
Les "neets", ces jeunes qui ne sont ni à l'emploi, ni à l'école, ni en formation, représentent environ 13% des 15-29 ans en Fédération Wallonie-Bruxelles. Leurs parcours de vie sont variés et demandent un accompagnement spécifique que nous découvrirons dans un long...
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Vouda Makraï
Aujourd'hui, on va s'intéresser aux needs.
Suleyman Lakhdim
We need to invest in our young people.
Narrator / Reporter (Sarah Poussey)
La première...
Participant - Young Person
J'ai besoin de repères.
Suleyman Lakhdim
Aujourd'hui, je ne sais pas où j'en suis. Je ne sais pas vraiment encore qui je suis.
Narrator / Reporter (Sarah Poussey)
Les clés, Arnaud Reussen.
Interviewer / Host
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés pour un épisode où l'on va s'intéresser à ceux que l'on appelle les needs. Ces jeunes qui ne sont ni à l'école, ni en formation, ni à l'emploi. C'est un vrai défi pour nos sociétés à l'heure où l'on parle beaucoup de l'activation des personnes sans emploi alors que des milliers de jeunes ont perdu ces derniers mois leurs allocations d'insertion et que le décrochage scolaire atteint des records. Alors que faire face à ces enjeux? Quelles sont les initiatives mises en oeuvre pour tenter de raccrocher ces jeunes, de leur remettre le pied à l'étrier? C'est ce qu'on va voir dans cet épisode en commençant par un reportage grand format signé Sarah Poussey.
Narrator / Reporter (Sarah Poussey)
Les clés.
Suleyman Lakhdim
Donc
Vouda Makraï
moi, c'est Vouda, Vouda Makraï. Je suis ici en tant que coordinatrice.
Narrator / Reporter (Sarah Poussey)
On les appelle les nids, des jeunes entre 15 et 29 ans qui ne sont ni à l'école, ni à l'emploi, ni en formation. En Wallonie et à Bruxelles, ils représentent environ 13% de cette classe d'âge et 7% en Flandre.
Vouda Makraï
L'idée ici de Chartwork c'est qu'on a une ASBL et en gros on accompagne les jeunes entre 18 et 29 ans dans la création de leurs projets professionnels et leurs projets de vie de manière générale parce qu'on est conscients que ces jeunes ici qu'on accompagne, pour l'institution c'est beaucoup des chiffres, un taux de chômage, c'est un taux de décrochage et en fait pour nous c'est des humains. On accompagne vraiment les jeunes de tout Bruxelles et l'idée c'est vraiment de pouvoir leur offrir Jusqu'à un peu ce que l'école n'a pas pu leur offrir, ce que la vie n'a pas pu leur offrir et de leur donner tous les outils pour aller sur le marché du travail prêt, outillé et ancré surtout.
Narrator / Reporter (Sarah Poussey)
On regroupe ces jeunes sous le nom de NEETS, mais leur parcours de vie, les raisons de leur décrochage ou leur situation professionnelle et scolaire sont très variées. Pour les rencontrer, l'ACE Bell Art to Work a donc différentes stratégies. Des maraudes en rue, le bouche à oreille et puis la collaboration avec des partenaires comme les CPAs ou les organismes régionaux de l'emploi tels que l'Euphorem ou Actiris.
Vouda Makraï
Le point commun que je pourrais dire entre tous ces jeunes, c'est qu'ils sont motivés. En fait, ils sont conscients de la réalité qu'ils traversent et ils sont conscients qu'ils peuvent en sortir, mais ils ne savent pas comment y arriver.
Interviewer / Host
Je
Suleyman Lakhdim
m'appelle Levy, j'ai 23 ans et
Interviewer / Host
ça fait que 4 ans que je suis en Belgique.
Participant - Young Person
Je m'appelle Elam. J'ai 24 ans. Je viens de quitter mon travail, je suis coiffeuse. J'ai envie de me reconvertir, de faire autre chose. C'est pour ça aussi que je suis venue ici à Artwork.
J'ai 24 ans. C'est Actiris qui m'a envoyée ici. J'étais surtout à la recherche de quelque chose à faire parce que je ne faisais rien. Je n'étais pas à l'école, ni travail, ni rien. Je cherchais quelque chose de concret, du moins quelque chose pour découvrir plusieurs métiers. Parce que j'étais complètement entre guillemets perdu avant de venir ici.
Donc moi c'est Elias, 29 ans, et je suis venu ici à Artwork parce que c'était un coaching en développement personnel et code du travail. Donc je suis venu dans le cadre de mieux m'appromer sur le cadre professionnel, les codes professionnels, vu mon manque d'expérience dedans.
Narrator / Reporter (Sarah Poussey)
Le chemin que propose cette association basée à Molenbeek, c'est d'abord une phase d'accroche, puis la création d'un projet professionnel ou de formation. Pendant deux ou sept semaines en fonction des programmes, les jeunes vont suivre différents ateliers, En groupe, ils vont échanger, déterminer leurs envies, leurs besoins, mais aussi leurs compétences. Grâce à des outils, notamment de développement personnel, chaque participant va réapprendre à se faire confiance, à connaître ses forces et ses limites, jusqu'à finalement construire un projet.
Participant - Young Person
Je me connais beaucoup mieux, je connais mes limites, je sais ce que je sais faire, ce que je ne sais pas faire. En tout cas, j'en apprends tous les jours du coup, mais j'ai plus conscience, je dirais, de mes capacités.
J'ai pris des capacités à mieux m'exprimer face à un employeur, même dans la vie de tous les jours. C'est des petits tips. Je me sens un peu plus prêt à avoir n'importe quel entretien, peu importe le cadre, que ce soit devant un employeur ou personnel. C'est sûr qu'après ces deux semaines, t'en ressors un peu moins bête qu'hier et plus préparé.
Narrator / Reporter (Sarah Poussey)
La troisième phase de l'accompagnement, c'est quand chacun rentre chez soi et doit concrétiser ses objectifs. Un coach accompagne alors chaque participant pour le garder en activité et ne pas le laisser se décourager.
Participant - Young Person
J'ai su découvrir que ce qui me plaisait mieux, c'était tout ce qui était éducateur. Je me suis inscrit dans une formation, là j'attends toujours ça en cours en fait, j'attends toujours la réponse.
Le but, ce n'est pas de réussir un entretien avec un employeur, c'est de trouver quelque chose qui va te passionner, t'animer, que tu vas continuer à faire. L'essentiel, c'est après l'entretien. Ce qui est sûr, c'est que je pense continuer à me former vers tous les domaines qui me passionnent, comme peut-être l'informatique, l'électromécanique.
Du coup, là, ce que j'ai pour projet, c'est soit d'être faire éducatrice spécialisée. Quand j'ai vu, par exemple, mon coach Nabil, ça m'a beaucoup inspirée. J'ai bien aimé comment il animait. Ça m'a beaucoup inspirée. En fait, ici, toutes les personnes sont très inspirantes. En fait, on sent qu'ils sont là pour nous aider, pour nous booster.
Narrator / Reporter (Sarah Poussey)
Dans ces missions, le travail de cet ASBL doit mener normalement vers la signature d'un contrat professionnel ou d'une formation. Sauf qu'en pratique, les vrais objectifs varient énormément en fonction des jeunes. Pour certains, passer un examen comme le permis de conduire ou parvenir à s'exprimer en public, c'est déjà une très grande étape. Mais bien avant le projet professionnel, la toute première étape du travail de cette association, c'est en fait de faire en sorte que les jeunes soient concentrés et disponibles pour suivre ces ateliers. C'est ce que Oudamakraï appelle «lever les biais sociaux », c'est-à-dire tous les problèmes qui encombrent l'esprit du jeune.
Vouda Makraï
Dans tous les accompagnements que je fais, j'arrive à identifier certains freins qui sont communs à plusieurs jeunes. Par exemple, le logement. Par exemple, les assuétudes. Par exemple, les problèmes de justice. Ça, c'est vraiment la santé mentale aussi. C'est vraiment un gros fléau, la santé mentale, pour le moment, parce qu'il n'y a pas assez de psys. Et donc, l'idée, c'est que dès que je commence à identifier des freins qui sont communs à beaucoup de jeunes, j'essaye de trouver des partenaires ici, comme l'ASBL Capuche, qui ont la spécialité que nous, on n'a pas.
Narrator / Reporter (Sarah Poussey)
Capuche, c'est en effet une association spécialisée sur la thématique du logement. Manon Vandenbranden est donc venue donner une formation sur le sujet au groupe de jeunes d'Art to Work.
Manon Vandenbranden
Bonjour à tous et toutes, merci d'être là. Du coup, moi je m'appelle Manon, je fais de Capuche. Capuche, en gros, c'est l'association d'aide pour les jeunes entre 16 et 25 ans par rapport au logement. Donc on a accentué ça sur trois moments. Donc le premier moment, c'est vraiment la recherche de logements. Donc là, on va s'intéresser aux différents types de logements qui existent. Donc on parle des agences meublières sociales, du logement social, du logement privé. On va aussi regarder tout ce qui est au niveau des annonces, de décrypter une annonce, de se méfier des arnaques. Alors, derrière moi, il y a vrai et il y a faux. Vous allez trouver un truc? Et après, vous allez vous mettre soit en vrai, soit en faux. Il ne faut pas juste dire qu'on est faux, il faut dire pourquoi vous pensez que c'est faux.
Facilitator / Trainer
OK?
Participant - Young Person
C'est plus facile de trouver un losement via Facebook que sur EmoWeb.
Manon Vandenbranden
Alors, vrai ou faux?
Participant - Young Person
Le problème, Facebook a beaucoup d'arnaques. Ouais, ouais.
Manon Vandenbranden
Ouais, vous vous êtes déjà fait arnaquer?
Participant - Young Person
Un ami a mort.
Manon Vandenbranden
Ouais, c'est une arnaque.
Participant - Young Person
Je pense que le propriétaire, le pseudo propriétaire, lui a demandé d'avancer l'argent, etc. Et il lui a fait un virement et puis le compte a disparu.
Même moi j'ai eu le même cas sur WhatsApp. J'ai vu la maison sur Facebook, on a parlé, il m'a envoyé un numéro, il m'a dit viens on va communiquer là-bas. On a communiqué un peu, il m'a dit de verser 800 euros d'abord. Après j'ai cru que c'était l'arnaque, je l'ai bloqué direct.
Manon Vandenbranden
Puis le deuxième jour, l'environnement plus s'axait sur l'entrée dans le logement. Donc au niveau de l'état des lieux, on fait une simulation d'état des lieux avec un propriétaire qui n'est pas très regardant et donc pour aussi leur montrer qu'ils peuvent être accompagnés, qu'il faut être vigilant sur ce qu'on signe. Et donc on va aussi s'attaquer au contrat de bail.
Facilitator / Trainer
Là par exemple, est-ce qu'on peut dire que la cuisine est propre?
Manon Vandenbranden
Non.
Participant - Young Person
Non. Qu'est-ce que je fais alors?
Facilitator / Trainer
C'est ça la question ou qu'est-ce que tu fais?
Participant - Young Person
Ouais, honnêtement je sais pas.
Facilitator / Trainer
Non. Et donc, ici, par exemple, tu as autre commentaire ou spécificité. Tu notes l'ensemble du genre, la cuisine, l'ensemble de l'appartement, machin, doit être nettoyé par le propriétaire, aux frais du propriétaire, avant quelle date.
Participant - Young Person
Tu notes tout.
Facilitator / Trainer
Comme ça, c'est écrit. Ça ne veut pas dire qu'il va le faire, mais au moins, s'il ne l'a pas fait, c'est tant qu'il aura raison. Il a une trace écrite, il doit signer, etc.
Manon Vandenbranden
Et la troisième journée, c'est vraiment d'en habiter son logement. Et donc là, on va plus s'intéresser à la gestion du budget et à la gestion du logement de manière générale, et puis aussi aux droits et aux devoirs entre locataire et propriétaire.
Narrator / Reporter (Sarah Poussey)
Toutes ces informations sur le logement peuvent sembler assez simples, mais ce sont des savoirs basiques dont ne disposent pas tous les jeunes. D'autant plus que l'association est confrontée à deux grands types de publics.
Manon Vandenbranden
Il y a ceux qui auront grandi la majorité de leur jeunesse dans des institutions de l'aide à la jeunesse et qui n'auront jamais expérimenté le fait d'être dans de l'autonomie. En général, les repas sont faits, c'est une vie en collectivité, c'est tout à fait autre, et qui sont confrontés à un moment à la nécessité de devoir être adulte et de devoir devenir autonome. et puis d'autres jeunes qui ont grandi en famille, qui ont du coup un autre parcours et où à un moment en fait, voilà, il y a quelque chose qui se passe, un événement et ils se retrouvent seuls et parfois ça peut mener du coup à des jeunes qui sont déjà dans le réseau sans abrisme alors qu'ils ont moins de 25 ans en fait.
Narrator / Reporter (Sarah Poussey)
Les capuches travaillent à la fois sur les besoins urgents et sur la prévention pour éviter que des jeunes se retrouvent à la rue ou en squat. L'association met ainsi à disposition des plus précaires un fonds pour constituer une garantie locative. Elle collabore aussi à des projets de housing first pour des jeunes. Car si tous les needs ne sont pas confrontés à des problèmes de logement, c'est quand même un frein qui revient régulièrement. Particulièrement pour tous les enfants hébergés dans le réseau d'aide à la jeunesse, pour qui le passage à la majorité rime souvent avec un grand lâcher dans le vide. Or, comme pour les adultes, un hébergement sûr est un socle sur lequel construire le reste de sa vie, comme le rappelle Manon Vandenbranden.
Manon Vandenbranden
Le logement est déjà un droit fondamental et c'est surtout la base pour tous les autres domaines de la vie. On le voit, le fait d'être dans une insécurité de logement, dans une précarité résidentielle, ça a un impact dans la manière dont on se projette, mais aussi dans la sécurité qu'on peut avoir de son parcours envers soi, le sentiment d'être chez soi. de savoir où mettre ses affaires. C'est vraiment des choses de base qui vont avoir une répercussion pour pouvoir après se projeter, engager des études ou bien une recherche de travail ou se projeter dans une vie relationnelle stable.
Narrator / Reporter (Sarah Poussey)
Plus vraiment des ados, mais pas encore non plus des adultes accomplis, le public des Neats regroupe des tas de réalités différentes qui demandent des accompagnements spécifiques, dédiés à cette tranche d'âge. À Molenbeek, trois quarts des 90 jeunes accompagnés par Artwork l'année dernière ont obtenu un contrat ou une place dans une formation à la fin du programme. Plus globalement, ce qu'Elam retient de ces quelques semaines de formation, c'est une véritable aide pour entrer dans la vie d'adulte.
Participant - Young Person
C'est des gens qui sont à l'écoute, qui sont là pour vous aider, pour vous donner les meilleurs outils pour commencer la vie d'adulte. Parce qu'on n'a pas forcément tous la chance d'avoir les meilleurs outils au début. Et du coup, eux, c'est ce qu'ils nous donnent. En tout cas, ils nous préparent bien la vie d'adulte.
Interviewer / Host
Et avec nous pour prolonger sur ce sujet dans les clés, il y a Suleyman Lakhdim, bonjour.
Suleyman Lakhdim
Bonjour.
Interviewer / Host
Vous êtes le délégué général au droit de l'enfant. Alors revenons peut-être tout d'abord juste sur ce chiffre qu'évoquait Sarah Poussey au début de ce reportage, ce chiffre de 13 à 14% de cénites, donc ces jeunes qui ne sont ni à l'emploi, ni dans un parcours d'éducation ou de formation. On entend vraiment à travers ce reportage que ça recouvre des réalités très différentes. Certains ne sont peut-être pas très loin de pouvoir se raccrocher à un emploi ou une formation. Pour d'autres, ça va être beaucoup plus compliqué.
Suleyman Lakhdim
Oui, et d'abord peut-être un petit mot sur cette appellation. Moi, j'ai toujours beaucoup de mal avec les acronymes qui définissent les choses de manière négative. Donc, je trouve que le terme n'est pas spécialement un bon terme. Et en plus, vous avez tout à fait raison, ça recouvre des réalités qui sont complètement différentes. Et quand on donne une appellation, on a tendance à croire qu'on a un public qui est plutôt homogène. Donc là, il y a quelque chose à faire en termes de sémantique. La deuxième chose, effectivement, il y a toute une série de causes qui sont différentes, en tout cas, et qui parfois se cumulent aussi. Ce qui arrive très souvent, c'est une rupture par rapport à la scolarité. Aujourd'hui, on a énormément de décrochages scolaires en Fédération Allemagne et Bruxelles. Il faut savoir qu'on a un des taux de redoublement les plus élevés de tous les pays industrialisés, ceux de l'OCDE. Aujourd'hui, on a plus de 100.000 jeunes qui sont en situation de décrochage scolaire. Quand j'ai pris mes fonctions, on était à 80.000 et avant le Covid, on était à 35.000. Donc, il y a vraiment une courbe exponentielle. Et puis, il y a d'autres vulnérabilités qui viennent se greffer à tout cela. Dans le reportage, on parle de la santé mentale, la souffrance psychique des jeunes. C'est quand même un enfant sur sept chez nous en fédération à l'Uni Bruxelles qui est en très grande souffrance psychique. On a des jeunes qui sont aussi cabossés par leur parcours de vie, qui sont pris en charge par le secteur de l'aide et de la protection de la jeunesse et ça a aussi été dit dans le reportage. des enfants qui sont aujourd'hui adultes mais qui étaient en situation d'exil ou en situation migratoire et qui ont subi des traumatismes multiples. On a les enfants en situation de handicap et donc il y a un enjeu qui est fondamental, c'est la question de la transition minorité-majorité et comment on sécurise, comment on répare ces enfants qui sont cabossés avant qu'ils puissent être activés et mobilisés, soit au niveau de l'enseignement, soit au niveau de la formation.
Interviewer / Host
Oui, et on a compris que ce pivot du passage à la majorité à 18 ans est un moment où parfois on va perdre presque la trace aussi de certains jeunes. C'est ça que je trouvais aussi assez interpolant, c'est quand on dit déjà que c'est pas toujours simple même de rentrer en contact avec certains de ces jeunes. On peut mettre en place des politiques sociales. Mais il y en a qu'on va avoir du mal à toucher, alors que ce sont sans doute ceux-là qui en ont le plus besoin.
Suleyman Lakhdim
Oui, donc c'est très important d'aller vers ces publics. C'est un petit peu ce que l'association mellembécoise fait. Donc aller vers ces publics pour d'abord rétablir du lien, avoir de la confiance. Ce sont des publics qui souvent sont précarisés. Vous savez, quand vous avez une mobilité qui est limitée, Quand vous n'avez pas de logement, quand vous n'avez pas accès au numérique de manière générale, ou même si vous y avez accès, vous ne savez pas l'utiliser, forcément ça va fameusement handicaper la suite de votre parcours. Donc oui, il faut aller vers, il faut avoir cette confiance. Et puis progressivement, parce qu'on l'entend aussi, les objectifs varient, les réponses varient. Donc on doit faire du sur-mesure, peut-être même parfois de la haute couture avec certains profils. Et donc ça, c'est quelque chose d'important. En tout cas, les formules gagnantes sont celles qui vont vers ces publics-là.
Interviewer / Host
et l'enjeu, un des enjeux en tout cas, c'est une forme de prise d'autonomie. Je pense que vous avez travaillé là-dessus d'ailleurs avant de devenir délégué général au droit de l'enfant, donc c'est une problématique que vous connaissez bien. Comment est-ce que, pour toute une série de ces jeunes, on apprend des codes de base, parfois de la vie en société, de comment il faut se présenter éventuellement à un entretien, ne serait-ce que pour une formation, de comment, on l'entend dans le reportage, il faut se présenter à un entretien pour avoir un logement. on a des jeunes qui doivent partir de très loin, on a l'impression, pour pouvoir, quelque part, adopter les codes qui sont nécessaires à la vie en société. Et même pour aller chercher certaines des aides auxquelles ils ont droit, il faut déjà, quelque part, ces codes.
Suleyman Lakhdim
Bien sûr, quand vous avez des enfants qui sont en très grande difficulté ou qui ont été placés dans le secteur de l'aide ou de la protection de la jeunesse, si on place des enfants, c'est parce qu'il n'y a pas ou peu de solutions en famille. Ça, c'est la première chose. Donc, ça veut dire que ces enfants sont déjà dans des situations où ils ont peu de ressources familiales exploitables. Ils ont peu de réseaux et en plus ils ont un parcours de vie qui est compliqué. Et puis à 18 ans, on dit à ces enfants, maintenant vous devez voler de vos propres ailes et vous allez basculer d'une logique qui est plutôt chaude, maternante, vers une logique qui est beaucoup plus contractuelle, beaucoup plus froide et où si on ne remplit pas toute une série d'obligations, finalement on perd ses droits et encore plus depuis que de nouvelles politiques sont mises en place. Donc quand on suit la trajectoire de vie de ces jeunes dans les deux ans qui suivent leur majorité, on a 25% qui finissent dans le sans-abrisme et donc ça c'est quand même assez interpellant. Alors les formules qui fonctionnent c'est quoi? C'est d'abord un noyau dur où il y a d'une part un acteur du logement parce qu'il faut mettre en sécurité. S'il n'y a pas de logement, si les besoins primaires ne sont pas couverts, c'est très très difficile d'avancer. Donc il y a des partenariats à faire, soit avec une agence immobilière sociale, soit avec une association de promotion de logement, soit avec des propriétaires solidaires. Il y a toute une série d'acteurs qui peuvent être mobilisés au niveau local. La deuxième chose, bien entendu, c'est faire en sorte que ces enfants ou ces jeunes puissent payer leurs factures. Donc il faut soit un travail, alors on n'est plus dans le cas d'Enid, mais au moins avoir accès à une formation qualifiante. Donc là, ça doit être un objectif en tant que tel, mais la plupart vont dépendre d'un CPS et donc il faut garantir cette allocation sociale au niveau du CPS. Et puis il faut un acteur qui accompagne. Et cet acteur, il doit faire un accompagnement d'ordre socio-éducatif, c'est-à-dire accompagner au quotidien pour que les bons réflexes soient pris, pour qu'on apprenne la base finalement, en termes de logement, en termes de démarches à entreprendre, et puis qu'on puisse être accompagné, soutenu dans les démarches qu'on fait. Et généralement, il y a plein d'expériences probantes qui existent et on devrait en faire le cadastre peut-être. Ça montre que sur un, deux, trois ans, on arrive à avoir des résultats qui sont tout à fait corrects.
Interviewer / Host
Mais donc ça demande, comme vous l'avez dit, des approches ciblées presque individuellement en fonction des profils, ça demande du temps, ça demande des moyens, il faut vraiment pour certains prendre par la main jusqu'à cette autonomie et ça peut être long.
Suleyman Lakhdim
Prendre par la main mais en tout cas avoir au niveau local une logique de réseau qui soit bien articulée. Parce qu'un réseau qui est mal articulé, c'est déjà un réseau qui fait des dégâts. Mais si vous avez un réseau qui est bien articulé, là, j'ai parlé du noyau dur, c'est-à-dire les trois acteurs, CPAS, logement, plus un acteur qui fait de l'accompagnement socio-éducatif comme un service d'action au milieu ouvert, par exemple. Mais autour de ça, il y a d'autres acteurs qu'on peut mobiliser. À l'époque, nous, on avait beaucoup travaillé notamment sur un module en promotion sociale avec un bas seuil, c'est-à-dire que des jeunes qui n'avaient même pas leur CEB puissent continuer parce que parfois, et c'est ça le drame, c'est que institutionnellement, on a des procédures qui sont très standardisées, qui sont très rigides, avec des critères qui sont compliqués et qui découragent également. Puis, je voudrais aussi rajouter peut-être un point, c'est que le monde du travail, il n'est pas toujours aussi vertueux. Dans le monde du travail, il y a des discriminations, il y a parfois des très hautes exigences ou quand il y a une absence de diplôme, c'est très difficile d'y avoir accès. Et donc là aussi, un dialogue avec le monde de l'entreprenariat et des entreprises pour faire en sorte que des passerelles existent.
Interviewer / Host
Alors ce qui transparaît aussi dans le reportage et qu'on peut voir sans doute aussi un peu autour de nous, ce sont des difficultés par exemple par rapport à la complexité de toute une série de démarches administratives, notamment des éléments qui vont passer par le numérique. Alors on imagine que Certains et peut-être beaucoup de ces jeunes ont quand même parfois un accès à internet, mais ce n'est pas le tout d'avoir l'accès, ce n'est pas le tout d'avoir le smartphone. Il y a des codes aussi à maîtriser. Et ça, beaucoup d'associations de terrain remontent le fait que c'est un problème à la fois pour certains de ces jeunes et puis pour toute une série d'autres catégories plus âgées aussi dans la société. Mais ça devient un problème de plus en plus aigu, on a l'impression.
Suleyman Lakhdim
Oui, tout à fait, parce que la fracture numérique, il faut savoir déjà, et ça a été une étude qui a été faite par la Fondation Roi Beaudoin, on a environ 40% des Belges qui sont très mal à l'aise avec le numérique. Donc, au-delà d'avoir accès à l'outil, effectivement, il y a toute la question de la compétence. On sait, par exemple, qu'il y a un lien très, très fort entre l'apprentissage de l'anglais, des connaissances de base en anglais et l'accès au numérique. On sait aussi que des compétences de base, comme lire et écrire, si vous ne les avez déjà pas dans la vie de tous les jours, c'est très difficile d'utiliser le numérique. Donc là, il y a un gros effort à faire en termes d'accompagnement pour pouvoir s'approprier cet outil.
Interviewer / Host
Un mot alors en tant que délégué général au droit de l'enfant, il y a la question du droit, des droits de ces jeunes, que ce soit un droit au logement, un droit à l'éducation, à la formation, un droit à la santé. On voit bien que tous ces droits sont mis sous pression ici dans les situations qui sont racontées. Et on voit que d'ailleurs il y a un hiatus parfois très important entre des droits qui existent et puis leur effectivité. Est-ce que ce n'est pas ça l'enjeu d'ailleurs qui se joue ici? C'est que si on n'accompagne pas certains de ces jeunes, si on ne travaille pas à leur autonomie, à leur montée en compétence sur une série de domaines, en fait il y a toute une série de choses auxquelles ils ont droit mais qu'ils ne vont pas matérialiser parce que simplement ils ne connaissent pas, ils n'ont pas les codes, ils ne savent
Suleyman Lakhdim
pas où aller, etc. Oui, vous avez raison. En fait, il y a une constante au niveau des droits de l'enfant, c'est que c'est souvent les publics qui ont le plus besoin d'avoir accès à, qui en sont les plus éloignés. C'est les publics qui ont le plus besoin d'un accès à la santé qui n'y ont pas droit. C'est les familles qui ont le plus besoin des allocations familiales qui n'y ont pas droit. Idem ici, on voit que c'est les publics qui ont le plus besoin justement d'être accompagnés et de pouvoir exercer leurs droits et pouvoir finalement être autonome. Tout le monde gagne quand c'est comme ça la meilleure manière de gagner sa vie, soit d'avoir une formation qualifiante, soit d'avoir un travail. Ça doit être un objectif à part entière et on fera des économies au niveau global. Mais oui, il y a toujours un décalage entre ce qui est proclamé dans les textes et puis les moyens qui sont mis pour atteindre ses ambitions. Et c'est un combat de tous les jours. C'est ce que je fais tous les jours et c'est de faire bouger les lignes.
Interviewer / Host
dans un moment où on est beaucoup sur des politiques qui actent sur la responsabilisation de l'individu, qui doit s'activer pour trouver un emploi. On sait qu'aujourd'hui, si on ne trouve pas un emploi dans certains délais, on perd le droit aux allocations. Tout ça, ce sont des choix politiques, ce sont des choix de société pour vous. ils doivent s'accompagner aussi alors d'une refonte où on va repenser en tout cas la façon dont on va permettre à ces jeunes justement de trouver le chemin, l'autonomie, de pouvoir accéder justement à ce à quoi ils ont droit et à pouvoir justement quand même prendre leur envol.
Suleyman Lakhdim
Oui, vous avez raison, le contexte il est un peu particulier. On est dans un contexte où on renvoie à des caractéristiques individuelles, ce qui à mon sens devrait relever d'une responsabilité collective. On a de plus en plus aussi un discours qui est un discours pauvrophobe, où on attaque de plus en plus les plus vulnérables de notre société. Or, d'un point de vue déjà économique, chaque mesure qui est prise à l'égard des plus vulnérables de notre société, c'est une mesure qui profite à l'ensemble de la société. Donc en fait, c'est même un non-sens économique de ne pas le faire. Alors à côté de ça, oui, il y a un mot, c'est la solidarité. C'est quoi la solidarité qu'on veut mettre? Et finalement, est-ce que parfois c'est important de perdre un peu du temps au début pour en gagner par la suite? C'est comme quand vous faites un marathon, si vous sprintez au début, vous ne finissez pas la course. Donc c'est important d'avoir cette solidarité. Et puis, il existe plein d'expériences probantes qui ont été évaluées, qui donnent de super résultats. Faisons-en le cadastre et essayons de pérenniser ces dispositifs. Parce que souvent, ce qui arrive, c'est qu'ils meurent de leur belle mort. parce qu'ils sont portés par des gens, puis ces gens s'essoufflent au fur et à mesure, il y a une absence de subsides, et puis on se plante. Pérennisons, et la réponse, elle est intersectorielle, donc pourquoi pas essayer d'aboutir à un décret ou à un arrêté qui soit intersectoriel, qui soit cofinancé, et qui permet de faire des économies, et qui permet surtout à ces jeunes d'éviter une reproduction sociale, parce que ce qu'on oublie de dire, c'est que souvent ces jeunes font leurs expériences d'adultes de manière beaucoup plus précoce. Egalement, ils deviennent des jeunes parents, et leurs enfants sont malheureusement souvent placés. Donc voilà, cassons ce cycle.
Interviewer / Host
Pour terminer, alors, dans un moment où on parle quand même beaucoup d'économie budgétaire, Suleymane Lagdime, que ce soit au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles, là où vous opérez, mais aussi au niveau du fédéral et tout est un peu connecté sur ces questions-là. Ce que vous nous dites, j'ai l'impression, c'est que ça ne va pas à long terme, en tout cas, forcément coûter plus cher. Peut-être même qu'il y a des économies à faire si on investit mieux au départ et que ces jeunes peuvent finalement s'insérer socialement, trouver un emploi. Mais à court terme, il faut mieux investir, mieux organiser les choses dans la façon dont on va les accompagner. Ce serait ça votre message?
Suleyman Lakhdim
Oui, c'est le message. Il y a toute une documentation académique qui démontre qu'un euro investi, en fonction du département dans lequel on fait, c'est entre 7 et 15 euros de gagné sur le long terme. Donc économiquement, on a plutôt tendance à devoir aller dans cette direction. La deuxième chose, c'est que ce n'est pas qu'une question d'argent, c'est aussi une question de vision politique. Je vais vous donner un exemple. On parlait du décrochage scolaire. Le décrochage scolaire, par an coûte 600 millions d'euros à la collectivité. Or on sait qu'il a un impact négatif sur la trajectoire future ou sur la réussite scolaire des jeunes, qu'il affecte l'estime de soi, qu'il crée de la surpopulation dans les classes. Bref, on n'a pas des élèves beaucoup plus performants et aujourd'hui on a un taux de redoublement de plus de 50% en 6ème secondaire dans le général. Vous savez, si on diminue déjà par deux ce taux de redoublement et que les 300 millions qu'on récupère, on les investit dans des politiques, bah voilà. Donc même dans une enveloppe fermée, en fait, on peut faire d'autres choix. C'est pour ça que je dis, ce sont des choix politiques. On ne fait pas de la comptabilité, en fait. C'est des choix politiques et il faut pouvoir les assumer.
Interviewer / Host
Mais tout n'est pas une question de mettre des moyens supplémentaires sur la table. C'est la façon dont on peut attribuer les moyens, dont on peut nouer aussi des collaborations. Tout n'est pas qu'une question financière aussi, dans ce que vous nous avez dit là. Il y a des choses qu'on peut faire même dans le contexte de pression sur les finances publiques qu'on connaît aujourd'hui.
Suleyman Lakhdim
vers des réponses collégiales. Et c'est ça le drame, c'est que dans un contexte de pénurie, les secteurs ont tendance à se refermer sur eux-mêmes et à ne pas jouer l'intersectorialité. Or c'est justement l'inverse qu'il faut faire, c'est-à-dire que quand on est dans une situation de pénurie, il faut jouer le collectif pour apporter des réponses parce que chaque secteur tout seul n'y arrivera pas.
Interviewer / Host
Voilà quelques pistes de réflexion suggérées donc par Souleymane Lagdime, déléguée générale aux droits de l'enfant, dont la mission est, on le rappelle, de défendre les droits et les intérêts des enfants et des jeunes jusqu'à 18 ans en fédération Wallonie-Bruxelles. Merci à Sarah Poussey aussi pour ce reportage grand format en immersion dans plusieurs initiatives de terrain. A la réalisation sonore de cet épisode, il y avait Valentine Gourdange. Si vous souhaitez aller plus loin sur le sujet, on vous suggère aussi un épisode de la série Zoomer, réalisé par Françoise Wallmach et consacré précisément au phénomène des nids. Je vous rappelle aussi que si vous voulez réagir, si vous avez des questions ou des suggestions, d'autres questions à creuser dans les clés, vous pouvez nous écrire à l'adresse lesclés.rtbf.be
Podcast Host: Arnaud Ruyssen (RTBF)
Episode Date: May 20, 2026
Cet épisode analyse le phénomène des "NEETS" — ces jeunes de 15 à 29 ans qui ne sont ni en emploi, ni en formation, ni à l’école. Entre reportage sur le terrain et entretien avec Suleyman Lakhdim, délégué général au droit de l’enfant, on s’interroge sur les causes du décrochage, les parcours des jeunes concernés, les freins auxquels ils font face, mais aussi sur les solutions mises en place pour les accompagner vers l'autonomie, tant sociale que professionnelle.
[00:15]
« Ces jeunes, pour l’institution, c’est beaucoup des chiffres (...). Pour nous, c’est des humains. »
— Vouda Makraï, Chartwork, [01:33]
[01:33]-[13:21]
« Le but, c’est de trouver quelque chose qui va te passionner, t’animer. »
— Participant anonyme, [05:34]
[07:44]-[12:50]
Intervention de Manon Vandenbranden (association Capuche) sur l’autonomie résidentielle.
Formation des jeunes : trouver, sécuriser, et gérer un logement ; simulations et conseils anti-arnaques :
Clé : un logement sûr est le socle de toute insertion (formation, emploi, relations).
« Le logement est déjà un droit fondamental et c’est surtout la base pour tous les autres domaines de la vie. »
— Manon Vandenbranden, Capuche, [12:11]
Deux grands publics : issus de l’aide à la jeunesse, ou familles, parfois déjà en situation de sans-abrisme à moins de 25 ans.
Capuche propose fonds pour caution locative, projets "housing first", prévention du sans-abrisme.
[12:50]-[13:21]
[13:47]-[27:58]
[14:23]-[16:06]
[16:06]-[17:15]
« On doit faire du sur-mesure, peut-être même parfois de la haute couture avec certains profils. »
— Suleyman Lakhdim, [16:30]
[17:15]-[19:52]
[21:07]-[22:18]
[22:18]-[23:44]
[23:44]-[27:24]
[27:24]-[27:58]
Vouda Makraï (Chartwork) :
Manon Vandenbranden (Capuche) :
Suleyman Lakhdim :
Participants Jeunes (plusieurs voix) :
Le ton est engagé, empathique et rigoureux, mêlant témoignages directs et analyse experte. L’émission insiste sur la complexité et l’humanité des parcours, appelle à dépasser les logiques purement administratives/statistiques pour du sur-mesure, sans verser dans le misérabilisme, mais en soulignant la responsabilité collective.
Ce podcast, par-delà l’étiquette "NEETS", explore la mosaïque de parcours, les embûches (logement, santé mentale, fracture numérique, absence de réseau…), les réponses concrètes (associations locales, accompagnement personnalisé, ateliers pratiques) et la nécessité d’un "prendre soin" collectif, volontariste, pour éviter le cycle du décrochage et de la précarité. Le contenu appelle à investir dans la prévention, à repenser les transitions vers l’autonomie, et à faire de la solidarité et de l’intersectorialité des leviers pour transformer les trajectoires de vie des jeunes en difficulté.