
Quel rapport les jeunes entretiennent-ils à l'information ? C'est la question que s'est posée Marie Vancutsem en allant à la rencontre d'étudiants en première année de bachelier en droit à l'Université Saint-Louis. Elle les a rencontrés dans le cadre d'un cours de ...
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Hugo Décrypte
Pour plus d'actualités, rendez-vous sur Instagram. Vous le savez, le nom du compte, c'est Hugo Décrypte.
Interviewer / Moderator
Dans cette vidéo, je vais donc vous.
Kenza / Student Participant
Expliquer et m'exprimer sur l'intelligence artificielle. Je vous le fais bien. Salut les gars, j'espère que vous allez bien.
Céline Ras / Professor
Bonjour et bienvenue dans Les Clés Médias. Dans cet épisode, on vous propose un format différent, une petite immersion.
Interviewer / Moderator
J'ai eu le plaisir d'assister et de.
Céline Ras / Professor
Participer à un cours de critique de l'information à l'Université Saint-Louis à Bruxelles. Environ 700 étudiants de Bac 1 ont droit, moyenne d'âge donc 18 ans. L'idée était de leur parler du métier de journaliste et de la vie dans une rédaction. Après ce cours, avec une vingtaine d'entre eux, nous avons prolongé la discussion. Et cette fois, c'est moi qui ai pu poser mes questions. Comment s'informe-t-il ? Via quels médias sont-ils accros à TikTok ? Vigilant sur les fake news, consomme-t-il encore les médias dits traditionnels ? C'est parti pour une demi-heure de discussion à bâton rompu que nous avons entamée avec une question assez générale. Pour vous, c'est quoi l'information ?
Kenza / Student Participant
Je m'appelle Kenza. Pour moi, l'information, c'est ce qui nous touche. Donc, c'est ce qu'on sait, en gros. Donc, si on n'a pas l'information, on.
Juliette / Student Participant
Ne le sait pas.
Kenza / Student Participant
Bonjour, je m'appelle Nerissa. Pour moi, l'information, c'est le pouvoir. Je vois, quand on regarde un peu historiquement, quel est son impact. Et pour moi, ceux qui ont l'information sont ceux qui peuvent influencer les autres. Et obtenir l'information, rechercher l'information nous permet d'être un peu nos propres esprits critiques, de nous informer nous-mêmes, de nous ouvrir nous-mêmes.
Interviewer / Moderator
Quelqu'un d'autre sur cette question, c'est quoi l'information ? Peut-être qu'on pourrait élargir un petit peu la question en se demandant c'est quoi l'actualité aussi ? Qu'est-ce qui fait pour vous l'actualité ?
Hugo Décrypte
Bonjour, moi c'est Antoine. Je dirais que l'actualité est le relais de l'information via des médias, journaux, etc. Et donc ça nous permet de mieux en savoir sur ce qui se passe au niveau national ou alors international, dans le monde.
Kenza / Student Participant
Voilà.
Interviewer / Moderator
Pour la prochaine question, je vais me mettre ici comme ça je vous vois bien tous. Je vais vous proposer de faire un petit vote à main levée pour qu'on ait un peu une idée. Donc ici vous êtes, on va vite vous compter, voilà vous êtes 19. Donc sur 19 personnes, qui ici regardent le journal télévisé ? OK, donc on est quand même là sur une belle majorité. Vous regardez ça seul ou bien avec vos parents ? OK, donc on est un peu sur les deux. Il y a un peu une culture familiale autour du JT, effectivement. Dernière question aussi sur le JT. Est-ce que vous le regardez à l'heure à laquelle il passe à la télé ou vous le regardez en différé ? Et quand c'est à l'heure à laquelle il passe, j'imagine que c'est plus comme une sorte de rendez-vous familial, c'est ça ? Et en différé, alors là, c'est pour quoi ? Dans quel contexte, toi, tu le regardes ?
Kenza / Student Participant
En fait, moi, je code toute seule à Bruxelles. Du coup, juste pour être à l'actualité, enfin, pour me tenir informée de ce qui se passe dans le monde, j'écoute le 19h chaque matin quand je me prépare.
Interviewer / Moderator
Ah oui, c'est ça, tu regardes le JT de la veille, le matin avant...
Kenza / Student Participant
Le matin, pour me préparer, histoire d'être informée de ce qui se passe dans le monde.
Interviewer / Moderator
OK. Voilà.
Student Participant
Donc moi, par exemple, je regarde à 19h et ça me résume un peu tout ce qui s'est passé dans la journée, ce que j'ai pu rater sur les réseaux sociaux. Des fois, je complète le JT de 19h avec les informations que je peux trouver sur les réseaux. Et à la fin de la journée, généralement, j'ai les gros titres en tête et je sais ce qui s'est à peu près passé.
Céline Ras / Professor
OK.
Interviewer / Moderator
Donc, alors, on a parlé du JT par rapport à la radio. Qui écoute la radio ? Ici, on est sur un peu moins de monde, donc je dirais une petite moitié.
Kenza / Student Participant
Je m'appelle Serena. Pour moi, c'est plus aussi sur le principe d'un moment familial. Je sais que le journal, mes parents sont levés à la même heure que moi. Du coup, on regarde souvent. On a ça en fond dans la salle de bain. Sinon, non, j'écoute. À partir du moment où je suis toute seule dans les transports, je vais plus aller sur des radios musicales ou sur directement ma playlist.
Interviewer / Moderator
Playlist ou alors podcast aussi, peut-être qu'il y a des gens qui écoutent du podcast. Alors là, levez peut-être la main sur le podcast. Ah oui, là, on est sur une belle majorité quand même. Alors là, j'ai envie de savoir, au niveau des podcasts, quel genre de podcast vous écoutez ? Est-ce que ça touche à vos intérêts personnels ou est-ce que c'est des podcasts d'actualité un peu généralistes ?
Student Participant
Moi, j'écoute... Enfin, j'ai commencé récemment à écouter des podcasts et j'écoute des podcasts sur l'actualité. Donc, par exemple, je sais que j'aime beaucoup celui L'heure du monde.
Kenza / Student Participant
Bonjour à toutes et à tous. Je m'appelle Claire Lesse et il est l'heure du monde.
Céline Ras / Professor
L'Heure du Monde, c'est le podcast du journal Le Monde. Une vingtaine de minutes, chaque jour, sur un sujet d'actualité.
Student Participant
Je le trouve hyper chouette avec des sujets variés. Et surtout, je trouve que c'est... Enfin, c'est pas trop dur. Enfin, c'est... Oui, je trouve que... Oui, c'est accessible, voilà. Et j'écoute aussi des podcasts plus, par exemple, parfois des influenceurs ou quoi. Mais par exemple, Léna Situation aussi, elle fait des podcasts.
Céline Ras / Professor
Léna Situation est probablement l'influenceuse française la plus connue au monde. Dans son podcast Canapé 6 places ou Coach, elle parle d'elle, elle reçoit des spécialistes, des personnes qui témoignent sur divers sujets ou des stars planétaires.
Student Participant
On a un running gag sur ce podcast. Si un jour on a Rihanna, j'arrête tout. C'était bien pour la blague. Maintenant, qu'est-ce qu'on fait ?
Kenza / Student Participant
Puisque c'est arrivé.
Student Participant
Bonjour à tous !
Kenza / Student Participant
Moi je m'appelle Héloïse et donc comme ma très chère Léa qui est à.
Juliette / Student Participant
Côté de moi, j'écoute pareil des podcasts.
Kenza / Student Participant
Sur l'actualité, notamment l'heure du monde et sinon j'en écoute pour ma culture générale donc ça va être des podcasts plutôt.
Juliette / Student Participant
Historiques mais ça peut être des choses un peu plus croustillantes de l'histoire et.
Kenza / Student Participant
Donc je ne saurais plus vous dire le titre mais c'est toutes les grandes histoires d'amour entre des grandes figures de l'histoire et donc il y en a énormément et aussi bon ça c'est pour avoir l'air un peu maligne mais c'est quand je vais au musée ou quoi, alors j'écoute un podcast sur ce qui se passe dans ce musée ou dans cette exposition et comme ça je sais un peu de quoi ça parle avant d'y aller.
Juliette / Student Participant
Je m'appelle Juliette et récemment j'ai écouté les trois podcasts des clés sur l'Israël et la Palestine. Donc là c'était la première fois que j'écoutais vraiment trois podcasts d'une série et je trouvais ça hyper intéressant, c'était hyper bien expliqué et donc à refaire je le referais quoi. C'était sur un long trajet en voiture.
Student Participant
Bonjour Céline, alors moi ce que je.
Kenza / Student Participant
Fais souvent c'est j'écoute des podcasts sur.
Student Participant
Des sujets qui vont piquer mon intérêt dont je n'ai aucune connaissance donc par exemple récemment j'ai vu qu'on parlait beaucoup du Soudan et je me suis fait la réflexion bah j'y connais absolument rien donc on va dire que pendant deux.
Kenza / Student Participant
Heures j'ai commencé à écouter plusieurs podcasts.
Student Participant
Comme ça après j'ai une ligne directrice pour faire des recherches etc. Et alors.
Interviewer / Moderator
Quand tu vas taper par exemple Soudan dans ton onglet de recherche sur Spotify, je ne sais pas moi, tu vas sélectionner en fonction de la source ou bien tu écoutes tout ce qui se présente ? Est-ce que par exemple si tu vois que c'est un écuson France Inter ou un écuson RTBF, tu vas plus aller écouter celui-là ou pas forcément ?
Juliette / Student Participant
Alors je vais d'abord aller vers les.
Kenza / Student Participant
Médias reconnus, comme ça je suis sûre.
Student Participant
Que l'information est quand même un peu vérifiée et après je vais aller un.
Kenza / Student Participant
Peu plic-ploc partout pour écouter les différents avis. Moi, dans ma famille, c'est de coutume d'écouter des podcasts et d'être ouverte à l'information.
Student Participant
Et donc tes parents en écoutent aussi beaucoup ?
Kenza / Student Participant
Ah ouais, si je viens à Tal et je dis que je n'ai pas écouté, je suis un peu Asbyn. Ça ne va vraiment pas. Mais après, j'ai un fort intérêt. Et voilà, c'est chouette. C'est de cette culture, il faut qu'on écoute et il faut qu'on puisse en discuter tous ensemble. Et j'écoute vraiment de tout.
Céline Ras / Professor
Ce que je trouve intéressant avec cette discussion, c'est qu'on entend bien qu'il y a dans la consommation de l'information une dimension de transmission. On va se calquer aux habitudes familiales. Dans cet auditoire d'étudiants universitaires, en droit, et encore plus parmi ces 19 jeunes particulièrement investis puisqu'ils ont eu envie de prolonger le cours, il faut évidemment constater qu'on s'informe beaucoup et que c'est largement lié au milieu socioculturel des parents. Gardons bien en tête que ce n'est pas un échantillon représentatif de tous les jeunes, mais ça a le mérite de mettre cet élément-là en évidence. Le rapport à l'info se construit aussi dans le milieu dont on vient.
Student Participant
Alors moi, j'écoute pas beaucoup de podcasts non plus. Les seuls moments où j'en écoute, c'est quand je suis dans la voiture le matin avec mon père ou durant les longs trajets.
Interviewer / Moderator
Vous vous mettez d'accord ou c'est lui qui choisit ?
Student Participant
Non, c'est lui qui choisit. Donc en fait, il y a une personne qui regarde souvent, c'est Idrissa Berkane. Je ne sais pas si vous connaissez, mais en fait, c'est un homme qui fait des des podcasts avec beaucoup d'invités, des gens du monde avec qui il va venir parler de sujets totalement différents.
Céline Ras / Professor
Entre temps, j'ai fait quelques recherches sur Idrissa Burkène. C'est un polémiste français plutôt controversé. Il a notamment été très actif sur les questions anti-vax pendant la pandémie et recevait encore il y a peu Didier Raoult dans son podcast.
Student Participant
Et donc je trouve ça super intéressant et par la suite ça me permet d'en débattre avec mon père ou bien d'autres membres de la famille quand on se rejoint le soir pour dîner. Je me dis ah ouais ce matin j'ai écouté ça et je n'étais pas trop d'accord ou bien plutôt j'ai appris ça et je trouvais ça super intéressant.
Interviewer / Moderator
Donc ici de nouveau comme un point de départ pour le débat.
Student Participant
C'est ça exactement.
Hugo Décrypte
Bon alors moi j'écoute notamment des podcasts axés sur la géopolitique et voilà je trouve ça chouette parce que la grande force des podcasts c'est de pouvoir cibler les sujets qui nous intéressent tandis que par exemple la logité ça va balayer un large catalogue d'informations.
Interviewer / Moderator
Et à titre plus personnel pour te divertir ou autre est-ce qu'il y a d'autres podcasts que t'écoutes ?
Hugo Décrypte
Celui d'Hugo Décrypte sur Spotify.
Interviewer / Moderator
Je vois beaucoup de monde qui approuve, c'est une source importante ça Hugo Décrypte ?
Hugo Décrypte
Salut c'est Hugo, j'espère que vous allez bien. C'est donc le sujet à la une aujourd'hui sur YouTube et en podcast audio sur toutes les plateformes.
Interviewer / Moderator
Hugo Décrypte c'est le chouchou des plus.
Céline Ras / Professor
Jeunes, il a réinventé l'info en ligne on peut le dire. avec un style concis, direct et accessible.
Hugo Décrypte
En une minute, du coup, il balaie l'actualité de la veille. Et ensuite, c'est ça, il y a la synthèse. Et ensuite, il propose des vidéos plus longues, que ce soit sur son compte YouTube ou même TikTok même, qui là, durent quand même plusieurs minutes, où il explique de manière plus précise ce qui s'est passé.
Kenza / Student Participant
Mais en fait on dit qu'une minute c'est long alors que c'est court en fait une minute. Parce qu'on est habitué à des vidéos qui durent 15 secondes maximum. Et quand maintenant on voit des vidéos d'une minute, avant quand j'avais TikTok, j'appuyais sur l'écran pour qu'il accélère en x2. Et du coup ça passait la vidéo plus vite.
Interviewer / Moderator
Et quand tu fais en x2, t'arrives à suivre quoi ? Parce que le rythme est déjà soutenu quand même chez Hugo Décrypte, non ?
Kenza / Student Participant
En fait, surtout pour Ego Decrypte, je vais laisser la vidéo parce qu'en vrai c'est intéressant, mais pour des vidéos un peu plus fun ou quoi, je vais vite accélérer pour voir ce qu'il se passe à la fin, et comme ça après je regarde d'autres vidéos.
Student Participant
Mais je pense qu'il y a aussi ce truc où, je vais peut-être... faire un peu la vieille entre guillemets. Mais nous les jeunes, ces derniers temps, on a aussi notre temps de concentration qui est beaucoup réduit. Et c'est un truc que je remarque aussi chez moi. Je n'arrive pas à me concentrer depuis que je passe plus de temps sur les réseaux. Je regarde une vidéo de plus de 15 secondes et ça me saoule quand l'information n'est pas assez rapide et toute la vidéo n'est pas assez intéressante. C'est assez rare de tomber sur des gens qui partagent leur information en étant assez captivants en une minute. Mais pour d'autres contenus, une minute, c'est trop long. C'est un vrai problème.
Interviewer / Moderator
Quand tu parlais, j'entendais un peu les gens réagir ici. C'est quelque chose que vous ressentez tous, ça ? Vous avez du mal à vous concentrer ?
Kenza / Student Participant
Moi, je voulais aussi parler de chat GPT par rapport à ça. C'est vrai que moi, dans mes élans où j'ai envie d'apprendre plein de trucs, je vais voir une information et puis je vais commencer à lire des articles. Je vais envoyer ces articles à chat GPT. Je vais dire, fais-moi un résumé parce qu'au final, ça m'énerve de devoir tout lire et j'arrive pas à avoir l'information que j'ai envie de savoir. Et donc, quand je suis un peu.
Student Participant
Fatiguée, je ne vais plus prendre le.
Kenza / Student Participant
Temps de tout lire et je vais me demander dans cet article où est l'information.
Interviewer / Moderator
Donc, Toti Piti devient ton outil pour avoir accès à quelque chose de plus rapide aussi.
Céline Ras / Professor
Oui, c'est ça.
Interviewer / Moderator
Ça vient répondre aussi à cette difficulté à peut-être se concentrer long terme et.
Céline Ras / Professor
Tout ça, ou en tout cas à.
Interviewer / Moderator
Passer trop de temps dessus.
Juliette / Student Participant
Je trouve qu'avec cette idée de tout doit aller plus vite, il y a aussi le fait d'avoir le geste du scroll. Le fait de ne pas scroller assez vite, je trouve que le geste est un peu addictif comme ça. En scroll, c'est un réflexe. Du coup, tu fais « Ah, moi, je ne voulais pas, mais en fait, ça s'est déjà fait ».
Student Participant
Mais c'est juste, enfin moi je trouve que c'est avec TikTok et les réelles insta c'est la même chose aussi mais TikTok vraiment ça pousse super fort à swiper et comme tu le disais et du coup on n'a pas la patience d'aller jusqu'à la fin je vais voir à la fin et je regarde pas tout le début de la vidéo juste pour voir le résultat et du coup c'est aussi un truc d'impatience genre je suis hyper impatiente sur les réseaux alors que dans la vraie vie je le suis pas vraiment mais sur les réseaux sociaux j'ai tout envie, enfin j'ai envie d'avoir toute l'information le plus vite possible.
Interviewer / Moderator
Vous avez l'impression que c'est TikTok qui.
Student Participant
A créé ça ?
Kenza / Student Participant
Alors moi je suis un peu d'accord mais en même temps pas trop parce que je pense que lorsqu'il y a.
Juliette / Student Participant
Des vidéos qui durent plus de 10.
Kenza / Student Participant
Minutes mais qui sont intéressantes, on sait quand même les regarder. Au-delà de l'histoire de TikTok, je suis en train de me poser une question. Est-ce que quand on se dit une minute c'est trop long, on va mettre en fois deux, et c'est des réflexes que je peux avoir aussi donc je ne pose aucun jugement, est-ce qu'on s'informe vraiment ? Est-ce qu'être dans la rapidité des choses, de vouloir juste regarder une vidéo de 15 secondes parce que ça devient très long, est-ce que ça fait de nous des citoyens qui... forment réellement sur le fond des choses, où on écoute juste les gros titres pour nous dire qu'on a les gros titres en tête. Mais si on nous pose maintenant une question précise sur quelque chose, en fait, je me demande, est-ce que la plupart d'entre nous, on va savoir répondre ? Est-ce que la rapidité peut s'allier avec l'information, l'assimilation de l'information ? Donc voilà, c'est un peu... Oui, vraie question.
Interviewer / Moderator
Et puis surtout, peut-être que TikTok n'est pas le lieu pour s'informer. Peut-être que TikTok, c'est plutôt le divertissement et qu'alors, ça justifie d'accélérer et qu'on va aller s'informer sur des plateformes où on a accès peut-être à des formats plus longs, mais qu'on a des personnes comme Ugo Décrypte qui ont besoin aussi de produits d'appel pour envoyer vers les produits d'appel, donc une petite vidéo accrocheuse qui peut donner envie d'aller voir d'autres contenus plus longs alors qu'ils sont hébergés sur d'autres plateformes qui permettent des formats plus détaillés ou un peu plus en profondeur.
Kenza / Student Participant
Oui, je pense que c'est certain qu'on a... Quand on commence une introduction, tout bêtement, on doit mettre une phrase d'accroche pour que le lecteur lise le reste. Il y a maintenant que Hugo Décrypte va faire sa petite vidéo de 5 choses à savoir qui s'est passée cette semaine, et on regarde ça. Moi, c'était vraiment ma question de comment, vraiment, réussir à assimiler les informations sans aller dans la rapidité et de savoir prendre son temps face aussi à de nombreuses informations, à tout nombreux points de vue parce que moi je peux vous dire que sur Instagram je suis abonnée uniquement aux personnes qui sont de mon bord politique et donc de file je vais avoir que ce bord politique et je vais avoir que leurs vidéos de 15 secondes ou leurs petites images avec leurs informations qui fait que j'aurai peut-être pas la même réponse que quelqu'un d'autre, d'un autre bord politique.
Céline Ras / Professor
Ce que cette étudiante pointe ici, au-delà de la question de la rapidité, c'est aussi la question des bulles de filtres ou bulles algorithmiques. Un phénomène désormais largement reconnu et étudié selon lequel on consomme sur les réseaux sociaux des contenus qui confortent nos opinions. Car c'est ce que l'algorithme va nous proposer pour que l'on reste sur la plateforme. Ce phénomène, allié à l'exposition à des formats ultra courts et donc peu nuancés, renforce la polarisation des opinions. Mais cette affaire de format court, et si c'était d'abord et avant tout une question de plateforme ?
Student Participant
Était créée sur TikTok parce que c'est la première application concrètement sur laquelle on faisait des vidéos courtes. Au début c'était Musical.ly mais du coup après qui est devenu TikTok quand il a été racheté et en fait c'est des courtes vidéos et concrètement ça a été prouvé scientifiquement, la jeunesse actuelle dans son cerveau, on a envie d'atteindre ce pic de dopamine, qui est qu'on veut avoir directement l'information, on veut directement savoir, pour pas devoir attendre. C'est un travail où on doit tous travailler dessus en tant que jeunes. Malheureusement, on n'a pas les clés pour le faire. C'est de... d'apprendre à rester longtemps tout en se mettant des limites. Parce que souvent, tout à l'heure, Mme Rath disait en cours qu'on restait en moyenne 1h30 sur TikTok. Je pense que si on regarde chez tout le monde ici sur notre téléphone le temps d'écran qu'on passe sur TikTok, il est bien plus élevé. Et c'est dû au fait que TikTok crée une addiction. C'est des vidéos courtes qui vont... Chacune d'entre elles va nous procurer cette dose de dopamine. Et donc, on va se dire... OK, je continue, je continue, je continue. Donc pour moi, TikTok a créé ce phénomène-là du manque de concentration.
Interviewer / Moderator
Contrairement à ce qu'on croit, vous êtes tout à fait conscients de ça, non ?
Student Participant
On est conscients.
Interviewer / Moderator
C'est le petit plaisir coupable, quelque part, TikTok.
Student Participant
Oui, c'est ça.
Interviewer / Moderator
On sait qu'on va sans doute rester un peu trop longtemps dessus, qu'on va pas forcément apprendre des choses, qu'on va peut-être tomber sur des contenus un peu moyens, mais c'est quand même plaisant et il y a ce petit phénomène C'est.
Student Participant
Ça, c'est vraiment ça.
Interviewer / Moderator
J'arrive, j'arrive.
Hugo Décrypte
Par rapport aux réseaux, par exemple TikTok, Twitch et YouTube, je parlais du format. Un live Twitch, on ne peut pas avoir ce truc de vouloir aller plus vite parce que c'est en direct. Et donc, le principe du direct, c'est qu'on n'a pas encore la suite. Donc, on peut mettre pause, mais on ne peut jamais... revenir en arrière non plus. C'est pour ça qu'on reste autant de temps sur Twitch quand on est intéressé par le sujet parce qu'on ne peut rien faire à part quitter l'application.
Céline Ras / Professor
Twitch, c'est donc une plateforme de streaming, ça veut dire qu'on y regarde des créateurs et créatrices de contenu en direct, discuter, jouer aux jeux vidéo ou autre. Et il y a sur le côté de l'écran un espace dédié aux commentaires dans lequel celles et ceux qui regardent peuvent interagir entre eux ou avec le streamer.
Hugo Décrypte
Youtube, on voit que c'est 37 minutes, donc j'ai l'impression que notre cerveau se prépare à voir quelque chose de 37 minutes. Tandis que quand on voit une minute en format de 1 minute 15 secondes, on se dit, ah ben c'est super rapide, je reste 15 secondes, ou alors je vois une minute mais je peux avoir 15 secondes, donc on a tendance à accélérer parce qu'on est dans cette optique du 15 secondes, 15 secondes, 15 secondes.
Céline Ras / Professor
Au fond c'est vrai, notre capacité d'attention s'adapte probablement à la plateforme sur laquelle on est. Mais cela n'enlève rien au constat, bel et bien étudié, selon lesquels nos capacités de concentration sont globalement en baisse.
Kenza / Student Participant
Du coup, là, maintenant, on est en train de parler de swiper, mais j'ai quand même l'impression que quand j'étais petite, on parlait déjà de zapper par rapport à la télévision, les jeunes zappent la télévision, etc. Et aussi par rapport à Twitch. Là, l'excitation, pour moi, elle n'est plus dans le fait de passer à une autre information, mais plutôt à l'attente d'avoir une interaction avec l'émetteur de la vidéo. Donc, l'excitation, elle est dans l'attente, dans le fait d'espérer d'avoir une interaction avec l'émetteur de la vidéo. Ça nous fait rester et on ne swipe pas.
Student Participant
Moi c'était pour revenir sur le point de l'algorithme par exemple avec TikTok donc ça c'est un truc que j'ai remarqué c'est que en gros il y a des fois où je suis en train de regarder une vidéo et je scroll et trois vidéos plus bas c'est le même thème genre exactement le même thème mais une autre personne et du coup ça veut dire que l'algorithme a eu le temps de trouver une vidéo qui ressemblait à hyper fort à ce que.
Interviewer / Moderator
J'Étais en train de regarder et limite.
Student Participant
Ça fait peur parce que je me dis c'est limite une réflexion que je me suis fait dans ma tête par rapport à la vidéo que je viens de voir et deux minutes plus tard j'ai limite un truc auquel j'ai pensé qui est devant moi enfin parfois ça me fait limite peur à quel point c'est genre ça va vite.
Kenza / Student Participant
Mais alors ce qu'on peut faire bon je dis pas que c'est la chose à faire mais si jamais on est abonné justement à tous ces médias, ou bien il y a quand même des personnes que je trouve qui sont qualifiées, notamment une créatrice de contenu que je suis qui s'appelle Bavardage, et elle, elle donne toutes ses sources, par exemple. Dans la description de sa vidéo, elle donne toutes ses sources. Et donc après, moi, je peux aller me renseigner sur ses sources. Et en fait, si on est abonné...
Interviewer / Moderator
Tu le fais ?
Kenza / Student Participant
Oui.
Interviewer / Moderator
Tu prends le temps de le faire ?
Céline Ras / Professor
Oui, parfois.
Kenza / Student Participant
Enfin, pas tout le temps. Mais ça dépend. Je veux dire, du coup, justement, on peut choisir l'information qu'on va aller regarder.
Céline Ras / Professor
Ce qu'évoque ici cette étudiante, c'est ce que l'autrice britannique Caitlin Rager a théorisé sous le nom de résistance algorithmique. Caitlin Rager est professeure à la University College of London et a sorti un livre qui sert de bible à l'éducation au numérique en Grande-Bretagne. Il s'appelle Smartphone Nation. Elle y défend notamment la nécessité de chacun, sur nos réseaux sociaux, prendre le temps de dompter notre algorithme. Bannir les vidéos inutiles ou dangereuses en cliquant sur le je ne veux plus voir ça, faire le tri dans nos abonnements et petit à petit se créer un environnement numérique plus sain. Ces questions nous ont bien entendu amenés à discuter des fake news.
Hugo Décrypte
Je voulais réagir par rapport à l'algorithme qui vous proposait des fake news. En fait, je trouve ça logique connaissant l'algorithme de TikTok, car il privilégie les contenus qui créent de la réaction. Vu que la fake news, souvent, crée de la réaction et du clivage, TikTok va plus privilégier ce genre de contenu, parce qu'ils savent que tu vas plutôt réagir, partager à tes amis, commenter, etc.
Interviewer / Moderator
Sur cette question des fake news, comment vous vous identifiez ? C'est facile pour vous de voir ? Je vois beaucoup de monde qui approuve.
Student Participant
Après, c'est quelque chose que j'ai toujours considéré comme facile. Mais ces dernières semaines surtout, parce que j'ai l'impression que ça a évolué très rapidement, c'est tout ce qui est vidéos faites à base d'IA. C'est très troublant. Au début, c'est super facile de distinguer l'IA d'une vraie vidéo. mais vraiment ces dernières semaines, impossible de faire la différence. Par exemple, je vais parler d'un sujet que peut-être une partie d'entre vous a entendu parler. C'est l'influenceur de fitness Thibault Hinshape qui a été victime de ces vidéos-là.
Céline Ras / Professor
Thibault Hinshape est un influenceur français souvent perçu comme étant de droite voire d'extrême droite. Ses deepfakes, vidéos entièrement fabriquées avec de l'IA, le mettent en scène en criant une insulte raciste.
Interviewer / Moderator
Les gars, aujourd'hui, je coupe un peu.
Kenza / Student Participant
De saucisson, car c'est important pour les protéines. Et surtout, ça éloigne les... BOUGNOLES !
Student Participant
Le boubou ?
Interviewer / Moderator
LE BOUGNOLES !
Céline Ras / Professor
Elles sont toutes fausses, et Thibaut Inshape a réagi, mais leur réalisme est vraiment troublant.
Student Participant
Et ça donne une mauvaise image de lui. Mais c'est quand même un peu triste parce qu'on se dit qu'on peut faire dire n'importe quoi à n'importe qui. Et du coup, on se dit que ça continue d'évoluer et on sait plus forcément comment distinguer les vraies informations des fausses.
Interviewer / Moderator
Quelles sont, vous, les balises que vous vous mettez quand vous observez des vidéos comme celle-là ? Est-ce qu'il y a des choses que vous vous dites, là, on est peut-être sur de la fake news, on est peut-être sur de l'IA ?
Juliette / Student Participant
Concernant les vidéos d'IA, j'observe souvent les contours. Les contours des gens ne sont pas bien dessinés. Parfois, le son n'est pas régulier. Ce qui me fait peur, c'est que je ne sais pas où ça va s'arrêter. Quelle ampleur ça va prendre ? Ça avance tellement vite. C'est un peu inquiétant. Mes grands-parents, ma grand-mère, je lui ai montré une vidéo. Elle m'a dit, oh c'est choquant, et elle n'avait pas du tout remarqué que c'était faux. Mais c'est impossible pour eux de remarquer. Elle ne savait même pas que c'était possible qu'on crée des vidéos, qu'on invente de toutes pièces des personnes, etc. Donc.
Interviewer / Moderator
Ça veut dire qu'il y a aussi toute une partie de la population qui va être beaucoup plus fragile vis-à-vis de ce type de fake news-là. Là où vous, étant née dedans et voyant sans doute aussi les choses évoluer en direct sous vos yeux, vous aurez peut-être plus de sens critique par rapport à ça.
Student Participant
J'ai aussi vu dernièrement sur TikTok, par rapport à ce dont elle parlait, avec les vidéos qui ont été faites avec IA. Moi, au début, j'avais beaucoup de mal à voir la différence. Et maintenant, il y a, sur quelques vidéos, tout en dessous, il y a écrit, dans une petite case, « Généré par IA ». Et donc, ça permet de mieux comprendre, parce que moi, l'autre jour, je regardais une vidéo, C'était un peu débile mais c'était des chiens qui sauvaient des bébés. Je trouvais ça super drôle, trop trop bien, je trouvais ça trop mignon. Et je regarde jusqu'à la fin et après j'analyse la page et je vois que tout en dessous il y a écrit cette vidéo est générée par IA. Et c'est là que j'ai compris, je me suis dit, je me suis fait prendre dans le piège or que j'ai toujours été attentive à ce genre de choses parce que les fake news écrites par exemple, on peut toujours aller s'informer dans les journaux par exemple, ce jour là il s'est passé ceci et moi sur TikTok je vois qu'ils disent qu'il y a eu un attentat dans une université, or que c'est totalement faux et ensuite je vais directement aller chercher une information donc plus concrète qu'il y a celle des médias tels que, je sais pas moi, la RTBF ou bien La Première le soir, etc. Et donc je vais regarder là-dessus et si je vois que c'est pas noté, pas notifié, je sais que c'est une fausse information.
Interviewer / Moderator
C'est vrai qu'au niveau de l'IA, donc normalement au niveau européen maintenant, l'IA Act va entrer en vigueur et il doit y avoir une notification sur tous les contenus. C'est un étiquetage, ça fait partie vraiment des mesures qui doivent être prises. Vous voulez réagir aussi ?
Kenza / Student Participant
Mais surtout, il y a direct, dans les commentaires, s'il y a une fake news, on a plus le réflexe de laisser un commentaire et dire mais en fait, non, c'est faux. Alors que par exemple, parce qu'on parle beaucoup de TikTok, mais je peux vous assurer, Facebook, niveau fake news, de la girafe qui est sauvée par la cigogne. Le nombre de fois où mes grands-parents, ma grand-mère, posent ce truc des chimpanzés qui se donnent à manger entre eux. En fait, ça part d'une débilité, mais après ça monte dans des trucs avec poutine. Et en fait, on se rend compte que nous, à côté des anciennes générations, je pense que notre aspect critique est vraiment là, comparé à certains où il est là, des anciennes générations, parce qu'ils ne savent pas utiliser les réseaux sociaux. Je trouve que tout ce qu'on dit là, ça revient justement à un peu parler de cette notion de pouvoir, de connaissance de l'information, et donc c'est vrai que je pense que ça c'est un peu une force de nos générations, enfin c'est un travail qu'on doit fournir en plus, mais c'est vrai que si jamais on a toute cette connaissance justement, alors on a l'information et donc on a le pouvoir sur nous-mêmes pas être sous le pouvoir des autres.
Juliette / Student Participant
Je ne sais pas si c'est très.
Interviewer / Moderator
Clair ce que je dis, mais voilà.
Céline Ras / Professor
C'est intéressant comme ici, on en revient à nos questions de départ. C'est quoi l'information ? Et au fond, tout simplement, est-ce qu'être bien informé et rester critique, ce n'est pas être maître, maîtresse de ses choix et faire barrière à toute tentative de manipulation ? Je ne vous cache pas que cette passionnante discussion a duré bien plus longtemps que cet épisode. Nous avons notamment discuté de la façon dont Chajipiti avait émergé dans la vie de ses étudiants et chamboulé leur rapport à la connaissance et aux études. Cela fera peut-être l'objet d'un prochain épisode dans quelques temps, qui sait ? Merci en tout cas à elle et eux, ainsi qu'à leur professeur Céline Ras pour l'accueil. A la réalisation de cet épisode, il y avait Valentine Gourdange, à la préparation, Marie Van Kutsem. Si vous avez aimé ce format, laissez-nous vos commentaires, vos suggestions et partagez-le autour de vous. Merci et à la semaine prochaine pour un nouvel épisode des Clés Médias.
Podcast by RTBF | Episode Date: 06/11/2025 | Host: Céline Ras | Location: Université Saint-Louis, Bruxelles
Cet épisode propose une immersion au cœur d’un cours universitaire sur la critique de l’information avec des étudiants de première année de droit (environ 18 ans). À travers un format interactif, la journaliste Céline Ras mène une discussion ouverte sur la manière dont les jeunes s’informent aujourd’hui : quel est leur rapport aux médias dits “traditionnels” et aux réseaux sociaux ? Comment gèrent-ils l’accélération des formats et la question de la désinformation, notamment liée à l’intelligence artificielle ? Le débat est riche, ponctué de témoignages sincères, d'anecdotes sur leurs pratiques et d’une réflexion lucide sur leurs propres habitudes et vulnérabilités.
“Obtenir l’information nous permet d’être un peu nos propres esprits critiques.”
— Nerissa, étudiante (01:21)
“Je vais envoyer ces articles à ChatGPT. Je vais dire, fais-moi un résumé parce qu’au final, ça m’énerve de devoir tout lire…”
— Kenza (12:18)
“Est-ce qu’on s’informe vraiment ? Est-ce que la rapidité peut s’allier avec l’assimilation de l’information ?”
— Kenza (13:50)
“Prendre le temps de dompter notre algorithme… petit à petit, se créer un environnement numérique plus sain.”
— Céline Ras (20:59)
L’ambiance est dynamique, conviviale, mais sans concession sur la nécessité de lucidité et d’autocritique. Les jeunes alternent entre auto-dérision, humour léger (“je suis has-been à la maison si je n’ai pas écouté de podcast !”), prise de conscience (“notre capacité de concentration est en baisse”) et sincérité face à leurs contradictions (plaisir coupable du scroll, crainte vis-à-vis des bulles algorithmiques).
L’épisode montre que si les étudiants présents sont particulièrement sensibilisés et outillés, l’ensemble des pratiques évoquées (podcasts, JT, réseaux, ChatGPT, résistance algorithmique) varient en fonction du contexte socioculturel familial. Il pose de vraies questions sur la vitesse, la véracité, et le rôle des médias dans la formation de l’esprit critique à l’ère digitale.
Un épisode riche, éclairant, qui reflète avec justesse les mutations de l’accès à l’information chez les jeunes générations et appelle à une éducation au numérique toujours plus fine et partagée.