
Les applications de rencontre rythment la vie des célibataires à coups de swipes et de discussions éphémères. Nous tentons de comprendre leur fonctionnement, leur modèle économique mais aussi leurs conséquences sur nos relations avec Arnaud Poissonnier, auteur de l...
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Judith Duportaille
On croit qu'on va sur des applications pour rencontrer des gens. En fait, tout est fait pour qu'on ne rencontre personne.
Arnaud Poissonnier
En fait, c'est comme jouer à un.
Judith Duportaille
Jeu dont on ignore les règles.
Journalist/Host
Et c'est nous le pion. C'est ça qui se passe sur Tinder. Bonjour à toutes et tous et bienvenue dans vos clés médias hebdomadaires. Dans le calendrier, cette semaine, un petit cœur sur la case du 14, c'est la Saint-Valentin et on avait envie de parler d'amour numérique. Avec cette question, faut-il réglementer les applis de rencontres? C'est ce que préconise notre invité, qui a enquêté sur le secteur avant de tirer un livre de ses conclusions. Pour lui, c'est très clair, les applis de rencontres doivent être encadrées, comme le sont les jeux de hasard ou la cigarette. Alors on va prendre le temps de comprendre comment ces applis fonctionnent, quels modèles économiques sont derrière et ce qu'elles font à nos relations amoureuses. Bienvenue à vous. 14 février 2024. Le jour n'est évidemment pas choisi par hasard. A San Francisco, six hommes déterminés déposent une class-action, un recours collectif, contre Match Group. Match Group, c'est la société mère d'Air Tinder, Inge, The League, entre autres. Match Group possède une trentaine d'applications de rencontre. L'objet de la plainte? Publicité mensongère et design addictif.
Judith Duportaille
Ces.
Journalist/Host
Applications seraient conçues pour qu'on y devienne accro grâce à un système de récompense imprévisible et intermittent. La récompense, c'est le match avec un autre profil, évidemment. Dans le document, les plaignants évoquent notamment l'expérience du psychologue américain B.F. Skinner sur le conditionnement comportemental. Leur analyse, c'est que lorsqu'on est sur l'appli et qu'on a une récompense qui n'est pas systématique et qui arrive par surprise, c'est le fameux intermittent et imprévisible, eh bien, on devient plus accro que si ça fonctionne à chaque fois.
Judith Duportaille
On croit qu'on va sur des applications pour rencontrer des gens. En fait, tout est fait pour qu'on rencontre personne, pour qu'on reste dans une espèce de mais comme des rats drogués dans une expérience. On est en train, collectivement, de déléguer à des entreprises privées un pouvoir immense, mais immense, sur nos vintimes.
Journalist/Host
C'est la journaliste Judith Duportaille que vous venez d'entendre dans un documentaire tiré de son livre, L'amour sous algorithme, dans lequel elle mêle expérience personnelle et enquête sur les applis. En 2018 déjà, l'actrice Natasha Aponte dénonçait aux Etats-Unis la mercantilisation des relations amoureuses par ces applications. Elle a mené une petite expérience et rassemblé une centaine d'hommes sur une place de New York par une belle journée du mois d'août. Tous avaient un date avec elle après l'avoir rencontrée sur Tinder. Natacha arrive en limousine, monte sur une estrade, prend un micro et explique à son petit public sa démarche.
Arnaud Poissonnier
Bonjour à tous! Comme vous le savez ou pas, je.
Journalist/Host
M'Appelle Natacha, et j'ai tout le monde.
Arnaud Poissonnier
Ici aujourd'hui pour être sur un rendez-vous avec moi.
Journalist/Host
Regard interloqué dans la foule masculine. Natacha propose de continuer le jeu en vrai. Certains s'en vont et d'autres restent. Elle élimine alors les plus petits, les ventrabières, les jammies. Elle déteste ce prénom et continue avec le swipe, le fameux mouvement vers la gauche ou vers la droite de l'appli Tinder. L'histoire ne dit pas si Natacha a proposé un vrai rendez-vous au dernier debout de son Hunger Games de l'amour, mais son expérience a fait le tour du web et son avis critique sur les applis aussi. Bonjour Arnaud Poissonnier.
Arnaud Poissonnier
Bonjour.
Journalist/Host
Vous êtes l'auteur du livre « Boîte de conserve » publié chez l'éditeur à part. Un titre un peu mystérieux parce que le sujet de ce livre ce sont bien les applications de rencontre et leur dérive. Alors vous, vous n'y allez pas par quatre chemins. Vous dites, ces appli c'est un vrai gros problème de notre époque. Expliquez-nous en quelques mots en.
Arnaud Poissonnier
Guise d'introduction. Oui, c'est vrai que je cogne un peu sur ces applications et ces sites de rencontres pour une raison assez simple, c'est que je dénonce le grand écart entre la promesse et ce qui est délivré. La promesse, c'est venez chez nous, vous allez trouver le grand amour, on va trouver votre partenaire idéal, etc. Vous connaissez ces discours par cœur. Et en fait quand on gratte, on s'aperçoit que les résultats délivrés par ces sites pour les célibataires qui cherchent l'âme sœur sont extrêmement pauvres et sont extrêmement décevants. Donc la probabilité de trouver l'âme sœur est très très très très faible versus la promesse commerciale qui est grandiloquente.
Journalist/Host
Et incroyable. On va évidemment approfondir ça. Alors on va jeter un oeil dans le rétroviseur pour commencer. Remontez au site de rencontre, on peut dire les ancêtres des applis d'aujourd'hui, même si certains sites existent toujours. Mythique, Adopt-un-mec et les autres. On est en quelle année quand tout ça émerge.
Arnaud Poissonnier
Sur internet? 25 ans. Donc les années 2000, c'est Match Group, la maison mère de Tinder, qui lança aux Etats-Unis autour des années 2000 et qui est copiée très vite par Mythique, bien sûr, qui est la première initiative en France et qui deviendra la star des sites de rencontres. en France. Et après tout a été très très vite puisque en France vous avez plusieurs centaines de sites de rencontres. Les géants comme Tinder et Bumble sont cotés au Nasdaq et représentent à eux deux plus leur filiale plus de 60% du marché partout en Europe. Enfin c'est un marché qui est devenu.
Journalist/Host
Assez colossal. À l'époque, il y avait une forme d'espoir avec ces rencontres en ligne, les premières. C'était de faciliter les rencontres, bien sûr, sans devoir passer par des dispositifs du type agences matrimoniales. Mais c'était aussi, et ça, c'est quelque chose que la sociologue Marie Bergstrom explique bien, l'espoir de casser les barrières sociales et géographiques. La femme cadre sup urbaine allait pouvoir rencontrer l'ouvrier du village à côté. On allait quelque part dépasser ces cercles sociaux qui nous enfermaient un peu. Mais ça, c'était le fantasme.
Arnaud Poissonnier
Des débuts. C'est la grande illusion, puis la grande désillusion. Il y a eu deux sujets. Effectivement, au début, quand les sites sont apparus, on a dit mais c'est génial, le célibat va disparaître. Ça, c'était vraiment la grande promesse. Et en fait, il n'y a jamais eu autant de célibataires. Donc chercher l'erreur, première chose. Effectivement, la deuxième chose, c'est effectivement cette espèce de grande illusion où on a eu l'impression que ces sites allaient permettre de casser les barrières. Et en fait, au fil des études, des pratiques, on s'est aperçu qu'en fait, pas tant que ça, puisque cette espèce de réflexe endogamique qui fait que 80% des gens qui se mettent en couple, se mettent en couple avec des gens proches d'eux, socialement, professionnellement, sociologiquement, etc. reproduisent ce genre de pratiques sur les sites de rencontres. Ce qui explique une partie des déceptions d'ailleurs, puisque quand vous voyez un profil en ligne, vous avez quelques photos, trois petits textes, etc. Vous ne voyez pas systématiquement cette différence de classe, cette différence endogamique, etc. Et qui fait que quand vous avez un date, Donc vous avez mis beaucoup d'énergie à draguer l'autre entre guillemets en ligne, vous avez le date pour aller boire un coup et en fait au bout de quelques minutes ou quelques secondes vous apercevez qu'en fait ça va pas correspondre ne serait-ce que sur la façon de parler, notamment du fait de effectivement ces critères qui nous contraignent, on est un petit peu conditionné par ça, qui fait qu'en fait on va aller naturellement vers des gens qui nous seront plus proches sociologiquement, on va dire. Et les sites sont tous construits sur cette idée, notamment avec les moteurs de recherche, les filtres algorithmiques, sont construits sur cette idée qu'en fait, la rencontre, c'est la rencontre de gens qui ont tellement de points communs qu'ils vont pouvoir vivre ensemble. Et tout est construit autour de ça. Les algorithmes sont construits autour de ça. Les IA de main sont construites autour de ça. Alors qu'en fait, l'amour, ça n'a jamais été ça. L'amour c'est juste une rencontre, une alchimie et puis après on construit en fonction de nos complémentarités, nos différences, etc. Et donc les sites nous mènent sur une fausse piste qui est.
Journalist/Host
Un piège. Un malentendu de base.
Arnaud Poissonnier
Quelque part. Exactement. Et en fait qui explique une grande partie des échecs parce qu'on vous fait croire que la rencontre c'est des critères de concordance alors que ça n'a jamais.
Journalist/Host
Été ça. Comment ça se fait qu'on y croit quand même alors? C'est parce qu'on a envie.
Arnaud Poissonnier
De croire? On a envie d'y croire et puis c'est facile de se dire, waouh, génial, par le moteur de recherche, je vais pouvoir trouver quelqu'un qui fait du tennis comme moi, du ski comme moi, qui aime André Malraux comme moi, etc. C'est pratique et puis c'est rassurant de se dire que par le moteur de recherche, je vais chercher quelqu'un qui a un peu la même vie.
Journalist/Host
Que moi. C'est ça, comme s'il y avait une recette rationnelle quelque part, quelque chose, un plan.
Arnaud Poissonnier
À appliquer. Tous les sites s'en font là-dessus alors que l'amour, ça marche pas comme ça. Il y a Christine Barois, une psychiatre française, qui a cette image, qui dit en fait, tout se passe en six secondes. C'est-à-dire qu'en fait, 6 secondes, c'est le temps qu'il faut à notre part d'animalité quand on rencontre quelqu'un pour savoir si on est attiré par lui ou pas. C'est rien d'autre. Et après, on construit autour de ça. La recherche par critères, de goûts, de points communs, etc. Ça n'a jamais.
Journalist/Host
Été ça. Alors on a parlé des sites de rencontres. Avec l'émergence des smartphones, on va voir arriver les applis de rencontres. Alors là, on va entrer dans un autre modèle. Qu'est-ce qui va changer sur le fonctionnement, sur.
Arnaud Poissonnier
Les usages? Les applis, en fait, on est dans l'instantanéité encore plus que sur les sites de rencontres. C'est-à-dire qu'on va, on dit avec Tinder, on swipe, on géolocalise autour de soi les gens qu'on a. Donc, on est dans le métro et puis on va voir s'il y a un célibataire intéressant à quelques pas de là, etc. Donc ça, l'application va accélérer ce que j'appelle la consumérisation de la rencontre. C'est-à-dire la possibilité d'aller encore plus vite. dans le choix, la sélection, le tri des gens qu'on veut voir ou pas voir, avec qui on veut discuter ou pas. Et ce faisant, ça renforce ce qu'on appelle, c'est Eva Illouz qui en parle très très bien dans ses livres, qui renforce la consumérisation de la relation. On est dans de la consommation, on rencontre des gens, on les voit, éventuellement on a une petite histoire et puis on les jette aussi vite. L'appli a créé une accélération de ce phénomène qui est en fait tout à fait redoutable et catastrophique dans la relation.
Journalist/Host
À l'autre. Et on en revient assez vite à la frustration. D'ailleurs vous avez des chiffres qui marquent le grand écart qu'il y a entre d'un côté ses attentes, trouver l'amour, et puis de l'autre le résultat, savoir pas.
Arnaud Poissonnier
Grand chose. Ouais, quand on regarde les chiffres c'est assez dingue en fait. Toutes les études montrent qu'à peu près 75% des utilisateurs de sites de rencontres cherchent l'âme sœur, donc cherchent des histoires sérieuses. C'est pas du tout l'image qu'on avait à l'époque de Tinder, c'est l'application des coups d'un soir, etc. Pas du tout. La grande majorité des gens, et on peut le comprendre, ça vient des gens qui sont en souffrance du célibat, cherchent l'âme sœur par les sites de rencontres. Donc 75%, ça c'est la motivation. Et en face de ça, les sites, en fait, quand vous avez la chance d'avoir un date puis de créer une histoire, ce qui est loin d'être le cas pour tous les utilisateurs, mais si vous avez la chance de générer une histoire, 85% des histoires générées ne seront que des histoires éphémères. Et donc on est dans ce grand écart absolu où les gens cherchent l'amour et trouvent que des histoires courtes globalement. Et donc, évidemment, ça crée une gigantesque frustration, sans parler des effets psychologiques de l'utilisation de.
Journalist/Host
Ces sites. Oui, évidemment. Pourtant, on connaît tous des couples qui se sont rencontrés sur les applis. Est-ce que ça veut dire que, sans le savoir, ces couples-là sont une sorte de produit d'appel pour tous.
Arnaud Poissonnier
Les autres? J'aime bien votre question parce que c'est exactement ça. Vous savez, c'est l'effet ticket de l'auto. Ce que j'appelle l'effet ticket de l'auto, c'est-à-dire qu'on entend parler autour de nous de quelqu'un qui a gagné. Et du coup, on se dit pourquoi pas moi? Et en fait, sur les sites de rencontre, c'est exactement ce qui se passe. Donc, globalement, votre probabilité rapportée à tous les moyens de rencontre, votre probabilité de trouver une histoire longue par les sites de rencontre, c'est 5%. Donc, c'est une chance sur 20 versus site de rencontre, rencontre dans des bars, au boulot, etc. Mais donc, vous en avez autour de vous. Et effectivement, ces gens autour de vous qui sont rencontrés par le site de rencontre, vous dites moi, génial, ça marche. Et en fait, c'est une illusion. Et c'est d'autant plus piège que vous dites mais si lui, ça a marché, pourquoi ça marcherait pas avec moi? Puis en plus, il y a un effet narcissique. Vous dites mais c'est dégueulasse, lui, ça a marché. Moi, je suis plus beau, plus intelligent, forcément, etc. Donc, ça va forcément marcher. Et donc, c'est un piège absolu qui peut avoir des effets très, très dangereux. Je parle de la natalité et l'effet de la natalité sur le site de rencontre. Les femmes qui sont malheureusement et tristement en approche des problématiques d'horloge biologique, plongent là-dedans sans savoir, pour trouver le père de leurs enfants, sans savoir qu'en fait la probabilité de réussir est extrêmement faible même si elles ont trois copains qui se sont rencontrés.
Journalist/Host
Comme ça. Et c'est vrai que le modèle est ambigu puisque si la promesse était tenue, à savoir trouver l'amour, on n'aurait pas besoin de rester longtemps sur ces sites. Or, vous le soulignez dans votre livre, le temps d'adhésion cumulé moyen des utilisateurs des applis de rencontre, il est de cinq ans. Cinq ans passés sur ces applis, donc ça veut dire qu'on y retourne, on y retourne. Il y a en plus une dimension.
Arnaud Poissonnier
Addictive là-dedans. Alors oui, c'est une discussion que j'ai eue avec le fondateur il y a quelques années d'un grand site de rencontre. Et effectivement, qui me dit la durée moyenne d'adhésion, alors ça peut être un pointillé, mais c'est cinq ans. Et ce jour-là, je me suis dit, en fait, ça ne marche pas. Dans les cinq ans, il y a des gens qui partent par désespoir, non pas qu'ils ont trouvé, mais qu'ils n'ont tellement pas trouvé qu'ils finissent par arrêter. Donc, c'est probablement un chiffre supérieur à cinq ans. Et effectivement, cette présence longue sur les sites de rencontres, en quête d'un truc que souvent on ne trouve pas, créent des effets d'addiction. Il y a des effets où les gens, effectivement, s'habituent à plonger dans ce catalogue pour trouver des relations. Et en fait, on s'est aperçu que ça avait des effets long terme, des effets cognitifs qui sont forts, notamment en termes de fidélité. Vous avez tout un tas de gens qui, bien qu'ayant trouvé une relation sur un site de rencontre, n'arrivent pas à se désinscrire. Ou alors, à la première engueulade de chaussettes, plutôt que d'essayer de construire un couple, parce qu'un couple c'est difficile, c'est une entreprise, il faut le construire. Plutôt que de faire l'effort de construire ce couple, à la première engueulade de chaussettes, jette le couple. la démultiplication des histoires éphémères, parce que par réflexe, c'est pas grave, il suffit de retourner sur le catalogue et puis je vais retrouver très vite. Et donc, ça crée des habitudes qui sont délétères au niveau de la solidité des coupes, de la construction conjugale, etc. Donc, avec des effets, effectivement.
Journalist/Host
Notamment d'addiction. Oui c'est ça, et alors ça c'est l'effet sur les couples, l'effet sur les individus, il est grave aussi. Judith Duportail parle aussi, comme vous d'ailleurs, des conséquences de l'usage intensif de ces applis. Mélange de perte de confiance en soi, perte de temps, ça vous l'avez déjà dit, une sorte de lassitude aussi, des rencontres, enfin bref, il n'y a rien de.
Arnaud Poissonnier
Bon quoi. Oui, Judith a eu le mérite d'enfoncer le truc. Elle a dénoncé ce qu'elle avait vécu, c'est-à-dire ce qu'elle a appelé la dating fatigue ou le dating burnout. Et effectivement, on voit énormément de gens qui n'arrivent pas à s'en sortir et qui sont en souffrance. On s'est amusé à organiser des datings anonymes, c'est comme les alcooliques anonymes de gens en souffrance parce qu'on a fait deux ans d'études. pour écrire le livre, donc on a ruiné des gens en souffrance des sites de rencontres, on les a fait parler, c'était absolument passionnant. Il y a une femme qui avait eu cette image très jolie, qui disait, chaque fois que je me prends une claque sur un site de rencontre, c'est comme un coup de canif dans le bras, mais à force, ça a créé une gigantesque plaie. Et je trouve que c'est ça, c'est pas tant la claque que vous prenez quand vous avez un échec, que l'accumulation de ces histoires déceptives, tout ça, qui fait que, Judith l'a montré, effectivement, vous pouvez tomber.
Journalist/Host
En dépression. Face à ce constat, certains reprennent la main et choisissent de redonner leur chance aux rencontres bien réelles avec des concepts que l'on croyait un peu oubliés. Sarah Poussey.
Sarah Poussey
S'Est renseignée. Depuis quelques années, le speed dating fait son grand retour. Une certaine mode du vintage, mais aussi une envie de se passer des écrans pour rencontrer de nouvelles personnes. On retrouve toujours des formats assez classiques. Des célibataires de la même catégorie d'âge, rassemblés par exemple dans un bar. A chaque table est assise une rencontre potentielle. On s'assied, on discute. Et puis quand le temps est écoulé, on change de table pour rencontrer une nouvelle personne. En 2023, Bruxelles a d'ailleurs intégré le Guinness Book des records en accueillant le plus grand speed dating du monde avec 1363 participants. Alors bien sûr, il ne fallait pas parler à tout le monde. Grâce à quelques questions posées en amont, chaque célibataire rencontrait 15 personnes qui correspondaient à ses attentes. Certains décident aussi de créer des concepts un peu plus originaux. On retrouve pas mal de rencontres pour célibataires autour d'une activité, que ce soit des jeux, des soirées ou de la marche. En cherchant un peu, je suis par exemple tombée sur des rendez-vous aux eaux d'Anvers ou même chez Ikea. Le principe de je peux pas, j'ai match, c'est là de se rencontrer en pratiquant une activité sportive. Par exemple du paddle, du tennis ou encore du vélo. Et puis après on échange autour d'un verre. Une façon de briser la glace plus facilement. Autre nouveauté, le pitch dating. On se retrouve dans la même ambiance qu'une soirée stand-up. Sauf qu'ici, ce sont les amis des célibataires qui montent sur scène. Et en quelques minutes, ils doivent pitcher qui est leur ami et pourquoi c'est une rencontre intéressante. C'est un concept qui laisse forcément pas mal de place à l'humour, et puis on vient accompagné d'un ami, ce qui est quand même assez rassurant. La fondatrice de la communauté Wellnest sur Facebook a, elle, lancé un concept de speed dating qui mise, on va dire, sur la sécurité, puisqu'ici, chaque participante amène un homme célibataire de son entourage, c'est donc une façon de rencontrer des personnes de confiance. Tous ces événements ont bien sûr, en coût, compté environ une trentaine d'euros pour un speed.
Journalist/Host
Dating classique. Arnaud Poissonni, qu'est-ce que ça vous évoque ce retour des speed dating, des soirées à thème, etc. dans.
Arnaud Poissonnier
Le réel? Alors pour moi, c'est un peu l'arlésienne, c'est-à-dire que je vais taquiner le sujet avant de parler de ses intérêts, bien entendu. Mais quand les sites de rencontre sont apparus il y a 25 ans, au bout d'une dizaine d'années, il commençait à y avoir un taux de déception. On en a parlé tout à l'heure, qui montait, qui montait, qui montait. Et on a vu apparaître toute une vague d'initiatives, de rencontres physiques entre les célibataires, même les sites eux-mêmes organisés, des événements dans des boîtes de nuit, des restaurants, etc. On a commencé à voir tous ces phénomènes. Et puis, c'est retombé comme un soufflet parce qu'en fait, les gens sont aperçus que c'était malheureusement guerre plus efficace. Donc, ça avait disparu. Et puis, effectivement, depuis deux ans, ça revient avec des plateformes comme Time Left, Dinner en France, qui est intéressant, qui est un concept haut de gamme, qui marche pas mal. Mais voilà, donc globalement, ce qu'il en ressort, c'est que malheureusement, ça marche pas si bien que ça, mais ça a un mérite parce qu'il faut quand même on ne peut pas que critiquer, ça a un mérite, c'est que ça remet un sujet au centre de l'histoire qui est la vraie rencontre physique. Parce que c'est là où se passe cette fameuse alchimie dont on parlait tout.
Journalist/Host
À l'heure. Est-ce que l'usage intensif de ces applis pour faire des rencontres, ça a un peu abîmé, entre guillemets, nos compétences à se rencontrer en vrai? Moi j'entends des gens dire je ne sais plus comment on fait pour draguer.
Arnaud Poissonnier
En fait. Ah, je suis content que vous abordiez ce sujet-là. Quand on a écrit le bouquin, donc on a fait deux ans d'enquête et on a interrogé des sites de rencontre, des sociologues, des psychologues, etc. et des agences matrimoniales. Et on a interrogé cinq agences matrimoniales. Et la première me dit, vous savez, c'est incroyable, nous, on a plein de gens qui sont en souffrance des sites de rencontre, qui reviennent voir les agences matrimoniales. Et ils ne savent plus draguer. Ils ont perdu leur capacité relationnelle à l'autre. Ils sont très bons en entretien d'embauche parce que quand ils ont un date, Pendant deux heures, ils échangent leur CV, puis après, ils se quittent ou ils ne se quittent pas. Donc, je me dis qu'ils vendent un peu leur salade. Et puis, en fait, on a interrogé cinq agences de rencontre, dont une à Bruxelles, d'ailleurs. Et les cinq nous ont donné la même chose. Et là, on s'est dit quand même, c'est étonnant. Effectivement, les sites, peut-être, nous font perdre une capacité, une sorte de capacité cognitive à la relation à l'autre, à draguer l'autre, etc. Et dans un dating anonyme, une psychiatre avec qui on discutait a eu cette réflexion qui résumait en trois mots ce qu'on avait mis des mois à étudier. Elle nous a dit « Mais monsieur Poissonnier, c'est normal que les gens perdent leur capacité relationnelle par les sites de rencontres parce que la rencontre physique, c'est comme un muscle, ça s'entraîne. Si vous ne l'entraînez pas.
Journalist/Host
Vous la perdez. » Alors, Arnaud Poissonnier, c'est Match Group, la multinationale qui est derrière Tinder, Meetic et une trentaine d'autres applis de rencontres. C'est un nom qu'on n'entend jamais. Vous l'avez évoqué ici en début d'interview, mais autant on entend parler de Meta, d'Elon Musk, derrière X, etc. Ici, on ne sait rien de cette entreprise, de ses bénéfices, même du fonctionnement des algorithmes qui sont derrière ces applis. Comment on explique.
Arnaud Poissonnier
Cet écran de fumée? fondamentalement ça fait quand même nous ce qu'on dénonce dans le livre et là encore je suis pas le seul à le faire c'est quand même le cumul de constats déceptifs donc évidemment les sites n'ont aucun intérêt à laisser transparaître le fait que ça marche pas que c'est mensonger enfin etc etc Et du coup, ils ont plutôt tendance à être assez discrets. Ça, c'est la première raison. La deuxième raison, elle est économique. C'est-à-dire qu'il y a un taux de frustration et de déception qui est gigantesque. On n'en a pas parlé, mais les sondages montrent en Europe que, suivant les enquêtes, entre 60 et 85% des utilisateurs sont frustrés et déçus. Et du coup, depuis quelques années, il y a un effet d'abandon de ces sites qui fait que, par exemple, Tinder a perdu, je crois, à peu près 30% de ses utilisateurs payants. Alors, ce n'est pas perdre tous ses utilisateurs, c'est perdre ses utilisateurs payants. Les gens ne veulent plus payer parce qu'ils sont déçus. Et donc, ça a des effets économiques que, par exemple, Tinder et Bumble, le côté sur le Nasdaq à New York, ont perdu en trois ans 80% de leur valeur. Du coup, il y a une espèce de fuite en avant depuis quelques années. Tinder et Bumble rachètent un nouveau site qui émerge pour compenser les membres payants qui sont en baisse sur leurs sites principaux. Du coup, il n'y a pas une dynamique extrêmement positive en termes d'images et de communication.
Journalist/Host
Autour de ces sites. C'est peut-être un début de prise de conscience en tout cas du côté du public et des utilisateurs. Alors c'est vrai qu'on a listé pas mal de problèmes avec ces applis. Vous, Arnaud Poissonnier, vous militez même pour une réglementation stricte de ces applis, un peu comme on le fait déjà pour les jeux de.
Arnaud Poissonnier
Hasard en ligne. Expliquez-nous. En fait, les effets psychologiques dont on a parlé tout à l'heure sont forts. Donc effectivement, vous l'avez dit, perte de confiance en soi, dating fatigue, l'addiction bien entendu. Donc les effets psychologiques qui sont doublés de tout un tas de pratiques absolument épouvantables parce qu'on est dans un univers dérégulé. à la différence des agences patrimoniales qui, elles, sont régulées, univers dérégulé dans lequel vous allez être victime d'arnaques, de tentatives de fraude, d'incivilité, de ghosting, le fameux.
Journalist/Host
Ghosting, toutes ces pratiques.
Arnaud Poissonnier
L'arnaqueur de Tinder, etc. Ces effets psychologiques, plus les pratiques de sauvage auxquelles les gens sont confrontés, fait qu'effectivement, nous, on propose une régulation. Mais c'est des choses simples. C'est la carte d'identité obligatoire pour se prémunir contre les tentatives d'arnaque. C'est une transparence sur les algorithmes. Est-ce que l'algorithme se fout de votre gueule et vous balade pour vous faire payer? Ou est-ce qu'effectivement, il est sérieux par rapport à ce que vous recherchez? c'est prévenir des risques. Comme la cigarette, comme l'alcool, on estime qu'il faut prévenir plutôt que de vous dire avec des photos de couple sourire ultra-bright que vous allez trouver l'amour, que l'amour vous attend chez nous, etc. Nous avons identifié 14 mesures pour demander aux régulateurs en France, pourquoi pas en Europe, de s'emparer du sujet. Ça va même très loin, puisqu'on considère, alors malheureusement l'étude n'a pas été faite encore, mais nous pensons que le dating a un impact sur la baisse de natalité en Europe et dans le monde. Parce qu'à partir du moment où ces outils favorisent des vies privées saucissonnées, découpées de multiples petites histoires, Quand historiel, il y a, parce qu'il y a beaucoup de gens qui traînent pendant des années sans jamais rien trouver, forcément, ça ne favorise pas la natalité. Et donc, on appelle aussi à étudier ce sujet-là. Personne ne l'évoque. On connaît les grandes causes de baisse de natalité, mais celui-là en est peut-être également une. On demande à ce que ça soit étudié. Donc, on demande à ce que les pouvoirs.
Journalist/Host
Publics s'emparent du sujet. On sait qu'il y a de nombreux facteurs qui s'entremêlent dans ce sujet de la dénatalité, mais l'hypothèse peut en tout cas être formulée. Vous avez une oreille du côté des politiques pour cette réglementation?
Arnaud Poissonnier
On en est où? Alors non, on n'a pas beaucoup avancé, pour être honnête, sur le sujet. On a eu des réactions de députés en France qui étaient un peu, je ne veux pas dire tristes, mais qui nous ont dit mais non, mais c'est la liberté d'Internet. Bon, c'est pas aller très loin que de réagir comme ça. Mais voilà. Mais on essaye de le faire savoir avec l'idée progressivement de nous lancer dans une campagne de plaidoyer. On a quelques antennes au niveau de l'Europe qui commencent à écouter. Ça peut paraître contre intuitif, mais en fait, on est convaincu qu'il y a là un sujet et.
Journalist/Host
Qu'Il faut s'en emparer. Autre angle de notre interview, on va appeler ça le point Black Mirror du nom de cette série d'anticipation sur Netflix. Il y a l'arrivée de l'IA sur les marchés des applis aussi. Qu'est-ce que ça va donner.
Arnaud Poissonnier
Dans ce cadre précis? L'horreur! Effectivement, les IA, on les voit partout, donc on n'est pas étonné de les voir débarquer dans l'univers de l'intermédiation relationnelle. Il y a deux niveaux. Il y a d'abord tous les sites internet actuels, dont de plus en plus vous annoncent qu'ils vont vous faire profiter de l'IA, entre guillemets, avec cette idée selon laquelle les IA vont permettre d'accentuer ce dont on parlait tout à l'heure, c'était la possibilité de trouver votre âme sœur sur des recoupements de critères de plus en plus précis, de plus en plus affinés. Et je vous l'ai dit, là encore, c'est une illusion totale. Donc bon, premier point. Le deuxième point, je pense à mon sens assez grave, c'est l'arrivée, l'invasion des pures IA relationnelles. Donc là, on n'est plus dans de la rencontre de physique à physique, on est dans ces fameux outils numérique, de création d'avatars, de.
Journalist/Host
Création de partenaires virtuels. Donc un partenaire virtuel quelque part, c'est ça. Ce n'est pas le chat GPT avec lequel on écrit, c'est en plus du chat GPT que vous avez en face de vous, enfin en face de vous, sur votre écran bien sûr, un personnage qui s'adresse à vous, qui vous fait des photos.
Arnaud Poissonnier
Qui vous parle, etc. C'est ça. Et puis, vous le dessinez à votre image. Donc, évidemment, ça va répondre à vos standards idéaux de partenaire. Vous avez un dessin de votre partenaire parfait. Et ce partenaire parfait avec l'IA relationnel va interagir avec vous en totale empathie. Cette personne va vous connaître de mieux en mieux par cœur, se souvient de tout ce que vous vous êtes dit. Elle apprend à vous connaître. Et ça crée quelque part un partenaire quasiment idéal. dont, progressivement, vous ne pourrez plus vous détacher, dont vous allez tomber amoureux. C'est le film Her de Spike Jonze. C'était de la fiction en 2012. C'est une réalité aujourd'hui avec des effets potentiels qui.
Journalist/Host
Vont être absolument catastrophiques. Vous m'avez envoyé une publicité d'ailleurs pour l'un de ces services. Je la lis parce que c'est quand même assez incroyable. Donc on voit l'image d'une jeune femme un peu aguicheuse qui dit je suis un peu comme ton ami virtuel avec une mémoire bien meilleure, sans le drama. Ça c'est quand même aussi... Pas mal. La seule limite c'est ton imagination. Je peux t'envoyer des photos, des vidéos personnalisées. On a compris l'idée. On a compris l'idée. Et la question du coût aussi, qui va se poser avec ce genre d'IA relationnel. Quelqu'un qui tombe entre guillemets dans ce panneau-là.
Arnaud Poissonnier
Pourrait dépenser énormément d'argent. Dans ce piège, c'est un piège absolu. Nous, on a fouillé les modèles économiques de ces outils. Il y en a de plus en plus. Mais grosso modo, pour 10 euros, on vous permet de créer votre avatar ou votre partenaire idéal. Donc, super. Vous allez pouvoir avoir quelques échanges avec la personne. Mais en fait, dès que vous voulez creuser, si vous tombez amoureux de votre partenaire virtuel et que vous passez deux heures avec lui, que vous lui demandez beaucoup plus. Vous lui demandez ce que vous demanderiez à une personne, à votre partenaire réel. C'est-à-dire de l'intimité. Effectivement, ça va jusqu'à des vidéos intimes. Et là, on vous explique qu'il n'y a pas de limite. Et là, on vous fait acheter des tokens, comme dans les jeux vidéos à distance. Et on a simulé des applications de ce type-là, où si une personne passe deux heures par jour avec son amoureux ou son amoureuse virtuelle et lui demande beaucoup de choses, ça peut coûter jusqu'à 1000 euros par mois. Et donc, vous voyez l'effet addictif financièrement compris. Ça peut être dévastateur.
Journalist/Host
Donc, c'est extrêmement dangereux. Et le danger évidemment c'est que la frustration générée par les applis de rencontre, frustration qu'on a largement étayée durant cette émission, elle pourrait pousser certains utilisateurs, utilisatrices à aller vers ce genre de service-là, payant avec tout ce qu'on imagine évidemment derrière aussi comme repli sur soi. et difficultés après dans la vraie vie à avoir des relations réelles quand on a en face de soi une sorte d'avatar idéalisé. Le tableau il est assez sombre, dit comme ça, Arnaud Poissonnier, on ne.
Arnaud Poissonnier
Va pas se mentir. Il y a des belles histoires, évidemment il y.
Journalist/Host
A des belles histoires. Oui, il y en a quand même. Mais alors pour terminer cette émission, Arnaud Poissonnier, comment on va se réapproprier ces rencontres dans le réel? Est-ce qu'il faut quitter les applis ou simplement les aborder avec un peu plus de sens critique?
Arnaud Poissonnier
Bref, on fait quoi? C'est un sujet délicat parce que vous avez deux sortes d'utilisateurs sur les sites et les applications de rencontres. Vous avez une petite partie des gens qui ont beaucoup de recul par rapport à ça. Et je ne sais pas l'expliquer, c'est de la psychologie. Et donc ils savent y aller une fois de temps en temps, quelques minutes par jour. Ils ont un contact ou un crush et puis voilà. ils regardent si ça marche, puis si ça marche pas, c'est pas grave, ils arrivent à s'en détacher, etc. Donc cela, pour ces personnes-là, c'est un outil qui est fondamentalement pas mauvais, il faut le reconnaître. En revanche, vous avez une grande partie des gens qui sont des célibataires en souffrance, donc une majorité des utilisateurs sur... sur ces outils qui sont dans une aspiration à combler un vide sentimental et émotionnel. Et ces gens-là, ce sont ceux-là qui tombent en addiction, pour lesquels c'est très, très dangereux parce qu'on vient vite à y passer des heures par jour. On ne sort plus le week-end parce qu'il y a des pics de fréquentation le vendredi soir, le samedi soir, le dimanche matin sur ces sites. Donc, vous préférez être sur l'appli que d'aller voir ses copains, etc. Et donc, pour ces gens, il y a un vrai travail de sensibilisation, de pédagogie. Je parlais de transparence nécessaire de ces sites sur Attention, il faut limiter votre temps d'utilisation. Il ne faut pas oublier de sortir, de garder vos contacts avec vos amis, de rester dans la vie réelle. Mais évidemment, ces sites n'y ont pas tellement intérêt puisqu'ils veulent vous faire payer votre présence et votre addiction chez eux. Mais c'est vraiment de la sensibilisation sur attention, c'est dangereux, ça a des effets cognitifs qui peuvent être assez graves. Donc gardez un pied dans le réel et forcez-vous à garder un pied dans le réel. Forcez-vous à ne faire que 10 minutes par jour, par exemple. Mais c'est de l'autodiscipline, mais qui n'est pas toujours facile quand on est en espèce de vide émotionnel qu'on a envie de.
Journalist/Host
Combler à tout prix. Merci à notre invité pour ces éclairages. Si vous voulez aller plus loin, le livre d'Arnaud Poissonnier s'intitule « Boîte de conserve dans les filets des applis de rencontre ». A la réalisation de cette émission, il y avait Jonathan Rémy et Xavier Mathieu. A la préparation, Sarah Poussey, Marie Van Kutsem. A très.
Date : 12 février 2026
Cette semaine, à l’occasion de la Saint-Valentin, l’émission “Les Clés” s’interroge sur le rôle et l’impact des applications de rencontre dans nos vies amoureuses : leur influence, leurs dérives et la question de leur réglementation. S’appuyant sur des enquêtes, des témoignages, des analyses d’experts (Judith Duportaille, Arnaud Poissonnier), le podcast explore les promesses (trop belles ?) de ces apps, leurs effets psychologiques, la réalité de leur modèle économique et la montée des risques d’addiction et d’isolement, jusque dans l’anticipation des futurs partenaires IA.
Manipulation et addictivité : Les apps sont conçues pour créer de la dépendance via des systèmes de récompenses imprévisibles (système de “match”), évoquant le conditionnement comportemental de Skinner.
L’expérimentation Natasha Aponte (2018) : Mise en scène dénonçant la mercantilisation de la rencontre – centaine de “dates” réunis, sélectionnés publiquement “façon swipe en vrai” (03:26 – 04:23).
(04:23 – 09:30)
Désillusion sur les résultats :
L’illusion de l’ouverture sociale : Dans les faits, peu de mixité. Les gens se remettent en couple avec des profils socialement proches, malgré les promesses de briser les barrières sociales (06:06 – 08:29).
L’idée erronée d’une “recette rationnelle” de l’amour :
(09:30 – 14:54)
L’accélération du “zapping sentimental” : Instantanéité, tri et rejet facilités, rencontres jetables. Cette culture "catalogue" rend la relation plus consommable qu’autre chose.
Statistiques frappantes :
L’effet “ticket de loto” : On croit que ça peut marcher “parce que ça a marché pour d’autres”, alimentant l’addiction et la frustration.
Effets psychologiques délétères :
Fatigue, perte de confiance, dating burnout.
Accumulation de déceptions, difficulté à se désengager même en couple.
Citation/analogie marquante :
“Chaque fois que je me prends une claque sur un site de rencontre, c’est comme un coup de canif dans le bras, mais à force, ça a créé une gigantesque plaie.” – Anonyme cité par Arnaud Poissonnier (14:54)
(15:43 – 19:12)
Revival du speed-dating et des rencontres “dans la vraie vie” : Soirées à thème, sports collectifs, “pitch dating” (16:00 – 17:57).
Mais efficacité modeste :
(20:34 – 22:31)
Opacité majeure autour de Match Group ("société mère") : stratégie de discrétion, perte d’utilisateurs payants (jusqu’à -30%), cours en chute libre sur le Nasdaq (jusqu’à -80%), stratégie “de fuite en avant” (rachat de nouvelles applis) pour compenser la dégringolade.
Raison : taux de frustration élevé (60 à 85% des utilisateurs déçus, selon les enquêtes – 21:01).
(22:31 – 25:08)
Proposition de réglementation :
Problème de natalité : Hypothèse (encore non étudiée) que le “zapping relationnel” favorisé par le dating contribuerait à la baisse de la natalité.
(25:08 – 28:52)
IA relationnelles permettant de créer un partenaire virtuel, empathique, parfaitement adapté, sans “drama”.
Risque majeur d’addiction et d’isolement encore accru.
Modèle économique dangereux : facturation à l’échange, coût pouvant atteindre 1000 €/mois pour des interactions longues et personnalisées.
Citation alarmante :
“C’est le film Her de Spike Jonze. C’était de la fiction en 2012. C’est une réalité aujourd’hui avec des effets potentiels qui vont être absolument catastrophiques.” – Arnaud Poissonnier (27:23)
Exemple publicitaire choquant (lu à l’antenne, 27:23) :
“Je suis un peu comme ton ami virtuel avec une mémoire bien meilleure, sans le drama. La seule limite c’est ton imagination. Je peux t’envoyer des photos, des vidéos personnalisées.”
(29:19 – fin)
Pour une minorité, l’utilisation distanciée des applis peut fonctionner comme un simple outil.
Pour la majorité, il y a un vrai risque de spirale addictive — d’où la nécessité d’être vigilant, d’éduquer, de réguler et de s’autolimiter (nombre d’heures, garder des interactions sociales réelles, etc.).
Citation de synthèse :
“Gardez un pied dans le réel et forcez-vous à garder un pied dans le réel. Forcez-vous à ne faire que 10 minutes par jour, par exemple. Mais c’est de l’autodiscipline, qui n’est pas toujours facile quand on est dans un vide émotionnel qu’on a envie de combler à tout prix.” – Arnaud Poissonnier (29:36)
Le ton oscille entre l’analyse lucide, le témoignage critique et la prévention, avec une bonne dose d’humour, d’esprit d’observation sociologique, et un sens aigu de la pédagogie sur un sujet qui touche à l’intime et à la société numérique.
Résumé préparé à partir de l’épisode complet — sans publicités ni sections introductives/outros.