
L’IA est un outil utilisé au quotidien par de plus en plus de personnes, et notamment des élèves. La classe de rhéto de l’Institut Sainte-Marie Providence à Seraing, que nous avons rencontrée s’interroge donc sur l’impact de cet usage sur leur vie, et surtout sur l...
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Vincent Flamand
On vit une révolution technologique et scientifique comme on en a peu connu. On a délégué à la machine le soin d'apprendre par elle-même.
Arnaud Reussen
La première.
Vincent Flamand
Est-ce que vous vous sentez plus intelligent parce que vous utilisez l'intelligence artificielle ? J'ai besoin de repères. C'est un moment d'opportunité pour l'humanité. Les clés. J'ai parfois peur qu'au fond ces machines nous privent de notre fragilité. Arnaud Reussen.
Sarah Pousset
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés pour le quatrième et dernier épisode de notre série consacrée à l'intelligence artificielle. Un épisode un peu différent des autres puisqu'il va nous emmener à l'école. On vous propose en effet une spéciale jeune avec des élèves de réto qui nous ont suggéré cette question. L'IA n'est-elle pas en train de nous rendre moins intelligents ? Alors on va prendre le temps d'essayer de trouver des réponses à cette question délicate. Mais d'abord, faisons connaissance. C'est Sarah Pousset qui nous présente ces élèves venus de la région liégeoise.
Student 1
On vient de l'école Sainte-Marie-Providence, à Gemep.
Student 2
Donc ça se trouve à Serein.
Student 1
On est une classe de 6ème année.
Student 2
Du coup, dans notre classe, on a des échos et des sciences, mais la plupart du temps, on est ensemble.
Arnaud Reussen
C'est avec des rétos venus de Serein que nous avons enregistré l'émission du jour. Ils sont venus jusqu'à la RTBF pour parler d'intelligence artificielle. Sans surprise, c'est un outil qu'ils utilisent quotidiennement, autant pour l'école que leur projet personnel. Alors, à long terme, ils s'interrogent, est-ce que l'intelligence artificielle diminue nos capacités intellectuelles ?
Vincent Flamand
La question, elle vient de moi, mais je me suis dit que c'était intéressant d'en parler parce que c'est quelque chose.
Student 1
Qui nous concerne tous.
Student 2
Personnellement, je trouve cette question très importante parce que c'est un outil qui fait partie de notre vie quotidienne.
Student 1
Ça touche tout le monde, les plus jeunes comme les plus âgés.
Student 2
Il y a même des profs qui l'utilisent pour faire par exemple des QCM, etc.
Student 3
Il faut savoir quand même les effets que ça a sur nous, comment bien l'utiliser et son impact sur notre vie.
Arnaud Reussen
Évaluer l'impact de l'intelligence artificielle sur notre vie et surtout sur notre esprit, c'est donc ce qu'on va découvrir dans cette émission.
Sarah Pousset
Et pour construire le dialogue avec les jeunes, on avait aussi invité un prof de philo venu, lui aussi justement de la région liégeoise. Il s'appelle Vincent Flamand, mais on va le laisser se présenter lui-même.
Vincent Flamand
Je m'appelle Vincent Flamand, j'ai 53 ans, je viens donc d'un monde à la base où il n'y avait pas de smartphone, il n'y avait pas de GSM, j'ai vu les premiers jeux vidéo, donc vous voyez je suis un homme préhistorique. Je suis prof de philo, de philosophie et d'éthique à ELMO, Haute École Libre-Mausane, donc les hautes écoles à Liège. Et je travaille surtout, je donne des cours à des étudiants essentiellement dans des filières techniques, qui sont en robotique, qui vont construire des robots, qui justement font des bacheliers en intelligence artificielle, en cybersécurité, des ingénieurs. Donc j'essaie surtout de réfléchir avec des étudiants qui ont une formation technique et scientifique, avec le but ensemble de se décaler un peu et de se poser la question que vous posiez, mais qu'est-ce qui nous arrive, qu'est-ce qui se passe, qu'est-ce que c'est que ça ?
Sarah Pousset
Voilà, les présentations sont faites. Entrons dans le vif du sujet. Petit sondage d'abord. Combien parmi les 25 élèves présents utilisent l'IA au moins une fois par semaine ? Je regarde. Oui, oui, oui. Ah ben voilà, tout le monde. Tout le monde. Absolument tout le monde. Même les profs utilisent au moins une fois par semaine. Bon, est-ce que vous pouvez m'expliquer en quelques mots pourquoi vous l'utilisez ?
Student 1
Ben, principalement, moi, c'est surtout pour faire des recherches. et corriger certains calculs ou des devoirs que les professeurs nous ont donnés.
Student 2
Pour comprendre des phrases assez complexes. Moi, c'est plus pour synthétiser des cours. Par exemple, envoyer une photo d'un cours que je ne comprends pas bien et que ce soit Tchèque-GPT ou une autre IA. Du coup, elle me répond en me donnant les éléments essentiels ou alors, par exemple, pour faire un exposé. Voilà. C'est pour répondre souvent à des questions auxquelles je n'ai pas de réponse. Si je ne trouve pas sur Google, je vais sur Tchèque-GPT ou quelque chose comme ça. C'est surtout si je travaille sur des grands projets qui demandent beaucoup de temps et beaucoup de réflexion, ça m'aide à structurer ma pensée, c'est plus pratique.
Student 1
Généralement c'est juste pour transformer des podcasts.
Vincent Flamand
En textes écrits parce que j'ai plus.
Student 4
Simple à comprendre l'implicite dans l'écrit que dans l'oral. Plus pour quand j'ai des fautes d'orthographe ou même créer des exercices par rapport aux maths ou à l'ordre de l'irlandais.
Sarah Pousset
Tu donnes un point de matière et tu dis est-ce que tu peux m'inventer des exercices comme ça je peux m'entraîner quoi.
Student 4
Par rapport à la grammaire et tout ouais.
Student 2
Personnellement j'utilise pour m'exercer donc quand je suis pas sûre d'avoir très bien compris je lui demande des exercices en plus pour pouvoir m'exercer et c'est aussi pour synthétiser certains cours pour que ça soit plus réduit et que ça soit plus facile à comprendre.
Student 4
Alors j'utilise soit pour trouver des documents pour les exposer par exemple soit pour tricher au contrôle.
Sarah Pousset
Et comment on triche au contrôle avec l'intelligence artificielle ?
Student 4
On prend une photo du contrôle et.
Student 1
Après il donne la réponse aux questions. Moi je ne l'utilise pas forcément pour l'école, je l'utilise souvent quand j'ai des questions comme ça et que personne ne peut répondre autour de moi. Je trouve que c'est utile de le poser.
Sarah Pousset
En deux ans à peine, L'IA, et en particulier les modèles de langage comme Chajipiti, sont complètement rentrés dans la vie des élèves. Et aussi, bien sûr, dans la vie des profs. Les deux enseignantes qui nous avaient aussi rejoints et qui aient accompagné la classe le confirmaient, les changements que cela induit sont assez spectaculaires.
French Teacher
Oui, je suis enseignante en français, donc effectivement, ça a beaucoup changé quand les travaux ont commencé à être très très purs au niveau orthographique. Là, ça nous a quand même un peu surpris. Mais surtout, je trouve que l'intelligence artificielle fournit des réponses avec des structures types. Et il y a un lexique qui n'est pas le même que celui que les élèves emploient habituellement. Je me suis retrouvée une fois devant un travail dont je me suis dit, je suis sûre qu'en classe, l'élève n'aurait jamais écrit ça. et je lui ai fait réécrire en classe pour voir... parce que c'était très difficile aussi. Avant, quand les élèves copiés-collés allaient travailler sur Google, il suffisait de taper deux phrases clés dont on voyait bien que le lexique ne correspondait pas à leur niveau de langue et on retrouvait le document. Mais ici, je ne peux pas dire à Chadi Piti, est-ce que c'est toi qui as écrit ça ? J'ai déjà testé les reconnaisseurs de... de production humaine ou humanoïde et en fait ça fonctionne absolument pas. Donc voilà, après maintenant ça a changé aussi la façon d'enseigner puisqu'il y a des travaux pour lesquels je dis ben voilà, là vous pouvez faire corriger par liage, je ne m'occuperai pas de l'orthographe et moi ça me facilite vraiment la vie. Et puis d'autres, je dis ben voilà, là ça va se faire en classe parce que j'ai besoin de voir votre niveau de rédaction à vous et pas celui de Chadjipiti.
Philosophy Teacher
Pareil que ma collègue, je pense que l'intelligence artificielle, elle a vraiment fondamentalement changé nos vies. On n'y échappera pas. Donc on a un objectif maintenant d'accompagner nos élèves. Et ça c'est peut-être la plus grosse difficulté parce qu'on doit nous-mêmes l'apprendre et on doit en fait leur apprendre à bien s'en servir. Ils doivent apprendre à l'avoir comme assistant. mais garder quand même le travail final, donc la responsabilité du travail et le contenu, donc voilà. Et on s'en sert aussi au niveau du contenu pédagogique, ça nous fait gagner beaucoup de temps pour trouver des exercices ou des choses comme ça.
Sarah Pousset
En somme, Lia a débarqué à l'école sans crier gare. et il a fallu un peu improviser pour voir comment intégrer cet outil dans les apprentissages. Comme souvent avec les nouvelles technologies, l'usage a précédé la réflexion sur l'usage. Et Vincent Flamand, qui est enseignant lui aussi, on le rappelle, de philosophie en haute école, confirme, l'IA est arrivée et il a fallu s'adapter.
Vincent Flamand
D'abord, elle est arrivée à toute vitesse. L'intelligence artificielle, le fait qu'on puisse l'utiliser et que chacune et chacun d'entre nous en y ait accès, c'est très récent, ça arrivait très vite et on y est tous allés. C'est comme ça pour toutes les technologies aujourd'hui. C'est pareil pour le smartphone, c'est pareil pour un tas d'autres choses, pour Internet. C'est pratique, c'est facile, c'est ludique, même c'est marrant. On y va, on ne commence pas par se dire qu'est-ce que c'est, je vais réfléchir, on va en discuter. Non, on l'utilise. Ça va dans le sens de plus de facilité, de plus de rendement, etc. Donc ça, moi, c'est la première chose qui m'a frappé, c'est la vitesse du truc. Et à quel point c'est difficile d'avoir du recul et de se dire, mais qu'est-ce que ça me fait ? Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que c'est ? Alors dans un second temps, j'ai vu apparaître des travaux un peu, comme vous disiez, admirablement bien écrits, avec des références philosophiques merveilleuses, chez des étudiants pour qui j'avais beaucoup d'estime, mais dont je savais que les philosophes qu'ils citaient, ils n'en avaient jamais entendu parler. Je me souviens d'un étudiant qui m'avait fait tout un travail sur... On pourrait comparer cette posture à celle de Schopenhauer ou celle de Nietzsche, deux grands philosophes. Je savais pertinemment qu'il n'avait lu ni Schopenhauer ni Nietzsche. Dans le meilleur des cas, pour lui, Nietzsche, c'était le bac droit du standard de Liège. Donc bon, évidemment, ça pose question. Qui parle quand l'intelligence artificielle parle ? C'est fait, ça va très vite. Tu cliques, 30 secondes, bam, t'as un travail, t'as un PowerPoint, t'as plein de choses. Donc c'est vrai que ça remet en cause fondamentalement l'enseignement. Moi, je demandais surtout en philo à mes étudiants des travaux personnels, créatifs, où ils réfléchissaient. Je leur laissais beaucoup de liberté, je leur laisse toujours beaucoup de liberté. Et avant, c'est vrai que j'évaluais. Vous savez, un prof, ça doit quand même bien évaluer. J'évaluais en fonction de la cohérence, du soin, de toute une série de critères. Maintenant, j'évalue en fonction de la maladresse. Si c'est un peu mal écrit, si ça tremble un peu, si c'est des arguments qui sont mal maîtrisés, je me dis, c'est lui ou c'est elle. Donc c'est bien. Si c'est trop bien fait, c'est la machine. C'est ça, ma première réaction. Je trouve que ça provoque vraiment l'enseignant à se poser des tas de questions sur ce que c'est d'enseigner, aujourd'hui, à des gens qui ont accès à des foules de données que nous-mêmes ne maîtrisons pas. Vous savez, il y a beaucoup d'orales, on discute beaucoup, etc. Parfois, je cite un philosophe, l'année de parution d'un texte. Et je dis, je ne sais plus quelle année, j'ai toujours un étudiant qui lève la main et qui me donne l'année. Pas parce qu'il a lu le texte, mais il a un smartphone. Donc ça crée évidemment un rapport aux connaissances, au savoir qui est complètement différent, c'est tout à fait bouleversant pour un enseignant. Et ça nous fait, on est obligé de quitter la, vous savez, la pose de j'évalue, je sais, je regarde ce qu'ils ont fait. On est obligé, on est pris dans le bazar aussi. Et on est obligé de se poser la question, mais qu'est-ce que c'est ? Vous en parliez tout à fait, vous en parliez très sagement d'ailleurs, je trouve, dans l'immense majorité des cas pour le moment, parce que vous êtes à l'école. Moi je sais que plein d'étudiants l'utilisent pour des tas d'autres trucs. Un peu, ils le prennent comme coach personnel, ils racontent leur vie, ils rêvent avec, enfin voilà, ça les accompagne en permanence, on pose des tas de questions, y compris familiales, tout ça arrive, c'est pas simplement du pur scolaire pour beaucoup de jeunes, pour beaucoup de gens aujourd'hui. Et donc ça nous pose vraiment la question, vous parlez, c'est un assistant, on pourrait dire aussi jusqu'à un certain point qu'on est un peu assisté. On est un peu dans la pose des assistés, on demande, ils nous donnent. Dans le meilleur des cas, on a une idée avant et on réfléchit. Dans le pire des cas, on répète un peu comme des perroquets ce qu'il nous a dit, ça doit être juste, il n'est plus malin que nous. Et là, ça pose des vraies questions de fond. Pour une raison toute simple, on peut peut-être en reparler, c'est que ces intelligences artificielles, elles ne tombent pas du ciel, ce n'est pas des dieux, ce n'est pas des êtres venus d'une autre planète qui connaissent tout mieux que nous. C'est des programmes qui correspondent à toute une série de logiques et qui ont été faits par des humains bien réels. Je termine là-dessus, j'ai pris le taxi pour venir jusqu'à la gare du Nord et je parlais un peu avec le chauffeur de taxi. Il me disait, ah ouais, vous allez où ? Je vais à l'RTBF. Ça fait toujours bien d'aller à l'RTBF. Ah, je vais à l'RTBF. Je vais discuter avec des élèves sur l'intelligence artificielle. Et ah oui, donc il me parle de son avis sur l'intelligence artificielle. Il me dit, mais c'est nous qui les créons, monsieur. C'est nous les humains qui les créons. Je dis, vous avez raison. Parfois, on l'oublie. On les écoute comme si c'était des êtres qui savaient, qui parlaient comme ça depuis je ne sais où. Non, non, c'est des programmes qui ont été créés par des gens qui ont des intérêts, des façons de voir réels, qui ont une certaine conception de l'intelligence. Il y en a peut-être des tas d'autres, quoi. Ils ont une certaine manière de penser l'intelligence et ils la mettent en œuvre. C'est important qu'on réfléchisse à tout ça. Je trouve que votre question de l'intelligence artificielle nous rend telle bête, c'est une question intéressante à poser.
Sarah Pousset
Bon. Entrons-y alors dans cette question. D'abord en compagnie des élèves. Est-ce qu'ils estiment, eux, que l'intelligence artificielle risque de les rendre moins intelligents ?
Student 1
Je pense qu'on perd beaucoup de capacité à réfléchir, parce qu'on est trop habitué à l'intelligence artificielle, à lui demander des choses. On perd un peu de cette réflexion. Mon cerveau est moins actif quand je l'utilise. Peut-être moins qu'il l'utilise mal.
Student 2
À force de l'utiliser, je me dis que plus on l'utilise et moins on va faire des efforts par nous-mêmes. Donc moins on fait d'efforts et logiquement plus on se rend bête nous-mêmes en l'utilisant.
Student 4
Ça ne nous pousse pas vraiment à la réflexion du travail en lui-même. Soit parce qu'on lui demande de faire tout le travail ou juste de nous faire des arguments par exemple.
Student 2
Personnellement, je trouve qu'elle réduit nos compétences cognitives, c'est-à-dire qu'en fait, on réfléchit plus par nous-mêmes. Donc, dès qu'on a une question, on lui demande, sans se renseigner, sans réfléchir. Et ça permet également de réduire notre esprit critique, c'est-à-dire qu'on va lui poser une question, il va nous répondre, mais on ne va pas chercher à analyser, à se renseigner, à comparer des sources, vérifier si c'est fiable ou pas. Du coup, je trouve que ça a un risque.
Sarah Pousset
Ça, c'était la vie le plus couramment répandue chez les élèves. Oui, ils utilisent l'IA, mais en craignant qu'elle puisse altérer leur capacité à penser par eux-mêmes. Ceci dit, certains estimaient quand même que cette intelligence artificielle peut aussi être un atout pour le développement de notre intelligence.
Student 4
On peut lui demander des exercices, donc il peut quand même nous aider au final à s'améliorer, on va dire.
Student 2
Ça dépend de la façon dont on l'utilise. Si on l'utilise avec, par exemple, des exercices et qu'on ne lui demande pas de travailler à notre place, il nous rendra plus intelligents. Mais si on l'utilise en lui demandant de tout faire et qu'au final, nous, on ne réfléchit pas, là, c'est l'inverse.
Sarah Pousset
Alors, un atout, un handicap ? Un atout, mais seulement si c'est bien utilisé ? Et notre philosophe, alors ? Est-ce qu'il a un avis sur la question ?
Vincent Flamand
Non, j'ai pas d'avis, je vais demander à Chesh GPT. Non, j'ai surtout une réflexion, si vous voulez, je suis partagé entre fascination et inquiétude, moi. On entend souvent de discours, il y a des gens qui vous disent c'est extraordinaire, on va devenir plus malin, on va résoudre tous les problèmes, on va devenir des espèces de sur-hommes, on va guérir toutes les maladies, les questions écologiques, puisqu'elles sont tellement plus malignes que nous. Vous avez l'inverse, vous avez des gens, parfois les mêmes, ce qui nous pose un peu question, qui à des moments différents disent, ah mais non, c'est l'apocalypse, c'est l'horreur, elles vont nous remplacer, on va devenir complètement, vous savez, des êtres décérébrés, elles vont prendre le pouvoir. Moi je pense que c'est, on peut pas être pour ou contre complètement, la question c'est de savoir ce que c'est. Et dans ce que vous avez dit, vous avez employé un mot qui me paraît intéressant, mais que je crois qu'on doit travailler, c'est plusieurs, souvent on se met dans la posture de, c'est un outil. C'est un outil, on peut bien l'utiliser ou mal l'utiliser. Je crois vraiment que ce n'est pas un outil. L'image de l'outil n'est pas juste. Un outil, par exemple, c'est un marteau. Un marteau c'est un outil, c'est-à-dire que ça vous rend quelque part plus fort, vous n'allez pas taper un coup de poing pour enfoncer un clou, vous prenez le marteau, paf, il a fallu que quelqu'un invente le marteau, qu'on se dise, notre corps est trop fragile, on a besoin de plus de force, si on fait ça, si on met un morceau de bois, un morceau de métal, qu'on les utilise d'une telle manière, ça va aller mieux, c'est ça une technique à la base, c'est quelque chose qui développe davantage des choses ou qui solutionne certaines de nos lacunes. On est fragile donc ça nous rend plus fort, on est sujet au froid, on va inventer des choses qui vont faire qu'on va pouvoir supporter le froid, etc. Ça c'est la métaphore de l'outil. En général quand vous avez un marteau, tapez avec le marteau, vous lâchez le marteau et vous reprenez quelque part votre vie. Ça n'a pas changé tout le système, ça n'a pas changé toute votre vie. C'est pas vrai avec l'intelligence artificielle, c'est pas vrai avec le smartphone, ça change tout. C'est tout un système, le rapport aux autres, le rapport à la vie, le rapport au travail, le rapport au temps, le rapport à l'espace. Tout a bougé. Tout a bougé. Vous n'êtes pas en face, en train de regarder, de vous poser la question. Vous êtes pris dedans tout le temps et vous interagissez, vous bougez avec. Les mails, par exemple, pour prendre un exemple qui n'est pas de l'intelligence artificielle, mais depuis qu'on a les mails, la manière de vivre, le temps a changé. Donc, ça change énormément de choses. C'est pour ça que c'est important de penser ce que ça nous fait. Alors, une chose qui m'intéresse aussi, c'est quand vous parlez du Moët 4. On fait moins d'efforts. Je pense que c'est assez juste ça. On vit dans un monde où on est sollicité par plein de trucs tout le temps. Vous comme moi, vous avez des messages, vous devez répondre, vous faites plein de trucs, vous avez plein de vies. On est dans un tourbillon. On est tout le temps, j'allais dire à la limite de péter les plombs, de la surchauffe. Et donc on raisonne tous, moi le premier, en termes de coûts-bénéfices. Qu'est-ce que je peux faire en faisant le moins possible pour avoir le plus de rendement, pour avoir le plus de trucs ? Comment est-ce que je vais investir le moins pour avoir le plus ? C'est normal puisqu'on est pris dans plein de choses. Et donc ça crée, c'est vrai, quelque chose de... Tu parlais, tu disais, j'ai l'impression que mon cerveau fonctionne moins bien. Il y a eu des études qui montrent que de fait, avec tout ça, il y a des zones du cerveau qui... Parce que le cerveau, ça se travaille. Il y a la dimension d'effort, d'acquisition du truc. L'effort, c'est pas simplement quelque chose de désagréable, c'est aussi ce qui te permet d'affronter la vie, de tenter une aventure, de t'améliorer, de vivre les choses autrement. Et c'est vrai que quand tu cliques et que tu ne fais plus un effort de pensée, tu cours le risque de fait d'être à la fois de plus en plus fatigué, en en faisant de moins en moins, et tu n'as plus cette richesse que peut apporter l'effort. Imaginez un footballeur qui dit, ben oui, moi ça me fatigue de m'entraîner, donc je ne m'entraîne plus, je vais demander à une intelligence artificielle robotisée de sauter dans la balle à ma place, moi je jouerai que les matchs. Ça nous paraîtrait quelque part un peu délirant, cette affaire-là. Ben non, parce que l'effort, c'est pas simplement de l'ennui, c'est pas simplement quelque chose de... C'est aussi quelque chose qui nous pousse à nous améliorer, à découvrir d'autres choses, à connaître nos limites, à accepter nos échecs, c'est tout un rapport au monde. Et ça me paraît important que ces intelligences artificielles ne remplacent pas nos corps, nos capacités humaines à affronter le monde, quoi. Vous êtes devant des défis inouïs, mais c'est vous qui allez devoir les affronter, en faisant aussi des efforts, en ayant des moments où ça ne va pas, où vous ne savez pas, vous bafouillez. Ça, c'est la vie. C'est nos vies réelles. Et ce serait dommage qu'on se contente de rester comme ça, hypnotisés. par des écrans, quel qu'il soit, et je suis le premier à passer des heures à me dire, je vais rester cinq minutes sur mon smartphone, je reste trois heures, je ne sais plus pourquoi, ça m'a épuisé, c'est très fatigant psychiquement. Et je me dis, mais qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai été pris par quoi, moi ? Vous voyez ce que je veux dire ? J'ai été pris par quoi ? Donc c'est important que ça ne remplace pas notre rapport au monde, que nous ne devenions pas simplement des gens complètement assistés en train de regarder et de gober ce qu'on nous dit.
Sarah Pousset
Comme le disait Vincent Flamand, souvent face à des ruptures technologiques comme l'arrivée de l'intelligence artificielle, on a tendance à alterner entre fascination et peur. Alors justement, j'ai demandé aux élèves s'ils avaient peur, eux, parfois de cette intelligence artificielle et de ses développements.
Student 4
Moi je pense plutôt que ça peut arriver des choses terribles, entre guillemets on va dire, par rapport au boulot des gens. Par exemple, les comptables, il suffirait juste d'envoyer, pas à 4GPT mais à d'autres institutions sociales qui sont spécialisées dans ça, de faire la comptabilité d'une entreprise. Ça pourrait faire perdre beaucoup d'emplois à des gens. C'est le jour et la nuit.
Student 2
Et ça peut faire peur de se dire qu'à un moment donné, on peut être dépendant et qu'on ne réfléchira plus par nous-mêmes. Du coup, il faut se poser des questions. Pourquoi ? Il y avait bien des humains avant, donc pourquoi maintenant on va les remplacer par l'IA ? Donc ça, ça fait peur.
Student 1
Moi, j'ai peur parce que, par exemple, quand je vois des vidéos, personne ne peut modifier l'information en modifiant, par exemple, des vidéos ou des discours politiques aussi. Et ça peut nous faire tomber dans les fake news ou nous faire croire quelque chose qui n'est pas vrai.
Sarah Pousset
Quelque part presque nous emmener dans une espèce de réalité parallèle où des choses seraient inventées et nous déconnecter de la réalité.
Student 3
C'est vraiment quelque chose, on ne se rend pas compte l'ampleur que ça prend. Parce que, par exemple, juste l'autre jour, il y a mon père à la table, il nous dit, oui, j'ai vu une vidéo du roi qui demande de donner plus d'argent et tout. Et on lui demande de quoi ça parle. Il dit, oui, ça parle de crypto ou je ne sais pas quoi. Et on lui dit, du coup, c'est une IA. C'est vraiment des choses, on ne se rend pas compte parce qu'il y a des gens, c'est vraiment facile à croire, surtout que C'est vraiment amélioré par rapport à, je sais pas, il y a deux ans, on voyait bien, il y avait des choses qui allaient pas, c'était pas logique, il y avait des choses qui apparaissaient sur la vidéo. Mais maintenant, c'est beaucoup plus performant. C'est beaucoup plus performant.
Sarah Pousset
On sent là que la discussion est en train de glisser vers autre chose. de l'intelligence artificielle envisagée comme une aide pour réaliser des travaux ou pour s'entraîner dans les apprentissages, on en vient aux questions sur ce que cette IA pourrait faire de notre monde, comment elle pourrait transformer aussi notre rapport au monde. Et à ce sujet, le philosophe Vincent Flamand évoque, lui, une expérience personnelle qu'il a plongée dans un abîme de questionnement.
Vincent Flamand
La première fois que j'ai utilisé HGPT, c'était tard, j'ai mis du temps, je me suis amusé à co-écrire un poème avec la machine. Et je l'appelais mon ami. Et très rapidement, il m'appelait camarade. Et très rapidement, j'ai perdu, une part de moi a perdu l'idée que je parlais à une machine programmée par des gens qui avaient certains intérêts, etc. et qu'elle s'adaptait à moi, parce que ça aussi, c'était important. Ces intelligences artificielles s'adaptent à vous, donc elles vont toujours dans le sens de renforcer ce que, si tu l'appelles mon ami, il va t'appeler camarade, etc. Donc ça va dans le sens de renforcement. C'est-à-dire que c'est pas sûr que toujours ça élargit notre monde. Parfois ça maintient, vous savez, nos préjugés en place, ça les affiche. Elle va dans le sens de l'écho, quoi. J'étais à un moment complètement fasciné. On se félicitait, on s'aimait, c'était tout à fait merveilleux. Et puis je me suis dit, mais qu'est-ce que c'est ? C'est la vraie question. Qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce qui nous arrive ? Parce que, comme vous le dites, ça nous arrive déjà, on est tous dedans. On a tous des exemples. Une fois, je lui ai demandé une référence, il m'a donné une référence. Comme j'ai quand même fait pas mal d'études, je voyais que la référence n'était pas juste. Alors je lui ai dit, excuse-moi, mon ami, mais la référence, tu l'as trouvée où ? Je viens de l'inventer, il me dit. C'est vrai que ça pose des questions. Tu l'as inventée d'où ? Pourquoi ? Moi, j'utilise ça comment ? Donc c'est clair que ça nous dépasse. Comme ça nous dépasse, en partie ça nous fascine, en partie on va avoir tendance à lui faire confiance, et ça va tellement vite qu'on ne mesure pas toujours que c'est fait, comme le disait mon chauffeur de taxi, par des êtres humains qui ont une certaine vision de l'intelligence, du monde, et qui poursuivent certains intérêts, et qui ont mis en place un certain code. Si vous utilisez l'intelligence artificielle Chajipiti ou Gorg d'Elon Musk, ils ne vont pas parler de la même manière, parce qu'ils n'ont pas été programmés de la même façon. Parce que ce qu'Elon Musk veut imposer comme modèle social n'est pas forcément ce que les gars de Chajipiti veulent. Et donc nous, ça nous paraît neutre, ça nous paraît une force presque, vous savez, un peu comme ça, qui vient du dessus, qui nous parle, qui nous aide bien. Mais c'est chaque fois lié à des intérêts particuliers, à une certaine vision du monde, à certaines conceptions. Quand je dis ça, je ne suis pas en train de dire c'est mauvais, il ne faut pas l'utiliser. Je suis en train de dire, il faut toujours poser la question, mais d'où est-ce que ça parle ? Qui utilise ça ? Qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que ça veut me faire faire ? Pourquoi est-ce que ça m'intéresse ? Comment est-ce que ça capte mon attention ? On sait très bien aujourd'hui que les facultés d'attention sont en train de diminuer, parce qu'on est sollicité de partout, tout le temps. Pourquoi ? Qu'est-ce que ça veut dire ? À quoi est-ce qu'on a envie d'être attentif ? La vraie question que ça pose, c'est vous. C'est le sens profond de votre vie, c'est la qualité de vie que vous avez envie d'avoir, c'est le souvenir que vous avez envie de laisser, c'est les relations que vous avez envie de créer. Et ça, ChargeDpt n'y répondra pas.
Sarah Pousset
Et à cela, Vincent Flamand ajoute encore un autre élément, une autre question à se poser. Est-ce que l'intelligence artificielle n'est pas en train de modifier notre intelligence multiple pour la tirer surtout vers un certain type d'intelligence en particulier ?
Vincent Flamand
En fait, je crois que l'intelligence artificielle, elle se comprend entièrement dans la logique problème-solution. il y a un problème, on va te donner la solution. Or, quand vous réfléchissez un peu, c'est déjà un truc très restreint, ça. Un problème, ça signifie que tu parles du fait qu'il y a quelque chose qui ne va pas ou que tu ne sais pas, c'est déjà une posture. Ce problème, je peux le comprendre, je peux le connaître, je peux trouver les outils qu'il faut pour le résoudre et puis il sera solutionné, on n'en parle plus. Ça, ça vaut si vous avez un problème d'embrayage avec votre voiture. Vous avez un problème d'embrayage, la voiture ne démarre plus, vous l'amenez comme vous pouvez, vous appelez le garage, le garage il sait ce qu'il faut faire, c'est toute une potion philosophique, ça n'a l'air de rien, il va réparer et c'est fini. Vous ne vous réveillez pas la nuit le cœur battant en disant mon embrayage, mon embrayage, en sanglant. Maintenant il n'est pas certain que vos relations d'amour, vos relations d'amitié, vos rapports à la vie, au sens, à tout ce qui vous dépasse, fonctionnent comme ça. Imaginez vous avez une relation de couple, vous êtes en couple, vous êtes jeune, et vous vivez ça comme ça, vous allez avoir des problèmes. Vous allez lire un petit livre qui va vous dire, je caricature, qui va vous dire, OK, t'as un problème de couple, tu ne t'entends plus avec ta femme, il faut faire ça, ça, ça, ça, ça, et ça va aller mieux. Bon, c'est que ça ne va, ça ne fonctionne pas comme ça, parce qu'il y a d'autres types d'intelligence, émotionnelle, amoureuse, tout ce que vous voulez. Et tu vas arriver, tu vas lui donner le bouquet de fleurs en disant, ben ça va, maintenant, t'arrêtes de faire ta tête, c'est réglé. Ben non, ça ne marche pas comme ça, les humains. Les humains, ça bafouille. Il y a une intelligence qui est fragile. Il y a une intelligence qui est poétique, il y a l'intelligence artificielle et le problème-solution c'est toujours je vais vers le monde comme quelque chose à résoudre. Mais il y a aussi je laisse venir le monde comme quelque chose qui m'émerveille, qui me fait trembler, qui me fait peur, qui me donne de la joie, ça aussi c'est de l'intelligence. Si j'en avais une pour répondre jusqu'au bout à votre question, ma crainte c'est qu'on fonctionne tellement de façon robotique finalement qu'on perd tout un rapport au monde qu'on vit tous pour toi qui est super intéressant. On n'est pas simplement en train de contrôler, de maîtriser, de vouloir être performant en maîtrisant des données, avoir des réponses et des solutions et à faire des plans, des projets, avoir des recettes. On a aussi besoin de pouvoir être reconnus dans nos rêves, nos fantasmes, nos délires, nos trucs. On est ensemble, on partage, on est fragile. Et j'ai parfois peur qu'au fond, ces machines nous privent de notre fragilité. Et notre fragilité, elle est importante. Nos doutes, ils sont importants. Nos balbutiements, ils sont importants. Nos erreurs, elles sont importantes. Que vous puissiez rater, c'est hyper important. On n'est pas simplement des machines à performance. Et j'ai parfois peur que ça coure le risque de nous rétrécir à ça, de nous empêcher de balbutier.
Sarah Pousset
Vous l'aurez compris, ce dernier épisode de notre série sur l'intelligence artificielle se voulait plus un point de départ qu'un point d'arrivée. Un point de départ pour de nombreuses questions qu'il est sans doute plus qu'utile et urgent de se poser individuellement, mais aussi en tant que société. Le but de cette série en 4 épisodes était justement de vous fournir des clés pour comprendre, pour penser et ainsi pouvoir participer à ces débats essentiels pour notre avenir. Voilà, c'était les clés. Merci pour cet épisode aux élèves de l'Institut Sainte-Marie. Un serein merci à Vincent Flamand, à Jonathan Remy pour la réalisation sonore de ce numéro, à la préparation Sarah Poussey et Arnaud Reusen. N'hésitez pas, si ce n'est pas encore fait, à aller écouter les autres numéros de cette série qui se trouvent sur Ovio et sur vos plateformes de téléchargement.
In this thought-provoking finale of the series dedicated to Artificial Intelligence (AI), host Sarah Pousset and philosopher Vincent Flamand join a class of final-year students and their teachers to tackle a central question suggested by the students themselves:
"L'IA n'est-elle pas en train de nous rendre moins intelligents ?" (Is AI making us less intelligent?)
Recorded with students from the Liège region, this episode explores how AI is already shaping education, learning habits, cognitive skills, and even our understanding of humanity—prompting both fascination and anxiety over what lies ahead.
Ubiquity of AI use: Every student (and teachers) reported using AI tools weekly, especially language models like ChatGPT.
“Tout le monde. Absolument tout le monde. Même les profs utilisent au moins une fois par semaine.” (Sarah Pousset, 03:13)
Student motivations for using AI:
Teacher perspectives:
Loss of cognitive skills & critical thinking:
“Plus on l’utilise et moins on va faire des efforts par nous-mêmes. Donc... plus on se rend bête nous-mêmes en l’utilisant.”
— Student 2 (12:31)
The "Assistant" vs. "Assisted" Paradigm:
“On est un peu dans la pose des assistés, on demande, ils nous donnent... Dans le pire des cas, on répète un peu comme des perroquets ce qu’il nous a dit.”
— Vincent Flamand (10:41)
Value of effort and mistakes:
“L’effort, c’est pas simplement quelque chose de désagréable, c’est aussi ce qui te permet d’affronter la vie…”
— Vincent Flamand (15:44)
“Ça dépend de la façon dont on l’utilise… si on ne lui demande pas de travailler à notre place, il nous rendra plus intelligents.”
— Student 2 (13:37)
Flamand challenges the “just a tool” perspective:
“Un outil, par exemple, c’est un marteau… Ce n’est pas vrai avec l’intelligence artificielle, ce n’est pas vrai avec le smartphone, ça change tout.”
— Vincent Flamand (14:13)
The arrival of AI is not a simple upgrade, but a systemic change—altering time management, relationships, knowledge access, and even self-perception
Unemployment & loss of purpose:
Deepfakes & misinformation:
“Ça peut nous faire tomber dans les fake news ou nous faire croire quelque chose qui n’est pas vrai.”
— Student 1 (19:24)
Erosion of reality and trust:
Dependence and loss of self-reflection:
“La première fois que j’ai utilisé ChatGPT… j’ai perdu l’idée que je parlais à une machine… On se félicitait, on s’aimait, c’était tout à fait merveilleux. Et puis je me suis dit, mais qu’est-ce que c’est?”
— Vincent Flamand (20:56)
“L’intelligence artificielle… se comprend entièrement dans la logique problème-solution.”
— Vincent Flamand (23:43)
AI as both threat and opportunity
“Je suis partagé entre fascination et inquiétude, moi.” — Vincent Flamand (14:08)
On the illusion of neutrality in AI
“C’est nous qui les créons, monsieur. C’est nous les humains qui les créons.” — Taxi driver, recounted by Vincent Flamand (11:12)
On the role of effort in learning
“L’effort… c’est aussi ce qui te permet d’affronter la vie, de tenter une aventure, de t’améliorer, de vivre les choses autrement.” — Vincent Flamand (15:44)
AI as more than a simple tool
“Ce n’est pas vrai avec l’intelligence artificielle… ça change tout. C’est tout un système, le rapport aux autres, le rapport à la vie, le rapport au travail, le rapport au temps, le rapport à l’espace.”
— Vincent Flamand (14:13)
Value of human fragility
“J’ai parfois peur qu’au fond, ces machines nous privent de notre fragilité. Et notre fragilité, elle est importante. Nos doutes, ils sont importants. Nos balbutiements, ils sont importants.”
— Vincent Flamand (25:24)
By turning over the question to students, educators, and a thoughtful philosopher, this episode paints a nuanced tableau of AI’s impact on intelligence: not as a force making us definitively "dumber," but as a catalyst that can either shrink or expand our minds—depending on how self-aware and intentional we remain.
As the host, Sarah Pousset, closes:
"Ce dernier épisode se voulait plus un point de départ qu’un point d’arrivée… le but de cette série en 4 épisodes était justement de vous fournir des clés pour comprendre, pour penser et ainsi pouvoir participer à ces débats essentiels pour notre avenir." (26:08)
An invitation to collective vigilance, reflection, and participation in shaping how AI will—or will not—transform what it means to be intelligent.