
Alors qu’aucun débat politique n’a précédé l’intervention américaine en Iran, nous nous intéressons à la vision étatsunienne de la guerre au Moyen-Orient. Comment les attaques américaines sont-elles vues depuis les États-Unis ? Qu'en pensent le clan Trump, les Démo...
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Arnaud Reussen
La première.
Donald Trump
Tous ceux qui veulent devenir chef, ils finissent morts.
Sarah Poussey
Les clés. Le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, est mort.
Aviva Freed
Ils ont eu Khamenei. Ils l'ont tué. Arnaud Reussen.
Arnaud Reussen
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés pour un épisode où nous allons décrypter comment la guerre en Iran est vécue aux Etats-Unis. On sait que c'est Donald Trump, aux côtés de Benjamin Netanyahou, qui a décidé de déclencher cette guerre, mais sans qu'un débat politique soit mené en amont sur l'opportunité de cette intervention. On sait aussi que la perspective d'un conflit qui pourrait durer et s'enliser inquiète, même dans le camp des trumpistes, Tout cela dans un contexte très délicat sur le plan de la politique intérieure à 8 mois des élections de mi-mandat. Alors on va prendre le temps d'analyser tout ça en commençant par revenir sur les mots de Donald Trump autour de cette guerre. L'armée américaine a commencé des opérations de combat en Iran. Notre objectif est de défendre les Américains en éliminant les menaces éminentes du régime iranien. Un groupe vicieux de très difficiles et terribles personnes. Le 28 février, il fait encore nuit aux Etats-Unis lorsque Donald Trump publie cette vidéo sur son réseau True Social. Il y annonce le début des frappes en Iran avec force superlatif, comme à son habitude, et il justifie ces frappes en expliquant que l'Iran est sur le point de se doter de l'arme atomique, ce qui fait peser un risque sur le monde et donc notamment aussi sur les Etats-Unis. D'ailleurs, à destination du peuple américain, il ajoute encore cette précision. Mon administration a pris toutes les précautions
Donald Trump
pour minimiser les risques pour le personnel américain dans la région. Mais combien même, et je ne fais pas cette précision à la légère, le régime iranien cherche à tuer. La vie de courageux héros américains sera sans doute perdue, nous aurons peut-être des victimes, comme cela arrive souvent en cas de guerre. Mais nous n'agissons pas pour aujourd'hui, nous agissons pour le futur, et c'est une noble mission.
Arnaud Reussen
48 heures plus tard, on apprendra d'ailleurs la mort des premiers militaires américains. En tout, sur les 10 premiers jours de guerre, 7 vont perdre la vie suite aux ripostes iraniennes dans les pays du Golfe. Des pertes évidemment sans commune mesure avec les milliers de morts en Iran et au Liban, mais qui forcément frappent l'opinion publique aux Etats-Unis. Au premier jour de la guerre, Donald Trump tente alors de rassurer. C'est une intervention par le ciel qui ne devrait pas durer plus de quatre semaines, explique-t-il. Et il semble écarter l'idée d'envoyer des troupes au sol, expliquant dans une interview que ce serait une perte de temps, que ce n'est pas nécessaire. Mais voilà, ce samedi 7 mars, à bord de son avion Air Force One, quand un journaliste lui repose cette même question de l'intervention de troupes au sol, la tonalité de sa réponse est assez différente, jugée plutôt. Dans quelles circonstances rendriez-vous des troupes au sol en Iran?
Donald Trump
Je ne pense pas que ce soit une question appropriée. Je ne vais pas y répondre. Est-ce que ça pourrait avoir lieu? Il faudrait de très bonnes raisons. Et je dirais que même si nous le faisons, les Iraniens seraient tellement décimés qu'ils ne pourraient plus combattre sur le terrain. Mais est-ce que vous n'aurez pas besoin de troupes au sol pour aller sécuriser les stocks d'uranium enrichis sur les sites nucléaires? Je ne sais pas. On n'en a pas parlé, mais on a tout détruit. Les Iraniens n'ont pas réussi leurs objectifs d'enrichissement. Et peut-être qu'on en verra des troupes. Ça pourrait être super, mais pour le moment, nous les décimons.
Arnaud Reussen
Alors, quelle est la stratégie? Et jusqu'à quel point a-t-elle été pensée par un président qui a fait campagne jusque-là en dénonçant les guerres sans fin de ses prédécesseurs et en expliquant que lui voulait arrêter des guerres, faire la paix, plutôt que d'ouvrir de nouveaux fronts? L'opposition démocrate n'a évidemment pas manqué de l'attaquer sur ce point ces derniers jours.
Donald Trump
Donald Trump vient de lancer une opération à grande échelle chez l'un de nos plus féroces adversaires, sans un plan, sans objectif final et sans autorisation du Congrès.
Arnaud Reussen
Pas de débat, en effet, à ce stade au Congrès. C'est une décision de Donald Trump et de son entourage direct. Mais dans l'opinion, une majorité d'Américains semble désapprouver cette intervention. A l'intérieur même du clan MAGA, le noyau dur du trumpisme, l'intervention divise entre les faucons et les isolationnistes. D'autant que cette intervention, qui pourrait finalement peut-être être plus longue et coûteuse que prévue, intervient dans un moment politiquement délicat pour Trump sur la scène intérieure, à huit mois d'élection capitale. C'est tout cela que nous allons prendre le temps d'explorer à présent. Et avec nous pour cela, il y a notre correspondante aux Etats-Unis, Aviva Freed, bonjour.
Aviva Freed
Bonjour Arnaud.
Arnaud Reussen
Alors on va parler de politique américaine avec vous dans un petit instant. Mais avant, première question, comment est-ce que vous décririez la réaction de la société américaine aujourd'hui face à cette guerre, une dizaine de jours donc après son déclenchement? Comment est-ce que les Américains voient ces frappes en Iran et la perspective d'une guerre qui semble peut-être moins simple que ce que certains discours avaient bien voulu présenter au départ?
Aviva Freed
Alors je dirais qu'on est un peu sur la division habituelle de la société américaine avec d'un côté les républicains, de l'autre côté les démocrates, sachant que 84% des républicains soutiennent cette intervention et 86% des démocrates sont contre, donc vous voyez c'est quand même assez équilibré. Mais je dirais qu'il y a plutôt un sentiment d'attente. On ne sait pas ce qui se passe ici. Vous l'avez très bien résumé dans le sujet qui a précédé. Il n'y a pas de plan. En fait, les Américains ne sont pas au courant de ce qui va se passer, ne savent pas quel est l'avenir de cette guerre, ne savent pas du tout s'il y a une stratégie quelconque. Donc on est plutôt ici dans l'attente. 56% des Américains globalement désapprouvent l'intervention sans forcément s'opposer à un changement de régime environ. Donc il y a toujours aussi cette espèce de nuance, c'est-à-dire que beaucoup d'Américains ici se réjouissent de la mort de l'ayatollah Ali Khamenei, mais ne souhaitent pas voir les États-Unis s'engager encore dans un conflit long comme l'a été le conflit en Irak, comme l'a été le conflit en Afghanistan. Donc ici je dirais plutôt que d'avoir vraiment des réactions viscérales comme on a pu le voir par exemple lors de la guerre israélienne à Gaza où il y avait des manifestations absolument tous les jours avec des soutiens des palestiniens qui étaient dans les rues, Ici, on est plutôt dans l'attente, on ne sait pas exactement ce qui va se passer, on ne sait pas quelle est la stratégie et on est, je dois le dire, plutôt inquiets. Ici, les Américains sont plutôt inquiets de l'avenir.
Arnaud Reussen
Dans l'expectative et plutôt inquiet donc. Ceci dit, vous l'avez pointé, Aviva. Ce qui est très particulier, c'est que cette guerre, elle a été décidée par Donald Trump et par son entourage. Un président qui a construit une partie de sa campagne, de son succès, sur le fait que lui, il allait en finir avec ce qu'il appelait les Endless Wars, donc ces guerres qui n'en finissent pas, et il pointait le cas de l'Irak, de l'Afghanistan. Or ici, on commence à voir que l'idée d'une guerre éclaire juste par le ciel pour aller renverser des dirigeants et puis que le peuple iranien prendrait son destin en main, qui était le récit qui a été servi un petit peu au début, semble tout à fait hypothétique, d'autant plus qu'on voit que le régime tient toujours aujourd'hui, même s'il est très certainement fragilisé, qu'il vient d'installer un nouveau guide suprême à sa tête. Et donc ce spectre d'une guerre qui pourrait durer se réinstalle tout doucement aux États-Unis. Et ça, pour Donald Trump, c'est potentiellement un problème, parce que ça va à contresens du discours que lui-même a toujours servi à son électorat et aux Américains de manière générale.
Aviva Freed
Alors, ça va à contresens, je nuancerais peut-être un tout petit peu. L'Iran, pour Donald Trump, ça a, depuis son premier mandat, toujours été une constante. Il n'y en a pas beaucoup dans les décisions de Donald Trump. Mais l'Iran, depuis le début, il dit qu'il veut se débarrasser du régime d'Emola. Surtout, il ne veut pas d'un Iran nucléaire. Ça a toujours été quelque chose qu'il a dit depuis le début. Alors oui, cette constante est là, mais effectivement, vous l'avez pointé, Donald Trump s'est aussi fait élire en disant qu'il ne voulait pas engager les États-Unis dans des guerres longues et coûteuses. Il a même, avec Donald Trump, il y a toujours des tweets qu'on peut ressortir. Il avait même tweeté à l'époque de la présidence Obama, quand on fait une guerre, c'est qu'on a quelque chose à cacher à l'intérieur. On remarque un peu l'ironie du jour. En déclenchant ce conflit, il va effectivement à l'encontre de ses promesses de campagne et à l'encontre finalement de son slogan «America first », l'Amérique d'abord, ce que ne manquent pas de pointer du doigt certains MAGA de sa base, qui eux sont absolument contre ce genre d'intervention, puisque vous l'avez rappelé, ils sont isolationnistes, ils ne souhaitent pas que les États-Unis soit, comme on le dit souvent, le gendarme du monde. Donc oui, il y a ce décalage, il y a ce risque de s'aliéner une partie de la base. Un risque qui, pour l'instant, soyons honnêtes, n'est pas encore matérialisé. Il s'agit seulement de quelques MAGA qui se sont séparés de Donald Trump. Pour l'instant, 90% de la base, selon un récent sondage, 90% des MAGA soutiennent quand même Donald Trump dans cette
Arnaud Reussen
intervention. Alors certains ont quand même remarqué que J.D. Vance, par exemple, connu pour être plutôt isolationniste, ne s'était pas du tout exprimé durant les 72 premières heures. Puis quand il s'est exprimé, il a surtout pointé le fait que c'était une intervention sur le nucléaire iranien pour défendre l'Amérique, mais que l'idée n'était pas de lancer une guerre de longue durée. Est-ce que J. Divens en particulier, par ce qu'il dit et peut-être surtout parce qu'il ne dit pas, prend quelques distances avec Donald Trump dans ce dossier très particulier de l'intervention en
Aviva Freed
Iran? Alors je dirais qu'il est plutôt là dans son rôle de vice-président, son rôle traditionnel de vice-président qui est, lorsqu'il y a une crise, on laisse le président sur le devant de la scène. Ce n'est pas son heure actuellement. Alors effectivement, pour lui, le fait d'être un petit peu en retrait, ça peut être aussi un avantage pour son avenir puisqu'il est quand même l'héritier présumé du Trumpiste. Si on va dans la logique des choses, c'est lui qui devrait se présenter en 2028. On en est encore loin et on n'en est pas là. Donc le fait de prendre du recul, pour lui, ça permet de préserver un capital politique et de laisser la vedette à Donald Trump, celui qu'on a beaucoup vu en revanche et qui gagne aussi. des points en politique, c'est le secrétaire d'État, Marco Rubio, qui lui est sur tous les fronts actuellement. Est-ce que c'est bien? Est-ce que c'est pas bien pour lui? On le présente souvent comme un possible colistier de Jay Devance. Donc avec un secrétaire d'État très présent, un vice-président un peu moins présent, ça permet de préserver une dynamique pour 2028 et de laisser la vedette à Donald Trump, ce qui est finalement le plus important, puisque pour Donald Trump, c'est lui qu'on doit voir et c'est
Arnaud Reussen
tout. Un mot quand même alors sur le contexte et les mécanismes de décision politique, ça paraît très particulier vu d'ici à Viva Freed, le fait qu'il n'y ait pas eu une décision du Congrès et même pas un débat du Congrès en amont sur l'opportunité de cette intervention. Comment est-ce qu'on peut expliquer que Donald Trump puisse pratiquement engager seul son pays dans une guerre comme il le fait ici en Iran sans que ça ne doit faire l'objet de votes au niveau des deux assemblées
Aviva Freed
américaines? Alors oui, il y a la théorie. En théorie, c'est le Congrès qui déclare la guerre. C'est l'un des pouvoirs donnés par la Constitution au Congrès. Mais ensuite, il y a la pratique et les précédents. Ce n'est pas la première fois qu'un président américain engage ainsi son pays dans des frappes. il y a la petite nuance entre frappe du président et une vraie déclaration de guerre à l'ancienne. Il y a un précédent, c'est Obama, Barack Obama en Libye qui avait fait la même chose, d'ailleurs décriée par Donald Trump à l'époque. Donc il y a effectivement cette nuance entre frappe et guerre, mais Donald Trump lui-même a tout de suite prononcé le mot de guerre dans son allocution sur Truth Social le 28 février, annonçant les frappes en Iran. Ce qui veut dire que le Congrès lui-même aimerait bien se saisir de l'opportunité pour récupérer son pouvoir de guerre. Il a tenté de le faire la semaine dernière avec un vote sur les pouvoirs de guerre, une motion qui a été présentée au Sénat et à la Chambre des représentants et qui a été rejetée. N'oublions pas que les Républicains sont majoritaires et donc la motion redonnant le pouvoir de guerre, dans ce cas particulier, en tout cas un contrôle sur les frappes de Donald Trump, a été rejeté. Quelques républicains ont fait défection, mais des démocrates ont aussi voté contre la motion. Donc au total, il y a eu les voix nécessaires pour rejeter. Donc Donald Trump, pour l'instant, à toute latitude pour continuer avec l'aval du Congrès. Mais ce qui est sûr, c'est que si les frappes doivent se poursuivre, le débat sera relancé et le Congrès pourrait revoter et décider de se saisir de l'autorisation de guerre et donc pourrait, en théorie évidemment, ordonner à Donald Trump d'arrêter toutes les frappes ou en tout cas réévaluer un budget qui va être nécessairement augmenté pour nourrir ces frappes, nourrir cette intervention
Arnaud Reussen
militaire. Et tout cela, donc, évidemment, peut changer au fil de ce qui va se passer dans les prochaines semaines. Plus cette guerre pourrait durer, plus les pertes américaines pourraient être aussi importantes, plus le coût de cette guerre pourrait s'élever aussi. Tout cela, on l'imagine, peut faire évoluer le débat politique, le climat aussi dans l'opinion publique américaine. D'autant plus que tout ça s'inscrit dans un moment qui est délicat sur le plan intérieur pour Donald Trump. Et on va se pencher là-dessus pour suivre. Et rappelez peut-être d'abord avec Sarah Poussey quelques-unes des difficultés importantes que connaît Donald Trump aujourd'hui, à commencer par un très lourd revers sur sa politique de droite douane. On voit ça donc avec Sarah
Sarah Poussey
Poussey. Le 20 février, la Cour suprême américaine a annulé les droits de douane de Donald Trump. Elle a jugé que le président américain avait outrepassé ses pouvoirs. En effet, pour que l'exécutif américain puisse agir dans le domaine économique sans l'aval du Congrès, il faut que le pays soit dans une situation économique d'urgence. Or, la Cour suprême a jugé que ce n'était pas le cas. La Cour du commerce international se penche désormais sur les dossiers de remboursement. Le trésor américain en effet perçut 130 à 175 milliards de dollars grâce à ses droits induits. C'est un revers historique pour Donald Trump puisque ses droits de douane étaient au centre de sa politique économique. Coup dur aussi puisque certains juges conservateurs qui l'a nommé ont voté en faveur de cette décision. Et puis cette annulation arrive à un moment où la popularité du président est en baisse La plupart des Américains pensent qu'il a aggravé la situation économique depuis son arrivée au pouvoir et qu'il ne se soucie pas de leurs problèmes du quotidien. Or, les Américains sont extrêmement préoccupés par leur pouvoir d'achat qui ne s'améliore pas. Même au sein du clan Magal, les critiques fusent concernant les interventions en Iran ou au Venezuela de la part d'un président qui avait pourtant promis de s'intéresser aux problèmes intérieurs du pays. Ajoutons encore sur les épaules de Donald Trump la débâcle de Minneapolis où deux citoyens américains ont été abattus par ICE, ce qui a finalement mené au retrait de la police de l'immigration dans la région. Et puis bien sûr aussi les accusations de dissimulation de documents dans l'affaire Epstein. Même si une loi de novembre a autorisé la diffusion des éléments du dossier, plusieurs médias accusent le gouvernement américain de cacher les documents concernant Donald Trump. Le président américain vit donc une période compliquée, à huit mois des élections de mi-mandat, qui pourrait bien redessiner l'ampleur de sa marge de
Arnaud Reussen
manœuvre. Et on rappelle que ce sera pour novembre prochain ces élections de mi-mandat. Aviv Afrid, est-ce qu'on doit considérer, si on met de côté le sort de la guerre en Iran, que tout cela s'est déclenché à un moment où on avait un Donald Trump fragilisé sur le plan de la scène intérieure, quand on voit que des Américains disent qu'ils ont l'impression que leur situation socio-économique s'aggrave, alors que la promesse de Donald Trump était justement de faire face à cet enjeu. C'est un vrai problème politique aujourd'hui pour Donald Trump qui se
Aviva Freed
pose? Oui, je dirais que c'est probablement le problème politique majeur pour Donald Trump. Les Américains n'arrivent pas à faire face à l'augmentation du coût de la vie et c'est un président qui s'est fait émire en promettant justement de faire baisser le prix de l'essence, de faire baisser le prix des denrées alimentaires, ce qui n'est pas le cas. Alors le prix de l'essence a baissé en partie au début de l'année et bien sûr il flambe à nouveau depuis l'intervention en Iran. On est par exemple passé en moyenne de 2,98$ le gallon, c'est-à-dire un petit peu moins de 4 litres, donc 2,98$ à 3,41$ en même pas une semaine d'intervention, donc une augmentation de 14%. Ce sont des prix qui peuvent paraître peut-être encore bas vus de Belgique, mais ici ce sont des prix très élevés. Les Américains qui utilisent leur voiture en permanence, c'est un gouffre financier. Donc c'est quelque chose qui est avec une répercussion immédiate. Les Américains ne peuvent pas acheter d'essence, ils ne sont pas contents et ils désapprouvent la politique de Donald Trump. Les prix au supermarché ont également augmenté énormément. Ça aussi c'est un problème pour Donald Trump. Donc tout cela peut mettre le président américain dans l'embarras. Surtout, vous l'avez dit, si le conflit se prolonge, cela va faire encore plus basculer la situation économique. Sachant que, pour l'instant, on a calculé que le coût de la guerre, le coût des frappes américaines, s'est élevé à quasiment 900 millions de dollars par jour. C'est énorme. Quand on annonce ce genre de chiffres à des Américains qui ont du mal à boucler leur fin de mois, forcément, ils ne sont pas très
Arnaud Reussen
contents. Et à cela, on pourrait ajouter la publication récente de chiffres décevants sur le taux d'emploi aux Etats-Unis. Et les craintes, qui se précisent du côté des marchés financiers, jusqu'ici, ils tiennent bon, mais ils pourraient, selon plusieurs analystes, dévisser dans les prochains jours, dans les prochaines semaines, en raison de la guerre et de la hausse des prix du pétrole. Or, les marchés d'action aux Etats-Unis pèsent aussi dans le budget de nombre de ménages de la classe moyenne, qui mettent une partie importante de leur épargne en action, notamment via les fonds de pension. Une chute des marchés financiers pourrait donc ajouter une grosse tâche sombre au tableau déjà compliqué pour Donald Trump. À huit mois des élections de mi-mandat, est-ce à dire qu'il risque de perdre sa majorité au Congrès en novembre? Notre correspondante Aviva Fried incite sur ce point à être
Aviva Freed
prudent. On ne peut parler que de l'instant T, c'est-à-dire si maintenant les élections avaient eu lieu aujourd'hui, il perdrait au moins la Chambre des représentants, peut-être le Sénat. Donc oui, à cause de la situation économique, à cause effectivement de l'intervention d'Ice, également de toute cette séquence Minneapolis qui a été désastreuse pour son image, qui l'a extrêmement embarrassée, ce que Donald Trump déteste par-dessus tout, il déteste être embarrassé. C'est d'ailleurs pour ça qu'il a renvoyé sa secrétaire d'État au département intérieur, Christine Noem, le Homeland Security. Non pas parce qu'il y a eu deux citoyens américains qui sont morts en tant que tel, mais simplement parce que cela l'a embarrassé, cela l'a mis dans l'embarras vis-à-vis des Américains. Donc oui, si les élections avaient lieu maintenant, je dirais que ce serait non pas la fin du mandat Trump, mais en tout cas, il serait bloqué dans tout ce qu'il veut faire, dans toutes ses politiques, puisque le Congrès serait un contrepoids majeur. Sauf qu'aux États-Unis, tout va extrêmement vite. On ne peut pas prédire les élections huit mois à l'avance, c'est impossible. Je vous dirais même qu'on ne peut pas prédire les élections deux semaines à l'avance ici. C'est vraiment toujours à la dernière minute que les Américains se décident. S'ils vous disent oui, on votera démocrate au mois de mars, ils peuvent tout à fait décider de voter républicain au mois de novembre. parce que dans les deux semaines qui vont précéder l'élection, la situation économique va s'arranger. Il va y avoir peut-être une victoire ou quelque chose qui va se passer dans le monde. Il va y avoir des décisions qui seront prises qui vont les satisfaire. Donc c'est très très difficile de pouvoir prédire à l'avance ce qui va se passer aux élections de mi-mandat. Mais oui, à l'instant T, aujourd'hui, Donald Trump est en difficulté. Il faut qu'il redresse la barre, il faut qu'il donne aux Américains ce pour quoi ils ont voté, c'est-à-dire une situation économique améliorée au quotidien et surtout un apaisement dans le pays qui est depuis son élection assez
Arnaud Reussen
agité. A voir donc si l'animal politique qu'est Donald Trump et sa capacité à bousculer les campagnes électorales et à y imposer son récit pourra cette fois encore trouver les moyens d'inverser la donne. Il avait par exemple évoqué l'idée de verser dans quelques mois un chèque de 2000 dollars à tous les Américains sauf les plus hauts revenus, sorte de dividende de sa politique de droit de douane présentée comme un grand succès. Un geste qui semblait déjà difficile à mettre en œuvre et qui semble l'être encore plus depuis que ces droits de douane ont été recalés par la Cour suprême. L'enjeu aujourd'hui étant plutôt de savoir si les Etats-Unis ne vont pas devoir rembourser les droits de douane qu'ils ont déjà perçus. Sans compter le spectre de l'affaire Epstein aussi, où l'administration Trump est accusée d'avoir voulu cacher des documents compromettants pour le président, au point de jeter le trouble dans la frange complotiste qui, jusqu'ici, soutenait Donald Trump. Bref, les vents contraires se multiplient pour le président américain. Mais comme le disait bien Aviva Freed, huit mois, c'est une éternité en politique, et encore plus dans les Etats-Unis de Donald Trump, Merci d'avoir suivi ce nouvel épisode des clés pour tenter d'y voir clair. Merci à Laurent Nellysen pour la réalisation sonore de cet épisode. A la préparation, il y avait Sarah Poussey et Arnaud Reussen. Je vous rappelle que si vous souhaitez nous écrire pour par exemple nous suggérer d'autres questions à creuser dans les clés, vous pouvez le faire à l'adresse suivante
Dans cet épisode, Arnaud Ruyssen décrypte la réaction américaine à la guerre déclenchée par Donald Trump contre l’Iran. À huit mois des élections de mi-mandat, cette intervention aggrave les divisions au sein même du camp Trumpiste et soulève de sérieuses inquiétudes dans la société américaine, qui craint un enlisement semblable à celui des guerres en Irak et en Afghanistan. Avec la participation d’Aviva Freed (correspondante aux États-Unis) et des analyses de Sarah Poussey, l’épisode revient sur le récit présidentiel, la polarisation de l’opinion et le contexte politique et économique très tendu.
Donald Trump annonce le début des frappes en Iran sur Truth Social dès le 28 février, cherchant à rassurer le public américain sur la sécurité des troupes :
"Mon administration a pris toutes les précautions pour minimiser les risques pour le personnel américain dans la région [...] nous n'agissons pas pour aujourd'hui, nous agissons pour le futur, et c'est une noble mission."
— Donald Trump [02:12-02:39]
Il met en avant la nécessité d’agir face au risque nucléaire iranien, qualifiant le régime de "groupe vicieux de très difficiles et terribles personnes." [01:42]
"Je ne pense pas que ce soit une question appropriée. [...] Peut-être qu’on enverra des troupes. Ça pourrait être super, mais pour le moment, nous les décimons." — Donald Trump, interrogé dans Air Force One [03:54-04:35]
Aviva Freed résume l’état d’esprit américain dix jours après le début de la guerre :
"On est un peu sur la division habituelle [...] 84% des républicains soutiennent cette intervention et 86% des démocrates sont contre. [...] Les Américains ne savent pas quel est l’avenir de cette guerre, ne savent pas du tout s’il y a une stratégie quelconque. [...] On est plutôt ici dans l’attente. [...] Les Américains sont plutôt inquiets de l’avenir." — Aviva Freed [06:34-08:01]
Arnaud Ruyssen rappelle que Trump avait bâti sa campagne sur la sortie des "endless wars" (guerres sans fin), générant un malaise dans sa base :
"L’idée d’une guerre éclair juste par le ciel... semble tout à fait hypothétique, d’autant plus qu’on voit que le régime tient toujours." — Arnaud Ruyssen [08:07-09:11]
Aviva Freed nuance :
"L’Iran, pour Donald Trump, ça a, depuis son premier mandat, toujours été une constante. [...] Mais effectivement, [...] il va à l’encontre de ses promesses de campagne et de son slogan ‘America First’."
— Aviva Freed [09:11-10:45]
Base MAGA : 90% restent derrière Trump, mais une minorité d’isolationnistes (notamment J.D. Vance) prennent leurs distances ou gardent le silence. [10:45-12:27]
Pas de vote ni de débat préalable au Congrès sur l’engagement militaire :
"Il y a la théorie [...], ensuite, il y a la pratique et les précédents. Ce n’est pas la première fois qu’un président américain engage ainsi son pays..."
— Aviva Freed [12:57-14:51]
Baisse de popularité : “la plupart des Américains pensent qu’il a aggravé la situation économique depuis son arrivée au pouvoir.” [16:25-16:50]
Coup dur supplémentaire avec la "débâcle de Minneapolis" impliquant ICE, et la persistance de soupçons dans l’affaire Epstein, alimentant le malaise jusque chez les franges complotistes pro-Trump. [16:50-17:43]
Aviva Freed souligne que la hausse du prix de l’essence (+14% en une semaine) et de l’alimentation touche directement les ménages :
"Les Américains qui utilisent leur voiture en permanence, c’est un gouffre financier. [...] Les Américains ne sont pas contents et ils désapprouvent la politique de Donald Trump."
— Aviva Freed [18:19-19:53]
Tensions sur le taux d’emploi et crainte d’une chute des marchés financiers, qui affecteraient à la fois fonds de pension et épargne des ménages. [19:53-20:52]
"Si maintenant les élections avaient eu lieu aujourd’hui, il perdrait au moins la Chambre des représentants, peut-être le Sénat. Mais aux États-Unis, tout va extrêmement vite. [...] On ne peut pas prédire les élections huit mois à l’avance, c’est impossible."
— Aviva Freed [20:52-22:54]
| Horodatage | Sujet principal | |------------|----------------------------------| | 00:06-02:39 | Annonce de guerre de Trump, justification nucléaire, premières pertes US | | 03:54-04:35 | Trump sur l’intervention terrestre en Iran | | 06:07-08:07 | Aviva Freed : réactions de la société américaine, division partisane | | 08:07-10:45 | Contradictions avec promesses trumpistes et fracture à la base MAGA | | 12:27-14:51 | Pratique présidentielle vs. contrôle du Congrès | | 15:33-17:43 | Sarah Poussey : revers économiques, droits de douane annulés, affaires intérieures | | 18:19-20:52 | Conséquences économiques concrètes, risques pour Trump aux midterms | | 20:52-22:54 | Pronostic politique, incertitude électorale |
La guerre en Iran met Donald Trump face à ses propres contradictions et plonge la société américaine dans l’incertitude. En pleine crise économique et politique, la promesse d’un retrait des guerres extérieures semble bien loin, alors que le coût humain, politique et financier s’alourdit. À huit mois d’échéances électorales cruciales, la marge de manœuvre du président apparaît singulièrement réduite, même s’il possède encore, comme le souligne Aviva Freed, cette capacité unique à rebattre les cartes en un éclair.
Rédigé à partir de l’épisode original sans coupures publicitaires ni sections hors-sujet.
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