Résumé détaillé de l’épisode : « LEZ (zone de basse émission) à Bruxelles : comprendre les enjeux »
Podcast : Les Clés
Date : 12 janvier 2026
Animé par : Arnaud Ruyssen (RTBF)
Invitées principales :
- Céline Bertrand (experte en santé environnementale, Société Scientifique de Médecine Générale)
- Claire Pelgrims (chercheuse FNRS en urbanisme et mobilité, ULB)
Reportage : Sarah Poussey
Thème général
Cet épisode de « Les Clés » décortique la mise en œuvre de la zone de basse émission (LEZ) à Bruxelles, entrée dans une nouvelle phase depuis le 1er janvier 2026. L'émission explore les origines, la justification sanitaire, les défis sociaux, économiques, et les réactions citoyennes face à cette mesure qui bannit désormais les véhicules diesel Euro 5 et essence Euro 2 dans la capitale. L'objectif est de décrypter les enjeux, les tensions entre santé publique et justice sociale, et la manière dont cette politique se compare aux autres pays européens.
Points clés & déroulé chronologique
1. Contexte et Genèse de la LEZ à Bruxelles
[00:15–04:00]
- Annonce du nouveau palier : Depuis le 1er janvier 2026, l’interdiction frappe les diesels Euro 5 (immatriculés avant 2015) et les essences Euro 2 (avant 2000).
- Origines : Décidé en 2017 ; entrée en vigueur en 2018, montée en gamme progressive du dispositif chaque année pour interdire successivement les véhicules les plus polluants.
- Nature de la mesure : Santé publique avant tout, le diesel étant visé en premier car plus nocif.
- Turbulences politiques : Une tentative de report votée par le parlement (MR, Les Engagés, Open VLD, PS) avait repoussé l’application de la nouvelle phase à 2027, mais la Cour constitutionnelle a annulé ce report à la suite d’un recours citoyen.
Citation marquante :
« On va reporter l'entrée en vigueur de la prochaine phase de la zone de basse émission, la lèse de deux ans. Fin de l'histoire. Non, pas encore... la Cour va donner raison aux citoyens et donc retour au calendrier initial. » (Narrator/Host, [04:34])
2. Pédagogie et clarification des règles
[05:00–06:47]
- Explication claire des interdictions : Désormais, les véhicules diesel Euro 5 et essences Euro 2 sont interdits dans Bruxelles.
- Phase de transition : Trois premiers mois avec seulement un avertissement, puis amende de 350 €.
- Dérogations temporaires : Pass journalier à 35 € (maximum 24 jours/an).
- Chiffre important : 400 000 voitures concernées, soit presque 7 % du parc belge.
3. Pourquoi la LEZ ? L’enjeu santé publique
[06:47–11:42] Intervention de Céline Bertrand
- La pollution de l’air, fléau invisible : 8 millions de décès/an dans le monde, dont 700 000 enfants de moins de cinq ans.
- Coût pour Bruxelles : Environ 1 400 € de coût sanitaire par habitant/an, au-dessus de la moyenne européenne.
- 98 % de la population bruxelloise exposée à des seuils de NO2 supérieurs aux recommandations OMS.
Citation marquante :
« Bruxelles, c’est un gros souci, puisque en termes de coûts sanitaires liés à la pollution de l’air, on a… plus ou moins 1 400 euros par habitant par an pour Bruxelles. Et c’est au-delà de la moyenne européenne. »
— Céline Bertrand, [07:11]
- Impacts majeurs sur les enfants :
- plus exposés (taille, proximité pots d’échappement, respiration)
- atteinte du développement pulmonaire, asthme, troubles neurodéveloppementaux, phénomènes inattendus comme la contribution à l’obésité (pollution = perturbateur endocrinien)
- Impacts adultes : cancers, maladies chroniques, aggravation des risques en milieu urbain très dense.
Citation marquante :
« La pollution de l’air agit un peu comme un perturbateur endocrinien… impact sur le stockage des graisses, notamment sur la société. »
— Céline Bertrand, [09:04]
4. Justice sociale, information et vécu des citoyens
[11:42–16:04]
- Besoin d’équité et de moyens pour la transition : Importance de mesures d’accompagnement.
- Témoignages de terrain recueillis par Sarah Poussey :
- Méconnaissance généralisée de la LEZ par les citoyens ; la majorité ne sait pas précisément ce que cela signifie.
- Simon : expérience positive grâce aux primes pour abandon du véhicule, s'est tourné vers les transports en commun et vélo.
- Yvan, indépendant : contraint d’arrêter d’utiliser sa voiture à Bruxelles sous peine de s’endetter pour un véhicule plus récent.
- Préoccupation majeure : coût économique du remplacement du véhicule, demande de systèmes d’aide.
- Réaction partagée : certains comprennent la nécessité écologique mais déplorent un manque d’alternative ou de soutien suffisant, surtout en temps de crise économique.
Citation marquante :
« Est-ce que les pouvoirs publics sont en droit de me retirer mon outil de travail ? »
— Yvan, citoyen indépendant, [14:16]
5. Gouvernance, accompagnement et limites du dispositif
Intervention de Claire Pelgrims, [16:13–22:10]
- Bruxelles pionnière en Belgique : Long processus de consultation et d’études d’impact ; dispositifs d’aides plus généreux qu’en France, progressifs selon les revenus ; stratégie de dérogations (PMR, parents enfants handicapés, etc).
- Problème de justice environnementale : Les plus défavorisés, surtout en périphérie, subissent la contrainte économique du dispositif tout en étant moins contributeurs aux émissions locales.
- Le cas de la périphérie :
- 50 % des ménages précaires hors Bruxelles possèdent une voiture, souvent par nécessité.
- Statu quo impossible : la LEZ est aussi une mesure de justice sociale, car ce sont les quartiers pauvres qui souffrent le plus de la pollution… malgré le fait qu’ils possèdent moins de voitures.
- Problème d’articulation régionale : l’absence de concertation avec la Wallonie et la Flandre empêche un accompagnement optimal des personnes vivant hors Bruxelles et venant y travailler.
Citation marquante :
« Le statu quo n’est pas non plus acceptable. Juste dire ok, on les laisse rouler avec leurs voitures, ça ne règle pas le problème de précarité très important et d’inégalité de mobilité de ces publics-là. »
— Claire Pelgrims, [18:06]
Exemple structurant :
- Les dispositifs d’accompagnement sont jugés bien plus importants à Bruxelles qu’en France (aides progressives, dérogations), mais manquent d’extensions aux autres régions pour les "navetteurs".
6. Penser global : santé, alternatives, angles morts
[22:10–24:00]
- Approche intégrée urgente : Nécessité de sortir du prisme « pot d’échappement », considérer toutes sources de pollution (particules dues aux pneus, activité aéroportuaire…).
- Importance des espaces verts : Les quartiers populaires sont aussi ceux où les arbres sont le plus coupés, réduisant la protection naturelle contre la pollution.
- Appel à la logique : Agir globalement, territorialement et sectoriellement (intersectorialité, santé générale, santé psychologique).
Citation marquante :
« Il faut vraiment l’approche la plus globale possible… pour éviter d’avoir des effets et des dommages, finalement, suite à des mesures. »
— Céline Bertrand, [22:10]
7. Où se situe Bruxelles par rapport à l'Europe ?
[24:27–25:34]
- Comparaison européenne : Bruxelles avancée par rapport à l’Est (où l’opposition, souvent soutenue par l’extrême droite, est plus forte), mais clairement à la traîne vis-à-vis de l’Europe de l’Ouest (seules trois villes belges dotées d’une LEZ, mesures jugées peu ambitieuses).
- Problème récurrent : lisibilité et stabilité du cadre : Les modifications répétées du calendrier ont brouillé la communication, nuisant à l’acceptabilité.
Citation marquante :
« On est vraiment à la traîne avec uniquement trois villes en Belgique qui ont des politiques de cet ordre-là et finalement des mesures qui sont assez peu ambitieuses. »
— Claire Pelgrims, [24:53]
Synthèse et conclusion
- La LEZ bruxelloise est avant tout un dispositif de santé publique, progressif mais qui se heurte à des défis de justice sociale et à l’articulation entre régions.
- Les impacts sanitaires de la pollution de l’air justifient la mesure, mais celle-ci peut peser lourdement sur des segments précaires de la population (surtout navetteurs de la périphérie).
- Le dispositif d’aides et de dérogations bruxellois tente de compenser ces effets, mais reste incomplet sans coordination inter-régionale et alternatives de mobilité suffisantes.
- Pour réussir, il est essentiel de travailler l’information, la stabilité du cadre, l’offre de transports publics et une vision globale du problème, incluant tous les facteurs de pollution.
- Sur le plan européen, Bruxelles avance mais reste timorée par rapport à des voisins comme l’Allemagne ou les Pays-Bas.
- Message clé de l’épisode : Avancer vers une transition écologique juste et cohérente suppose un accompagnement social, des politiques coordonnées sur l’ensemble du territoire, et la prise en compte des réalités locales.
Citations et moments clés, par timestamp
- « Bruxelles, c’est un gros souci... 1400 euros par habitant par an pour Bruxelles. » — Céline Bertrand [07:11]
- « La pollution de l’air agit un peu comme un perturbateur endocrinien… impact sur le stockage des graisses… » — Céline Bertrand [09:04]
- « Est-ce que les pouvoirs publics sont en droit de me retirer mon outil de travail ? » — citoyen indépendant [14:16]
- « Le statu quo n’est pas non plus acceptable... » — Claire Pelgrims [18:06]
- « Il faut vraiment l’approche la plus globale possible… » — Céline Bertrand [22:10]
- « On est vraiment à la traîne... » — Claire Pelgrims [24:53]
Pour aller plus loin :
- Emission riche en témoignages et expertises pour comprendre la complexité de la mise en œuvre de la LEZ à Bruxelles, ses bénéfices et ses limites.
- L’équation écologique ne pourra être juste que si elle est pensée comme une équation sociale et territoriale.
