
Netflix va-t-il vraiment racheter le studio Warner Bros ? Ou Donald Trump penchera-t-il en faveur de Paramount ? Et avec quelles conséquences sur l'industrie du cinéma ? Nous en discutons avec Capucine Cousin, journaliste économique à L'Agefi et autrice du livre "N...
Loading summary
A
Netflix, le géant du streaming, s'offre donc le studio de cinéma et de télévision Warner Bros. Discovery pour près de 83 milliards de dollars.
B
La première?
C
Les clés médias, Mary Van Kutsem.
A
Bonjour à toutes et tous et bienvenue dans ce nouvel épisode des Clés Média. Aujourd'hui, on va parler de ce qui pourrait bien constituer un séisme dans le monde du cinéma, le rachat plutôt bien emmanché jusqu'ici de Warner Bros. Discovery par Netflix, le géant mondial du streaming. 83 milliards de dollars sont sur la table en 100% numéraire depuis cette semaine. Netflix a simplifié la structure financière de son offre. Exit les actions Netflix que du cash. Un argument de plus pour convaincre les actionnaires qui devront se prononcer en avril. Les enjeux, ils sont multiples. Ils sont politiques car l'ombre de Trump n'est jamais loin. Ils sont créatifs face à une potentielle uniformisation des productions et Ils sont aussi, bien sûr, économiques, avec un modèle Netflix qui a le streaming dans son ADN.
B
Bien loin des salles de cinéma.
A
Bienvenue dans les clés, on se remet la saga de ce rachat dans les oreilles.
B
La première, les clés.
C
C'est officiel, Netflix va racheter Warner Bros en tout cas.
A
La.
C
Plateforme Netflix a vraiment frappé un très grand coup aujourd'hui. Elle vient de racheter l'un des géants du cinéma, Warner Bros.
D
C'est un rachat historique qui va changer beaucoup de choses.
C
Pour 83 milliards de dollars américains, alors c'est un peu un choc à Hollywood.
A
5 décembre 2025, l'annonce fait l'effet d'une bombe, Netflix met sur la table un.
B
Montant mirobolant pour racheter Warner Bros. Discovery, 83 milliards de dollars. Alors revenons un peu en arrière.
A
Au printemps 2025, la santé financière de Warner Bros.
B
Discovery inquiète. Sa dette est importante, 29 milliards de dollars, et la revente du groupe est sur la table. Et c'est un fameux groupe, divisé en deux branches.
A
D'un côté, tout ce qui est contenu est streaming.
B
Là-dedans, il y a le studio mythique, la Warner, comme on dit, qui a un catalogue imposant des films cultes, comme Casablanca, Shining, Orange Mécanique ou Matrix.
C
De grandes.
B
Sagas aussi. DC Universe, à savoir Batman et Superman, Le Seigneur des Anneaux ou Harry Potter.
A
Warner Bros.
B
Company, c'est aussi HBO qui a sorti les séries Six Feet Under, Sex and the City ou Game of Thrones. HBO Max, la plateforme de streaming, c'est 14% du streaming à l'échelle mondiale. Et puis, il y a la deuxième branche de ce groupe Warner Bros. Discovery. Les médias et chaînes de TV, dont CNN, la célèbre chaîne d'info, ou Discovery Channel, ainsi que d'autres.
A
En septembre 2025, on a trois candidats.
B
Déclarés face au package hautement stratégique que compose le groupe. D'abord, il y a Paramount, autre studio mythique, autre poids lourd du cinéma américain. Il est détenu par la famille Ellison. David, le fils, est à sa tête. Mais Larry, le père, est derrière. Larry Ellison est un proche de Donald Trump, fondateur de la société de logiciels Oracle, l'un des plus grands donateurs du président américain. Paramount fait une première offre en octobre. À 50 milliards de dollars, elle est rejetée. Comcast Corporation est le deuxième candidat. C'est une société active dans les télécommunications et les médias. Les négociations durent quelques mois avant de s'arrêter face à la guerre lancée par le troisième candidat, Netflix. Netflix qui a donc posé son offre à 83 milliards le 5 décembre dernier pour racheter uniquement, entre guillemets, la branche contenu et streaming de Warner Bros. Discovery. Trois jours plus tard, le 8 décembre, c'est Paramount qui réplique avec une contre-offre, pour le rachat complet du groupe cette.
A
Fois, à 107 milliards de dollars.
B
Les montants deviennent inimaginables. Pour mettre cela sur la table, Paramount a rameuté ses copains, des fonds venus notamment du Moyen-Orient, et ceux de Jared Kushner, le gendre de Donald Trump.
E
Netflix est une grande entreprise. Ils ont fait un travail phénoménal. Ted est un homme fantastique. J'ai beaucoup de respect pour lui. Mais c'est beaucoup de marché ici. Donc, on va voir ce qui se passe.
A
Donald Trump qui s'exprime ici au sujet.
B
Des appétits de Netflix, c'est un gros marché dit-il, attendons de voir ce qu'il se passe. Après l'annonce de l'offre de Netflix, Donald Trump dénonce finalement ce qui pourrait devenir une situation de quasi-monopole et l'affaire prend une tournure politique. Trump qui soutient Paramount parce que c'est bien le cas, c'est le soutien à ses proches, c'est le soutien aussi d'une offre qui engloberait CNN, une chaîne d'info qu'il critique régulièrement.
E
Mais le président américain semble jouer sur tous les tabous.
B
Puisqu'on a appris, il y a quelques jours, dans le Wall Street Journal, que fin novembre, à savoir juste avant l'offre de Netflix, Donald Trump avait investi pour.
A
2 milliards d'actions chez Netflix et Discovery Communication.
B
En résumé, si Netflix gagne, Trump s'enrichit. Si c'est Paramount, ils gagnent aussi. On n'est plus à un conflit d'intérêts près. Mais l'affaire n'est pas que politique. Le rachat de Warner Bros, probablement par Netflix donc, inquiète tout le secteur du cinéma. La Writers Guild of America, le puissant syndicat des scénaristes de Hollywood, a partagé ses inquiétudes. L'ADN de Netflix n'est pas dans les salles de cinéma, celles-là même qui font vivre des milliers d'Américains. Et puis, quelle influence aussi sur le plan artistique, créatif, si un géant de la production impose ces codes, ne va-t-on pas vers une standardisation des contenus? Prochain point à l'agenda dans cette affaire, le vote des actionnaires qui doivent avaliser ou non leur achat, ce sera en avril, ainsi que l'étude du dossier par les autorités américaines qui régulent la concurrence.
A
Bonjour Capucine Cousin.
D
Bonjour.
A
Vous êtes journaliste économique à l'âge et fille et autrice du livre Netflix Co. Les coulisses d'une évolution révolution, le R est entre parenthèses. Alors on a évoqué cette dernière annonce cette semaine, une offre de Netflix en 100% numéraire, un argument de plus pour convaincre les actionnaires. Ça va se faire selon vous ce rachat?
D
C'est une très bonne question et je pense que la clé, comme le sujet le résumait très bien, c'est Donald Trump. A priori, tout est fait pour que le deal se fasse. Cette semaine encore, Netflix a vraiment rajouté des nouveaux atouts à son jeu de cartes. Là, il a annoncé ce mardi qu'il était prêt à payer totalement en cash. Il a réussi à obtenir des emprunts bancaires en ce sens. Donc lui, il est prêt à mettre l'argent cash sur la table. Donc en fait, il s'est aligné sur les mêmes conditions que l'offre concurrente de Paramount. D'autant plus qu'il a avancé des résultats annuels plutôt bons pour l'année 2025. Donc il est vraiment devenu tout puissant. Et c'est vrai que visiblement les conseils d'administration de Netflix et de Warner Bros se sont exprimés à l'unanimité pour que ça se fasse. Mais Paramount n'est pas prêt à lâcher l'affaire. Moi je pense que d'ici avril il va encore déposer une contre-offre. essayer d'arriver également sur le terrain juridique. Et puis effectivement, comme le rappelait le sujet, les dirigeants de Paramount sont des proches de Donald Trump. Larry Ellison, qui est le père du dirigeant de Paramount Pictures, c'est le fondateur d'Oracle, c'est un milliardaire qui est richissime. Ça a été un soutien de la première heure à Donald Trump. Donc si Trump décide de se mêler vraiment, de se hausser cette année, d'en faire une priorité, Il peut aussi peser dans la balance pour que ce soit Paramount qui l'emporte au final. Et l'autre sujet, c'est le sujet de l'antitrust américain, puisque quand même il a été dit à plusieurs reprises que la candidature de Netflix sera plus compliquée d'un point de vue antitrust que celle de Paramount.
A
Alors on va revenir bien sûr sur tous les enjeux liés à ce rachat mais avant toute chose on va se replonger avec vous Capucine Cousin dans l'évolution de Netflix et on va remonter jusque dans les années 90. Netflix à cette époque là ça existe déjà mais c'est un service de location de DVD.
D
Oui, effectivement. Quand Netflix a été créé en 1997, c'était juste une société de location de DVD qui expédiait donc les DVD par courrier postal. Et au fil des années, Netflix a revu son modèle économique. Il s'est introduit en bourse en 2001. Et ensuite, il a commencé à acquérir des licences de programme auprès de tiers, puis à se lancer dans ses propres productions originales, notamment avec la série télépolitique House of Cards qui s'est imposée comme un classique depuis. Et ensuite, Netflix a été lancé en septembre 2014, donc il y a plus de dix ans, partout en Europe et un peu partout dans le monde. Et peu à peu, il s'est imposé dans les différents pays où il s'est implanté.
A
On se souvient des débuts de Netflix comme plateforme de streaming. Alors là, c'est plus ou moins autour de 2007, le moment où la technique du streaming commence à fonctionner. À l'époque, on a, quand ça démarre en Europe aussi, un catalogue un peu vieillot, pas beaucoup de nouveautés. Qu'est-ce qui va commencer à attirer du monde Capucine Cousin sur cette plateforme et qui va faire de Netflix un acteur finalement qui est devenu aujourd'hui incontournable dans nos usages?
D
Je citais l'exemple de la série House of Cards, qui est une série politique qui a commencé à être diffusée sur Netflix avant que Netflix ne soit lancée en Europe. Nous, en France, c'est Canal+, qui a diffusé les deux premières saisons, et très vite, elle a été perçue comme une série politique vraiment haut de gamme, qui pouvaient peut-être préfigurer ce que pourrait devenir un jour la politique américaine. Et vraiment, ça avait fait connaître Netflix déjà comme capable de produire des séries télé très haut de gamme, d'autant qu'elles étaient réalisées par David Fincher, qui est un réalisateur venu du cinéma, qui était déjà mythique. Et ensuite, Netflix a continué sur cet angle, c'est-à-dire que peu à peu, il a commencé à embaucher des réalisateurs, des metteurs en scène de cinéma, parfois primés aux Oscars, etc. pour commencer à avoir des contenus haut de gamme. Et ce qu'on a vu aussi, c'est que Netflix a commencé à avoir certains de ses films qui candidataient pour avoir des grands prix de cinéma, notamment aux.
A
Oscars, puis au Festival de Cannes.
B
Alors ça, c'est vrai que très intéressant.
A
Capsine Cousin, je me permets de vous interrompre parce qu'en fait, ce qu'on remarque, c'est qu'il y a une espèce de progression dans la légitimité de Netflix dans le secteur. Vous parliez de ses premières nominations aux Oscars, là on est en 2017. Première statuette pour les casques blancs, un documentaire sur la guerre en série pour Netflix. Cette année-là, il y a aussi Amazon qui repart avec des statuettes, c'est la toute première fois. Là, on franchit vraiment une étape en fait.
D
Oui, d'ailleurs, on a vu qu'il y avait une espèce de guéguerre avec Amazon pour essayer de rafler des prix dans plusieurs festivals. D'abord les Oscars, ensuite il a commencé à être présent au Festival de Cannes en France, dans des conditions un peu polémiques, on pourra y revenir, et ensuite dans d'autres festivals comme le Festival de cinéma de Venise. Pour lui, l'objectif, c'était vraiment d'entrer dans la cour des grands à Hollywood, de montrer que lui aussi, il était capable de produire des films haut de gamme. Et par exemple, il y a quelques années, il a donné carte blanche à Martin Scorsese. Il lui a donné un budget évalué à 200 millions de dollars pour réaliser un film de plus de 2h30 qui s'appelait The Irishman. Et là encore, Netflix a démontré qu'il était capable d'accueillir les plus grands et de leur donner le budget qu'ils souhaitaient pour réaliser ce qu'ils souhaitaient.
A
Oui, et ça aussi, bien entendu, ça joue sur la légitimité de Netflix, on l'imagine. Je continue ma petite chronologie, Capucine Cousin. Il y a la pandémie de Covid-19 et le confinement. Ça aussi, ça va être un moment assez pivot, on va dire. On est toutes et tous enfermés chez nous et on constate à ce moment-là un véritable bond dans la consommation des contenus en streaming. Vous dites même dans votre livre que ça a été un accélérateur de nouveaux usages culturels. Qu'est-ce que vous voulez dire par là?
D
C'est-à-dire que comme les gens étaient confinés chez eux, donc évidemment ils ne pouvaient plus sortir. Et moi j'ai vu autour de moi des gens qui se partageaient des listes de films ou de séries à voir ou à revoir. Et c'est vrai que Netflix et les autres plateformes ont pu profiter de ce contexte pour développer leur offre et la valoriser auprès du grand public. C'est à ce moment-là également que Netflix a annoncé plusieurs autres collaborations, par exemple avec la réalisatrice Jen Campion, qui avait eu la Palme d'Or au Festival de Cannes en France avec son film La Leçon de Piano en 1992. Mais c'est sûr que les gens, je pense qu'ils ont vraiment, c'est venu courant pour eux de regarder des séries par saison entière, de regarder plusieurs épisodes d'affilée. Et je pense que c'est Netflix qui avait déjà commencé à créer cette habitude, le binge-watching, avant même la pandémie.
A
Alors, on est en 2026. Aujourd'hui, Netflix est un véritable mastodonte. 382 milliards de dollars de capitalisation boursière, plus de 30% du streaming mondial, 7600.
B
Films et séries disponibles.
A
Pourquoi, Capsine Cousin, ce rachat de Warner Bros. arrive sur la table maintenant? Est-ce que c'est la suite logique de tout ce qu'on vient de décrire? Qu'est-ce que ça va apporter de plus à Ted Sarandos et Greg Peters qui sont les deux C.E.O. de Netflix? C'est toujours cette recherche de légitimité, de crédibilité dans le secteur?
D
Oui et puis aussi moi je pense qu'il va vraiment élargir son spectre comme acteur à part entière de l'audiovisuel et du cinéma. C'est-à-dire qu'il rachète un catalogue colossal de films cultes, de séries issues de la chaîne HBO. des catalogues de séries, donc on l'a dit, comme Les Sopranos ou Friends, qui ont vraiment fait entrer les gens dans cet univers de séries. Également, il ne faut pas oublier qu'il va acquérir un réseau de salles de cinéma, et ça aussi c'est assez important parce que c'est une des briques qui lui manquait dans son édifice. Jusqu'à présent, Netflix possédait deux ou trois salles de cinéma, il a racheté des salles Classé Mouvement Historique, à New York et à Los Angeles, pour l'instant qu'il lui serve à faire des projections, des événements. Mais là, c'est-à-dire qu'il rajoute des nouvelles piles sur son édifice.
A
C'est ça, et donc obtenir quelque part toute la chaîne du cinéma, de la création à la diffusion. On a parfois du mal, Capsine Cousin, à comprendre si Netflix est un acteur qui est apprécié, disons, dans le secteur du cinéma ou pas. Parce que d'un côté, c'est vrai, ils vont chercher des acteurs et des réalisateurs connus, vous en parliez tout à l'heure, Martin Scorsese, Leonardo DiCaprio. Ils financent des projets de grande ampleur, ils vont aussi développer des projets plus locaux qu'ils font rayonner à l'international. Qui aurait imaginé qu'on regarde une série sud-coréenne il y a 15 ans comme Squid Game? Et puis de l'autre côté, on entend bien qu'on est face à un géant du numérique avec les dangers que l'on devine. Comment vous analysez vous la situation? Comment est perçu Netflix dans ce secteur du cinéma?
D
Ce qui est sûr, c'est que son rachat possible de la Warner Bros., annoncé en décembre dernier, a fait réagir à Hollywood. Il y a plusieurs acteurs, comme Jane Fonda, qui se sont exprimés publiquement, qui ont exprimé leurs inquiétudes. Un des sujets d'inquiétude, c'est l'avenir des salles de cinéma, parce que les cofondateurs, les dirigeants de Netflix, que ce soit Reed Hastings par le passé ou Ted Sarandos aujourd'hui, ont dit à plusieurs reprises que pour eux, la sortie en salle, n'était pas son priorité, que de toute façon, quand Netflix produit, achète des films, il les achète pour en offrir l'exclusivité à ses abonnés. Qui plus est, pour ce qu'on appelle la chronologie des médias, aux Etats-Unis, elle n'existe plus beaucoup, c'est-à-dire qu'un film qui sort en salle, la plupart du temps, il peut sortir à peu près un mois et demi après sur les plateformes. Et Netflix risque d'accélérer ce phénomène, surtout dans les pays où cette chronologie des médias et peut protéger, même si c'est encore le cas dans des pays comme la Belgique et la France pour l'instant.
A
Je vous propose de nous pencher à présent sur les craintes du secteur du cinéma. Justement, Sarah Poussey a discuté avec un producteur belge.
F
Jacques-Henri Broncard a créé Versus Productions fin des années 90. Il a produit toute une série de films belges comme Duel, L'économie du couple ou La nuit du 12. Ce rachat des studios Warner Bros par Netflix, il l'identifie comme une menace à plusieurs égards pour le monde du cinéma. Et en premier lieu parce que Netflix n'a pas du tout le même objectif que la société Warner.
G
Leur vocation c'est d'amener du contenu sur leur plateforme. C'est pas de diffuser des films au cinéma.
F
Le risque à long terme est donc que les films produits sortent simultanément en salles et sur Netflix, ce qui mettra donc encore plus en péril les salles de cinéma.
G
En Belgique, en France, on a un écosystème qui s'appelle la chronologie des médias. Un film est d'abord exposé au cinéma et quatre mois plus tard, il peut se retrouver en VOD, puis en PTV, et puis après ce qu'on appelle la Free TV, c'est-à-dire la télévision comme la RTBF.
F
Et donc ainsi assurer la primauté de la sortie des films au cinéma. Autre problème pointé par le producteur, Netflix diffuse des films et des séries de nombreux pays différents mais finance très peu l'industrie du cinéma local. En Belgique, Netflix est d'ailleurs en train de renégocier les termes de son contrat avec la Fédération Wallonie-Bruxelles.
G
Tous les éditeurs de services en Belgique, tous ceux qui retirent un chiffre d'affaires de leur diffusion sur le territoire belge doivent contribuer à la production du visuel. Et Netflix essaie simplement de remettre ça en question. Alors c'est facile de s'attaquer à un petit pays comme la Belgique. Ils le font aussi dans d'autres petits pays. En France, ils doivent investir comme 20%. Le lobby français est hyper puissant. Malheureusement, on n'arrive pas à être dans ce rapport de force. Aujourd'hui, on n'a pas les bénéfices d'une contribution de ces streamers et on le sent réellement.
F
Ce rachat pose aussi des problèmes en termes de diversité des contenus disponibles pour le public. Le concurrent direct de Netflix, HBO, risque en effet d'être tout simplement absorbé.
G
Il y a des séries qui sont vraiment éditorialisées, qui ont un vrai label HBO. Est-ce que dans le futur, ce sera toujours le cas? Ou est-ce qu'on ne va pas avoir une espèce de grande lessiveuse? Tout, finalement, sera Netflix. Et pour moi, Netflix n'est pas toujours le synonyme de qualité.
F
Pour préserver son niveau d'exigence et son avenir, le cinéma doit donc pouvoir compter sur son public.
G
Nous, en tant que consommateurs aussi, on doit pouvoir se poser les bonnes questions. Si on a envie de continuer à renforcer ce modèle ultra-dominant, agressif, impérialiste américain, il ne faut pas oublier ces choses-là. C'est quand même notre futur, notre avenir, notre identité qui passe par là aussi.
A
Alors, la question du public, elle est centrale aussi, évidemment. Capucine Cousin, je rappelle que vous êtes l'autrice du livre Netflix Co. Les coulisses d'une révolution. Je lisais ce commentaire sur les réseaux sociaux quand je préparais cette émission. Tant mieux, tant mieux qu'il y ait ce rachat. On aura un seul abonnement pour un grand catalogue de séries. R'a le bol de payer cinq plateformes tous les mois. Bon, évidemment, on n'est pas tout à fait dans le même état d'esprit que ce qu'on vient d'entendre dans la séquence de Sarah Poussey, mais est-ce que ça pourrait être au bénéfice de celles et ceux qui regardent ce rachat?
D
Au bénéfice des spectateurs, peut-être. Après quand même, je tiens à nuancer les choses concernant l'avenir des salles de cinéma. Bon, à demi-mot, certes, Cerandos a quand même apporté son plan de garantie, notamment le catalogue de sorties en salle des films de Warner Bros. Sera respecté de façon normale jusqu'à fin 2027. Alors vous me direz, fin 2027, ça laisse quand même un laps de temps. relativement court à Warner, et peut-être que d'un strict point de vue business marketing, Netflix aura intérêt à garder la marque Warner Bros. et la sortie en salle des films brandés Warner Bros. dans un processus normal, peut-être. Ensuite, c'est sûr qu'il y aura plus de diversité des films et des séries proposés par Netflix suite à ce rachat, ça c'est certain. Peut-être que le téléspectateur aura à y gagner.
A
Oui, il y aura plus de choses à sa disposition. Après, on ne peut pas éluder cette question de l'uniformisation des contenus. Je discutais avec un graphiste spécialiste des effets spéciaux cinéma. Il me disait Netflix, c'est une charte visuelle. On a une charte graphique. Là, il y a des contenus confiés à des réalisateurs connus, certes, avec leurs pattes, mais ça, c'est une minorité. Il y a beaucoup de contenus Netflix qui sont déjà un peu standardisés, comme les films de Noël, par exemple. Est-ce que ce rachat, ça risque d'accentuer ça et d'absorber aussi ce qui faisait l'originalité de Warner Bros?
D
Ce n'est pas impossible. C'est vrai que cette semaine encore, il y a l'acteur américain Matt Damon qui a tenu ses propos, qui a estimé que les scénarios et les dialogues des productions Netflix étaient un peu simplifiés pour que ce soit plus facile pour les spectateurs de les visionner. Et c'est vrai que ça pose beaucoup de questions. Est-ce que les productions Warner Bros garderont leur indépendance, leur ADN? Je ne sais pas pour l'instant. Moi je pense que d'un point de vue marketing, Netflix a intérêt à laisser à la Warner Bros ce qui fait sa patte, sa spécificité aujourd'hui.
A
Et puis Netflix c'est aussi une machine à créer du récit, des fictions. On sait à quel point ça influence nos imaginaires collectifs, nos représentations du monde. Est-ce que tout ça en fait quelque chose de très stratégique? Est-ce que ça explique selon vous aussi le volet politique qu'a pris cette affaire avec Donald Trump qui s'en mêle?
D
Oui, sans doute, d'autant que Netflix a longtemps été perçu comme progressiste par ses séries qui mettaient en scène le harcèlement chez les enfants avec la série Adolescence, qui mettaient en scène l'homosexualité, la diversité dans tous les sens du terme. Elle a été quand même perçue pendant très longtemps comme un produisant des contenus progressistes. Ce wokisme que déteste Trump et son entourage, évidemment. Donc c'est vrai que Trump, peut-être que ça l'agace, c'est ce qu'il faut rappeler aussi d'un point de vue politique. Quand même, les patrons d'attaque américains se sont beaucoup rapprochés de Trump, l'ont beaucoup soutenu financièrement, etc. Ils se sont prosternés devant lui depuis son élection. Ça n'a pas été le cas, ou très peu le cas, des dirigeants de Netflix. Ted Sarandos a rencontré Donald Trump mais assez peu. Rita Stings, le fondateur de Netflix, n'a jamais soutenu publiquement Trump, donc peut-être que ça, ça va pencher en leur défaveur un jour ou l'autre.
A
Vous parliez aussi de l'avenir des salles de cinéma et tout l'écosystème qu'il y a autour. Je vais vous poser une question volontairement un peu provocatrice mais est-ce que les salles de cinéma, c'est pas fini à moyen terme de toute façon parce qu'on parlait d'évolution des usages tout à l'heure. Est-ce que le monde du cinéma et notamment le syndicat des scénaristes défend un âge d'or un peu perdu?
D
Ce qui est certain, c'est que quand même, moi je trouve que, que ce soit en France ou aux Etats-Unis, on voit que les très gros films, les blockbusters, attirent encore toutes les générations, y compris les jeunes, en salle. Il y a des films qui sont faits pour être vus sur très grands écrans, et on voit que l'offre se diversifie. Maintenant, que ce soit en France ou ailleurs, vous avez des salles de cinéma qui sont plus chères mais qui vous garantissent une expérience vraiment à 360 degrés, etc. Les gens vont encore au cinéma pour aller voir le dernier Star Wars ou un très gros film d'action. Moi ça me laisse penser qu'il y aura quand même encore de la place pour certains films. Et puis ça reste quand même une sortie d'aller au cinéma.
A
Oui c'est ça, il y a l'expérience collective et puis comme vous dites aussi l'expérience immersive avec des films à gros budget qui peuvent avoir des effets spéciaux. qu'il est mieux d'expérimenter en salle. Une dernière question peut-être, on parle beaucoup de l'arrivée de l'IA aussi dans le secteur du cinéma qui va impacter tous les niveaux de l'écriture, des scénarios jusqu'à la production vidéo, le doublage, etc. Est-ce que Netflix se positionne dans ce grand chamboulement et qu'est-ce que ça pourrait donner pour la suite?
D
Pour l'instant, il n'en a pas parlé publiquement. Dernièrement, on a vu qu'Amazon, qui avait commencé à recourir à l'IA pour faire des sous-titrages sur certains des contenus qu'il utilisait, a fait brutalement marche arrière. Également, on a vu qu'à Hollywood, il y a eu plusieurs grèves, notamment les grèves des scénaristes contre le recours. à l'IA. On ne sait pas pour l'instant à quel point les différents métiers d'Hollywood sont parvenus à se prévenir. Il y a des acteurs aussi qui commencent à engager des actions, des actions collectives, à prendre la parole publiquement contre ça. Pour l'instant, on ne sait pas. C'est sûr que Netflix y réfléchit au recours à l'IA, mais pour l'instant, il ne s'est pas exprimé à ce sujet.
A
1997-2026. En presque 30 ans, Netflix est passé.
B
D'Un service de location de DVD en.
A
Ligne au statut de géant du streaming.
B
Mondial qui pèse plus de 300 milliards de dollars. La société a gravi les échelons, les.
A
Uns après les autres, ajoutant à son.
B
Tableau tous les maillons de l'industrie cinématographique. Et aujourd'hui, ce projet de rachat de Warner Bros. Discovery s'impose comme l'étape ultime, celle qui consacrerait Netflix comme un acteur dominant et.
A
Incontournable sur notre façon de consommer les.
B
Films et les séries.
A
Un peu comme Meta l'a été sur.
B
Nos échanges en ligne, comme Google et maintenant ChatGPT le sont sur nos recherches en ligne. À la différence que Netflix vient se greffer sur une industrie centenaire, celle du cinéma. Alors, la révolution est en cours, c'est vrai, elle suit nos usages, mais à quel prix? Je vous laisse avec cette question.
A
Merci à notre invité Capucine Cousin dont.
B
Le livre « Netflix Co. Les coulisses d'une révolution » vient.
A
De faire l'objet d'une mise à jour.
B
Dans laquelle elle évoque aussi tous les concurrents de Netflix, Disney+, Amazon et les autres car on sait que c'est un secteur hautement concurrentiel. Merci à Jacques-Henri Broncard de Versus Productions. A la réalisation de cette émission, il y avait Valentin Gourdange. A la préparation, Sarah Pousset et Marie Van Cutsem. Si vous avez aimé cet épisode, n'hésitez pas à le partager, ça nous fait toujours plaisir. Et à très bientôt pour de nouvelles.
Podcast: Les Clés (RTBF)
Date: 23 janvier 2026
Host: Arnaud Ruyssen
Invité principale: Capucine Cousin (journaliste et autrice de « Netflix Co. Les coulisses d’une révolution »)
Contributeurs: Jacques-Henri Broncard (producteur, Versus Productions), Sarah Pousset (reportage)
Ce numéro de « Les Clés » analyse en profondeur le projet historique de rachat par Netflix du studio Warner Bros. Discovery pour 83 milliards de dollars – un événement qui pourrait bouleverser l’industrie mondiale du cinéma et du streaming. L’épisode explore les ressorts politiques, économiques et créatifs de cette opération, ainsi que ses conséquences potentielles sur les salles obscures, la diversité des contenus, et l’équilibre des pouvoirs culturels entre l’Europe et les États-Unis.
[00:04 – 07:00]
« Netflix, le géant du streaming, s'offre donc le studio de cinéma et de télévision Warner Bros. Discovery pour près de 83 milliards de dollars. »
— Arnaud Ruyssen [00:04]
[05:08 – 07:00]
« Après l'annonce de l'offre de Netflix, Donald Trump dénonce finalement ce qui pourrait devenir une situation de quasi-monopole... Mais le président américain semble jouer sur tous les tabous. »
— Arnaud Ruyssen [05:10]
[09:00 – 14:24]
« Je pense que c'est Netflix qui avait déjà commencé à créer cette habitude, le binge-watching, avant même la pandémie. »
— Capucine Cousin [13:54]
[14:06 – 15:53]
« Netflix rachète un catalogue colossal de films cultes, de séries issues de la chaîne HBO, des catalogues de séries comme Les Sopranos ou Friends [...] il va acquérir un réseau de salles de cinéma, c’est une des briques qui lui manquait. »
— Capucine Cousin [14:24]
[16:52 – 19:41]
« Leur vocation c'est d'amener du contenu sur leur plateforme. C’est pas de diffuser des films au cinéma. »
— Jacques-Henri Broncard [17:26]
« On doit pouvoir se poser les bonnes questions. Si on a envie de continuer à renforcer ce modèle ultra-dominant, impérialiste américain… c’est notre avenir, notre identité qui passe par là aussi. »
— Jacques-Henri Broncard [19:24]
[20:11 – 22:00]
« Peut-être que le téléspectateur aura à y gagner... Après, on ne peut pas éluder cette question de l’uniformisation des contenus. »
— Arnaud Ruyssen [20:58]
« Ce n’est pas impossible… l’acteur Matt Damon a estimé que les scénarios et dialogues Netflix étaient simplifiés pour que ce soit plus facile pour les spectateurs… »
— Capucine Cousin [21:28]
[22:00 – 23:32]
[23:11 – 24:09]
[24:09 – 25:17]
| Timestamp | Segment / Sujet | |-----------|--------------------------------------------------------------------| | 00:04 | Annonce officielle du rachat/présentation des enjeux | | 03:00 | Panorama du patrimoine Warner (DC, Harry Potter, HBO, CNN, etc.) | | 05:10 | Entrée de Trump & enjeux politico-financiers. | | 07:00 | Interview Capucine Cousin : Probabilité et obstacles du rachat. | | 09:00 | Retour sur l’histoire et l’ascension de Netflix | | 11:49 | Les Oscars, la bataille Netflix vs Amazon | | 13:05 | L’effet Covid, le binge-watching généralisé | | 14:06 | Raisons stratégiques du rachat pour Netflix (légitimité, salles…) | | 15:53 | Débat sur la perception de Netflix dans le secteur du cinéma | | 17:03 | Reportage producteur belge : menace pour les salles, diversité | | 20:11 | Avantages pour le public, mais risque d’uniformisation | | 22:00 | Dimension politique et culturelle, soft power, polarisation Trump | | 23:32 | Avenir des salles, la fin d’un « âge d’or » ? | | 24:36 | AI et innovations technologiques dans l’industrie | | 25:26 | Conclusion : Netflix, nouvelle méta-plateforme de la culture ? |
« C’est un rachat historique qui va changer beaucoup de choses. »
— Journaliste RTBF [01:42]
« Si Netflix gagne, Trump s’enrichit. Si c’est Paramount, ils gagnent aussi. On n’est plus à un conflit d’intérêts près. »
— Arnaud Ruyssen [06:05]
« Quand Netflix a été créé en 1997, c’était juste une société de location de DVD... Aujourd’hui, il est devenu un acteur incontournable. »
— Capucine Cousin [09:19]
« Nous, en tant que consommateurs, on doit pouvoir se poser les bonnes questions... »
— Jacques-Henri Broncard [19:24]
« Ce qui est certain, c’est que les très gros films, les blockbusters, attirent encore toutes les générations, y compris les jeunes, en salle. »
— Capucine Cousin [23:32]
L’émission se termine sur la mise en perspective de Netflix comme faiseur de culture comparé à Meta ou Google dans leurs domaines respectifs – mais avec une emprise sur une industrie centenaire.
Arnaud Ruyssen laisse cette question en suspens :
« La révolution est en cours, c’est vrai, elle suit nos usages, mais à quel prix ? »
Ton général: Informatif, critique, engagé, nuancé – l’émission croise enquêtes, interviews, analyses économiques, et paroles du terrain, tout en questionnant le futur de la diversité culturelle, du cinéma européen et de la souveraineté numérique face aux géants américains.