Transcript
Judith Duportaille (0:00)
On croit qu'on va sur des applications pour rencontrer des gens. En fait, tout est fait pour qu'on ne rencontre personne.
Arnaud Poissonnier (0:06)
En fait, c'est comme jouer à un.
Judith Duportaille (0:08)
Jeu dont on ignore les règles.
Journalist/Host (0:10)
Et c'est nous le pion. C'est ça qui se passe sur Tinder. Bonjour à toutes et tous et bienvenue dans vos clés médias hebdomadaires. Dans le calendrier, cette semaine, un petit cœur sur la case du 14, c'est la Saint-Valentin et on avait envie de parler d'amour numérique. Avec cette question, faut-il réglementer les applis de rencontres? C'est ce que préconise notre invité, qui a enquêté sur le secteur avant de tirer un livre de ses conclusions. Pour lui, c'est très clair, les applis de rencontres doivent être encadrées, comme le sont les jeux de hasard ou la cigarette. Alors on va prendre le temps de comprendre comment ces applis fonctionnent, quels modèles économiques sont derrière et ce qu'elles font à nos relations amoureuses. Bienvenue à vous. 14 février 2024. Le jour n'est évidemment pas choisi par hasard. A San Francisco, six hommes déterminés déposent une class-action, un recours collectif, contre Match Group. Match Group, c'est la société mère d'Air Tinder, Inge, The League, entre autres. Match Group possède une trentaine d'applications de rencontre. L'objet de la plainte? Publicité mensongère et design addictif.
Judith Duportaille (1:32)
Ces.
Journalist/Host (1:42)
Applications seraient conçues pour qu'on y devienne accro grâce à un système de récompense imprévisible et intermittent. La récompense, c'est le match avec un autre profil, évidemment. Dans le document, les plaignants évoquent notamment l'expérience du psychologue américain B.F. Skinner sur le conditionnement comportemental. Leur analyse, c'est que lorsqu'on est sur l'appli et qu'on a une récompense qui n'est pas systématique et qui arrive par surprise, c'est le fameux intermittent et imprévisible, eh bien, on devient plus accro que si ça fonctionne à chaque fois.
Judith Duportaille (2:15)
On croit qu'on va sur des applications pour rencontrer des gens. En fait, tout est fait pour qu'on rencontre personne, pour qu'on reste dans une espèce de mais comme des rats drogués dans une expérience. On est en train, collectivement, de déléguer à des entreprises privées un pouvoir immense, mais immense, sur nos vintimes.
Journalist/Host (2:36)
C'est la journaliste Judith Duportaille que vous venez d'entendre dans un documentaire tiré de son livre, L'amour sous algorithme, dans lequel elle mêle expérience personnelle et enquête sur les applis. En 2018 déjà, l'actrice Natasha Aponte dénonçait aux Etats-Unis la mercantilisation des relations amoureuses par ces applications. Elle a mené une petite expérience et rassemblé une centaine d'hommes sur une place de New York par une belle journée du mois d'août. Tous avaient un date avec elle après l'avoir rencontrée sur Tinder. Natacha arrive en limousine, monte sur une estrade, prend un micro et explique à son petit public sa démarche.
