Vincent Flamand (14:04)
Non, j'ai pas d'avis, je vais demander à Chesh GPT. Non, j'ai surtout une réflexion, si vous voulez, je suis partagé entre fascination et inquiétude, moi. On entend souvent de discours, il y a des gens qui vous disent c'est extraordinaire, on va devenir plus malin, on va résoudre tous les problèmes, on va devenir des espèces de sur-hommes, on va guérir toutes les maladies, les questions écologiques, puisqu'elles sont tellement plus malignes que nous. Vous avez l'inverse, vous avez des gens, parfois les mêmes, ce qui nous pose un peu question, qui à des moments différents disent, ah mais non, c'est l'apocalypse, c'est l'horreur, elles vont nous remplacer, on va devenir complètement, vous savez, des êtres décérébrés, elles vont prendre le pouvoir. Moi je pense que c'est, on peut pas être pour ou contre complètement, la question c'est de savoir ce que c'est. Et dans ce que vous avez dit, vous avez employé un mot qui me paraît intéressant, mais que je crois qu'on doit travailler, c'est plusieurs, souvent on se met dans la posture de, c'est un outil. C'est un outil, on peut bien l'utiliser ou mal l'utiliser. Je crois vraiment que ce n'est pas un outil. L'image de l'outil n'est pas juste. Un outil, par exemple, c'est un marteau. Un marteau c'est un outil, c'est-à-dire que ça vous rend quelque part plus fort, vous n'allez pas taper un coup de poing pour enfoncer un clou, vous prenez le marteau, paf, il a fallu que quelqu'un invente le marteau, qu'on se dise, notre corps est trop fragile, on a besoin de plus de force, si on fait ça, si on met un morceau de bois, un morceau de métal, qu'on les utilise d'une telle manière, ça va aller mieux, c'est ça une technique à la base, c'est quelque chose qui développe davantage des choses ou qui solutionne certaines de nos lacunes. On est fragile donc ça nous rend plus fort, on est sujet au froid, on va inventer des choses qui vont faire qu'on va pouvoir supporter le froid, etc. Ça c'est la métaphore de l'outil. En général quand vous avez un marteau, tapez avec le marteau, vous lâchez le marteau et vous reprenez quelque part votre vie. Ça n'a pas changé tout le système, ça n'a pas changé toute votre vie. C'est pas vrai avec l'intelligence artificielle, c'est pas vrai avec le smartphone, ça change tout. C'est tout un système, le rapport aux autres, le rapport à la vie, le rapport au travail, le rapport au temps, le rapport à l'espace. Tout a bougé. Tout a bougé. Vous n'êtes pas en face, en train de regarder, de vous poser la question. Vous êtes pris dedans tout le temps et vous interagissez, vous bougez avec. Les mails, par exemple, pour prendre un exemple qui n'est pas de l'intelligence artificielle, mais depuis qu'on a les mails, la manière de vivre, le temps a changé. Donc, ça change énormément de choses. C'est pour ça que c'est important de penser ce que ça nous fait. Alors, une chose qui m'intéresse aussi, c'est quand vous parlez du Moët 4. On fait moins d'efforts. Je pense que c'est assez juste ça. On vit dans un monde où on est sollicité par plein de trucs tout le temps. Vous comme moi, vous avez des messages, vous devez répondre, vous faites plein de trucs, vous avez plein de vies. On est dans un tourbillon. On est tout le temps, j'allais dire à la limite de péter les plombs, de la surchauffe. Et donc on raisonne tous, moi le premier, en termes de coûts-bénéfices. Qu'est-ce que je peux faire en faisant le moins possible pour avoir le plus de rendement, pour avoir le plus de trucs ? Comment est-ce que je vais investir le moins pour avoir le plus ? C'est normal puisqu'on est pris dans plein de choses. Et donc ça crée, c'est vrai, quelque chose de... Tu parlais, tu disais, j'ai l'impression que mon cerveau fonctionne moins bien. Il y a eu des études qui montrent que de fait, avec tout ça, il y a des zones du cerveau qui... Parce que le cerveau, ça se travaille. Il y a la dimension d'effort, d'acquisition du truc. L'effort, c'est pas simplement quelque chose de désagréable, c'est aussi ce qui te permet d'affronter la vie, de tenter une aventure, de t'améliorer, de vivre les choses autrement. Et c'est vrai que quand tu cliques et que tu ne fais plus un effort de pensée, tu cours le risque de fait d'être à la fois de plus en plus fatigué, en en faisant de moins en moins, et tu n'as plus cette richesse que peut apporter l'effort. Imaginez un footballeur qui dit, ben oui, moi ça me fatigue de m'entraîner, donc je ne m'entraîne plus, je vais demander à une intelligence artificielle robotisée de sauter dans la balle à ma place, moi je jouerai que les matchs. Ça nous paraîtrait quelque part un peu délirant, cette affaire-là. Ben non, parce que l'effort, c'est pas simplement de l'ennui, c'est pas simplement quelque chose de... C'est aussi quelque chose qui nous pousse à nous améliorer, à découvrir d'autres choses, à connaître nos limites, à accepter nos échecs, c'est tout un rapport au monde. Et ça me paraît important que ces intelligences artificielles ne remplacent pas nos corps, nos capacités humaines à affronter le monde, quoi. Vous êtes devant des défis inouïs, mais c'est vous qui allez devoir les affronter, en faisant aussi des efforts, en ayant des moments où ça ne va pas, où vous ne savez pas, vous bafouillez. Ça, c'est la vie. C'est nos vies réelles. Et ce serait dommage qu'on se contente de rester comme ça, hypnotisés. par des écrans, quel qu'il soit, et je suis le premier à passer des heures à me dire, je vais rester cinq minutes sur mon smartphone, je reste trois heures, je ne sais plus pourquoi, ça m'a épuisé, c'est très fatigant psychiquement. Et je me dis, mais qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai été pris par quoi, moi ? Vous voyez ce que je veux dire ? J'ai été pris par quoi ? Donc c'est important que ça ne remplace pas notre rapport au monde, que nous ne devenions pas simplement des gens complètement assistés en train de regarder et de gober ce qu'on nous dit.