
Dans cet épisode, nous concluons la série sur l’enseignement en analysant le discours enseignant ainsi que la réponse de Valérie Glatigny. Nos invités sont Bertrand Henne, éditorialiste de Matin Première et Eric Burgraff, journaliste et chef du pôle Société au jour...
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Arnaud Reussen
La colère des enseignants ne faiblit pas. Mobilisation aussi du côté des étudiants.
Bertrand Henne
Au final, qui est-ce qu'on attaque? C'est les élèves.
Arnaud Reussen
Je ne suis pas d'accord. La première...
Bertrand Henne
J'ai besoin de repères. L'idée, c'est justement de pouvoir faire front avec les enseignants.
Éric Burgraff
Les clés... Non à la réforme de l'enseignement.
Arnaud Reussen
Arnaud Reussen.
Éric Burgraff
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés pour un finalement quatrième épisode de notre série consacrée à l'enseignement. On était parti sur un triptyque mais on s'est dit qu'il manquait un maillon à notre chaîne. On a d'abord entendu les profs dans la longueur des profs de terrain pendant deux épisodes et puis on a entendu la ministre durant 45 minutes où elle est venue expliquer les modalités de sa réforme. Mais entre la ministre, le gouvernement d'un côté et les profs de l'autre, on avait un peu l'impression d'un dialogue de sourds, de deux lectures différentes de la réalité. Alors on s'est dit qu'il manquait un décryptage journalistique des enjeux. Et c'est ce qu'on vous propose dans ce quatrième épisode.
Arnaud Reussen
La première, les clés.
Éric Burgraff
...
Un enseignant ou représentant du mouvement Mars Attack
Pour
Éric Burgraff
ceux qui s'en souviennent, les chants sont les mêmes que lors des grandes grèves de 1996. Seul le nom de la ministre a changé. C'était Laurette Onkelings, PS, à l'époque. C'est Valérie Glatini, MR, aujourd'hui. Et sur le fond, les grièves des enseignants vis-à-vis des choix politiques posés n'ont pas tellement changé non plus en 30 ans.
Arnaud Reussen
Je dirais que c'est de manière générale un mépris, ça il faut le comprendre, c'est le gros mépris qu'il y a pour toute l'école. Le fait qu'on enlève de plus en plus de financement dans les écoles, ce n'est pas que de maintenant, aujourd'hui c'est la goutte qui fait déborder le vase, mais en fait ça dure déjà depuis 40-50 ans.
Éric Burgraff
Si vous avez écouté nos trois émissions précédentes, vous avez sans doute constaté que l'on assistait à une sorte de dialogue de sourds. D'un côté, des profs qui ne comprennent pas comment l'école peut être une variable d'ajustement budgétaire.
Un enseignant ou représentant du mouvement Mars Attack
Quand on s'attaque à l'école, on s'attaque à la société, on s'attaque à son avenir, on s'attaque à chacun et chacune d'entre nous. Et moi, je ne suis pas dans la rue contre mes élèves. Je suis dans la rue pour l'avenir de mes élèves et l'avenir de cette société auquel je crois et auquel je veux continuer à croire.
Arnaud Reussen
On est en train ici de briser les fondements de l'école publique. L'émancipation pour toutes et tous par le savoir, et c'est à cela qu'on touche. Et quand on touche aux idéaux, eh bien, on brise quand même les ailes. Et c'est ça qu'on essaye aussi de défendre.
Éric Burgraff
Pour de nombreux enseignants aujourd'hui, on vient parler d'économie alors qu'ils estiment que l'école est déjà sous pression, est déjà sous-financée et que leur métier est devenu de plus en plus difficile ces dernières années.
Arnaud Reussen
Je suis extrêmement fatiguée, mais c'est physique. Je dépense une énergie folle en classe et je trouve que sur ces cinq dernières années, le métier s'est vraiment très complexifié. On sent beaucoup plus de fatigue physique aussi. Et là, avec les mesures qui arrivent, je ne vois pas comment on va pouvoir correctement accompagner les élèves.
Un enseignant ou représentant du mouvement Mars Attack
Face
Éric Burgraff
à cela, Le gouvernement et mes rengagés opposent, lui, une réalité budgétaire. La dette abyssale de la Fédération Wallonie-Bruxelles et la nécessité de faire des économies, précisément, dit Valérie Glattini, la ministre de l'Éducation, pour assurer la pérennité de l'école publique.
Arnaud Reussen
Simplement, on a une réalité budgétaire qui est extrêmement sérieuse, vous la connaissez, et ce qu'on ne veut pas, c'est arriver à une situation où en 2029-2030, donc d'ici très peu de temps, nous ne sommes plus en capacité de payer les salaires des enseignants, comme le reste des fonctionnaires de la Fédération Eleni Bruxelles, par exemple. Donc nous voulons avant tout maîtriser notre trajectoire budgétaire pour à terme réinvestir dans l'école. Et c'est ça qu'on veut faire.
Éric Burgraff
Et même sur la lecture des conséquences concrètes des mesures décidées par le gouvernement, il y a un monde entre les enseignants et leurs ministres. Beaucoup de profs estiment par exemple que les deux heures à prester en plus par les profs du secondaire supérieur vont entraîner une situation ingérable et risquent de dégoûter beaucoup de jeunes profs, comme Sylvain, de l'enseignement.
Bertrand Henne
Très peu de chances que j'ai des heures dans mon école, donc j'en aurai probablement zéro.
Éric Burgraff
Et donc oui, ce serait aller frapper
Un enseignant ou représentant du mouvement Mars Attack
à la porte d'autres écoles, voir où il y a des remplacements ponctuels, 4 heures par ci, 4 heures par là. Faire 3, 4 écoles différentes sur ma semaine, en espérant bricoler pour avoir à peu près un temps plein. Peut-être pour 3 mois, peut-être que les 3 mois après, vu que la personne sera rentrée, j'aurai un 3 quart temps et puis je serai de retour à
Éric Burgraff
temps plein et puis je perdrai quelques heures.
Un enseignant ou représentant du mouvement Mars Attack
Mais en fait, qui voudrait d'une vie comme ça aussi?
Éric Burgraff
Mais voilà, de son côté, la ministre, elle, estime que le problème est très exagéré et que beaucoup de profs, comme Sylvain, vont rapidement retrouver de l'embauche, le plus souvent, d'ailleurs, dans l'école où ils sont déjà, vu le contexte de pénurie.
Arnaud Reussen
La plupart des enseignants vont retrouver des heures dans le degré secondaire supérieur. Si ce n'était pas le cas, il y a énormément de charges qui s'ouvrent dans le degré secondaire inférieur. Parce qu'aucun nouveau diplômé n'arrive en raison du fait que la formation passe de trois années à quatre années. Et donc on sait qu'à la rentrée prochaine, il n'y a pratiquement aucun nouveau diplômé à part les biseurs qui arrivent sur le marché. Et donc là, il y aura beaucoup d'heures à pourvoir.
Éric Burgraff
Bref, si la ministre ne nie pas qu'il y aura un point de tension à la rentrée, en particulier pour les profs temporaires, d'où des mesures d'ailleurs pour tenter d'atténuer le choc, sa lecture est très différente du chaos qu'entrevoient les profs et une bonne partie des directeurs. Alors, est-ce le monde enseignant qui exagère sur les enjeux, sur les conséquences? Ou bien est-ce le gouvernement qui les minimise? On va tenter d'y voir clair. Et avec nous pour cela deux journalistes. Eric Burgraff, bonjour. Vous êtes spécialiste enseignement au journal Le Soir et avec nous aussi Bertrand Haen, bonjour. Vous êtes vous spécialiste politique à la RTBF, éditorialiste de Matin Premier. Alors tous les deux, je pense, vous avez écouté nos trois premiers épisodes de cette série. Est-ce que vous avez eu, Bertrand Henne, vous aussi, cette impression un peu de deux mondes qui ne parlent presque pas la même langue, d'un fossé entre le gouvernement et les enseignants, dans les mots choisis, dans le discours, dans la lecture de la réalité?
Bertrand Henne
Oui, c'était flagrant. Et je dirais que c'est même pas seulement la lecture de la réalité, c'est deux réalités. la réalité du mur budgétaire est aussi incontestable que le malaise des enseignants. C'est deux réalités différentes et le gouvernement s'attaque effectivement à une réalité budgétaire qui est incontestable. Je ne sais pas si Valéry Glatini a raison de dire qu'en 2029 on ne saura plus payer, ça je n'oserais pas le dire, mais effectivement ce n'est plus tenable. Et d'un autre côté, on l'a bien entendu dans votre podcast, mais dans aussi une série d'autres reportages et de rencontres avec les enseignants. Il y a un trop-plein qui s'exprime à travers les mesures, la contestation des mesures d'économie, mais également d'autres réformes qui n'ont été pas décidées par le gouvernement. Et ça, en écoutant aussi votre émission, je me disais, est aussi une évolution de la société, une sorte de charge mentale, pas seulement des charges horaires ou des charges administratives dont il se plaigne, mais aussi une évolution de la charge mentale avec notamment le fait que de plus en plus d'élèves utilisent des outils numériques, sont captés par les réseaux sociaux, Eh bien, pour les enseignants, c'est un regain de travail de parvenir à capter l'attention des enfants. Ça, c'est un vrai souci. Avec ces nombreux témoignages aussi, ça, c'est lié au pacte d'excellence d'enseignants, qui doivent faire face à indices calculiques, indices orthographiques, un TDAH en classe, avec chaque fois des aménagements raisonnables. Ça veut dire, pour être concret, qu'une copie d'examen, il faut la transformer en Arial 14 pour telle élève qui ne sait pas lire les notes trop petites, Il faut carrément mettre des couleurs ou des photographies, etc. pour un autre. Vous voyez, c'est du travail en plus. Et c'est vrai que ces mesures d'économie, elles arrivent aussi à ce moment-là. Et donc, moi, j'avais vraiment l'impression de deux réalités qui sont toutes les deux justes, enfin, qui se basent toutes les deux sur des éléments de réel qui sont incontestables, mais qui n'arrivent pas à se rencontrer. Et là, c'est à la fois une faiblesse du politique qui n'arrive sans doute pas à parler. mais aussi des corps intermédiaires, syndicats, directions, CEGEC, tous ces acteurs de l'enseignement qui se sont parlé pendant plus de dix ans sur le pacte d'excellence, mais qui semblent aussi avoir des difficultés à faire comprendre à la base ou aux politiques, parce qu'ils sont entre les deux. de faire le lien entre les deux. On voit bien que ces organisations-là, elles sont en train de se retrouver un petit peu démunies aujourd'hui.—
Éric Burgraff
Et est-ce que ce qui se passe là maintenant, Éric Burgraff, c'est lié à l'actualité de ces mesures, à la question des deux heures sur laquelle on va revenir, qui a cristallisé sans doute beaucoup de choses? ou bien est-ce qu'on vit le produit de quelque chose de beaucoup plus long, qui a commencé bien avant ici cette législature, qui a peut-être même commencé bien avant le pacte d'excellence, dans ce fossé qui s'est creusé. Et cette impression qu'on entend quand même aussi à la base, quand on écoute les profs, que les politiques, le gouvernement, ne comprendraient pas vraiment quels sont les enjeux pour eux à l'école.
Un enseignant ou représentant du mouvement Mars Attack
Je confirme en tout cas que manifestement on est face à deux mondes qui ne se comprennent pas, qui ne semblent pas parler la même langue. On voit par exemple que le monde politique a, me semble-t-il, une vision tout à fait théorique, en tout cas pour certains, de ce qu'est l'enseignement, de ce qu'est le travail en classe, de ce qu'est le travail en dehors de la classe. Et on voit aussi que le monde enseignant ne comprend pas toujours ou pas souvent les impératifs budgétaires qui sont qu'un pas rien. Il faut peut-être juste les rappeler en 30 secondes. La Fédération de l'université c'est 15 milliards de dettes, c'est 1,6 milliards de déficit annuel, c'est 350 millions de charges d'intérêts annuels. Et personne ne sait comment on va sortir de ça, puisque la séquence actuelle permet juste de réduire le déficit annuel à 1,2 milliard et pas à 1,6. Ça veut dire que la dette totale va continuer à se creuser. Parfois j'ai l'impression que le monde enseignant ne comprend pas ça. Et d'autre côté, effectivement, le monde politique ne comprend pas les impératifs du monde enseignant. Le contexte a très très fort changé. Moi je remonterai en tout cas à 12-13 ans. Je pense que la séquence actuelle puisse se racine dans cette période. 12-13 ans c'est l'époque 2013-2014 où on lance le pacte d'excellence pour un enseignement d'excellence. On a voulu mettre autour de la table à l'époque les associations de parents mais surtout les syndicats. les enseignants, les fédérations de pouvoirs organisateurs pour leur proposer un grand accord quelque part pour permettre de redresser un peu la barre de cette école qui coûte beaucoup d'argent mais qui ne porte pas toujours les résultats escomptés. On a lancé cette histoire qui a bien fonctionné pendant quelques années mais on s'est vite rendu compte qu'il y avait déjà un gap entre la manière dont le monde syndical porter les revendications et la conscience du terrain et ce qui se passait réellement sur le terrain. On a l'impression que dans les premières années du pacte, le monde syndical et le monde des pouvoirs organisateurs et du monde politique parlaient le même langage, mais ils ne parlaient pas déjà de même langage que le monde du terrain. C'est à ce moment-là que les choses ont commencé à s'effriter. Et ça s'est aggravé au fil des années. Regardez la période de Caroline Désir, le dernier gouvernement. Ça n'a pas du tout été un enfleuve tranquille du tout pour elle. Elle a pris une série de manifestations dans la figure, à commencer par son syndicat frère qui était la CGSP. Madame Glatigny en rajoute une série, une fameuse couche ici de toutes ses économies. Et tout ça fait qu'on est dans un contexte tout à fait explosif.
Éric Burgraff
Et ça c'est quelque chose qui me frappait moi dans les rencontres qu'on a pu avoir avec les enseignants, mais quand on parle avec des enseignants de manière générale, c'est de voir que sur le pacte d'excellence, même si en général ils disent en partager les intentions d'un enseignement plus égalitaire, d'un enseignement qui produirait de meilleurs résultats par rapport aux moyens qui sont investi sur les modalités, sur la façon dont tout ça se construit, s'accompagne, les formations, etc. Il y a beaucoup de méfiance, en fait, dans le monde enseignant sur ce pacte d'excellence. Beaucoup de profs qui ont l'impression, malgré que les syndicats étaient censés les représenter à la table, beaucoup de profs qui ont l'impression que ce pacte s'est un peu construit sans eux, sans suffisamment tenir compte de leur réalité de terrain.
Un enseignant ou représentant du mouvement Mars Attack
Ça me paraît évident. Le pacte, si mes souvenirs sont bons, a commencé avec quelques consultations larges du terrain et puis ça s'est très vite estompé. Il s'est résumé à des grandes discussions entre syndicats, pouvoirs organisateurs et mondes politiques ou en tout cas l'administration. Et puis on a vu très vite cette distance se prendre entre le terrain et les gens qui discutaient autour de la table. Le terrain ne faisant qu'une chose, c'est de de prendre dans la figure toutes les mesures qui se mettaient l'une derrière l'autre, qui se sont très vite accumulées, tous les six mois il y avait des nouvelles mesures qui se mettaient sur la table, et qui ont fait qu'un mandat de monde enseignant a très vite fatigué en fait.
Éric Burgraff
Très vite fatigué, avec en plus les phénomènes dont parlait Bertrand Henne, d'une charge qui parfois vient d'en dehors de l'école et qui n'a rien à voir avec les réformes, mais que les profs reçoivent et doivent porter, doivent accompagner avec leurs élèves dans les classes. Donc ça ce sont des éléments déjà du cocktail de départ. Je voudrais revenir alors sur un point en particulier, le fait que dans ce mouvement-ci, on a vu les syndicats parfois un peu dépassés, on a vu que le mouvement est parti de manière un peu organique, de la base parfois de certaines écoles, sans qu'il y ait toujours des mots d'ordre très clairs, et puis d'un mouvement en particulier qui s'est organisé, le mouvement Mars Attack et on va prendre le temps de s'y intéresser quelques instants avec Sarah Poussey.
Arnaud Reussen
Décembre 1996, Tim Burton sort le film Mars Attack, une parodie des films de science-fiction des années 50. Mars 2026, un groupe d'enseignants crée un mouvement du même nom pour dénoncer des mesures qui viennent d'une autre planète, qui ne collent pas à la réalité. Et ils adoptent rapidement les codes du film, les profs portent des masques de martiens et organisent des rencontres du troisième type.
Un enseignant ou représentant du mouvement Mars Attack
Martiens, martiennes, terriens, terriennes, enfants, grands-parents, voisins, voisins de voisins, gentils passés par là par hasard.
Bertrand Henne
On veut du monde.
Un enseignant ou représentant du mouvement Mars Attack
Regardez nos classes, le froid dans les
Bertrand Henne
murs, on bricole à venir.
Arnaud Reussen
En seulement trois mois, le mouvement Mars Attaque a rassemblé plus de 300 écoles à Bruxelles et en Wallonie, tous réseaux confondus. En plus des enseignants, on y retrouve des directions d'école, des parents, mais aussi de nombreux élèves galvanisés par un hymne commun. Ce collectif se dit apolitique et ne veut pas se substituer au syndicat. L'idée est plutôt de faire front ensemble mais différemment et d'organiser un tas d'actions symboliques. Par exemple, éteindre les lumières des écoles pour annoncer les heures sombres à venir, boycotter 10% de la charge horaire, ne plus communiquer les résultats des CESS ou des CE1D à la Fédération Wallonie-Bruxelles, Une école a organisé une rencontre avec des parents dans un décor martien. Une autre, à Verviers, a initié le parcours du groupe de facteurs à vélo. Un groupe d'enseignants et d'élèves qui a parcouru les écoles wallonnes à vélo pour récolter des milliers de lettres de réclamation qui ont ensuite été apportées à la ministre Glatini à Bruxelles. Mars Attac milite pour le retrait total de toutes les réformes menées par la ministre Glatini et promet des actions au finish, peu importe le vote du décret programme en séance plénière.
Un enseignant ou représentant du mouvement Mars Attack
Le mouvement ne fait que grossir, le
Bertrand Henne
mouvement Mars Attac mais également le mouvement
Un enseignant ou représentant du mouvement Mars Attack
Parents Attac et Students Attac ne fait que grossir. Chaque semaine, ce sont de nombreuses écoles, ASBL, parents, étudiants qui rejoignent le mouvement, qui se mobilisent avec nous. Mais le mouvement continuera de grossir. Après le vote, après les vacances scolaires, c'est certain qu'on ne lâchera rien et que le mouvement continuera de grossir.
Éric Burgraff
Voilà pour ce mouvement Mars Attaque. Sachant que je la donne ça, Bertrand Henne, on a quelque chose de différent par rapport à par exemple 1996 où là il y avait quand même une forme d'organisation syndicale. Ici on voit parfois que les syndicats sont un peu dépassés. On voit aussi beaucoup d'enseignants, et ça on en a entendu, qui disent moi j'avais jamais fait grève, je ne suis pas syndiqué et pourtant ici qu'ils se lancent dans la mobilisation.
Bertrand Henne
Oui, c'est évident que c'est une grosse différence avec 1996, où à l'époque, la grève s'arrête en mai-juin, on est vraiment pile 30 ans en arrière, au même moment, et où les syndicats, à l'intérieur des syndicats, là, se fait un débat avec ce qu'on doit faire des examens, pas les examens... Et là, les syndicats mettent un peu le hollard quand même. Ils disent on recommencera en septembre, ce qu'ils n'ont jamais fait, mais ils disent si le message à la société c'est on se bat pour l'école, qui est centrale dans la société, pour les élèves, mais qu'on ne fait pas passer les examens et donc qu'on met en difficulté les élèves, plus personne ne va rien comprendre. Et donc ça c'est une discussion qui se passe à l'intérieur des deux grands piliers syndicaux, CGSP et CSC enseignement. et qui met fin au mouvement et d'ailleurs définitivement. Alors ici c'est vrai qu'il y a Mars Attack, c'est lié certainement au pacte d'excellence où les syndicats ont beaucoup collaboré avec les autres acteurs de l'école. C'est lié sans doute aussi à une évolution de la société, on voit bien que dans d'autres secteurs également les syndicats ont de plus en plus de difficultés à politiser le ressentiment, à politiser la colère sociale qui peut monter ça et là dans différents secteurs. L'enseignement n'est pas épargné. Et puis il y a un dernier élément, moi, qui me marque. plus que dans les grèves des années 90, qui sont vraiment les dernières grandes, c'est que cette année-ci, les grèves sont plus marquées dans l'enseignement catholique, même s'il y en a aussi dans l'enseignement public bien sûr, mais ça c'est là où il y a le plus, et avec de nombreuses écoles où les directions d'écoles se mobilisent avec les enseignants et certains élèves. J'ai reçu des lettres, enfin j'ai vu des lettres circuler qu'on m'a envoyées, où les directions d'école appellent vraiment au mouvement les parents, les élèves, pour rejoindre les enseignants. Et ça c'est quand même des choses qu'on voyait moins dans les années 90. Et donc c'est plutôt qu'un mouvement des enseignants contre Valéry Glatini, je dirais bien que c'est de plus en plus un mouvement des écoles. Contre Valéry Glatini, contre le gouvernement aussi, parce que les engagés sont très fort visés à travers toutes les critiques aussi.
Éric Burgraff
avec parfois des mobilisations même très fortes des élèves qui poussent même les écoles à devoir prendre des mesures sur des annulations d'examens parce que les élèves eux-mêmes
Bertrand Henne
ne rentrent pas plus.
Éric Burgraff
On sent que le mouvement n'est pas vraiment effectivement encadré, qu'il dépasse certains de ceux qui voudraient pouvoir l'encadrer. Éric Burgraff, alors pour terminer sur cet enjeu de la description du mouvement qui se joue là, L'impression que l'on a aussi, c'est que Valéry Glatini est assez isolé, Valéry Glatini et le gouvernement, par rapport aux acteurs de l'école. Ici, on a l'impression qu'à la fois les directions, Bertrand elle le disait, les profs, les élèves, mais même les pouvoirs organisateurs se sont coalisés ou en tout cas ont envoyé des signaux assez coordonnés et que la ministre se retrouve un peu isolée. Certains lui reprochent un manque d'écoute vis-à-vis des acteurs du secteur. Est-ce que c'est une impression que vous avez, vous, en tant que journaliste?
Un enseignant ou représentant du mouvement Mars Attack
D'abord, si je reviens à la séquence de Mars Attack, c'est un peu la surprise de cette séquence. Je ne sais pas si on doit parler de bonne ou de mauvaise surprise. En tout cas, c'est la surprise de cette séquence. Le monde syndical ne l'a pas vu venir. Et aujourd'hui, dans une situation où, je ne veux pas dire qu'ils essaient de les récupérer, mais en tout cas de faire avec ce mouvement qui est important et qui se cristallise en ce moment même dans les rues brussennes, à l'heure où on parle, les autopompes ont été déployées, les chevaux de frise sont là, il y a des policiers avec des matraques. Et on a vu arriver ce matin, Non pas des chasubvertés rouges et bleus, en tout cas pas beaucoup, mais énormément de gens civils, c'est-à-dire des profs, des étudiants, des élèves qui débarquaient de partout. Le journal Le Soir est vraiment dans la zone neutre de...—
Bertrand Henne
Rue Royal.— Rue Royal.— C'est tout près du Parlement de la Fondation.—
Un enseignant ou représentant du mouvement Mars Attack
On les a vus arriver vraiment de partout. C'était assez impressionnant vers 11 h du matin. Et ça a très vite tourné au conflit. Donc vraiment ce mouvement c'est la surprise et c'est la démonstration que Mars c'est une planète, on est sur une autre planète en fait. Il y a la planète école, il y a la planète politique, il y a la planète syndicale et il y a la planète du terrain en fait.
Éric Burgraff
Donc ça c'est l'illustration quelque part de ce qu'on disait là. Sur le côté un peu isolé de la ministre et en même temps de voir que dans la mobilisation ici on n'a pas seulement eu les profs, on a eu les pouvoirs organisateurs, les directions. C'est un peu inédit ça quand même de voir une telle mobilisation contre la réforme.
Un enseignant ou représentant du mouvement Mars Attack
C'est tout à fait inédit en fait. Ce qui est inédit c'est surtout de voir monter au créneau les PO, les pouvoirs organisateurs, donc principalement le CEGEC mais aussi le CP11 et le CECP qui représentent l'enseignement officiel sous-mentionné, mais également une moindre mesure OEBE. qui est plus embêté depuis ce lancement officiel de la Fédération de l'Union Russelle. On les a vu monter au créneau, c'est inédit parce que généralement, ces mouvements, ces fédérations sont plutôt du côté du pouvoir.
Bertrand Henne
En tout cas plus conciliatrice.
Un enseignant ou représentant du mouvement Mars Attack
Plus conciliateur, plus conciliatrice que syndicaliste. Et on les a vu, main dans la main, revendiquer une série de choses. On a entendu Alexandre Laudet au Cégec critiquer vertement la ministre Ghatini. Ce n'était pas les habitudes de ce mouvement en fait.
Bertrand Henne
Je ne sais pas si le ministre avait gardé beaucoup de liens avec les syndicats et les pouvoirs organisateurs si on n'aurait pas eu quand même une mobilisation du terrain. Donc je ne veux pas sur-représenter le rôle encore des organisations sociales dans cette affaire. Mais c'est évident que, par exemple, le fait de mettre fin au comité de pilotage du pacte d'excellence qui existait pour préférer directement des rencontres de terrain avec les acteurs. Ce que vous disiez tout à l'heure, il faut aller voir le terrain. Elle le fait, mais en fait on voit bien que ça ne marche pas et que toutes ces instances intermédiaires se sont mises de côté, notamment le CEGEC. Alors ça, moi, ça m'a beaucoup étonné comme observateur politique parce que ce qui m'avait marqué pendant la campagne de 2024, c'est un peu le rapprochement, c'est un grand mot, mais en tout cas les affinités entre l'EMR, les engagés et le CEGEC. à travers toute une série de thèmes, notamment certaines modifications du pacte d'excellence, etc. Et puis là, à mon grand étonnement, et c'est vrai, le patron du Cégep prend la parole aujourd'hui, il le dit publiquement, les liens sont coupés, pas sur tout, il y a des réformes, par exemple le CDI enseignant sur lequel ils espèrent encore parler, Mais les réformes actuelles, c'est vrai que le lien est coupé. Et ça, c'est très particulier de la part du ministre de l'Enseignement, qui avait l'occasion d'avoir quand même quelques alliés, pas tous, c'est sûr qu'il n'allait pas avoir la CGSP comme allié, je suis conscient de ça. Mais enfin, quelques alliés dans les acteurs de l'école, et de s'être coupé à ce point-là. Ça, c'est étonnant, et c'est sans doute une explication du front un peu uni, commun, et même débordant, les syndicats qu'on voit aujourd'hui.
Éric Burgraff
Alors, si on en vient un peu maintenant au contenu, Éric Burgraff, là où on avait aussi l'impression d'avoir deux discours sur une même réalité, mais deux discours très différents, c'est notamment aussi dans les conséquences de cette fameuse réforme qui va imposer aux profs du secondaire supérieur de pratiquer deux heures de période en plus devant leur classe. Certains estiment dans l'école que ça va être un chaos organisationnel, que beaucoup de jeunes enseignants vont perdre leur emploi, vont devoir aller bricoler des horaires, voire vont peut-être même quitter le métier tellement ça va devenir compliqué. Et quand on entendait la ministre dans notre troisième épisode, elle disait mais non il va y avoir tellement de places disponibles par la pénurie, par le fait aussi qu'on ne va pas avoir de nouveaux entrants puisque on est en train d'allonger la formation initiale des enseignants du cycle inférieur. En fait, il va y avoir pas mal de places disponibles et les choses vont se résorber en quelques mois. Il va y avoir de l'emploi pour tout le monde. Vous, quelle est votre lecture de cet enjeu-là en particulier?
Un enseignant ou représentant du mouvement Mars Attack
Ma lecture, c'est que si on prend les choses de manière tout à fait théorique, faisons un peu de mathématiques, chaque année, 2170 équivalents en plein quittent l'enseignement, en tout cas dans ces écoles secondaires. La ministre estime qu'on va perdre 1300 emplois avec la fameuse mesure. Si vous faites la différence, ça fait 870. Donc, globalement, sur papier, on est bon, il ne devrait pas y avoir de soucis. Qu'est-ce qu'on fait? On croise les doigts et on se dit, on attend, on doit à la rentrée, je crois qu'il faut aller un peu de l'avant avec ce problème.
Éric Burgraff
D'autant plus que quand on parle avec les acteurs, ils disent, oui, c'est vrai que sur l'échelle globale du territoire, l'équation tient. Mais à l'échelle d'un pouvoir organisateur, même d'une région, c'est pas parce qu'il y a des heures de maths qui se libèrent que ce sera forcément un prof de maths qui va chercher et inversement.
Un enseignant ou représentant du mouvement Mars Attack
Exactement, voilà. C'est pas parce qu'il y a deux heures qui se libèrent dans une école qu'il y a deux heures qui s'ouvrent dans l'école voisine ou à trois kilomètres à côté. Donc en fait, la ministre parle de perte de charge et de perte d'emploi. De manière tout à fait théorique, il semble qu'il n'y aura pas de perte d'emploi. De manière tout à fait pragmatique, je pense qu'il y aura effectivement des pertes de charge. Deux heures perdues dans une école ne suppose pas qu'on aura deux heures du même cours dans l'école voisine. qui a peut-être, elle, deux heures de maths plutôt que deux heures de français à offrir. En fait, c'est ça qui est vraiment compliqué et qui fait le gap entre la théorie et la pratique. Un simple exemple, on avait dans soi ces jours-ci le témoignage d'une prof de secondaire qui est enseignante de Château. mais qui est nommée à Bruxelles. Elle risque de perdre ses heures à Neuchâtel, où elle vit, et va devoir, pour récupérer ses heures, aller retravailler dans l'école où elle est nommée à Bruxelles, ce qui est pratiquement juste impossible à gérer. Et des cas comme ça, il y en a des dizaines, en fait.
Éric Burgraff
Un petit mot quand même, alors, Bertrand, sur un autre argument qu'on entendait beaucoup du côté des profs. c'est de dire oui, mais c'est tellement important l'école dans notre société qu'on ne peut pas faire des économies. Et si la Fédération Wallonie-Bruxelles est en difficulté, eh bien alors elle doit aller frapper à la porte des régions bruxelloises et wallonnes parce que c'est un enjeu de société majeure. C'est l'avenir pour nous le fait d'avoir une école de qualité ou bien refinancer l'enseignement au niveau du fédéral, renégocier la clé de financement. Est-ce que ce sont des hypothèses? Possible ça politiquement dans l'état actuel de la maison belgique?
Bertrand Henne
C'est vrai que c'est comme ça qu'on s'en était plus ou moins sorti à la fin des années 90, avec un refinancement de l'enseignement. Aujourd'hui, c'est beaucoup moins probable. Mais de toute façon, cette idée-là me semble problématique. Elle me semble problématique parce que c'est vrai que l'école est centrale dans un projet de société, c'est indubitable. Mais ça n'empêche qu'il y a des réformes que nous aurions dû faire depuis au moins 30 ou 40 ans, qui auraient peut-être permis d'éviter ces économies immédiates que sont en fait les mesures qui sont prises aujourd'hui. pour des mesures qui sont plutôt des mesures de moyen et de long terme. Par exemple, la rationalisation des réseaux. Vous savez, c'est un débat, c'est comme le RER. On en parle depuis 30 ans et ça n'aboutit pas. En Flandre, ils l'ont fait. Ils ont des réseaux plus concentrés que chez nous pour d'autres raisons. Mais enfin, il y a aussi eu des réformes de rationalisation ne fût-ce que la région flamande et la communauté française ensemble, qui ont permis et qui permettent aujourd'hui à l'enseignement flamand alors qu'il est à peu près financé de la même manière que le nôtre, de moins connaître ces problèmes budgétaires et de moins connaître ces problèmes de réformes permanentes et d'économies que l'on fait de manière un peu subite. Et donc ça c'est un problème. Et c'est des réformes qui sont souvent, au moment où on les évoque, bloquées à différents niveaux d'acteurs de l'école qui aujourd'hui sont dans la rue pour dire, et ils sont légitimes pour le dire, que les économies leur font trop mal. Mais je pense qu'il y a quand même une réflexion sur la difficulté qu'a la communauté française de mener des réformes de long terme. Il y avait un professeur, il s'appelait Robert Deschamps, à l'université de Namur, qui dès les années 90 disait ça ne va pas. Nous avons des structures qui coûtent trop cher et le déficit ne va faire que s'aggraver. Et il le disait déjà avant le refinancement en disant même si on a un refinancement, si on ne change pas ça, on aura de nouveau des problèmes et on y est de nouveau. Et ça, ce sont des choses qui sont difficiles à entendre du côté des enseignants. Par ailleurs, je ne lis pas leur malaise sur le terrain. Mais dire simplement, il ne faut pas toucher à l'enseignement parce que c'est central, c'est un peu court. Moi, j'aurais un peu le discours inverse. Il faut y toucher, mais sur le long terme, pour le rendre vraiment viable, plutôt d'être comme aujourd'hui, en fait, sur le court terme, avec des économies qui font mal et qui passent mal chez les acteurs de l'enseignement.
Éric Burgraff
Un petit mot alors avec vous encore, Éric Burgraff. Est-ce qu'avant cela, avant ce grand chantier de long terme dont nous parle Bertrand Henne et qui semble indispensable pour notre enseignement, il n'y a pas un enjeu de reconstruire de la confiance? Parce qu'on a l'impression là qu'on est à un niveau de méfiance qui rend extrêmement compliqué de pouvoir se poser, se mettre à table pour réfléchir notamment à des réformes de structure de notre enseignement.
Un enseignant ou représentant du mouvement Mars Attack
C'est clair qu'on ne pourra pas sortir de cette séquence sans reconstruire de la confiance. C'est peut-être le mot que j'ai utilisé il n'y a pas très longtemps dans un éditorial sur ces questions. Par contre, ça va être très, très, très compliqué quand on voit ce qu'il se passe aujourd'hui, reconstruire la confiance sur ces bases-là. Je crois que dans l'actuel législature, ce sera très difficile à mettre en œuvre ou alors il faudrait vraiment que chacun change son fusil d'épaule pour y arriver et changer son filtre, ses paradigmes, en fait.
Éric Burgraff
Et changer de paradigme, ça, c'est évidemment quelque chose de compliqué, Bertrand.
Bertrand Henne
Oui, et pour tout le monde, je pense que du côté du gouvernement, il faut sortir de cette idée qu'il faut décider. On a été élu pour ça. Et c'est vrai que la victoire était importante des engagés du MR. Donc voilà, le terrain n'a qu'à suivre. C'est quand même une posture dont on voit aujourd'hui toutes les limites. Mais je pense qu'il faut aussi sortir de la posture oppositionnelle, qui est celle aujourd'hui notamment des partis d'opposition, ce qui est un peu normal, mais même de certains acteurs de l'école, est arrivé avec des solutions alternatives. Moi, j'en entends assez peu. C'est vrai que dans les années 90, il y avait le refinancement. Aujourd'hui, c'est quand même difficile d'aller expliquer qu'il va falloir négocier avec la NVR un refinancement. Je pense que tout le monde comprend que politiquement, c'est compliqué. C'est déjà peut-être un autre projet que de demander aux partis francophones de se mettre d'accord pour fusionner ou en tout cas rationaliser Communauté française et région bruxelloise et wallonne. Mais ce serait aussi intéressant de dire, tiens voilà, qu'est-ce que nous voulons sur base d'une enveloppe qui est celle-là, qu'on ne pourra pas tellement agrandir, comme type d'enseignement et comme organisation? Qu'est-ce que nous accepterions? Parce que dire que l'école ne doit rien faire, Ça veut dire que c'est le reste, les 20% du reste du budget de la communauté française qui n'est pas consacré à l'enseignement qui va devoir faire tous les efforts. Les théâtres, l'enfance, la culture. Est-ce que c'est imaginable? Non. C'est pas non plus audible. Surtout que tous ces secteurs sont déjà soumis à des économies. Et ça, ça manque un peu, je trouve, pour aller vers l'avenir quand on construit un mouvement social qui a des bases légitimes, que je ne conteste pas en tant que journaliste, C'est de se dire, qu'est-ce qu'on peut mettre sur la table de constructif? Et jusqu'ici j'entends peu ça aussi du côté des acteurs sociaux, mais pas non plus de la part du gouvernement, il faut le dire.
Éric Burgraff
Voilà donc qui vient boucler la boucle de notre série consacrée à la colère actuelle dans les écoles, série dans laquelle on a justement essayé de prendre la mesure des racines du malaise qui dépasse les seules mesures annoncées par la coalition actuelle et maires engagés. Merci en tout cas à tous ceux et à toutes celles qui ont nourri notre compréhension ces derniers jours, que ce soit par leurs interventions sur antenne, mais aussi par les nombreux messages, par les nombreuses contributions que nous avons reçues. Merci à Valentine Gourdange pour la réalisation sonore de cette émission. A la préparation, il y avait Sarah Pousset et Arnaud Reussen. Et si vous voulez nous écrire, je vous rappelle l'adresse, lesclés, arrobase rtbf.be. N'hésitez pas bien sûr à faire connaître nos contenus autour de vous.
Host: Arnaud Reussen (RTBF)
Journalists: Éric Burgraff (Le Soir), Bertrand Henne (RTBF)
Aired: June 3, 2026
Episode Theme:
A journalistic decryption of the current conflict in Belgian education, focusing on the deepening divide between the government and educators over recent reforms, the emergence of the Mars Attack teachers’ movement, and the broader challenges facing public schooling in the Federation Wallonie-Bruxelles.
This episode, the fourth in a series on education, steps back from direct voices of teachers and government (featured in previous episodes) to focus on decoding the roots, reality, and consequences of the ongoing teacher mobilizations in Belgium. The aim is to understand why the recent reforms have ignited a near-unprecedented coalition across all layers of the educational sector and to map the communication breakdown between policymakers and the profession.
The episode offers a nuanced, multi-faceted deconstruction of the Belgian education crisis. Two irreconcilable but legitimate perspectives—budgetary urgency and the exhaustion of a battered profession—collide amid a breakdown of traditional social dialogue. The Mars Attack movement illustrates how new forms of civic mobilisation fill the vacuum left by discredited or bypassed institutions. Both journalists and participants agree: no solution is possible without rebuilding trust and courageously addressing the long-term structural oversights that have brought the system to the brink.
For those seeking an in-depth understanding of why the ongoing teacher mobilizations have proven so deep and unyielding, this episode is indispensable listening.