Les Clés – "L’Europe face aux empires"
Podcast: Les Clés | Host: RTBF - Arnaud Ruyssen
Guest: Federico Santopinto (IRIS)
Date: 25 janvier 2026
Durée: ~27 min
Aperçu général
Dans cet épisode, Arnaud Ruyssen s’intéresse à la position de l’Europe face à la montée des logiques impériales de la Chine, de la Russie, et désormais des États-Unis sous Donald Trump. L’émission analyse la transformation des rapports transatlantiques, le réveil (tardif) de la fermeté européenne, mais aussi les difficultés structurelles qui empêchent l’Union Européenne de s’imposer comme puissance souveraine dans une mondialisation marquée par la brutalité et la remise en cause des règles internationales. L’expert Federico Santopinto (IRIS) vient décrypter ces dynamiques et livre une analyse franche sur les faiblesses et dilemmes européens.
Principaux temps forts et thématiques
1. État des lieux des tensions transatlantiques
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00:00 – 04:00
- Rappel du contexte géopolitique : ambitions expansionnistes des grandes puissances, montée de l’impérialisme et rupture de l’ordre mondial post-guerre froide.
- Retour sur la "bromance" Trump-Macron de 2017-2018, rapidement confrontée à la réalité : divergences sur le climat, le commerce, l’OTAN.
- Citation (Donald Trump, sur le 14 juillet) [02:09] :
« Être votre invité pour le 14 juillet, ça a été un des grands jours de ma vie. Merci encore, merci Emmanuel. »
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04:00 – 06:00
- Changement de ton des Européens à Davos, face à un Trump menaçant d’annexer le Groenland et menant une guerre commerciale ouverte.
- Citations (Macron & Bart De Wever) :
- Macron [04:49] : « ... une accumulation sans fin de nouveaux droits de douane, tout cela est fondamentalement inacceptable. »
- Bardeweever [05:29] : « Tant de lignes rouges ont été franchies qu’il faut envisager la fin de l’alliance transatlantique... »
2. Analyse de la réaction européenne : rupture ou illusion de fermeté ?
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06:30 – 08:45
- Santana Pinto : "Les déclarations plus fermes sont notables, mais la division européenne demeure. Certains, comme la Hongrie ou l’Italie, restent discrets voire conciliants."
- Mention de Giorgia Meloni qui, pour la première fois, critique Trump publiquement.
- Citation (F. Santopinto) [07:01] :
« Les Européens semblent avoir pris conscience qu’il faut savoir dire non à Trump, un peu comme il faut dire non à un enfant petit, sinon il est trop gâté. »
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08:45 – 11:00
- Sur la crise du Groenland : la ligne rouge de la souveraineté forcée Trump à reculer, mais surtout sous pression des marchés, du business US et d’une partie de son propre camp.
- Citation (F. Santopinto) [10:27] :
« Ce sont surtout des facteurs internes (économiques, électoraux) qui ont poussé Trump à revoir sa position, plus que la fermeté européenne. »
3. Le "bazooka" commercial européen et ses limites
- 11:47 – 14:24
- LUE dispose d’un instrument anti-coercition (réplique commerciale musclée), mais sa mise en œuvre est illusoire en l’état : divisions internes (Italie, Hongrie, Slovaquie, Tchèques, Allemagne, Commission), manque de courage politique.
- Citation (F. Santopinto) [12:54] :
« Même si Trump devait reprendre un discours agressif, je n’ai pas l’impression qu’on serait capable d’avoir la majorité qualifiée nécessaire au sein de l’UE pour activer ce bazooka commercial… »
4. Le poids de l’Ukraine et les faiblesses structurelles européennes
- 14:33 – 17:36
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Pourquoi tant d’hésitation européenne ? Deux raisons majeures :
- Dépendance vis-à-vis des États-Unis sur la sécurité, à cause du conflit en Ukraine.
- Blocages psychologiques et idéologiques d’une élite politique restée atlantiste, refusant d’admettre la nécessité de véritables capacités européennes autonomes.
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Citation (F. Santopinto) [15:18] :
« L’éléphant dans la pièce, c’est l’Ukraine. Le conflit en Ukraine est présent dans toutes les négociations commerciales, Groenland ou autres, avec les États-Unis. »
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Sur le renseignement (ISR) américain [16:08] :
« En termes de renseignements, les Américains ont 30 ans d’avance sur tout le monde… La dépendance des Européens, des Américains, d’un point de vue militaire, est très importante… »
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5. Le discours de Mark Carney : coopération stratégique des puissances moyennes
- 18:20 – 21:18
- Retour sur le discours marquant du Premier ministre canadien Mark Carney à Davos, appelant les "puissances moyennes" à coopérer pour construire un nouvel ordre international basé sur le respect des droits, la souveraineté et la solidarité.
- Citations (Mark Carney) :
- [18:39] : « La fiction dont parle le Premier ministre canadien, ce sont les règles qui, pendant des décennies, ont défini les relations internationales. »
- [19:35] : « La puissance des moins puissants commence par l’honnêteté. »
- [20:12] : « Nous aspirons à être à la fois fidèles à nos principes et pragmatiques. »
- [21:07] : « Si vous n’êtes pas à table, vous êtes au menu. »
6. Quelle stratégie européenne ? Plus d’intégration, pas moins !
- 22:02 – 24:44
- Federico Santopinto voit dans le discours de Carney la première alternative idéologique construite face à Trump, même supérieure à la réponse européenne ou démocrate.
- Appel à plus d’intégration politique et militaire européenne, sans quoi l’UE restera un marché vulnérable :
« Les États-Unis de Trump veulent détruire l'Union européenne... l'intégration européenne, je pense que c'est la clé pour pouvoir préserver une dignité européenne, défendre ses valeurs, mais également sa croissance économique... » [24:44]
7. Le paradoxe nationaliste et la bataille des idées
- 26:15 – 27:14
- Contradiction entre montée des adversaires de l’UE dans les sondages et, en même temps, une "européanisation" progressive des discours nationalistes.
- Manque cruel d’un débat d’idées "pro-européennes" face aux souverainistes.
- Citation (F. Santopinto) [26:34] :
« On constate que dans ce paradoxe, les nationalistes européens se européanisent… »
Citations et moments clés
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Fermeté à géométrie variable (F. Santopinto) [07:01] :
« Il faut savoir dire non à Trump, un peu comme il faut dire non à un enfant petit, sinon il est trop gâté… » -
Trump recule sous pression (F. Santopinto) [10:27] :
« S'il voit qu'il perd des électeurs, et que le business commence à perdre de l’argent, il peut faire un pas en arrière… Les votes et l’argent, c’est ce qui compte pour lui. » -
L’Europe et ses propres limites [12:54] :
« Je n'ai pas l'impression qu'on serait capable d'avoir la majorité qualifiée nécessaire au sein de l'Union Européenne pour activer ce bazooka commercial… » -
Dépendance militaire [16:08] :
« Les Américains ont 30 ans d’avance sur tout le monde [sur le renseignement militaire]. » -
Carney à Davos [21:07] :
« Si vous n’êtes pas à table, vous êtes au menu. » -
La clé : plus d’Europe [24:44] :
« L'intégration européenne, je pense que c'est la clé pour pouvoir préserver une dignité européenne… »
Conclusion – Points saillants
- Le sursaut (timide) d’orgueil européen face aux États-Unis est réel mais fragile : les intérêts, visions et stratégies restent très divisés.
- La dépendance stratégique (Ukraine, renseignement, défense) envers Washington limite toute velléité de rupture.
- L’appel à construire une "autonomie stratégique" européenne est aussi idéologique que pragmatique : sans intégration pleine, pas de capacité d’action, ni de résilience face à la nouvelle ère des empires.
- Un besoin urgent de débat politique sur le sens du projet européen, ses valeurs et son efficacité dans la protection des citoyens.
« Il faut revenir à un débat d’idées, à une confrontation d’idées, et ça on l’a très peu fait jusqu’à présent » — Federico Santopinto [27:14]
Pour les auditeurs pressés :
Un épisode essentiel pour saisir l’état de la relation Europe-USA sous la “nouvelle ère Trump” et la nécessité d’une refondation profonde du projet européen dans un monde brutalement multipolaire.
