
Le blocage du détroit d'Ormuz semble durer, sans issue en vue. Nous faisons donc un point sur les négociations entre l’Iran et les Etats-Unis et les stratégies des différentes partie prenantes avec Guillaume Ancel, ancien officier haut gradé de l’armée française, a...
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Jonathan Piron
Voici aujourd'hui peut-être l'endroit le plus scruté au monde. Le blocus est maintenu autour du détroit d'Ormuz.
Arnaud Reyssen
La tension se concentre une fois encore dans le détroit d'Ormuz. La première...
Podcast Host
J'ai besoin de repères.
Guillaume Ancel
Le détroit d'Ormuz est rouvert.
Arnaud Reyssen
Les clés. C'est à cause du blocage du détroit d'Ormuz. Arnaud Reyssen.
Podcast Host
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés pour un épisode où nous allons décrypter le bras de fer qui dure dans le détroit d'Ormuz. Entre les annonces de réouverture puis de refermeture de la part de l'Iran mais aussi des Etats-Unis, un constat s'impose, aujourd'hui très peu de bateaux empruntent ce passage pourtant stratégique entre le golfe persique et l'océan indien. Alors pourquoi, malgré le cessez-le-feu, ce détroit reste-t-il bloqué? Un accord entre les Etats-Unis et le régime islamique Est-il possible? Surtout quand on sait que pour les Iraniens, ce Détroit reste une carte maîtresse dans le conflit. Eh bien, on va prendre 27 minutes pour y voir clair sur tout ça.
Arnaud Reyssen
La première, les clés.
Podcast Host
Détroit d'Hormuz, 18 mai 2026. C'est toujours le grand calme sur les flots. En amont, dans le golfe Persique, des dizaines et des dizaines de super-tanqueurs sont immobilisés, les réservoirs chargés de pétrole et de ses dérivés. En aval, du côté du golfe d'Oman vers l'océan Indien, on trouve aussi quantité de métaniers ou pétroliers qui attendent de pouvoir rejoindre les pétromonarchies pour faire le plein, mais on trouve aussi des porte-conteneurs amenant des marchandises à destination de l'Arabie Saoudite, du Qatar, du Koweït ou encore des Émirats Arabes Unis. Mais tout cela est comme figé depuis des semaines, car Malgré les déclarations matamoresques de Trump, disant qu'il allait rouvrir le Détroit, et malgré les promesses de l'Iran de permettre la circulation des navires, acceptant de collaborer avec la marine iranienne, on ne peut pas dire que le trafic ait jamais vraiment repris depuis le début du conflit, comme l'explique l'expert français en stratégie militaire, Guillaume Ancel.
Guillaume Ancel
Je dirais que ça reste complètement anecdotique, c'est de l'ordre de 2 ou 3 bateaux par jour quand le trafic normal est à 120. Donc ça n'est absolument pas représentatif d'une forme de libération du détroit d'Ormuz qui, pour moi, ne sera effective que lorsque un accord aura réellement été trouvé entre les deux protagonistes. Tant qu'on sera dans cette situation, même de cesser le feu, mais donc d'un risque, d'une menace très forte, Aucun armateur ne voudra faire passer régulièrement des bateaux qui valent un super tanker, c'est plus de 100 millions de dollars.
Podcast Host
Et est-ce qu'on peut expliquer pourquoi, au fond, c'est impossible, par exemple pour les Etats-Unis qui ont déjà dit pourtant plusieurs fois vouloir sécuriser ce détroit d'Hormuz, essayer d'empêcher toute attaque iranienne pour protéger les bateaux qui voudraient passer, pourquoi ça semble impossible à réaliser dans les faits sur le terrain?
Guillaume Ancel
Oui, c'est une question intéressante parce que militairement, les américains l'ont démontré à deux reprises, on sait faire passer des bateaux de guerre dans le détroit d'Hormuz. Peut-être pas un porte-avions mais en tout cas un destroyer sans problème. Il est attaqué du côté iranien, le bateau se défend et passe quasiment sans encombre. Mais ce n'est pas la même chose de faire circuler des bateaux civils qui d'abord ne sont absolument pas ni blindés, ni préparés à accuser des coups, des explosions, des débuts d'incendie. Et puis ce serait prendre des risques considérables. Donc le fait qu'une escorte militaire puisse passer c'est une chose. Le fait de rétablir un trafic civil c'en est une autre. Et derrière en plus il y a les compagnies d'assurance qui bien sûr quand elles estiment qu'il y a un risque ne nieront pas, ou plutôt, imposeront des primes multipliées par 100, voire par 1000, qui dissuaderont toute compagnie de tenter l'aventure. Et donc pour l'instant, les seuls bateaux qu'on voit faire le trajet, c'est parce qu'ils ont été quelque part ordonnés, soit par un gouvernement, soit par une organisation, pour voir si effectivement ça passe. Mais la réalité, c'est que les iraniens gardent un pouvoir de ripostes très importants, notamment à cause des drones. Et les drones sont difficiles à détecter au départ, à tracer, difficiles à détruire si on ne l'a pas prévu. Et par conséquent, l'essentiel des bateaux qui ont été touchés jusqu'ici, quand ils ont essayé de traverser le détroit d'Ormuz, c'était par ces drones ou alors par des vedettes rapides qui, elles, sont assez faciles à détecter et à détruire, mais qui, encore une fois, font peser une forme de risque inacceptable pour une circulation maritime.
Podcast Host
Et ce trafic maritime est suspendu à un bras de fer terrible qui se joue entre l'Iran et les Etats-Unis. Depuis le tout début du conflit, les Iraniens ont compris qu'ils tenaient, au travers de ce détroit, un levier essentiel pour obliger les Etats-Unis à négocier. Et Donald Trump, de son côté, devant l'impossibilité de faire sauter le verrou iranien, n'a eu d'autre choix que de remettre lui-même un verrou sur le verrou. Résultat, une impasse quasi complète, aujourd'hui.
Guillaume Ancel
On est dans une impasse militaire. Les iraniens ne peuvent pas imposer l'ouverture, ils savent juste fermer le détroit d'Hormuz. Et les américains ne peuvent pas imposer l'ouverture, mais ils savent très bien fermer le détroit d'Hormuz. Les deux ont bloqué le système, en sachant que les conséquences économiques ne sont pas viables à terme. Et par conséquent, il faut qu'ils trouvent une solution, c'est exactement ce qu'ils sont en train de faire. Et pendant ce temps, ils font pression sur la négociation en jouant à la guerre, mais on remarque que d'un côté comme de l'autre, c'est très limité en termes d'opérations militaires. On tire quelques missiles, on poursuit un bateau, une vedette rapide iranienne, mais on ne va surtout pas plus loin, on ne reprend pas la guerre.
Podcast Host
Alors, décalons un peu la perspective. Le cessez-le-feu, il est en vigueur depuis le 8 avril dernier déjà. Depuis, des pourparlers sont en cours en vue d'un accord avec le Pakistan en médiateur. Mais jusqu'ici, ces négociations indirectes n'ont rien donné de très concret. Or, pour l'ancien haut-gradé français Guillaume Ancel, les deux parties ont aujourd'hui intérêt à trouver un terrain d'entente.
Guillaume Ancel
Du côté américain, la passe militaire coûte très cher en termes de déploiement opérationnel. Il y a 50 000 soldats américains qui sont déployés dans la région. Et surtout, pour Donald Trump, le coût politique est considérable, doublé d'un coût économique, parce que tout ça, bien sûr, fait monter le prix du pétrole. On le voit tous à la pompe et son électorat est furieux. Bien que les Américains ne dépendent pas de l'importation du pétrole qui vienne de cette région du Golfe, Comme c'est un marché global, les prix du pétrole augmentent du fait de cette crise et par conséquent le blocage du détroit d'Ormuz fait monter les prix y compris aux Etats-Unis. Et puis du côté iranien, il faut bien imaginer que le régime qui en réalité est dirigé par les gardiens de la révolution est au bord du gouffre. Il a été extrêmement fragilisé par la campagne de bombardement, 25.000 frappes aériennes en 40 jours. Il a beau montrer une capacité de résistance très grande aujourd'hui. Il n'est clairement pas à terre, mais il n'est pas dans une forme olympique. Il manque de tout. Et donc, il sait très bien que plus il fait durer la crise, plus il fait souffrir la population. Alors qu'une fois qu'un accord sera trouvé, il y aura une troisième manche. Et là, le régime des gardiens de la Révolution sera face à sa population qui, à ma connaissance, et pour les contacts que j'ai avec la Résistance, est absolument furieuse de l'état dans lequel se trouve la société iranienne du fait de la politique des gardiens de la Révolution. Donc les deux protagonistes jouent un jeu assez dangereux. Donald Trump a besoin de sortir le plus rapidement possible de cette guerre, même avec un accord imparfait, et les gardiens de la Révolution jouent juste leur survie.
Podcast Host
Car Pour Guillaume Ancel, si un accord est finalement trouvé demain, l'histoire ne sera pas terminée pour le régime de la République islamique. Une fois l'étau israélo-américain desserré, ce régime devra faire face à un potentiel soulèvement de sa population.
Guillaume Ancel
où il y aura un troisième temps à cette confrontation, qui dure depuis 47 ans. Mais, on va dire, avec la guerre qui a commencé le 28 février, qui n'a duré que 40 jours, ce qui est finalement très peu pour un affrontement militaire, c'est l'échec de Pete Exet, cet abruti de secrétaire d'État à la guerre de Trump, qui lui avait promis que le régime allait capituler. On voit bien que ça n'a absolument pas été le cas. La deuxième phase dans laquelle on se trouve, c'est celle de la négociation. Il faut trouver un accord pour les raisons qu'on vient d'évoquer. Mais une fois qu'un accord aura été trouvé, Pour moi, le détroit d'Hormuz s'ouvrira naturellement parce qu'il était ouvert de toute façon avant et que la communauté internationale n'acceptera jamais l'instauration d'un espèce de droit de péage auquel pensent aujourd'hui les Iraniens, mais pas pour longtemps. Mais on arrivera bien dans un troisième temps où en fait les gardiens de la révolution seront face à leur propre société. 90 millions d'Iraniens, dont on sait que 80% sont carrément hostiles à ce régime. Et compte tenu du niveau de destruction et des moyens considérables qu'il faudrait simplement pour pouvoir reconstruire ce qui a été détruit. Je ne parle même pas d'améliorer le niveau de vie. Le challenge, le défi sera énorme. Et je ne serais pas étonné qu'il y ait une contestation qui soit beaucoup plus forte parce que la population ne peut pas manifester en temps de guerre. Par contre, quand la guerre sera terminée par un accord même imparfait entre les États-Unis et l'Iran, les gardiens de la révolution auront à faire face à une véritable guerre interne entre eux et une population de 90 millions d'habitants dont on sait que 80% leur sont franchement hostiles.
Podcast Host
Alors justement, on va prendre le temps maintenant, dans la suite de cet épisode, de décrypter ce qui se joue côté iranien. Et avec nous pour ça, il y a un historien spécialiste de l'Iran, c'est Jonathan Piron.
Guillaume Ancel
Bonjour.
Jonathan Piron
Bonjour.
Podcast Host
Vous êtes chercheur chez Topia et chercheur associé aux grippes et vous connaissez particulièrement bien ce pays et ce régime aussi de la République islamique. Votre avis d'abord Jonathan Piron sur le premier volet de l'analyse formulée par Guillaume Ancel. Est-ce que vous pensez aussi que les deux parties, que ce soit les Etats-Unis et l'Iran, ont intérêt maintenant à conclure un accord à relativement brève échéance?
Jonathan Piron
Alors intérêt, oui, tant du côté américain que du côté iranien. Maintenant, la question qui se pose, c'est à quelles conditions? On sent que de ce côté-là, il y a en fait un dialogue de sourds, puisque les deux acteurs ne parlent pas le même langage, n'ont pas les mêmes exigences. Et aussi un autre élément qu'on oublie un peu souvent et qui est quand même intéressant de rappeler, c'est que le rapport au temps est très différent entre Washington et Téhéran. Le temps d'une démocratie n'est pas le temps d'une dictature. Pour les États-Unis et Trump, il y a notamment, on l'a rappelé, l'impératif de la dégradation économique, mais aussi des mids termes qui arrivent et où Trump essaie justement de sortir de sa situation négative pour essayer quand même de remporter les élections et donc il y a cette contrainte dans le temps qui est assez proche. Pour le régime iranien qui est une dictature, on n'est pas dans cette même temporalité puisque le régime ne défend pas les intérêts du pays ni la population mais défend en fait simplement ses intérêts et donc sa survie. et on l'a vu par le passé, il n'hésite pas d'ailleurs à utiliser de l'arme de la répression, on a d'ailleurs encore entendu aujourd'hui des informations d'Amnesty sur la hausse des exécutions capitales et donc cette temporalité est différente parce qu'il estime qu'il a aujourd'hui des éléments qui sont inédits en fait pour contraindre les Etats-Unis et il est prêt justement à continuer cette pression du temps au détriment de la population mais dans l'intérêt de la défense du système.
Podcast Host
Est-ce que ça veut dire qu'aujourd'hui des Iraniens sont un peu en position de force dans ce bras de fer avec les Etats-Unis, où chacune des deux parties n'a pas tellement intérêt à ce que l'on revienne dans une phase plus dure de la guerre, comme c'était le cas avec les bombardements extrêmement coûteux, d'ailleurs aussi pour les finances américaines, mais où dans cette négociation sur une possible sortie de crise, cet avantage du temps pour les Iraniens est un meilleur atout que ce que l'on a comme carte en main côté américain?
Jonathan Piron
Alors, ils l'estiment, ils le pensent, ils considèrent qu'aujourd'hui ils ont un avantage, qu'ils ont gagné sur les Etats-Unis, mais il y a quand même aussi une déconnexion de la réalité qui les met en difficulté sur la scène intérieure, mais aussi par rapport à leurs voisins régionaux. En fait, dans les négociations pour le moment, dans les éléments qui nous parviennent, encore il y a quelques jours on avait ces différents points. Les Iraniens demandent en fait à ce qu'il y ait une reconnaissance de leur autorité sur le détroit d'Hormuz. D'ailleurs en fait il y a une heure ils ont annoncé la mise en place d'une autorité chargée de gérer justement le passage. Ils demandent aussi la levée de toute une série de sanctions et de récupérer toute une série d'avoirs qui sont bloqués à l'étranger. Du côté américain, il y a en fait une fin de recevoir complète par rapport à ces exigences. Il demande notamment le démantèlement du programme nucléaire, la remise de l'uranium et aussi toute une série d'autres contraintes stratégiques que les Iraniens refusent. Et donc en fait on est pour le moment dans un dialogue de sourds où chacun considère en fait qu'il peut parvenir à faire plier l'autre. Les Iraniens considèrent que par le blocage du détroit de Hormuz ils vont amener en fait une pression économique qui va devenir intenable pour Trump. Et avec le contre-Breclus, Trump considère en fait qu'il a des monnaies de pression qui peuvent faire tomber le régime justement par une destruction économique du grand ampleur. Mais on est dans beaucoup de spéculations et on voit d'ailleurs ici que par rapport à ce qui arrive par rapport à Dutroit-Durmouz, il y a toute série de reconfigurations qui sont en cours et qui transforment aussi petit à petit la donne, notamment par des nouvelles routes stratégiques qui apparaissent, notamment avec des hydrocarbures saoudiens qui maintenant sont livrés de l'autre côté et passent par l'armée rouge. et aussi par les iraniens qui envoient alors toute une série de nouveaux axes commerciaux qui sont terrestres. Alors ça ne régle pas la situation mais ça donne du nouveau temps en fait aux différents acteurs qui sont en place et qui maintiennent la pression parce qu'en effet ils considèrent que le retour en conflit n'est pas dans leur avantage mais ils maintiennent quand même cette politique du bâton tout en espérant en fait que l'autre en face cède d'abord.
Podcast Host
Un petit mot quand même sur les conséquences pour les iraniens du blocage du détroit d'Hormuz, parce que les conséquences pour les Etats-Unis, on l'a bien compris, c'est ce blocage au niveau du marché des hydrocarbures, avec les conséquences pour le marché mondial de l'énergie et des prix à la pompe qui montent partout, mais donc y compris aux Etats-Unis, c'est très mauvais. pour Trump dans son électorat à quelques mois maintenant des midterms. Pour les iraniens, est-ce qu'aujourd'hui il y a déjà des vraies conséquences lourdes du blocage dans le fait de ne plus pouvoir vendre une partie de leur pétrole, dans le fait de peut-être ne plus pouvoir voir arriver certaines marchandises sur le sol iranien? Il y a des conséquences pour la population liées spécifiquement au blocage de ce détroit?
Jonathan Piron
Oui, on les voit, donc ça reste quand même toujours très difficile de savoir exactement ce qui se passe en Iran, puisque internet coupé maintenant depuis le début du conflit. Donc on a des brimes d'informations, mais il y a quand même des publications qui parviennent, notamment de différents quotidiens économiques en Iran, qui montrent en fait qu'il y a une destruction d'emplois assez importante. Il semblerait qu'il y ait un million d'employés de travailleurs qui étaient licenciés à la suite du début du conflit. La coupure d'Internet aussi a des conséquences économiques très importantes. On pense que ce sont à peu près 20% des travailleurs en Iran qui sont impactés et qui se retrouvent aussi dans une situation où ils n'ont pas les moyens de s'en sortir. Des chiffres sur l'inflation sont également arrivés et sur le mois d'avril on est arrivé à une inflation générale de 70% qui monte même à 115% d'inflation pour les biens alimentaires et on est donc dans cette situation où toute une série de biens de base ne sont plus du tout accessibles. Maintenant, le régime considère qu'il dispose encore de temps pour jouer sur cette pression parce qu'il a vraiment cette déconnexion du régime du bien-être de la population. Et le régime aussi considère qu'il a déjà vécu cela par le passé, notamment durant la crise du Covid où il y avait déjà des sanctions internationales et aussi toute une série de biens de base ne sont pas arrivés en Iran. Et donc, dans l'œil du régime, ces éléments font partie structurellement de sa position, de sa situation et des moyens de négociation. Il considère qu'il peut tenir encore le choc un peu plus longtemps. Il envisage peut-être aussi la possibilité qu'il y ait un nouveau soulèvement, mais qu'il dispose des moyens de répression en fait, pour faire taire la population. Et donc on est vraiment dans cette situation aujourd'hui où on voit qu'il y a une dégradation économique en Iran, mais où les régimes continuent de penser qu'il y a encore suffisamment d'éléments en place que pour pas venir en fait à faire d'abord tomber l'exigence américaine et en porter aussi un accord qui pourrait peut-être lui demander ou lui amener des fonds supplémentaires pour essayer de répondre alors justement dans la situation post-conflit aux attentes économiques, mais ça, ça reste encore bien entendu du conditionnel.
Podcast Host
Alors ça c'est l'analyse que fait le régime iranien. Ce que vous nous dites là c'est de dire nous on peut encore tenir notamment parce que on tient notre population et donc même s'il y a des conséquences nous on peut tenir et donc on va tenir plus longtemps et donc pour autant on pourra peut-être obtenir davantage des Etats-Unis. Maintenant si on regarde justement la situation de l'Iran, de sa population, des éléments qui vous parviennent vous aussi de la part des opposants, de la résistance à ce régime, est-ce qu'il y a, comme Guillaume Ancel l'évoquait aujourd'hui, des éléments qui laissent penser que ce régime est fragilisé et pourrait faire face dans les semaines, dans les mois qui viennent, à une révolte, une forme de révolution, un soulèvement de la population?
Jonathan Piron
Alors la question n'est pas s'il y aura une nouvelle phase de contestation dans le pays à grande échelle, mais plutôt quand. Et on pense pour le moment, au vu des différentes informations qui parviennent, que le temps du conflit ne permet pas les phases de contestation parce que la population est plus dans une logique de survie. Déjà aussi de maintenir simplement son emploi, de continuer à avoir un accès aux biens de base et aussi la logique de la répression fait quand même toujours très peur en fait à la population. On voit encore assez régulièrement des exécutions qui sont annoncées. Il y a aussi la présence des services de sécurité au carrefour des grandes rues, toujours cette démonstration massive aussi d'un pouvoir qui reste en place. Mais maintenant la question qui se pose en fait c'est ce qu'il va arriver après le conflit. Et donc ça va dépendre aussi de l'accord qui sera obtenu par le régime, des différents avantages qu'il pourrait obtenir justement aussi pour sa reconstruction. On est quand même aussi dans des chiffres où la reconstruction du pays à la suite des destructions est évaluée à 270 milliards de dollars et donc le régime iranien n'a pas la capacité en fait de s'en sortir sans notamment la levée de fonds. mais on est aussi dans un régime qui est en train de se reconfigurer. Et on voit qu'il y a une logique répressive et sécuritaire de plus en plus en place. Or, on sait aussi que ces différents éléments sont extrêmement corrompus et ne cèdent pas justement à répartir autrement les différentes parts du gâteau. On sait aussi que la population est profondément en colère par rapport au régime, a la peur aussi de la répression, mais dans une situation où sa vie au jour le jour n'est plus tenable. On voit aussi depuis quelques jours qu'il y a parfois des petites manifestations qui sont organisées de quelques dizaines de personnes dans des endroits statiques, mais néanmoins qu'il y a quand même encore une contestation qui est présente, notamment d'enseignants ou de pensionnés qui demandent le versement de la retraite. Donc il faudra voir en effet comment dans le post-conflit le régime répondra aux attentes sociales et économiques, mais aussi si la population considérera en fait qu'à un moment trop c'est trop. et qu'elle est prête en fait à posséder un nouveau supérieur, à permettre aussi une reconfiguration de ces éléments de contestation et à entrer alors aussi dans une contestation qui pourrait redevenir violente. Mais la question également qui est indispensable c'est de voir si des brèches apparaîtront dans le cœur du système pour entrer en connexion justement avec ces logiques contestataires.
Podcast Host
Alors il y a un témoin quand même de la férocité dont est capable ce régime vis-à-vis de sa population pour justement essayer de la tenir dans son étoté. Ce sont ces chiffres, vous en avez dit un tout petit mot, qui sont sortis du côté de chez Amnesty International qui fait le point sur l'application de la peine de mort un peu partout dans le monde et qui montre à quel point, en Iran, on a battu des records en termes d'exécution ces derniers mois. Et ça, on va l'examiner en compagnie de Sarah Poussey.
Arnaud Reyssen
2025 est une année record pour les exécutions à mort. C'est ce que révèle le Rapport annuel d'Amnesty International sur le recours à la peine de mort dans le monde. 2707 personnes ont été exécutées l'année dernière, dont 2159 rien qu'en Iran. Le régime des Mollahs a en effet doublé le nombre de condamnés à mort par rapport à 2024, Dans un contexte politique tendu où les manifestations de la population se sont multipliées, Karine Thibault, directrice de la section francophone d'Amnesty Belgique.
Karine Thibault
Le régime, ce qu'il va faire, c'est, outre le fait qu'il va réprimer sa population dans la rue et qu'il y aura des morts dans les rues et des personnes arrêtées, les personnes arrêtées vont parfois être condamnées et condamnées à la peine de mort et être exécutées. Et on va aussi utiliser des motifs assez vagues, d'espionnage ou autre, pour en fait faire taire la dissidence et la critique. Et donc, c'est là où on voit que l'Iran a exécuté un nombre important de gens, a exécuté aussi quelqu'un qui était mineur à l'époque des faits, qui avait moins de 18 ans, et va utiliser la pendaison pour effrayer sa population.
Arnaud Reyssen
Les mises à mort ont notamment fortement augmenté à partir de juin 2025, lors des 12 jours d'affrontement avec Israël. Sous couvert d'un contexte de guerre, le gouvernement iranien a étendu la peine capitale à des infractions liées à la sécurité nationale. Plusieurs personnes ont donc été condamnées lors de semblants de procès, souvent sur base d'aveux obtenus par la torture, pour collaboration avec Israël.
Podcast Host
Alors ça ce sont des chiffres, on l'a dit, pour l'année 2025, avant donc le déclenchement de la guerre en cours. On imagine et on a des éléments qui montrent, Jonathan Piron, que le régime a encore durci cet étau depuis le début de la guerre pour contenir toute velléité de contestation de la population.
Jonathan Piron
Oui, on a vu encore récemment les annonces d'exécution capitale de personnes qui sont présentées comme des opposants mais qui sont en fait des manifestants. On se souvient aussi du soulèvement de janvier qui avait vu une répression particulièrement dure avec des dizaines de milliers très probablement de personnes qui ont été tuées par les forces du régime et qui ont été blessées. Et donc on est vraiment dans cette logique de la brutalisation et de la peur pour dissuader de toute contestation. Il est évident que ça ne résout pas du tout les problèmes de la population et donc les causes des contestations sont toujours bien présentes. Mais on est quand même dans une situation particulière où le régime se reconfigure et donc on voit qu'il y a une présence de plus en plus forte des gardiens de la Révolution au cœur du système, que ceux-ci sont très intransigeants sur leur pouvoir. Mais on a quand même vu qu'il y avait parfois quelques contradictions ou concurrences à l'intérieur du cœur du régime justement sur la stratégie à suivre pour la suite. Et donc il faudra voir après le conflit, quand un accord sera conclu déjà quels seront les critères de cet accord et surtout aussi comment le régime va essayer de s'entendre pour répondre à tant soit peu peut-être aux attentes de la population ou bien pas du tout. Et en fait ces différents éléments permettront justement de voir dans quelle mesure le régime iranien va continuer sa reconfiguration et alors aussi dans quelle mesure des mouvements de contestation ou de protestation pourraient reprendre.
Podcast Host
Ce qui transparaît, j'ai l'impression, dans ce que vous nous dites, et j'ai l'impression qu'on pourrait presque conclure chaque émission sur ce conflit en Iran de la même manière, c'est quand même à quel point cette population est victime terriblement de cette configuration où d'un côté on a eu des frappes qui ont des conséquences bien réelles pour la population, on a ce blocage du détroit d'Hormuz dont vous nous dites aussi que Il y a des conséquences très directes pour l'emploi, pour l'économie, pour l'inflation, pour l'accès à une série de biens pour les iraniens. Et puis, il y a ce régime qui se durcit. Et si demain, il y a des soulèvements, on peut imaginer que la tentation du régime et de tous ses soutiens sera de nouveau une répression sanglante. A voir si ça empêche ce soulèvement. Mais en tout cas, ce risque d'une nouvelle vague de répression semble bien réel à vous écouter.
Jonathan Piron
Il y a un terme d'ailleurs que la population iranienne emploie pour définir leur situation, c'est Feshare Zendegi, c'est à dire en fait les contraintes de la vie qui sont présentes dans tous les aspects. Et donc notamment auprès des jeunes, quand on dialogue avec eux, ils disent que nous avons en fait un avenir qui est complètement bouché et qu'il ne reste que le désespoir. Ils considèrent qu'ils sont entre le marteau et l'enclume des contraintes internationales et de la guerre et du blocus mené notamment par les américains, et la répression à l'intérieur qui leur empêche de vivre leur vie et d'avoir une vie menée en dignité. Mais néanmoins, ils considèrent qu'ils ont quand même toujours le droit de se rebeller, de se révolter, et donc il y a quand même encore cet espoir d'un Affirmerieur qui subsiste, mais pour une grande partie de la population, cette transformation ne peut se réaliser qu'en dehors du régime, et en tout cas sans le régime.
Podcast Host
En très bref, en une minute, Jonathan Piron. On a beaucoup parlé ici de ce match entre Iran et Etats-Unis. On parle un peu moins d'Israël dans ce cas-ci. Est-ce qu'on sait si Israël, d'une manière ou d'une autre, est associé pour parler ou bien agit et suit sa propre ligne dans ce dossier iranien?
Jonathan Piron
Alors directement, l'Israël n'est pas concerné par les négociations, mais on sait qu'il y a quand même toute série de contacts entre l'administration américaine et le gouvernement Netanyahou, il y en a encore eu hier, et on sait aussi que le gouvernement Netanyahou espère en fait une reprise de conflits pour affaiblir encore plus le régime iranien. Il y a aussi une contrainte intérieure qui existe en Israël, c'est celle d'élections qui devrait avoir lieu en août probablement, puisque des élections anticipées vont être convoquées. et donc ça reste aussi un acteur qui est important et c'est pour ça d'ailleurs que le régime iranien demande un règlement global du conflit pour éviter que le conflit reprenne en fait d'ici un an ou deux. Mais il n'y a pas qu'Israël, il y a aussi d'autres acteurs comme les Émirats Arabes Unis qui jouent un rôle de plus en plus important et donc en fait on assiste vraiment à une reconfédération régionale dont on peine encore à vraiment percevoir en fait le devenir.
Podcast Host
Des reconfigurations qui s'opèrent aussi, on l'a compris, sur les routes maritimes et commerciales, qui poussent à une reconfiguration énergétique, d'ailleurs un peu partout dans le monde. Mais pour ce qui concerne la population iranienne, on l'a compris, le chemin de la liberté, de la démocratie, de voir advenir de jours meilleurs, sera sans doute bien plus long et bien plus tortueux que ce que les slogans de l'administration Trump laissaient entrevoir au début du conflit. Voilà, c'était Les Clés, un podcast de la première avec à la réalisation sonore de cet épisode Adrien Schoekert, à la préparation Sarah Poussey et Arnaud Reussen. Et je vous rappelle que si vous souhaitez nous écrire, vous pouvez le faire à l'adresse lesclés.be. Si cet épisode vous a intéressé, n'hésitez pas bien sûr à le partager autour de vous.
This episode delves into the tense geopolitical standoff between the United States and Iran, centered on the ongoing blockade of the Strait of Hormuz—a globally strategic shipping passage. Host Arnaud Reyssen, alongside guest experts, explores the prospects for a US-Iran agreement, the consequences for both nations (particularly Iran), nuances within the regime, and the toll on Iranian society. The analysis is set amidst a fragile ceasefire and stalled indirect negotiations, with a focus on how the blockage affects global energy, Iranian internal stability, and the potential for wider unrest.
The episode systematically dissects not just the superficial standoff between Washington and Tehran over the Strait of Hormuz, but also the deeper, structural crises facing the Iranian regime and society. The panel highlights the unsustainability of the current impasse, the immense pressure mounting on Iranian civilians, and the likelihood of renewed dissent once the war footing recedes. Ultimately, while a US–Iran agreement may be possible and even likely, the underlying issues—including regime legitimacy and social justice in Iran—remain unresolved and poised for eruption.
Tone: Analytical, urgent, empathetic toward the Iranian population, with a focus on critical examination of both Western and Iranian regime narratives.