
BX1, LN24, l’Avenir, les annonces de licenciements ou réduction des équipes se multiplient dans le monde médiatique. Nous essayons de comprendre pourquoi les emplois des journalistes sont tellement menacés avec Anne Sandront, journaliste à l'Avenir et délégué CNE e...
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Gilles Tennyson
Si on n'existe plus, c'est l'information qui va y perdre.
Anne Sandron
Nous sommes là pour travailler ensemble, pour trouver des solutions.
Host / Narrator
On ne peut pas sacrifier la qualité de l'information. Bonjour à toutes et tous et bienvenue dans cette nouvelle émission des Clés Média. Je vais être franche avec vous, je pensais aujourd'hui vous concocter un petit épisode un peu léger à l'approche des fêtes mais force est de constater qu'il n'y a pas de cadeau sous le sapin de la presse francophone cette année. Cette semaine, les annonces choc se sont ajoutées à d'autres datant des derniers mois. Chômage technique en vue pour les journalistes de l'avenir, licenciement de trois journalistes figure phare des émissions chez LN24 hier. Et avant cela, BX1, les médias de proximité, RTL, la RTBF, tout le secteur ou presque fait face à des réductions de budget, à des restructurations, à de vertigineux questionnements sur son avenir. Alors aujourd'hui, pas de sapin, pas de cadeau, mais on va dérouler la guirlande de tous ces événements et observer l'année 2025 avec lucidité. et se questionner, bien entendu, sur la suite avec nos invités. Nous aurons des échos de l'avenir de BX1, de l'association des journalistes professionnels ainsi que du grand patron d'IPM, Denis Pirard. Mais avant cela, on se replonge dans cette année écoulée.
Denis Pirard
Notre aventure à tous les deux s'arrête ce soir, tout comme l'émission. Et on voudrait remercier évidemment Aline 24 de nous avoir fait confiants, de nous avoir fait grandir aussi et de nous avoir offert une opportunité que peu de chaînes donnent encore aux jeunes aujourd'hui.
Host / Narrator
C'est la dernière annonce en date hier soir sur LN24. Jim Neijman et Nicolas Pippin font leurs adieux sur antenne.
Denis Pirard
Aujourd'hui le journalisme traverse une crise profonde.
Host / Narrator
Une crise économique, une crise de confiance, une crise de moyens.
Denis Pirard
Les rédactions se réduisent, on le voit, les licenciements se multiplient, le temps manque, la pression augmente et puis le risque est grand aussi de voir l'information se fragiliser donc faites attention quand même.
Host / Narrator
Maxime Binet, autre figure phare de la chaîne, a aussi été remercié. Des adieux qui sont également un appel à la vigilance dans un paysage belge francophone particulièrement secoué. On remonte à mercredi de cette semaine. La fusion IPM-Rossel est actée et les journalistes des éditions L'Avenir apprennent par mail, dans la foulée, qu'ils seront très probablement en chômage économique forcé un jour par semaine dès le mois de février. Emmanuel Huilput est journaliste et délégué syndical CGSLB.
Denis Pirard
On a l'impression que la direction va à la tronçonneuse. C'est la ligne rouge parce qu'on considère qu'on est des gens raisonnables, on a accepté des économies, on a même renoncé à un moment à une partie d'indexation des salaires. Donc on a été assez constructifs et raisonnables, pragmatiques. Mais là, ça nous semble quand même nettement trop brutal.
Host / Narrator
Et remontons encore le fil, si vous le voulez bien.
Muriel Berck
« Alors si on avait pu penser qu'il y allait y avoir effectivement un petit plan de licenciement, qu'on allait peut-être devoir licencier 2-3 personnes, jamais, grand jamais, on a pensé que 8 personnes allaient devoir quitter BX1. On n'est quand même pas une si grosse structure que.
Host / Narrator
Ça. » Chez BX100, ce sont six licenciements et deux départs volontaires qui sont annoncés alors même que le média de proximité venait d'emménager dans ses nouveaux locaux. Une annonce que l'on ne peut s'empêcher d'observer dans un contexte déjà globalement tendu pour les médias de proximité.
Anne Sandron
Depuis ceci. Vous savez, les finances sont compliquées à tous les étages de l'État et en Fédération Wallonie-Bruxelles également. Et donc, il faut rationaliser. Moi, je voulais vraiment rassurer aussi l'ensemble du personnel des médias de proximité. Nous sommes là pour travailler ensemble, pour trouver des solutions. Et je rappelle aussi que les médias de proximité, ce sont des ASBL privés. Et donc, s'ils veulent trouver d'autres sources de financement, d'autres collaborations, mais vraiment, la porte maintenant, elle.
Host / Narrator
Est ouverte. C'était au printemps dernier. L'annonce est celle de la ministre des Médias en Fédération Wallonie-Bruxelles, Jacqueline Galland. Réformer les médias de proximité, ça veut dire des synergies, des rapprochements et probablement des pressions sur l'emploi. La réforme est en cours. Les journalistes.
Denis Pirard
Sont mobilisés. C'est un petit peu le seul moyen de communiquer pour chacun, dans les territoires un peu éloignés ou dans.
Host / Narrator
Les villages. Il faudra aussi noter les difficultés chez RTL où les départs se succèdent depuis plusieurs années et où la rédaction info se réduit. Et la RTBF qui a vu sa dotation gelée, elle ne sera plus indexée. Résultat des millions d'euros d'économies à faire et déjà des ajustements très concrets réalisés en interne. La disparition de Vivre Ici, la refonte du service Infodoc, le service des documentaristes et la suppression des journaux propres pour la chaîne Typique. D'autres projets sont dans les cartons. Alors à quoi s'attendre pour la suite ? La concentration médiatique, doublée d'une réduction du nombre de journalistes qui traversent la plupart des rédactions. Qu'est-ce que ça augure ? Comment réagir dans les médias, mais aussi en tant que citoyen ? On se questionne avec nos invités.
Anne Sandron
Du.
Host / Narrator
Jour. Bonjour Anne Sandron. Bonjour. Merci d'être dans ce studio ce midi. Vous êtes journaliste à l'avenir, déléguée CNE. Comment vous vous sentez après cette annonce de chômage économique mercredi, au conditionnel, mais qui va.
Anne Sandron
Plus que probablement se concrétiser ? Il y a un gros mal-être dans les équipes. Les gens sont là. Enfin, il y a une grosse lassitude. On a attendu longtemps la fusion avec Rocelle comme étant la seule solution. Mais là, même avant cette fusion qui, on sait, va passer par un plan social probablement, il y a déjà des efforts de chômage économique qui sont demandés en amont. Et.
Host / Narrator
C'Est vraiment difficile pour les gens. Bonjour Gilles Tennyson, vous êtes juriste à l'AJP, c'est l'association des journalistes professionnels. Vous avez rédigé un article sur la presse en 2025 pour la ligue des droits humains, il va sortir dans quelques semaines. Votre impression en deux mots et pour entamer cette émission avec la semaine qui vient.
Gilles Tennyson
De s'écouler et ses dernières annonces. J'ai l'impression que la semaine qui vient de s'écouler, c'est une sorte de concentré de l'année et des derniers mois qui viennent de s'écouler également. On peut parler d'une hécatombe, je pense, assez généralisée et qui s'insère vraiment dans un contexte de fragilisation déjà extrême du secteur médiatique, qu'il soit de presse écrite mais.
Host / Narrator
Aussi plus large en presse audiovisuelle. On va évidemment développer tout cela avec vous. Ce matin, j'ai eu Denis Pierrard au téléphone, c'est le grand patron d'IPM, la société qui possède entre autres Les éditions L'Avenir et LN24. Je vous propose d'écouter cette interview et on en rediscute juste après. Alors Monsieur Pira, est-ce que vous pouvez nous expliquer un petit peu ce mail, pour commencer, qui a été envoyé aux journalistes.
Denis Pirard
Des éditions L'Avenir mercredi ? Qu'est-ce qu'il contient et quel est le projet ? Le mail comprenait deux choses. Tout d'abord comprenait l'explication de la fusion avec le groupe Rossel et l'étape importante qui avait été faite dans la signature de l'accord définitif. Et à la demande des organisations syndicales, puisqu'on avait discuté avec eux dans deux conseils d'entreprise des possibilités de chômage économique sur le premier trimestre de l'année 2026, on a rajouté une phrase qu'on envisageait de faire du chômage économique à raison d'un jour par semaine durant le premier trimestre 2026, avec.
Host / Narrator
Des modalités à définir avec le conseil.
Denis Pirard
D'Entreprise. Pourquoi avoir mis cela sur la table ? Pourquoi avoir mis cela sur la table ? Pour deux raisons. D'abord, la loi prévoit que nous pouvons faire du chômage économique dans une entreprise s'il y a une diminution substantielle de son activité, et en l'occurrence de 10% de son chiffre d'affaires, ce qui n'est pas négligeable. Et nous croyons que nous allons atteindre ces 10%. On ne le saura que le 31 décembre puisque c'est le chiffre d'affaires sur le quatrième trimestre 2025 qui compte. Mais au vu du chiffre d'affaires octobre et novembre, nous pensons que nous remplirons ces conditions. Donc 10% du chiffre d'affaires, ça fait aussi donc 10% de volume en moins et donc 10% d'activité en moins. Donc ça c'est quelque chose qui est prévu par la loi de pouvoir faire du chômage temporaire quand on est confronté à des conditions aussi adverses. La deuxième chose est que ça fait deux ans que l'avenir perd de l'argent, que cette entreprise est en cash drain. On a trouvé une solution structurelle à ce problème en faisant une fusion avec le groupe Rossel, qui permettra à l'avenir de partir avec un nouvel élan, mais il faut tenir en trésorerie jusque là. Et je ne suis pas sûr que l'autorité belge de la concurrence nous donnera 8 francs et massifs tout de suite. Et donc on doit préserver la trésorerie, c'est notre devoir pour.
Host / Narrator
Pouvoir payer les gens et pour pouvoir payer nos fournisseurs. Est-ce que le chômage.
Denis Pirard
Économique, c'est une première étape avant de possibles licenciements ? L'industrie des médias en Belgique francophone et dans le monde entier, mais particulièrement en Belgique francophone, étant donné l'étroitesse de ce marché, est confrontée à des conditions extrêmement difficiles de rentabilité. Nos entreprises, si vous les voyez comparées à d'autres, sont beaucoup moins rentables que d'autres. Et donc l'industrie des mégas va vers des concentrations obligatoires pour pouvoir faire face d'une part aux investissements immenses que nous allons faire en informatique et à des diminutions structurelles de nos chiffres d'affaires tant au niveau publicité que vente d'informations. Les gens vont simplement chercher leur information ailleurs. Vous ajoutez à ça la révolution qu'oblige l'intelligence artificielle et vous êtes obligés de faire des regroupements pour pouvoir faire des économies d'échelle. Donc oui, c'est clair, on l'a dit et dans les déclarations qu'on a faites avec la.
Host / Narrator
Fusion, il y aura des synergies à.
Denis Pirard
Faire avec le groupe. Synergie, ça veut dire licenciement à terme ? il y aura des ajustements sur l'emploi, oui, on ne s'en cache pas, et ça a été dit. Et ça a également été dit au Conseil d'entreprise, parce qu'il y a des diminutions du chiffre d'affaires. Et c'est malheureusement une entreprise, enfin une industrie, où il y a beaucoup d'emplois. Et.
Host / Narrator
Heureusement, ce n'est pas encore des machines qui font toute notre information. Du côté de LN24, on a appris hier le licenciement de trois figures très visibles de la chaîne. Est-ce qu'on.
Denis Pirard
Est là dans le même type de circonstances ? Comment vous expliquez ces licenciements ? Alors, on est dans le même type de circonstances. Le marché publicitaire TV, l'année passée, c'était moins 25%. Je crois que la RTBF doit avoir senti ça dans ses comptes également. Et donc, on est obligé de repositionner la chaîne LN24 sur des programmes plus généralistes ou qui attirent malheureusement plus d'audience. C'est malheureux de constater que parfois les émissions d'information attirent moins d'audience que des émissions de divertissement. Et une chaîne de TV va chercher uniquement ses revenus dans la publicité. Cette publicité est en baisse, on est obligé d'aller chercher de l'audience ailleurs retrouver du chiffre d'affaires publicitaire. Cette stratégie est en train de réussir puisque notre audience est en train d'augmenter, puisque notre chiffre d'affaires publicitaire est en train d'augmenter, mais malheureusement pas assez pour supporter tous les coûts de la chaîne pour le moment et nous avons dû prendre cette décision que je regrette, parce que c'était une excellente information et c'était trois excellents journalistes.
Host / Narrator
Mais malheureusement le marché pour ce type d'émissions est de moins en moins là. C'est un signal fort quand même. Trois figures comme.
Denis Pirard
Celle-Là qui disparaissent de LN24. La mue est vraiment en cours pour la chaîne. Oui, la mue est en cours. C'est aussi quelque chose que nous ne sommes pas cachés. Nous ne pouvons plus maintenir un niveau d'information qui est le produit télévision qui coûte le plus cher.
Host / Narrator
Nous ne pouvons plus maintenir ça au niveau auquel on l'avait dans le passé. On entend bien le contexte dans lequel tout cela s'inscrit, cette optimisation nécessaire, ces rapprochements indispensables pour la survie de ces médias. Est-ce qu'il n'y a pas tout de.
Denis Pirard
Même une perte de pluralisme dans le paysage audiovisuel et presse francophone ? Alors moi j'entends souvent cet argument et je prends complètement le contre-pied de cet argument. Ce n'est pas parce que tous les médias sont réunis au sein d'un même actionnariat qu'il y a une perte de pluralisme. Je crois qu'au contraire, le pluralisme se trouvera si on se retrouve dans une organisation qui est financièrement forte, qui sait affronter les défis que je vous ai décrits tout à l'heure, intelligence artificielle, investissement informatique, mutation des habitudes de lecture et des habitudes de chercher de l'information. Et ça, on ne peut garantir ce pluralisme de la presse que si on est dans.
Host / Narrator
Une entreprise qui est forte financièrement, qui peut affronter ces défis, faire les investissements nécessaires. Mais si on prend un petit peu de recul et qu'on dézoome sur l'ensemble de la situation, ce qu'on voit tout de même, et alors là, on peut évidemment parler des titres qui sont chez IPM, mais c'est le cas également chez Rossel, c'est le cas à la RTBF également. Il y a aussi dans les médias de proximité des restructurations en cours, des licenciements qui s'enchaînent. Est-ce qu'à cette échelle-là, on ne constate pas tout de même déjà une.
Denis Pirard
Diminution du nombre de journalistes et par là, un danger pour la presse chez nous ? C'est vrai, vous avez raison. Je crois qu'aux États-Unis, sur les dix dernières années, c'est plusieurs centaines de milliers de journalistes qui ont dû trouver un autre travail. Mais malheureusement, madame, ça, c'est la faute de modifications dans les habitudes de lecture du consommateur d'aller chercher leurs informations ailleurs. Si nos diffusions baissent, ce n'est pas parce qu'on fait tous collectivement du mauvais travail. Et moi, mon bureau est assis au milieu des rédactions. Je crois que tous ces journalistes font leur travail avec beaucoup de conscience professionnelle. Malheureusement, beaucoup de personnes vont chercher actuellement leur information.
Host / Narrator
Ailleurs que dans nos médias. Et c'est face à ce défi qu'on doit le faire. Voilà. C'était donc Denis Pirard, le grand patron d'IPM, le groupe qui chapeaute entre autres L'Avenir et LN24. Une réaction, Anne Sandron ? On rappelle que vous êtes journaliste à L'Avenir. Cet argument qui revient souvent dans la bouche des dirigeants, le paysage médiatique qui se transforme.
Anne Sandron
Avec le numérique, avec l'IA, la nécessité d'optimaliser les rédactions. Est-ce que vous l'entendez cet argument ? Oui, on a même eu très peur il y a un an de ça. La direction était vraiment à fond sur l'IA et elle voyait là-dedans une solution pour pérenniser l'outil et ça faisait même un peu peur. Et puis ils se sont rendus compte que l'IA ne peut pas solutionner. Ce n'est pas une baguette magique et rien ne remplace surtout dans la presse régionale le contact direct. Il faut qu'on soit près des gens, il faut qu'on aille chercher des.
Host / Narrator
Infos. Et ça, on ne va pas le trouver sur Internet. Il faut que ça vienne de nous. Quand vous entendiez cette interview de Denis Pierrard, est-ce qu'il y a des choses.
Anne Sandron
Qui vous font réagir ? Je vous ai vu à quelques moments lever les sourcils ou avoir un demi-sourire. C'est un discours de directeur, donc on n'a pas toujours forcément le même point de vue. Mais on n'a pas non plus de solution toute faite à apporter. Nous on essaye de faire notre travail dans les conditions les plus optimales possibles. Mais c'est difficile parce qu'on n'engage plus, les jeunes sont indépendants, ils ont des conditions de vie très compliquées, ils gagnent très peu d'argent, ils ne sont pas liés par des contrats, par des conventions de.
Host / Narrator
Collaboration et ils peuvent se retrouver du jour au lendemain presque sans travail. Ils sont taillables et corvéables, merci. L'Avenir est un journal qui existe depuis 1918, j'ai regardé dans sa toute première version. Vous, vous êtes à L'Avenir depuis plus de 25 ans maintenant, si je ne me trompe pas. Vous avez vu des évolutions, en particulier ces 20 dernières années, avec des rachats, des reventes, des restructurations. Est-ce que.
Anne Sandron
Ça a fragilisé la rédaction ? Est-ce qu'aujourd'hui vous vous retrouvez dans une situation que vous n'avez jamais connue auparavant ? Oui, parce que cette fusion c'est vraiment, on va se retrouver... dans un groupe de presse qui a exactement le même modèle que nous et on risque vraiment de se faire manger. Donc on ne sait vraiment pas comment ça va tourner pour les équipes, pour les titres, pour les éditions locales. Il y a des endroits où il y a un titre dominant à l'avenir, parfois c'est un titre dominant chez Sudinfo, mais il y a.
Host / Narrator
Des zones où on est au coude à coude et on ne sait vraiment pas comment ça va se passer là-bas. Oui c'est ça, parce qu'on rappelle que la fusion IPM-Rossel c'est aussi retrouver du coup dans le même groupe à la fois.
Anne Sandron
Les éditions L'Avenir et les éditions Sudinfo. Donc vous craignez par exemple une fusion des rédactions ou une absorption de certains titres ? Oui et on n'a vraiment aucune vue là-dessus, on ne sait pas très.
Host / Narrator
Bien quelle est la vision de Bernard Marchand, donc on ne sait pas très.
Anne Sandron
Bien à quelle sauce on va être mangé. Aller dans la rédaction de Sudinfo pour vous c'est envisageable.
Host / Narrator
? Je pense que ce sera inévitable, on ne va pas avoir le choix, on va même géographiquement être dans les mêmes locaux. On va aussi se pencher sur le.
Anne-Sophie Brundonckx
Cas de BX1. Sarah Poussey nous raconte ce qui s'est passé dans le média de proximité bruxellois il y a quelques semaines maintenant. Les employés de BXA avaient à peine emménagé dans leur nouveau bâtiment que le lendemain, la direction leur annonçait un plan social. L'appel est d'abord lancé pour les départs volontaires. Deux personnes acceptent.
Muriel Berck
Six autres sont licenciés pour raisons économiques, dont cinq journalistes. Muriel Berck en fait partie. Anne-Sophie Brundonckx l'a rencontrée le lendemain de l'annonce. Ça fait 29 ans que je travaillais à Télé-Bruxelles puis BX1. C'est la superfaction depuis hier. Donc on nous avait annoncé il y a une semaine qu'il y avait un plan de licenciement. Donc déjà on venait de déménager ici dans le nouveau bâtiment, le FRAME. Comme un collègue d'ailleurs avait.
Anne-Sophie Brundonckx
Dit, on nous accueille le lundi avec des croissants et le mardi avec des licenciements. C'est vraiment comme ça que ça s'est passé. Ces licenciements sont un coup dur parce qu'ils représentent plus d'un quart de la rédaction. Ils interpellent aussi puisqu'ils concernent des personnages emblématiques.
Muriel Berck
De la chaîne, par exemple la présentatrice du JT Valérie Leclerc, un vrai manque à gagner pour.
Anne-Sophie Brundonckx
BX5 comme le souligne Muriel Berc. « Ces 5 journalistes chevronnés, ce sont des images de l'antenne, des décennies d'expérience journalistique qui s'en vont. » Ce choix de licencier des journalistes plutôt avec une longue carrière s'explique notamment par un acronyme ACS. C'est le nom donné au contrat subventionné, l'équivalent des APE en Wallonie. La moitié du personnel de BX1 est sous ce régime, ce qui est plus rentable pour l'entreprise. D'une certaine façon, ce statut les a donc en partie protégés, puisque la direction a souhaité licencier des profils qui lui coûtaient plus cher. Mais c'est aussi une protection très temporaire puisque ces subsides pourraient être diminués, ce qui impacterait à nouveau le personnel. Au-delà des licenciements, la deuxième partie du plan social consiste.
Denis Pirard
À revoir la convention collective de travail.
Host / Narrator
Le personnel prend donc le temps de.
Denis Pirard
Se concerter. Nicolas Schenartz, caméraman et délégué.
Host / Narrator
Syndical 7K à BX1. On.
Anne-Sophie Brundonckx
Réfléchit aussi sur les choses qui nous paraissent acceptables ou pas sur cette CCT et sur l'impact que ça peut avoir sur l'organisation du travail. Le CA aimerait en effet augmenter la productivité des équipes en leur demandant deux reportages par jour et de prester des journées de 10 heures. Un conditionnement au.
Muriel Berck
Résultat est aussi envisagé pour le paiement du 13e mois ainsi qu'un gel des augmentations barémiques. Les négociations entre syndicats.
Host / Narrator
Et directions commenceront début 2026. Je suis triste pour BX1. Je suis inquiète pour son avenir. Je me demande ce que cette chaîne va devenir. Voilà, pour les événements chez BX1, dossier à suivre, vous l'avez compris, en 2026. C'est déjà six licenciements et deux départs volontaires sur la table. Gilles Tennyson, vous êtes avec nous, juriste à l'Association des journalistes professionnels, on le rappelle, et autrice de cet article sur la presse belge-francophone qui sera publié par la Ligue des droits humains dans les semaines à venir. On a beaucoup parlé de la crise de la presse écrite avec le numérique. On est en train d'en voir les effets ou bien c'est autre chose qui est en train.
Gilles Tennyson
De se jouer ? Est-ce qu'il y a par exemple une dimension politique qui est parfois oubliée dans tout ce qui se passe maintenant ? Alors c'est clair qu'il y a une grande fragilisation de la presse écrite pour l'instant, notamment, comme vous le dites, avec la présence du numérique, des GAFAM, etc. qui siphonnent toute une partie des revenus publicitaires et donc qui appauvrissent énormément les éditeurs. Il y a eu aussi une mesure qui hait les politiques d'abandon du soutien à la distribution de la presse. Bipost recevait de l'argent du gouvernement pour distribuer les journaux. Mais cette fragilisation, si elle est très très forte en presse écrite, elle existe absolument dans tous les médias audiovisuels aussi. Enfin voilà, on vient d'entendre votre sujet sur BX1, on a parlé d'LN24. Il faut savoir que justement quand on parle de licenciement, ici on parle beaucoup de licenciement de salariés, mais il y a aussi beaucoup, beaucoup, beaucoup de ruptures de collaboration.
Host / Narrator
Comme Anne en a parlé, de journalistes indépendants et indépendantes. Comme vous le disiez, énormément de mises sous pression de la presse, qu'elle soit audiovisuelle ou écrite. Cette difficulté avec les journalistes indépendants en plus, c'est qu'ils n'ont pas de moyens de se fédérer comme il peut y avoir peut-être un peu plus dans certaines rédactions qui peuvent se mettre ensemble.
Gilles Tennyson
Pour défendre leurs droits. Les journalistes indépendants, ils sont plus seuls et puis il y a aussi la réforme des droits d'auteur qui va venir les impacter. Tout à fait. La réforme des droits d'auteur, la réforme de la fiscalité des droits d'auteur qui impacte. Alors elle va impacter également les journalistes salariés parce qu'il y a toute une partie de journalistes salariés qui perçoivent aussi des revenus de droits d'auteur mais clairement les journalistes indépendants, indépendantes se font payer en partie en droit d'auteur pour justement pouvoir avoir un revenu net qui soit relativement décent. Il faut se rendre compte qu'il y a certains journalistes indépendants qui sont payés dans certaines rédactions 110 euros bruts par jour. Je vous laisse faire le calcul en net mais en net on a du 7 euros de l'heure. C'est absolument intenable et donc c'est justement pour ces journalistes-là qu'être payé en partie en droit d'auteur permet d'avoir finalement à la fin du mois une rémunération qui permet uniquement de survivre. On n'est pas du tout dans une idée d'optimisation comme on a pu entendre par certains politiques. Et puis pour continuer sur la question que vous me posiez, donc clairement oui, il y a une fragilisation qui vient du numérique et puis après on en a parlé, il y a eu différentes réformes qui ont eu lieu. Cette année, il y a la RTBF qui a dû réduire une partie de ses moyens via le gel de son indexation et le fait de se recentrer sur ses missions. Il y a les médias de proximité qui ont vu ou qui vont voir en tout cas leur financement réduit et leur nombre réduit.
Host / Narrator
Énormément aussi avec des impacts clairement sur les équipes et sur les équipes journalistiques ce qui pose une énorme inquiétude concernant les contenus finalement qui vont sortir. Oui, parce que moins de journalistes, concrètement, ça veut dire moins de sujets traités, peut-être moins de temps aussi pour faire les choses. Anne Sondron, est-ce que ça risque pas, ça.
Anne Sandron
D'Éloigner un public qui est déjà difficile à retenir si on lui offre moins de contenu, de qualité ? Est-ce qu'on n'est pas là dans un cercle vicieux, quelque part ? Oui, c'est une inquiétude, parce qu'il existe des agences qui peuvent fournir du contenu à moindre coût, mais alors ce sera une uniformisation. Enfin, tout sera une uniformisation, pardon. Oui, tout sera pareil partout et c'est déjà le cas sur les réseaux sociaux parfois quand on voit certains enfants on se dit mais non, non ce.
Host / Narrator
Truc est faux, il faut recouper, il faut revenir et nous en tant que journalistes ça nous révolte de voir ce qui circule sur les réseaux sociaux par moment. Gilles Tonisson, à celles et ceux qui nous écoutent et qui se demandent peut-être ce qu'ils et elles peuvent faire.
Gilles Tennyson
Pour conserver une presse de qualité à leur petit niveau, qu'est-ce que vous diriez, qu'est-ce qu'on peut faire en tant que citoyen aujourd'hui en Belgique francophone ? Je pense qu'il y a différentes choses à faire. Déjà, consommer la presse qui existe pour l'instant, s'abonner. Il y a énormément de médias, les médias qu'on dit traditionnels, qu'on connaît, les gros médias, mais il y a aussi énormément de médias indépendants qui se battent jour après jour pour se maintenir à flot. Donc c'est s'abonner, consommer ces médias et s'informer en fait. Et aussi, je pense, se renseigner sur ce que c'est le journalisme. C'est quoi être journaliste.
Host / Narrator
Professionnel ? Il y a toute une déontologie derrière le fait d'être journaliste.
Gilles Tennyson
Professionnel. Ça implique de récolter de l'info d'une certaine manière, de vérifier les faits.
Host / Narrator
De recouper des sources. Il y a un label qualité qu'il faut respecter, qu'il faut bien connaître. Et qu'on retrouve justement dans ces médias qui sont en train de se fragiliser. C'est un état des lieux, un instantané de la situation fin 2025 que l'on vient de faire dans cette émission. Ça évoluera encore avec tout ce qui est dans le pipe, comme on dit. Le constat, c'est en tout cas que tout le secteur journalistique semble fragilisé aujourd'hui en Belgique francophone. En cause, un contexte économique en mutation, des décisions d'entreprise, mais aussi des réformes portées par le politique et sans doute les évolutions dans nos usages et nos façons de consommer l'information. Pour terminer cet épisode, nous avions envie de saluer les collègues à l'Avenir, LN24 et ailleurs. Merci à nos invités, Anne Sandron, journaliste et déléguée CNA à l'Avenir, et Gilles Tennyson, juriste à l'Association des journalistes professionnels. À la réalisation de cet épisode, il y avait Guillaume De Smet, à la préparation Sarah Pousset et.
Dans cet épisode spécial de "Les Clés" animé par Arnaud Ruyssen, l’équipe ouvre le dossier brûlant des licenciements massifs qui secouent actuellement les médias francophones en Belgique. En pleine période de fêtes, le climat est loin d’être à la célébration, alors que les annonces de plans sociaux, de restructurations et de chômage économique se multiplient. L’émission, fidèle à son ambition d’éclairer l’actualité, scrute les racines de cette crise qui touche aussi bien la presse écrite qu’audiovisuelle à travers les témoignages de journalistes, dirigeants et représentants syndicaux.
"On ne peut pas sacrifier la qualité de l'information." — Hôte (00:07) "Aujourd'hui, le journalisme traverse une crise profonde." — Denis Pirard (01:36)
"Synergie, ça veut dire licenciement à terme ? Il y aura des ajustements sur l'emploi, oui, on ne s'en cache pas." — Denis Pirard (10:02)
"Ce n'est pas parce que tous les médias sont réunis au sein d'un même actionnariat qu'il y a une perte de pluralisme. Je crois qu’au contraire, le pluralisme se trouvera si on se retrouve dans une organisation qui est financièrement forte." — Denis Pirard (12:27)
"C’est la faute de modifications dans les habitudes de lecture du consommateur d’aller chercher leurs informations ailleurs… ce n’est pas parce qu’on fait tous collectivement du mauvais travail." — Denis Pirard (13:40)
"Les jeunes sont indépendants, ils ont des conditions de vie très compliquées, ils gagnent très peu d'argent, ils ne sont pas liés par des contrats, par des conventions de collaboration, et ils peuvent se retrouver du jour au lendemain presque sans travail." — Anne Sandron (15:22) "On ne sait pas à quelle sauce on va être mangé." — Anne Sandron (17:14)
Reportage d’Anne-Sophie Brundonckx et Muriel Berck (journalistes BX1 victimes du plan social). Choc brutal d’un licenciement touchant plus d’un quart de la rédaction, visant avant tout les journalistes « historiques » avec des statuts plus coûteux.
"On nous accueille le lundi avec des croissants et le mardi avec des licenciements." — Muriel Berck (18:15)
Plans sociaux qui visent également à revoir la convention collective, augmentation de la charge de travail attendue, perte d’expérience et peur pour l’avenir du média.
"Ces cinq journalistes chevronnés, ce sont des images de l’antenne, des décennies d’expérience journalistique qui s’en vont." — Muriel Berck (18:30)
"Il faut se rendre compte qu’il y a certains journalistes indépendants qui sont payés dans certaines rédactions 110 euros bruts par jour. En net, on a du 7 euros de l’heure. C’est absolument intenable." — Gilles Tennyson (22:21) "Il y a une grande fragilisation du secteur, que ce soit la presse écrite, mais aussi les médias audiovisuels." — Gilles Tennyson (21:55)
"Il existe des agences qui peuvent fournir du contenu à moindre coût, mais alors ce sera une uniformisation… tout sera pareil partout." — Anne Sandron (23:35) "Moins de journalistes, concrètement, ça veut dire moins de sujets traités." — Host (23:16)
"Déjà, consommer la presse qui existe pour l’instant, s’abonner… S’informer, aussi, sur ce que c’est le journalisme professionnel." — Gilles Tennyson (24:14) "Il y a un label qualité qu’il faut respecter, qu’il faut bien connaître, et qu’on retrouve justement dans ces médias qui sont en train de se fragiliser." — Host (24:59)
Gilles Tennyson : "Si on n’existe plus, c’est l’information qui va y perdre."
Emmanuel Huilput (syndicat L’Avenir) : "On a l’impression que la direction va à la tronçonneuse… on a été assez constructifs et raisonnables, pragmatiques. Mais là, ça nous semble quand même nettement trop brutal."
Denis Pirard : "Il y aura des ajustements sur l'emploi, oui, on ne s'en cache pas, et ça a été dit."
Muriel Berck (BX1) : "On nous accueille le lundi avec des croissants et le mardi avec des licenciements."
Gilles Tennyson : "Certains journalistes indépendants sont payés… 110 euros bruts par jour… en net on a du 7 euros de l’heure. C’est absolument intenable."
L’émission "Les Clés" consacre ici un panorama inquiétant mais lucide à la situation des médias francophones en Belgique. Les causes sont multiples : crise économique, transformation numérique, mutations des modes de consommation de l’information, recul du soutien politique et pressions sur l’emploi. Derrière les restructurations s’esquisse un risque profond pour la diversité et la qualité de l’information, ainsi que la viabilité du journalisme de proximité. Les solutions ne sont pas immédiates, mais la soutenabilité des médias demeure aussi un enjeu citoyen.
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