexion européenne qui se doit d'être menée.
A
Très concrètement, qu'est-ce qu'on trouve sur le terrain en Ukraine, en Russie, comme type de drone, d'antidrone ? On est sûrs de quelle taille, quelle fonction, quel objectif pour ces drones assaillants ?
C
Les drones assaillants ? On parle beaucoup des drones de type Shahed, qui volent quand même à une belle altitude et qui s'est aussi adapté au fil du temps. Ils volaient ces derniers... Il y a quelques temps, en altitude... plus basse que maintenant, mais ils ont bien compris qu'ils pouvaient être atteints par des canons, par des fusils, des gens qui les tiraient. Donc on est allé vers une utilisation en altitude beaucoup plus haute. Donc là, c'est déjà un moment où on peut se dire qu'il y a des moyens de détruire ces drones. Donc c'est en altitude, avec des avions ou des hélicoptères qui peuvent faire le travail, mais aussi d'autres drones qui sont équipés de moyens anti-drones. comme nos systèmes rocket, par exemple, sur lesquels on est en train de travailler. Et puis après, ces drones-là descendent à pic. Au dernier moment, ils descendent sur des cibles d'infrastructures critiques. Et c'est là qu'il faut avoir une réponse au départ du sol. Et à nouveau, avec cette réflexion sur les quatre axes dont on a parlé.
A
Est-ce que ça existe, des drones avec des solutions d'intelligence artificielle de reconnaissance faciale embarquées qui pourraient aller cibler des personnalités dans le commandement militaire, imaginons, et aller tuer une personne en particulier ? Est-ce que ça, ça existe aujourd'hui ?
C
Ce ne serait pas correct de dire que ça n'existe pas. Oui, ça existe.
A
Quand on se dit qu'avec les solutions en IA qui existent, il y a moyen de tout faire à bord d'un drone. On peut détecter des gens dans les bois la nuit avec des solutions infrarouges. On pourrait poursuivre des personnes avec de l'IA et de reconnaissance faciale. On peut aussi embarquer des munitions à bord. Tout est possible avec les drones.
C
Tout est possible avec les drones. Les drones ont plusieurs fonctions. C'est vrai que là, vous parlez de drones qui ont un effet destructif. Vous avez des drones qui sont là pour surveiller. Vous avez des drones aussi qui sont là pour aider, pour des soutiens médicaux, typiquement. Donc l'usage des drones est très varié sur les théâtres d'opération actuellement. C'est vrai que l'idée, c'est de ne pas exposer son personnel. Ce qu'un drone peut faire, mais tant mieux, c'est pas une personne qui le fait et qui s'expose à un danger. Et donc, il faut faire la distinction. Il y a des drones qui sont là pour brouiller d'autres drones. La créativité n'a pas de limite là-dessus. Et c'est vrai que c'est là qu'il faut savoir distinguer vraiment. Et à nouveau, il faut vraiment se rendre compte d'adapter la réponse à l'endroit où vous êtes situé. Quand il y a de la population, vous réagissez, vous devez en tout cas réagir d'une façon bien déterminée. C'est un large débat qu'il va falloir entamer, parce que c'est une menace qui est là. On ne peut pas dire qu'elle n'est pas là, on la voit à nos portes. Comment on va faire demain, comment on va s'organiser, comment on va se coordonner, c'est des points d'attention.
A
Vous avez parlé des seins aussi, des seins de drones tout à l'heure, ça par exemple à quoi ça sert ?
C
Mais les essais, c'est déjà en général, voilà, ça dépend de la taille des drones, mais vous pouvez avoir des quantités de mini drones qui se rassemblent et qui ont une image radar qui donne l'impression que vous avez un plus gros drone. Et donc, vous allez peut-être vous adapter votre réponse à c'est un gros drone. Et puis, au dernier moment, c'était ça parce que vous parliez tout à l'heure de l'intelligence artificielle va se redécouper. en peut-être sous-essai, et puis ça va perturber aussi vos systèmes de défense. Et à nouveau, voilà, ça peut perturber. Le but, c'est d'être désorganisé aussi. Et puis à nouveau, c'est pas toujours parce que vous avez le plus gros des drones que ça a le plus gros des effets.
A
Vous pensez que l'avenir, c'est une guerre drone contre drone ou bien ce sont des outils qui viennent compléter un arsenal militaire déjà existant et le complexifier aussi ?
C
Je ne suis qu'un industriel de la défense, je laisserai en tout cas le monde militaire s'exprimer, mais nous de ce qu'on voit et des sollicitations qu'on a, c'est plutôt en complément de moyens actuels. Un drone ne va pas remplacer un avion de chasse, un drone ne va pas remplacer un char, et donc c'est la complémentarité des moyens qui est une vraie réalité aujourd'hui sur les théâtres d'opération.
A
Le drone s'ajoute donc très clairement à l'arsenal militaire et devient un outil incontournable, que ce soit sur les terrains de combat ou dans les contextes de guerre hybride quand il s'agit de déstabiliser l'ennemi. Merci à nos interlocuteurs Geoffrey Mormal d'ALX Systèmes et Alain Quevrin de Thalès Belgique Luxembourg. A la réalisation Valentine Gourdange, à la préparation Marie-Van Kutsem. Merci à vous d'avoir suivi ces clés et à très bientôt pour un nouvel épisode.
Les Clés – "Drones et lutte anti-drones : de quoi parle-t-on ?"
RTBF | Host: Arnaud Ruyssen | Date: 15 Octobre 2025
Dans cet épisode, Arnaud Ruyssen et son équipe explorent l’envers du décor de la guerre contemporaine à travers l’utilisation croissante des drones et la riposte technologique via les dispositifs anti-drones. Sur fond de survols non identifiés de l’espace aérien européen (Danemark, Estonie, Belgique…), le reportage poursuit deux objectifs :
Deux interviews de terrain structurent l’épisode :
[00:07-08:13]
Conception 100% locale… sauf les moteurs
Impression 3D et modularité
Philosophie "IKEA des Drones"
Exemples de drones présentés
Changement fondamental dans la guerre
« L’idée, c’est vraiment d’avoir des solutions faciles à construire, faciles à transporter, réplicables sans difficulté. »
– Geoffrey Mormal, ALX Systems (B), [04:20]
[08:13-27:04]
Définir la lutte anti-drone
Systèmes numériques et intelligence artificielle
Exemple concret : la roquette anti-drone belge
Question de coût et d’adaptabilité
La réponse doit être européenne
Guerres hybrides et évolution tactique
« Tout est possible avec les drones... On peut détecter des gens avec de l’IA et de la reconnaissance faciale, embarquer des munitions à bord. Tout est possible. »
– Alain Quevrin, Thalès Belgique-Luxembourg (C), [23:37]
« Ce n’est pas une illusion ; il faut faire quelque chose. Heureusement, la technologie permet de répondre. Mais la vigilance doit être permanente, ça évolue constamment. »
– Alain Quevrin (C), [19:19]
[23:14-27:04]
Sophistication et dangerosité de l’IA embarquée
Le drone, un outil complémentaire mais non exclusif
Appel à un débat de société et une gouvernance internationale
Immersion “terrain”, ton didactique et prospectif, questions concrètes liées à la souveraineté, la technologie et l’adaptation continue : l’épisode vulgarise sans édulcorer les risques, les coûts et la montée en puissance d’une guerre « ouverte » ou hybride où le drone, de moins en moins cher et de plus en plus intelligent, change profondément la donne.
Épisode conseillé à toute personne voulant comprendre les coulisses industrielles et tactiques de la guerre moderne, les enjeux européens de sécurité et la rapidité d’évolution des menaces… mais aussi se questionner sur les contours éthiques et politiques d’un futur où « tout devient possible avec les drones ».