Résumé détaillé de l’épisode
Podcast : Les Clés
Épisode : La Belgique subventionne-t-elle trop ses entreprises ?
Date : 3 novembre 2025
Hôte : Arnaud Ruyssen (RTBF)
Invités principaux : Bruno Borin (chercheur, Grézea/Econosphère), Clarisse Ramakers (directrice générale, Agoria Wallonie)
Thème principal
Cet épisode s’interroge sur l’ampleur des subventions publiques versées aux entreprises en Belgique. En pleine tension budgétaire, alors que la dette publique s’envole, Arnaud Ruyssen et ses invités analysent l’évolution, la justification et l’efficacité de ces subventions, questionnant leur réelle utilité économique et sociale et mettant en lumière le débat entre soutien nécessaire et effets d’aubaine.
Points clés et structure de l’épisode
1. Contexte et définition des subventions aux entreprises
[00:17 – 05:08]
- Enjeu rarement discuté dans les débats budgétaires : les subventions aux entreprises représentent 25 milliards d’euros en 2024, soit 4% du PIB belge, d’après la Banque Nationale de Belgique (BNB).
- Nature des aides :
- Subventions directes à des entreprises de service public (ex : SNCB, Bpost).
- Majoritairement : subventions salariales (réductions de cotisations patronales, dispenses de précompte, subsides pour titres-services, etc.).
- Aides ciblées (recherche, transition énergétique, environnement).
- Problématique posée : L’efficacité réelle de ces politiques n’est pas évaluée avec rigueur. La pression fiscale nette sur le travail serait, après subventions, moins élevée qu’en France et comparable à l’Allemagne.
2. Analyse critique : la vraie ampleur des aides
[05:08 – 11:59]
- Bruno Borin expose que selon ses recherches, le chiffre réel du soutien public aux entreprises lucratives serait bien supérieur :
« Ce n’est même pas de 25 milliards dont il faudrait parler, mais plutôt de 50 milliards, soit le double. » – Bruno Borin [05:30]
- Méthodologie différente de la BNB :
- Intègre tout le tax shift (réforme de 2016 réduisant impôts sur sociétés et cotisations patronales).
- Prend aussi en compte les niches fiscales (19 milliards d’euros).
- Chiffre en hausse exponentielle depuis les années 90.
- Contraintes budgétaires : Bruno Borin alerte sur des transferts de ressources opérés depuis des secteurs comme la culture, l’enseignement, la santé, au profit du secteur privé, « des politiques de transfert budgétaire » plutôt que d'économies pures.
3. Efficacité économique et emploi : débat sur la pertinence
[11:59 – 13:33]
- Le présupposé politique : ces subventions servent à favoriser l’emploi et la compétitivité.
- Contestation :
« Ces transferts budgétaires s’accompagnent en effet de transferts d’emplois, mais pas de créations d’emplois. » – Bruno Borin [09:55]
- Le cas Audi Bruxelles : entreprise largement aidée, qui a fini par détruire de l’emploi.
- Risque d’accoutumance aux subventions et d’un manque de modernisation industrielle.
4. Position des entreprises
[13:33 – 18:09]
- Clarisse Ramakers (Agoria Wallonie) justifie le maintien du soutien :
- L’essentiel du tissu économique belge est composé de PME (95%).
- Le secteur privé serait le « moteur de l’économie » ; il crée la valeur et donc les ressources pour l’État.
- Le soutien durant la crise du Covid a permis d'amortir le choc social. Les entreprises absorbent des charges spécifiques (indexation automatique des salaires, décarbonation).
« C’est le secteur privé qui reste le moteur de notre économie. » – Clarisse Ramakers [14:40] « On a quand même dû absorber 11% d’indexation automatique en 2022... » – Clarisse Ramakers [16:00]
- Belgique en compétition sur un marché mondial, avec un environnement réglementaire européen plus exigeant.
- Difficulté de mesurer « ce qui se serait passé si on ne l’avait pas fait » ; besoin de repenser le type d’industrie qu’on souhaite développer.
5. Demande globale versus soutien à l’entreprise
[18:09 – 19:51]
- Bruno Borin nuance : la vraie clef de l’emploi reste la demande globale, pas le simple soutien à l’entrepreneur :
« Depuis Keynes, on sait que le moteur de l’économie… c’est le consommateur, c’est la demande, et c’est le contribuable. » – Bruno Borin [18:38]
6. Les subventions peuvent-elles freiner l’innovation ?
[19:51 – 20:32]
- Risque d’accoutumance aux aides, d’un manque de « montée en gamme » (innovations, modernisation) signalé par des économistes français :
« Les subventions aux entreprises peuvent avoir un effet de non-montée en gamme et de non-innovation technologique. » – Bruno Borin [20:18]
- L'État doit-il assumer le coût de la transition verte sans socialiser les bénéfices ?
7. Point de vue des syndicats
[20:32 – 22:26]
- Thierry Baudeçon (FGTB) :
« Il est temps de passer à une évaluation de ces subsides. On va constater qu’il y a des doublons, des choses qui sont inutiles… » – Thierry Baudeçon [21:17]
- Demandes syndicales :
- Établir un « cadastre des subventions » et en évaluer l’efficacité réelle.
- Supprimer les aides dont la plus-value n’est pas prouvée.
- Critique de la déséquilibre : l’État fait des économies sur les plus vulnérables tout en maintenant les subventions pléthoriques aux entreprises.
8. Débat sur l’évaluation des aides publiques
[22:26 – 25:28]
- Clarisse Ramakers :
- Bon nombre d’aides sont déjà conditionnées à la création ou au maintien d’emplois.
- La destruction d’emplois n’est pas causée par les aides, mais par un contexte de mondialisation rapide.
« Il y a des conditions [aux aides] qui existent et il ne faut pas faire comme si elles n’existaient pas. Ce n’est pas des cadeaux qu’on fait aux entreprises. » – Clarisse Ramakers [23:10]
- L’Europe ne définit plus les règles du jeu ; « marche forcée » à l’adaptation.
- La question demeure : comment évaluer objectivement l’efficacité de politiques dont l'alternative contrefactuelle est impossible à établir ?
9. Conclusion : quelle fiscalité pour demain ?
[25:28 – fin]
- Bruno Borin questionne la légitimité du financement public à l’heure où les revenus du capital et les dividendes explosent.
« Est-ce que c’est à la sécurité sociale et à l’État de permettre l’adaptation des entreprises privées quand on sait que les revenus du capital augmentent au détriment des revenus salariaux… ? » – Bruno Borin [25:46]
- Arnaud Ruyssen, pour conclure : question de la refonte fiscale et des risques d’évasion, impossible à résoudre à l’échelle belge seule, impliquant un chantier fiscal à l’échelle européenne.
Citations marquantes & Moments-clés
- [05:30] « Ce n’est même pas de 25 milliards dont il faudrait parler, mais plutôt de 50 milliards, soit le double. » – Bruno Borin
- [09:55] « Ces transferts budgétaires s’accompagnent en effet de transferts d’emplois, mais pas de créations d’emplois. » – Bruno Borin
- [14:40] « C’est le secteur privé qui reste le moteur de notre économie. » – Clarisse Ramakers
- [16:00] « On a quand même dû absorber 11% d’indexation automatique en 2022... » – Clarisse Ramakers
- [18:38] « Depuis Keynes, on sait que le moteur de l’économie… c’est le consommateur, c’est la demande, et c’est le contribuable. » – Bruno Borin
- [20:18] « Les subventions aux entreprises peuvent avoir un effet de non-montée en gamme et de non-innovation technologique. » – Bruno Borin
- [21:17] « Il est temps de passer à une évaluation de ces subsides. On va constater qu’il y a des doublons, des choses qui sont inutiles… » – Thierry Baudeçon (FGTB)
- [23:10] « Il y a des conditions [aux aides] qui existent et il ne faut pas faire comme si elles n’existaient pas. Ce n’est pas des cadeaux qu’on fait aux entreprises. » – Clarisse Ramakers
- [25:46] « Est-ce que c’est à la sécurité sociale et à l’État de permettre l’adaptation des entreprises privées quand… le taux de dividendes explose dans les entreprises ? » – Bruno Borin
Timestamps des grands moments
- 00:17 – Introduction au sujet : état des finances publiques et définition des subventions
- 05:08 – Débat sur le montant total réel des aides avec Bruno Borin
- 13:33 – Droit de réponse du monde de l’entreprise (Clarisse Ramakers)
- 18:38 – Discussion sur l’origine réelle des créations d’emploi (demande vs entrepreneurs)
- 20:57 – Prise de position des syndicats sur l’évaluation des subventions
- 22:26 – Débat sur la nécessité et l’efficacité des aides conditionnées
- 25:28 – Conclusion et ouverture sur le nécessaire chantier fiscal européen
Synthèse
L’épisode offre une plongée nuancée dans la mécanique budgétaire des subventions aux entreprises belges. S’il expose la nécessité d’un certain soutien à l’économie, il met aussi en lumière les faiblesses du système actuel : absence d’évaluation rigoureuse, risques d’inefficacité, d’effets d’aubaine, compétition fiscale destructrice, et question du partage équitable de la charge fiscale entre travail et capital. Le débat reste largement ouvert quant à l’orientation future des politiques publiques en Belgique et en Europe.
(Résumé rédigé dans le respect du ton informatif et du style argumentatif de l’émission.)
