Podcast Summary: Les Clés – “Notre société est-elle vraiment accessible ?”
Host: RTBF (Arnaud Ruyssen)
Date: October 1, 2025
Main Guests:
- Vanessa, citoyenne malvoyante
- Jean-Marc & Nathalie, usagers du service Taxibus
- Nino Peters, Président de "Passe le message à ton voisin" et administrateur du CAWAB
- Mariange van de Kendelaar, UNIA (Handicap)
Reportage: Sarah Poussey
Épisode en un coup d’œil
Cet épisode explore la question : la société belge est-elle réellement accessible à tous, en particulier aux personnes en situation de handicap, malgré des engagements et des lois pour l’inclusion ? À l’occasion de l’opération de solidarité CAP48, la réalité du quotidien de personnes concernées est mise en lumière à travers des témoignages et l’expertise d’acteurs engagés.
I. Réalité de l’accessibilité au quotidien : Reportage de Sarah Poussey
(00:52 – 13:35)
A. Perte de la vue et adaptation numérique : Le témoignage de Vanessa
- Vanessa, devenue malvoyante à 27 ans, décrit le rôle fondamental des outils numériques adaptés.
- Utilisation d'applications comme VoiceOver, Jaws, Be My Eyes, et de solutions concrètes (étiquettes à puces, applications hospitalières, etc.).
- Citation notable (02:43 – Vanessa):
« J’ai une étiquette à puce... Sauce bolognaise, préparée le 24 septembre 25. C’est incroyable. » - Problème rencontré :
Les mises à jour d’applications (ex: Delhaize) ont dégradé l’accessibilité – des boutons non labellisés, informations importantes non lues par les synthèses vocales, texte en anglais, disparitions du prix des articles (04:15 – 05:18).- Citation (05:18 – Vanessa):
« C’est inadmissible de ne pas connaître le prix. On veut rester autonomes, indépendants. »
- Citation (05:18 – Vanessa):
B. Autonomie et mobilité : Transports publics et Taxibus
- Vanessa témoigne des difficultés des transports quotidiens, notamment lorsque le service standard n’est pas accessible.
- Usage du service Taxibus pour des déplacements qui ne peuvent se faire autrement (07:02).
- Jean-Marc (cérébrolésé, utilisateur en fauteuil) et Nathalie illustrent l’importance vitale de Taxibus, mais aussi :
- Les problèmes d’accueil, de sécurité, et la perte d’offre (09:17 – 10:36).
- L’augmentation des restrictions : limitation à 30 allers-retours/mois et difficulté à réserver (10:51).
- Citation (11:22 – Jean-Marc):
« Si la CIP arrête, notre vie s’arrête, quoi. »
C. Limites des transports classiques
- Escaliers, rampes non installées, ascenseurs défaillants, places inadéquates et agressions verbales rendent les transports ordinaires quasi impossibles pour certains usagers (12:08 – Nathalie).
- Citation (12:08 – Nathalie):
« Bouge-toi, sale handicapé, qu’est-ce que tu fous là ? Tu ferais mieux de rester chez toi... »
- Citation (12:08 – Nathalie):
II. Table ronde et Décryptage : Constats et Solutions
(13:35 – 27:00)
A. La voix associative : Nino Peters (CAWAB)
- Constate la récurrence des témoignages d’exclusion, frustrations et discriminations malgré la Constitution belge (art. 22 ter, 2021) garantissant la pleine inclusion.
- Citation (14:38 – Nino Peters):
« Ce service [Taxibus], c’est une sorte de ségrégation... Même ce service-là a des manquements actuellement, et c’est très difficile à entendre. »
- Citation (14:38 – Nino Peters):
- Analyse la situation comme une ségrégation de fait, due au manque d’investissement dans le réseau classique qui pourrait (devrait) être accessible à tous.
La double peine de l’accessibilité
- L’inclusion reste un objectif très éloigné. Les solutions sont partielles, alternatives, et perçues comme temporaires… mais durent depuis des années (15:02 – 16:47).
- Le manque de moyens politiques, les décisions unilatérales (ex : réduction du service Taxibus par la STIB) aggravent la situation.
B. L’accès au train : la SNCB
(16:47 – 19:45)
- Accès autonome impossible dans la majorité des gares, assistance disponible dans seulement 20% des cas.
- Nécessité de prévoir/réserver l’assistance 24h à l’avance, impactant fortement la spontanéité, la mobilité et la charge mentale.
- Citation (18:35 – Nino Peters):
« Or, on ne refuse pas à une personne valide de rentrer dans un train à partir du moment où elle a un ticket. C’est différent malheureusement pour les personnes en situation de handicap. »
- Citation (18:35 – Nino Peters):
- Contradiction entre gares dites « accessibles » et réalité : il est possible d’accéder au quai mais pas de monter dans le train (19:45).
C. Digitalisation et exclusion
(19:57 – 23:22)
- Mariange van de Kendelaar (UNIA) :
Depuis le Covid, la numérisation amplifie l’exclusion – disparition des guichets, guichets automatiques non accessibles, banques en ligne non adaptées.- Citation (20:43 – Mariange van de Kendelaar):
« On voit que de plus en plus de guichets physiques ont tendance à disparaître… ce qui provoque des situations de discrimination. »
- Citation (20:43 – Mariange van de Kendelaar):
- Pratiques commerciales : promotions uniquement accessibles en ligne excluent certains publics.
- Appel ferme au législateur pour garantir des alternatives humaines et matérialisées (téléphone, guichet, courrier) pour l’accès aux droits et aux services (22:44).
Les nouveaux services : retarder l’accessibilité de demain
(24:03 – 25:38)
- Nino Peters insiste sur la nécessité d’intégrer l’accessibilité dès la conception des nouvelles solutions/services ; l’inaccessibilité du neuf prépare la ségrégation de demain.
- Citation (25:12 – Nino Peters):
« Dans le secteur de l’accessibilité, il y a des lois, certes… mais qui ne sont pas respectées. Lorsqu’on ne respecte pas, on laisse faire, et puis ça sort de terre, et c’est inaccessible. »
- Citation (25:12 – Nino Peters):
III. Financement, priorités politiques et avenir
(25:38 – 27:00)
-
Crainte accrue d’un recul des droits et de l’inclusion dans un contexte d’économies et de restrictions budgétaires (26:10 – 26:57).
- La réduction des services pour personnes à handicap intervient souvent sans concertation ni scrupules, car perçue comme moins visible politiquement.
- Citation (26:10 – Nino Peters):
« Elles en pâtissent d’autant plus... On va fermer les robinets pour les personnes en situation de handicap qui ont déjà suffisamment difficile. »
-
Rappel final : la solidarité citoyenne type CAP48 est essentielle, mais jamais suffisante à elle seule – les changements doivent avant tout être impulsés et garantis politiquement et structurellement (26:57).
Moments clés & Timestamps
- 00:52—13:35 : Reportage, journaux de vie réelle : Vanessa, Jean-Marc, Nathalie
- 14:05—19:57 : Décryptage avec Nino Peters, focus transports
- 20:43—23:22 : Numérisation, témoignage UNIA sur le digital et l’exclusion
- 24:03—25:38 : Conception des nouveaux services, manque de contrôle
- 25:38—27:00 : Budgets, arbitrages politiques & solidarité
Citations marquantes à retenir
- Vanessa (05:18) : « On veut rester autonome, indépendant. »
- Jean-Marc (11:22) : « Si la CIP arrête, notre vie s’arrête, quoi. »
- Nino Peters (14:38) : « C’est une sorte de ségrégation… »
- Nino Peters (18:35) : « On ne refuse pas à une personne valide de rentrer dans un train… C’est différent pour les personnes en situation de handicap. »
- Mariange van de Kendelaar (20:43) : « …ce qui provoque des situations de discrimination pour ce public qui est particulièrement vulnérable. »
- Nino Peters (25:12) : « On continue à construire l’inaccessibilité de demain. »
- Nino Peters (26:10) : « Elles en pâtissent d’autant plus… On va fermer les robinets pour les personnes en situation de handicap qui ont déjà suffisamment difficile. »
Ton de l’épisode
- Sincère, combatif et sans détour.
- Témoignages bruts, sans pathos mais avec détermination.
- Appels conscients à la responsabilité collective et politique.
Conclusion
L’épisode dresse un constat nuancé mais ferme : malgré des lois ambitieuses pour l’inclusion, le quotidien des personnes en situation de handicap reste semé d’obstacles. Les engagements constitutionnels ne se traduisent pas dans les faits, que ce soit par manque d’investissement, d’attention lors de la digitalisation, ou par absence de volontarisme politique. L’inclusion, la vraie, reste un objectif à atteindre.
