
Dans cette émission, nous recevons une classe de sciences humaines regroupant des 5ème et 6ème de l'Athénée Royal Paul Delvaux de Lauzelle, ainsi que Coralie Muylaert, chercheuse pour la Chaire en Économie Sociale de l'UMONS, dont le doctorat a porté sur les change...
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A
Il y a tellement d'infos que je m'y perds.
B
Je trouve que c'est difficile d'y voir clair quand même.
A
Souvent je trouve que tout est trop superficiel. Je pense qu'il y a trop d'infos et... C'est très angoissant. La première...
B
J'ai besoin de repères.
A
Les clés. J'ai envie de comprendre. Arnaud Royson.
B
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés pour un nouvel épisode spécial jeunes. Un épisode où l'on va parler de fast fashion et même d'ultra fast fashion. Le sujet est remis au cœur de l'actualité avec l'ouverture récemment en France d'un magasin Shein du nom de cette marque chinoise de vêtements qui coûte souvent quelques euros à peine. Alors comment est-ce possible d'avoir des vêtements à des prix pareils ? Ce sont des élèves d'Otini Louvain-la-Neuve qui nous ont demandé de creuser Cette question, alors on va le faire avec elle et avec eux pendant une petite demi-heure. Et c'est Sarah Poussey qui nous dresse d'abord le portrait de la classe qui nous avait rejoint à la RTBF.
A
La première, les clés.
B
Alors, nous sommes élèves de 5e, 6e.
A
Tous en sciences humaines, donc on mélange les 5e et les 6e. Et on vient de l'implantation Losell qui dépend de l'Athénée Royal-Paul-Helvaud-Dottiny. Une quinzaine d'élèves Dottiny Louvain-Laneuve nous ont donc rejoint à la RTBF. Ils avaient entre 15 et 18 ans et c'est donc dans le cadre de leur option en sciences humaines qu'ils ont participé à cette émission.
B
L'option sciences humaines, c'est une option majoritairement d'histoire, qui va traiter des sciences humaines, sociales, un peu économiques, et alors on.
A
Va faire différents projets. Par exemple, depuis la rentrée, on a.
B
Vu les Jeux olympiques et la politique.
A
Donc on essaie de les lier et on fait des projets, par exemple, d'essayer.
B
De trouver un pays qui pourrait être éligible aux JO et on va débattre dessus.
A
On a du coup travaillé le sujet avant d'arriver ici pour quand même être tous aptes à répondre aux questions. En classe, les élèves avaient donc déjà fait quelques recherches, trouvé des chiffres aussi pour quantifier l'impact environnemental de la mode et sont tous venus avec leurs tablettes et leurs notes prêts à les partager. Mais avant de se lancer dans la discussion, on a voulu savoir pourquoi ils ont voulu parler de fast fashion. Pour sensibiliser au fait d'acheter trop et de surconsommer. informer les gens en général parce que les gens ne sont pas informés à ce sujet-là. Ils ne sont pas au courant de ce qui se passe dans d'autres pays.
B
Les travailleurs sont sous-exploités.
A
Du coup, ce sont des situations assez précaires. On a aussi fait la fast fashion parce que ça faisait écho à l'actualité et l'ouverture du magasin Sheen en France. Voilà, les présentations sont faites. Il est temps désormais de se pencher sur l'intérieur de nos dressings.
B
Et la première chose que l'on avait envie de demander aux élèves pour ouvrir la discussion, c'était de nous décrire leur rapport à la mode. Ça représente quoi, dans leur vie, le fait d'acheter et de choisir des vêtements ?
A
Pour moi la mode c'est vraiment s'intégrer socialement etc. Pour moi je prends plus de temps à m'habiller le matin parce que pour moi c'est vraiment l'image que je vais avoir pendant la journée et vraiment c'est l'image que j'ai tout court quoi. En fait ça définit qui on est au final, ça montre une partie de nous et la place qu'on a dans la société. m'habiller, c'est un peu vraiment tout moi. Je veux que les gens me considèrent, me voient comment je suis habillée et me disent la personnalité elle colle bien avec comment je suis habillée et donc c'est vrai qu'acheter des vêtements ça fait plaisir. Pour moi la mode c'est aussi une façon de s'exprimer, c'est soi mais sans forcément parler. En fait, j'ai l'impression que si tu te sens bien dans les vêtements que tu portes, ça booste sa confiance en soi, alors que si tu portes des vêtements qui ne te représentent pas vraiment, ça ne te met pas vraiment en confiance, tu ne te sens pas forcément ton élément.
B
On entend donc ici des mots importants, déjà. La mode, c'est ce qui va nous définir face aux autres. C'est dire quelque chose de nous, mais sans parler. C'est un enjeu de confiance en soi, mais aussi de plaisir quand on achète un vêtement. Chez d'autres, par contre, on regarde ça avec un oeil plus critique ou sceptique.
A
Je suis d'accord pour dire que la manière dont je m'habille, c'est quelque part un reflet de qui je suis et ce que je pense. Mais en même temps, Je pense pas qu'on devrait juger par rapport aux vêtements, dans le sens où que je m'habille d'une certaine manière, je sais pas, peut-être complètement punk ou très classique. Finalement, la personne que je suis ne change pas. Pour moi, c'est plus d'où viennent mes vêtements. J'aime mes vêtements parce qu'ils viennent d'un... Enfin, de vêtements de seconde main. Et c'est plus cette partie-là de moi que ça représente que vraiment qui je suis. C'est plus mes valeurs.
B
En même temps, montrer ses valeurs, c'est aussi montrer une part de qui on est sans doute, oui. À vrai dire, les gens, leur avis.
A
Et tout, moi ça m'intéresse pas. C'est surtout le confort que moi je préfère. Ça veut dire que, genre imagine on me donne un vêtement, je vais surtout penser à comment je vais être dedans, comment je vais me sentir dedans, au fait que les gens vont dire ouais c'est bien, c'est pas bien, moi je m'en fous de ça, à vrai dire. Du coup en vrai, voilà, je pense surtout au confort et voilà, pour moi c'est le plus important. Pour moi, la mode, ça ne m'intéresse.
B
Vraiment pas, dans le sens que je vais très peu acheter de vêtements et je vais les garder très longtemps. Il y en a plusieurs que je.
A
Garde depuis même un an, deux ans et des.
B
Donc ce n'est pas quelque chose qui m'intéresse beaucoup à titre personnel, mais j'aime bien qu'on en parle parce que c'est intéressant et que j'ai du mal parfois.
A
Même à comprendre l'idée de fast fashion. parce que je n'ai pas l'impression que.
B
Ça me vise du tout. Des regards multiples et variés donc dans la classe. Et face aux élèves, une invitée que nous avions conviée. Elle s'appelle Coralie Meulhart, une spécialiste de l'économie de la mode. Mais on va la laisser elle-même se présenter aux élèves.
A
Bonjour à toutes et à tous. Je m'appelle Coralie Moillard et j'ai fait mon doctorat sur la question fast fashion versus slow fashion. Et pourquoi est-ce que c'est si compliqué pour les consommateurs de changer leur manière de s'habiller et donc de passer d'une pratique d'habillement à une autre ? Et parmi tout ce que vous venez de dire, il y a quelque chose qui est très important et que je viens de dire aussi, c'est le terme de pratique. On ne s'intéresse pas à la psychologie d'un individu, mais bien à une pratique qu'on a finalement collectivement. Et il y a plein de choses dans ce que vous avez dit qui peuvent expliquer pourquoi c'est si difficile de changer sa pratique de consommation de vêtements.
B
Questionner les pratiques de consommation, on va y venir un peu plus tard. Mais avant tout, on va un peu essayer de comprendre ce qui se joue dans nos sociétés autour de la mode aujourd'hui. Et ce que Coralie Meulhart nous explique, c'est que la façon dont on s'habille, ce n'est pas quelque chose qui ne dépend que de nos choix, non, ça dépend de pas mal de codes sociaux.
A
C'est tout ce qui est le fait qu'il y ait des dress codes, vous n'allez pas aller, même si vous n'avez pas envie de montrer, d'exprimer quelque chose avec la mode ou que vous ne vous intéressez pas à la mode, vous n'allez pas aller à un mariage en jeans basket. Sauf si c'est le dress code. Mais généralement, on va mieux s'habiller que ça. Donc il y a déjà quelque chose de l'ordre de la société qui nous impose une manière de s'habiller. Ça a été dit, ça peut bousser la confiance en soi. Dans des réunions de travail, le fait d'être bien habillé, eh bien finalement on va être un peu moins stressé parce qu'on sait qu'on fait déjà une première bonne impression. Et puis, il y a le statut social. Avoir des vêtements d'une certaine marque, ça donne l'impression qu'on a réussi dans la vie. Et tout ça, ce sont bien des construits socioculturels, ce sont des choses qu'on a construits et qui, collectivement, définissent notre pratique à tous liée à la mode. Et puis, il y a d'autres pratiques qui, elles, sont plus liées à un individu. Il y a d'autres verrouillages qui font qu'on ne change pas la manière dont on s'habille. Et c'est lié plutôt au contexte matériel, quand on a plus ou moins de financement. Si on a un meilleur salaire, un moins bon salaire, on ne sait pas s'acheter les mêmes types de vêtements. Il y a le contexte. Est-ce qu'on habite proche, pas proche d'un centre commercial où acheter des vêtements ? Est-ce qu'on a l'habitude de le faire en ligne ou pas ? Et ça, ce sont des choses sur lesquelles on peut beaucoup plus jouer en tant que personne, mais qui restent définies aussi de manière plutôt collective.
B
Donc si je comprends bien, la façon dont on va s'habiller, les choix qu'on va poser, c'est à la fois des prescrits un peu de notre vie en société, puis c'est des choix individuels. Mais ces choix individuels peuvent être aussi un peu construits, influencés par des dynamiques qui sont dans la société, j'imagine.
A
Tout à fait. Et donc, c'est pour ça que souvent, on va dire qu'on n'a pas tout à fait le choix de la manière de s'habiller, puisqu'il y a tellement de choses qui définissent, prédéfinissent la manière dont on choisit de s'habiller.
B
Alors, y a-t-il dans la classe des consommateurs et consommatrices de fast fashion ? Après un peu d'hésitation, la parole se libère.
A
« J'achète chez Zara, chez Bershka, de temps en temps j'achète en deuxième main ou chez les petits reins, etc. Mais à chaque fois je ne trouve pas mon style dedans, donc je vais souvent plus vers Zara, H&M, etc. » Oui moi aussi parce que déjà c'est plus facile en tant qu'étudiant de se diriger vers la fast fashion puisqu'on n'a pas souvent beaucoup les moyens. On arrive à un âge où c'est souvent nous qu'on va financer nos vêtements. Dans les centres commerciaux, la plupart des magasins c'est Zara, Bershka, H&M et donc vu que c'est des enseignes qui sont plus connues, on a plus tendance à aller là-bas parce que c'est des vêtements qui sont entre guillemets à la mode et donc ça donne peut-être plus envie d'aller là-bas et donc c'est vrai que des fois j'achète aussi là-bas.
B
Moi aussi je suis un gros consommateur.
A
Enfin pas gros, mais c'est parce que c'est vraiment accessible et pas cher. Et aussi c'est un peu ce que tout le monde porte, donc on s'identifie pour nos groupes sociaux et voilà.
B
Et est-ce que certains et certaines achètent aussi parfois chez Shein, la marque d'ultra fast fashion chinoise, au cœur de plusieurs polémiques ces derniers temps chez nous en Europe ?
A
Chine, non, mais Tému, au début, il.
B
Faisait des offres gratuites à zéro euro.
A
Du coup, en vrai, je me suis fait plaisir et j'ai fait quelque chose.
B
D'autres ? Tému, oui, ça peut être Tému aussi, pas obligé Chine.
A
Mais au tout début, quand ça s'est lancé, c'était hyper répandu sur les réseaux sociaux. Et donc, je pense que je me suis fait un peu influencer sur ça. Et c'est par après qu'on a vu un peu le moins bon côté. Enfin, voilà. Et après, on s'est rendu compte. Enfin, moi, ce que je me suis rendu compte, j'ai commandé, je pense, une seule fois. Et puis, c'est quand on connaissait pas encore tout ça. Mais moi aussi, c'était il y a quand même 5 ans. J'ai acheté sur Shain aussi. Et après, je me suis fait défoncer par ma maman. Les vêtements n'étaient même pas top. C'était juste qu'ils étaient moins chers et c'était même pas si fifou que ça. Donc j'étais un peu déçue.
B
On entre là, dans le vif de notre sujet, la fast fashion et même donc l'ultra fast fashion. Essayons tout d'abord de bien définir ces différentes notions avec Coralie Meulhardt.
A
Alors on va définir la fast fashion en fonction de la fréquence de renouvellement des collections. Et on va même parler d'ultra fast fashion quand ces collections sont renouvelées presque tous les jours comme c'est le cas sur certains sites qu'on a cités chez SHEIN. Par contre chez ZARA ou autres on a tendance aussi à parler d'ultra fast fashion parce que c'est presque des renouvellements de toutes les semaines. Et puis la fast fashion c'est plutôt un renouvellement de toutes les semaines, tous les mois. Et puis on va parler de slow fashion quand il y a une notion de durabilité plutôt étiquetée derrière, où on n'est plus sur une fréquence de renouvellement de collection mais d'autres valeurs qui portent cette création de vêtements.
B
Donc si je reste sur la fast fashion et l'ultra fast fashion, il y a cette dimension, il y a une rotation très importante, on a tout le temps des nouveaux produits, ce qui donne tout le temps des nouvelles envies d'acheter évidemment. Et puis il y a la dimension du prix, c'est des habits qui en général coûtent très peu cher.
A
Oui, tout à fait. Ce sont des vêtements qui coûtent peu cher pour que le consommateur puisse l'acheter aussi. Puisque l'idée, effectivement, c'est d'avoir un attrait pour la nouveauté et faire en sorte que le consommateur passe tous les jours sur ses sites internet pour voir ces nouveautés et les acheter. Et donc, si le prix est trop important, l'acheteur n'est plus en capacité de l'acheter tous les jours. Et donc, il y a un lien entre l'ultra fast fashion, ce renouvellement et ce prix des collections.
B
L'opposé ce serait de se dire on va acheter un beau vêtement cher du coup on va bien réfléchir à l'achat parce que ça va nous engager pour un an ou pour deux. C'est l'inverse de ça en fait la fast fashion et l'ultra fast fashion.
A
Oui c'est ça et on peut y voir aussi le nombre de fois qu'on peut porter un vêtement. Avec un très bon jeans, un très bon vêtement, on peut le porter plusieurs centaines de fois. Donc vous pourriez avoir 3-4 tenues sur une seule année. Ce que presque personne n'a justement dû à cet attrait de la nouveauté. Alors qu'un vêtement commandé dans l'ultra-fash fashion, on sait qu'on va le mettre 4-5 fois et puis en fait ça ne va pas survivre au nettoyage, il va très vite se déformer. Et de nouveau, la boucle est bouclée, il se déforme, on a envie de nouveauté parce que ça ne nous va plus comme la première fois qu'on a mis ce vêtement-là et on recommande.
B
C'est la mode du jetable, en quelque sorte on pourrait le dire comme ça.
A
Oui, si on fait le lien avec les objets jetables, normalement, on doit pouvoir les utiliser plus de dix fois pour que ce soit autorisé légalement. Et ici, les vêtements, on peut montrer qu'on ne sait presque même pas les mettre dix ou soix.
B
Donc on est même en dessous des normes du jetable, en quelque sorte.
A
Oui, tout à fait.
B
Pour suivre, on a réalisé un petit sondage auprès des élèves avec une question très concrète. Quel est le prix le moins cher auquel ils et elles ont déjà acheté un T-shirt ?
A
10, 15 euros. Moi, je pense que c'était 6 euros.
B
Moi, c'était 10 euros aussi.
A
Moi, c'était 5 euros. Souvent, chez Ami, il y en a 5 euros. Moi, je crois que c'était entre 5 et 7 euros, plus ou moins.
B
Du coup, la question, c'est qu'est-ce que ça vous dit quand vous voyez passer des vêtements à ces prix-là ? Est-ce qu'il y a une réflexion derrière votre tête sur comment est-ce qu'on peut faire pour produire des vêtements aussi peu chers ?
A
On se doute que c'est dû aux problèmes sociaux. Par exemple, les gens qui vont produire des T-shirts aussi peu chers, sur par exemple 29 euros le T-shirt, ils ne vont même pas avoir 20 centimes. Les gens sont mal payés et en plus la sécurité sociale n'est pas présente.
B
Et on a un peu conscience de ça quand on voit passer des t-shirts pas chers ou qu'on achète même un t-shirt pas cher ? On a ça dans un petit coin de sa tête ou bien c'est un peu deux connaissances qu'on va séparer comme ça ?
A
On en entend beaucoup plus parler maintenant. Je trouve que sur ces sites-là, il faut beaucoup moins acheter. Donc moi, je dirais que oui, on s'affaire à la différence quand même du fait que c'est pas bien d'acheter là-dessus. Parce que maintenant, on est beaucoup plus sensibilisés à ça. Et ça, je trouve ça chouette quand même.
B
Qui d'autre a des explications sur comment on peut avoir des prix aussi bon marché ?
A
En plus des problèmes sociaux, il y a aussi les matériaux qui sont de moins bonne qualité justement, puisque moins bonne qualité, c'est moins cher. Et du coup, si le coût de production est moins cher, forcément, nous, on va devoir l'acheter moins cher aussi.
B
Coralie Meulhart, j'ai envie de revenir vers vous et qu'on explique un petit peu tout ça. Comment on explique qu'on puisse avoir des renouvellements aussi réguliers de collection avec des prix aussi bon marché ? Tout ça, ça se fait, entre guillemets, à quel prix aujourd'hui ?
A
Alors il n'y a pas de miracle et ça a été plus ou moins dit. Il y a effectivement un lien avec le coût des matières premières. Un vêtement qui a été fait en coton durable produit localement donc en Belgique ou en France par exemple ou même au Portugal. va coûter beaucoup plus cher, revenir beaucoup plus cher qu'un t-shirt ou un vêtement qui est fait en matière synthétique et en pétrole et qui pollue aussi beaucoup plus. Et puis la deuxième chose, effectivement, c'est au niveau de la production. On a parlé des conditions de travail. Si la personne qui coûte le vêtement est rémunérée beaucoup moins bien qu'en Belgique, où on a des normes sociales qui sont quand même beaucoup plus sécurisées, et bien effectivement, ça va coûter moins cher. Et la troisième chose, c'est qu'on pourrait penser qu'un produit qui vient de l'autre bout du monde voyage beaucoup, coûte plus cher, et pourtant le voyage ne coûte pas si cher que ça. Le coût de distribution a un coût environnemental, mais pas un coût sur le portefeuille du consommateur.
B
Et là, vous avez pointé un élément très important, c'est justement ce coût environnemental. Au-delà du fait qu'on va se retrouver avec des prix très réduits et qu'il y a des conditions de travail qui sont parfois très difficiles par rapport à ce qu'on pourrait connaître chez nous en Belgique, il y a aussi un coût pour la planète, pour l'environnement qui, lui, par contre, peut être inversement proportionnel aux coûts financiers, aux prix de ces produits.
A
Tout à fait, c'est plutôt le cas. Un vêtement qui a été éco-conçu, donc ça veut dire qu'il y a une réflexion derrière les matières qu'on va utiliser, la manière dont on va le construire pour pouvoir le réparer le plus possible pour qu'il soit porté un nombre de fois le plus grand possible, va finalement coûter un peu plus cher au consommateur. Il va le porter beaucoup plus de fois et donc finalement le prix par nombre de fois que ce vêtement est porté par le consommateur est beaucoup plus faible. puisqu'on a parlé d'un t-shirt à 10 euros qui est porté 10 fois, c'est 1 euro pour le porter. Alors qu'un vêtement qu'on peut porter des centaines de fois, on ne va pas le payer plusieurs centaines d'euros. Patagonia garantit à vie les vêtements, donc ça veut dire que vous pouvez le faire réparer autant de fois qu'on veut. Et donc ça ne coûte pas si cher aux consommateurs et ça coûte aussi beaucoup moins cher à la planète puisqu'on va réparer beaucoup plus. Il y a une suite finalement à la vie de ce produit. Au lieu d'avoir une vie d'extraction de matières premières, de production, de consommation et puis de jetée, la vie environnementale de ce produit-là, on ne va pas le jeter, on peut le recycler, on peut le réemployer, on peut lui donner une seconde vie en le revendant. Finalement, sa vie va être beaucoup plus longue et donc son coût environnemental va être réduit.
B
Il y a un élément que l'on n'a pas encore abordé jusqu'ici, c'est le rôle joué par les réseaux sociaux dans le marketing désormais permanent des marques de prêt-à-porter. Les élèves le confirment, la pub explicite ou beaucoup moins explicite pour des vêtements, ils y sont sans arrêt confrontés.
A
On en voit beaucoup passer parce que les influenceurs vont avoir des demandes des sites comme Shain pour faire des collaborations, pour qu'il y ait plus d'acheteurs et ça fonctionne très bien parce que je suppose que grâce à ça, si Shain demande autant aux influenceurs, c'est que ça fonctionne bien derrière et donc ça fait aussi que ça influence beaucoup de jeunes à acheter là-dessus. Ils mettent la belle partie en avant et pas les défauts qu'il y a derrière. Ils sont là pour embellir un objet qui ne devrait peut-être pas l'être.
B
C'est vrai qu'on voit rarement des influenceurs aller dans les usines où on voit les gens travailler dans de très mauvaises conditions ou nous montrer pourquoi c'est fichu au bout de trois utilisations. Ça, on va le voir moins passer.
A
Effectivement, et puis même les jeunes, c'est pas ça qui vont les intéresser. Ils vont vouloir quelque chose de beau, qui rende bien, pour justement avoir cette apparence de neuf, de chouette, entre guillemets. Mais en vrai, il y a deux types de personnes sur les réseaux, soit ceux qui nous donnent des codes promos, etc., qui sont en mode pour la fast fashion, où ils disent, ouais, en vrai, il n'y a que du bénef, etc. Et il y a une autre team où là, ils nous font plus voir les vrais côtés, où ils nous disent les problèmes dans les usines, etc. Je me souviens même avoir fait une vidéo où c'était un monsieur qui voulait rentrer dans une usine de chêne. Il n'avait pas le droit parce que, apparemment, c'était trop... C'était des traches à voir, quoi.
B
C'est intéressant, donc il y a moyen de trouver quand même aussi ces infos-là sur les réseaux sociaux.
A
Ils montent un beau côté des choses parce qu'ils sont là surtout pour se faire de l'argent. Ça veut dire qu'au final, l'argent prime.
B
Sur la vérité et c'est juste logique.
A
Parce que tu ne crées pas une société pour pas faire de l'argent, tu crées une société pour en faire. Ils sont là pour faire du bénéfice. Et voilà.
B
– C'est la logique de notre système.
A
– C'est ça, parce qu'au final, on est dans un système capitaliste, et du coup, ça pousse les gens à mentir sur leurs produits. Et voilà. Mais c'est pas honnête.
B
Mais je comprends un peu. Sur cet aspect-là, Coralie Moillard confirme l'influence forte des réseaux sociaux. De voir des milliers d'influenceurs, parfois très suivis, parfois beaucoup moins, mettre en avant au quotidien certains produits de fast fashion. On sait que certaines marques comme SHEIN, par exemple, vont offrir beaucoup de vêtements à des influenceurs, sans les rémunérer en plus de ce cadeau, et ainsi s'offrir de vastes campagnes de pubs pour pas très chers, finalement. Et cette multiplication de contenu, visible sur la toile en scrollant, va fortement poser sur nos choix de consommation.
A
La manière dont on pratique sa consommation de vêtements dépend aussi de ce qu'on connaît et de ce qu'on ne connaît pas et donc de ce qu'on a vu ou de ce qu'on n'a pas vu sur les réseaux sociaux. Et au plus vous allez voir une publicité, au plus vous allez être incité à essayer aussi puisque vous vous dites si tout le monde participe à ça, pourquoi pas moi ? Pourquoi est-ce que c'est si mal finalement ? Parce que voir une vidéo qui déconstruit un peu le modèle, ça peut faire prendre conscience mais il y a tellement d'autres choses qui régissent la manière dont on consomme les vêtements, que parfois le cerveau choisit de le mettre sur le côté pour participer à la consommation de vêtements et l'attrait de cette nouveauté que proposent ces groupes-là.
B
Jusqu'ici, on a surtout entendu ceux qui, dans la classe, vont de temps en temps ou plus régulièrement vers la fast fashion. Ceci dit, dans la classe, une partie des élèves avaient aussi des habitudes très différentes de consommation. Et bien entendu, on a pris le temps de les écouter également. Alors, personnellement, je ne suis absolument pas.
A
Intéressé par tout ce qui est fast.
B
Fashion parce que, juste, je ne comprends pas l'intérêt, je ne comprends pas l'idée qu'on passe autant de temps à choisir la façon dont on ne va pas.
A
Montrer notre corps nu. Ça me paraît être délirant en termes de proportion que ça prend, mais je.
B
Suis une minorité là-dessus.
A
Moi j'évite la fast fashion parce que j'apporte pas tellement d'importance que ça à la mode. J'aime bien bien m'habiller mais acheter des vêtements c'est pas vraiment ce qui m'intéresse. Du coup vu que j'en achète très peu et très rarement je peux me permettre de me tourner vers des marques un peu plus chères mais qui n'ont pas de la fast fashion. Mais moi, j'ai toujours appris, depuis que je suis toute petite, à récupérer des vêtements de proche, d'aller en brocante, par exemple, aller en friperie. Et souvent, on trouvait des vêtements, certes usagés, mais à plus bas prix. Et ce qui me convenait tout à fait. Moi, j'avoue que je viens pas d'une famille où, financièrement, on est aisés. Et donc, j'ai souvent récupéré les vêtements de ma soeur, de mes cousines ou même les anciens de ma mère. Puis, quand j'ai dû commencer moi-même à acheter des vêtements, c'est vrai que, du coup, j'ai eu le réflexe d'aller en friperie. Personnellement, j'achète principalement de la seconde main sur des applications comme Vinted et des choses comme ça. En fait, j'aime personnellement le Vintage, donc c'est des trucs que je sais que ça a été normalement bien conçu ou que ça date franchement des années septembre parfois. Et personnellement, j'aime bien, c'est coloré, c'est haute, il y a plein de trucs différents. C'est plus économique et j'ai la bonne conscience après.
B
Mais par contre, tu y passes du temps. Enfin, je veux dire, tu trouves que c'est quand même important de passer ce temps-là, de faire des choix. C'est aussi justement, j'imagine, pas toujours très cher. Et donc, du coup, tu peux prendre peut-être plus de pièces dans la seconde main. Mais il y a quand même cette vraie recherche de te définir par la façon dont tu vas t'habiller et par rapport à ce qu'on disait tout à l'heure.
A
Oui, totalement. Je ne paye jamais plus de 10 euros pour un article. Alors que je sais que c'est bien conçu, mais il y a juste quand même les frais de port à payer. Et je sais que ce n'est pas forcément bien. Parfois, c'est bien d'Espagne. Mais j'essaie de favoriser la Belgique, la France, même les Pays-Bas.
B
Alors, ces stratégies un peu alternatives à la fast fashion suggérées par les élèves, on les a commentées avec notre spécialiste Coralie Meulhart et voici ce qu'elle en retenait.
A
Alors, la première chose, c'est par rapport à tous ceux qui sont plutôt sobres. C'est génial. Le seul problème, c'est que ça ne représente même pas 10% de la population. Et toute la question, c'est comment faire collectivement cette transition vers la slow fashion. Et dans cette slow fashion, il y a plusieurs choses qui ont été énoncées ici. Il y a le fait d'acheter en seconde main, le fait d'acheter neuf et de manière durable. Et on n'a même pas cité, mais il existe aussi des vétitecs, donc des bibliothèques de vêtements. ou au lieu d'aller acheter un vêtement, on va louer le vêtement pour une certaine période de temps. On pense généralement aux costumes, mais en fait on peut le faire avec l'enterreté d'une garde-robe. Alors par rapport au cycle de vie du vêtement, donc la fin, après une fois qu'on a consommé, qu'est-ce qu'on fait avec ces vêtements ? Ces trois solutions vont avoir des impacts environnementaux qui sont différents. Le fait d'utiliser la seconde main, ça réintroduit une seconde vie au vêtement donc on va l'utiliser plus longtemps et donc on est de nouveau sur une fréquence d'utilisation du vêtement qui est allongée et donc c'est plutôt pas mal au niveau durabilité. On a cité Vinted en termes de seconde main. Le problème de Vinted, ça a été dit aussi, c'est le problème de ce qu'on appelle le dernier kilomètre. Et en fait, on se rend compte que les apports du fait qu'on donne une seconde vie aux vêtements via Vinted sont totalement réduits, voire on a encore plus d'impacts environnementaux à cause de la logistique liée à l'envoi des colis et souvent au fait qu'on va chercher en voiture ce vêtement. Et donc, en fait, sur la durée de vie du vêtement, le fait d'avoir une seconde vie a un plus grand impact environnemental parce qu'il y a cette logistique qui pollue et le fait d'aller chercher ce vêtement en point relais en voiture qui pollue. Mais il existe aussi une autre alternative, c'est l'aricup.be, que je pense que vous ne connaissez pas, qui a été lancé en septembre par la fédération ressources, et qui en fait c'est tout ce qui est deptériens, oxfam, etc, qui se sont mis ensemble et qui ont créé ce site internet là. Et ça permet de financer l'économie circulaire. Alors, de nouveau, il pourrait y avoir un problème de logistique aussi. Maintenant, à mettre dans la balance, c'est le fait que Vinted permet de donner une rentabilité capitaliste à des actionnaires, alors que l'Arrecup.be permet de financer des projets en économie sociale. Et donc là, on n'est plus vertueux au niveau socio-environnemental. La dernière chose donc c'est les vétitecs, les bibliothèques de vêtements où là en fait il faut de nouveau faire attention à la durabilité au niveau de la logistique. Si on est quelqu'un qui aime avoir tout le temps des nouveautés, qu'on va tout le temps à cette bibliothèque de vêtements et qu'on fait des grands trajets en voiture pour y aller, environnementalement parlant, il n'y aura peut-être pas de grand intérêt par rapport au cycle de vie du vêtement. Parfois, il vaudrait mieux acheter quelques pièces, en avoir très peu dans sa garde-robe, les réparer et les utiliser le plus longtemps possible pour que ces vêtements soient rentabilisés sur leur durée de vie.
B
On entend, en tout cas, qu'il ne s'agit pas seulement de changer un modèle individuel de consommation, mais de questionner carrément tout un système. Ceci dit, tous les élèves étaient unanimes pour constater que le fait de s'être penché sur le sujet, dans l'émission mais aussi dans le cadre de tout un travail mené en classe sur le revers de la fast fashion, avait clairement changé leur regard sur le sujet.
A
Mais moi ça m'a vraiment fait réagir sur surtout ma consommation. Je sais que là maintenant j'achèterais, enfin en tout cas je garderais le plus longtemps possible mes vêtements puis voilà j'essaye aussi de les passer à ma petite soeur. Moi je crois que ça m'a un peu servi de piqûre de rappel dans le sens où ça faisait un petit temps que je me disais En vrai, tout le temps aller en fripe, me déplacer, prendre le bus de Louvain-la-Neuve à Bruxelles où il y en a beaucoup, devoir chercher, prendre mon temps. Je pense que revoir un petit peu cette thématique, ça m'a permis de me rappeler pourquoi je faisais ça en premier lieu. Moi, je trouve ça très important de parler de ça en classe. On a vu un peu tous les mâles, que ce soit sociaux, économiques et environnementaux. Et à côté de ça, on a aussi vu les solutions qu'on pouvait trouver. Et donc ça, je trouvais ça chouette. Comme ça, au moins, ça nous mettait les deux parties.
B
C'est vrai que moi avant, je ne pensais pas du tout aux conséquences quand j'achetais quelque chose. Donc je pense que vraiment ce qu'on.
A
Voit en classe et que tout le.
B
Monde le voit du coup, c'est vraiment.
A
Important et ça sensibilise tout le monde.
B
Personnellement, ce qui m'a surtout fait halluciner, c'est vraiment la quantité d'argent, de pollution, etc. qui sont mises dans les vêtements. Je savais que c'était un scandale, mais pas au point d'en faire la deuxième industrie la plus polluante.
A
Moi je me souviens, ce qui m'a choqué le plus, c'est l'impact social, surtout au niveau des travailleurs, etc. Je savais pas que c'était aussi grave quoi. Enfin, je savais que c'était grave, mais pas à ce point-là qu'il y ait des personnes qui meurent, etc. Et puis aussi pour beaucoup de personnes qui étaient pas au courant dans la classe, il y a énormément de choses qui ont vraiment choqué dans ce qu'on a vu en classe. Après, je pense que logiquement, on serait beaucoup plus sensibilisés après avoir entendu tout ça, que juste acheter un vêtement sans avoir.
B
On ne pourra donc plus acheter un vêtement sans savoir, disaient donc ces élèves de l'athénée Paul d'Elvaux à Ottigny-Louvain-la-Neuve. Merci à eux pour la richesse des échanges. Merci aussi à leurs enseignants, bien sûr. Merci à Valentine Gourdange pour la réalisation sonore de cet épisode. A la préparation, il y avait Sarah Poussey et Arnaud Reussen. Et si ce contenu vous a plu, n'hésitez pas bien sûr à le partager autour de vous. Vous pouvez également aller rechercher toutes nos spéciales jeunes depuis le début des clés. Elles sont toutes bien sûr sur rtbf.ovio.
Podcast: Les Clés | Host: RTBF (Arnaud Ruyssen) | Guest: Coralie Meulhart | Date: 18 Nov 2025
Thème principal:
Cet épisode spécial jeunes se penche sur le phénomène de la fast fashion et de l’ultra fast fashion à travers la voix d’élèves de 5e et 6e en sciences humaines (Athénée Royal Paul Helvaud d’Ottignies, implantation Louvain-la-Neuve), épaulés par la chercheuse Coralie Meulhart. Le débat éclaire les mécanismes économiques, sociaux et environnementaux de la mode « jetable », et explore les alternatives (seconde main, slow fashion). Le tout dans une démarche de sensibilisation portée par et pour les jeunes consommateurs.
Résumé réalisé à partir de l’épisode complet (hors publicités et génériques) afin d’offrir une vue d’ensemble fidèle pour celles et ceux qui n’ont pas pu l’écouter. L'épisode est à retrouver sur rtbf.ovio.