
La proposition du MR de nommer Axel Miller à la tête de la Société fédérale de participations et d’investissement (SFPIM) fait largement réagir. S’il obtenait ce poste, l’ex-patron de Dexia qui a dû démissionner pour ses responsabilités dans la crise de 2008, devra...
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Karel Verhoeven
La Belgique, c'est pas le pays du lait et du miel.
Interviewer
Ça va dans tous les sens.
Narrator
Collègues à boucher!
Interviewer
Je dis stop!
Marie Goranson
La première...
Karel Verhoeven
La question est simple, qui va payer?
Interviewer
J'ai besoin de repères.
Marie Goranson
Ils ont divisé pour mieux régner, bien qu'ils règnent maintenant.
Interviewer
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans un épisode des clés où l'on va tenter de faire la lumière sur les nominations politiques dans les sociétés ou organes qui dépendent de l'État. Une polémique a remis le sujet au devant de la scène, le choix du MR de désigner Axel Miller, ancien patron de Dexia, comme futur président de la Société fédérale des participations, le bras financier de l'État belge. Une affaire qui interroge ce type de nomination. Comment se font en fait ces désignations? Les présidents de partis ont-ils tout pouvoir en la matière? Ces étiquettes politiques sont-elles un problème ou bien sont-elles dans la logique de notre démocratie représentative? Ce sont toutes ces questions que l'on
Narrator
va prendre le temps d'explorer en commençant par un petit retour dans notre histoire récente en 2008.
Marie Goranson
La première, les clés.
Government Official
Nous allons prendre les mesures nécessaires afin de garantir les intérêts de tous les épargnants, de tous les clients de la banque en question et naturellement aussi vu l'importance économique que le groupe Dexia représente pour l'économie belge.
Narrator
C'était le 29 septembre 2008. Le gouvernement belge, dirigé à l'époque par Yves Leterme, intervient en urgence pour sauver la banque d'Aixia qui, depuis quelques jours, dévisse en bourse embarquée dans la tourmente des subprimes. Plus de 6 milliards de capital seront injectés par les Etats belges, français et luxembourgeois. Et au lendemain de cette décision, le président de Dexia, le français Pierre Richard, ainsi que le patron de la banque, le belge Axel Miller, démissionnent.
Pierre Richard
Nous avons jugé, Pierre Richard, président du conseil d'administration, et moi-même en tant qu'administrateur délégué, qu'il était de notre devoir de soumettre notre démission au conseil d'administration du groupe qui s'est tenu ce matin. Le conseil d'administration a pris acte de cette démission, les a acceptés.
Narrator
La banque est provisoirement sauvée, mais l'histoire n'est pas finie pour autant. Trois ans plus tard, Dexia, prise dans le séisme de la crise des dettes souveraines, devra carrément être nationalisée à 100 par l'État pour ne pas s'écrouler.
Interviewer
Ce
Narrator
souvenir douloureux Il a été ravivé quand, le 25 mars dernier,? on a appris que le MR avait choisi Axel Miller, ancien patron de Dexia, pour occuper la présidence de la SFPIM, la Société fédérale des participations et investissements, le bras financier de l'État belge. Un choix polémique qui a immédiatement enflammé les débats, en particulier en Flandre.
Political Commentator
Beaucoup reprochent à Axel Miller sa gestion de Dexia, d'avoir transformé une institution bancaire sûre et solide en une machine spéculative orientée profit à tout prix. Au nord du pays, la presse et certains politiques n'en croient pas leurs yeux. Situation surréaliste, ironique, disent les plus modérés. Le vice-président de la SFPIM a promis de démissionner sur le champ si cette nomination était confirmée.
Narrator
A cela, le président du MR rétorque qu'Axel Miller n'est pas à l'origine de la crise des subprimes, qu'il a dû gérer une situation sur laquelle il n'avait pas de prise. Reste que certains s'inquiètent d'un potentiel conflit d'intérêts. En plus, puisque dans quelques mois, l'État belge va vendre une partie de ses participations dans la banque Belfius, l'ex-Dexia qui a changé de nom après ces déboires, et que cette vente sera en partie gérée par la SFPIM, justement. Et puis, un autre élément est encore venu rajouter du carburant au feu de la polémique. Certes, on savait déjà qu'Axel Miller est un proche de Georges Louis Boucher, puisqu'il a été son chef de cabinet au MR pendant cinq ans. Mais récemment, le magazine d'investigation Médor révélait
Interviewer
qu'en outre, Axel Miller était intervenu pour
Narrator
personnellement assurer des garanties à hauteur de 250 000 euros au club de football des Framborins, un club présidé et détenu majoritairement par Georges-Louis Boucher. Alors forcément, certains politiques et observateurs se
Interviewer
demandent s'il ne faut pas voir dans
Narrator
la désignation à la SFPIM une récompense pour services rendus. Écoutez ce que répond à cela le président du MR quand nos confrères de la chaîne flamande VTM lui ont posé la question.
Georges-Louis Boucher
«Est-ce que vous vous rendez compte de l'infamie de votre accusation qui est absurde? Il a apporté une garantie comme beaucoup d'autres gens, c'est quelqu'un qui met proche et il n'y a aucun problème avec ça, d'ailleurs tout est public, mais vous essayez d'insinuer des choses qui sont profondément indignes.
Interviewer
Voilà pour la réaction de Georges-Louis Boucher au micro de nos collègues de» VTM. Et avec nous pour y voir clair dans tout cela, il y a notamment Marie Goranson. Bonjour.
Marie Goranson
Bonjour.
Interviewer
Merci d'être là. Vous êtes professeure à l'ULB, professeure en management public. Et c'est peut-être important de préciser d'abord de quoi on parle ici avec cette désignation-ci. Et je précise tout de suite qu'on va parler de cette désignation-ci, mais qu'on va étendre aussi un peu le propos à ces nominations politiques plus largement. Là, on parle d'un poste de président de conseil d'administration d'une société anonyme, mais d'une société anonyme qui est complètement reliée à l'État.
Marie Goranson
Oui c'est ça, donc dans le giron de l'ensemble des organisations publiques il y a différents types d'organisations qui ont un pouvoir ou qui ont en fait une tutelle qui est un petit peu variée en fonction des situations mais donc vous avez notamment toute une série d'entreprises publiques et vous pouvez avoir des entreprises publiques qui sont des sociétés anonymes de droits publics donc vous avez différentes configurations. Dans les entreprises publiques, vous avez un conseil d'administration, là aussi comme beaucoup d'entreprises normales, mais il y a une répartition politique des postes au sein de ce CA et il est vrai qu'il y a donc une représentation réellement politique avec une attention particulière au président du CA et au vice-président du CA et puis à une autre répartition qui s'ouvre. Cette désignation, elle se fait en deux temps. D'abord, quand vous avez un gouvernement, il va d'abord se réunir et il va utiliser ce qu'on appelle la clé donne. La clé donne, c'est la façon dont on répartit en siège un poids électoral. Donc on va regarder le poids électoral des différents partis et puis on va le répartir en siège. Et là, en l'occurrence, on va d'abord faire une répartition entre président et vice-président de l'ensemble des entreprises publiques. Et donc, les parties de la majorité vont se répartir ces différents postes. Et puis, dans un deuxième temps, pour chaque CA, on va refaire la manœuvre. On sait qui a la présidence et la vice-présidence. Et puis donc, on re-répartit à l'intérieur les administrateurs. Donc, c'est vraiment des désignations.
Interviewer
Donc il y a ce moment de calcul sur base de cette clé donne qui est un calcul qu'on utilise beaucoup d'ailleurs dans notre démocratie représentative pour distribuer des postes. C'est comme ça qu'on calcule les postes de députés aussi sur base des résultats électoraux. Donc on va utiliser ça pour dire
Narrator
voilà il y a droit à autant
Interviewer
de sièges dans des séades d'organismes publics ou parapublics pour tel et tel parti. Et puis après, on va dire donc OMR par exemple, c'est vous qui allez pouvoir désigner le président de la SFPM par exemple. Et puis là, il y a une forme de latitude complète des partis qui peuvent désigner un peu qui ils veulent dans ces postes qu'ils ont reçus au moment de la distribution.
Marie Goranson
Oui, et il y a des pratiques qui sont variées. Donc en réalité, évidemment, dans des parties comme Écolo, généralement, il y a un vote interne, il va y avoir une consultation plus importante. Selon les niveaux de pouvoir aussi, par exemple, on va mettre dans CCA parfois des personnes qui ont eu un succès électoral mais qui n'ont pas été élues. C'est un peu vu comme un lot de consolation. Souvent aussi on va prendre des anciens ministres, on essaye de prendre des personnes qui ont une certaine hauteur de vue, qui peuvent poser problème et qui sont reconnues et ont une certaine légitimité.
Interviewer
Mais donc la question ici n'est pas que ces personnes aient des étiquettes politiques, ça c'est quelque part, ça fait partie du jeu puisque c'est pour ça que les partis peuvent désigner, c'est parce qu'ils vont désigner des personnes qui vont représenter un peu leur couleur électorale au sein de ces conseils d'administration. C'est pas ça le problème ici, le fait qu'il y ait une étiquette politique.
Marie Goranson
Ce n'est pas ça le problème parce que c'est vraiment ce qui se fait pour Proximus, pour SNCB, pour Skyce et là pour l'ASF PIM, c'est la même répartition qui a pris place. Ce n'est pas ça le problème. La question qui se pose ensuite, et on va y revenir, c'est plutôt sur la personnalité d'Axel Miller qui a posé question.
Interviewer
Mais donc, si je comprends bien, ce sont les partis qui vont désigner. Dans certains partis, ça semble le cas ici au MR, c'est le président du parti qui va décider un petit peu tout seul de qui il désigne à ces postes là. Ça veut dire que le gouvernement n'a rien à dire ou bien il pourrait bloquer le dossier en estimant que ce n'est pas la bonne personne pour présider un organisme comme la SFPIM, la Société
Marie Goranson
des Participations Ça doit passer par le gouvernement. Le gouvernement peut le bloquer.? Mais normalement comme il y a eu un accord au préalable, après normalement ça roule.
Interviewer
L'accord il est au départ sur le fait que vous aurez tel poste et tel poste à pourvoir, le parti ne doit pas dire déjà à l'avance qui il mettra. Or ici on voit bien que certains partenaires de gouvernement ont l'air un peu surpris du choix qui a été posé par l'OMR.
Marie Goranson
Exact. Vous avez très bien résumé. C'est ça le problème. Et le fait que c'est la prérogative du président de parti, ça se passe très souvent comme ça. Même si encore une fois on met des balises. On met aussi des balises sur francophone néerlandophone. On met aussi des balises sur la parité homme-femme. Ça aussi, ça va quand même rentrer dans le jeu. Ça conforte la légitimité. Je vous ai dit, il faut que ce soit une personne légitime. Mais sur le choix de la personne, ça reste le choix du président de parti.
Interviewer
Alors avec nous pour cette émission, il y a aussi Karel Verhoeven.
Karel Verhoeven
Bonjour. Bonjour.
Interviewer
Merci d'être là. Vous êtes le rédacteur en chef du Standard, grand quotidien du nord du pays. Et vous, vous n'avez pas mâché vos mots à la suite de cette désignation dans un éditorial que vous avez signé la semaine dernière. Pourquoi est-ce que vous trouvez qu'il y a un problème avec cette proposition de désignation, puisqu'on n'est pas encore à la désignation formelle, faite par Georges-Louis Boucher et ce choix d'Axel Miller?
Karel Verhoeven
Parce qu'ici, on est vraiment dans le centre du self-service politique des partis politiques. Et cette nomination se fait sans gêne. Quand même, les dernières années, on a eu le retour de la primauté du politique. Avant, quand même, il y a 10 ans, il y a 15 ans, il y avait le mouvement de diminuer cette influence politique, de faire de la gestion plus objective, avec des critères pour augmenter la confiance entre les citoyens et la politique. Et donc, le mot central, c'est légitimité. Et quand même, une personnalité doit être fiable, compétente, crédible. Et ici, dans le cas de M. Miller, la compétence, on ne sait pas en tant que citoyen, mais on a vu ce qu'il a fait, mais la crédibilité, il n'y a nulle. Et peut-être la réaction en Flandre a été un peu plus forte. avec Kuhn-Schorz, professeur de Gant, qui est vice-président du SFPIM et qui a dit c'est scandaleux, je vais démissionner. Ça a bien sûr contribué au débat. Quand même en Flandre, il y a un peu de colère qui ressurgit. Dans ce cas ici, sur Arco, bien sûr, 800 000 coopérants d'Arco qui ont perdu leur épingle, tout leur argent, 1,5 milliard. Et ça reste encore, il y a des traces de colère à cause du faillissement de Dexia.
Narrator
Arco, on le rappelle, c'est une coopérative liée au mouvement ouvrier chrétien, en particulier en Flandre, qui était l'un des principaux actionnaires d'Odexia. Quelques 800 000 coopérants avaient investi leur épargne dans Arco, imaginant un placement sûr et un rendement garanti. Sauf qu'une très large partie de ce capital avait été placé sous forme d'actions dans Dexia et qu'au moment où il a fallu sauver la banque, ces actions ne valaient quasiment plus rien. Dès lors, malgré une intervention partielle du gouvernement, des centaines de milliers de familles ont vu une bonne partie de leur épargne s'évaporer dans cette crise. Des souvenirs douloureux qui restent vivaces en Flandre, nous dit Karel Verhoeven.
Karel Verhoeven
On n'a pas oublié ça. Et remettre la personne qui n'est pas le seul responsable, mais qui a quand même une grande responsabilité pour ce débâcle, lui remettre dans une position où il va vendre une partie, 20% de la banque, où il va réinvestir dans le fonds militaire qu'on va monter et que le gouvernement veut monter dans le SFPIM, parce que c'est la raison pour laquelle c'est tellement politiquement, tellement intéressant d'avoir ce poste pour le moment. Ça, quand même, il y a beaucoup de passion.
Interviewer
Oui, c'est un enjeu important puisque la SFPM, on l'a dit, c'est le bras financier de l'État et que donc, quand l'État décide de réorganiser sa politique d'investissement, forcément, il y a des enjeux de pouvoir qui sont très importants là-bas. Alors, il y a ça. Il y a le fait que c'est Axel Miller qui pilotait Dexia au moment de la débâcle. C'est un des gros ingrédients du débat en Flandre notamment, mais pas seulement. Et puis il y a aussi un peu ce fait du prince que vous mentionnez, du fait que ce sont les présidents de partis qui peuvent désigner, vous dites même, sans gêne. Je relève un mot de votre éditorial, vous dites «Être ami du président de parti est le critère le plus important pour obtenir un poste de haut niveau dans le vaste réseau d'institutions qui gouvernent et contrôlent la Belgique sous la ligne de flottaison». Ça veut dire que là, on a un ingrédient important de la particracie belge qui se manifeste ici.
Karel Verhoeven
Et moi je crois de plus en plus que c'est l'instrument le plus important. Puisqu'on voit maintenant que les gouvernements ou bien ils prennent des centaines de jours pour se former. Et quand ils sont formés, ils font des accords très difficilement et des accords très compliqués qui sont mal mis en pratique. Et donc, voyons le gouvernement de Weber. Il y a une impuissance au centre de ce gouvernement, donc une impuissance de faire des accords. Mais il y a un terrain où les présidents de partis sont seuls. Et c'est ça que Georges Louis Boucher a dit aussi. D'abord, c'est le coutume. Secondo, moi je ne m'occupe pas des autres et donc personne ne doit s'occuper à quelque chose à voir avec qui je vais nominer. Il y a une ironie dans ce cas. Lorsque la volatilité politique rend les partis de moins en moins forts, ils sont moins en moins sûrs qu'ils vont survivre, même ça, que les présidents vont survivre. Des sondages par exemple, on a eu des présidents de partis qui n'ont pas survécu deux sondages. Et donc tout ça, ce pouvoir se diminue, mais il y a l'État qui est en main. Et ça, ce n'est pas un détail, c'est vraiment une réserve de pouvoir pour les partis politiques. Les grandes entreprises de l'État prennent ça en main pour le but d'améliorer le but de son parti. Pas vraiment, sûrement pas sur la première place, le pays pour améliorer le pays.
Interviewer
Donc, pour vous, il y a des vrais enjeux partisans qui vont se jouer à cet endroit-là. C'est moins vu, évidemment, de la part du public que quand ça se passe au Parlement, puisque là, on parle dans des entreprises. Et vous estimez qu'il y a un vrai enjeu de pouvoir, là, pour les partis politiques, qui passe sous la ligne de flottaison, c'est ce que vous dites, que les citoyens ne voient pas, et où là, on a de la particratie proprement dite et un peu invisible.
Karel Verhoeven
Regardez, SFPM gère 11,5 milliards d'euros. Ils ont des centaines de participations sur leur website. C'est 14 pages de participations. Il n'y a nulle possibilité de regarder là-dedans. Pour les citoyens, pour les journalistes, pour la société, ce n'est pas possible de regarder dans cette boîte pourquoi ils prennent des décisions. Et donc là, on voit quand même, et je veux prendre un quote de Peter de Rovra, qui est quand même du NVA, président du Parlement. Juste l'année dernière, quand le gouvernement a fait son grand accord sur les repartitions des postes, de Rovra a dit «If you can't beat them, then join them », ça veut dire qu'on est contre la Belgique, et c'est pour le cas du N-VA. Dans une Belgique, on n'a rien à dire. Mais moi, j'ai plus de confiance dans l'État belge maintenant, que nous tenons bien les rênes. Et c'est ça qui est vraiment en jeu.
Interviewer
Marie Goranson, vous êtes d'accord avec cette analyse d'abord sur le fait que dans toutes ces entreprises liées à l'État, ces parastataux, ces organismes qui ne sont pas directement des fonctions politiques mais où les politiques vont pouvoir désigner des représentants, se jouent des enjeux de pouvoir importants?
Marie Goranson
Oui absolument, en fait la création de ce type d'organisation publique repose sur l'idée qu'on va donner plus d'autonomie de gestion à ces organisations en ne les mettant pas directement sous la tutelle d'un ministre comme un ministère mais en créant soit une entreprise publique soit un OIP et ils vont donc avoir un petit organe de gestion, soit un conseil d'administration, soit ce qu'on appelle un comité de gestion. Bref, mais l'idée c'est qu'il y ait plus de souplesse, mais évidemment des décisions très importantes sont prises à ce niveau-là. Il y a aussi des commissaires au gouvernement qui font partie de ces organes et il y a une influence politique qui se joue énormément et qui va travailler avec une organisation publique et une administration et va pouvoir donc lui faire exécuter des politiques.
Interviewer
Et est-ce que le conseil d'administration dans une société par exemple comme la SFPM a de vrais pouvoirs importants sur la direction que va prendre l'activité de ce bras financier de l'État? Ou bien est-ce que les choses vont plutôt se jouer au niveau du CIO, du management, le CA étant plutôt là pour regarder un peu les grandes directions à long terme mais sans intervenir dans des vrais choix concrets?
Marie Goranson
Mais donc ça dépend. En réalité, normalement, c'est plutôt le deuxième cas. Donc vous avez un CA mais vous avez ensuite au cœur de l'organisation un comité de direction avec directeur général, CEO, qu'importe comment vous l'appelez, qui sont vraiment en charge de la gestion quotidienne et qui sont des hauts fonctionnaires ou des top managers ou des mandataires. administratifs qui sont là pour mettre en oeuvre la politique et qui rendent plutôt des comptes à cet organe, ce CA ou ce comité de gestion. Et donc souvent, en fait, il y a des échanges mais il y a quand même une validation de budget, il y a quand même la validation du contrat de gestion. Ce n'est pas des choses anodines mais ils doivent être là en soutien à l'administration, à l'organisation publique. et celui qui a les choses en main normalement c'est le directeur général qui lui va travailler vraiment au quotidien et lui va faire tourner son administration ou son organisation publique.
Interviewer
Alors penchons-nous justement peut-être un peu là-dessus sur ceux qui ont ce pouvoir exécutif à la fois dans les entreprises, dans les sociétés ou alors aussi dans certaines grandes administrations parce que là on a l'impression qu'on a beaucoup travaillé justement ces 15-20 dernières années années a essayé de dépolitiser les nominations avec des jurys extérieurs, l'idée étant, et on a beaucoup entendu ça ces dernières années en Belgique, de dire oui non surtout il faut arrêter que ce soit des copinages politiques qui mettent un tel à tel endroit et qu'on ait des choses plus transparentes et plus objectives. Est-ce que là-dessus on a réellement avancé, Marie-Gorandson?
Marie Goranson
Oui, moi je le pense très sincèrement. Donc depuis le début des années 2000, effectivement on a mis ce qu'on appelle un système de mandat à tous les niveaux de pouvoir. Alors il y a quelques petites nuances évidemment, mais en gros l'idée c'est d'avoir un mécanisme qui permet de vérifier les compétences des potentiels haut fonctionnaires ou top managers Et ensuite, une fois qu'on a passé une série de tests ou un certificat interuniversitaire en ce qui concerne la région Wallonne et la fédération Wallonie-Bruxelles, une fois qu'on a en réalité prouvé sa compétence, il est laissé une place aux politiques. des nuances, par exemple, au fédéral. En fait, on classe dans des catégories et vous avez les très aptes et les aptes qui peuvent potentiellement être choisis par les membres du gouvernement pour avoir ces fonctions exécutives. Au niveau bruxellois, si je ne me trompe pas, il y a moins de latitude. Donc, en fait, si le jury classe quelqu'un de premier, c'est assez compliqué pour le gouvernement de ne pas prendre le premier. Et comme je l'ai dit, en Fédération Monnie-Bucelle et en Région Wallonne, vous avez le principe, vous aviez, c'est ça qui est intéressant, puisque on va peut-être y revenir, mais le principe de vous ressucier ce certificat et ensuite il y avait le choix du gouvernement pour ceux qui postulaient. Il y a cette vérification de la compétence, il y a ce choix malgré tout politique parce qu'il est important que l'administration et le politique travaillent en confiance et ce choix est un élément important de la confiance avec aussi à l'issue du mandat la possibilité d'évaluer réellement ce mandataire pour se dire est-ce qu'il a fait le job, est-ce qu'il a rempli le contrat qui était le sien ou est-ce qu'on préfère changer de mandataire. Et c'est vrai que ce système a vraiment permis de reclarifier aussi qui devait faire quoi entre le politique et l'administration et ça a permis de changer cette dynamique de façon assez importante. Il se fait que que maintenant nous pouvons voir des signaux assez importants de dégradation de cette relation. Tout simplement parce qu'on a entendu les sorties en disant en fait ils étaient tous déjà politisés ceux qui étaient à la tête et donc avec l'arrivée de nouveaux gouvernements il faut mettre des nouvelles personnes. Sauf que quand on voit les nouvelles personnes qui sont susceptibles on se dit est-ce que en fait dépolitiser égal repolitiser, mais différemment. J'ai dit l'idée de dépolitiser pour la Fédération Montigny-Bruxelles et la région Wallonne est passée par l'idée de supprimer le certificat interuniversitaire pour pouvoir être admis au poste de haut fonctionnaire. Et donc là on se dit mais est-ce que ce n'est pas un paradoxe incroyable que de dire d'un côté on dit qu'on veut dépolitiser et de l'autre on supprime un dispositif de professionnalisation. Il y a beaucoup de questions en ce moment par rapport à qui est-ce qu'on va mettre à la tête des administrations et est-ce qu'on est vraiment dans la dépolitisation annoncée?
Interviewer
Pour le dire en très bref, est-ce que quand on dit qu'on veut dépolitiser c'est surtout parce qu'on a l'impression que c'est politisé plutôt dans le sens des autres mais qu'au fond on voudrait plutôt surtout repolitiser dans son sens à soi?
Marie Goranson
Oui, je pense qu'il y a beaucoup de cela. L'importance maintenant, c'est de se dire est-ce que même si on rechoisit des personnes qui ont la bonne couleur politique, est-ce qu'on va être suffisamment attentif à prendre des personnes qui ont des compétences importantes et qui soient bien mises à la tête des administrations?
Interviewer
Carole Verhoeven, est-ce que vous avez l'impression qu'on est potentiellement à un moment de bascule où on a travaillé quand même à une dépolitisation, une professionnalisation de la gestion, à mettre des garde-fous, et que là on serait potentiellement reparti un peu dans autre chose?
Karel Verhoeven
Moi je crois bien, oui, c'est la raison pour laquelle notre journal écrit tellement fort sur ce sujet. Ça a à faire avec la mentalité. Il y a quelques années, ça devenait un peu gênant de destruire des postes d'une manière politique. C'était quelque chose qui n'était pas avantageux pour son image. C'était quelque chose de l'histoire.
Interviewer
Les partis n'osaient plus parce qu'ils savaient qu'ils seraient mal jugés sur le sujet.
Karel Verhoeven
Voilà, c'est ça. Et cette gêne est repartie. du MR, mais aussi du côté de l'NVA. L'NVA était la partie qui était très forte contre ce système, parce que c'était la maladie belge. Et en Flandre, par exemple, on n'allait pas reprendre cette maladie, on allait le faire autrement. Et on voit maintenant que l'ANVF est vraiment en train de rattraper son retard au fédéral après six ans dans l'opposition. Pour eux, ils auront le CEO du SFPIM dans quelques années et ils font l'échange avec la maire après CEO, présidence et le même va pour EDERA, par exemple, ils auront la présidence. EDERA, c'est l'agence qui sera responsable du stockage des déchets nucléaires. Pour la SEK, ils auront la présidence et le centre pour la recherche nucléaire. Et là, vous voyez ce qui est important pour la partie, pour leur politique. Ils vont occuper les postes dans les sociétés ou dans des administrations qui leur conviennent.
Interviewer
Et donc ils étaient très critiques là-dessus, tant qu'ils n'avaient pas ces postes-là, tout comme le MR était très critique sur les postes détenus par les socialistes. Mais une fois qu'on est au pouvoir, finalement on est moins gêné par la politisation, on pourrait le résumer comme ça?
Karel Verhoeven
Oui, ils se prennent en otage l'un et l'autre, donc on ne peut rien dire parce que dans quelques mois il y a un autre parti qui va avancer son cadillac.
Narrator
C'est ce qui laisse penser, d'ailleurs, que les partenaires du MR au gouvernement fédéral ne vont pas s'opposer à la désignation d'Axel Miller, malgré leurs réserves exprimées ouvertement. Car si vous commencez à vous mêler des prérogatives de nomination des autres, c'est la porte ouverte à ceux que, eux aussi, viennent un jour contester les vôtres. Un «je te tiens, tu me tiens» par la barbichette, propre au mode de fonctionnement de cet aspect de notre parti crassi. Voilà, c'était Les Clés, un podcast de la première avec, à la réalisation sonore de cet épisode, Laurent Nellysen, à la préparation, Sarah Poussey et Arnaud Reussen. Et si ce contenu vous a intéressé, n'hésitez pas, bien sûr, à le partager autour de vous.
Podcast de la RTBF | Date : 29 mars 2026
Host : Arnaud Ruyssen | Invités : Marie Goranson (professeure ULB), Karel Verhoeven (rédacteur en chef du Standard)
Cet épisode examine le système de nominations politiques dans les conseils d’administration des entreprises et organismes d’État en Belgique. La polémique autour de la désignation d’Axel Miller, ancien patron de Dexia (au cœur de la crise financière de 2008), à la présidence de la Société fédérale des participations et d’investissement (SFPIM), relance le débat sur le mode de nomination des hauts dirigeants des organismes publics, les enjeux de la particratie et la porosité entre pouvoir politique et gestion publique.
«Est-ce que vous vous rendez compte de l'infamie de votre accusation qui est absurde? [...] vous essayez d'insinuer des choses qui sont profondément indignes.» ([05:10])
Explications par Marie Goranson (ULB, management public) :
Karel Verhoeven (De Standaard) :
«Une personnalité doit être fiable, compétente, crédible. Et ici, dans le cas de M. Miller... la crédibilité, il n’y a nulle.» ([10:57])
«Il n’y a nulle possibilité de regarder là-dedans. [...] pour les citoyens, pour les journalistes, ce n’est pas possible de regarder dans cette boîte pourquoi ils prennent des décisions.» ([16:42])
«If you can't beat them, then join them» – même les partis anti-système finissent par jouer le jeu une fois au pouvoir. (17:16)
«Les grandes entreprises de l’État prennent ça en main pour le but de son parti. [...] Sûrement pas sur la première place, le pays pour améliorer le pays.» (16:00-16:16)
«On a mis un mécanisme qui permet de vérifier les compétences... mais il reste une part aux politiques, pour garantir la confiance.» (20:44-22:07)
«Est-ce que dépolitiser égal repolitiser, mais différemment?» (22:45)
«Est-ce que quand on dit qu’on veut dépolitiser, c’est surtout parce qu’on a l’impression que c’est politisé dans le sens des autres?» ([23:38])
«Cette gêne est repartie... Et on voit maintenant que l’N-VA est en train de rattraper son retard au fédéral après six ans dans l’opposition.» (24:43)
«Ils se prennent en otage l’un et l’autre, donc on ne peut rien dire parce que dans quelques mois il y a un autre parti qui va avancer son cadillac.» ([25:59])
«Vous essayez d'insinuer des choses qui sont profondément indignes.»
«La crédibilité, il n’y a nulle.»
«Être ami du président de parti est le critère le plus important pour obtenir un poste de haut niveau.»
«Il n’y a nulle possibilité de regarder là-dedans. [...] ce n’est pas possible de regarder dans cette boîte pourquoi ils prennent des décisions.»
«If you can't beat them, then join them.»
«Est-ce que dépolitiser égal repolitiser, mais différemment?»
«Ils se prennent en otage l’un et l’autre... dans quelques mois il y a un autre parti qui va avancer son cadillac.»
Cet épisode des Clés dissèque la mécanique politico-administrative de la Belgique à travers l’exemple brûlant de la nomination d’Axel Miller à la SFPIM. Il met en lumière l’opacité des procédures, la prévalence du poids des partis plutôt que de l’intérêt général, la reproduction de pratiques longtemps critiquées et les limites parfois paradoxales des réformes de dépolitisation. La discussion offre un regard incisif, nourri d’exemples, d’analyses et de témoignages, sur l’une des boîtes noires les plus emblématiques de la démocratie belge contemporaine.