
Qu'advient-il de nos données numériques après notre mort ? Que deviennent nos profils sur les réseaux sociaux ? Une étude de l’université d’Oxford projette que, d’ici une dizaine d’années, Facebook comptera plus de profils de personnes disparues que vivantes. Nous ...
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Louis de Disbach
La mort d'une personne ne signifie pas sa mort numérique.
Host
La première ?
Alix Goebert
Il y aura bientôt plus de morts que de vivants sur Facebook.
Reporter
J'ai besoin de repères.
Louis de Disbach
Pourquoi pas écrire un testament pour nos données ?
Host
Bonjour et bienvenue dans les clés médias. Aujourd'hui on se projette dans ce qui nous survivra. Peut-être croyez-vous à la réincarnation après la mort. Et si au-delà du volet religieux on continuait à exister tout de même sous forme d'une entité en ligne composée de codes binaires de 0 et de 1. Il faut dire que nous laissons derrière nous une quantité impressionnante de données numériques personnelles, une sorte d'empreinte digitale de notre personnalité, de nos goûts, nos messages, notre façon de parler, nos achats, nos activités en ligne, notre image aussi. En France, la CNIL, la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés, a tenu un colloque il y a quelques semaines sur les données des personnes disparues. C'est que le sujet est de plus en plus prégnant après notre mort. Que vont devenir toutes ces traces que nous avons semées un peu partout sur Internet ? à l'échelle de l'individu, mais aussi à l'échelle collective, car toutes ensemble, elles forment un immense corpus qui constitue sans doute une forme de passé numérique commun. On se plonge pour commencer cette émission dans un peu de fiction, plus si fictionnelle que cela. Bienvenue dans ce nouvel épisode des Clés Médias.
Louis de Disbach
La première, les Clés Médias.
Listener 1
C'est quoi ce truc ? A quoi ça sert ?
Host
C'est un pauvre truc de...
Listener 2
Tu cliques sur le lien et ensuite tu pourras lui parler.
Listener 1
Comment ça parler ?
Listener 2
Tu tapes des messages, comme pour un e-mail, et ça te répond comme lui l'aurait fait.
Host
Mais il est mort !
Listener 2
C'est un logiciel. Il crée un simulacre de la personne. Tu lui donnes son nom, il fouille dans son passé, il lit tout ce qu'il ou elle a pu écrire sur Internet de son vivant, tous ses posts sur Facebook, ses tweets, tout ce qui a été publié. Je me suis contentée d'entrer le nom de Dash. Le système s'est occupé du reste.
Host
Non, mais c'est un truc de taré ! De taré !
Listener 2
Écoute, dis-lui bonjour, déjà. Si ça te convainc, tu lui donneras accès à sa messagerie privée. Plus il a de données, plus il lui ressemble.
Listener 1
Ça le remplacera jamais.
Listener 2
C'est vrai. Mais ça fait du bien.
Host
Dans cet épisode de Black Mirror, intitulé Be Right Back, bientôt de retour, et sorti en 2013, une jeune femme qui vient de perdre son mari dans un accident de voiture se lance dans une conversation en ligne avec un faux lui grâce à un logiciel. Black Mirror a l'habitude de pousser la dystopie à son paroxysme. La jeune femme va donc passer au stade supérieur du logiciel assez rapidement avec une conversation par téléphone.
Louis de Disbach
Alors ? Qu'est-ce que t'en dis ? Allô ? Allô ?
Listener 1
Tu es exactement la même voix que lui.
Jérôme Haute
Ça fait un peu flipper, non ? Enfin, je veux dire, c'est carrément délirant que je puisse même te parler. Moi qui n'ai même pas de bouche.
Host
Et l'étape d'après, vendue comme encore expérimentale, je ne vous la dévoile pas, mais je vous laisse l'imaginer. Aujourd'hui, en tout cas, cet épisode est en partie devenu réaliste entre les mains des petits génies de la Silicon Valley. Il faut dire que la somme des données que l'on laisse derrière soi est gigantesque à l'échelle d'une vie. En 2019, l'université d'Oxford a sorti une étude particulièrement intéressante. D'ici quelques dizaines d'années, il y aura sur Facebook plus de pages de gens décédés que de gens vivants. Les chercheurs ont établi une fourchette, située entre 2050 et les premières décennies du XXIIe siècle, sur base de calculs intégrant les paramètres démographiques et les adhésions aux réseaux sociaux. Tout cela au niveau mondial, pure projection bien sûr, mais qui soulève d'intéressantes réflexions. Au niveau de chaque individu d'abord, car cet héritage numérique, il faut bien le gérer. Sur Facebook, par exemple, il existe un paramètre qui permet de supprimer notre page à notre décès ou d'en faire une page commémorative que l'on peut alors léguer à un proche. Les tutos YouTube pour expliquer comment faire pullulent sur le sujet.
Tutorial Narrator
Pour désigner un contact légataire sur Facebook, il est nécessaire de te rendre dans les paramètres et confidentialité, ensuite dans paramètres et enfin cliquer sur modifier et sur la ligne paramètres de commémoration. Ici, il y a un rappel sur ce que peut faire ou ne peut pas faire la personne légataire et donc de la possibilité de désigner un ami Facebook comme personne légataire responsable de ton compte à ton décès.
Host
Ici, la chaîne Le Bon Voisin donne toutes ses astuces. Mais cela ne concerne que Facebook ici. Or, la réflexion est plus large. Les autres réseaux sociaux, les traces d'achats, nos comportements de navigation en ligne... Il y a une foule de données qui nous concernent. Hello, Mr.
Listener 1
Yakamoto.
Host
Welcome back to the Gap. How does assorted tank tops work out for you?
Louis de Disbach
Mr.
Listener 2
Yakamoto...
Louis de Disbach
Caution.
Tutorial Narrator
Caution.
Host
Manual. Fuel. La réflexion, elle est aussi collective, car si on dézoome, le corpus gigantesque laissé par tous les humains décédés compose en quelque sorte notre passé numérique. Faut-il le conserver ? Et si oui, comment ? Qu'est-ce qu'on sélectionne ? Qui sélectionne ? Dans l'étude de l'université d'Oxford, les chercheurs plaident pour une gestion décentralisée de notre patrimoine numérique, car concentré entre les mains d'un seul acteur économique ou politique, cela pourrait amener à des dérives. Enfin, il y a le volet environnemental.
Louis de Disbach
Le.
Reporter
Plus grand centre de données en Suisse a inauguré le début de son fonctionnement en mai dernier à Glan. Sur 14 400 m², les serveurs de l'entreprise Safehost ont progressivement abrité les données de milliers d'entreprises. Quand cet immense data center sera complètement déployé, il consommera autant d'électricité qu'une ville comme Montreux, 26 000 habitants.
Host
Comme évoqué dans ce reportage de la RTS, les serveurs consomment déjà d'importantes ressources, on le sait. Ça explose encore avec l'IA. Alors ces enjeux d'archivage, comment y faire face ? On explore le champ quelque peu oublié des données numériques post-mortem avec nos invités aujourd'hui. Bonjour Louis de Disbach, vous êtes éthicien de la technique, ça veut dire que vous réfléchissez aux questions éthiques et philosophiques qui encadrent les questions des nouvelles technologies. J'ai envie de vous entendre sur cet épisode de Black Mirror qu'on a entendu il y a quelques instants. Ça existe aujourd'hui des entreprises qui proposent de fabriquer un chatbot sur base des données numériques d'un proche décédé ?
Louis de Disbach
Oui, tout à fait. Et moi, c'est quelque chose que je trouve absolument fabuleux parce que l'épisode dont on a parlé, il sort en 2013. Et en 2013, c'est également l'année où sort le film Her. Bon, pas mal de gens ont entendu parler où quelqu'un tombe amoureux d'une IA. Et tout le monde s'empresse de dire à quel point c'est génial parce qu'il donne vraiment une très bonne direction de là où la technologie ne doit pas aller. Et il nous aura fallu 10 ans, une petite dizaine d'années pour aller exactement dans cette direction-là. Et moi je trouve que ça en dit très très long d'un certain côté sur les idéaux de celles et ceux qui construisent la technologie.
Host
On va y revenir bien sûr. Est-ce que c'est réaliste aussi cette idée selon laquelle notre empreinte digitale, elle nous reflète très intimement et qu'avec tout ce qu'on laisse en ligne, on pourrait créer un double numérique de soi qui est tout à fait crédible ?
Louis de Disbach
Alors, c'est une question philosophique, moi, je trouve majeure. Notamment, il y a un philosophe du XXe siècle qui s'appelle Martin Heidegger qui dénonçait justement que la technologie, elle avait une façon de nous forcer à voir le monde et qu'on ne pouvait voir le monde que par le prisme de la technique. Et typiquement, là, la question qu'on peut se poser, c'est sommes-nous, oui ou non, plus que la somme de nos traces numériques ? Et il n'y a pas forcément de réponse. C'est une façon de voir les choses. Certaines personnes vous diront que non, si jamais nous... On a beaucoup été sur internet, sur Facebook, sur Twitter, sur Insta, etc. En fait, on pourrait être uniquement la somme de nos traces numériques. Et d'autres personnes, dont je fais partie en tout cas, pourraient vous dire mais non, mais il y a ce petit quelque chose en plus que le code informatique, qui ne sont finalement que des zéros et des 1s mis bout à bout, ne pourra jamais percevoir. Mais j'ai aucune preuve de ça. C'est une conviction personnelle.
Host
Vous me disiez en préparant cette émission que ce que ça réveille chez vous, tout ça, c'est la question de la dignité. Qu'est-ce que vous entendez par là ?
Louis de Disbach
En fait, il y a une double dignité que je trouve importante à creuser. D'une part, c'est la dignité des personnes décédées. Est-ce qu'effectivement, oui ou non, on a le droit, potentiellement sans leur consentement, de les, entre guillemets, ramener à la vie ? On voit de plus en plus comme ça d'initiatives, auxquelles moi je m'associe tout à fait, qui disent un peu « do not bot me », ne faites pas de moi un robot après mon décès. Voilà, pour le faire plus simple, en fait, je suis mort, je suis mort, laissez-moi tranquille. Donc il y a un peu ce côté-là. Et puis de l'autre côté, la dignité des personnes qui ont perdu des proches. Alors évidemment, le processus de deuil, c'est un processus qui est extrêmement personnel. Moi, il n'y a aucun jugement de valeur. Chacun processe ça de la façon dont il ou elle peut. C'est toujours une période, je pense, difficile. Mais il y a quand même des gens qui ne vont pas se priver de se faire beaucoup, beaucoup d'argent sur le dos des personnes qui sont extrêmement tristes. Et c'est très bien repris, justement, dans cet épisode que vous avez mis en exergue au début de cette émission. dans Be Right Back notamment sans vouloir tout divulguer parce que vraiment l'épisode est très bien donc celles et ceux qui l'ont pas vu n'hésitez pas mais il y a ce côté en fait ça finit par coûter très cher à la personne parce qu'évidemment les gens n'offrent pas ça par gaieté de coeur ça coûte beaucoup d'argent et donc effectivement il y a aussi une question de la dignité de la personne endeuillée.
Host
Vous êtes chercheuse au CRIDS de l'INAMUR, Centre de Recherche en Information, Droit et Société. Vous êtes spécialisée dans la protection des données. Avec vous, on va être très concrets. Ces données que l'on laisse derrière nous en ligne, qu'est-ce qu'elles deviennent après notre mort ? Quel cadre légal existe aujourd'hui ? Parce que quand on pense données, on pense souvent au RGPD. Or ici, ça ne s'applique pas.
Alix Goebert
Oui en effet donc c'est une vaste question parce que vous l'avez très bien mentionné je trouve que l'épisode le met bien en lumière mais on laisse en effet une quantité vraiment très importante de données lors de lors de notre décès donc tout plus ou moins sauf si la personne a pris ses prédispositions mais je pense qu'on y reviendra plus tard ou si les héritiers agissent a priori il y a énormément de choses qui vont continuer à exister sur la toile même une fois que nous sommes décédés Et c'est vrai que lorsque l'on parle de protection des données, on a tendance souvent à penser, le premier réflexe c'est de penser au RGPD, qui a vocation à protéger les données à caractère personnel des citoyens européens. Mais alors il y a une limite importante, en tout cas par rapport au sujet qui nous occupe aujourd'hui. c'est que ce RGPD ne s'applique en fait que du vivant des personnes et cesse de s'appliquer en fait à partir du moment où les personnes sont décédées. Donc ça c'est vraiment une limite importante et en fait cette limite importante elle s'explique par plutôt de la philosophie juridique j'ai envie de dire mais donc il faut vraiment revenir à la base de En tant que personne, on a une personnalité juridique et cette personnalité juridique va nous conférer deux grandes catégories de droits. Des droits patrimoniaux d'une part, donc des droits de propriété, des droits de créance par exemple, qui ont comme caractéristique d'être transmissibles et de pouvoir être transmis à nos héritiers par les droits de succession. Et on a d'autres types de droits qui sont des droits extra-patrimoniaux, qui n'ont pas de valeur, qui sont inaliénables et qui ne sont pas transmissibles par voie de succession à nos héritiers. Et les droits en fait que confère le RGPD en matière de protection des données à caractère personnel relèvent de cette catégorie des droits extra-patrimoniaux et donc cessent d'exister finalement au moment où la personne décède.
Host
Et ça veut dire quoi ? Ce sont quels droits ces droits extra-patrimoniaux ? Est-ce que par exemple on parle du droit à l'image là-dedans ou du droit à l'oubli ?
Alix Goebert
Oui, c'est ça. Donc en l'occurrence sont considérés comme des droits extra-patrimoniaux le droit à l'image des personnes. Donc de notre vivant on a toute une série de droits sur les images que nous acceptons ou non de diffuser sur internet. Celui-là s'éteint avec la mort des individus. Et un des droits évidemment très important dans le RGPD, c'est le fameux droit à l'oubli, qui permet lorsque l'information n'est plus pertinente par exemple, ou n'a plus d'intérêt, on peut solliciter son déréférencement et sa suppression auprès des grandes plateformes. mais ce droit à l'oubli en fait cesse d'exister au moment où la personne décède et donc nos héritiers ne peuvent pas exercer pour nous notre droit à l'oubli auprès des grandes plateformes une fois que nous sommes décédés.
Host
Alors que peuvent faire Alice Goebert nos proches très concrètement une fois qu'on est décédés ? Quelles sont finalement les choses qui existent et sur lesquelles ils ont quand même un moyen d'action finalement ?
Alix Goebert
Alors donc, le RGPD ne s'applique pas, les états membres ont la possibilité de légiférer mais la Belgique ne l'a pas fait. Il y a très peu d'états membres d'ailleurs qui ont réglementé cette question du futur des données des personnes décédées. Et donc dans ce cas-là, face à ce vide juridique, on doit en fait se référer aux conditions générales d'utilisation des différentes plateformes. Et donc là, les solutions varient d'une plateforme à l'autre et également du type de service qui est fourni ou en tout cas proposé par la plateforme. Donc si je prends l'exemple de Facebook, mais ça vous le mentionnez très bien dans votre introduction, il y a donc deux voies qui s'offrent aux héritiers, soit ils peuvent demander que le compte de la personne décédée soit transformé en un compte commémoratif, il y aura une mention en souvenir d'eux à poser à côté. du nom de la personne et il y aura des fonctionnalités supprimées donc par exemple plus personne ne pourra même si on dispose du mot de passe ou de l'identifiant de la personne ne pouvons plus accéder à ce compte et donc ça c'est une garantie importante pour notamment faire barrière aux différents risques d'usurpation d'identité ou en tout cas de hacking puisque plus personne ne pourra se connecter au compte de la personne ou deuxième possibilité c'est de demander la suppression du compte Alors ici, en tout cas auprès de Facebook, il y a toujours une démarche active de la part des héritiers qui va devoir être réalisée parce que Facebook lui n'aura pas connaissance évidemment du décès des utilisateurs et donc il y a une démarche active dans le chef des héritiers qui devra être réalisée.
Host
Par exemple un certificat de décès, etc. Et évidemment, ça dépend d'une plateforme à l'autre. Il faut aussi réfléchir de son vivant et stocker, pourquoi pas, les données essentielles en lieu sûr. De ce côté-là, Sarah Poussey va nous expliquer ce qui émerge du côté des notaires en Belgique. On l'écoute.
Listener 1
La question des données numériques et de leur récupération lors d'une succession émerge doucement dans le monde notarial, mais nous n'en sommes encore qu'au tout début, comme l'explique le notaire Jérôme Haute.
Jérôme Haute
Actuellement c'est rare, mais ça commence. Les générations qui sont maintenant en train de planifier etc. ne sont pas encore des générations qui ont 36 000 profils et c'est pas encore une question qui se pose vraiment. Les plus jeunes, eux se posent cette question-là de plus en plus.
Listener 1
Si vous souhaitez que vos profils soient supprimés ou que vos photos soient conservées, eh bien il faut donc préparer sa succession dans le monde numérique. Et pour cela, la Fédération des notaires a créé un outil pratique, une sorte de coffre-fort en ligne, nommé Easy New. La plateforme Izimi est accessible sur ordinateur et sur smartphone. L'objectif de départ, c'était de permettre au notaire d'échanger des documents privés avec ses clients sans passer par mail ou par des plateformes de partage. Le notaire ou le client dépose un document et envoie une notification à l'autre partie pour le télécharger de son côté de façon sécurisée.
Jérôme Haute
C'est une plateforme à laquelle vous avez accès soit par carte d'identité, soit par XMI. Donc il n'y a que la personne elle-même qui peut avoir accès. et ce n'est pas un envoi de documents, mais plutôt un dépôt de documents dans des boîtes aux lettres sur une plateforme entièrement sécurisée à terme. Tous les documents qui sont téléchargés sur cette plateforme sont en fait scannés par les antivirus et autres protections de la Fédération des notaires, qui fait quand même partie, je pense, des meilleures de Belgique, de par le niveau de sécurité que nous, en tant que notaires, on doit avoir.
Listener 1
Izumi a été créé par la Fédération des notaires, mais le coffre-fort est bien personnel. Seul le client choisit donc quel document il souhaite partager avec son notaire ou avec un autre contact, par exemple un conjoint ou des enfants. On peut donc y stocker tout un tas de documents personnels importants, comme des diplômes, des actes de naissance, un certificat PEB. Jérôme Haute a aussi une autre suggestion, qui peut s'avérer utile à votre décès, mais aussi de votre vivant.
Jérôme Haute
Faire une liste, en fait, avec tous les profils sociaux, les codes d'accès, etc. et de la mettre dans le coffre Forisimi parce que ça permet aux héritiers d'avoir accès au coffre Forisimi après le décès et en fait d'avoir un document qui reprend tout et qui donne des instructions et qui donne les mots de passe, etc. Et donc ça, c'est vraiment très pratique. Outre le fait que le coffre Forisimi, vous avez l'application pour l'avoir sur votre smartphone. Et si vous avez oublié vous-même un identifiant ou un mot de passe, il suffit d'ouvrir votre smartphone et vous avez accès à tout ça.
Listener 1
Ce coffre-fort numérique peut accueillir jusqu'à 1 giga de documents et il est entièrement gratuit. A votre décès, l'entièreté de son contenu ou seulement une partie est transmise à vos héritiers.
Host
Voilà, alors ce qui est intéressant ici, évidemment, c'est toute cette question de l'anticipation personnelle de son propre décès, de ce qu'on va faire de ces données numériques. Alix Goebert, encore une question, vraiment sur ce cadre légal et sur les risques qui existent. Est-ce qu'il y a des risques, de vrais risques, à laisser traîner des données non gérées après notre mort ? Qu'est-ce qui nous attend si on ne fait pas quelque chose ?
Alix Goebert
Je dirais que le premier risque, c'est finalement un risque d'éternisation de l'identité numérique, puisqu'il n'y a pas une démarche active à un moment de la part des héritiers ou bien de nous-mêmes lors de notre vivant. Si je reprends l'exemple de Facebook, parce que c'est quelque chose qui parle à tout le monde et il y a quand même énormément de données qui sont publiées par les utilisateurs du réseau social, le compte Facebook ne prévoit jamais de le supprimer. Donc même s'il y a une inactivité prolongée de 5, 10 ou 15 ans, rien dans les conditions générales d'utilisation de Facebook laisse apparaître qu'à un moment le profil disparaît et donc ça donne lieu à différentes situations qui peuvent être assez incommodantes finalement pour l'entourage de la personne décédée comme par exemple des notifications annuelles qui rappellent l'anniversaire de la personne décédée ou bien le fait que le profil de la personne apparaisse dans les suggestions d'ajout de toute une série de personnes donc ça rajoute une couche quand même de Oui, d'un coup fort et de difficulté dans le processus de deuil pour l'entourage. Et alors le deuxième risque que j'ai déjà évoqué tout à l'heure en parlant des profils commémoratifs, c'est le risque d'usurpation d'identité et de hacking de ses comptes. Ici aussi c'est quelque chose qui pourrait avoir des impacts quand même très grands pour l'entourage des personnes décédées. C'est notamment des personnes malveillantes qui reconstitueraient à partir des données du compte Facebook d'une personne déceinte un profil et qui enverraient des messages à l'entourage divers et variés. On peut évidemment imaginer le choc que ça peut générer. Et alors j'en vois un troisième qui est plus en lien avec le coffre fort numérique dont on vient d'entendre une explication. C'est aussi la perte d'une quantité énorme de données. Je pense par exemple à tous les fichiers de stockage dans les clouds, comme par exemple les photos qu'on stocke sur Google Photos. S'il serait lié à un seul compte et que la personne n'a pris aucune disposition et que le drive est oublié.
Host
À cette adresse, les personnes qui restent.
Alix Goebert
Et qui voudraient accéder à ces photos qui sont parfois des photos de famille, ça peut vraiment aussi mener à des situations difficiles pour les proches qui vont se rendre compte qu'ils ont finalement perdu une quantité très importante de souvenirs ou de documents divers.
Host
Louis de Nisbach, vous voulez y réagir à cela ?
Louis de Disbach
Oui, tout à fait, parce que je trouve que c'est très intéressant. Il y a effectivement la crainte de la perte et puis le risque de la perte, mais il y a aussi le risque de trucs qui restent. Et si jamais, admettons, voilà, maintenant, des gens peuvent être sur Facebook depuis 20 ans. Facebook, c'est 2004, donc des gens peuvent être sur Facebook depuis 20 ans. On peut imaginer que les gens ont évolué. depuis 2004. Peut-être qu'en 2004, les gens étaient plus racistes et climato-sceptiques, et puis coup de chance, ils ont échangé avec d'autres personnes, maintenant ils ont un avis peut-être plus modéré, peut-être plus sain. Que va retenir le chatbot qu'on ferait de ces gens-là ? Comment est-ce qu'on va choisir ? Est-ce qu'on va prendre uniquement les deux dernières années ? D'un autre côté, c'est quand même un peu nier l'évolution de la personne. Est-ce qu'on va prendre un peu tout ? Et donc, de temps en temps, une personne qui aurait énormément évolué, d'un seul coup, se retrouverait à dire des choses qu'elle aurait pu dire en 2004, 2005, 2006. Aujourd'hui, plus du tout. Comment est-ce qu'on choisit ça ? Et la question du choix, finalement, c'est une question que la machine ne peut pas vraiment faire. Ce n'est pas la machine qui peut décider. Mais alors, effectivement, on se posait la grande question. Qui décide ? Qui décide de tout ça ? Et c'est rarement les personnes qui sont décédées, vu que généralement, au moment où on commence à vraiment se poser les questions, elles sont déjà parties. Et est-ce que les personnes qui doivent décider ont forcément toutes les cartes en main ?
Host
On a, Louis de Disbach, abordé le volet individuel, plutôt de nos données jusqu'ici. Il y a aussi le volet collectif. Dans l'étude de l'université d'Oxford, que j'évoquais au début, les chercheurs plaident pour une vraie réflexion sur l'archivage de tous ces profils de gens décédés, de leurs données, comme un bien commun, un corpus de notre passé numérique. Exemple, vous prenez un tweet isolé, ça ne vaut rien. Mais si vous prenez l'ensemble des tweets échangés le soir des attentats du 13 novembre à Paris, tout de suite, on mesure la valeur d'un tel corpus. Or, aujourd'hui, ce bien commun, il est entre les mains de quelques géants de la tech. C'est un problème, ça ?
Louis de Disbach
Ça dépend à qui vous demandez. Si vous demandez aux géants de la tech, ils vous diront non. Moi, ce que je trouve toujours intéressant, c'est... Shoshana Zuboff, elle posait une question, c'est une politologue américaine, et elle disait, tiens, mais qui c'est ? Et qui décide ? Et qui décide ? Qui décide ? Qui sont les gardiens des gardiens ? Et est-ce qu'on est d'accord, en fait, avec les réponses qu'on pourrait donner à chacune de ces questions ? Et typiquement, dans Qui décide ? Aujourd'hui, ce sont effectivement uniquement les géants de la tech et... On essaie de légiférer tant bien que mal, mais même la Commission européenne est en train un peu de rétro-pédaler sur le GDPR, ce que ce soit dit en passant, ça un peu déplora, mais c'est une autre question. Donc, qu'est-ce qu'on va faire ? Qui va pouvoir décider de tout ça ? La mise en commun des données, c'est quelque chose qui est quand même pas mal prôné, et notamment, je dirais, par les personnes qui ont créé le web, qui à la base est vraiment une idéologie très libre de mise en commun, etc. Donc ça peut être aussi très intéressant, mais se pose toujours la question du consentement. Est-ce que les personnes qui sont décédées seraient d'accord que leurs données deviennent effectivement part d'un grand commun qui pourrait être utilisé par plein de choses ? C'est aussi une question de liberté individuelle.
Host
Ces géants de la tech, ils ont un intérêt à garder les données de personnes, même décédées ?
Louis de Disbach
Oui, tout à fait. En gros, pour la faire simple, une intelligence artificielle, pour qu'elle fonctionne bien, elle doit s'entraîner sur un maximum de données. Il y a d'autres leviers, mais un des grands leviers, c'est beaucoup de données et idéalement de très bonne qualité. Et donc, effectivement, supprimer des données d'un set d'entraînement, c'est potentiellement perdre en qualité de cette intelligence artificielle. Et donc, oui, un maximum de données, que les personnes soient décédées ou pas, que les personnes soient réelles ou pas, etc. Peu importe. Tant qu'on a des données, on va les utiliser.
Host
Les chercheurs d'Oxford, ils invitent aussi à réfléchir aux solutions matérielles d'archivage, d'abord parce que le matériel et les formats techniques évoluent, donc on peut perdre beaucoup de données en chemin, et ensuite parce que ça va occuper des serveurs, qui sont déjà des grands consommateurs d'énergie. On a l'impression qu'on évoque ici un sujet qui est vraiment crucial et qui ouvre plein de portes, qui va s'accentuer avec le temps, puisqu'évidemment plus les gens vont décéder, plus il y aura de données en ligne. Comment expliquer qu'on en parle si peu selon vous ?
Louis de Disbach
Alors moi, ce que je vous proposerais d'abord, ce serait qu'on refasse une émission uniquement sur l'impact environnemental de l'intelligence artificielle au sens large. Mais pour la faire simple, aujourd'hui, en fait, on n'en parle pas beaucoup parce que les personnes qui gèrent le narratif autour de la tech ont vraiment intérêt à ce qu'on n'en parle pas beaucoup. Pour celles et ceux que ça intéresse, le blog BonPote a sorti une très, très belle enquête réalisée par Lou Wellgrin et Théo Alves sur l'impact environnemental de l'IA. Et il est gigantesque. C'est un impact environnemental, mais c'est également un impact politique. à plusieurs niveaux, etc. Donc il y a énormément de choses à discuter, mais dès qu'on commence un petit peu à creuser, on se rend compte que c'est pas joli joli et tout ce qu'on nous présente comme immatériel n'est pas du tout immatériel. Et que donc il y a énormément d'impact que, évidemment, dans un discours très marketing et très vendeur, on préfère cacher sous le tapis.
Host
Et ce qu'on note aussi du côté de la Silicon Valley, ce ne sont pas seulement ces chatbots pour parler avec nos défunts, ce sont aussi toutes les expériences transhumanistes, etc. Comment vous expliquez-vous qu'il y ait une telle volonté de repousser la mort ? Est-ce qu'Elon Musk, Zuckerberg et les autres, ils ont une sorte de fascination comme ça pour l'immortalité ?
Louis de Disbach
Je pense que ce n'est pas forcément l'immortalité, c'est plutôt la puissance ultime. Je pense qu'aujourd'hui, une des rares limites qu'on n'a pas encore franchies en tant qu'être humain, c'est justement de repousser la mort. Et c'est vraiment s'élever au rang de Dieu. Aux dernières nouvelles, qu'on y croit, qu'on n'y croit pas, les seules personnes qui ressuscitent, etc. C'est notamment par un pouvoir divin. Et donc, quel fantasme plus ultime que de se prendre pour Dieu et effectivement de pouvoir combattre la mort. Je pense que c'est principalement, et comme c'est malheureusement souvent le cas dans la Silicon Valley, des problèmes du bris, d'égo et d'orgueil démesuré.
Host
Je ne sais pas vous, mais personnellement, je trouve que c'est vertigineux tous les champs de réflexion qu'ouvre cette émission. Peut-être que si on devait résumer au fond, la mort numérique pose les mêmes questions que celles de la mort physique. Que voulons-nous laisser derrière nous ? Que veut-on transmettre à nos proches et à la société ? Ou que veut-on faire disparaître ? Le cadre juridique apporte des balises, elles sont indispensables, mais tant d'autres secteurs entrent ici en compte. L'éthique, la conservation des traces numériques, l'évolution des technologies, la psychologie aussi, et j'en passe. Merci à nos invités pour leur participation, Louis de Disbach est éthicien de la technique et Alix Gobert, doctorante à l'UNAMUR et spécialisée dans la protection des données. A la réalisation de cette émission, il y avait Valentin Gourdange. A la préparation, Sarah Pousset et Marie-Eve Cutzem. A très bientôt pour de nouvelles Clé Média.
Host: Arnaud Ruyssen (RTBF)
Guests: Louis de Disbach (éthicien de la technique), Alix Goebert (chercheuse en droit et société, spécialisée protection des données), Reporters/Listeners/Jérôme Haute (notaire)
Date: 13 novembre 2025
Theme: Exploring what happens to our digital traces after death—ethical, legal, practical, and societal implications.
This episode of Les Clés Médias delves into a growing and deeply relevant question: What becomes of our digital selves after we die? The host and guests unravel the issues surrounding our "numérique post-mortem"—the vast troves of data, social profiles, and digital remnants we leave behind—and how individuals, families, jurists, tech companies, and society at large must grapple with the legacy of digital death.
On the reality of digital ghosts:
“La mort d'une personne ne signifie pas sa mort numérique.”
— Louis de Disbach [00:01]
On the future of digital profiles:
“Il y aura bientôt plus de morts que de vivants sur Facebook.”
— Alix Goebert [00:05]
On the illusion of human simulation:
“Tu tapes des messages, comme pour un e-mail, et ça te répond comme lui l'aurait fait.”
— Listener 2, discussing chatbot recreations [01:42]
On philosophical identity:
“Sommes-nous, oui ou non, plus que la somme de nos traces numériques ?”
— Louis de Disbach [07:55]
On the right to digital rest:
“Je suis mort, je suis mort, laissez-moi tranquille.”
— Louis de Disbach [08:48]
On legal gaps:
“Le RGPD ... cesse de s'appliquer à partir du moment où les personnes décédées.”
— Alix Goebert [10:23]
On collective digital memory and power:
“Qui décide ? Qui sont les gardiens des gardiens ?”
— Louis de Disbach [22:11]
On industry motivations:
“Tant qu’on a des données, on va les utiliser.”
— Louis de Disbach [23:10]
On the ultimate fantasy of tech elites:
“C’est vraiment s’élever au rang de Dieu... de pouvoir combattre la mort.”
— Louis de Disbach [25:01]
The episode progresses from evocative pop culture examples, to practical and legal guidance, and finally to deeper ethical and collective considerations—always circling back to the fundamental questions: What do we want to leave behind? Who decides? And what kind of digital eternity do we want for ourselves and society?
Les Clés Médias episode takes a 360-degree look at digital death: blending the chilling plausibility of sci-fi with the messiness of everyday life. You’ll come away understanding not only the technical and legal state of digital afterlife, but why it matters philosophically and emotionally. The discussion is nuanced, clear, and punctuated by both practical advice and larger reflections—a must-listen if you’ve ever wondered what happens to your data when you’re gone.