Les Clés Médias — « Affaire Beckham : que devient la presse people ? »
Épisode du 6 février 2026 | RTBF
Invité principal : Jamil Dakhlia, sociologue des médias (Université Sorbonne Nouvelle à Paris)
1. Thème et Objectif de l’Épisode
Cet épisode explore la transformation de la presse people face à l’émergence des réseaux sociaux et la manière dont les célébrités, comme la famille Beckham, se réapproprient leur image et leur narration médiatique. Le cas récent du conflit ouvert entre Brooklyn Beckham et ses parents sur Instagram sert de point de départ pour interroger l’avenir, les mutations, et le rôle sociétal de cette presse à l’ère numérique.
2. Points Clés et Analyses
Brooklyn Beckham : Nouvelle Donne dans la Communication des Stars
- L’affaire Brooklyn Beckham est symptomatique : ce n’est plus la presse qui révèle les conflits familiaux, mais les protagonistes eux-mêmes via leurs réseaux ([00:10], [03:06]).
- « Pendant des années, nous nous sommes pliés en quatre pour être présents à chaque défilé, chaque soirée… afin de montrer notre famille parfaite. » — Brooklyn Beckham cité par la Host ([03:06]).
De la Presse de Boulevard aux Paparazzis
- La naissance de la presse people remonte à l’après-guerre avec des titres comme Ici Paris ou France Dimanche, considérés peu respectables, en opposition à la version plus « glamour » introduite par Prisma Presse dans les années 1980-90 (Voici, Gala) ([05:59], [06:51]).
- Les premiers paparazzis, la photo volée et la marchandisation de l’intimité des célébrités deviennent la norme à cette époque.
Particularité Britannique : Tabloïds et Culture du Scandale
- Existence d’une véritable industrie de l’info people quotidienne, appuyée sur la liberté de la presse et le goût pour le scandale (sexe, sang, sport…) ([09:41]).
- Les tabloïds britanniques s’inscrivent dans une tradition d’anti-élitisme, alimentant le sentiment que les privilèges des élites sont usurpés ([11:19]).
- « Ce sont des sentiments qui ne sont pas toujours très, très nobles, on va dire. » — Jamil Dakhlia ([11:19]).
Le Tournant Diana et les Limites Déontologiques
- La mort de Lady Diana en 1997, traquée par des paparazzis, marque un tournant et un questionnement public sur la légitimité de l’intrusion médiatique ([12:51], [13:05]).
- « On ne sait pas trop si elles sont des victimes ou bien si elles instrumentalisent la divulgation de leur vie privée » — Jamil Dakhlia ([13:05]).
- Aujourd’hui : Contestations judiciaires contre les méthodes illégales (écoutes, piratages) des tabloïds ([04:15], [14:04]).
- « Là où il y a eu des progrès, c’est par rapport aux méthodes employées » — Jamil Dakhlia ([14:04]).
Les Années 2000-2010 : Télé-réalité et Démocratisation de la Célébrité
- L’essor de la télé-réalité fabrique des stars ordinaires, fournissant de nouveaux sujets et élargissant le champ d’action de la presse people ([16:14]).
- « Tout le monde, finalement, peut avoir droit à la célébrité » — Jamil Dakhlia ([16:14]).
- Ces néo-célébrités sont des cibles idéales : elles ont accepté de se montrer, donc ont peu de recours juridiques.
L’Ère des Réseaux Sociaux : Autoproduction de l’Image et Redéfinition des Pouvoirs
- Désormais, les célébrités contrôlent leur image et leur récit via Instagram, TikTok… La presse people perd son exclusivité ([21:15], [21:38]).
- « Les réseaux sociaux, c’est la possibilité pour chacun… d’être son propre média. » — Jamil Dakhlia ([21:38]).
- Les titres historiques tentent de se réinventer en ligne, mais peinent à monétiser et attirer des annonceurs du fait de la réputation « trash » du secteur ([22:01], [22:43]).
3. Concept Sociologique : La Relation Parasociale
- Intermède avec Pierre de Bérail, psychologue :
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La « relation parasociale » désigne le lien non réciproque que le public tisse avec une figure médiatisée (influenceurs inclus) ([17:49]–[20:56]).
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Ce phénomène s’est démultiplié avec les réseaux, suscitant des comportements d’attachement exacerbés, parfois pathologiques (isolement, harcèlement).
« Plus l’impression d’accessibilité est forte, plus la relation parasociale s’intensifie » — Pierre de Bérail ([18:52]).
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4. Presse People : Un Contre-pouvoir Symbolique ?
- Malgré sa perte d’influence et de lectorat, la presse people garde une fonction : révéler la part « fabriquée » de l’authenticité affichée par les stars sur les réseaux ([23:48]).
- « L’authenticité, elle est évidemment fabriquée » — Jamil Dakhlia ([23:48]).
- Les internautes eux-mêmes deviennent décryptologues, soupçonnant la mise en scène dans chaque post de célébrité ([24:32]).
Mépris Social et Fonction Sociétale
- Le discours sur la presse people demeure teinté de mépris social, souvent associé à la culture populaire, féminine, ou de « classes inférieures » ([24:54]).
- « Les informations people (…) sont lues et connues de tous, mais à des degrés divers. » — Jamil Dakhlia ([24:54]).
- Les célébrités servent de repères et catalyseurs de débats sur des enjeux de société (adoption, travail et maternité, etc.).
5. Politique et « Pipolisation »
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Les personnalités politiques sont obligées d’adopter les codes de la célébrité (mise en scène de la vie privée, présence sur réseaux…), dans une économie de l’attention exacerbée ([26:30]).
- « Les politiques sont des célébrités, qu’ils le veuillent ou non, (…) ils sont obligés de se comporter comme des célébrités » — Jamil Dakhlia ([26:30]).
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Danger : la personnalisation excessive du débat public, mais aussi opportunité de communication politique symbolique ([27:38]).
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Exemple marquant : Donald Trump, dont la notoriété issue de son émission The Apprentice a été clé dans son parcours politique ([28:48]).
- « Son passeport, ça a été le fait qu’il ait participé à l’émission The Apprentice » — Jamil Dakhlia ([28:48]).
6. Timestamps des Moments Forts
| Timestamp | Sujet / Citation mémorable | |-----------|----------------------------| | 03:06 | « L’amour familial (…) se mesure au nombre de publications… » — Brooklyn Beckham | | 05:01 | « C’est une famille de professionnels de la célébrité… » — Jamil Dakhlia | | 09:41 | « Sensationnalisme qui est revendiqué : sexe, sang, scandale, sport… » — Jamil Dakhlia | | 13:05 | Sur Diana: « On ne sait pas trop si elles sont des victimes ou bien si elles instrumentalisent la divulgation… » | | 14:04 | « Là où il y a eu des progrès, c’est par rapport aux méthodes employées » — Jamil Dakhlia | | 16:14 | « Tout le monde, finalement, peut avoir droit à la célébrité » — Jamil Dakhlia | | 18:52 | « Plus l’impression d’accessibilité est forte, plus… » — Pierre de Bérail (parasocialité) | | 21:38 | « Les réseaux sociaux, c’est la possibilité (…) d’être son propre média. » — Jamil Dakhlia | | 23:48 | « L’authenticité, elle est évidemment fabriquée » — Jamil Dakhlia | | 24:54 | « Les informations people (…) sont lues et connues de tous… » — Jamil Dakhlia | | 26:30 | Sur la pipolisation des politiques | | 28:48 | « Son passeport, ça a été le fait qu’il ait participé à l’émission The Apprentice » — Jamil Dakhlia |
7. Conclusion et Ton Général
L’émission donne à voir une transformation profonde de la presse people, dont la perte du monopole sur la narration des vies célèbres s’accompagne d’un repositionnement stratégique et d’un questionnement sur son utilité sociale. Les réseaux sociaux émancipent les célébrités et, en même temps, changent notre rapport à l’information, aux figures publiques, et même à la politique. La presse people n’a pas disparu, mais elle doit s’adapter à la transparence (parfois fabriquée) de l’ère numérique, en demeurant un miroir parfois déformant, mais toujours fascinant, de nos sociétés.
Résumé fidèle à la structure, à l’esprit et aux nuances du débat, intégrant les citations clés et proposant un aperçu riche des discussions, pour permettre à chacun de saisir les enjeux sans avoir écouté l’épisode complet.
