
Plusieurs passagers du navire de croisière Hondius MV ont été infectés par un hantavirus dit « des Andes ». Neuf cas ont été détectés et trois personnes sont décédées. Les passagers et les membres d’équipage ont été évacués. Nous tentons de comprendre en quoi consi...
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Arnaud Reussen
Le hantavirus a été détecté sur un bateau.
Jake Rosemarine
On ne connaît pas aujourd'hui les facteurs
Interviewer / Host
de risque de gravité de la maladie.
Arnaud Reussen
La première...
Interviewer / Host
J'ai besoin de repères. L'OMS évalue le risque pour la santé
Jake Rosemarine
publique comme étant faible.
Arnaud Reussen
Les clés Arnaud Reussen.
Interviewer / Host
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés pour un épisode où nous allons essayer de mieux comprendre le antavirus et plus précisément la souche des andes du antavirus qui a contaminé et tué plusieurs passagers du navire de croisière MV Hondu ces dernières semaines avec beaucoup de questions. Évidemment, faut-il avoir peur de ce virus potentiellement mortel? Y a-t-il un réel risque d'épidémie? Les comparaisons avec le Covid sont-elles pertinentes? On va prendre le temps d'y voir clair en revenant d'abord sur ce qui s'est passé précisément sur ce bateau lorsqu'une croisière a progressivement viré au cauchemar.
Arnaud Reussen
La première, les clés.
Jake Rosemarine
Joyeux embarquement! Juste derrière moi, c'est le navire d'expédition MV Hondius, à bord duquel je vais embarquer pour une croisière de 35 jours. La découverte d'îles inhabitées qui sont parmi les plus éloignées du monde. Alors venez avec moi pour ce tour en bateau.
Interviewer / Host
Il s'appelle Jake Rosemarine. Il vient de Boston et là, le 2 avril dernier, il poste sur Instagram une petite vidéo à destination de ses quelques milliers de followers avant d'embarquer sur le MV Honduz. Ce bateau, affrété par une compagnie néerlandaise, embarque à son bord plus d'une centaine de passagers à la découverte de l'Atlantique Sud et d'îles comme la Géorgie du Sud, les îles Falkland ou encore Saint-Hélène. Mais cinq jours après le début de la croisière, voilà qu'un homme tombe malade. Il s'appelle Léo Schilperode, 70 ans, ornithologue passionné, originaire des Pays-Bas. Il voyage avec son épouse et l'affection qui le touche est sévère. Forte fièvre, difficultés de plus en plus aiguës pour respirer. Le 11 avril, la maladie prend des proportions telles que Léo décède. Mais personne ne soupçonne le antavirus à ce moment-là. Le navire, lui, poursuit sa route. Car il se trouve dans une zone très isolée, difficile d'imaginer une intervention médicale. Pour les autres passagers, la croisière continue presque comme si de rien n'était. D'ailleurs, Jake Rosemarine continue de publier des vidéos sur les réseaux sociaux, notamment celle-ci où il pose devant des centaines de pingouins en Géorgie du Sud.
Jake Rosemarine
Le 24
Interviewer / Host
avril, le bateau accoste sur l'île de Sainte-Hélène. C'est là que le corps de Joe, le passager néerlandais décédé, est débarqué. Son épouse débarque elle aussi et prend la direction de l'Afrique du Sud, Elle n'arrivera pas jusque-là, puisqu'elle va décéder à son tour durant le transfert. C'est alors que les choses s'accélèrent. Un autre passager britannique tombe malade. Il est évacué vers Johannesbourg. Et les tests confirment alors que l'on a affaire au hantavirus, et plus précisément à sa souche des andes que l'on sait particulièrement dangereuse. C'est la panique à bord. On va recenser un troisième décès d'un passager allemand. Les patients présentant des symptômes suspects sont isolés. Tout le monde commence à porter des masques. Le monde entier prend connaissance du problème. Et les publications du blogueur Jake Rosmarin changent alors du tout au tout.
Jake Rosemarine
Je ne m'attendais pas à devoir faire une vidéo comme celle-ci. Mais je sens que j'ai besoin de vous dire certaines choses. Je suis actuellement à bord du MV Hondius, et ce qui se passe maintenant est très réel pour nous tous à bord. Nous ne sommes pas juste une histoire. Nous ne sommes pas juste des gros titres. On est des personnes, des personnes qui ont des familles. On a des vies, des proches qui nous attendent à la maison. Il y a beaucoup d'incertitudes. C'est le plus compliqué. Tout ce qu'on veut maintenant, c'est se sentir en sécurité, y voir clair, et rentrer à la maison.
Interviewer / Host
Au final, le bateau accostera encore au Cap Vert, avant de débarquer ses passagers au Canary, à charge ensuite, pour les pays d'origine des différents passagers, de gérer leur quarantaine, de retracer tous les contacts pour circonscrire au plus vite cette épidémie. Au 13 mai, elle a fait trois morts sur neuf cas confirmés sur le bateau. Les deux passagers belges qui étaient à bord sont aujourd'hui en Belgique, en quarantaine. Et avec nous, pour y voir un petit peu plus clair et notamment pour faire un peu mieux connaissance avec ce antivirus, il y a notamment Leïla Belkir. Bonjour.
Arnaud Reussen
Bonjour.
Interviewer / Host
Vous êtes professeure en infectiologie médecin aux cliniques universitaires Saint-Luc. Alors d'abord, expliquez-nous peut-être, tout d'abord, c'est quoi un antivirus? C'est un virus qu'on connaît en fait relativement bien quand même et il n'y a pas qu'une sorte d'antivirus.
Arnaud Reussen
Non, tout à fait. Donc, il y a plusieurs sortes d'antivirus. En Belgique, nous sommes familiers avec une des sortes qui s'appelle le Pumala, qui donne des atteintes plutôt rénales. Et donc, on en a très régulièrement, qui sont aussi hospitalisées. Et la plupart du temps, ce sont des formes qui sont plutôt bénignes. Mais donc, il y a plusieurs sortes. Et en particulier, sur le continent américain, il y a différentes sortes qui, elles, ont un tableau clinique, donc une présentation qui est différente, avec une atteinte principalement cardiaque et pulmonaire, et qui donc ont un taux de mortalité plus sévère, dont ce fameux sous-type du virus des Andes.
Interviewer / Host
Oui, donc on parle ici d'un antivirus en particulier, avec la souche des Andes, donc reliée à l'Amérique du Sud. Celui-là, on le connaissait déjà aussi, mais on sait que c'est un virus dangereux qui a un taux de mortalité important.
Arnaud Reussen
Il y a une autre particularité, c'est que l'autre virus dont je vous parlais, qui existe dans le sud de la Belgique, province de Namur, du Luxembourg, etc., lui se transmet, et c'est le cas pour en fait quasi tous les antivirus, via des excréments, que ce soit urine, sel, de rongeurs. Donc, c'est parce qu'il y a à un moment donné une inhalation de ces excréments-là, d'orangeurs, qu'on ait contaminés, alors que le virus des Andes est le seul à l'heure actuelle, et je précise sur à l'heure actuelle, où on a pu démontrer, dans deux cas de figures particuliers survenus en Argentine, une transmission interhumaine lors de contacts prolongés.
Interviewer / Host
Donc, on peut avoir dans le cas de ce antivirus des Andes, une personne qui va être contaminée au départ par des excréments, par exemple, de rongeurs, mais qui peut transmettre après le virus. C'est ce qui s'est passé dans ce bateau. Et qui se transmet comment? Est-ce qu'on sait comment, par quelle voie, le virus se transmet d'homme à homme?
Arnaud Reussen
Mais donc, on sait qu'il y a une transmission d'homme à homme. Ici, je crois que c'est trop tôt pour savoir exactement. Tout va être étudié et investigué. A priori, c'est via les voies respiratoires ou la salive. Mais j'insiste quand même sur le fait que ça n'est pas le mode de transmission principal. que ce qui a été décrit jusqu'à présent, c'est surtout lorsqu'il y a des contacts qui sont prolongés. En tout cas, si on se base aussi sur les deux précédents clusters qui ont été étudiés en Argentine et que ça n'a pas du tout la même transmissibilité, on va dire, ou contagion que des virus réellement respiratoires, avec une multiplication dans les voies respiratoires et avec le fait que lorsqu'on parle, lorsqu'on tousse, on en excrète une quantité qui est beaucoup plus importante.
Interviewer / Host
Oui, parce que là, évidemment, on a une situation particulière de personnes qui étaient confinées, en quelque sorte, dans un endroit restreint. Un bateau, en plus, dans des conditions climatiques pas forcément évidentes. En tout cas, au début du voyage, ce qui fait que sans doute, on a dû beaucoup rester à l'intérieur. C'est des conditions particulières sur ce bateau qui ont sans doute pu favoriser la transmission.
Arnaud Reussen
Tout à fait, ce sont vraiment des conditions particulières et donc on en apprendra encore. Il y a des choses que l'on sait et beaucoup de choses encore évidemment qu'on ne sait pas. Et donc on va très certainement encore en apprendre beaucoup lorsque vraiment la crise en tant que telle sera terminée et qu'on pourra avoir un regard un peu rétrospectif. Mais il est clair que les croisières en tant que telles, vivre en communauté sur un bateau, c'est propice quand il y a quelque chose qui est infectieux. C'est connu dans le monde médical, par exemple des diarrhées à norovirus ou rotavirus. Il y a déjà eu des clusters d'épidémies comme ça sur des bateaux parce qu'il y a une promiscuité, les gens partagent le même buffet. Il suffit qu'ils fassent un peu plus mauvais et tout le monde se retrouve à l'intérieur. Donc vous isolez quelque part des personnes. dans un milieu quasi clos, si à un moment donné un agent pathogène qui est un tout petit peu transmissible, vous avez en tout cas potentiellement un foyer épidémique localisé.
Interviewer / Host
Un mot alors encore sur ce qu'on sait ici de cet antivirus des Andes qui s'est propagé sur ce bateau. C'est le taux de mortalité, on l'a dit, très élevé. Alors évidemment, on ne connaît pas exactement encore le nombre de cas qui pourraient encore être répertoriés, mais on est autour de 30 à 40% même de mortalité. Ça, c'est vraiment énorme. C'est un virus qui, quand il commence à se propager d'homme à homme, fait beaucoup de morts.
Arnaud Reussen
Et c'est ce qui est décrit. Chaque année, il y a des infections antivirus. Le virus des Andes en Argentine, au Chili. Et quand on regarde les chiffres qui sont rapportés, on est dans cette même proportion de décès. Pour 2025, si on combine Argentine-Chili avec plus ou moins plus de 130 cas avec un taux de mortalité similaire, donc ce virus tu es et tu, malheureusement, en Argentine. Ici, c'est vrai qu'il y a une surmédiatisation parce que le contexte est particulier au sein d'un bateau. Mais donc, ça a l'air, je dis bien ça a l'air, il faudra quand tous les chiffres seront consolidés. Enfin, et ce n'est pas que des chiffres. Clairement, il y a des personnes à bord pour qui ça doit être ou ça devait être en tout cas très difficile. On aura le taux de létalité exact quand toute cette phase-là sera terminée.
Interviewer / Host
Oui, il faut prendre le temps, évidemment, de pouvoir un peu dézoomer pour faire une lecture plus précise de ce qui s'est passé ici au niveau épidémique. Et il y a quelqu'un avec nous, d'ailleurs, dont c'est le métier d'étudier tout cela. C'est Simon Delicourt. Bonjour. Bonjour. Vous êtes, vous, professeur en épidémiologie, directeur d'ailleurs du laboratoire d'épidémiologie spatiale. à l'ULB. Alors, vous suivez évidemment tout ça de très près. Évidemment, on est toujours tenté maintenant de faire des comparaisons avec le Covid et on peut imaginer d'ailleurs pourquoi ces comparaisons se sont faites. On a revu ici des personnes en quarantaine, des médecins, des soignants arrivés avec des masques, des personnes qu'on met à l'isolement. Tout ça nous rappelle un peu les débuts de l'épidémie de Covid. Est-ce qu'on peut justement un petit peu comparer? Alors avec vous, on sait qu'on avait eu aussi un bateau qui avait été touché, ce fameux Diamond Princess dont on avait beaucoup parlé à l'époque parce qu'il avait aussi été confiné pendant une quinzaine de jours avant qu'on aille extraire les patients. Est-ce qu'il y a des comparaisons à faire avec le Covid? Et du coup, est-ce qu'on doit s'inquiéter de choses qui seraient un peu similaires à la crise du Covid, selon vous?
Simon Delicourt
Tout d'abord, je pense que c'est tout à fait compréhensible qu'on tente de faire un parallélisme avec la Covid-19. C'est quand même relativement récent. Effectivement, vous l'avez mentionné, au début de la pandémie, il y a eu ce grand cluster aussi dans un navire de croisière. Alors, ce n'est pas du tout les mêmes navires. Dans le cadre du Diamond Princess, on avait 3 700 personne à bord, passagers et membres d'équipage et il y a eu 634 cas d'infection. Et donc si on compare avec la situation qu'on a aujourd'hui avec ce virus des Andes, on est sur un taux d'attaque avec la Covid-19 qui était de 17% alors qu'on n'est que, entre guillemets, à 6-7% avec le virus des Andes.
Interviewer / Host
Ça, ça veut dire, c'est le nombre de personnes qui ont été contaminées à partir du moment où le virus était sur le bateau.
Simon Delicourt
C'est la proportion du nombre de personnes qui ont été contaminées.
Interviewer / Host
Il y en a eu beaucoup plus sur le Diamond Princess à l'époque avec le Covid que ce qu'il y a normalement ici.
Simon Delicourt
Ce ne sont pas exactement les mêmes bateaux. Ce n'est pas nécessairement la même configuration démographique. Ce n'est pas forcément le même système de ventilation. Ce n'est pas la même taille. Mais bien sûr, ce n'est pas les seules comparaisons intéressantes qu'on peut faire avec la Covid-19. Alors, la Belkir l'a mentionné, il y a eu des foyers d'infection précédents avec le virus des Andes qui nous ont appris toute une série de choses, comme par exemple le fait que le temps d'incubation est en fait assez long pour ce virus des Andes. On est de une à près de six semaines, alors que pour le Covid, on parlait généralement de trois à sept jours. Ça pouvait monter jusqu'à 14 jours, mais c'était plutôt l'exception. Le taux de mortalité, on l'a dit, il est beaucoup plus élevé ici. On est à 30-40%. Pour le Covid, c'est plus compliqué parce que ça dépend de l'âge, ça dépend aussi de l'humidité, toute une série d'autres choses. Et il y a un troisième aspect qui est important à souligner, c'est que dans le cas de ce virus des Andes, pour qu'il y ait transmission d'Omahom, qui est comme Leïla l'a rappelé, pas le mode de transmission premier, eh bien il faut un contact prolongé et ou rapproché. Et en fait, ces différences ensemble font qu'on a une dynamique épidémiologique tout à fait différente. Et j'aimerais revenir sur un aspect qui est un peu paradoxal, c'est ce taux de mortalité. Le risque individuel est plus élevé ici, donc si vous contractez ce virus, c'est en fait assez grave. Par contre, d'un point de vue communautaire, si on prend le point de vue de la communauté, sur le plan de la santé publique, cette caractéristique facilite potentiellement la gestion de l'épidémie qui se résume ici à essayer de contenir les chaînes de transmission secondaires. Pour parler autrement, éviter qu'il y ait d'autres chaînes de transmission hors du bateau. Le fait que le risque individuel soit élevé, ça veut dire qu'en moyenne, une personne qui contracte ce virus va avoir plus de chances d'avoir des formes sévères. Or, quand on a des formes sévères, premièrement, ça se voit, donc on a moins de chances de passer sous le radar et de venir contaminer d'autres personnes. Et puis aussi, on est en moyenne moins mobile. Évidemment, c'est encore moins le cas si on décède.
Interviewer / Host
Donc, si on fait ce petit tableau comparatif, si je reprends les éléments que vous avez évoqués, on a une période d'incubation qui est assez différente, qui peut être beaucoup plus longue. On a une transmission qui est moins élevée. C'est un virus qui se transmet beaucoup moins facilement, entre guillemets, que se transmettait le Covid. Mais par contre, quand on finit par attraper ce antivirus, si je puis dire, là, on a un risque beaucoup plus important de développer des formes graves, voire des formes mortelles. Ce qui en fait, au final, une épidémie assez différente de celle du Covid.
Simon Delicourt
Oui, tout à fait. Alors, il faut bien rappeler que ce qu'on a appris sur ce virus, c'est notamment grâce à ces foyers précédents, notamment cette épidémie qui a eu lieu en 2018-2019 en Argentine. On a eu 34 cas et 11 décès, ce qui confirme à nouveau l'ordre de grandeur d'un taux de mortalité de 30-40%. Mais bien sûr, ici, on est face à une nouvelle épidémie. On sait que les virus mutent souvent. Donc, il faut toujours, bien sûr, être prudent. On ne peut pas non plus garder exactement les mêmes caractéristiques de ce qu'on a appris dans le passé et se dire que ça s'applique exactement aux quatre figures présentes. Donc, il faut toujours être un peu prudent par rapport à ça.
Interviewer / Host
Alors, il y a un élément très important qu'il faut mentionner aussi et qui intéresse beaucoup les épidémiologistes, c'est que, à la différence du Covid, ici, on peut assez facilement tracé ce qui s'est passé. On a ce qu'on appelle le patient zéro, celui par lequel la contamination sur ce bateau a commencé. Pourquoi est-ce que c'est important ça pour vous en tant qu'épidémiologiste et de manière générale en termes de santé publique? Pourquoi est-ce que ça peut être un adjuvant très important dans le fait de pouvoir circonscrire une épidémie?
Simon Delicourt
C'est en fait, entre guillemets, un luxe qu'on n'a pas eu avec la Covid-19. Donc avec la Covid-19, à nouveau, le taux de développement de forme sévère est beaucoup plus faible. Donc au début, il y a eu un cas de pneumonie, des cas de pneumonie suspect en Chine, dans la province de Hubei, dans la ville de Wuhan. Et en fait, avant qu'on ait pu même mettre un nom sur ce virus, il y a plusieurs semaines qui se sont écoulées et donc il y avait très probablement déjà des milliers de cas. Si je prends la situation de la Covid-19, le scénario où on évitait que les chaînes de transmission sortent de la zone avec le ou les patients zéro, en fait, c'était devenu quasiment impossible à partir du moment où un non avait été mis sur le problème. Ici, en fait, on est dans une autre situation où on a effectivement pu identifier qu'il y avait un début de foyer de transmission de ma home. et le fait de connaître le patient zéro et ses contacts directs donne la possibilité de potentiellement pouvoir freiner ces chaînes de transmission. Pour le moment, les cas qui sont connus sont tous directement liés au bateau. Donc ça laisse l'espoir qu'on puisse éventuellement stopper ces chaînes de transmission et qu'il n'y ait pas plus de circulation hors du bateau. On ne sait pas si ce sera le cas, mais en tout cas c'est un objectif qui me semble tout à fait raisonnable.
Interviewer / Host
Donc si on s'y prend bien, si je puis dire, dans la façon dont on gère les personnes qui étaient sur ce bateau, normalement on est en capacité de tout à fait circonscrire cette épidémie, là où pour le Diamond Princess dont on parlait pour le Covid, On sait qu'à côté de ce bateau, le virus, il circulait déjà presque un peu partout dans le monde au moment où on a commencé à le regarder de près et à s'inquiéter de ses conséquences.
Simon Delicourt
Oui, tout à fait. Vous avez raison de souligner ça. C'est l'autre différence importante entre les deux bateaux de croisière et ces deux cas de figure épidémiologique. Mais même s'il y a en fait de la circulation hors du bateau, on peut espérer qu'avec justement ce suivi de contact, eh bien, il y a la possibilité aussi de freiner ces chaînes de transmission. C'est ça qu'il faut mettre en place. Une autre chose importante qu'on a apprise avec l'épidémie précédente qui a eu lieu en Argentine, c'est qu'au moment où des mesures de contrôle ont été mises en place, à savoir la mise en quarantaine, le taux de reproduction effective du virus est passé sous le seuil de 1. Ce qui veut dire qu'en moyenne, une personne allait contaminer moins d'une autre personne. Ce qui veut dire qu'à ce moment-là, l'épidémie se réduit pour se terminer. Et donc, on peut espérer ici, si à nouveau on est dans un virus qui présente les mêmes caractéristiques qu'avec de la mise en quarantaine, des mesures de contrôle, et bien effectivement, ces chaînes de transmission, même si elles débarquent du bateau, on a la possibilité de les freiner. On est toujours sur cet objectif-là, à ce moment-là.
Interviewer / Host
A voir évidemment comment la situation va être gérée maintenant dans les différents pays, comment vont s'opérer justement maintenant les soins, les mesures de quarantaine prises à l'égard des différentes personnes qui ont quitté le bateau et maintenant qui sont retournées dans leur pays d'origine. Mais donc si je reviens à ma question, de départ pour cette émission, Simon Delicourt. Faut-il avoir peur du antivirus? Pour les personnes qui sont contaminées, oui, malheureusement, il faut en avoir peur. Pour la société, le monde en général, on n'est pas du tout dans une situation aussi alarmante que ce qu'on a connu quand on a commencé à parler beaucoup de la Covid-19.
Simon Delicourt
C'est tout à fait une situation différente. Vous l'avez dit, le risque individuel est élevé, donc on ne minimise pas le fait que quelqu'un qui a le virus ait des énormes craintes. D'un point de vue santé publique global, effectivement, on est face à un cas de figure ici où on a le luxe de la possibilité de freiner la circulation. On en est à ce stade-là. Est-ce qu'on va y arriver facilement, plus ou moins facilement, je ne sais pas. Mais effectivement, ce n'est pas la situation de la Covid-19. Au moment où une inquiétude a été globale, eh bien, en fait, la circulation était déjà complètement hors de contrôle.
Interviewer / Host
Il y a donc de vraies différences avec les débuts de la crise Covid. A priori, les autorités sanitaires ont encore toutes les cartes en main pour éviter une situation qui dérape. Attention aussi, nous dit l'infectiologue Leila Belkir, à ne pas tout mélanger. Si on découvre en ce moment des cas de antivirus en Belgique, en Wallonie notamment, ils n'ont en fait rien à voir avec le bateau et avec la souche présente sur ce bateau, la fameuse souche des Andes.
Arnaud Reussen
Il ne faut pas qu'il y ait, parce qu'il y a quand même une surmédiatisation, une confusion avec le fait qu'il y ait chaque année des cas de hantan, enfin en tout cas de hantavirus plutôt pumala, en Belgique et que ceux-là n'ont pas la même pathologie, ça n'est pas le même tableau clinique. Je voyais déjà quelques gros titres, qu'il y a déjà Sika en Wallonie, mais sans expliquer que c'est un virus qui est différent. Et donc, il faut quand même bien expliquer que cette situation-là particulière, voilà, tous les projecteurs sont mis dessus, peut-être un peu de façon excessive, mais que voilà, ça n'est pas ce que l'on vit, entre guillemets, au quotidien et qu'il y a bien d'autres enjeux qui nous inquiètent plus comme infectiologues à l'heure actuelle.
Interviewer / Host
Oui, et justement, ça c'est peut-être intéressant d'y venir avec vous, mais d'abord, juste souligner ce que vous venez de dire là, parce que c'est important. Aujourd'hui, une personne qui se retrouverait en Wallonie contaminée à un antivirus parce qu'elle a été en contact par exemple avec des excréments de rongeur, ne doit pas se projeter dans ce qu'elle a pu voir ou lire concernant ce qui s'est passé sur ce bateau Hondus. C'est une souche très différente.
Arnaud Reussen
C'est une souche différente avec un tableau clinique qui est tout à fait différent, avec un taux de mortalité qui est inférieur à 1%. et quelque chose que l'on côtoie. Alors, clairement pas quotidiennement, mais on a des cas chaque année. C'est quelque chose qui est connu, que l'on enseigne même. Moi, ça fait partie de mon cours que l'on donne aux futurs médecins.
Interviewer / Host
Alors, j'ai envie de revenir à ce que vous nous disiez juste avant. C'est quoi, alors, aujourd'hui, les enjeux qu'on ne devrait pas oublier de bien regarder aujourd'hui, qui sont peut-être, en Belgique en tout cas aujourd'hui, peut-être plus importants, plus alarmants en matière d'infectiologie que ce cas très médiatisé du hantavirus des Andes?
Arnaud Reussen
Je dirais qu'il y a deux aspects. Il y a un aspect, peut-être le point positif de parler de ce virus des Andes, c'est de montrer que certes, qu'il y a des zoonoses qui sont là. Donc, je disais, chaque année, il y a des cas en Argentine. Au Chili, ça n'intéressait personne avec des décès. Mais parce que c'est lié aussi au fait qu'il y a un rapprochement quand même entre les êtres humains et certains types d'animaux qui étaient plus facilement à distance. Et ça, c'est tout ce qu'on appelle le fameux concept de One Health, c'est-à-dire que ce que font les êtres humains, que ce soit la déforestation, changer de type d'agriculture ou autre, ça engendre des migrations de population animale et ça rapproche parfois certains animaux ou ça augmente la population de certains rongeurs. que ça rapproche donc d'êtres humains et que donc il y a plus de contacts. L'autre aspect c'est le fait que les gens voyagent et donc clairement il faut regarder la santé comme quelque chose qui est, en tout cas au niveau maladie infectieuse aussi, comme quelque chose de mondialisé. Si il y a, on va y revenir, une bactérie par exemple multirésistante à l'autre bout de la planète, il y a de très fortes chances qu'elle arrive aussi chez nous. Et parmi les enjeux qu'il y a chez nous, il y a justement ça, l'émergence de l'antibio résistance. Donc, on est confronté, ici déjà en Belgique, à des bactéries qui sont de plus en plus résistantes, à savoir qu'il y a des projections qui disent qu'en 2050, il y aura aux alentours de 2 millions de décès annuels directement liés à ça, et encore plus, 8 millions liés de façon indirecte. On n'en parle pas suffisamment. Et puis, il y a des maladies qui sont, avec une prévention vaccinale, qui sont en train de réaugmenter. La rougeole, par exemple, La méningite aussi, il y a eu un cluster il n'y a pas longtemps en Angleterre. Et donc la diphtérie, on a depuis quelques années plus de cas de diphtérie également. Les infections invasives à pneumococque, donc ce sont toutes des pathologies que l'on rencontre aussi nous au quotidien, qui sont également en augmentation en Europe ou en Belgique, pour lesquelles, pas pour toutes, mais pour certaines, il y a un vaccin. Et parce qu'il y a moins de gens aussi qui se vaccinent, eh bien on assiste à vraiment une recrudescence de ce type de pathologie. Et ça, ça touche directement tous citoyens. Mais ça ne fait pas la une des médias.
Interviewer / Host
Et c'est un message pourtant important, Simon Delicourt, vu ce que nous dit ici Leila Belkir. On aurait tort de peut-être, dans quelques semaines ou quelques mois, si on arrive à bien contrôler cette épidémie d'antivirus, se dire bon ben voilà c'est fini maintenant jusqu'au cas suivant. Il y a des trames de fond là derrière qu'il faut regarder sur la pression de l'humain sur son environnement, sur les effets de la mondialisation, sur une couverture vaccinale qui est moins bonne chez nous aujourd'hui qu'elle ne l'était hier. On a des éléments qui sont propices à d'éventuels autres problèmes comme celui qu'on est en train de commenter ici pour l'antivirus.
Simon Delicourt
Exactement. On ne fait qu'augmenter ces dernières années notre pression sur les écosystèmes, notamment aussi parce qu'on est de plus en plus nombreux. Et donc, les événements, ce qu'on appelle spillover en anglais, les événements de transition d'un virus qui est en circulation dans une population animale et qui arrive dans la population humaine, comme ça a été le cas pour la Covid, comme c'est le cas ici aussi, ces événements-là sont en fait très, très rares. Mais plus on augmente le nombre d'expériences, au plus un événement rare, même très, très, très rare, a une probabilité non nulle de survenir au moins une fois. Et donc ici, je pense que c'est très médiatisé. Or, ce n'est pas toujours facile de savoir pourquoi un aspect médiatisé et l'autre pas. Par exemple, ces dernières années, dans la communauté des épidémiologistes, le cas du H1N1 a posé toute une série d'inquiétudes. ce qui s'est passé en Amérique du Sud et en Amérique du Nord avec ce virus nous pose des inquiétudes avec une facilité relativement déconcertante. Ce virus s'est passé dans des populations de mammifères marins. On a la crainte qu'au sein d'un animal comme par exemple le cochon domestique se retrouvent à la fois des souches de grippe saisonnière et des souches de grippe achinquénin et qu'il y ait un nouveau virus qui vienne apparaître avec une fusion des deux et venir prendre le meilleur des deux. Il y a une inquiétude par rapport à ce virus-là, par exemple, qui ne fait pas la une des médias. Et donc, je pense qu'ici, il y a quand même du positif avec ce qu'on observe ces derniers jours. C'est qu'on est quand même face à un exemple d'une très bonne collaboration internationale. Et c'est ça qu'il faut ici. La santé, elle doit effectivement être approchée avec cette fameuse approche, comme vous le disiez, One Health, mais aussi d'un point de vue global. Il faut qu'il y ait une coordination internationale. Par exemple, pour mettre en place ce suivi de contact qui doit dépasser les frontières nationales et qui a été mis en place ici, on a besoin de pouvoir faire un suivi de contact qui n'est pas simplement à l'échelle d'un institut de santé publique d'un pays. Ça doit être fait d'une manière globale. Et donc ici, c'est en quelque sorte un bon exemple de mobilisation de santé publique entre plusieurs pays. Et c'est comme ça que ça doit se faire pour les prochaines crises, parce qu'effectivement, on risque d'en avoir encore, parce qu'on est dans une phase ici où on a énormément de pression sur les écosystèmes.
Interviewer / Host
Il y a donc fort à parier, malheureusement, que des alertes comme celles-ci se répètent encore dans les années qui viennent. Et la façon dont le monde va parvenir à gérer cette épidémie de l'antivirus, en ayant encore aujourd'hui toutes les cartes en main, on l'a dit, pour éviter que ça ne dérape, constitue aussi un test de notre capacité collective à faire face à ce genre d'enjeux. Merci à Leïla Belkir et Simon Delicourt. Merci à Valentine Gourdange pour la réalisation sonore, à la préparation Sarah Pousset et Arnaud Reussen. Et si vous souhaitez nous écrire, je vous rappelle l'adresse lesclés.artbf.be
Date: 12 mai 2026
Host: Arnaud Ruyssen
Invités : Pr. Leïla Belkir (infectiologue, Cliniques universitaires Saint-Luc), Pr. Simon Delicourt (épidémiologiste, ULB), témoignage de Jake Rosemarine (passager, Boston)
Dans cet épisode, Arnaud Ruyssen analyse la récente épidémie de hantavirus (souche des Andes) survenue à bord du navire de croisière MV Hondius, incident ayant suscité inquiétude et confusion, d’autant plus qu’il rappelle aux esprits le début de la crise du Covid-19. L’émission interroge les risques réels de ce virus, sa capacité épidémique, et replace l’affaire dans un contexte plus large de santé publique et d’épidémiologie mondiale.
Sont abordés : l’histoire à bord, la biologie du virus, le comparatif avec le Covid, les enjeux de suivi des contacts, les alertes sanitaires récurrentes, et les priorités infectiologiques actuelles.
Témoignage marquant :
« Ce qui se passe maintenant est très réel pour nous tous à bord. Nous ne sommes pas juste une histoire. Nous ne sommes pas juste des gros titres. »
— Jake Rosemarine, passager ([04:12])
Plusieurs types de hantavirus :
Particularité de la souche des Andes :
Citation :
« Le virus des Andes est le seul (…) où on a pu démontrer une transmission interhumaine lors de contacts prolongés. »
— Leïla Belkir ([06:52])
Citation :
« Ce sont vraiment des conditions particulières (…) Les croisières, vivre en communauté sur un bateau, c’est propice (…) à l’apparition de foyers épidémiques. »
— Leïla Belkir ([08:58])
Comparaison rapide avec le Diamond Princess (Covid) :
Incubation :
Transmission :
Gravité individuelle :
Dynamique épidémiologique :
Citation clé :
« Le risque individuel est plus élevé ici (…) mais sur le plan communautaire (…) on a moins de risques de passage sous le radar et de large dissémination. »
— Simon Delicourt ([14:13])
Simon Delicourt :
Les autorités ont tous les outils pour étouffer l’épisode, si les mesures sont bien appliquées.
Citation :
« Ce n’est pas le même tableau clinique. […] Ça n’est pas ce que l’on vit au quotidien et il y a bien d’autres enjeux qui nous inquiètent plus comme infectiologues à l’heure actuelle. »
— Leïla Belkir ([20:49])
Citation marquante :
« Il y a des enjeux qui nous inquiètent plus comme infectiologues à l’heure actuelle […] C’est l’émergence de l’antibiorésistance […], des maladies pour lesquelles il y a des vaccins mais qui réaugmentent parce qu’on se vaccine moins »
— Leïla Belkir ([23:36]–[24:33])
Citation finale :
« On est face à un exemple d’une très bonne collaboration internationale. […] Et c’est comme ça que ça doit se faire pour les prochaines crises […] On risque d’en avoir encore, parce qu’on a énormément de pression sur les écosystèmes. » — Simon Delicourt ([26:40])
« On ne minimise pas le fait que quelqu’un qui a le virus ait des énormes craintes. D’un point de vue santé publique global, on a le luxe de pouvoir freiner la circulation. »
— Simon Delicourt ([19:43])
Résumé rédigé à partir des échanges essentiels, pour toute personne souhaitant s’informer sans céder à la peur, mais en comprenant les vrais enjeux derrière la surmédiatisation d’un incident exceptionnel.