
Grâce aux réseaux sociaux, les célébrités peuvent se réapproprier leur image et contrôler la communication sur leur vie privée. En témoigne d’ailleurs le dernier exemple de la famille Beckham où parents et enfant règlent leurs comptes à travers leurs comptes Instag...
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Jamil Dakhlia
Bonjour.
Host
À toutes et tous et bienvenue dans ce nouvel épisode des Clés Médias. L'affaire a fait le tour des internets. Brooklyn Beckham, le fils aîné de Victoria et David Beckham, est en conflit ouvert avec ses parents. Il y a une dizaine d'années, vous auriez vu passer l'info dans ce qu'on appelle la Press People. Aujourd'hui, C'est Brooklyn Beckham lui-même qui a allumé la mèche sur son propre compte Instagram. La Press People, c'est un secteur qui a dû évoluer avec l'arrivée des réseaux sociaux. Les célébrités se sont réappropriées leur image, leur narratif. Mais que deviennent Voici, Closer, Gala, Paris Match et les autres? Comment cette Press People s'est-elle transformée depuis l'âge d'or des paparazzi? Quel business model a-t-elle mis en place? C'est ce qu'on explore aujourd'hui. Bienvenue à vous.
Archive Narrator
La première, les clés médias.
Host
Je n'ai jamais fait bien à l'école. Tout ce que j'ai voulu faire, c'était jouer au football. Je n'abandonne.
Jamil Dakhlia
Pas facilement.
Host
Toujours sur Netflix, autre série sobrement intitulée Victoria Beckham, pour découvrir comment la Spice Girl s'est lancée dans le monde de la mode. Dans ces deux séries, le contrôle de l'image est parfait. Un équilibre étudié entre un stand nostalgie, prise de parole intimiste face à la caméra et moment de suspense. Cette image maîtrisée ne se limite pas à ses séries biographiques. Compte Instagram, sortie familiale, les Beckhams ont quatre enfants, adolescents et jeunes adultes. Tout est parfait. Comme ici, il y a quelques jours, quand Victoria Beckham a été invitée par Rachida Dati, ministre française de la culture. Elle a reçu la décoration d'officier de l'Ordre national des arts et des lettres pour son travail dans la mode.
Jamil Dakhlia
Les.
Host
Flashs crépitent, gros plan sur la famille, David, leurs enfants et leurs conjoints, le sourire, le soutien. Mais il manque quelqu'un, Brooklyn Beckham, le fils aîné, 26 ans. C'est que mi-janvier, la marmite a explosé. Le 19 janvier, Brooklyn publie un long texte sur son compte Instagram dans lequel il confirme être en conflit ouvert avec ses parents.
Jamil Dakhlia
L'amour familial, entre guillemets, se mesure au nombre de publications sur les réseaux sociaux ou à la rapidité avec laquelle on se dépêche de tout laisser tomber pour une séance photo de famille, même au détriment de nos obligations professionnelles. Pendant des années, nous nous sommes pliés en quatre pour être présents à chaque défilé, chaque soirée et chaque événement médiatique afin de montrer notre famille parfaite.
Host
Brooklyn l'affirme, il ne veut pas se réconcilier. Il veut vivre sa vie loin du système Beckham avec son épouse, Nicola Peltz. Une histoire qui n'est pas sans rappeler celle du prince Harry et de Meghan, les dissidents de la famille royale britannique. Harry, que l'on a vu à Londres, arrivé au tribunal il y a 15 jours. Pour son procès, aux côtés d'autres célébrités contre l'éditeur de plusieurs grands tabloïds anglais. Ces stars accusent notamment le Daily Mail d'avoir utilisé des méthodes illégales pour obtenir des informations sur leur vie privée, écoutes téléphoniques, micros cachés ou encore dossiers médicaux consultés. Les journaux incriminés rejettent les accusations les qualifiant de calomnies absurdes.
Jamil Dakhlia
L'affaire concerne des actes répréhensibles anciens ou des allégations d'actes répréhensibles anciens. Aucune preuve scientifique directe n'a été apportée.
Host
Le procès va durer neuf semaines et pourrait déstabiliser sérieusement la puissante presse à scandales britanniques et créer un précédent. Alors, entre poursuites judiciaires et réseaux sociaux, la presse people va-t-elle survivre? On en discute avec notre invité. Bonjour, Jamil Dakhlia.
Jamil Dakhlia
Bonjour.
Host
Vous êtes sociologue des médias à l'Université Sorbonne Nouvelle à Paris, au sein de l'Institut de Recherche Média, Culture, Communication et Numérique. Alors cette affaire Brooklyn Beckham, puisque c'est un peu le point de départ de cette émission, comment est-ce que vous l'analysez, vous?
Jamil Dakhlia
Je l'analyse par le fait qu'il s'agit d'une famille de professionnels de la célébrité et ça interroge sur les rapports entre célébrités, par exemple les compétences pour devenir célèbre. Beckham et le père est un footballeur à la retraite, son épouse est issue d'un girl's band et elle n'est pas particulièrement connue pour être une bonne chanteuse, mais tous les deux ont réussi à prolonger leur célébrité, à l'augmenter, notamment sur les réseaux sociaux, par un certain nombre de choix stratégiques. Et le fils, lui aussi, ses compétences de photographe sont raillées. Il est surtout célèbre pour être célèbre. Ce qui est intéressant, c'est que tout ce beau monde-là lave son linge en famille, en public.
Host
Voilà. Alors, Jamil Daglia, on va revenir avec vous sur l'évolution de ce qu'on appelle la presse people. C'est un segment bien particulier dans les médias. Un petit peu d'histoire. D'abord, quand est-ce qu'on identifie les débuts de ce qu'on appelle alors une presse de célébrité?
Jamil Dakhlia
Alors la presse de célébrité telle qu'on la connaît, elle commence à prendre forme dans l'après-guerre avec des titres comme Ici Paris ou France Dimanche qui sont assimilés à ce qu'on appelait à l'époque une presse de boulevard ou pire une presse de caniveau. Et puis il y a des titres un peu plus respectueux des célébrités, du type Point de vue ou Paris Match, même si Paris Match n'est pas qu'un magazine People, il parle aussi d'autres types d'actualités. Mais voilà un peu ce qui illustre la presse de célébrités dans l'après-guerre. Et puis on a un tournant fin des années 80 avec le groupe Prisma Press, celui qui va créer Voici et Gala, et qui revendique une approche plus, on va dire, plus moderne, plus glamour, d'où l'anglicisme People. et aussi qui lance les premières vraies photos volées, les premières vraies paparazzas, à l'insu et contre la volonté des people.
Host
On va y revenir bien sûr, mais je vous ramène en 1960 avec une petite archive que l'on va écouter tout de suite.
Archive Narrator
Depuis cinq jours, les caméras du monde entier ont été refoulées, sauf celles de cinq colonnes à la une. Le Vigil lui-même nous a laissé passer. C'est chez Brigitte Bardot que nous sommes, modestement vêtue Nicolas et charmant, Les journaux du monde entier ont publié la photographie de Nicolas et de sa mère. Cela prouve que Brigitte Bardot est très célèbre, mais je ne vois pas pourquoi cette célébrité l'empêcherait d'être aussi une femme comme les autres, une femme plus heureuse depuis cinq jours. Alors, disons-lui simplement que Nicolas est beau et laissons-les se sourire entre eux.
Host
Voilà Brigitte Bardot filmée chez elle avec son bébé de cinq jours, Nicolas. Après coup, on l'a appris. L'actrice n'était pas forcément demandeuse de ce reportage, de ces images prises dans son appartement, dans son intimité. Ce ne sont pas encore les paparazzi à l'époque, mais il y a quelque chose quand même qui s'installe là.
Jamil Dakhlia
Il y a une espèce d'injonction à mettre en scène sa vie privée. Ça existait déjà avec les stars hollywoodiennes et puis ça s'est étendu à toutes les catégories de personnages publics en réalité. Et c'est dans les années 50-60 que cela a été commenté par exemple par Edgar Morin qui parlait des Olympiens. Ce qui est intéressant dans le reportage, c'est qu'on explique que toute célébrité qu'elle soit, Brigitte Bardot est aussi une mère, une femme, et c'est ça qui attire finalement dans ces célébrités, c'est-à-dire qu'elles ont un statut, une vie, un mode de vie tout à fait exceptionnel qui fait rêver, mais elles sont rattachées au reste de l'humanité par des préoccupations et des activités ordinaires, donc le fait d'être parent ou enfant, d'être malade, d'être amoureux, etc.
Host
C'est toute cette dualité qui plaît au public et qui va continuer à traverser cette presse people. Vous parliez tout à l'heure des années 80-90. Là, effectivement, la presse commence à faire son beurre sur les photos volées. C'est vraiment un cran plus loin.
Jamil Dakhlia
Oui, tout à fait. C'est un cran qui était déjà passé dans les tabloïds britanniques. Mais pour ce qui est de l'Europe continentale, c'est vraiment la période où ce type d'intrusion se développe. Et ça se fait, bien évidemment, sur la base de calculs de rentabilité et parce qu'on sait que derrière, il y aura des procès. Mais voilà, on fait la balance entre ce que rapporteront les ventes et ce que coûteront les procès.
Host
Il faut quand même s'arrêter un moment sur le cas particulier de la Grande-Bretagne parce que vous évoquez les tabloïds qui ne franchissent pas là depuis un moment. Comment on explique le succès de cette presse people, voire presse à scandale là-bas? Est-ce que c'est le public qui est particulièrement friand? Est-ce que ce sont les célébrités nombreuses? On pense évidemment à la famille royale. Ou est-ce que ce sont des puissants groupes derrière les titres de presse? Qu'est-ce qui explique ça en fait?
Jamil Dakhlia
Il y a plusieurs raisons. Il y a d'abord le fait qu'en Grande-Bretagne, ce qui primait, c'était vraiment le droit à l'information, lié évidemment à une notion de liberté de la presse. Donc c'est un principe vraiment qui est au fondement de la démocratie en Grande-Bretagne. Le deuxième point, c'est que les tabloïds ont réussi à produire une information quotidienne. Contrairement aux magazines People, qui sont des hebdos par exemple, c'est une information quotidienne populaire, qui s'adresse aux classes à la fois ouvrières, classes ouvrières et classes moyennes. Et donc, elles occupent un créneau très particulier dans le paysage médiatique britannique. Et jusqu'à aujourd'hui, ces titres réussissent à maintenir cette place, cette popularité, sur la base d'un sensationnalisme qui est revendiqué. C'est sexe, sang, scandale, sport aussi, on peut ajouter un S. Et donc voilà, ils ont trouvé un créneau. Et puis derrière, il y a aussi des groupes, effectivement, qui sont très puissants, internationaux. Et je pense, par exemple, au groupe de Rupert Murdoch, qui est un milliardaire australo-américain. et qui a réussi à percer notamment à travers des tabloïds britanniques comme News of the World ou bien en rachetant le Sun.
Host
Dont l'histoire même fait l'objet d'ailleurs de photos et de spéculations du public aussi, avec la grande succession Murdoch. Et comment expliquer du côté du public alors que ce genre de press people-là n'est pas pris à ce point dans d'autres pays européens? Est-ce qu'il y a une appétence particulière du public britannique pour ces tabloïds, pour ce qu'ils proposent?
Jamil Dakhlia
Alors, en fait, ça rejoint une sorte d'idéologie de sentiment anti-élite, en réalité, qui, paradoxalement, est assez conservateur. C'est-à-dire, en gros, le discours de ces tabloïds, pour la plupart, c'est les gens qui possèdent des privilèges, les possèdent, mais de façon indue et ne les méritent pas. Et nous allons vous montrer qu'ils ne sont pas à la hauteur de la place sociale qu'ils occupent. Ils essayent, en fait, de fédérer un public autour de sentiments qui ne sont pas toujours très, très nobles, on va dire.
Host
Est-ce qu'on trouve moins en France, en Belgique ou ailleurs en Europe?
Jamil Dakhlia
Alors, la manière d'aborder la question des célébrités est plus dévolue à des magazines, à la question de la photo, les photos de qualité, aux récits qui accompagnent aussi cela. Et c'est moins des révélations fracassantes. On peut penser que c'est lié à des questions culturelles aussi. Enfin, certains rattachent ça à la prégnance d'un modèle catholique où finalement tout ce qui est péché peut se racheter par la confession, mais la confession privée, tandis que dans les pays protestants, donc États-Unis, Grande-Bretagne, la confession se doit d'être publique. Donc ce n'est pas les mêmes mentalités.
Host
Je vous propose de piocher une autre archive. Nous sommes le 6 septembre 1997.
Jamil Dakhlia
L'adieu du peuple d'Angleterre à sa princesse. La foule était là, recueillie, silencieuse, pour rendre un dernier hommage à Lady Diana. D'abord sur le parcours jusqu'à la ville de Westminster, puis tout au long du trajet qui devait la mener à sa dernière demeure, une petite île sur un lac près de son village d'Alton.
Host
Les obsèques de la princesse Diana, sa mort brutale après une course-poursuite à Paris avec des paparazzis. Est-ce que ça, ça va être un moment charnière pour cette presse, People, presse à scandale? Est-ce qu'il va y avoir une sorte de questionnement déontologique?
Jamil Dakhlia
Indéniablement, ça a été un tournant parce que Diana est apparue comme une sorte de martyr des dérives de la presse people et plus largement a créé un sentiment de culpabilité dans l'opinion publique. C'est-à-dire que s'il y avait tous ces reportages, toute cette intrusion dans sa vie, c'est aussi parce qu'il y avait un public pour acheter ses reportages, pour s'intéresser à sa vie. Parce que jusque-là, quelqu'un comme la princesse Diana, on lui reprochait aussi de jouer de cette médiatisation. Et c'est le procès qu'on fait de toute façon encore aujourd'hui aux célébrités. C'est-à-dire qu'on ne sait pas trop si elles sont des victimes ou bien si elles instrumentalisent la divulgation de leur vie privée.
Host
Ce questionnement d'ionthologie qu'on évoquait, est-ce qu'il va durer? Parce qu'on se permet d'en douter un peu puisqu'on évoquait dans l'introduction ce fameux procès intenté par le prince Harry et d'autres à l'égard notamment du Daily Mail. Les problèmes sont toujours là avec cette presse à scandale?
Jamil Dakhlia
Les problèmes sont toujours là parce que, encore une fois, il y a toujours un public pour s'intéresser à ce type d'informations. En revanche, là où il y a eu des progrès, c'est par rapport aux méthodes employées. Et ce qui se joue actuellement avec le procès intenté notamment par le prince Harry, mais pas que, il y a d'autres célébrités comme Elton John, par exemple, et Elizabeth Hurley, contre le journal Daily Mail. C'est sur la base des méthodes employées, c'est-à-dire les écoutes illégales, par exemple, les micros placés dans les domiciles, la consultation de dossiers médicaux. Voilà, c'est tous ces éléments-là qui provoquent un revirement de l'opinion britannique, qui jusque-là défendait vraiment les méthodes de la presse parce que... au nom de la liberté de la presse. Et maintenant, le regard a changé en Grande-Bretagne et ça, c'est très intéressant.
Host
Et vous pensez que ça va évoluer vers quoi? Une plus grande législation? Un cadre légal plus précis sur les questions de vie privée, par exemple?
Jamil Dakhlia
Au Royaume-Uni, clairement, ça a évolué vers une prise en compte du droit à la protection de la vie privée beaucoup plus importante et ça se traduit dans les tribunaux, ça se traduit par des dispositifs comme ce qu'on appelle la super injonction qui permet à des juges d'interdire à des médias de publier une information et même de parler du fait qu'on leur a interdit de publier une information. Donc le droit britannique, contrairement à ce qu'on imagine, est devenu beaucoup plus strict en matière de divulgation, notamment d'informations sur la vie privée. Et inversement, en France par exemple et dans d'autres pays européens, les tribunaux prennent de plus en plus en compte la notion d'intérêt général et de droit de savoir dans les décisions qu'ils rendent sur les violations de la vie privée par des paparazzates par exemple. Ce qui fait qu'il y a une espèce de nivellement, de rééquilibrage sur l'ensemble de l'Europe.
Host
Il faudra évidemment observer comment tout ça évolue. Jamil Dakhlia, on poursuit notre ligne du temps, les années 2000-2010. Alors là, c'est l'essor de la télé-réalité et on a vraiment une forme de rencontre entre deux mondes qui sont faits pour s'entendre, on va dire. Ces émissions et leurs candidats d'un côté, puis de l'autre, cette press people qui a toujours besoin de nouveaux visages.
Jamil Dakhlia
Oui, c'est exactement ça. En fait, ça marque une évolution qu'on sentait venir, qui est l'évolution vers la démocratisation de la célébrité. C'est-à-dire, on arrive à un moment où on peut se dire tout célèbre. Tout le monde, finalement, peut avoir droit à la célébrité, tout simplement parce que, eh bien, on est un homme ou une femme ordinaire qui s'est trouvé filmé dans une émission et dont la promesse était précisément de rendre célèbre, de fabriquer des stars minutes. Et donc la presse People, pour elle, ça a été tout bénéfice, parce que ça lui a permis d'élargir encore le champ de ces vedettes, et aussi, et non sans malice, de pouvoir être très intrusif par rapport à ces personnes-là, parce que ces personnes-là ne pouvaient pas se défendre devant les tribunaux, puisqu'elles avaient accepté à la base, de se présenter devant les caméras, de montrer 24 heures de leur vie tous les jours. Donc c'était des proies faciles, on peut dire.
Host
C'est intéressant parce que ça nous amène à l'étape suivante, celle des réseaux sociaux. La téléréalité préfigure le succès des influenceurs. Tout ça va émerger en même temps. Avec une nouvelle direction pour la Press People, on va y venir. Avant cela, je vous propose d'explorer avec Sarah Poussey un concept qui va nous éclairer sur le lien entre le public et les célébrités. On parle de lien parasocial. C'est le mot de l'année 2025 pour l'Université de Cambridge et vous allez comprendre pourquoi.
Pierre de Bérail
Pierre de Bérail est psychologue. Dans sa thèse, il s'est intéressé aux relations parasociales entre les youtubeurs et leur public, et il nous explique en quoi consistent ces interactions.
« Une relation parasociale, c'est une relation qu'établit un spectateur avec une figure médiatisée. Cette relation est définie comme asymétrique et non réciproque, c'est-à-dire qu'elle ne va que dans un seul.
Sens. » Le phénomène des relations parasociales n'est pas nouveau. De tout temps, il a davantage touché les personnes en construction identitaire, par exemple les adolescents, mais ces dernières années, l'arrivée des réseaux sociaux a changé.
La donne. Là on va dire que c'est le mot de l'année aussi parce qu'il y a une explosion en quelque sorte des relations parasociales avec les médias sociaux qui ont fait que ces relations parasociales se sont beaucoup développées et même intensifiées dans les 20.
Dernières années. Les réseaux sociaux ont en effet démultiplié l'ampleur du public en contact avec les publications des personnalités médiatiques mais aussi à l'inverse le nombre d'informations sur ces personnalités. A force de stories, de vidéos ou de directs, on découvre l'intimité des stars et elles intègrent notre quotidien. Ce qui crée une certaine confusion comme l'explique.
Pierre Deberaille. Aujourd'hui, on va dire la forme des relations parasociales, ce sont des relations parasociales qui jouent en quelque sorte sur le flou de l'accessibilité de la figure médiatisée. Et c'est vrai qu'il y a des études qui montrent que la conscience que la figure médiatisée est accessible intensifie la relation parasociale avec cette figure. L'impression qu'on peut avoir des interactions sociales avec la figure médiatisée, plus on a cette impression-là, plus cela va avoir tendance à renforcer la relation parasociale que l'on va développer pour cette.
Figure médiatisée. Les relations parasociales ne sont pas négatives en soi. En période d'isolement, elles peuvent même aider à se sentir entourées. Mais le phénomène devient pathologique quand l'intensité de la relation est trop forte. Dans ce cas, l'individu a tendance à s'isoler, à privilégier ses relations parasociales au contact avec son entourage, ce qui entraîne son lot de symptômes dépressifs.
Et d'anxiété. L'autre élément négatif qui peut être constaté, c'est lorsque, avec une forte intensité de la relation parasociale, se crée une sorte de flou sur la notion d'un sens unique de la relation, c'est-à-dire des spectateurs qui vont avoir la forte impression, l'illusion, de quelque sorte, que la figure médiatisée les connaît autant qu'eux, ils la connaissent. Cette confusion va mener à des comportements qui sont inadaptés socialement et ça peut bien sûr mener à l'isolement social aussi. mais également des comportements d'intrusivité de la part des spectateurs envers les figures médiatisées avec parfois certains cas de harcèlement aussi de certaines figures médiatisées.
Par exemple. Ce qui est intéressant, c'est aussi ce qu'induit ce type de relation. En effet, comme un ami peut devenir une bonne ou une mauvaise influence, les propos d'une personnalité peuvent guider les choix, mais aussi les achats, de.
Certaines personnes. Lorsqu'une figure médiatisée va faire la promotion de quelque chose, que ce soit un comportement, que ce soit une idée, que ce soit un produit, Si le spectateur a une forte relation parasociale, il aura tendance à accorder plus de confiance dans les informations qui seront communiquées par cette figure médiatisée et donc à plus facilement adopter ce qui est recommandé, ce qui est mis en avant par la.
Figure médiatisée. Alors que désormais tout le monde peut passer de spectateur à acteur sur ses propres réseaux et donc générer des relations parasociales à son encontre, Pierre de Bérail s'interroge sur les effets à venir. Pour le psychologue, cela impactera forcément notre image sociale et notre façon d'être avec.
Host
Les autres. On rappelle que vous êtes sociologue des médias. Dans notre chronologie de l'histoire de la Press People, on en arrivait donc à l'arrivée des réseaux sociaux. On a l'impression, comme avec Brooklyn Beckham, que petit à petit, les règles du jeu changent. Ce ne sont plus les titres de Press People qui font l'agenda, mais les stars elles-mêmes sur leurs comptes Instagram ou autres. On est face à un changement.
Jamil Dakhlia
De paradigme? Complètement. Les réseaux sociaux, c'est la possibilité pour chacun, chacune d'entre nous, d'être son propre média. Et à partir de là, les vedettes, pour augmenter leur célébrité ou l'entretenir, soigner leur image, peuvent compter sur elles-mêmes, sans passer par les médias traditionnels et notamment par la.
Host
Presse people. Est-ce que ça veut dire que la presse people a disparu.
Jamil Dakhlia
Pour autant? Alors, la presse People n'a pas disparu, mais elle s'est considérablement amoindrie. Elle a perdu des centaines de milliers de lecteurs. Maintenant, en fait, elle essaye de se repositionner sur Internet en ayant ses propres comptes. Les titres, en fait, essayent de se repositionner en tant que marque et de proposer une expertise particulière dans le décryptage des People et de.
Host
Leur vie. Oui, cela dit, on se demande, c'est vrai, comment des voici-closers et autres ont réussi à se réinventer. Parce qu'on se dit, la presse classique, elle a déjà du mal à convaincre de payer pour avoir accès à ces contenus. On se dit que la presse people, ça doit être.
Jamil Dakhlia
Encore pire. Quel business model en fait aujourd'hui Absolument,? toute la question est là. C'était déjà difficile à l'époque des publications print parce que l'une des failles de la presse people, c'était la publicité. Elle avait du mal à capter des annonceurs prestigieux, d'avoir des recettes publicitaires importantes parce que Les annonceurs ne voulaient pas trop s'associer à ce type de discours parfois un peu trash. Ceux qui s'en sortent, c'est les titres people qui sont assez respectueux, des célébrités qui jouent sur le glamour, du type gala, etc. Mais il n'empêche que sur les réseaux sociaux, arriver à monétiser une information people, même garantie par des règles journalistiques, c'est difficile aujourd'hui. Et c'est.
Host
Tout l'enjeu. Donc, on entend bien que les titres se cherchent, que le business model, il est en évolution, en recherche de monétisation. Pourtant, du côté du public, il reste cette demande pour un aspect plus vrai qui va descendre les sarts de leurs piédestals. Tout ça, ce n'est pas très glorieux, mais c'est humain. Cette press people, elle reste quelque part Une forme de.
Jamil Dakhlia
Contre-Pouvoir symbolique? Oui, cette attente, elle est toujours là. Et encore une fois, les titres people peuvent mettre en avant le fait qu'ils vérifient l'information, qu'ils ont des scoops, qu'ils arrivent à décrypter ces mises en scène de sincérité. Parce que les célébrités, actuellement, ce qu'elles offrent sur les réseaux sociaux, c'est leur authenticité. Mais cette authenticité, elle est évidemment fabriquée. Bon, donc les titres people font ça, mais vous remarquerez que les internautes font ça aussi très régulièrement, c'est-à-dire dès qu'il y a une vidéo, voir s'il y a un montage, s'il y a un trucage, s'il y a de la retouche. Et donc, il y a toujours ce soupçon vis-à-vis de la mise en scène des célébrités et surtout quand elle est faite.
Host
Par elle-même. Oui, c'est intéressant ce que vous dites parce que la presse people, finalement, c'est un objet d'étude et même un objet de conversation en général qui a tendance à être un peu décriée, à laisser vite associée avec des contenus populaires, voire un peu beauf. Comment on explique ce désintérêt alors qu'on le voit bien dans cette conversation? Il y a quand même plein de choses à en retirer et à comprendre sur la société dans laquelle.
Jamil Dakhlia
On vit. Oui, en fait, c'est une espèce de mépris, j'allais dire faussement de classe, c'est-à-dire de manque de légitimité culturelle des titres people dont on pense qu'ils sont lus exclusivement par les classes populaires, par les femmes. Donc il y a une forme de mépris social redoublé, si vous voulez, parce qu'en réalité, c'est une forme de misérabilisme vis-à-vis de ces catégories. En réalité, les informations people, je parle des informations people au-delà des titres people, elles sont lues et connues de tous, alors à des degrés divers. Mais il ne faut pas oublier que ces personnalités, les célébrités, ce sont des repères dans notre société. Ce sont des sortes de lieux communs. Ce sont des personnages que tout le monde connaît plus ou moins et sur lesquels on peut projeter des tas de valeurs, d'identité. Et ça sert de liant aussi aux conversations, aux débats. Et ça permet de se positionner, je dirais, en étant protégé soi-même. Les discussions sur les people, c'est une manière d'aborder des sujets de société du type l'adoption ou bien la conciliation entre grossesse et travail. Enfin, toutes sortes de sujets. Ils servent, dans ces cas-là, de repères, de modèles ou.
Host
De contre-modèles. Alors, Jamil Dakia, vous avez beaucoup travaillé aussi sur la pipolisation des politiques. On n'a pas de président en Belgique. La politique est moins attachée à quelques individus avec notre système proportionnel. Cela dit, on voit bien depuis quelques années que des personnalités émergent aussi, jouent sur cette frontière entre privé et public, jouent avec les réseaux sociaux. Qu'est-ce qu'on doit comprendre là derrière? Que les politiques deviennent à leur tour.
Jamil Dakhlia
Des célébrités? Les politiques sont des célébrités, qu'ils le veuillent ou non, parce que, en fait, notre société gravite autour de cette notion de célébrité. Pourquoi? Parce qu'on est dans une économie de l'attention. Il y a une multiplication des médias, des manières d'informer et de communiquer, et notamment depuis Internet. Et donc, l'enjeu, c'est qu'il y a une compétition incroyable pour attirer l'attention. Et celles et ceux qui sont des professionnels de l'attention, ce sont les célébrités. Donc, les politiques sont obligés de se comporter comme des célébrités, de recourir à des méthodes qui font penser au monde du spectacle, par exemple, pour se mettre en scène, de parler de leur vie privée. Et là aussi, on retrouve cette injonction à l'authenticité, c'est-à-dire que sur les réseaux sociaux, on s'attend à ce que tout un chacun parle de sa vie, y compris de sa vie privée, de ce qu'il fait au jour le jour. Et les politiques s'alignent là-dessus. Et ils voient aussi un intérêt en.
Host
Termes électoraux. Et qu'est-ce que ça implique pour la politique en général? Les discours, les programmes politiques, ils vont disparaître derrière ces comptes Instagram, derrière ces anecdotes, ces petits clins d'oeil à la vie.
Jamil Dakhlia
Privée, etc.? Le risque, c'est d'être trop focalisé sur des questions de personnalité, de trop personnaliser la politique. Cela étant, c'est une autre manière de faire la communication politique. Et ça peut être un moyen aussi de faire passer des idées, des programmes, mais de façon symbolique, c'est-à-dire regarder comment je vis. Et ma vie, elle est en adéquation avec ce que je voudrais pour la société. C'est un peu ça le discours quand c'est fait de manière cohérente. Mais parfois, il y a des contradictions flagrantes. Je veux dire par là qu'un homme politique qui prétend s'intéresser au sort de ses concitoyens et qui se mettrait en scène devant un château, par exemple, comme ça a été le cas pour François Fillon en France, eh bien là, il y a un décalage, il y a une incohérence, il y a quelque chose qui choque en réalité. Donc devenir une célébrité, ce n'était pas forcément négatif, mais il ne faut pas perdre de vue l'intérêt général, c'est.
Host
Ça surtout. Il y a des terrains glissants, on l'entend bien. Et ça, il faut pouvoir du coup maîtriser les codes. Un exemple de cela, c'est peut-être Donald Trump lui-même, issu d'ailleurs d'une émission.
Jamil Dakhlia
De téléréalité. Oui, Donald Trump, c'est vraiment l'exemple du poids de la culture de la célébrité dans nos sociétés. Puisque pour entrer en politique, en réalité, il n'a pas eu besoin, avant de se présenter à la primaire républicaine d'abord et puis ensuite à l'élection présidentielle aux États-Unis, il n'a pas eu besoin d'avoir des mandats politiques, d'être élu. Il n'avait jamais été élu, où que ce soit. Et en réalité, son passeport, ça a été le fait qu'il ait participé à l'émission The Apprentice. Et ça lui a permis aussi d'imprimer sa marque, c'est-à-dire celle qu'on connaît, c'est-à-dire d'un homme d'affaires brutal, direct, qui n'image pas ses mots. Et il a continué à cultiver ce style-là. Et dans tout, ses commentaires, par exemple, sur la scène diplomatique, tout est référence, en fait, au monde du spectacle. Il dit ça va faire de la bonne télévision. Il a toujours ce regard, en fait, qui est celui d'un professionnel de.
Host
La célébrité. Et on arrive au terme de cette émission. Merci à notre invité pour sa présence, Jamil Dakhlia, sociologue des médias à l'université Sorbonne Nouvelles à Paris. A la réalisation, il y avait Jonathan Rémy. A la préparation, Sarah Poussey et Marie Van Kutsem. A très bientôt pour de nouvelles.
Épisode du 6 février 2026 | RTBF
Invité principal : Jamil Dakhlia, sociologue des médias (Université Sorbonne Nouvelle à Paris)
Cet épisode explore la transformation de la presse people face à l’émergence des réseaux sociaux et la manière dont les célébrités, comme la famille Beckham, se réapproprient leur image et leur narration médiatique. Le cas récent du conflit ouvert entre Brooklyn Beckham et ses parents sur Instagram sert de point de départ pour interroger l’avenir, les mutations, et le rôle sociétal de cette presse à l’ère numérique.
La « relation parasociale » désigne le lien non réciproque que le public tisse avec une figure médiatisée (influenceurs inclus) ([17:49]–[20:56]).
Ce phénomène s’est démultiplié avec les réseaux, suscitant des comportements d’attachement exacerbés, parfois pathologiques (isolement, harcèlement).
« Plus l’impression d’accessibilité est forte, plus la relation parasociale s’intensifie » — Pierre de Bérail ([18:52]).
Les personnalités politiques sont obligées d’adopter les codes de la célébrité (mise en scène de la vie privée, présence sur réseaux…), dans une économie de l’attention exacerbée ([26:30]).
Danger : la personnalisation excessive du débat public, mais aussi opportunité de communication politique symbolique ([27:38]).
Exemple marquant : Donald Trump, dont la notoriété issue de son émission The Apprentice a été clé dans son parcours politique ([28:48]).
| Timestamp | Sujet / Citation mémorable | |-----------|----------------------------| | 03:06 | « L’amour familial (…) se mesure au nombre de publications… » — Brooklyn Beckham | | 05:01 | « C’est une famille de professionnels de la célébrité… » — Jamil Dakhlia | | 09:41 | « Sensationnalisme qui est revendiqué : sexe, sang, scandale, sport… » — Jamil Dakhlia | | 13:05 | Sur Diana: « On ne sait pas trop si elles sont des victimes ou bien si elles instrumentalisent la divulgation… » | | 14:04 | « Là où il y a eu des progrès, c’est par rapport aux méthodes employées » — Jamil Dakhlia | | 16:14 | « Tout le monde, finalement, peut avoir droit à la célébrité » — Jamil Dakhlia | | 18:52 | « Plus l’impression d’accessibilité est forte, plus… » — Pierre de Bérail (parasocialité) | | 21:38 | « Les réseaux sociaux, c’est la possibilité (…) d’être son propre média. » — Jamil Dakhlia | | 23:48 | « L’authenticité, elle est évidemment fabriquée » — Jamil Dakhlia | | 24:54 | « Les informations people (…) sont lues et connues de tous… » — Jamil Dakhlia | | 26:30 | Sur la pipolisation des politiques | | 28:48 | « Son passeport, ça a été le fait qu’il ait participé à l’émission The Apprentice » — Jamil Dakhlia |
L’émission donne à voir une transformation profonde de la presse people, dont la perte du monopole sur la narration des vies célèbres s’accompagne d’un repositionnement stratégique et d’un questionnement sur son utilité sociale. Les réseaux sociaux émancipent les célébrités et, en même temps, changent notre rapport à l’information, aux figures publiques, et même à la politique. La presse people n’a pas disparu, mais elle doit s’adapter à la transparence (parfois fabriquée) de l’ère numérique, en demeurant un miroir parfois déformant, mais toujours fascinant, de nos sociétés.
Résumé fidèle à la structure, à l’esprit et aux nuances du débat, intégrant les citations clés et proposant un aperçu riche des discussions, pour permettre à chacun de saisir les enjeux sans avoir écouté l’épisode complet.