
L’accord commercial conclu par l’Union européenne avec les pays du Mercosur a été signé au Paraguay le 17 janvier. Mais que contient exactement cet accord ? Qui sont les gagnants et les perdants du Mercosur ? Décryptage avec Frédéric Rohart, journaliste au service ...
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Laurent Nélissen
This agreement is our clear response. La première.
Arnaud Reussen
Cette viande qu'elle a arrivée, c'est de la merde. Donc cette concurrence est déloyale. Elle va donc être destructrice.
Olivier Henryon
J'ai besoin de repères. La Commission européenne a chiffré à 39% le boost des exportations que cet accord pourrait générer.
Laurent Nélissen
Les clés.
Frédéric Rohart
Sur le Mercosur, nous considérons que le compte n'y est pas et que cet.
Olivier Henryon
Accord ne peut pas être signé.
Arnaud Reussen
Arnaud Reussen.
Olivier Henryon
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans un épisode des clés où nous allons essayer de mieux comprendre l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur, ou plus précisément avec quatre pays latino-américains, le Brésil, l'Argentine, l'Uruguay et le Paraguay. Dans cet épisode, On va essayer de comprendre ce que va changer ce texte pour les agriculteurs, pour les entreprises, mais aussi pour les citoyens, les consommateurs européens. Qui gagne Qui perd On va prendre 27 minutes pour y voir clair en retraçant d'abord le long chemin de négociation de cet accord de libre-échange.
Laurent Nélissen
La première, les clés.
Arnaud Reussen
Ils sont tous souris.
Olivier Henryon
Devant les drapeaux alignés, les dirigeants des pays du Mercosur, ainsi que Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et Antonio Costa, le président du Conseil européen. À Asunción, la capitale du Paraguay, ils viennent de parafer un accord qui était en discussion depuis 25 ans. Alors, rebobinons un peu pour bien comprendre de quoi on parle. Et remontons en 1999. A l'époque, le libre-échangisme est largement vu comme une vertu. Et lors d'un sommet à Rio, les dirigeants européens et latino-américains jettent ensemble les bases d'un grand accord commercial à négocier entre eux.
Arnaud Reussen
Nous avons tous je tiens à ce qu'on le sache bien, la même volonté, qui est celle de nous orienter vers un libre-échange qui est dans la nature des choses. La France, comme l'Union Européenne, comme d'ailleurs le Mercosul, comme l'Amérique du Sud et la Caraïbe, nous sommes tous déterminés à progresser le plus vite possible dans cette voie.
Olivier Henryon
C'est donc à la fin 1999 que les négociations sont officiellement lancées et personne ne se doute alors qu'il faudra plus de 25 ans pour conclure l'accord. Car en 2004, c'est déjà un premier échec. Il faut constater que les positions entre les pays qui négocient sont bien trop éloignées. Déjà à l'époque, l'Europe, avec la France en tête, craint pour son agriculture. 6 ans plus tard, en 2010, les négociations reprennent, vaille que vaille, pendant 2 ans. Mais en 2012, c'est un nouveau coup d'arrêt. Et c'est seulement en 2016 que les négociations vont reprendre de manière beaucoup plus sérieuse, avec un élément déclencheur en particulier. Un certain Donald Trump s'est installé à la Maison-Blanche sur cette promesse. Washington choisit la voie du protectionnisme et la Commission européenne veut du coup conclure au plus vite un accord de libre-échange avec de nouveaux partenaires. C'est un coup d'accélérateur très important pour les négociations avec le Mercosur. En 2019, on est tout proche d'un accord, mais c'est la question environnementale qui va venir tout bloquer, en particulier autour de ceci.
Arnaud Reussen
Emmanuel Macron estime que Jair Bolsonaro a menti en matière d'engagement sur l'environnement et sur la biodiversité. Il lui a menti lorsqu'ils ont parlé ensemble à Osaka.
Olivier Henryon
Le président du Brésil d'alors, Jair Bolsonaro, appartient à l'extrême droite et visiblement il a caché aux Européens des grands chantiers qu'il veut lancer au mépris de la protection de l'Amazonie. Dans la foulée, la chancelière allemande Angela Merkel décidera elle aussi en 2020 de ne pas signer l'accord, là encore pour des raisons environnementales. Certains pensent alors que le texte est mort. D'autant que des sondages montrent que l'opinion publique européenne est plutôt défavorable à ce traité de libre-échange. Mais la Commission ne lâche pas le morceau. De nouvelles propositions sont faites. Et surtout, la Commission va prendre une décision stratégique importante. Elle sépare le volet commercial du reste de l'accord. Or, Pour les questions purement commerciales, l'Union peut avancer avec des majorités qualifiées. Il ne faut pas l'unanimité des États membres. La France, qui est le pays le plus en pointe dans l'opposition au texte, se trouve donc en quelque sorte mise sur le côté. La commission et les pays favorables au traité avancent eux alors à grandes enjambées malgré la colère des agriculteurs qui se mobilisent en masse.
Arnaud Reussen
Actuellement déjà le prix du lait s'effondre et donc si en plus de ça le prix de la viande va s'effondrer et je pense que franchement il y aura un avant mercosur et un après mercosur, je plais franchement la jeune génération avec ce qui va leur tomber sur la tête.
Olivier Henryon
Début janvier, malgré cette opposition du monde agricole, malgré l'opposition de la France, de la Pologne, de l'Irlande, de la Hongrie et de l'Autriche, malgré l'abstention de la Belgique divisée en son sein, l'accord est adopté par une majorité d'Etats membres et il est tout proche maintenant d'entrer en application, même si la pression des agriculteurs le faiblit pas.
Frédéric Rohart
Nous sommes ici pour nous battre pour notre futur. Nous voulons dire non à l'Américotour, non à tous les trains qui viennent détruire les fermiers européens.
Olivier Henryon
Voilà pour le fil donc de 25 ans d'histoire de ce traité, cet accord de libre-échange avec les pays du Mercosur. Bonjour Olivier Henryon.
Arnaud Reussen
Bonjour Arnaud Ressel, bonjour à tous.
Olivier Henryon
Vous êtes un de nos journalistes spécialisés des questions européennes ici à la rédaction de la RTBF. Alors il y a eu ce moment de signature, on l'a dit, de cet accord de libre-échange avec les pays du Mercosur, avec Ursula von der Leyen, avec le président du conseil aussi. Mais il est signé, pas encore adopté. Qu'est-ce qu'il manque encore Parce que la technique législative européenne, on ne la connaît pas toujours très bien. Qu'est-ce qu'il manque encore pour parler vraiment d'un texte qui serait adopté et qui pourrait rentrer en application Déjà, en 25.
Arnaud Reussen
Ans de négociation, on a appris une chose, c'est qu'on n'était jamais à l'apprêt d'une surprise. Mais là, on n'est jamais allé aussi loin, effectivement, que ce qui s'est passé à Asuncion il y a quelques jours, la signature de ce traité par la Commission européenne. Maintenant, il y a encore d'autres étapes. Il y a une étape importante qui reste à franchir qui est l'accord du Parlement européen. Il faudra effectivement que les députés donnent leur feu vert pour que cet accord, le volet commercial de cet accord, entre en vigueur. Et comme vous l'avez dit dans le reportage, il n'y a pas besoin d'attendre une ratification des États membres pour que le volet commercial de cet accord entre en vigueur parce que L'aspect commercial est une prérogative de la Commission européenne, c'est une compétence unique de la Commission européenne. Donc pour l'instant, on attend, le suspense porte sur la ratification de ce traité par le Parlement européen et aussi par l'un des états du Mercosur pour qu'il puisse entrer en vigueur.
Olivier Henryon
Et il y a un vrai suspense sur le vote des députés européens ou bien on s'attend à ce qu'il y ait une majorité qui se dégage pour adopter le texte Non, il y a.
Arnaud Reussen
Un suspense, le vote est assez serré. Alors effectivement les choses évoluent, le contexte international font que les positions sont en train de bouger mais le vote sera effectivement assez serré même si les défendeurs du Mercosur aujourd'hui ont tendance à dire qu'il y aura une majorité qui sera courte mais il y aura une majorité en faveur du texte. Il ne faut pas oublier non plus qu'il Il y a, on y l'a entendu, a des manifestations qui continuent de se produire. Et ça aussi, c'est un coup de pression énorme sur les députés, sur les Etats membres. Et on ne sait pas quel sera le poids de ces manifestations sur le vote au Parlement européen.
Olivier Henryon
Ce n'est pas pour rien que des agriculteurs se sont de nouveau rassemblés. en masse en ce mardi 20 janvier à Strasbourg justement pour maintenant orienter la pression non plus sur la Commission européenne et le Conseil mais maintenant sur le Parlement puisque c'est là-bas que ça va se jouer. Un petit mot quand même aussi sur ce qu'on vient d'entendre et sur ce chemin on a compris très très long. Est-ce qu'on ne doit pas voir dans l'adoption finalement de cet accord, qui n'est pas encore tout à fait adopté, le produit d'une forme de technocratie européenne On a l'impression qu'on entend que c'est la Commission qui remet régulièrement le texte à l'agenda, alors qu'il y a plusieurs moments on croit qu'il est mort, alors qu'on voit qu'il y a des sondages qui sont défavorables. Et pourtant, malgré que c'est un texte aussi qui passe en bonne partie au-dessus de la tête des citoyens européens, parce qu'il est extrêmement technique, qu'on l'a renégocié plusieurs fois, qu'on a fait des concessions des deux côtés, on avance et on finit par l'adopter. Est-ce que vous comprenez, en tout cas Olivier Henryon, que ce soit un peu vu comme ça, comme quelque chose qui est négocié par des techniciens, des bureaucrates de la Commission et qui échappe un peu aux citoyens européens Alors oui, dans.
Arnaud Reussen
Un sens, effectivement, c'est une négociation qui se fait derrière quatre murs. On ne sait pas vraiment ce qu'il y a dedans et on le découvre au dernier moment. Maintenant, c'est une prérogative de la Commission européenne. Si c'est elle qui a relancé la volonté de négocier ce mercosur, relancé les négociations, c'est parce que les États membres lui ont donné ce pouvoir de le faire. C'est à elle de le faire et pas aux autres. Donc effectivement, C'est technocratique, oui, peut-être, mais en tout cas, c'est comme ça qu'on a voulu l'architecture de la politique commerciale européenne. Alors après, il y a un autre élément qui peut faire en sorte qu'on perçoive ces négociations comme étant technocratiques, c'est qu'elles ont duré 25 ans. Et en 25 ans, la situation n'est plus forcément la même. Et donc, on a fait un peu de rabibochage, on a un peu collé des morceaux qui ne vont peut-être pas forcément ensemble, notamment sur tout ce qui est la politique environnementale.
Olivier Henryon
Alors on va évidemment se plonger maintenant dans le contenu du texte et peut-être entendre d'abord l'inquiétude des agriculteurs puisque c'est eux qui se sont exprimés de la manière la plus forte et la plus sonore ces derniers mois. Mais ça fait un moment qu'ils se mobilisent contre ce mercosur parce qu'ils sont inquiets de voir arriver une offre supplémentaire de produits sur le marché et que ça puisse faire s'écrouler les prix. Et puis ils sont inquiets aussi sur la qualité des produits qui pourraient arriver. Je vous propose d'entendre ce que disait Luc Hollands qui est éleveur et producteur laitier à Fouron dans le Limbourg.
Arnaud Reussen
La viande qui va venir du Mercosur, elle est produite avec des OGM, avec du soja OGM principalement. Et aussi, ce sont des bêtes qui sont piquées aux hormones. C'est quand même un truc ici qui n'existe plus depuis 30 ans et qui fait quand même un gros problème sanitaire. Et donc, évidemment, nous, on ne saurait pas être concurrent avec des produits pareils. Et c'est une catastrophe pour la santé des gens.
Olivier Henryon
Voilà, c'est un argument qui revient très régulièrement, le fait qu'on pourrait avoir arrivé sur le marché européen des produits qui ne respectent pas les mêmes standards de qualité sanitaire, de qualité environnementale que les produits européens. Ils ont raison de s'inquiéter pour ça, les agriculteurs, Olivier Henryon Alors, le vrai.
Arnaud Reussen
Problème, c'est qu'aujourd'hui, la viande produite dans le Mercosur, elle est beaucoup plus compétitive que la viande qui est produite dans l'Union Européenne. Pour plusieurs raisons. Alors il y a d'une part le fait qu'elles sont produites sur d'énormes pâturages, ça coûte beaucoup moins cher que d'avoir une agriculture intensive comme on la connaît dans l'Union Européenne. Il y a effectivement aussi la question de la main-d'oeuvre qui est beaucoup moins chère. en Amérique du Sud que dans l'Union Européenne. Et puis il y a la question de toutes les normes. Effectivement, la production de viande au Mercosur n'est pas soumise aux mêmes normes que celles dans l'Union Européenne. Dans l'Union Européenne, on n'a pas le droit aux hormones, on n'a pas le droit à toute une série de produits et il y a toute une série de contrôles qui sont faits. Pour le Mercosur, il y a la garantie donnée par la Commission européenne. Alors non pas que les modes de production seront les mêmes dans le Mercosur et dans l'Union européenne, mais que la viande qui sera importée vers l'Union européenne réponde aux mêmes exigences. Et pour ça, il y aura des contrôles qui devraient être mis en place. déjà au Mercosur et aussi ici dans les ports de l'Union Européenne. Maintenant c'est vrai que beaucoup d'agriculteurs à qui on a pu parler expliquent que les bases de données par exemple pour l'utilisation des antibiotiques dans les cheptels sud-américains ne sont pas aussi fiables que celles qu'on peut rencontrer dans l'Union Européenne. Et effectivement ça peut venir concurrencer. Mais il y aura éventuellement des contrôles qui seront mis ici à l'entrée de cette viande dans les ports européens.
Olivier Henryon
Donc pour bien vous comprendre, l'Europe ne dit pas qu'on veut bien laisser rentrer maintenant des produits qui seraient piqués aux hormones ou qui ne respecteraient pas nos normes sanitaires. On n'en veut pas, mais par contre on n'a pas mis de close miroir, c'est-à-dire on n'a pas imposé aux agriculteurs sud-américains demain d'utiliser les mêmes normes chez eux pour toute leur production que ce.
Arnaud Reussen
Qu'On utilise chez nous.
Olivier Henryon
C'est ça le principe.
Arnaud Reussen
Et la règle de ne pas avoir de viande aux hormones ou aux antibiotiques reste toujours de vigueur dans l'Union européenne. Tout est une question de contrôle pour savoir si ces règles seront bien appliquées du côté de l'Amérique du Sud.
Olivier Henryon
Alors avec nous aussi dans cette émission il y a Frédéric Rohart. Bonjour. Vous êtes vous journaliste à l'Eco et vous avez aussi ausculté cet accord Mercosur qui reste encore à adopter pour essayer de bien comprendre qui pourrait y gagner, qui pourrait y perdre. Un mot avec vous d'abord sur justement cette inquiétude des agriculteurs. Est-ce qu'ils ont raison de considérer que ça pourrait faire s'effondrer les prix pour une série d'enrées agricoles demain alors qu'on sait que ces agriculteurs sont déjà fortement sous pression aujourd'hui en Europe Évidemment, c'est.
Frédéric Rohart
Différent de parler de la question d'un agriculteur individuel, un éleveur qui est déjà en difficulté et à qui on dit on va augmenter les importations de produits très compétitifs. Ça va vous mettre sous pression. Évidemment, c'est très légitime de la part de cet agriculteur d'être inquiet. À l'échelle de l'agriculture et des secteurs en général, c'est plus nuancé, évidemment. Pour parler de la viande de bœuf, du sucre notamment, on donne des contingents, ou latino-américains, de l'ordre de 1,5% de ce qu'on produit en Europe. Ca veut dire qu'il y a 1,5% de ce qu'on produit en Europe pour lequel on va descendre les droits de douane à l'importation. Donc on maintient un niveau de droits de douane, mais ils payeront moins cher. Donc c'est quand même des contingents très limités, et c'est une des raisons pour lesquelles on peut difficilement demander aux latino-américains d'appliquer entièrement nos normes de production, parce qu'on ne leur donne pas accès à l'ensemble de nos marchés, juste à 1,5% de notre production. Et par ailleurs, les agriculteurs européens sont beaucoup plus subsidiés que les agriculteurs latino-américains, donc il y a un déséquilibre aussi de ce côté-là, dont il faut tenir compte dans ce genre de négociations.
Olivier Henryon
Oui donc ça c'est super important évidemment ce que vous nous dites là. Ça veut dire qu'on n'abaisse pas les droits de douane pour l'ensemble des produits sud-américains qui pourraient vouloir arriver sur le marché européen demain. On a fixé des quotas qui correspondent, c'est ce que vous nous dites, à peu près à 1,5% de l'équivalent de ce qui est produit aujourd'hui en Europe. Ce ne sont que ces produits là qui vont pouvoir bénéficier des droits de douane plancher et donc on ne doit pas s'attendre à ce qu'il y ait une marée de produits sud-américains qui viennent concurrencer tous les secteurs de l'agriculture européenne, en tout cas dans ce qui est prévu dans les premières années d'application de.
Frédéric Rohart
Cet accord Non, et même dans les années suivantes. Ce qui est prévu, pour reprendre l'exemple du bœuf, c'est 99 000 tonnes de bœuf latino-américain qui viendront à moindre coût. mais on en importe déjà 200 000 tonnes, donc c'est beaucoup moins que ce qu'on importe déjà. Donc tout l'argumentaire sur la qualité des produits, etc. est certainement légitime, mais se pose déjà, la question des contrôles se pose déjà et elle se posera toujours une fois que le marco sûr de l'accord sera en application, s'il est en application. Et ces contingents, ça marche dans les deux sens, c'est-à-dire qu'une partie de l'agriculture européenne, qui voit dans cet accord quelque chose de positif. Il y a des quotas, des contingents de la même manière de produits laitiers qui seront européens, qui seront envoyés en Amérique latine parce que les latino-américains ne sont pas forcément enchantés de voir les agriculteurs européens qui sont très compétitifs sur ce type de produits arriver chez eux. Sur l'impact global sur l'agriculture, c'est évidemment difficile a priori de dire ce qui va se passer parce qu'on parle de potentiel. Un accord commercial, ça crée du potentiel de part et d'autre. Tout dépend de la manière dont vous l'utilisez. Mais si on prend des exemples passés, le CETA, il y a eu beaucoup d'inquiétudes sur la viande piquée aux hormones canadiennes, etc. Ils ne se sont pas du tout vérifiés, notamment parce que les Canadiens ont utilisé une part infime du quota qu'ils pouvaient utiliser. Donc c'est impossible à l'avance, a priori, de dire quelles seront les conséquences. Par contre, ce qui est important aussi à souligner dans le cadre de l'agriculture belge et wallonne en particulier, c'est qu'on a une agriculture très axée sur la viande de bœuf, donc on est beaucoup plus sensibles aux conséquences d'un accord comme celui-là que d'autres comme les Pays-Bas. On a vu que les Flamands étaient moins inquiets que les Wallons. Ça tient aussi à la structure de notre agriculture.
Olivier Henryon
Non, et ce n'est pas parce que les Wallons seraient par définition plus opposés à ce genre d'accord de libre-échange. Ici, il y a des raisons très concrètes dans la structuration de l'agriculture wallonne qui fait que l'agriculture wallonne sera plus touchée que d'autres agricultures ailleurs en Belgique ou ailleurs en Europe.
Frédéric Rohart
Potentiellement plus touchée, oui.
Olivier Henryon
Potentiellement, parce qu'il faudra voir ce qui se réalise. Et vous rappelez évidemment un élément très important aussi, tout ça c'est un accord. Donc si on n'a pas pu exiger plus des Sud-Américains, c'est aussi parce qu'on n'a pas voulu leur concéder plus de quotas. Tout ça, ça fait partie des équilibres qui ont été négociés au fil de cette négociation. Ceci dit, il y a quand même une série de secteurs, et notamment en Belgique, qui se frottent les mains sur les opportunités que pourrait leur ouvrir cet accord de libre-échange avec le Mercosur. et Sarah Poussey a essayé de lister les différents secteurs qui pourraient en bénéficier.
Laurent Nélissen
Les échanges actuels entre la Belgique et les pays du Mercosur sont assez limités. Ils représentent moins de 1% du commerce belge. La balance commerciale est-elle en faveur de la Belgique puisque nous exportons environ deux fois plus que nous importons des produits du Mercosur Et enfin, notre partenaire principal dans la région, c'est le Brésil avec qui nous commerçons le plus. Les apports du Mercosur varient en fonction des secteurs. Du côté des industries, l'accord est plutôt bien vu car l'Europe va importer des matières premières précieuses et écouler ses produits finis en Amérique du Sud. En pratique, en Belgique, ce sont les industries chimiques et pharmaceutiques qui sont surtout concernées. Elles représentent 30% des exportations vers les pays du Mercosur et même plus de la moitié des exportations vers le Brésil. Avec des droits de douane réduits, voire abolis, les ventes pourraient encore augmenter. Autres produits industriels exportés dans la région, des plastiques, des machines comme par exemple des moissonneuses bateuses ou des pièces de voiture, et puis aussi du matériel électrique comme des groupes électrogènes. Pour toutes ces industries, le Mercosur est plutôt uniquement bénéfique puisque les importations ne menaceront pas leur business. Pour le secteur agricole, en revanche, la balance est différente. On le sait, les agriculteurs craignent une concurrence accrue sur plusieurs marchés, notamment celui de la viande. Mais certains pourraient quand même s'en sortir très positivement. Je parle de toutes les industries liées à la frite. En effet, la Belgique exporte déjà des tonnes de frites vers les pays du Mercosur et pourrait encore augmenter ses quantités. Le Brésil est d'ailleurs déjà le second plus gros marché extérieur à l'Union pour le secteur. Dans l'agroalimentaire, le SPF Economie estime aussi que le malt, le chocolat mais aussi les préparations à base de graisses comestibles ou encore certains fruits comme les poires ou les pommes pourront bénéficier de ces nouvelles destinations ou s'exporter. Plus globalement, le Mercosur est aussi une façon de se diversifier vu comme les relations avec les Etats-Unis se dégradent. C'est ce que nous explique Jean-Christophe Dehalu, directeur du pôle compétences chez ACAT qui représente les entreprises wallonnes.
Frédéric Rohart
La taille des marchés n'est pas du tout comparable, mais on peut se féliciter que les accords de ce type-là, qui s'appuient sur une conception du libre-échange qui est saine et positive et dans l'intérêt des deux parties, restent sur la table du champ politique aujourd'hui.
Olivier Henryon
Et c'est l'occasion de rappeler que du côté des entreprises, notamment la Fédération des entreprises de Belgique, on était plutôt défenseurs de cet accord. Ça veut dire, Frédéric Rouart, qu'il y a des vraies opportunités pour certains secteurs de l'économie belge de s'ouvrir de nouvelles parts de marché et aussi, parce qu'on l'a entendu, c'est important dans l'autre sens, de pouvoir aussi aller chercher certaines matières premières dont on a besoin aujourd'hui à des prix plus bas parce que les droits de douane vont baisser.
Frédéric Rohart
Oui, au niveau sectoriel, certains secteurs sont très intéressés. On peut parler de l'industrie de la transition énergétique ou de la défense qui ont besoin d'accéder aux matières premières critiques. On a vu à quel point les relations sont tendues avec la Chine et les approvisionnements peuvent être coupés du jour au lendemain. C'est très intéressant de pouvoir garantir sur le long terme des approvisionnements dans ces domaines-là. On a parlé de la chimie, la pharma. Oui, les Solvay, les UCB vont profiter de ce type d'accord. Il y a aussi les équipementiers automobiles, plus largement en Europe, qui sont très intéressés parce qu'ils doivent aussi vivre, dans leur cas, pour beaucoup, subir une transition vers l'électrique. Avec l'Amérique latine, ils vont pouvoir vendre des équipements automobiles à des pays qui continuent à produire des voitures thermiques. Voilà, donc à l'échelle de l'économie européenne, par contre, il faut relativiser l'importance de ce type d'accords. Oui, ça peut avoir un intérêt, mais ça ne va pas non plus révolutionner les équilibres. On parle de l'ordre de 60 milliards d'euros pour l'ensemble de l'économie à terme. On a une économie européenne qui est à 18 000 milliards, donc on est à plus 0,3%. Donc on n'est quand même pas dans des changements tectoniques, mais c'est intéressant, oui.
Olivier Henryon
Donc on n'espère pas plus a priori que 0,3% du PIB en plus gagné grâce à ça. Si tout va bien, j'imagine que les Sud-Américains eux font les mêmes calculs, que les deux parties espèrent que ça va améliorer un peu leur situation économique. Mais ça reste, on l'entend, relativement marginal aujourd'hui.
Frédéric Rohart
Mais dans un contexte de multiplication de ce type d'accords. Donc, l'Union européenne essaye et d'ailleurs conclut des accords avec le Mexique, avec d'autres. Et c'est ces petits pourcents en plus qui s'additionnent les uns aux autres, qui assurent la stabilité de l'économie européenne à long terme, en tout cas sur son volet extérieur.
Olivier Henryon
Est-ce qu'elle n'est pas, par contre, cette négociation sur le Mercosur et puis l'accord qui en découle presque un peu à côté contre-courant de l'évolution de notre monde actuel, Olivier Henryon, quand on parle de guerre commerciale, de marchés qui se referment un peu partout. Il y a les droits de douane de Donald Trump, mais il n'est pas le seul, du coup, à aller dans cette direction protectionniste. C'est l'Europe qui essaye encore de faire valoir sa politique beaucoup plus libre-échangiste et à garder le cap là-dessus.
Arnaud Reussen
Oui, en fait, quand on essaie de voir qui sont les gagnants et qui sont les perdants de cet accord du Mercosur, c'est difficile. Mais il y a un gagnant qui semble s'imposer, c'est le multilatéralisme. Et comme vous le dites, ça va un peu à contre-courant de ce que les États-Unis cherchent à imposer au monde entier. Avec cet accord, les Européens veulent aussi, et c'est pour ça qu'il est important aux yeux de la Commission européenne, montrer que ce sont des partenaires fiables et qu'on peut faire du commerce, non pas à travers un rapport de force, mais sur une base de négociation, sur une base d'entente. Et ça, c'est quelque chose, effectivement, qu'on n'a plus l'habitude d'entendre quand on voit que dès que le président américain n'est pas satisfait d'une politique menée dans l'Union européenne, il menace d'augmenter les droits de douane. Nous, là, c'est une approche totalement différente. C'est aussi, comme l'a souligné Frédéric, une approche stratégique, puisque ça permet de s'ouvrir des marchés, notamment aux terres rares. L'Amérique du Sud regorge de toute une série de terres rares, que ce soit de cobalt, de silicium ou de germanium.
Olivier Henryon
Ou je ne sais quoi encore, qui.
Arnaud Reussen
Sont des terres importantes pour la transition numérique et la transition écologique. Et aujourd'hui, c'est la Chine qui possède le canal de distribution et de production de ces terres rares. Et donc là, on ouvre une porte vers une politique qui est une politique de moindre dépendance à l'égard de la Chine notamment.
Olivier Henryon
Et on peut expliquer le fait qu'on ait fini par aboutir sur cet accord de libre-échange avec le Mercosur par justement cette stratégie trumpiste de la guerre commerciale, du chantage, du rapport de force. C'est ça qui a poussé d'autant plus et les Européens et les Sud-Américains à finalement s'entendre sur ce texte, à votre avis Frédéric Roard Ça a sans doute.
Frédéric Rohart
Joué, mais il est possible que ça aurait lieu y compris sans Trump. C'est vraiment impossible à dire. Par contre, effectivement, comme ça a été dit, les Chinois sont très présents aussi en Amérique latine. Pour les Européens, les échanges commerciaux en termes relatifs ont baissé avec l'Amérique latine pendant qu'ils augmentaient. entre l'Amérique latine et la Chine. La Chine qui importe mais qui exporte aussi. Donc pour les Européens c'est important aussi de reprendre pied sur ce continent, c'est un argument. Et puis on envoie comme Européens un message au monde, un message d'action avec un accord de ce type qu'on est effectivement en faveur de règles partagées et c'est essentiel d'un point de vue stratégique pour l'Union Européenne.
Olivier Henryon
Voilà donc pour l'analyse nuancée que l'on peut faire de cet accord entre l'Union européenne et le Mercosur. Accord dont le volet commercial est signé, mais on a bien compris qu'il n'est pas encore pleinement adopté. Il faudra attendre le vote des députés européens pour une véritable entrée en vigueur. Merci à Olivier Henryon et Frédéric Rohart d'avoir croisé pour nous leurs analyses sur cet accord. Merci à Laurent Nélissen pour la réalisation sonore de cette émission, à la préparation Sarah Pousset et Arnaud Reussen. Et un petit rappel, si vous souhaitez nous écrire, vous pouvez toujours le faire à l'adresse desclés lesclés.artbf.be.
Podcast : Les Clés
Animateur : Arnaud Ruyssen (RTBF)
Participants : Olivier Henryon (journaliste RTBF), Frédéric Rohart (L’Écho), interventions d’agriculteurs et d’experts
Date de diffusion : 19 janvier 2026
Durée analysée : ~27 min de contenu (hors intro/outro)
Dans cet épisode, Arnaud Ruyssen et ses invités examinent en profondeur le très controversé accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay), qui aboutit après plus de 25 ans de négociation. L’objectif : décrypter les véritables bénéficiaires et perdants de cet accord, en mettant l’accent aussi bien sur l’agriculture, les entreprises européennes que sur les impacts pour les citoyens et consommateurs.
Citation marquante
“En 25 ans, la situation n’est plus forcément la même. On a fait un peu de rabibochage, collé des morceaux qui ne vont peut-être pas forcément ensemble, notamment sur tout ce qui est la politique environnementale.”
— Arnaud Ruyssen [09:57]
Citation marquante
“La viande qui va venir du Mercosur, elle est produite avec des OGM, avec du soja OGM principalement. [...] Ce sont des bêtes qui sont piquées aux hormones. [...] C’est une catastrophe pour la santé des gens.”
— Luc Hollands, éleveur [11:27]
Citation marquante
“À l’échelle de l’économie européenne, il faut relativiser l’importance de ce type d’accords : 60 milliards, c’est 0,3 % du PIB. On n’est pas dans des changements tectoniques, mais c’est intéressant, oui.”
— Frédéric Rohart [22:30]
Citation marquante
“Il y a un gagnant qui semble s’imposer, c’est le multilatéralisme. Et comme vous le dites, ça va un peu à contre-courant de ce que les États-Unis cherchent à imposer au monde entier.”
— Arnaud Ruyssen [24:15]
| Segment | Sujet principal | Timestamps | |-------------------------------|------------------------------------------------------------------|----------------| | Introduction et résumé historique | 25 ans de négociation, contexte politique | [00:20]–[05:57]| | État actuel de l’accord | Statut, procédure adoption Parlement UE | [06:40]–[08:55]| | Nature “technocratique” de l’accord | Opacité, architecture de l’UE, critiques adressées | [08:55]–[10:49]| | Parole aux agriculteurs | Inquiétudes sur la concurrence des produits Mercosur | [11:27]–[12:02]| | Débat sur les quotas, contrôles, normes | Mesures d’encadrement et limites concrètes | [13:32]–[16:20]| | Effets différenciés sur l’agriculture belge | Spécificité Wallonie-Flamande | [18:04]–[18:19]| | Secteurs industriels gagnants | Chimie, pharma, transition énergétique, chiffres à l’appui | [18:51]–[23:27]| | Dimension géopolitique | Multilatéralisme, stratégie UE face à la Chine | [23:45]–[26:51]|
Gagnants :
Perdants ou secteurs sous pression :
Le ton reste didactique, équilibré, avec des questionnements approfondis sur la réalité concrète du traité. Les intervenants confrontent les préjugés à la réalité des chiffres et des quotas, tout en replaçant l’accord dans le contexte stratégique international.
Cette synthèse fournit une vision claire et nuancée de l’accord Mercosur-UE, utile pour comprendre la complexité des enjeux, départager le mythe du réel, et apprécier l’impact concret sur l’économie, l’agriculture et la politique européenne.