
Après avoir capturé Nicolás Maduro au Venezuela, Donald Trump a réaffirmé son souhait de s'occuper désormais du Groenland. Selon ses mots, ce serait une nécessité pour la sécurité nationale des Etats-Unis. Nous verrons ce qu’il en est réellement avec Hervé Baudu, P...
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Sarah Poussey
L'actualité internationale. Est-ce que l'opération militaire américaine au Venezuela donne d'autres idées à Donald Trump?
Otilia Ferré
La première...
Donald Trump
Stratégiquement, le Groenland est extrêmement important pour les États-Unis.
Maxime Prévost
Donald Trump, d'ailleurs, ne s'en est jamais caché.
Narrator / Host
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés pour le troisième épisode de notre série faisant suite à l'intervention des Etats-Unis au Venezuela. Pour ce numéro, on va se demander si le prochain pays dans le viseur des Etats-Unis est le Groenland. Il y a un an déjà, Donald Trump menaçait d'annexer cette île immense. Il l'a redit de manière très explicite après la capture de Maduro. Alors pourquoi le Groenland intéresse-t-il tant les Etats-Unis de Trump ? Que pensent les Groenlandais d'une possible annexion ? Quelle réaction possible pour le Danemark, pour les Européens ? C'est à toutes ces questions que nous allons.
Otilia Ferré
Tenter de répondre. La.
Narrator / Host
Première, les clés. La scène se passe le lundi 5 janvier dernier, quelques heures après l'intervention au Venezuela. Donald Trump répond à la volée à quelques journalistes dans son avion Air Force One. Et à une question sur l'avenir du Greenland, voilà.
Donald Trump
Ce qu'il précise. Le Greenland, on va s'en occuper dans environ deux mois. Reparlons du Greenland dans une vingtaine de jours. D'ailleurs, je vais vous dire ceci à propos du Groenland. Nous avons besoin du Groenland pour notre sécurité nationale. C'est tellement stratégique. Aujourd'hui, le Groenland est entouré de bateaux russes et chinois, et on a besoin du Groenland pour assurer notre sécurité. Le Danemark est incapable de le faire, je peux vous le dire. Vous savez ce que le Danemark a fait récemment pour améliorer la sécurité au Groenland ? Ils ont ajouté un traîneau à chiens. C'est vrai. Et ils pensaient que c'était une super avancée. Alors moi je dis juste ceci, on a besoin du Groenland pour notre sécurité nationale et l'Europe a.
Narrator / Host
Besoin que nous l'ayons. Les données sont claires. Pour Trump, les Etats-Unis doivent annexer le Groenland et pas se contenter de le contrôler à distance via l'OTAN et via son allié danois. Alors, avant d'essayer de comprendre pourquoi Trump veut ainsi intégrer le Groenland au territoire des Etats-Unis, faisons une petite carte d'identité de ce territoire très particulier. Le Groenland, c'est un très vaste territoire. Plus de 2 millions de kilomètres carrés. On pourrait y mettre 72 fois la Belgique. Mais pour seulement 56 000 habitants, soit le même nombre d'habitants qu'une ville comme Verviers, par exemple. Le Groenland, c'est la plus grande île non continentale du monde. Et si on regarde une carte, on voit que ce territoire est beaucoup plus proche du Canada que de l'Europe. D'ailleurs, du point de vue de la physiographie, l'étude de la géographie naturelle de la Terre, on considère que le Groenland appartient au plateau continental nord-américain. Mais alors, comment expliquer que ce territoire situé dans le Grand Nord appartienne au Danemark et donc à l'Europe ? Pour cela, il faut faire un peu d'histoire. Ce sont des vikings venus de Norvège qui ont colonisé le Groenland il y a plus de 1000 ans, après avoir déjà colonisé l'Islande. Et puis, au XIVe siècle, la Norvège, jusque-là puissante mais considérablement affaiblie par la peste noire, va devoir accepter une union avec le royaume de Danemark voisin. Une union qui va perdurer jusqu'en 1814. À ce moment-là, juste après les guerres napoléoniennes, le Danemark va devoir céder la Norvège à la Suède. Mais il va par contre garder le Grundland, qui deviendra ensuite, progressivement, non plus une colonie, mais à partir de 1953, un territoire autonome, constitutif du royaume de Danemark. Et ce territoire, cela fait un moment qu'il intéresse les Etats-Unis qui ont envisagé à plusieurs reprises de l'acquérir déjà à la fin du XIXe siècle. On se souviendra aussi que, bien avant l'ère Trump, le président Harry Truman, en 1946, avait fait une offre formelle très concrète au Danemark. 100 millions de dollars de l'époque en or pour acquérir le Groenland. On voit donc que l'intérêt n'est pas nouveau du côté des Etats-Unis pour ce territoire en particulier. Avec nous pour commencer ce numéro, il.
Hervé Baudu
Y.
Narrator / Host
A Hervé Baudu. Bonjour. Bonjour. Vous êtes un spécialiste des enjeux maritimes polaires, professeur émérite de l'École nationale supérieure aux maritimes en France. Est-ce qu'effectivement, le Groenland, c'est un territoire potentiellement stratégique pour les Etats-Unis ? C'est ça qui explique l'intérêt de.
Hervé Baudu
Donald Trump aujourd'hui à vos yeux. Alors, il y a deux dimensions. D'abord, la première dimension, pour répondre à votre question, stratégique, oui, mais c'est à mesurer. L'intérêt, et surtout sous-jacent, est économique. Sur le plan stratégique, contrairement à ce que dit Trump, à savoir qu'il serait cerné par des bateaux russes et des bateaux chinois, c'est complètement faux. Il n'y a pas de trafic maritime qui desserve le Groenland avec les Chinois et les Russes. Certes, il y a la flotte russe en mer du Nord sur la péninsule de Kola à Murmansk. Certes, il y a du trafic maritime le long des côtes russes, avec effectivement des navires chinois. Certes, il y a des brise-glaces chinois qui sont en plus grand nombre que ceux américains, mais il n'y a pas de réelles menaces par ces deux grandes puissances. Et surtout, le Groenland, historiquement, hébergé de nombreuses bases américaines, après, durant la guerre froide, il n'en reste plus qu'une, qui est tout au nord du Groenland, qu'on appelle la base de Pitoufik. qui abrite un des radars de cette fameuse chaîne de détection avancée des missiles intercontinentaux, notamment pour anticiper une éventuelle menace russe. Donc c'est en ce sens que c'est stratégique, mais aussi un petit peu, et c'est là, qu'il ne faut pas la comparer avec le Venezuela, le Groenland est un pays ami, ils ont des conventions de défense avec le Danemark, puisque c'est la Couronne de Danemark qui a, sur le plan des affaires étrangères, sur le plan de la défense, qui a autorité au Greenland, et donc c'est en ce sens que l'intérêt stratégique reste faible. un territoire nécessaire à.
Narrator / Host
Sa défense immédiate pour les Etats-Unis. Donc à vous entendre quelque part, les Etats-Unis n'ont pas besoin de prendre ce territoire, de l'annexer au territoire des Etats-Unis pour pouvoir justement se servir de l'intérêt stratégique de la situation du Groenland. Le fait qu'ils aient des accords très rapprochés avec le Danemark, la possibilité d'installer une base militaire mais peut-être de la développer ou d'installer d'autres matériel de défense sur le territoire Groenlandais. Cette possibilité existe et permet de répondre à cet intérêt stratégique. Pour vous, il n'y aurait pas d'intérêt stratégique forcément plus poussé à faire main basse sur le territoire, à l'annexer au territoire.
Hervé Baudu
Des Etats-Unis ? Sur le plan stratégique, pour répondre directement aux questions, c'est mon sentiment, il n'y a pas de péril en la demeure. Certes, les Etats-Unis accusent le Danemark de ne pas avoir fait suffisamment pour la défense passive du Groenland, Il faut quand même noter que suite à ces menaces indirectes de la part de Trump, le Danemark a fait des investissements massifs, notamment parce que c'est un pays de l'OTAN, donc ils ont déjà investi, ils ont relevé leurs financements concernant la défense. Ils ont acheté des avions de chasse F-35 qui sont des avions américains au détriment des avions européens. Dernièrement, ils ont acheté encore des avions de patrouille maritime. Et donc c'est une façon un peu de dire, je mets ça dans la corbeille, pour répondre un peu d'une manière un petit peu officielle à ce que les États-Unis disent que le Danemark ne s'occupe pas de la défense du Groenland. Alors il a fait allusion au chien de traîneau, ce qui est assez, je dirais, humiliant pour la part des Groenlandais. Ce genre de patrouilles sont nécessaires, puisqu'il n'y a pas de route de littoral sur le long de Groenland, etc. Et donc ce sont ces patrouilles-là qui assurent un petit peu le lien entre les populations autochtones et locales au Groenland. Ils ont des intérêts liés à la position des radars, etc., mais ce n'est en aucun cas un rempart par rapport à une activité d'un océan glacé à la moitié de l'année. Il n'y a pas de menace directe entre la Russie, puisque l'océan Arctique sépare ces deux continents-là. Je pense que l'intérêt est beaucoup plus économique que stratégique et ça correspond un petit peu, ça vient abonder aussi, c'est un peu son discours. tout à fait populiste vis-à-vis notamment des échéances.
Narrator / Host
De mi-terme pour les Etats-Unis et mi-mars. Donc les mi-terme, on rappelle, ce sont ces élections demi-mandat pour Donald Trump qui vont intervenir à la fin de l'année et donc pour lui il y a un enjeu vis-à-vis de sa population à pouvoir dire dans une logique un peu impérialiste je peux étendre le territoire des Etats-Unis Vous parlez de l'économie, alors là ça veut dire qu'on parle de quoi ? Du sous-sol, de tout ce dont regorge le sous-sol grounlandais en matière de métaux critiques dont on sait que c'est un enjeu à la limite peut-être plus important que le pétrole et le gaz pour notre avenir avec la transition énergétique, avec la révolution technologique. C'est ça le vrai enjeu économique qu'il y a dans le fait de.
Hervé Baudu
Pouvoir annexer le Grounland ? Je pense, oui, clairement, les Etats-Unis, comme l'Europe, l'Europe qui ont passé des contrats avec le gouvernement groenlandais, qui est souverain dans ce domaine des ressources minières comme énergétiques. Le Groenland a à faire des ressources qui sont très importantes, très prometteuses, dont on ne sait pas très bien encore pour l'instant quel est le potentiel. On l'imagine, on l'extrapole avec les explorations qui ont été faites, notamment par exemple en termes de gisements de gaz Et de pétrole, il y a des explorations qui ont été faites, c'est-à-dire qu'on est allé voir un petit peu, faire des trous dans le sol pour savoir effectivement s'il y avait du gaz et du pétrole, et ça s'est révélé assez décevant, et surtout extrêmement cher si c'est le cas, par rapport à des ressources conventionnelles où il n'y a pas besoin de travailler par grand froid ou par des mers agitées si c'est au large, etc. Donc en 2021, le Groenland a mis fin à cette exploitation et à ce potentiel-là, en disant non, ça ne vaut pas le coup de les exploiter, donc ce n'est pas dans ce domaine-là, et puis les Etats-Unis en ont beaucoup, et puis là, oui, avec le Venezuela, Il va encore se remplir les poches, mais c'est surtout effectivement sur les terres rares. Alors il y a deux gisements intéressants qui sont les terres rares et également l'uranium. Il y a dans le sud du Groenland un gisement d'uranium prétendrait être la sixième ressource en termes de capacité mondiale, sur laquelle effectivement les pays occidentaux ont des vues, mais le Groenland a mis un moratoire dessus, on ne va pas l'exploiter. Pourquoi ? Parce que que ce soit les terres rares ou l'uranium, ce n'est pas tant le gisement, les gisements existent, les terres rares aussi existent, elles se sont gérées dans les pays continentaux. Le problème des terres rares, ce sont les traitements. On va récupérer du minerai de terres rares et après il faut des traitements chimiques, notamment chimiques avec des déchets de métaux lourds, et c'est la raison pour laquelle le chinois est le leader dans ce domaine-là, puisque sur les normes environnementales, elle est assez peu de regardante par rapport aux normes occidentales sur le traitement de ces terres. Donc oui, effectivement, il y a un potentiel assez important, mais leur exploitation est extrêmement coûteuse, puisqu'en fait, il faut savoir qu'il fait nuit trois mois de l'année au Groenland, que c'est des conditions extrêmement froides qui sont des conditions négatives, Il n'y a pas forcément la redouce de la main-d'œuvre sur place puisque disponible, puisque vous savez que le Groenland est un petit pays, comme l'a rappelé votre reportage en début d'émission, 56 000 habitants. Et aussi pour mettre un petit peu l'accent sur les ressources de Groenland, avec le réchauffement climatique qui se programme d'ici la fin du siècle, la ressource la plus importante, éventuellement monnayable du Groenland, c'est sa calotte glaciaire, c'est l'eau. On n'en parle jamais, mais il y a déjà eu des tentatives, notamment par les pays arabes unis, de remorquer des icebergs pour avoir de l'eau. Ça n'a pas été couronné de succès, mais en fait, là, il y a un besoin. Donc clairement, oui, Trump vise ces ressources-là. Je vois mal comment il peut les investir de force. Effectivement, je pense qu'il y a des contrats qui vont être passés avec le gouvernement groenlandais, ce qui est tout à fait favorable à cette coopération-là. Mais je vous dis, les exploitants qui ont été, et pour les quelques milles qui sont déjà exploitées, ce n'est pas la poule aux odeurs. C'est extrêmement difficile de faire.
Narrator / Host
Du business là-bas. Pourquoi ? Parce que le terrain est difficile. Oui, il y a des ressources, on l'entend, et c'est un enjeu pour les Etats-Unis comme pour les Européens, mais elles sont difficilement exploitables, ça nécessite des investissements très lourds, dont le succès n'est pas totalement garanti non plus, puisqu'il faut encore explorer tous ces différents gisements. Tous ces éléments-là évidemment sont à prendre en compte, mais on a bien compris aussi dans ce que vous nous disiez, qu'il y a aussi l'idée du message politique envoyé à la population américaine de la part d'un Donald Trump dans un moment électoralement important pour lui. Avec nous aussi pour cette émission, il y a Otilia Ferré, notre correspondante pour les pays scandinaves. Bonjour Otilia. Bonjour, merci d'être avec nous. Alors vous, vous connaissez bien la réalité du Danemark, vous vous êtes rendu aussi il y a quelques mois au Groenland the même, justement quand Donald Trump avait déjà parlé d'une possible annexion à venir. Alors la question que j'ai envie de vous poser, c'est comment les Groenlandais voient tout ça ? Comment voient-ils ce conflit sur leur sort futur, sur une potentielle annexion ? pour lequel ils n'ont pas beaucoup voix au chapitre. Là, on parle entre les Danois, les Américains, les Européens, les Américains, mais on a l'impression que les Groenlandais sont un peu une quantité négligeable. Comment.
Otilia Ferré
Est-Ce qu'ils réagissent, les Groenlandais, par rapport à cette situation ? Alors, c'est vrai que tout s'est passé très vite et on ne parlait pas beaucoup du Groenland. Ils ont eu les projecteurs braqués sur eux, un peu comme ça, du jour au lendemain. Donc, après, on l'a bien vu, le Premier ministre groenlandais a fermement rejeté toute idée d'annexion ou de prise de contrôle du Groenland. Lorsque j'étais en effet au Groenland il y a un an tout pile, 100% des Groenlandais à qui j'ai parlé m'ont dit ne surtout pas vouloir devenir américain. Ils voyaient ça à l'époque un peu comme une mauvaise blague. S'ils essaient donc de se défaire de leur tutelle danoise déjà, c'est pas pour passer sous le drapeau américain. Et puis la plupart au Groenland sont inuites, donc tout ce qu'ils veulent en fait c'est plutôt vivre en paix, vivre selon leur tradition et leur culture qui est intrinsèquement liée à la nature. Et puis il faut dire qu'avec ces menaces à répétition, Trump a en quelque sorte, comme je disais, raquer les projecteurs sur le Groenland et son douloureux passé colonial avec le Danemark. De nombreux élus, et surtout le parti Nallerak, le parti indépendantiste, voient aussi dans les velléités du président américain l'opportunité de se libérer de cette tutelle danoise. J'en discutais encore il y a deux jours avec un des membres indépendantistes du Parlement groenlandais, et ils sont, eux, ouverts aux négociations avec les États-Unis, notamment pour la sécurité dans l'Inde. pareil sur l'exploitation des ressources, mais voilà en tout cas au niveau de la population personne en.
Narrator / Host
Tout cas de ce que moi j'avais entendu à l'époque ne souhaitait devenir américain. On sent qu'il y a potentiellement une opportunité pour se défaire de la tutelle du Danemark mais pas pour autant pour retomber sous une autre tutelle voire devenir carrément américain intégré au territoire des Etats-Unis demain. Vous disiez que dans la culture inuite il y a cette idée de la connexion, du respect de la nature. Comment voit-il alors une potentielle exploitation de leurs ressources naturelles qui pourrait advenir même sans annexion puisqu'on sent bien que ça.
Otilia Ferré
C'Est un enjeu que ce soit pour les Etats-Unis ou que ce soit pour l'Europe ? On en parlait justement à l'instant, l'île est actuellement très peu exploitée, tout d'abord parce que le Groenland est recouvert à 80% d'une calotte glaciaire, c'est la deuxième plus grande au monde après l'Antarctique, alors même si le réchauffement climatique est en train de faire bouger les choses, ça reste très difficile et très coûteux de creuser et d'explorer au Groenland. Le peu de projets miniers sont très controversés parce qu'il y a évidemment des risques pour la biodiversité et la santé. C'est un environnement arctique fragile et aussi central pour l'identité inuite. Comme je le disais, un peuple extrêmement proche de la nature. La population est régulièrement consultée et s'y oppose de manière générale toujours. Certains craignent en fait un genre de malédiction des ressources, c'est-à-dire une dépendance aux multinationales étrangères ou une perte de contrôle politique. Ceci étant dit, pour d'autres, ces ressources sont vues comme un levier d'émancipation économique et politique, voire à long terme, d'indépendance vis-à-vis de la Demarque. C'est le cas encore une fois du Parti indépendantiste, qui est donc pour.
Narrator / Host
Une exploitation encadrée pour financer un État-providence et réduire donc cette dépendance aux subventions d'annuaire. En quelques mots Otilia, on sent dans ce que vous nous dites qu'il y a une partie importante des Groenlandais qui veulent aller plus loin dans l'indépendance, se défaire de la tutelle danoise. Ça veut dire quoi ? Qu'ils.
Otilia Ferré
Ne se sentent pas danois les Groenlandais ? Ils ne considèrent pas qu'ils sont appartenant au Danemark aujourd'hui ? Non, pas du tout. Vraiment, ils sont Groenlandais et rien d'autre. Il faut quand même rappeler leur passé colonial qui est assez lourd et difficile avec le Danemark. On peut notamment nommer le scandale des stérilés où des milliers de femmes dans les années 60 jusque dans les années 90 se sont vues imposées très souvent contre leur gré et elles étaient parfois aussi mineures. Certaines n'avaient que 13 ans donc elles ont été forcées d'avoir un stérilé. Cette campagne de stérilisation massive de la population Groenlandaise Elle est restée taboue très longtemps avant d'éclater au grand jour ces dernières années. Il y a aussi le scandale des tests de parentalité qui a été imposé à beaucoup de familles groenlandaises vivant notamment au Danemark. J'ai parlé pareil à de nombreuses femmes et familles à qui on a retiré les enfants parce qu'ils étaient considérés selon ces fameux tests je cite comme pas assez civilisés. Copenhague est aussi accusée d'adoption ou de placement forcé d'enfants groenlandais. Enfin bon, les relations avec le Danemark ne sont pas spécialement au beau fixe, disons, même si le Danemark est en train de présenter des excuses pour ce passé colonial. Mais la majorité au Groenland veulent tout de même une indépendance. Après, comment l'obtenir économiquement ? C'est un peu là toute la question pour ce peuple en effet de 60 000 habitants à peine. Donc c'est là où Trump vient.
Narrator / Host
Un peu donner des possibilités peut-être et où certains sont intéressés pour faire des négociations peut-être avec les États-Unis. C'est intéressant de voir qu'on a ça en toile de fond de ce débat sur l'avenir du Greenland, c'est-à-dire cette envie d'indépendance de la population sur place qui n'a pas forcément envie de continuer justement à appartenir au Danemark. Tout ça risque de jouer. Un petit mot justement du Danemark, alors, Othilia Ferret. Quelle est.
Otilia Ferré
La réponse aujourd'hui des autorités face à ces menaces réitérées il y a quelques jours à peine par Donald Trump d'annexion ? Au Danemark, on ne veut pas vraiment se mettre les États-Unis à dos, un peu comme personne, mais en même temps, on est sur un refus ferme de voir le Groenland annexé. La première ministre danoise a qualifié l'idée d'une prise de contrôle par Washington d'absolument absurde et a exhorté les États-Unis à arrêter ces menaces envers un allié historique. Elle a ajouté récemment qu'une attaque.
Narrator / Host
De ce genre signifierait la fin de tout, c'est-à-dire de l'OTAN telle qu'on la connaît depuis la Seconde Guerre mondiale. Et on se prépare à cette éventualité aujourd'hui au Danemark, cette éventualité.
Otilia Ferré
D'Une annexion y compris peut-être par la force puisque les mots de Donald Trump sont relativement clairs à ce sujet. Le Danemark, comme je le disais, a mis en garde Trump. S'il passe à l'action, ce serait la fin de l'OTAN. Copenhague travaille aussi à maintenir une unité européenne autour du principe de souveraineté et du respect du droit international. Le pays compte sur ses alliés européens maintenant plus que jamais, dont beaucoup d'ailleurs ont apporté leur soutien au Danemark. Tout ceci est évidemment une crise politique au Danemark et donc de nombreuses réunions de crise ont eu lieu à ce sujet avec le Parlement, la dernière pas plus tard qu'il y a deux jours. Les autorités danoises s'efforcent aussi de calmer l'opinion publique sur une possible invasion. L'idée.
Narrator / Host
D'Une annexion militaire reste hautement improbable et Copenhague voit encore cela comme une série de rhétoriques agressives sans réel fondement. Alors justement, vous parliez des Européens, on va peut-être faire le tour de ce que disent les Européens aujourd'hui par rapport à ces menaces réitérées de Donald Trump.
Sarah Poussey
À l'égard du Groenland. C'est Sarah Poussey qui est allée voir ce qui se disait du côté des Européens aujourd'hui. Les grands leaders européens ont uni leur voix pour défendre le Grundland avec un message commun publié le 6 janvier. Ce communiqué est signé par Emmanuel Macron, Giorgia Meloni, mais aussi les premiers ministres polonais, espagnols, britanniques, le chancelier allemand et bien sûr la première ministre danoise. Les chefs d'État européens rappellent ainsi que la sécurité de l'Arctique est une priorité pour l'Europe, mais aussi pour l'OTAN, puisque le Groenland, en tant que pays autonome du Royaume de Danemark, est membre de l'OTAN. À ce titre, les principes de la Charte des Nations Unies prédominent, c'est-à-dire la souveraineté, l'intégrité territoriale et l'inviolabilité des frontières du Groenland. Les européens soulignent que ces principes seront défendus, mais aussi que la sécurité du Groenland est une affaire collective des alliés de l'OTAN, ce qui concerne donc aussi les États-Unis. Enfin, le communiqué se termine par un rappel important. Le Groenland appartient à son peuple, et les seuls à pouvoir décider des affaires danoises et groenlandaises sont le Danemark et le Groenland. La Belgique, elle, n'a pas signé ce communiqué, Mais Maxime.
Maxime Prévost
Prévost, le ministre des Affaires étrangères, a clairement rappelé la position de notre pays lors de son passage au JT. Il ne peut pas être envisagé ni toléré qu'il y ait la moindre violation de l'intégrité territoriale d'un pays européen. On peut peut-être entendre, peut-être même comprendre, si elles nous sont exposées, que les Etats-Unis ressentent une menace dans cette partie nord de leur hémisphère, mais auquel cas, Entrons alors en dialogue entre l'Europe, le Danemark, le Groenland, les Etats-Unis. Mais ce n'est certainement pas à travers une démonstration de force ou une.
Narrator / Host
Menace quelconque qu'une solution pourrait être trouvée. Donc la Belgique est totalement solidaire à l'égard du Danemark à cet égard. Voilà la solidarité totale de la Belgique à l'égard du Danemark, dit donc notre ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévost. Hervé Baudu, on revient vers vous pour conclure. Vous n'avez évidemment pas de boule de cristal sur ce qui va bien pouvoir se passer, surtout avec l'imprévisibilité d'un Donald Trump. Mais quels sont les scénarios possibles selon vous ? On parle beaucoup d'une intervention de force en quelque sorte.
Unnamed Expert / Analyst
Il reste d'autres possibilités d'agir. Dans la façon de faire d'un Trump, de dealmaker, il reste d'autres options sur la table. Alors oui, j'en pense une en particulier, parce qu'effectivement la prise de force, on peut très bien envisager que Trump débarque avec ses troupes sur le Groenland, mais ça paraît pour l'instant dans les médias un peu vraisemblable. Alors après, j'y vois une autre solution qui avait été évoquée à bas bruit dans les médias, c'est qu'il existe des notions d'accompagner un pays comme le traité de libre association, ça s'appelle, c'est une résolution de l'ONU, la 1541 exactement, qui est déjà efficiente. Par exemple, aux Etats-Unis, c'est une espèce de protectorat, un peu de tutelle, si vous voulez, à la fois sur le plan de la défense et des contrats. Et donc, les Etats-Unis font ça avec la Micronésie, avec les îles Marshall, la Nouvelle-Zélande le fait avec les îles Cook. Et un peu dans cette image-là, c'est un peu comme le Vatican et l'Italie, ou un peu comme Monaco et la France, si vous voulez, Chacun reste indépendant et tout en étant garant de... Et ça se rapproche d'une voie, je pense, sur laquelle Trump, alors il ne l'a pas dit explicitement, mais qui permettrait de faire un espèce de soft control et de pouvoir effectivement accompagner plus rapidement à l'indépendance des Groenlandais qui, eux, disaient, nous, on n'est pas pressés, on l'imagine dans une dizaine d'années. Alors évidemment, ça damnerait le pion un petit peu au Danemark, qui verrait ça d'un mauvais effet de se faire spoiler du Groenland. Néanmoins.
Narrator / Host
Ça pourrait rentrer dans le jeu économique et géotactique du Groenland en disant que c'est peut-être une voie de coopération soft. Mais donc, dans un scénario comme celui-là, ce serait quand même un détachement complet du Groenland du Danemark dans un chemin d'indépendance, mais d'une indépendance sous forme d'un.
Unnamed Expert / Analyst
Protectorat en quelque sorte des États-Unis ? C'est ça qu'il faudrait voir dans une solution comme celle-là ? – Oui tout à fait, vous l'avez bien résumé, ce serait je pense un espèce d'accompagnement soft au détriment du Danemark bien sûr, mais je dirais le Danemark en termes géographiques n'a pas forcément si vous voulez de plus de prétention je dirais que l'Amérique ne pourrait en avoir sur Groenland, il y a quand.
Hervé Baudu
Même une logique géographique entre la proximité.
Unnamed Expert / Analyst
Du Groenland, les États-Unis ou tout le monde le nord américain. et puis le Danemark et l'Irlande. Donc on pourrait très bien l'envisager, ce serait une solution qui serait peut-être à moyen terme, d'autant moins qu'il mériterait d'être accompagné, mais ça éviterait de brusquer un petit peu l'Europe, même.
Narrator / Host
Si Trump n'en a cure. Mais je pense que ce sont des voies diplomatiques qui seraient peut-être mieux acceptées, mieux négociées, notamment par l'Europe. Cette solution, qui commence à circuler dans les milieux diplomatiques et sur laquelle certains plancheraient très sérieusement à Washington, aurait donc quand même pour effet de détacher le Groenland du Danemark et de l'Union européenne. Trump, en capitalisant sur ce fort désir d'autodétermination qui vit chez les Groenlandais, leur vendrait en quelque sorte cette indépendance, mais au prix d'un accord dit de libre association avec les États-Unis, pouvant servir les appétits économiques et stratégiques de Washington. A faire, à suivre donc, puisque tout cela pourrait bouger dans les toutes prochaines semaines. Merci à Hervé Baudu, dont on vous recommande l'ouvrage Les routes maritimes arctiques, enjeux économiques et géopolitiques. Merci à Otilia Ferret, notre correspondante pour les pays scandinaves. A la réalisation sonore de cette émission, il y avait Guillaume Desmet à la préparation, Sarah Poussey et Arnaud Royssen. Je vous rappelle que cette émission s'inscrit dans une série en quatre épisodes. Et dans notre prochain numéro, on se.
Podcast: Les Clés (RTBF)
Episode: Et après le Venezuela, le Groenland ? (3/4)
Date: January 6, 2026
Host: Arnaud Ruyssen
Notable Contributors:
This episode explores whether the United States, having just intervened in Venezuela, could soon turn its eyes to Greenland. The host, Arnaud Ruyssen, unpacks Donald Trump’s renewed public threats to annex Greenland, examines the strategic and economic interests at stake, and surveys reactions from Greenlanders themselves, the Danish government, and European allies.
“Le Greenland, on va s'en occuper dans environ deux mois... Nous avons besoin du Groenland pour notre sécurité nationale.”
– Donald Trump [01:20]
“Sur le plan stratégique... il n'y a pas de péril en la demeure... Je pense que l'intérêt est beaucoup plus économique que stratégique.”
– Hervé Baudu [07:49]
“Avec le réchauffement climatique... la ressource la plus importante, éventuellement monnayable du Groenland, c'est sa calotte glaciaire, c'est l'eau.”
– Hervé Baudu [11:56]
“Quand j'étais au Groenland... 100% des Groenlandais à qui j'ai parlé m'ont dit ne surtout pas vouloir devenir américain.”
– Otilia Ferré [14:24]
“Une attaque de ce genre signifierait la fin de tout, c'est-à-dire de l'OTAN telle qu'on la connaît depuis la Seconde Guerre mondiale.”
– Host citing Danish PM [20:04]
“Le Groenland appartient à son peuple, et les seuls à pouvoir décider des affaires danoises et groenlandaises sont le Danemark et le Groenland.”
– Sarah Poussey summarizing European communiqué [21:45]
“Il existe des notions d’accompagner un pays comme le traité de libre association... une espèce de protectorat, un peu de tutelle…”
– Unnamed expert/analyst [24:09]
Donald Trump’s direct pronouncement:
“Nous avons besoin du Groenland... le Danemark est incapable de le faire, je peux vous le dire. Ils ont ajouté un traîneau à chiens...”
[01:20]
On Denmark’s response:
“La première ministre danoise a qualifié l’idée d’une prise de contrôle par Washington d’absolument absurde...”
– Otilia Ferré [19:36]
On Greenlanders’ identity:
“Ils ne se considèrent pas du tout comme Danois aujourd’hui. Vraiment, ils sont Groenlandais et rien d’autre.”
– Otilia Ferré [17:46]
Maxime Prévost (Belgium):
“Il ne peut pas être envisagé ni toléré qu’il y ait la moindre violation de l’intégrité territoriale d’un pays européen.”
[22:37]
For Further Listening: This is episode 3 in a 4-part series on U.S. foreign interventions and geopolitics; upcoming episodes will delve deeper into related themes.