Transcript
A (0:00)
De quel côté de l'histoire vous rangez-vous ? Il y a là une souffrance dont.
B (0:06)
On ne voit pas la fin.
A (0:08)
La première... Deux promesses contradictoires à deux peuples sur un même territoire ne peut donner qu'une catastrophe géopolitique. Les Clés, Arnaud Roysson.
B (0:17)
Bonjour à toutes, bonjour à tous, et bienvenue dans Les Clés pour le deuxième épisode de notre série où l'on se propose de vous raconter les sources, l'histoire du conflit israélo-palestinien. en compagnie de Vincent Lemire, professeur d'histoire à l'université Gustave Eiffel de Paris, grand spécialiste de l'histoire de cette région. On remonte le fil du temps et dans ce deuxième numéro, on va commencer par revenir sur le fameux plan de partage de la Palestine.
A (0:48)
La première, les clés.
B (0:58)
Remontons d'abord en juillet 1944, en Pologne, quand le monde commence à prendre la mesure de l'ampleur du génocide des Juifs perpétré par l'Allemagne nazie. Au fil de l'avancée vers Berlin, les troupes alliées et l'armée rouge vont découvrir progressivement l'horreur des camps d'extermination, malgré le fait que les officiers allemands ont essayé d'effacer les traces de leur oeuvre de mort. En tout, entre 5 et 6 millions de Juifs vont être tués dans les camps de la mort, dans des pogroms, ou vont perdre la vie dans des camps de travail et de concentration. La mise au jour de ce génocide, de son ampleur, va forcément changer la donne dans la volonté déjà manifestée avant la guerre de donner aux Juifs un état où ils pourront vivre en sécurité. Car l'après-guerre, c'est aussi le moment où, on le disait dans notre épisode précédent, les Britanniques vont faire le constat qu'ils ne parviennent pas à gérer la situation dans l'ex-province ottomane de Palestine sur laquelle ils avaient reçu un mandat. C'est donc dans ce contexte-là qu'en 1947 va se jouer à l'ONU le partage de la Palestine et Vincent Lemire nous raconte comment les choses vont se passer.
A (2:39)
Alors ça se joue en deux temps. D'abord les Britanniques annoncent à l'Organisation des Nations Unies, qui est la nouvelle entité qui a pris la suite de la Société des Nations, de la SDN, ils annoncent officiellement leur échec. Ils rendent leur tablier, ils rendent leur mandat, ils disent on a échoué et ils annoncent une date. Ils disent le 15 mai 1948, nous quitterons le territoire, il n'y aura plus un seul soldat britannique sur le territoire et donc il faut trouver une solution avant. Donc il y a une commission de l'ONU qui se met en place, qui réfléchit à un plan onusien pour le coup, et non pas britannique. Et on l'oublie un peu mais il y a deux plans qui sont élaborés. Un plan de partition, entre un État juif et un État arabe, c'est celui qui va finalement être mis au vote. Mais il y a aussi un plan qui est élaboré en particulier par les Indiens, c'est intéressant. C'est un plan d'un État unique, d'un État fédéral, qui prend acte du fait que les populations sont déjà entremêlées dans l'espace israélo-palestinien actuel, que leurs destins sont liés. qu'économiquement, elles ont intérêt à travailler ensemble. Et donc, il y a deux propositions qui sont mises sur la table, un plan de partition et un État unique, binational, un État fédéral. C'est intéressant à rappeler aujourd'hui, parce que quand on parle de la solution éventuelle à un seul État, la fameuse solution binationale, on a l'impression d'inventer un truc complètement baroque. En fait, l'ONU y avait déjà pensé en 1947. Sauf que, Les arabes, les palestiniens font un peu la politique de la chaise vide. Ils considèrent que leurs intérêts ne seront pas bien défendus par l'ONU. Et du côté sioniste, ils jouent la carte de la partition. Ils savent qu'ils sont un tiers de la population seulement, qu'ils ont à peine 15% des terres et que donc, dans un état fédéral, ils seront perdants. Et donc ils préfèrent avoir un petit état juif sur seulement une partie du territoire plutôt qu'un état fédéral dans lequel ils seraient dilués. Voilà. C'est vraiment... Il faut à chaque fois se remettre dans le présent des... Voilà. Et donc le premier projet qui va être mis au vote, à l'Assemblée Générale des Nations Unies, hein, c'est pas le Conseil de sécurité, c'est l'Assemblée Générale qui vote de l'époque. Il y a beaucoup moins d'états qu'aujourd'hui, évidemment, puisqu'il y a tous les états qui sont encore colonisés. C'est le plan de partition. Et le plan de partition, il prévoit un État juif sur 55% du territoire et un État arabe sur 45% du territoire. On s'interroge toujours, on dit, mais pourquoi est-ce que les Palestiniens ont refusé ce plan ? S'ils l'avaient accepté, aujourd'hui, ils auraient 45% du territoire. Aujourd'hui, Mahmoud Abbas se bat pour 22% du territoire. La Cisjordanie plus Gaza, c'est 22-23% du territoire. Donc pourquoi ? Mais parce que, justement, ils ne connaissaient pas la suite. Les nationalistes palestiniens, ils représentent 70% de la population, 85% des terres, et on leur demande de signer un papier où ils auront 45% du territoire. Ils ne peuvent pas l'accepter. À l'inverse, l'accord sioniste est parfaitement logique. Ils sont 30%, ils ont 15% des terres, et s'ils signent un papier, ils auront 55% du territoire. Ils sont très largement gagnants. Il suffit d'être logique, c'est du bon sens. Chacun agit en fonction de ses intérêts du moment. Et puis, le vote a lieu, il passe à la majorité qualifiée, et donc le plan de partition est accepté. Les organisations zionistes s'en réjouissent, ils disent qu'ils vont l'appliquer. Les Palestiniens le refusent, logiquement. Donc l'insurrection démarre, et ça va être la première guerre israélo-arabe qui va ensuite fixer d'autres frontières.
