
Alors que les groupes IPM et Rossel projettent de fusionner, de nombreuses voix s'inquiètent pour les médias belges et l'indépendance de la presse. Comment évolue notre paysage médiatique ? Est-il trop concentré entre quelques mains ? Nous en discutons avec Olivier...
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Olivier Standart
On va vous parler de concentration des médias.
Marie Van Kutsem
La première.
Sarah Poussey
Les groupes de presse Rossel et IPM regroupent leurs activités.
Un journaliste ou intervenant invité
Les clés médias.
Olivier Standart
Est-ce que la diversité de l'information est maintenue ou bien au contraire le contenu des journaux est-il de plus en plus.
Un journaliste ou intervenant invité
Le même ? Marie Van.
Marie Van Kutsem
Kutsem. Bonjour à toutes et tous et bienvenue dans les clés médias. Aujourd'hui, on va faire un état des lieux des médias en Belgique francophone et s'interroger sur les grands mouvements en cours. En juin dernier, les groupes IPM et Rocelle annonçaient leur fusion. Une fusion suspendue à un accord de l'autorité belge de la concurrence qui étudie la question depuis le début de l'été. Mais qu'est-ce que ça veut dire ces deux grands groupes qui fusionnent ? Y a-t-il des risques pour le pluralisme de l'information ? Ou bien est-ce, comme l'affirment les deux groupes, une opération indispensable dans un secteur devenu très concurrentiel ? Cette fusion et d'autres opérations que l'on a pu observer ces dernières années font craindre une concentration médiatique en Belgique francophone. Qu'est-ce qui se cache là-derrière ? Quelle balise mettre en place ? On.
Un journaliste ou intervenant invité
En parle dans vos clés.
Marie Van Kutsem
Médias. La première, les clés médias. Est-ce qu'ils vont faire plus qu'un seul journal ou ils vont rester tous les deux ? Parce qu'il y a quand même les lecteurs du soir et les lecteurs de la livre.
Un journaliste ou intervenant invité
Ça, il n'y a rien à faire. C'est un mariage heureux. C'est un mariage.
Marie Van Kutsem
Heureux parce qu'il ouvre des perspectives indispensables. Le 23 juin dernier, François Léaudet, CIO.
Un journaliste ou intervenant invité
D'Ipm, est sur le plateau de l'N24. Nous, on est là pour défendre l'information de qualité et c'est un modèle économique qui est coûteux, qui coûte cher. Il y a beaucoup de technologies dans lesquelles il faut investir et on est arrivé à la conclusion, recet de l'IPM, que la meilleure façon de défendre la presse et de la développer, de la positionner dans ce futur environnement de.
Marie Van Kutsem
Plus en plus digital, c'était de s'unir. L'annonce crée une onde de choc dans le paysage médiatique belge-francophone. IPM et Rossel, qui possèdent quasi tous les titres de la presse quotidienne belge-francophone, se rapprochent. Le Soir, La Libre, l'ADH, L'Echo en partie, Sudinfo, L'Avenir Tous, dans le même panier, c'est le projet sur la table. Les réactions ne se font pas attendre. Bénédicte Linard, l'ancienne ministre des.
Sarah Poussey
Médias en fédération Wallonie-Bruxelles, s'exprime sur BX1. Donc la menace est réelle. S'il n'y a pas de garantie de garder une information de qualité, d'une presse indépendante et le pluralisme.
Marie Van Kutsem
Aujourd'Hui on ne les a pas encore. Bernard Marchand, le CEO de Rossell, fait lui aussi son tour des plateaux. A la RTBF, il rassure. Si la fusion a bien lieu, ça ne.
Un journaliste ou intervenant invité
Veut pas dire ingérence dans les rédactions. Ces organes de presse ont des valeurs différentes, des histoires différentes et des projets différents et complémentaires. Les gens qui opèrent, ce n'est pas Bernard Marchand qui fait l'information dans le soir ni dans la libre. Ce sont les rédactions en chef qui ont une autorité totale sur les contenus qui sont diffusés. Et ça, les gens doivent bien le comprendre. Parfois on m'interpelle sur ce sujet, ce sont les rédactions en chef qui.
Marie Van Kutsem
Sont véritablement responsables des contenus qu'ils publient. Et il reste une étape incontournable, brandie par l'actuel ministre des médias Jacqueline Galland. L'accord de l'autorité belge de la concurrence. Travail en cours, nous dit-on. Le VIF affirmait même il y a quelques jours que si des auditions ont bien eu lieu depuis juin, l'autorité n'a pas encore été officiellement saisie sur ce dossier. Ça prendra donc encore un peu de temps. Et il faut dire que ça bouge pas mal dans les médias du sud du.
Un journaliste ou intervenant invité
Pays depuis quelques années. Retour fin 2018. Le patron du groupe IPM qui possède la Libre et l'ADH propose de racheter l'avenir. Une main tendue.
Marie Van Kutsem
Avec une promesse, pas de perte d'emploi. La proposition se conclut en rachat fin 2020 avec l'approbation de l'autorité belge de la concurrence. En juin 2021, c'est RTL Belgium qui est racheté par Roesel et DPG Media, un groupe qui possède plusieurs médias flamands, dont VTM, The Morian ou At Last News. Un rachat confirmé en 2023 après un recours d'IPM auprès de l'autorité belge de la concurrence. Coût de la transaction, 250 millions d'euros.
Sarah Poussey
Avenir incertain en revanche pour Hélène 24.
Olivier Standart
La reprise de l'N24 fait perdre 1 million d'euros à.
Marie Van Kutsem
La SRIW ainsi qu'à Finance & Invest Bruxelles. Flirtant avec les 4 millions de pertes pour l'année 2023, la chaîne d'information.
Sarah Poussey
Du groupe IPM est contrainte de licencier.
Marie Van Kutsem
Une partie de son personnel.
Un journaliste ou intervenant invité
Et de revoir quelque peu son business model. Recapitalisée mais toujours en perte, la chaîne LN24 mise sur le sport. Affichant de nouvelles pertes en 2024.
Olivier Standart
La chaîne d'info du groupe IPM accueille.
Un journaliste ou intervenant invité
Deux nouveaux actionnaires et mise sur.
Marie Van Kutsem
Le sport pour dynamiser sa grille du week-end. Thibault Roland, directeur des programmes et présentateur sur LN24, s'exprimait en octobre dernier.
Olivier Standart
Au sujet des dernières coupes dans le budget. On n'est vraiment pas loin du but. Les décisions qui ont été annoncées sont difficiles et restent difficiles. Mais finalement, c'est pour arriver peut-être à ce point qu'on cherche désespérément depuis six.
Marie Van Kutsem
Ans, qui est l'équilibre financier de cette chaîne. Alors, qu'est-ce qui attend LN24 ? Les rumeurs enflent, notamment celle d'une ouverture à de nouveaux actionnaires, dont un certain milliardaire français, Vincent Bolloré. Alors, comment interpréter tous ces mouvements ? Faut-il s'en inquiéter ? Ou y percevoir le dynamisme économique du secteur ? C'est le menu de ce nouvel épisode des Clés Médias. Bonjour Olivier Standart, vous êtes professeur à l'UCLouvain, directeur de l'école de journalisme de Louvain. Vous venez de publier au CRISP une cartographie des médias d'information en Belgique francophone avec Clémence Petit. Un état des lieux comme celui-là, c'est nécessaire pour.
Olivier Standart
Avoir un référentiel commun, disons, pour observer les mouvements en cours ? Oui, c'est nécessaire parce que c'est un marché qui bouge vite. On a tendance parfois à se focaliser uniquement sur les tout gros acteurs. Et donc, effectivement, avoir une cartographie qui permet un petit peu de définir l'ensemble des lignes éditoriales, l'ensemble des modèles d'affaires, l'ensemble des acteurs, même sur un petit territoire comme le nôtre, compte tenu de la rapidité des changements. Je pense qu'effectivement, c'est un outil. Ça se veut.
Marie Van Kutsem
Vraiment un outil ici, un instrument de travail, mais qui est important, effectivement. On va faire un peu d'histoire pour commencer parce qu'on entend beaucoup l'expression concentration médiatique ces derniers temps. Faudra d'ailleurs qu'on explique bien ce qu'il y a là derrière. Est-ce que par le passé la structuration des.
Olivier Standart
Médias en Belgique francophone s'était très diversifiée, beaucoup plus que maintenant ? On peut dire que ça a été plus diversifié en termes de concentration de la propriété des médias. C'est une tendance globale dans d'autres marchés. On vient d'un secteur où il y avait davantage de propriétaires de médias pour davantage de titres. Ce qui ne veut pas dire que certains n'ont pas eu des mouvements de rachat, concentration et acquisition au fil du XXe siècle. Mais on vient effectivement maintenant d'un marché. C'était vraiment déjà une question qu'on se posait il y a dix ans. Combien serons-nous encore d'éditeurs, proprement dit ? Et il y avait plusieurs scénarios sous la table. Aujourd'hui, parmi les tout gros acteurs, effectivement, maintenant, on se dirige vers un marché qui est très concentré. Mais c'est une tendance qui avait déjà eu cours aussi en Flandre, par exemple, où sur les principaux médias, il reste aujourd'hui DPG, MédiaEus, Roularta à côté des services publics. Donc ça vient effectivement de davantage, ça vient de plus loin dans le XXe siècle, mais ça s'est accéléré à partir des changements technologiques, on va dire début XXIe siècle.
Marie Van Kutsem
Changements technologiques qui ont chaque fois des grosses implications en termes notamment de modèles d'affaires. D'ailleurs c'est l'un des arguments qui est régulièrement mis en avant par ces grands groupes. Du côté de la presse écrite, IPM, Rossell, c'est la nécessité de se réinventer dans un contexte difficile. Réseaux sociaux, GAFAM, il y a l'intelligence artificielle aussi.
Olivier Standart
Qui débarque. Ça met tout ça en danger le secteur, ça le met sous pression. Oui, moi je pense qu'on peut déjà resituer les choses peut-être le plus loin possible. Déjà dans l'audiovisuel, les années 90, la fin des années 80, la libéralisation du marché, la télévision par satellite, ça a bouleversé énormément de choses. On avait déjà des craintes à l'époque sur l'emprise de la télévision, sur la qualité de l'information, sur ce qu'on appelait les empires médiatiques, ça remonte déjà à cette époque-là. Puis vous avez une succession de changements technologiques, le web, le web 2.0, Vous avez l'apparition du mobile, les réseaux sociaux, les plateformes et aujourd'hui l'intelligence artificielle et demain il y aura encore d'autres choses. Tout ça se fait à un rythme qui s'est accéléré. En fait moi ce qui je trouve particulièrement peut-être parfois difficile ou préoccupant pour les acteurs c'est le rythme auquel ces changements se succèdent. C'est la profondeur des changements que ça a sur les comportements des audiences. Ce sont des changements profonds. Et c'est le fait qu'il y a globalement aujourd'hui une forme d'ascendance de la tech des gars femmes sur le monde des médias. C'est quand même eux qui, dans pas mal de paramètres, fixent les règles, fixent les standards, fixent les conditions d'utilisation, captent les données, captent les investissements publicitaires. Et la régulation a quand même souvent un temps de retard. Elle arrive au niveau européen. Il y a eu des changements récents tout à.
Marie Van Kutsem
Fait intéressants. Le DSA, l'European Media Freedom Act.
Olivier Standart
Mais ce sont toutes des choses qui qui arrive un peu tard, on court après. Il y a un contre-temps. Et comme le rythme de ces changements a tendance à s'accélérer, l'impact effectivement, vraiment ici en termes de modèle d'affaires, il peut être assez profond si au niveau stratégique, les décisions ne sont pas prises comme il le faut. Quand on se trompe dans ce genre de secteur-ci, ça peut coûter cher.
Marie Van Kutsem
Et vu la rapidité des changements, ce n'est pas toujours simple de recalibrer les choses. On entend bien que la nature du marché elle a changé, alors il y a d'autres événements aussi, il y a eu quelque temps la suppression de cette aide du gouvernement fédéral pour la distribution papier des journaux, ça c'est un manque à gagner certain. Et puis un autre élément sensible, la RTBF, service public pointé parfois par les acteurs de la presse écrite comme une.
Olivier Standart
Concurrence déloyale avec son site en accès gratuit. Qu'est-ce que vous dites de ça ? C'est l'effet de ce qu'on appelle la convergence des médias. Si je reprends de nouveau le schéma du XXe siècle, il y avait des silos, des périmètres dans lesquels il y avait un marché annonceur pour chacun des grands types de médias, la presse magazine, la presse quotidienne, la radio et la télé. Le web a un petit peu dilué tout ça, un petit peu rendu tout ça plus hybride. Et donc effectivement, c'est la question des lignes blanches qui séparent les marchés qui est posée aujourd'hui. C'est évidemment un travail de régulation à faire parce qu'un service public c'est normal d'une certaine manière qu'il soit présent sur l'ensemble des plateformes sur lesquelles le public lui-même se trouve. Il est quand même obligé de suivre cette tendance là aussi et en même temps il faut je pense effectivement avoir une vision plus macro aujourd'hui de ce marché là et effectivement penser en termes d'impact entre les différents types d'acteurs puisque tout se retrouve maintenant dans un grand marché qui est de plus en plus numérique Effectivement, la question des lignes de démarcation, alors là on a un niveau aussi politique de décision de qu'est-ce qui relève finalement d'un travail, d'une mission de service public en tenant compte des impacts que ça a, plus directement qu'auparavant, sur les autres acteurs.
Marie Van Kutsem
Relevant du privé. Au XXe siècle, cette question ne se posait pas en de tels termes. On va peut-être faire un.
Olivier Standart
Point définition, cette expression concentration médiatique, qu'est-ce qu'on entend exactement par là et qu'est-ce que ça a comme conséquence ? On peut le voir d'un point de vue très quantitatif, c'est un petit peu ce qui se fait dans certaines réglementations. Et dans ce cas-là, c'est simplement regarder le pourcentage de parts jusqu'à quel point un acteur est propriétaire de différents médias qui eux-mêmes se retrouvent sous une même coupole. Donc ça peut se calculer en pourcentage de prises d'intérêt, par exemple. au sein d'un média. Et plus vous avez de titres au sein globalement d'une seule personne, d'une seule entité, plus ça pose des questions. Parce qu'effectivement, dans une vision top-down hiérarchique, le propriétaire, il est là. et donc se pose la question de savoir si, quand on descend les états hiérarchiques, l'ensemble des rédactions qui lui appartiennent peuvent continuer à fonctionner de manière autonome. Ce n'est pas parce que vous avez un même propriétaire pour beaucoup de médias qu'il y a nécessairement un problème dans les rédactions. Mais la question doit se poser au niveau européen, c'est ça. Et donc vous avez une vision qui est un petit peu, on va dire, plus quantitative en termes vraiment de parts de marché. Mais vous avez aussi, je pense, il est tout à fait nécessaire aussi d'étudier aujourd'hui à quel point ça a un impact.
Marie Van Kutsem
Effectivement sur les rédactions en termes de contenu, en termes d'agenda setting, en termes de.
Olivier Standart
Genre journalistique. Sur l'emploi aussi peut-être, parce qu'il y a des économies d'échelle qui se font généralement. Ça c'est quelque chose qui est vraiment important effectivement, ça peut avoir un impact parce que vous avez raison, la question de l'économie d'échelle, à partir du moment où un média atteint une certaine taille, une taille critique, et c'est un aspect très important dans un petit marché comme le nôtre, il va y avoir effectivement un processus d'économie d'échelle qui est une forme de rationalisation et de transversalisation des processus des business units à l'intérieur d'un média à des fins de rentabilité. Mais effectivement il faut aussi s'intéresser, quand je disais qu'il faut passer de la vue quantitative à la vue qualitative, il faut s'intéresser à l'impact que ça a sur l'emploi, sur la stabilité.
Marie Van Kutsem
De l'emploi et sur ces différentes choses dont je parlais finalement, le contenu journalistique proposé aux audiences. Est-ce que ça a la même portée qu'en France cette expression concentration médiatique ? Parce que c'est vrai que quand on dit ça, on pense directement à une dimension un peu politique. Vous avez parlé de l'influence d'un actionnaire sur l'ensemble de son groupe. En France, il y.
Olivier Standart
A Bolloré, il y a Lagardère, il y a les autres. Est-ce que c'est comparable chez nous ? De manière générale, je pense qu'il faut bien distinguer le marché français du marché belge-francophone, même si on est très proche d'eux, à certains égards, culturellement, linguistiquement. On a davantage, quand je citais DPG, Mediaheus, Rosselipem, on a davantage ici un actionnariat familial dont le cœur de métier est la presse et les médias. Donc, la question se pose probablement des termes un petit peu différents en Belgique francophone. Et la question de la.
Marie Van Kutsem
Concentration, par contre, ici, elle se pose différemment de la France parce qu'on est un beaucoup plus petit marché. IPM et Rocel assurent qu'il n'y aura pas de fusion des titres, pas de suppression de l'avenir, c'est surtout là que l'inquiétude elle se dessine. Les doublons.
Olivier Standart
Locaux que vont constituer les déclinaisons locales de l'avenir et de Sudinfo, vous vous en pensez quoi ? Il faut effectivement actuellement, on est encore sur un marché où dans la presse quotidienne, on a six titres plus un quotidien en langue allemande. C'est pas mal pour un marché qui fait moins de 5 millions d'habitants. Moi, je pense que d'un point de vue de la structuration du lectorat en Fédération Wallonie-Bruxelles, notamment du point de vue des médias locaux, la cohabitation des deux a tout son sens. Elle est très pertinente du point de vue éditorial. On a vu Sudinfo se développer davantage dans les grands centres urbains de la Wallonie. Charles Roy et Liège sont aussi présents à Bruxelles. Tandis que l'avenir a davantage une structuration du lectorat sur d'autres zones géographiques. Mais ça a aussi un corollaire sociologique. Ce n'est pas exactement les mêmes structures. Donc en fait, l'identité des deux titres, d'un point de vue éditorial, elle fait sens. Et je pense qu'effectivement, c'est important d'avoir des garanties qui permettent à ces deux titres de continuer. La question, évidemment, c'est de savoir dans quelle mesure ils peuvent atteindre une forme de rentabilité. On ne peut plus, et encore moins que par le passé, dissocier la question de la viabilité économique. Ce sont aussi des changements de modèle que certains de ces médias doivent adopter. Il y a beaucoup de choses, beaucoup de littérature qui se fait à ce sujet-là. Il y a peu de recettes toutes faites, certainement pas exportables de l'étranger, mais il faut avoir des rédactions qui permettent d'adresser ces différents bassins de lecteurs. tout en.
Marie Van Kutsem
Ayant aussi un processus de transformation qui leur permette d'être rentable, notamment en termes d'emploi journalistique. C'est un enjeu important. Bien sûr, et vous le disiez, un tout petit marché chez nous. J'ai trouvé quelques chiffres. En France, on a pour un peu plus de 8 millions d'habitants un groupe de presse. Chez nous, c'est un groupe de presse pour 2.
Olivier Standart
Millions d'habitants, un petit peu plus. Pour le dire autrement, est-ce que ces rapprochements ne s'étaient pas courus d'avance finalement ? A posteriori, effectivement, la question peut se poser. Au niveau macro, oui. Quand on prend au niveau macro-économique, effectivement, c'est un rapprochement qui, par rapport à d'autres marchés de petit taille, je pense à l'Irlande, à l'Autriche, au Danemark, c'est relativement dans quelque chose qu'on pouvait attendre. Pas oublier non plus que chez nous, la pénétration des médias français en termes d'attention, en termes de consultation, ce n'est pas négligeable. Ce qui est intéressant, c'est de regarder que par exemple la Flandre, qui est un marché certes démographiquement un petit peu plus grand que le.
Marie Van Kutsem
Nôtre, n'est pas revenue. C'est intéressant quand même à développer une.
Olivier Standart
Forme d'indépendance par rapport aux médias néerlandais, beaucoup plus forte. Avec une identité flamande sans doute plus importante aussi, plus ancrée. Voilà, exactement. C'est là qu'on déborde sur d'autres aspects que le médiatique pur. Il y a des aspects culturels, politiques, institutionnels qui jouent là-dedans. La Belgique francophone, pour ça, est un marché fragile. La langue ici pose effectivement une question, la démographie aussi. Et donc, d'un certain point de vue macro, oui. Après, on peut descendre à un autre point de vue plus méso, c'est celui des organisations et des groupes. L'historique de Rossell et d'IPM n'est pas pareil, c'est-à-dire que tous les choix n'ont pas été identiques non plus. Quelque chose qui, moi, me frappe avec le recul, c'est de constater que les groupes qui aujourd'hui s'en tirent probablement le mieux sont ceux qui, comme je le disais il y a quelques minutes, ont pu augmenter leur assiette, leur taille critique et qui ont donc eu, notamment à un moment, une stratégie d'expansion à l'international. DPG l'a fait très fort aux Pays-Bas, Mediahus l'a fait et Rossel l'a fait en France. Avec le recul, j'ai l'impression que c'est quand même un facteur qui est important par rapport à l'étroitesse du marché et aussi par rapport à quelque chose chez nous qui fait qu'en Belgique francophone, la prédisposition à payer, parce qu'il faut quand même remettre cette thématique-là au centre du jeu aussi, notamment par rapport à la question que vous posiez aux concurrences médias publics, médias privés, la prédisposition à payer Elle n'est pas exceptionnelle par rapport à d'autres marchés. Elle n'est pas catastrophique non plus, mais on n'est pas dans le marché non plus en Belgique francophone où c'est vraiment devenu logique de consacrer une partie de son budget.
Marie Van Kutsem
Au fait d'acquérir un média et d'y être fidèle. Ça évolue, mais voilà, c'est aussi un aspect à prendre en compte. Vous l'avez un peu évoqué, mais c'est vrai que quand on parle de concentration médiatique, c'est peut-être un peu artificiel de se limiter à la Belgique francophone. Les groupes derrière sont souvent actifs un peu en dehors des.
Sarah Poussey
Frontières. On va d'ailleurs jeter un oeil en Flandre avec Sarah Poussey pour comprendre comment ça se structure de ce côté-là. La concentration des médias dans le paysage flamand est amorcée depuis plusieurs années. Le régulateur flamand des médias a observé qu'en 10 ans, le nord du pays est passé de 9 groupes à 5 propriétaires principaux qui détiennent entre 80 et presque 100% du marché flamand. Alors commençons d'abord par les deux plus gros propriétaires, DPG Média et Mediaheus. DPG Média, c'est historiquement le groupe autour du quotidien le plus vendu en Flandre, Outlast News. Au fil du temps, le groupe s'est agrandi, a changé de nom et de propriétaire. Désormais, il détient aussi un autre quotidien, Demorche, des magazines, dont Humo, et puis 5 chaînes télévisées et 3 stations radio, puisque DPG a racheté le groupe VTM. DPG est aussi présent chez nous côté francophone avec le site 7 sur 7 et désormais aussi comme copropriétaire avec le groupe Rocel du groupe RTL Belge donc RTL TVI, Radio Contact ou encore Bel RTL. Ça, c'est donc le premier gros propriétaire flamand. Le second est appelé Mediaheus et possède les autres principaux quotidiens flamands. Eutnusblatt, The Standard, mais aussi La Gazette d'Anvers ou Eutblank Van Limburg au niveau régional. C'est un groupe qui est aussi actif aux Pays-Bas, en Irlande ou aux Etats-Unis, et puis à nouveau côté francophone avec des parts dans les radios Nostalgie et Chéri FM. Troisième groupe de presse dans le paysage flamand, Roularta, toujours détenue par la famille Denolf depuis sa création. Roularta, ce sont un tas de magazines en français et en néerlandais. Levif, Knack, Gael, Flair, Femme d'aujourd'hui, Télépro, Sabato, Libel, Trends Tendance, une chaîne économique, aussi Trends Z, anciennement Canal Z, et puis la moitié de l'éco et du taïd, via la société Médiaphine. Enfin, le paysage médiatique flamand est complété par deux autres acteurs de l'audiovisuel. Télénet d'abord, qui a entièrement été racheté par une entreprise américaine de télécommunications et qui détient cinq chaînes de télé. Et puis bien sûr la VRT, le média public flamand avec trois chaînes télé et plusieurs chaînes radio comme Stubru, Clara ou Radio N. Autour de.
Olivier Standart
Ces cinq gros propriétaires gravitent aussi quelques médias indépendants et des chaînes de télévision régionales détenues par de plus petites entreprises. de beaucoup de transformations, comme je l'expliquais, notamment d'ordre technologique, de ce rapport de force globalement par rapport aux plateformes qui fait que les acteurs locaux, et quand je dis locaux en fait ça peut être à l'échelle d'une région, d'une communauté, doivent aujourd'hui non seulement réaffirmer un ancrage local fort, et pour cela effectivement se regrouper est une des solutions, Et je pense que c'est le reflet d'une vraie pression sur la pérennité des modèles d'affaires. En fait, le business de la presse, quand on regarde dans le XXe siècle, il a pu être relativement profitable pendant pas mal de temps. C'est nettement moins certain aujourd'hui.
Marie Van Kutsem
Donc ce phénomène de.
Olivier Standart
Concentration est une forme de réponse du marché au fait notamment que... Oui c'est ça, il faut se réinventer en fait. Oui, il faut se réinventer et trouver des parades par rapport au fait que, par exemple, les revenus publicitaires, la publicité est quelque chose de très important dans ce marché, sont ponctionnés dans des proportions qu'on n'avait pas anticipées par les plateformes. Donc ce sont des pertes de revenus. Et en faisant ça, il y a un autre mouvement qui est à l'œuvre aussi, c'est que ce mouvement de concentration fait qu'on a tendance aussi, dans la plupart des désiteurs, à se regrouper et à investir davantage dans les revenus qui viennent des audiences. Mais les audiences aussi, elles sont locales. Je veux dire, c'est vous, c'est moi, des gens qui habitent un marché. Et donc, il y a une stratégie qui vise à resserrer un lien beaucoup plus fort que par le passé avec des acteurs locaux dans des audiences locales, parce que les acteurs internationaux, il faut le lire assez.
Marie Van Kutsem
Clairement, n'ont que faire d'acteurs locaux qui n'ont pas au minimum une taille critique avec laquelle ils sont OK de discuter. Il faut évidemment réfléchir à protéger les rédactions et plus généralement l'existence de médias différents, dynamiques, en bonne santé économique. Concernant la fusion d'IPM et de Rossell, l'école de journalisme.
Olivier Standart
De Louvain, dont vous êtes le directeur, a été approchée par les deux groupes pour rédiger une charte. Expliquez-nous un peu. Effectivement, on a été sollicité pour apporter une série d'expertises issues notamment de la recherche scientifique en journalisme. L'objectif de ces chartes, c'est notamment de parvenir à consolider les statuts des rédactions, les missions et d'en garantir aussi la différenciation et le pluralisme. C'est une contribution qu'on apporte à ce niveau-là. Il est évident que dans un scénario idéal en termes de pluralisme externe du marché, le scénario de la fusion n'était pas le scénario idéal. Il est évident aussi qu'aujourd'hui, il faut faire avec les évolutions telles qu'elles sont et avec les souhaits des acteurs du marché. Donc, il y a une option qui consiste à garantir, bétonner d'une certaine manière, le pluralisme, la diversité du marché à travers des mécanismes internes aux groupes et aux rédactions. Et donc, il y a des outils qui existent. Ça a déjà été fait dans d'autres marchés aussi, qui permettent d'essayer de pérenniser les statuts rédactionnels et les missions rédactionnelles en les pensant en termes de pluralisme, puisque ce pluralisme ici, par le fait de l'évolution du marché.
Marie Van Kutsem
Il n'est plus garanti par le fait qu'on a 4, 5 propriétaires tout à fait différents qui jouent chacun leur jeu. Un mot de Hélène 24.
Olivier Standart
Aussi, qui peine à trouver son équilibre. Vincent Bolloré dans les nouveaux actionnaires, est-ce que c'est plausible selon vous ? C'est un groupe qui a un historique déjà fort ancien de prise de participation dans différents médias. Donc c'est tout à fait plausible. C'est tout à fait plausible parce que, comme je le disais, il y a une porosité entre les marchés français et belges francophones parce que ça fait partie de sa stratégie. Quand on regarde l'historique, Le Monde a fait un dossier très complet là-dessus qui fait un petit peu la chronologie. Donc c'est assez cohérent par rapport à ce qui a été fait par le passé. Est-ce que c'est nécessairement prédicteur de ce qui va être fait à l'avenir ? Je ne peux pas le garantir. Mais en tout cas, il y aurait une forme de cohérence par rapport à certaines prises de participation. Et c'est monté en puissance dans différents médias. De l'époque d'E.T.L.E. déjà, le journal du dimanche. Ça a à chaque fois eu quand même de gros impacts sur la vie des rédactions, sur les mouvements journalistiques, sur la manière dont ces médias ont fonctionné. Là, ce sont des changements d'actionnariat qui ont un impact direct sur le fonctionnement des rédactions, puisqu'ils arrivent en cours. Le route de ces médias.
Marie Van Kutsem
Existe déjà avant. Quand un actionnaire arrive, évidemment, ça peut changer des choses. Donc oui, ça reste, je pense, de l'ordre du plausible. Et il a déjà investi, Vincent Bolloré, dans le capital de 21 News, ce média belge en ligne positionné à droite et dont l'un des visages est Louis Sarkozy. On a aussi la nouvelle émission de Cyril Hanouna, tout beau tout neuf, qui.
Olivier Standart
Est diffusée depuis la rentrée sur PLUG-RTL, chaîne belge. Est-ce qu'il faut voir dans ces événements une approche du marché belge par Vincent Bolloré ? Il faut y voir en tout cas, oui, un mouvement, une approche, effectivement, et il doit y avoir... Déjà, il y a les capacités financières de le faire, il doit y avoir un intérêt objectif à le faire aussi. Effectivement, je pense qu'on peut l'interpréter de cette façon. De l'autre côté, il faut voir aussi comment est-ce que le marché lui-même se positionne, comment est-ce que ça répond du côté des audiences. C'est quand même toujours finalement la question finale, c'est de voir... Est-ce que ce type d'investissement va trouver un écho par rapport au marché où il s'installe ? Il ne suffit pas de s'intégrer dans des rédactions et de mettre de l'argent pour qu'il y ait nécessairement un retour. Chez nous, quand même, dans notre marché, c'est quelque chose d'assez inédit qu'on ait un acteur qui est aussi clairement positionné politiquement. Je veux dire, ce n'est pas un mystère. Et donc, il faut voir un petit peu comment ça se confronte à la.
Marie Van Kutsem
Culture médiatique ou la culture journalistique belge francophone. parce qu'effectivement, comme je le disais, on n'avait pas l'habitude d'avoir ce type d'actionnariat sous nos latitudes. La concentration médiatique, c'est une réalité aujourd'hui, une réalité économique. Dans un univers médiatique en mouvement, sans arrêt challengé depuis l'avènement du numérique, les modèles doivent se réinventer. Ce n'est pas pour cela que c'est souhaitable ou inoffensif. En termes de diversité et pluralisme de l'information, d'indépendance des rédactions, de qualité des contenus, il faut renforcer notre vigilance. Ça passe par le politique, qui peut encadrer, par les groupes de presse eux-mêmes ou les rédactions qui peuvent par exemple mettre sur pied des chartes à respecter, mais aussi par chacun de nous. Bien comprendre quels groupes sont derrière les médias que l'on consomme, c'est aussi conserver une forme d'esprit critique. Merci à notre invité du jour, Olivier Standart, directeur de l'école de journalisme de Louvain. Le courrier du CRISP auquel nous faisons référence en début d'épisode est signé Olivier Standart et Clémence Petit. A la réalisation de cette émission, Guillaume De Smet. A la préparation, Sarah Pousset et Marie Van Kutsem. N'hésitez pas à vous abonner au Clé pour ne manquer aucun épisode. Et je vous dis à très bientôt.
Date : 27 novembre 2025
Durée : environ 30 minutes
Host : Marie Van Kutsem (avec la participation principale d’Olivier Standart, professeur à l’UCLouvain et directeur de l’école de journalisme de Louvain)
L’épisode explore en profondeur la question de la concentration des médias en Belgique francophone, notamment à travers l’exemple de la fusion annoncée entre IPM et Rossel, deux des principaux groupes de presse du pays. Les intervenants questionnent l’impact sur la diversité de l'information, le pluralisme, l’indépendance éditoriale, et examinent les enjeux économiques et structurels qui motivent le phénomène de concentration.
(00:00 – 03:25)
(03:25 – 06:20)
(06:21 – 10:48)
Modèle d’affaires sous tension :
(10:54 – 16:00)
(16:00 – 19:57)
(19:57 – 22:02)
(22:02 – 23:12)
(23:12 – 25:28)
Sur le risque pour la diversité :
“[...] la menace est réelle si on n’a pas de garantie de garder une information de qualité, une presse indépendante et le pluralisme.” – Bénédicte Linard, (02:11)
Sur l’évolution technologique :
“Ce qui est difficile pour les acteurs c’est le rythme auquel ces changements se succèdent [...] et la profondeur de leur impact sur les audiences.” – Olivier Standart, (07:45)
Sur le rôle des GAFAM :
“C’est quand même eux qui, dans pas mal de paramètres, fixent les règles.” – O. Standart, (08:25)
Sur la différence France/Belgique :
“On a ici un actionnariat familial dont le cœur de métier est la presse et les médias. La question se pose dans des termes un peu différents en Belgique francophone.” – O. Standart, (13:02)
Sur la dimension locale et la rentabilité :
“L’identité des deux titres (avenir et Sudinfo), d’un point de vue éditorial, fait sens. (…) Mais il faut que ce soit rentable.” – O. Standart, (13:44)
Sur l’impact potentiel de Bolloré :
“Chez nous, c’est inédit d’avoir un acteur aussi clairement positionné politiquement.” – O. Standart, (24:33)
"Bien comprendre quels groupes sont derrière les médias que l’on consomme, c’est aussi conserver une forme d’esprit critique." – Marie Van Kutsem, (25:28)
La concentration dans les médias belges francophones s’accélère, en particulier avec la possible fusion IPM-Rossel. Si elle répond à une impérieuse logique économique dans un contexte technologique mouvant et concurrentiel, elle pose d’importantes questions en termes de diversité, d’indépendance éditoriale et de vitalité démocratique. La vigilance doit rester de mise, venant à la fois des régulateurs, des professionnels mais aussi des consommateurs.
Pour aller plus loin : L’étude co-signée par Olivier Standart et Clémence Petit du CRISP offre une cartographie détaillée du secteur.