
Dans son Classement mondial de la liberté de la presse, Reporters sans frontières a rétrogradé Israël à la 116ème place sur 180. Une perte de 30 places depuis 2022. Grâce à des témoignages récoltés par le journaliste Daniel Fontaine en Israël, nous allons découvrir...
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Daniel Fontaine
Gaza, aujourd'hui, c'est un trou noir parce que les autorités israéliennes, soutenues par les américains, empêchent les journalistes de travailler à Gaza.
Charles Anderlin
La presse israélienne est en crise. Elle survit encore en faisant des concessions, peut-être beaucoup trop de concessions.
Bilal Kiswani
Elle est considérée comme la guerre la plus meurtrière pour les journalistes dans l'histoire récente.
Marie Van Kutsem
Bonjour à toutes et tous et bienvenue dans ce hors-série des clés médias. Aujourd'hui, on vous emmène en Israël et dans les territoires palestiniens pour prendre le pouls de la liberté de la presse. Le constat est là, la situation, elle se dégrade. Reporters sans frontières a rétrogradé Israël de plus de 30 places dans son classement mondial de la liberté de la presse depuis 2022. Israël est aujourd'hui à la 116ème place sur 180. Lois liberticides, pressions, opinions publiques traumatisées par le 7 octobre 2023, ce sont quelques-uns des éléments que l'on va explorer pour expliquer cette chute dans le classement. Et dans ce classement de RSF, il y a aussi la Palestine. Elle est à la 156ème place. La bande de Gaza est fermée aux reporters étrangers depuis le lendemain du 7 octobre. Et en Cisjordanie, occupée par Israël, son armée et ses colons, travailler pour les journalistes est devenu extrêmement compliqué. On a une petite demi-heure pour mieux comprendre comment ça se passe sur place. Bonjour Daniel Fontaine.
Daniel Fontaine
Bonjour Marie.
Marie Van Kutsem
Vous êtes journaliste à la rédaction internationale de la RTBF, vous venez de rentrer de votre reportage dans la région. C'est une émission au format un peu particulier aujourd'hui qu'on va faire avec vous puisqu'on va discuter de votre expérience bien entendu mais on va aussi écouter les interviews que vous avez ramenées dans vos bagages, elles sont nombreuses. On va commencer par s'intéresser à la situation dans la bande de Gaza. Alors le territoire, on l'a dit, il est fermé à la presse étrangère depuis maintenant plus de deux ans. Vous y alliez, vous régulièrement pour la RTBF. C'est quand la dernière fois que vous êtes allé sur place et qu'est-ce qui vous avait marqué à l'époque?
Daniel Fontaine
Oui, ça fait une vingtaine d'années que je vais là-bas régulièrement. La première fois c'était encore dans ce qui était des colonies israéliennes à l'intérieur de la bande de Gaza. Vous me demandez la dernière fois, c'était je pense en 2018 quand il y avait des manifestations appelées la Grande Marche. du retour, donc c'était les Gazaouis qui manifestaient à la frontière, à la bordure de la bande de Gaza. C'était un peu une action désespérée de la population, encadrée par le Hamas et réprimée à balles réelles par l'armée israélienne qui tirait régulièrement sur la foule.
Marie Van Kutsem
Alors c'était impossible d'y aller cette fois, mais vous avez des contacts avec un journaliste qui est resté sur place. Quel est son profil?
Daniel Fontaine
Oui, avec ce journaliste et puis avec d'autres personnes là-bas qui nous racontent au jour le jour ce qu'il s'y passe, des récits assez terribles de guerres, de famines, de bombardements, de familles décimées. et puis aussi une forme de résilience qu'on perçoit à travers leurs récits parce que finalement ça devient la guerre, ça devient un quotidien et ça devient un petit peu leur norme, c'est assez étonnant à entendre. Donc des journalistes en particulier avec lesquels nous sommes en contact puisque avec cette fermeture à la presse internationale, tout repose sur leurs épaules à eux, les journalistes palestiniens de Gaza, c'est eux qui informent le monde de ces événements terribles qui se déroulent depuis plus de deux ans et demi, et eux-mêmes sont ciblés par l'armée israélienne. On sait que 220 journalistes ont été tués. Il y a des soupçons pour 70 d'entre eux d'avoir été délibérément ciblés en tant que journalistes par l'armée israélienne. Alors, je vous propose d'entendre Anas Baba. Nous avons travaillé avec lui comme fixeur, donc c'est le traducteur, l'accompagnateur des journalistes étranger en reportage. Il est aujourd'hui le correspondant à Gaza pour la radio publique américaine NPR. Il nous explique en quoi cette fermeture de Gaza pèse sur lui et ses confrères gazaouis. Je suis un journaliste palestinien basé à Gaza. J'ai vécu la majeure partie de la guerre ici, dans la ville de Gaza. Les caméras du monde entier restent derrière les frontières. Ça reporte la majeure partie de la tâche sur les épaules de ceux qui sont toujours à l'intérieur, les journalistes palestiniens comme nous. Ce qui est difficile, c'est que nous ne couvrons pas seulement la tragédie, nous la vivons aussi, nous en faisons partie. Le matin, nous filmons une mère qui a perdu ses enfants. Mais la nuit, c'est nous qui fouillons dans les décombres à la recherche de nos proches et même de nos collègues. Le problème n'est pas que nous ne serions pas capables de le faire, mais que nous avons besoin de soutien. Nous avons besoin que le monde voit ceci avec d'autres points de vue, pas seulement celui des journalistes locaux.
Marie Van Kutsem
Alors voilà pour ce témoignage, Daniel. On sait que les médias internationaux réclament assez régulièrement de permettre l'accès à leurs journalistes d'aller sur place. On en est où de ce côté-là?
Daniel Fontaine
C'est un petit peu l'impression de crier dans le désert avec des demandes récurrentes. C'est tout à fait anormal de se voir un territoire comme ça fermé pour une aussi longue période. Ça arrive parfois ponctuellement que pour des raisons de sécurité on ne peut pas se rendre à un endroit précis ou dans une zone précise de conflit simplement pour des raisons de sécurité. de sécurité, mais qu'un territoire aussi large soit fermé à la presse aussi longtemps, ça ne va pas parce qu'il y a un droit de savoir face à des accusations exceptionnellement graves sur ce qui se passe là-bas. Des accusations de crimes de guerre, crimes contre l'humanité, même des accusations de génocide. Il n'y a pas de témoins ou quasiment pas de témoins. Il y a les journalistes gazaouis, il y a quelques humanitaires, mais il n'y a pas de journalistes étrangers pour attester de ce qui s'y passe, donc ils demandent unanime des médias internationaux d'ouvrir cet accès. Il y a des recours, même devant la Cour suprême israélienne. J'ai rencontré en particulier Andrea Krogman, elle est journaliste indépendante allemande à Jérusalem, et elle est membre du bureau de la FPI, c'est l'association de la presse étrangère en Israël.
Andrea Krogman
Cette fermeture, cette interdiction des journalistes et des médias internationaux à Gaza est sans précédent et inacceptable. Nous avons introduit des recours. Le premier a été rejeté en décembre 2023 et il y a un deuxième recours qui a été retardé à la demande du gouvernement. Nous avons récemment introduit une requête pour demander à la Cour d'accélérer le dossier et c'est là où nous en sommes. Nous nous battons pour avoir accès.
Daniel Fontaine
Donc depuis deux ans et demi, ce sont des journalistes palestiniens qui sont à l'intérieur de Gaza, qui informent le monde entier sur ce qui s'y passe. On sait qu'ils prennent beaucoup de risques pour faire ça, donc ils ont beaucoup de mérite. Mais est-ce que c'est satisfaisant comme façon de travailler que ce soit uniquement des journalistes locaux qui couvrent des événements aussi importants alors qu'eux-mêmes vivent sous les bombes en permanence?
Andrea Krogman
Ce n'est pas satisfaisant parce que c'est notre rôle d'être là et de faire des reportages sur le terrain. Nous savons tous que c'est dangereux, mais ça devrait être notre décision. La décision des organes de presse d'y aller ou non, et pas la décision d'une autre instance de nous en empêcher. Nos collègues palestiniens font un travail énorme, mais ils ne devraient pas être laissés seuls. C'est notre boulot d'être là. Nous répétons notre appel, laissez-nous entrer.
Daniel Fontaine
Plusieurs rapports ont conclu que les journalistes palestiniens de Gaza constituaient des cibles pour l'armée israélienne. Est-ce que ce sont aussi des conclusions à laquelle vous arrivez, vous en tant que correspondant en Israël, en tant qu'association? Ce que nous voyons, c'est que plus
Andrea Krogman
de 200 collègues palestiniens ont été tués par les Israéliens depuis le début de cette guerre. Il y a eu des cas où des collègues ont été accusés d'être des terroristes, d'être des militants. La plupart du temps, il n'y a aucune preuve donnée par l'armée pour ces accusations. Un journaliste ne devrait pas être une cible.
Marie Van Kutsem
Alors, on disait, Daniel, que l'ensemble des médias internationaux demandaient d'avoir accès à la bande de Gaza pour pouvoir faire leur travail. Quelle est la position de la RTBF? Est-ce qu'elle s'est jointe à ces demandes?
Daniel Fontaine
Oui, bien entendu. Il y a une position de principe de la RTBF, une position d'abord de solidarité avec les journalistes gazaouis qui subissent tout ce qu'on vient d'entendre et une demande aussi, évidemment, de pouvoir accéder à la bande de Gaza. C'est la position de la direction de la RTBF. c'est aussi la position de la société des journalistes de l'ARTBF. L'ARTBF qui par ailleurs est membre de l'UR, l'Union Européenne de Radiodiffusion, qui est un organisme qui se mobilise également pour la liberté d'informer à Gaza.
Marie Van Kutsem
Alors vous avez été envoyé sur place mais sans accès à la bande de Gaza, c'est mieux que rien on va dire, ça permet quand même de se faire une idée de l'ambiance sur place. Est-ce que très concrètement vous n'avez vraiment accès à rien? Est-ce que l'armée, les barrages sont partout? A quoi ça ressemble finalement ce blocage de la bande de Gaza pour vous journalistes?
Daniel Fontaine
Ah oui, la bande de Gaza est un territoire sous blocus, un territoire fermé, on ne sait pas y accéder. Il y a des clôtures, des barrières, des murs tout le long de la frontière de la bande de Gaza. Par la mer, je ne dois pas vous expliquer les tentatives de la flottille internationale pour essayer d'accéder à Gaza. Non, c'est un territoire qui est inaccessible. Alors en temps, entre guillemets, normal, il y a l'un ou l'autre point de passage pour les journalistes et pour La population qui peut rentrer dans Gaza, il y a un point qui s'appelle Erez, ça ressemble un peu à un terminal d'aéroport où on est contrôlé, on est scanné, on doit montrer ses papiers, on doit avoir toutes sortes de documents pour pouvoir rentrer dans la bande de Gaza. Erez, ce point de passage n'existe plus, il a été détruit, il est fermé, donc tout simplement on n'entre plus. Donc on peut aller Près de Gaza, on peut aller dans la ville de Sderot, il y a une petite colline où on a une vue, on voit la bande de Gaza. Quand il y a des bombardements, on voit les explosions, mais on ne peut pas rentrer dans la bande de Gaza.
Marie Van Kutsem
On va parler aussi un petit peu maintenant de la liberté de presse en Israël. On passe à la suite dans cette émission. Vous avez évoqué il y a quelques minutes l'assassinat de 220 journalistes dans la bande de Gaza depuis le 7 octobre 2023. Est-ce que c'est la raison pour laquelle la liberté de presse recule en Israël?
Daniel Fontaine
Alors oui, c'est une des raisons, mais ce n'est pas la seule. Reporters sans frontières utilise en fait une série de paramètres pour évaluer ce critère de liberté de presse et constituer un classement mondial des pays en matière de liberté de la presse. J'ai eu l'occasion de rencontrer le responsable de RSF pour le Moyen-Orient, il s'appelle Jonathan Daguerre.
Jonathan Daguerre
Aujourd'hui, Israël est en train encore de reculer. Depuis 2022, malheureusement, le pays a reculé de 33 places. Ceci, bien sûr, à cause des crimes qui sont commis contre les journalistes palestiniens. Même si le classement ne juge pas les États, c'est plutôt une situation sur le territoire. Donc, on va voir la Palestine reculer quand il y a des journalistes palestiniens tués à Gaza, même s'ils sont tués par les forces armées israéliennes. Mais Israël, en même temps, il y a un renforcement des lois liberticides qui répriment le droit et la liberté d'information dans le pays. Il y a un manque dangereux de pluralisme. Le public israélien, s'il se base juste sur la presse israélienne, il va avoir très peu d'informations sur ce qui se passe à Gaza. Très peu de médias font ce travail, même s'ils le font courageusement. Je pense à Haaretz, je pense à Plus972, le média israélo-palestinien. qui font des enquêtes sur la situation, sur les crimes de l'armée israélienne à Gaza. Mais c'est vraiment des exceptions dans le landscape médiatique qui est aujourd'hui en Israël. Et ça aussi c'est très dangereux. Et ça revient aussi aux intentions du gouvernement anathénien de reprimer la presse dans ce pays, tout en ordonnant et continuant les massacres contre les membres de la presse en Palestine et au Liban. Il faut en parler aussi le 22 avril, il y a eu l'assassinat de la journaliste Amal Khalil. RSF a dénoncé deux crimes de guerre, le ciblage d'une journaliste et l'entrave au secours. Pendant six heures, plus de six heures, la journaliste était sous les décombres au sud du Liban et l'armée israélienne empêchait les secouristes d'y arriver. Même si eux, ils disent le contraire, nous, on était sur place, on a suivi l'affaire, on a appelé à ce que les secouristes puissent arriver. Ils n'ont pas pu le faire.
Marie Van Kutsem
Jonathan Deguerre parle ici de loi liberticide en Israël. À quoi fait-il allusion?
Daniel Fontaine
Alors il y a trois projets de loi qui sont portés par le gouvernement Netanyahou. Certaines de ces lois sont en cours de discussion à la Knesset, le parlement israélien. Peut-être même qu'ils ne seront jamais votés parce qu'on arrive tout doucement en fin de législature, il y aura des élections au mois d'octobre. en Israël. Une loi en particulier est déjà d'application, c'est la loi qu'on appelle Al Jazeera. C'est celle qui a permis la fermeture de cette chaîne Qatari qui informait de manière assez intensive sur ce qui se passe à Gaza parce qu'ils ont des correspondants là-bas. Et donc il y a une loi qui a été votée qui permet d'interdire la diffusion de toute chaîne qui est considérée comme hostile ou dangereuse pour la sécurité du pays. Alors en Israël ça ne choque pas l'opinion publique mais à l'étranger beaucoup d'organismes ont réagi en disant que c'était vraiment une limitation à la liberté d'expression qui était tout à fait exagérée et pas vraiment défendable. Il faut noter que côté palestinien c'est pas forcément mieux parce que l'autorité palestinienne de Mahmoud Tabass à un moment donné a pris le même type de décision pour interdire la diffusion d'Ajazzera côté palestinien, qui est une chaîne fort regardée côté palestinien. Et puis, au-delà de ces lois qualifiées de liberticides ou ces projets qualifiés de liberticides, il y a aussi en Israël un phénomène d'autocensure qui limite l'accès à l'information pour le public israélien. Il n'en soit pas tout à fait les mêmes infos que le public européen, sur la guerre à Gaza en particulier. Alors, à ce sujet-là, j'ai rencontré à Jérusalem Charles Anderlin, c'est l'ancien correspondant de France 2 en Israël. Il est aussi l'auteur de nombreux ouvrages sur l'histoire du pays.
Charles Anderlin
Si vous dites aux Israéliens que, par exemple en Belgique, on trouve scandaleux ce qui s'est passé à Gaza, vous pouvez avoir des des Israéliens qui vont vous demander pourquoi, parce qu'ils n'ont pas du tout vu les mêmes images que vous avez vues, vous, en Belgique, à savoir les victimes civiles, les morts Gazaoui, la peur, la famine à Gaza, alors qu'on a eu des généraux qui tout simplement proposaient d'affamer officiellement, ouvertement des secteurs entiers à Gaza. Il y a eu des débats autour, mais toutes ces images-là, On les a pas vus. Pour qu'un téléspectateur israélien les voit, il devait tout simplement regarder sur les câbles ou sur les réseaux satellites dont il dispose les chaînes étrangères. Mais en général, les Israéliens regardaient d'abord les journaux israéliens, les JT.
Daniel Fontaine
Comment est-ce que vous expliquez cette absence d'images de Gaza? Est-ce qu'il y a une explication à ça?
Charles Anderlin
À mon avis, deux choses. D'abord des pressions venues du pouvoir pour maintenir la résilience du public, et puis également des militaires, ne pas tellement leur montrer ce qu'ils ont fait, ce qui se passe. Et puis également une certaine autocensure, la peur, on ne peut pas le faire. J'ai des amis dans des rédactions de chaînes israéliennes, qui un jour m'appellent, j'ai réussi à passer des images, mais ensuite ils savent très bien qu'ils se sont fait insulter, menacer. Donc de temps en temps, oui, très peu d'images passent, c'est à la fois une pression du pouvoir, une pression d'une grande partie du public, qui ne veut pas voir les victimes de l'autre côté, quand même Israël a eu un grand nombre de victimes, Israël est en crise, en crise sociale, en crise politique, avec de nombreuses familles qui ont perdu des proches, qui ont des proches qui sont blessés, Et puis vous avez, quand même, ce que l'on appelait le post-trauma. Et aujourd'hui, on commence à parler non seulement d'un post-trauma des militaires qui, sous la pression des opérations, ont craqué, on commence à voir un post-trauma moral. Une victime morale des gens qui rentrent chez eux, qui sont considérés comme des héros, qui disent «je ne suis pas un héros, j'ai tué des gens». J'ai tué des civils, ça commence à devenir un véritable phénomène, d'ailleurs dont la presse écrite commence à parler.
Daniel Fontaine
Ce gouvernement a présenté plusieurs projets pour réformer tout le secteur des médias en Israël, c'est porté par le ministre des communications. Est-ce que ces projets menacent la liberté de la presse en Israël?
Charles Anderlin
Ah tout à fait. Tout à fait. Il y a une véritable pression permanente de la droite, de l'extrême droite, et je les appelle les messianiques qui sont au pouvoir. Le ministre des Communications, Kerry, est un messianique, il vient, il a fait des études dans une école talmudique, et pour lui, la presse libérale ne doit pas exister. Elle doit être sous le contrôle du pouvoir d'une manière ou d'une autre. Mais oui, il y a encore une presse qui tant bien que mal essaye de survivre, est obligée de tenir compte des pressions du pouvoir, des pressions du public du droite et d'extrême droite qui détestent les journalistes qui ne sont pas dans la ligne. Oui, la presse israélienne est en crise, crise permanente, et pour l'instant elle survit encore tant bien que mal en faisant des concessions, peut-être beaucoup trop de concessions.
Daniel Fontaine
Parce qu'on sait que Benjamin Netanyahou est obsédé par son image et il donne très très peu à la presse. Il donne très peu de conférences de presse, très peu d'interviews.
Charles Anderlin
Il ne parle que régulièrement à la chaîne 14 et à des médias américains de droite ou d'extrême droite. Netanyahou déteste les médias israéliens qui ne sont pas sabote.
Daniel Fontaine
Est-ce que vous avez l'impression que l'Israël devient ou est devenue une démocratie illibérale, un peu à la hongroise?
Charles Anderlin
D'abord, c'est une démocratie en crise. J'ai titré mon bouquin en septembre 2023, L'agonie d'une démocratie. C'est une démocratie qui, si on n'arrête pas ce processus, est en train de mourir. d'abord parce que le pays est totalement en guerre en permanence, et puis il faut bien dire les choses, c'est qu'on se rend compte que la droite religieuse messianique au pouvoir espère bien maintenir l'état de guerre le plus possible. Je suis assez inquiet.
Marie Van Kutsem
Charles Anderlin, ancien correspondant de France 2 que l'on vient d'entendre. Alors on entend bien, Daniel, que la couverture en Israël de ce qu'il se passe à Gaza est extrêmement limitée. Si on résume, les médias israéliens se sont surtout fait l'écho du sort des otages israéliens à Gaza. Et pour le reste, pas grand chose ne filtre. Vos interlocuteurs ont parlé d'auto-censure. Il existe aussi une censure militaire. Qu'est-ce qu'on entend par là?
Daniel Fontaine
Oui, tout à fait. C'est une vieille tradition, si j'ose dire, en Israël, parce que ça date d'avant même la création de l'état d'Israël et donc la période du mandat britannique. Cette censure n'a jamais été levée. Alors, de facto, elle s'applique assez peu à nous, journalistes étrangers, quand on va en reportage sur place. Mais pour obtenir une carte de presse, une accréditation, on doit signer une déclaration, un engagement de soumettre à la censure, certains types d'informations sensibles, ça concerne plutôt les informations militaires et de sécurité.
Marie Van Kutsem
Est-ce qu'on peut faire le parallèle avec l'Ukraine parce que ne pas divulguer des frappes ou des éléments militaires trop précis c'est aussi une question de sécurité quelque part?
Daniel Fontaine
Oui, alors c'est vrai que j'étais aussi en Ukraine et que là aussi les autorités et l'armée nous demandent de ne pas diffuser certains types d'informations. Ça va concerner là-bas surtout les résultats des frappes russes par exemple, de ne pas donner en temps réel les lieux précis d'une frappe, savoir s'il y a un objectif et surtout certains objectifs. sensibles ont été atteints comme un pont ou une centrale électrique parce que ça permet à la partie adverse d'ajuster son tir et de recommencer la frappe de manière plus précise. Voilà, ce genre de choses-là, on demande aux journalistes de ne pas les donner, en tout cas pas selon des modalités qui représenteraient un danger pour le pays. Mais cette censure militaire permanente en Israël, est-ce qu'elle se justifie aujourd'hui? Alors, je vous propose d'entendre deux points de vue. Différent de journalistes israéliens, le premier s'appelle Emmanuel Alperin, c'est un ancien journaliste de la radio-télévision de service public Cannes.
Emmanuel Alperin
Il y a un accord qui a été conclu entre l'armée, entre la censure militaire et la presse, sur un certain nombre de sujets qui nécessitent la présentation des articles avant parution. C'est relativement limité, c'est vraiment uniquement sur les sujets militaires, de sécurité. Dans les premiers temps, jusque dans les années 60, on reprochait à la censure de faire un peu de censure politique. La Cour suprême a décidé que la censure ne pouvait s'exercer qu'en cas de danger imminent. C'est-à-dire qu'une information publiée représente un danger imminent pour la sécurité israélienne, ce qui a considérablement réduit les champs d'application du travail des censeurs. Par exemple, pendant l'intifada, ou les intifadas que nous avons connues, la censure n'est pas intervenue, parce que ce n'était pas de danger imminent. à la sécurité israélienne, ce qui n'est pas le cas lorsqu'il y a une guerre avec un pays comme l'Iran. Là, évidemment, la censure militaire s'exerce. Et je peux vous dire, parce que j'ai connu pas mal de censeurs, que ce sont des officiers qui ont pour principale ambition de censurer le moins possible. J'ai l'air de faire un discours en faveur de la censure, mais c'est simplement pour vous expliquer qu'elle est malheureusement nécessaire. On ne peut pas faire autrement. On ne peut pas publier des informations qui peuvent effectivement rendre service à l'ennemi, puisqu'on se bat contre cet ennemi.
Daniel Fontaine
Voilà, une censure justifiée selon Emmanuel Alperine. Alors j'ai aussi rencontré Mehran Rappoport, un autre journaliste qui a travaillé pour plusieurs médias israéliens. Aujourd'hui, il écrit pour le site d'information israélo-palestinien Plus 972.
Mehran Rappoport
Oui, il y a la censure militaire. Chaque article qui concerne l'armée, les choses militaires, la sécurité, on doit envoyer la censure militaire. Des fois, beaucoup. Parfois, non. Mais quand tu sais en avant que tu dois envoyer tout, tu fais de l'autocensure. Il y a des choses que tu sais en avant, qu'il n'y aura pas d'autorisation de publier, alors il ne vaut pas la peine de faire des enquêtes, parce que tu sais que ce ne sera pas publié.
Bilal Kiswani
Vous avez un exemple récent?
Mehran Rappoport
Selon les lois, ce n'est pas permis de dire ce qui était censuré. Mais il y a des choses, par exemple tout ça qui concerne le nucléaire israélien, ce n'est pas permis. Tu ne peux pas écrire qu'Israël a deux capacités nucléaires. Tu ne peux pas dire. Ce n'est pas permis. Tu dois ajouter selon le journal international.
Marie Van Kutsem
Alors quel est le rapport, Daniel, des journalistes israéliens avec leur armée? Est-ce qu'il y a une forme de proximité?
Daniel Fontaine
Alors oui, tous les juifs israéliens font leur service militaire, un service très long, de 24 à 32 mois, plus parfois les rappels comme maintenant en période de guerre. On a l'habitude de dire que l'armée israélienne c'est un peu le creuset de cette société, on apprend à s'y connaître, donc les contacts sont facilités et puis c'est plus difficile aussi de critiquer évidemment une armée dont on fait ou dont on a fait partie.
Marie Van Kutsem
Alors Daniel, il y a aussi les journalistes palestiniens en Israël, des Arabes israéliens. Comment ça se passe pour eux?
Daniel Fontaine
Alors, sur papier, ils bénéficient des mêmes droits que les autres citoyens israéliens. Mais dans la réalité, ils ont une marge de manœuvre qui est plutôt réduite. Mais Ron Rappoport, qu'on a entendu tout à l'heure du site PLUS 972, Il m'expliquait que ses collègues palestiniens et israéliens n'osent pas toujours sortir certaines informations qui seraient sensibles, surtout si elles sont publiées en arabe, puisque c'est un site multilingue. Ce qui est publié en arabe par un palestinien, ça va être scruté beaucoup plus sévèrement par les services de sécurité et ça peut attirer des ennuis à son auteur. Donc Mehron explique que parfois ces journalistes palestiniens donnent leurs infos à leurs collègues juifs qui alors eux écrivent en hébreu pour ne pas avoir de problème.
Marie Van Kutsem
On va se concentrer à présent sur la Cisjordanie occupée sous pression de l'armée et des colons israéliens. La situation pour les journalistes qui travaillent là-bas est extrêmement compliquée, vous avez pu le constater.
Daniel Fontaine
Oui alors la situation est différente en Cisjordanie qu'à Gaza puisqu'il n'y a pas de guerre ouverte qui s'y déroule mais il y a un niveau de violence qui est tout de même extrêmement élevé à la fois de la part de l'armée mais aussi des colons. Les journalistes, comme d'ailleurs les palestiniens en général, craignent plus les colons que l'armée parce qu'ils ne respectent aucune règle et bénéficient d'une grande impunité. Je vous propose d'entendre un membre du bureau des syndicats des journalistes palestiniens, il s'appelle Bilal Kiswani.
Bilal Kiswani
«Les attaques de l'armée consistent à empêcher la couverture médiatique, à détenir des journalistes dans des lieux précis et à ne les libérer qu'une fois les attaques des colons terminées. Mais les attaques les plus dangereuses sont perpétrées par les colons eux-mêmes, des colons cagoulés dont le visage est caché, qui battent à mort des journalistes et tirent sur eux. La dernière attaque en date a eu lieu dans le village de Beïta où une centaine de colons ont attaqué 10 journalistes qui couvraient le travail d'agriculteurs sur leurs terres.
Daniel Fontaine
Nous sommes en grand danger.
Bilal Kiswani
Le journaliste palestinien renonce parfois à couvrir l'actualité pour ces raisons. La multiplication des attaques de colons, devenue très fréquente dans certaines régions, est le danger qui le court. Le journalisme en Palestine est devenu une tâche quasi impossible. Bientôt, on ne trouvera plus d'images d'attaques contre les agriculteurs.
Daniel Fontaine
Je voulais encore vous faire entendre le témoignage d'un autre journaliste palestinien de Cisjordanie. Il s'appelle Ahmad Mansour. Il est photojournaliste pour l'agence Wafa à Djenin. C'est dans le nord de la Cisjordanie. En 2023, il a été gravement blessé par balles par l'armée israélienne. Sa voiture a été ciblée à plusieurs reprises alors qu'il circulait avec plusieurs confrères à bord. Ahmad Mansour explique que ce n'était pas des balles perdues.
Bilal Kiswani
Vu le nombre de coups de feu tirés sur la voiture, il était clair qu'il ne voulait aucune couverture médiatique. Pas seulement pour cet événement, mais pour tout ce qui s'était passé pendant ces dix jours-là. Le ciblage démontre une volonté de tuer.
Daniel Fontaine
Armat doit encore recevoir des soins près de deux ans plus tard, mais il a repris son travail de reporter. Pas question pour lui de changer de métier.
Bilal Kiswani
Non, bien sûr que je vais continuer. Un jour ou l'autre, je sais que je vais me faire avoir. Ça veut dire que je vais devoir faire face à toutes les possibilités. Arrestations, blessures ou morts, c'est clair. Quand j'ai choisi d'être photographe de presse, je savais que j'allais être exposé à ça. Franchement, ça ne va pas m'empêcher de continuer. C'est ça, le métier de journaliste.
Marie Van Kutsem
Voilà pour cet écho depuis la Cisjordanie cette fois. Alors on a exploré, Daniel, la situation de la liberté d'informer dans la région. Si vous deviez en tirer une conclusion, un enseignement, qu'est-ce que vous nous diriez pour terminer cette émission? Il nous reste une quarantaine de secondes.
Daniel Fontaine
Alors oui, Israël se targue d'être une démocratie, mais c'est aussi un pays en guerre quasi permanente et sur la durée, la guerre s'annuie à la démocratie et en particulier à l'information livre. On a parlé des problèmes d'accès à Gaza, de censure, d'auto-censure, de lois liberticides. Tout ça montre que la liberté de la presse est en recul en Israël. Il y a la guerre, mais il y a aussi l'évolution politique, idéologique du pays, avec un gouvernement qui est à la droite de la droite. Benjamin Netanyahou entretient la tension sans doute pour survivre politiquement. Il y aura des élections au mois d'octobre cette année. On verra ce que ça donnera. Est-ce qu'Israël va reprendre la voie d'une démocratie libérale ou est-ce que le pays va continuer sur une voie un petit peu à la hongroise, à la mode Orban ou Trump? On le verra au mois d'octobre.
Marie Van Kutsem
Merci à vous Daniel Fontaine et puis merci à tous vos intervenants à la réalisation de cette émission. Il y avait Guillaume Desmet, Daniel Fontaine et Marie Van Kutsem à la préparation. Si vous avez aimé cet épisode, n'oubliez pas de nous laisser quelques étoiles ou partager vos commentaires sur votre application d'écoute. Et on se retrouve très vite pour de nouvelles clés médias.
Dans cet épisode hors-série, Marie Van Kutsem explore avec Daniel Fontaine, journaliste à la RTBF revenu d’un reportage en Israël et dans les territoires palestiniens, la situation alarmante de la liberté de la presse dans la région. À travers témoignages, analyses et interventions de journalistes palestiniens, israéliens et internationaux, l’émission éclaire sur la dégradation continue des conditions de travail pour la presse tant à Gaza qu’en Israël et en Cisjordanie depuis le 7 octobre 2023. Sont évoqués les blocages d'accès, la censure, les violences, lois dites « liberticides » et auto-censure, dans un contexte politique et sécuritaire explosif. Israël, autrefois présentée comme « la seule démocratie du Moyen-Orient », glisse vers des pratiques autoritaires.
Fermeture totale à la presse internationale :
Depuis octobre 2023, la bande de Gaza est totalement inaccessible aux journalistes étrangers. Seuls les reporters palestiniens, eux-mêmes sous les bombes et directement menacés, informent le reste du monde.
Risques extrêmes pour les journalistes locaux :
« Nous ne couvrons pas seulement la tragédie, nous la vivons aussi... Le matin, nous filmons une mère qui a perdu ses enfants. Mais la nuit, c'est nous qui fouillons dans les décombres à la recherche de nos proches et même de nos collègues. »
— Anas Baba [03:48]
Appels internationaux pour un accès immédiat :
« Cette fermeture, cette interdiction des journalistes et des médias internationaux à Gaza est sans précédent et inacceptable. » [06:08]
Manque de pluralité et vérification extérieure :
La couverture est assurée « uniquement » par des journalistes locaux dans un contexte de bombardements, ce qui interroge cruellement le principe même d’information. (Daniel Fontaine, 06:38).
Dégringolade dans les classements internationaux :
Violences et restrictions législatives :
Pluralisme quasi inexistant :
« Les Israéliens n'ont pas du tout vu les mêmes images que vous avez vues, vous, en Belgique, à savoir les victimes civiles, les morts Gazaouis, la famine à Gaza. »
— Charles Anderlin, ancien correspondant de France 2, [14:03]
Auto-censure, pressions et « démocratie en crise » :
Tentation autoritaire :
Le Ministre des Communications, qualifié de « messianique » par Anderlin, cherche à mettre la presse libérale sous contrôle, appuyée par la droite et l’extrême-droite [16:49].
« La presse israélienne est en crise permanente, et pour l'instant elle survit encore tant bien que mal en faisant des concessions, peut-être beaucoup trop de concessions. » — Charles Anderlin [17:46]
Benjamin Netanyahou ne s’adresse qu’à des médias amis :
« Il ne parle que régulièrement à la chaîne 14 et à des médias américains de droite ou d'extrême droite. » — Charles Anderlin [17:57]
Anderlin décrit Israël comme une « démocratie en crise », proche du modèle hongrois, en voie de bascule vers un régime illibéral [18:17].
Censure militaire formelle mais ciblée :
« La censure ne pouvait s'exercer qu'en cas de danger imminent... ce qui a considérablement réduit le champ d’application » [20:55]
Autocensure et impossibilité d’enquêter librement :
« Quand tu sais en avance que tu dois envoyer tout, tu fais de l'autocensure... Il ne vaut pas la peine de faire des enquêtes, parce que tu sais que ce ne sera pas publié. » [22:45]
Proximité entre journalistes et armée :
Journalistes palestiniens citoyens israéliens :
Violences récurrentes et impunité totale des colons :
« Les attaques les plus dangereuses sont perpétrées par les colons eux-mêmes, des colons cagoulés… qui battent à mort des journalistes et tirent sur eux. » [26:02]
Témoignage Ahmad Mansour (Wafa, Djenin) :
« Vu le nombre de coups de feu tirés sur la voiture, il était clair qu'il ne voulait aucune couverture médiatique... Le ciblage démontre une volonté de tuer. » [27:29]
« Un jour ou l'autre, je sais que je vais me faire avoir... Franchement, ça ne va pas m'empêcher de continuer. C'est ça, le métier de journaliste. » [27:52]
Anas Baba (journaliste palestinien à Gaza) [03:48] :
« Ce qui est difficile, c'est que nous ne couvrons pas seulement la tragédie, nous la vivons aussi, nous en faisons partie. »
Andrea Krogman (FPI Jérusalem) [06:08, 07:00] :
« Cette fermeture, cette interdiction des journalistes... à Gaza est sans précédent et inacceptable. Nous nous battons pour avoir accès. »
Jonathan Daguerre (RSF) [10:46, 11:30] :
« Israël est en train encore de reculer... il y a un manque dangereux de pluralisme... Le public israélien va avoir très peu d'informations sur ce qui se passe à Gaza. »
Charles Anderlin (ex-France 2) [14:03] :
« Ils n'ont pas du tout vu les mêmes images que vous avez vues... Pour qu'un téléspectateur israélien les voie, il devait regarder les chaînes étrangères. »
Charles Anderlin [15:05] :
« C'est à la fois une pression du pouvoir, une pression d'une grande partie du public, qui ne veut pas voir les victimes de l'autre côté… »
Emmanuel Alperin (radio-télé publique Cannes) [20:55] :
« La censure... est relativement limitée... uniquement sur les sujets militaires, de sécurité... on ne peut pas faire autrement. »
Mehran Rappoport (Plus972) [22:45] :
« Quand tu sais en avance que tu dois envoyer tout [à la censure], tu fais de l'autocensure... il y a des choses que tu sais en avance, qu'il n'y aura pas d'autorisation de publier. »
Bilal Kiswani (syndicat journalistes palestiniens) [26:02] :
« Les attaques les plus dangereuses sont perpétrées par les colons eux-mêmes... Le journalisme en Palestine est devenu une tâche quasi impossible. »
Ahmad Mansour (Wafa, Djenin) [27:29, 27:52] :
« Vu le nombre de coups de feu tirés sur la voiture, il était clair qu'il ne voulait aucune couverture médiatique... Je vais continuer... Franchement, ça ne va pas m'empêcher de continuer. »
Constat global de Daniel Fontaine :
« Israël se targue d’être une démocratie, mais c’est aussi un pays en guerre quasi permanente et sur la durée, la guerre s’annuie à la démocratie et en particulier à l’information libre… la liberté de la presse est en recul en Israël. Il y a la guerre, mais il y a aussi l’évolution politique, idéologique du pays, avec un gouvernement qui est à la droite de la droite. » [28:26]
Question ouverte sur l’avenir :
« Est-ce qu’Israël va reprendre la voie d’une démocratie libérale ou est-ce que le pays va continuer sur une voie un petit peu à la hongroise, à la mode Orban ou Trump ? On le verra au mois d’octobre [avec les élections]. »
Cet épisode brosse un panorama sans concessions du recul spectaculaire de la liberté de la presse en Israël et dans les territoires palestiniens. Il montre un contexte où chaque mot, chaque image, chaque témoin devient l’objet d’enjeux existentiels : guerre, censure, pressions étatiques, loi d’urgence, autocensure, violence extrême envers la presse locale — mais aussi bravoure quotidienne de journalistes qui, envers et contre tout, continuent de documenter l’indicible.
« La guerre, ça annule la démocratie — et sur la durée, ça annule l’information libre. »
— Daniel Fontaine, 28:26
Un épisode essentiel pour comprendre les défis et les dangers qui pèsent chaque jour sur ceux qui « donnent à voir » l’envers du décor, là où l’image officielle s’arrête.