
C’est la question posée par les élèves de l’Athénée Royal Ardenne – Hautes Fagnes. Est-ce que l’école permet à chaque élève de s’émanciper et de poursuivre ses objectifs ? Ou, au contraire, contribue-t-elle à accentuer les inégalités ? Nous revenons aux fondamentau...
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Student 1
Il y a tellement d'infos que je m'y perds.
Host / Interviewer
Je trouve que c'est difficile d'y voir clair quand même.
Student 2 / Narrator
Souvent je trouve que tout est trop superficiel.
Student 3
Je pense qu'il y a trop d'infos et...
Student 2 / Narrator
C'est très angoissant. La première...
Host / Interviewer
J'ai besoin de repères.
Student 2 / Narrator
Les clés.
Jacques Cornet (Sociologist)
J'ai envie de comprendre.
Student 4
Arnaud Royson.
Host / Interviewer
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés pour un nouvel épisode spécial jeunes avec une question aujourd'hui qui nous a été soumise par des élèves de Malmedy et Stavelot en province de Liège. L'école joue-t-elle un rôle d'ascenseur social? Une question qui tombe à point nommé en plein débat sur l'allongement ou non du tronc commun. Alors on va prendre le temps de creuser tout ça en compagnie des élèves, des élèves que Sarah Poussey va tout de suite nous présenter.
Student 5
Les clés!
Student 3
Nous sommes de l'athénée royale Ardenne-Hautefagne de Stavelot et nous sommes en réto.
Student 6
Du coup, on vient de l'athénée royale Ardenne-Hautefagne et on est en cinquième.
Student 7
Et nous sommes tous en sciences sociales.
Student 2 / Narrator
Ce groupe de cinquième et de réto nous vient donc de Stavelot et Malmédie. Ils ont pris le temps de visiter la RTBF et puis ensemble, nous avons tenté de répondre à la question de leur choix.
Student 8
Les sujets qu'on a choisi aujourd'hui, c'était l'école comme ascenseur social.
Student 2 / Narrator
L'école joue-t-elle encore un rôle démancipateur, qui permet à chacun de devenir ce qu'il aimerait être. C'est donc le sujet choisi par ses élèves de sciences sociales. Pour eux, c'était très intéressant de se pencher sur l'institution dans laquelle ils passent la majorité de leur temps, l'école.
Student 3
L'école fait partie de notre vie, on y est 5 jours sur 7 et donc je pense que nous pensons que c'est intéressant de parler de cela parce que c'est vraiment une clé essentielle à notre vie.
Student 6
On y est 5 jours sur 7 comme il dit, c'est une grande partie de notre vie, on y passe des années et des années et c'est intéressant de parler de comment est-ce que ça nous amène dans la vie, comment est-ce que ça nous habitue aussi à la vie adulte, etc.
Student 2 / Narrator
En discutant avec les élèves, on a compris que c'était assez difficile pour eux d'identifier précisément des inégalités dans le milieu scolaire. Pourtant, eh bien, il y en a et on va tenter de comprendre si l'école les réduit ou les renforce.
Host / Interviewer
Alors, pour explorer tout ça, c'est toujours intéressant, je trouve, de repartir des questions de base. Et donc, j'ai commencé par poser une question aussi simple que complexe aux élèves. Ça sert à quoi, au fond, l'école?
Student 6
Pouvoir nous former pour plus tard, pour nos études supérieures. Nous apprendre à rentrer dans la vie adulte, le savoir-vivre en communauté, etc. Se.
Student 1
Sociabiliser et rencontrer des gens, etc. S'ouvrir.
Student 3
À des domaines divers et variés de la vie courante.
Student 6
Apprendre un métier qu'on aime bien, qu'on veut faire plus tard.
Student 5
Je pense qu'il y a aussi essayer de se découvrir soi-même, découvrir nos passions et ce qui pourrait nous passionner dans la vie active plus tard.
Host / Interviewer
Voilà quelques-unes des réponses. Alors, face à ces élèves, on avait aussi invité un expert, en l'occurrence, Jacques Cornet. Il est sociologue de l'éducation. Il a longtemps formé des enseignants et il est aussi engagé dans l'association CG qui milite pour une école plus égalitaire. Donc, c'est un expert, mais un expert engagé qui estime que l'école doit jouer un rôle d'émancipation pour tout le monde, y compris pour les élèves issus de milieux populaires. Et on a donc demandé aussi à Jacques Cornet à quoi est censé, pour lui, servir l'école.
Jacques Cornet (Sociologist)
« Puisque c'est des sciences sociales ici, on va faire un peu de sociologie. Donc une institution remplit toujours plusieurs fonctions. Et il y a ce qu'on appelle les fonctions manifestes, c'est-à-dire les fonctions évidentes, déclarées. Dans ce cas-ci, ce serait instruire, éduquer, socialiser, former un futur métier, etc. Et puis, il y a toujours ce qu'on appelle des fonctions cachées, des fonctions de type effet pervers. Et il y en a évidemment une énorme. L'école sert aussi à hiérarchiser, à classer les forts, les faibles, les meilleurs, etc. Par exemple, l'option science sociale n'est pas très bien vue. On considère que c'est une option inférieure. par rapport à Matt Fort ou à Latin, etc. Et donc l'école sert à ça aussi, c'est-à-dire à dire qui peut être au-dessus et dire qui peut être en-dessous. C'est-à-dire l'école sert aussi à faire aller l'ascenseur social plus lentement ou plus vite pour certains. Mais on va revenir à cette notion d'ascenseur.
Host / Interviewer
Social. Effectivement, on va y revenir. Mais avant cela, j'avais envie de demander aux élèves s'ils ressentent ce que pointe là Jacques Cornet. Est-ce qu'il y a cette idée qu'il y aurait des options pour les forts et d'autres pour les moins.
Student 6
Forts? Oui, il y en a beaucoup à l'école qui pensent que des options comme la science sociale, c'est des options un peu où on ne fait rien, on ne fait que discuter ou des trucs comme ça, alors qu'en science forte et en maths forte, ils travaillent. En fait, c'est beaucoup mieux vu. les options vraiment scientifiques que les options plus de tout ce qui est sciences.
Student 8
Humaines. Oui, moi aussi j'ai cette impression-là. Souvent nos amis quand on a nos heures d'études pendant qu'eux ils ont certains autres cours qui prennent plus de temps, ils nous disent vous êtes des chômeurs, franchement vous faites rien, etc. Alors que pas du tout en sciences sociales, on travaille beaucoup, on aborde beaucoup de sujets et c'est super.
Host / Interviewer
Intéressant. Et puis on verra même à l'RTB, ça, les autres ne font pas. Et c'est quoi les autres options alors, qui seraient considérées comme les options plus.
Student 1
Fortes? Dans notre école, il y a les maths 4 qui ont 6 heures de maths, où il y a les sciences 4 où ils ont 3 heures de biologie, 3 heures de physique, 2 heures de chimie, etc. qui leur prennent beaucoup de temps, ce qui fait qu'ils n'ont pas beaucoup d'heures d'études pendant la semaine. Du coup, c'est des options très imposantes quand.
Host / Interviewer
Même. Et est-ce que c'est une bonne chose, alors, selon les élèves, d'avoir comme cela, assez tôt dans leur formation, des options, des chemins différents qui s'ouvrent? Avec cet effet, en conséquence, d'un peu trier les.
Student 3
Élèves. Oui, bien évidemment, parce que chacun est différent, chacun veut faire un métier bien.
Student 8
Spécifique. Moi je trouve que c'est super important qu'il y ait des options qu'à partir d'un certain moment on puisse se diriger vers ce qui nous intéresse pour plus tard et pas rester dans une option par exemple qui prendrait beaucoup de temps et de travail etc qui ne nous servira pas plus.
Host / Interviewer
Tard. On touche là à un point sensible qui sert à réinviter dans le débat sur l'école depuis quelques semaines. Jusque quand doit-on proposer aux élèves un parcours commun? Et à partir de quel moment faut-il ouvrir des chemins différenciés? On sait que le pacte d'excellence a fait le choix de prolonger le tronc commun jusqu'à la fin de la 3e, alors qu'aujourd'hui, il ne va que jusqu'à la fin de la 2e. Dès lors, est-ce que les élèves de l'athénée royale Ardenne-Hotfein trouvent que c'est une bonne idée d'avoir demain un tronc commun plus.
Student 3
Long? Je pense que c'est une mauvaise chose parce que déjà, il y a des personnes qui sont en deuxième et qui ne sont pas capables de rester en général et donc vont dans le technique ou dans le professionnel. Et cela est une bonne chose pour ces personnes-là. Je pense que retarder d'un an, ça pourrait aggraver leurs notes, leurs cotes et qu'ils pourraient se sentir inférieurs à ceux qui en sont.
Student 1
Capables. Je suis du même avis que Lohan, je trouve que retarder sa donnance ça sert à rien parce que si à partir de la deuxième secondaire on sait déjà ce qu'on veut faire par exemple on peut déjà se diriger vers quelque chose ou alors comme Lohan a dit en quatre ans parfois on sait déjà pas ce qu'on veut faire après du coup réduire ça d'une année je pense que c'est pas une bonne.
Host / Interviewer
Idée. Vous dites déjà deux choses un peu différentes, je trouve intéressant de le relever. Toi, tu dis, il y en a qui déjà à 14 ans, ils savent ce qu'ils veulent faire, donc c'est bien qu'ils puissent aller le faire. Et toi, Loan, tu dis, il y en a, s'ils savent déjà plus suivre en général, c'est bien qu'ils puissent aller vers autre chose. Et là, j'ai l'impression que vous mettez le doigt sur un truc qui est important dans notre enseignement. Est-ce que vous pensez que quand on fait le choix d'aller vers des options plutôt du qualifiant, donc professionnel, est-ce que c'est parce qu'on est déjà sûr du métier qu'on veut faire ou est-ce que c'est plus souvent parce qu'on n'arrive plus à suivre dans la filière d'enseignement général? Gardez bien le doigt levé, je vais passer chez tous ceux qui veulent.
Student 6
Réagir. Bah moi je pense que c'est pas parce qu'ils savent ce qu'ils veulent faire, c'est plus par rapport en fonction si ils savent bien étudier, si c'est fait pour eux ou s'ils sont plus pour faire un travail manuel. Donc je pense que c'est plus par rapport à ça que de directement aller vers un métier en particulier. Moi je pense que ça peut être un peu des deux, parce que de un ils ont des difficultés et que ça leur permet de de faciliter leur apprentissage et de deux, peut-être parce qu'ils ont déjà une idée de ce qu'ils veulent faire, parce qu'en général, les options techniques, c'est fort centré sur quelque chose. Par exemple, ici, chez nous, c'est tout ce qui est infographie, dessin, etc.
Host / Interviewer
Vous pensez que c'est un choix qu'on fait pour le métier, pour ce que ça profite ou parce qu'on n'arrive plus dans le.
Student 6
Général? Moi, je pense qu'ils ne se retrouvent pas du tout dans le général. Ils ne sont pas intellectuels et essayent des métiers manuels pour essayer de trouver un prochain.
Host / Interviewer
Emploi. Il y aurait donc, selon une majorité des jeunes qui ont participé à l'enregistrement de l'émission, une sorte de prédestination. Certains seraient davantage faits pour des métiers manuels et d'autres pour des métiers dits.
Student 6
Intellectuels. Il y en a qui auront de suite plus facile à faire des études où il faut étudier et il y en a qui ne se retrouveront pas du tout là-dedans. Pour eux, étudier et faire des études plus intellectuelles, ce n'est pas du tout leur truc et qui vont plus se tourner vers des métiers manuels ou même des études en technique.
Student 3
Etc. Je connaissais une personne qui était dans une classe il y a quelques années, elle étudiait énormément et ses points ne valaient pas son travail et donc elle est partie du général et elle est partie dans le qualifiant et elle excelle dans ce qu'elle fait. Donc ce que je veux dire c'est que chaque esprit est différent et que selon nos pensées, notre manière de faire, cela peut complètement jouer sur notre.
Student 4
Éducation. Pour moi, vraiment, chacun est différent, et c'est pour ça que je rebondis vite fait sur le tronc commun. L'allongé, ça peut dire qu'on est tous pareils et qu'on a à peu près tous le même avenir, alors que certaines personnes adorent résoudre des équations mathématiques, comme d'autres adorent construire des objets, des armoires en bois ou quoi, et.
Host / Interviewer
Voilà. Pour beaucoup des élèves de l'athénée royale Ardeno de Fagne, ce ne serait donc pas spécialement une bonne idée d'allonger le tronc commun, puisque ça retarderait le moment où un élève peut faire ce qu'il a vraiment envie de faire. Ça, c'est donc la vie des élèves. Mais revenons alors à notre sociologue. Pour Jacques Cornet, tout ce qui vient d'être dit là nous renvoie en réalité à une question tout à fait centrale sur le sens profond de.
Jacques Cornet (Sociologist)
L'École. En matière de politique d'éducation, c'est vraiment l'enjeu, c'est-à-dire jusqu'à quel âge est-ce qu'on a tous les mêmes types de cours d'apprentissage et à partir de quel âge est-ce qu'on commence ce qu'on appelle la différenciation ou la spécialisation. Dès les années 60, à la suite d'un certain nombre d'études sur l'école, on s'est rendu compte que pour favoriser la réussite des enfants de milieux populaires, je vais y revenir, on avait intérêt à allonger la partie commune. C'est comme ça qu'en France, par exemple, on a inventé le collège et donc en France, jusqu'à 15 ans, c'est commun. En Belgique, ça a été le grand débat avec le rénové. et de façon aussi à allonger puisque quand moi je suis sorti de primaire on se spécialisait déjà à 12 ans et puis on est monté à 14 ans et le tronc commun prévoyait d'aller jusqu'à 15 ans. Et donc ça c'est vraiment un enjeu de savoir à partir de quand est-ce qu'on se spécialise. On remarque que les pays qui spécialisent le plus tard, où les filières de différenciation sont les plus tardives, ce sont dans ces pays-là que l'école est à la fois la plus efficace et la plus équitable, c'est-à-dire qu'il y a moins d'inégalités dans ces pays où on a un tronc commun plus long. Et donc j'ai entendu beaucoup ici d'affirmations, on est tous différents, on a chacun notre personnalité, on a chacun notre caractère. Alors ça serait intéressant, au cours de sciences sociales, de se demander, tiens, qu'est-ce qui fait ces différences? Si vous estimez qu'il y a des différences, d'où viennent-elles ces différences? Ces différences sont-elles génétiques? Est-ce que notre intelligence, notre cerveau, à notre naissance, est programmé pour faire telle ou telle chose? Apparemment, en tout cas scientifiquement, ça n'est pas le cas. Il n'y a pas de spécialisation cérébrale à la naissance, certainement pas, le cerveau étant particulièrement plastique, il est complètement immature à la naissance, il va donc se développer par la suite. Alors du coup, si les différences ne sont pas génétiques, biologiques, il y a de grandes chances qu'elles soient socio-économiques, socio-culturelles, etc. Et que donc, que ce soit en fonction de l'éducation que vous avez reçue avant d'entrer à l'école et pendant que vous êtes à l'école avec votre famille, vos amis, vos connaissances, etc., il y a de grandes chances que ce soit tout ça qui explique les différences. Alors si on souhaite, si on trouve que c'est mieux, qu'il y ait plus d'égalité, si on souhaite que les enfants de milieu populaire réussissent comme les autres, c'est-à-dire fassent du général, etc. Alors on doit allonger le tronc commun en effet pour essayer d'améliorer les compétences de tous de façon à ce qu'après, à 15 ans ou à 16 ans, dans plusieurs pays c'est jusqu'à 16 ans le tronc commun, et ce sont ces pays-là qui réussissent le mieux. Donc on a intérêt à allonger pour augmenter les chances de.
Host / Interviewer
Chacun. C'est d'ailleurs cette vision-là qui a prévalu quand le pacte d'excellence a été scellé par tous les acteurs de l'école. Comme on voulait une école plus émancipatrice, permettant à chacun, quel que soit son milieu, son origine sociale, de pouvoir se réaliser, s'émanciper, on a décidé notamment d'allonger le tronc commun. Et on l'a fait aussi en constatant une réalité. Aujourd'hui, la reproduction sociale est très importante. C'est-à-dire que vous avez beaucoup plus de chances de pouvoir vraiment choisir votre voie si vous êtes issu d'un milieu favorisé que si vous êtes issu d'un milieu.
Jacques Cornet (Sociologist)
Défavorisé. si on divise tous les élèves en dix, le décile le plus riche, pour le dire comme ça, au niveau économique, social et culturel, le décile le plus élevé, ils sont à 90% dans le général. Et le décile inférieur, donc les plus pauvres, on va dire, économiquement, socialement, culturellement, ils ne sont plus que 10% dans le général. Ils ont déjà été orientés vers le technique et le professionnel. Et donc, en Belgique francophone, mais dans beaucoup d'autres pays, on considère qu'aujourd'hui, l'orientation, l'orientation scolaire et l'orientation professionnelle, cette orientation se fait par déficit. C'est-à-dire que si on ne sait pas continuer dans le général, on va dans la technique de qualification. Si on ne sait pas continuer dans la technique de qualification, on va en professionnel. Et donc, cette orientation par l'incapacité, ça ressemble fortement à de.
Host / Interviewer
L'Exclusion. Et ça, C'est un constat que l'on fait depuis longtemps à propos de notre enseignement. Beaucoup d'élèves en cours de cursus vont quitter l'enseignement général, non pas par vrai choix, mais par relégation. L'école peine donc à jouer son rôle émancipateur et a même une fâcheuse tendance à accentuer certaines inégalités. Et souvent, l'école va elle-même jouer un rôle dans cette logique de relégation, en conseillant par exemple à un élève de changer d'option, voire à changer d'école, parce qu'il n'arrive plus à.
Student 5
Suivre. Moi j'ai déjà des amis qui, on a essayé de les rediriger vers du technique ou du professionnel parce que pas fait entre guillemets pour les études en général et même moi j'ai eu des années où j'avais pas spécialement facile et on vous mettait déjà sur la table comme deuxième option ça et on ne cherchait pas à spécialement tout de suite m'aider on mettait ça plus vite en fait parce que soit disant j'étais pas fait pour.
Student 7
Ça. Moi aussi j'ai vécu la même chose en troisième on m'a dit de m'orienter vers du professionnel mais je l'ai pas.
Host / Interviewer
Fait. Et pourquoi tu ne l'as pas.
Student 7
Fait? Je ne sais pas, je préférais rester.
Student 6
Ici. Et j'ai quand même.
Host / Interviewer
Réussi. Et quand tu dis on a essayé, vous avez tous les deux dit on, c'est qui, c'est quoi, ça se passe comment, ce genre de.
Student 7
Choses? Certains de mes professeurs, je crois qu'ils ont plus facile de nous diriger de suite vers le professionnel, comme ça, même pour l'année prochaine, pour eux, c'est plus.
Host / Interviewer
Facile. de ne pas devoir t'aider à réussir dans la filière où tu.
Student 7
Es. Oui, je crois que c'est.
Host / Interviewer
Ça. Et toi, quand tu disais on, c'était.
Student 5
Qui? C'est pareil, ça peut être des professeurs qui vous voient plus loin ou différemment que vous. Moi, personnellement, c'est plus un directeur ou quoi qui est venu et qui m'a pas forcé non plus. C'était vraiment... Il m'a vraiment montré les choix que j'avais. Mais c'est vrai que pour certaines personnes, j'ai l'impression qu'on les pousse un peu à aller vers l'autre part parce qu'on leur dit que c'est vraiment pas fait pour eux, le.
Student 7
Général. Dans notre école aussi, par exemple, à la fin de l'année, il y a des restrictions. Par exemple, si l'élève n'a pas réussi ses examens, ils mettent les restrictions techniques, etc. Ou alors on double. Et je sais que j'ai une amie aussi dans une autre école où il y avait apposé ça. C'est soit elle devait aller en professionnel, soit elle doublait d'office et elle ne continuait pas en.
Host / Interviewer
Général. Des témoignages qui interpellent et amènent à cette question alors posée à Jacques Cornet. Est-ce que parfois l'école ne vient pas accentuer les mécanismes de.
Jacques Cornet (Sociologist)
Rélégation? et je retirerai le mot parfois, je crains que ce ne soit toujours le cas, que l'école, actuellement en communauté française, malgré toutes les bonnes volontés, continue à accélérer les phénomènes de relégation. Alors je voudrais revenir sur des manières de parler que j'ai entendues au moins dix fois. Il y a des gens qui sont faits pour ça et des gens qui ne sont pas faits pour ça, ils sont faits pour autre chose. Et donc ça, c'est une question philosophique. Est-ce qu'on est fait pour quelque chose? Ou bien est-ce qu'on se fait avec les autres pour aller vers d'autres horizons? Donc ça, c'est vraiment important d'être attentif à la manière dont on parle. Parce que plus on parle comme ça, être fait pour ou ne pas être fait pour, plus on s'approprie cette représentation-là qu'on est complètement déterminé ou inversement, complètement libre, mais c'est la même illusion, complètement déterminé pour être manuel ou pour être intellectuel. Alors rappelez quand même que des métiers exclusivement manuels, où on ne se sert pas de sa tête, c'est extrêmement rare. Et de s'orienter à 14 ans, voire même à 15 ans, vers un métier professionnel, eh bien ceux-là, ceux qui vont en professionnel, je dis par exemple maçonnerie, ils deviennent rarement maçons. parce que la plupart ne terminent pas l'école, parce qu'ils ont été tellement relégués, ils sont tellement blessés que finalement ils ne sortent pas de la 6e professionnelle avec une qualification en maçonnerie ou en cuisine, etc. Et finalement, ils sont soit pour le chômage ou soit pour des métiers d'exécution stricte, vraiment, où il n'y a aucune Aucune valorisation, aucune qualification, des salaires de misère, etc. Et c'est là que l'école joue un rôle important en termes d'ascenseur social vers le bas. L'ascenseur social, il ne va pas nécessairement vers le haut, il va parfois vers les caves. Pour de nombreux élèves, l'ascenseur social les confirme dans l'état où ils sont ou dans l'état de leur famille, voire les écrase encore.
Host / Interviewer
Plus. Venons-en précisément alors à cet ascenseur social, puisque c'est ainsi que les élèves avaient formulé notre question de départ. Ils se demandaient si l'ascenseur social de l'école était en panne. Et ce serait peut-être une bonne idée de commencer par décrire alors cet ascenseur. Comment le voient-ils, les élèves, cet ascenseur social que l'école devrait.
Student 4
Constituer? Pour moi, c'est vraiment un moyen de changer de statut social, éventuellement aller plus haut en ayant un statut plus élevé que nos parents. Par exemple, si nos parents sont boulangers, peut-être éventuellement pouvoir être professeur ou alors député à l'Union européenne et pouvoir changer, faire différentes choses par rapport à ce qu'on fait, ce de notre.
Host / Interviewer
Famille. C'est donc ça que les élèves entendaient par ascenseur social et ils estiment que l'école, entre autres missions, doit jouer ce rôle. Par contre, le sociologue Jacques Cornet, lui, préfère d'abord interroger la notion même.
Jacques Cornet (Sociologist)
D'Ascenseur. Parler d'ascenseur social, c'est déjà accepter qu'il y a plusieurs étages et même beaucoup d'étages dans la société, c'est-à-dire déjà accepter qu'il y a des inégalités. Je trouve que pour moi, l'école doit être une institution qui fabrique plus d'égalité, plus de justice. Et si elle sert d'ascenseur social pour certains et pas pour d'autres, elle contribue de nouveau à de l'inégalité. Donc pour moi, ce n'est pas à ça que l'école devrait servir. L'école devrait servir, et surtout l'école obligatoire devrait servir, comme quelqu'un l'a dit ici très justement, à donner plus de liberté, c'est-à-dire plus de liberté de choix, de pouvoir choisir plus librement en connaissance de cause. Alors, est-ce que l'école a servi auparavant? En panne, ça voudrait dire qu'avant l'ascenseur social n'était pas en panne, mais aussi loin qu'on remonte, on ne voit pas fonctionner l'ascenseur social. Évidemment que l'école a permis une élévation des connaissances de la société, Et donc, en termes de ce qu'on appelle en sociologie de mobilité intergénérationnelle, la mobilité intergénérationnelle, elle a touché tout le monde, c'est-à-dire que tout le monde s'est élevé. Mais tout le monde s'est élevé à partir d'où il était auparavant, si on peut dire. Et donc, vraiment, permettre aux pauvres de s'élever par l'école, ça reste extrêmement rare. Il y a un inspecteur de l'éducation en France qui est arrivé au sommet de l'inspection qui venait d'un milieu très modeste et il a écrit un livre qui s'appelle « L'exception consolante ». Je crois en effet que quand un enfant de famille modeste, de famille populaire réussit, je crois que c'est une exception consolante. C'est-à-dire qu'il nous console de tous les autres pour qui ça ne marche pas. Et statistiquement, il est très clair qu'on disait avant que l'école servait à reproduire les inégalités sociales. On considère aujourd'hui dans les études que l'école renforce.
Host / Interviewer
Les inégalités sociales. Pourtant, on pourrait rétorquer que le nombre de jeunes qui aujourd'hui font des études supérieures est considérablement plus grand qu'il y a quelques décennies. « Est-ce que ça ne veut pas dire ça, que notre enseignement est devenu plus émancipateur?
Jacques Cornet (Sociologist)
» Réponse de Jacques Cornet. « Si on prend le nombre de diplômes universitaires, il est incontestable qu'entre 1950 et aujourd'hui, ce nombre a incroyablement augmenté. De manière générale, l'enseignement supérieur est devenu accessible à un beaucoup plus grand nombre de jeunes qu'auparavant. Mais dans ceux-là qui ont accès à ces diplômes universitaires, les chances pour les enfants de milieu populaire sont trois à quatre fois inférieures aux enfants de catégorie supérieure. Donc le nombre d'enfants de milieu populaire qui réussissent.
Host / Interviewer
Dans l'enseignement supérieur reste extrêmement faible. Malgré le fait que de plus en plus de jeunes entreprennent des études aujourd'hui, malgré le fait que le niveau moyen d'éducation augmente chez nous, il reste des différences très importantes et même des fossés qui s'aggravent entre les différentes catégories sociales. C'est pour ça que beaucoup de défenseurs de l'égalité, beaucoup de sociologues de l'éducation, de pédagogues, plaident pour de vrais changements pour l'école de demain. Il plaide pour plus de mixité sociale dans les écoles, pour un meilleur accompagnement individualisé des élèves et donc aussi pour un tronc commun allongé, mais un tronc commun alors différent de celui que l'on connaît aujourd'hui. Car pour Jacques Cornet, aujourd'hui, le tronc commun tel qu'il est conçu est beaucoup trop orienté vers l'université et n'ouvre pas suffisamment à la diversité des débouchés. Il ne forme pas.
Jacques Cornet (Sociologist)
Assez les futurs citoyennes et citoyens. C'est un peu comme si les programmes, je prends un exemple, comme si les programmes de maths étaient conçus pour préparer ceux qui vont faire ingénieur. Et donc, depuis la maternelle presque, on conçoit les apprentissages en mathématiques en faveur de ceux qui vont aller faire ingénieur. Or, dans le trop commun, ce n'est pas ça du tout qu'il faudrait faire. Le pacte a essayé d'aller dans ce sens-là, mais ça n'a pas vraiment marché. C'est-à-dire de se demander, tiens, de quoi a besoin un citoyen, un adulte aujourd'hui en mathématiques, en quoi les mathématiques vont l'aider dans la vie, etc. Et donc pas des maths pour faire ingénieur, mais des maths pour s'en sortir dans la vie, pour comprendre l'information économique aux actualités, pour comprendre les probabilités, les statistiques qu'on utilise tout le temps dans la vie courante. Voilà, c'est là que le tronc commun aurait dû être visité plus en profondeur. de façon à concevoir les matières comme des outils nécessaires dans la vie courante et pas ce qu'il.
Host / Interviewer
Faudrait apprendre pour réussir l'enseignement supérieur. Eh bien, voilà des pistes en tout cas pour penser le futur de l'école et pour se saisir aussi de ce débat à l'intérieur même des écoles. Que veut-on faire de l'école de main? Quel rôle veut-on lui assigner dans la société? Plutôt sélectionner ou plutôt travailler à l'égalité? En tout cas, on a essayé de vous donner ici quelques clés pour comprendre pourquoi on considère que notre enseignement en Belgique francophone aujourd'hui est particulièrement inégalitaire. Merci d'avoir suivi ce podcast. Merci à Laurent Nélissen pour la réalisation sonore. À la préparation, il y avait Sarah Poussey et Arnaud Reussen. Et si vous voulez réécouter d'autres numéros des clés, notamment tous les autres épisodes réalisés avec des élèves, je vous rappelle qu'ils sont tous sur Ovio.
Podcast: Les Clés (RTBF)
Date: 11 février 2026
Main Question:
L’école joue-t-elle encore un rôle d’ascenseur social ?
Dans cet épisode spécial jeunes, des élèves de l’athénée royale Ardenne-Hautefagne (Stavelot, Malmedy) explorent, avec le sociologue Jacques Cornet, la capacité actuelle de l’école à favoriser l’égalité des chances et l’émancipation sociale. L’échange se concentre sur les mécanismes d’orientation, la reproduction ou réduction des inégalités, et les réformes envisagées pour rendre l’école plus juste.
Rôle de l’école selon les élèves :
Citation notable
Analyse de Jacques Cornet :
Citation
Débat sur la réforme du tronc commun :
Argument de Jacques Cornet :
Citation
Constat chiffré :
Mécanique de la relégation :
Rôle de l’école dans la relégation :
Citation marquante
Vision des élèves :
Point de vue du sociologue :
Citation notable
Améliorer le tronc commun :
Critique du tronc commun actuel :
Citation
Ce débat vivant, empreint d’expériences personnelles et d’analyses sociologiques, dresse un constat nuancé : l’école belge francophone peine à jouer pleinement son rôle d’ascenseur social, et les mécanismes d’orientation précoces tendent à reproduire, voire accentuer, les inégalités de départ. Les élèves posent à voix haute les doutes et aspirations de leur génération, pendant que Jacques Cornet défend la nécessité de repenser l’école pour véritablement favoriser l’égalité et l’émancipation de tous.
Mots marquants de l’épisode :
« Ascenseur social », « égalité des chances », « relégation », « exception consolante », « tronc commun », « orientation », « reproduction sociale », « justice scolaire ».
Si vous souhaitez aller plus loin, écoutez également les autres épisodes spéciaux jeunes proposés sur Ovio.