
Alors que la Belgique a pris des engagements clairs pour l'inclusion, inscris notamment dans notre Constitution, il reste aujourd'hui un fameux écart entre ces promesses et la réalité de terrain. PMR et transports en commun, est-ce vraiment faisable ? Comment pense...
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Vanessa
Il y a tellement d'infos que je m'y perds.
Nino Peters
Je trouve que c'est difficile d'y voir clair quand même.
Sarah Poussey
Souvent je trouve que tout est trop superficiel.
Nino Peters
Je pense qu'il y a trop d'infos et...
Mariange van de Kendelaar
C'est très angoissant.
Sarah Poussey
La première...
Nino Peters
J'ai besoin de repères.
Sarah Poussey
Bonjour à toutes, bonjour à tous et.
Podcast Host
Bienvenue dans Les Clés pour un épisode où l'on va poser une question importante. Notre société est-elle vraiment accessible à tous et en particulier aux personnes en situation de handicap ? Alors que la Belgique a pris des engagements clairs pour l'inclusion, bétonné même dans notre constitution, il reste aujourd'hui un fameux écart entre ces engagements et les actes concrets qui sont mis en œuvre pour les tenir. Alors, à l'occasion de notre grande opération de solidarité CAP48, on va essayer de mesurer le chemin qu'il reste à faire et on va commencer pour cela par un long reportage signé Sarah Poussey.
Sarah Poussey
La première, les clés.
Nino Peters
Oui ?
Sarah Poussey
Oui bonjour, c'est Sarah Poussey.
Mariange van de Kendelaar
Oui, c'est au troisième étage.
Sarah Poussey
Ça va, merci.
Vanessa
C'est.
Sarah Poussey
À 27 ans que Vanessa a commencé à perdre la vue. En cause, un méningiome placé sur son air optique. En 25 ans, elle est devenue progressivement de plus en plus malvoyante, mais elle s'est adaptée à cette nouvelle vie, notamment grâce à de nombreux outils numériques qui l'aident dans son quotidien.
Vanessa (Interviewee)
On n'a pas la vue, mais voilà, moi je vais sur WhatsApp, je vais sur Facebook, je vais sur Messenger, App Store, je vois les mises à jour, j'ai It's Me, je sais à l'hôpital Erasme, là il y a aussi une application. À la Ligue Braille, on a des formations pour rendre accessible. Moi, comme c'est une synthèse vocale sur mon PC, c'est Jaws, mais j'ai appris toutes les touches raccourcies que vous vous faites avec votre souris.
Sarah Poussey
Quand je la rencontre, Vanessa utilise directement son téléphone qui, grâce à la lecture vocale, lui lit tous les noms des applications, ses messages, etc. Et elle me montre ses outils du quotidien. Par exemple, un stylet à puces qui lui permet de lire des étiquettes.
Vanessa (Interviewee)
Je vais par exemple emballer des filets de poulet ou le mettre au surgélateur. Ou alors j'ai juste l'étiquette que je peux coller avec une double face. C'est une étiquette à puces. Voilà, elle est vide. Sauce bolognaise, préparez le 24 septembre 25. Sauce bolognaise, c'est incroyable.
Sarah Poussey
Ou encore l'application Be My Eyes qui lui permet d'appeler un bénévole en vidéo ou qui lui décrit ce qu'elle filme avec son téléphone.
Vanessa (Interviewee)
Be My Eyes, vous inscrivez en tant que personne malvoyante, non voyante ou être les yeux de quelqu'un. Moi, je prends mon iPhone, j'oublie mes yeux, j'appelle un bénévole, ça s'appelle comme ça. Et l'autre fois, j'ai laissé tomber un raisin, et alors... Ah, allez, go !
Vanessa
Ah, je les vois là !
Vanessa (Interviewee)
Alors je m'abaisse, et puis la caméra se met en route.
Sarah Poussey
C'est aussi sur son téléphone qu'elle fait ses courses. Mais depuis plus d'un an, l'application d'Hélèze ne traduit plus correctement tous les mots.
Nino Peters
À.
Vanessa (Interviewee)
Tout car, vous voyez peut-être une image d'un panier. Ils ont fait, en juillet 2024, quelque chose de plus beau, plus avec des images, alors qu'avant, elle était tout à fait accessible. Et d'ailleurs, je vais vous écouter Colerote.
Nino Peters
C'est clair.
Podcast Host
Ajoutez à mes produits favoris.
Vanessa (Interviewee)
Voilà, le prix à l'unité ou au kilo. Bouton ajouter, voilà.
Sarah Poussey
Sur l'application d'Hélèze, ce sont les nouvelles images comme un cœur pour les favoris ou un panier qui posent problème lors de la lecture vocale.
Vanessa (Interviewee)
Je ne suis pas informaticienne, mais je sais qu'on peut cacher du texte derrière une image. Donc derrière le cœur, ils peuvent cacher du texte. Mais là, c'est en anglais. Pourquoi en anglais ?
Sarah Poussey
Plus problématique encore, le prix des articles a disparu de la lecture vocale pendant plus d'un an.
Vanessa (Interviewee)
C'est depuis la dernière mise à jour qu'on a le prix de l'article, sinon avant c'était que au kilo et au litre, c'est inadmissible de ne pas connaître le prix. Il y a un moment sur la première page d'accueil, À un moment, livraison gratuite à l'achat de ces produits, et bien oui ! Mais si c'était, j'invente un pouce qui va vers le haut, qui n'est pas décrit, et bien on ne pourrait pas y accéder !
Sarah Poussey
Vanessa a donc communiqué ses problèmes à la société de supermarché. Un dossier est ouvert à son nom, mais en un an, rien n'avance.
Vanessa (Interviewee)
« Voilà, je téléphone tous les 2-3 mois, depuis juillet 2024, pour demander où ça en reste. Et on m'a dit, hein, mais vous êtes une minorité. J'ai dit, pardon madame, vous ne vous rendez pas compte le nombre de maladies de l'œil, des yeux plutôt. Et même un accident. « Oh, dites pas ça ! » J'ai dit, mais c'est pas ça que je vous souhaite. Mais rendez-vous compte. Un accident de voiture, un accident domestique.
Vanessa
« Ah oui.
Vanessa (Interviewee)
» J'ai dit, mais oui, mais personne ne sait de quoi demain sera fait.
Sarah Poussey
A défaut d'adapter son application, le service client de chez Deleuze lui propose plutôt un service payant.
Vanessa (Interviewee)
« Si vous n'en sortez pas pour 5 euros, vous nous dites les articles et on le fait comme ça par téléphone. On veut rester autonome, indépendant.
Sarah Poussey
» Indépendante, Vanessa essaye aussi de le rester dans ses déplacements. Dans le quartier qu'elle a bien connu avant de perdre la vue, elle continue à utiliser les transports en commun.
Vanessa (Interviewee)
Ici où j'ai vu dans cette commune, je sais prendre toute seule le tram et descendre deux trois arrêts jusqu'à ma meilleure amie qui est aveugle.
Sarah Poussey
Mais pour les autres déplacements, elle compte sur les taxibus de la Stib, un service de taxi et de minibus qui permet aux personnes en situation de handicap de se déplacer dans Bruxelles pour 1,90 euro.
Vanessa (Interviewee)
J'ai un compagnon qui est très malvoyant, lui aussi. Mais là aussi, on est allé voir Renault au Cirque Royale, on a réservé Minibus Taxi de la Stib, et quand on est sortis, le chauffeur ne nous largue pas comme ça. À l'entrée, j'occupe les deux personnes, j'ai donné mes billets, il nous a conduits. On essaye de continuer à vivre comme on peut.
Sarah Poussey
Le service de taxi-bus est utilisé par près de 3000 clients à Bruxelles. J'ai pu découvrir comment il fonctionne en accompagnant Nathalie et Jean-Marc dans leur trajet vers les Cliniques Saint-Luc. Bonjour, je peux venir avec vous ?
Podcast Host
Bien sûr.
Vanessa
Très bien. Moi, c'est vraiment un accident de la.
Podcast Host
Médecine, une erreur médicale.
Sarah Poussey
Jean-Marc, 61 ans, est IMC, c'est-à-dire infirme moteur cérébrale. Il se déplace en voiturette électrique, et derrière, celle qui s'accroche à son fauteuil et se fait tirer, c'est Nathalie, sa compagne.
Vanessa
Je suis née à 6 mois et demi. On ne savait pas si j'allais survivre, et puis voilà, j'ai survécu, donc voilà. Jusqu'à l'âge de 7 ans, je ne savais pas marcher. Alors mes grands-parents m'ont emmenée en Espagne. En Espagne, grâce à Louis et tout ça, et à des médecins, j'ai pu marcher. J'ai marché jusqu'à mes 17 ans. Après, à 17 ans, on m'a mise dans une voiture parce que je tombais toujours. Maintenant, ça recommence et je ne suis plus marchée.
Sarah Poussey
Nathalie se déplace donc en chaise manuelle et vit aux côtés de Jean-Marc depuis 30 ans.
Vanessa
On m'a donné l'adresse de Jean-Marc pour aller chercher les papiers, pour envergler les papiers. Et là, la vache, elle s'est faite et voilà.
Podcast Host
Ça s'est connecté et on s'est un peu quitté.
Vanessa (Interviewee)
On n'a pas changé.
Sarah Poussey
On peut dire que ce sont de grands habitués des taxibus puisque Jean-Marc utilise ce service depuis sa création. C'est donc un minibus conduit par un chauffeur de la STIB qui vient aujourd'hui chercher Jean-Marc et Nathalie. Vous pouvez m'expliquer, là vous êtes tous les deux sorglés.
Vanessa
Oui, deux attaches devant, deux attaches derrière et une ventrale.
Sarah Poussey
Vu l'augmentation des demandes de trajet, la Steve collabore aussi avec des taxis qui viennent assurer la course. Sauf que le service et la formation des chauffeurs n'est pas du même niveau. Et puis en plus, ce système contraint Jean-Marc et Nathalie à se séparer dans deux voitures différentes.
Vanessa
Avant, quand on allait travailler, tellement qu'il m'attachait mal, notre voiture était la petite en deux, et j'ai eu les arcs-de-bois ici, dans mon ventre. Alors ce que j'ai dû faire, j'ai dû aller à l'hôpital pour qu'on m'enlève. J'étais pas fort blessée, mais quand même, avoir la voiture comme ça dans les côtes, ça faisait mal.
Podcast Host
C'est comme j'ai eu pour 1 500 euros d'offret en 3 trajets de taxi.
Sarah Poussey
1500 euros de frais en seulement trois trajets, des dégâts importants qui expliquent pourquoi Nathalie et Jean-Marc préfèrent être transportés en minibus, sauf que ces bus coûtent cher à entretenir et à remplacer pour la Stib. Or, le service de transport bruxellois cherche à faire des économies. Cet été, il a d'ailleurs décidé de réduire l'offre de trajets disponibles.
Vanessa
Depuis le 23 juillet, nous on a reçu une notification en disant que ça allait beaucoup changer dans la CIP. Au début on n'a pas compris qu'est-ce qui se passe là. Et puis pour finir on a demandé au chauffeur, le chauffeur nous a dit oui voilà, ils vont supprimer, ils vont raboter.
Sarah Poussey
Chaque personne a désormais droit à 30 allers-retours en taxibus par mois, soit un trajet allers-retours par jour. Mais ce que dénonce Jean-Marc, ce sont les modalités de réservation. Il n'est possible de réserver un trajet que 15 jours à l'avance et dès que les nouvelles semaines sont disponibles en ligne, tous les trajets sont pris d'assaut. La proportion globale des trajets disponibles est en effet limitée. La STIB peut assurer environ 200 trajets par jour pour une population d'environ 3000 clients.
Vanessa
Et alors, quand on leur téléphone, quand on a un problème, moi, on m'a déjà dit, oui, mais prends autre chose. Oui, mais écoute, prends autre chose, ça coûte beaucoup plus cher. Ça coûte 150 euros, quoi. 150 euros à 200 euros, la prison, le chargé, voilà, quoi. Pour nous, c'est toute une organisation. Et si la CIP arrête, notre vie s'arrête, quoi.
Sarah Poussey
Ce service offre un vrai confort de vie à Jean-Marc et Nathalie parce que les transports en commun classiques sont beaucoup moins fiables. Pas de rampe dans certains bus, arrêt non accessible, ascenseur en panne ou encore aucune place pour une chaise roulante aux heures de pointe.
Vanessa
J'ai déjà pris les bus en voiture et de manuel, mais c'est pas très évident. D'abord, la rampe, elle n'est pas facile à monter, alors je dois toujours demander à quelqu'un pour m'aider. Les emplacements handicapés, il n'y a pas d'attache. Et les agressions verbales, ouais, bouge-toi, sale handicapé, qu'est-ce que tu fous là ? Tu ferais mieux de rester chez toi et tout ça.
Sarah Poussey
Jean-Marc et Nathalie ne travaillent plus, mais ils sont quand même investis dans leur club de natation, dans un groupe de théâtre, une chorale, et puis différentes commissions au sein de l'ASBL Altéo. Une multitude de trajets qui ne sont désormais plus toujours assurés, sans compter leurs nombreux rendez-vous à l'hôpital, qui en cas d'annulation sont reportés 6 à 9 mois plus tard. Arrivés à bon port à l'hôpital Saint-Luc, un autre taxi-bus viendra rechercher le couple en fin de journée, en espérant quand même que le médecin n'ait aucun retard car s'il loupe le rendez-vous, il faudra payer 10 euros d'amende et le retour à la maison se fera pendant une heure envoituré.
Nino Peters
Bonne.
Vanessa
Journée, merci.
Podcast Host
Voilà pour ce reportage signé pour les clés par Sarah Poussey et avec nous pour prolonger ce qu'on vient d'entendre là. Nino Peters, bonjour.
Nino Peters
Bonjour.
Podcast Host
Merci d'être avec nous. Vous êtes le président de l'association Passe le message à ton voisin qui oeuvre pour la mobilité pour tous. Vous êtes aussi un des administrateurs du CAWAB, le Collectif Accessibilité Wallonie-Bruxelles. Alors j'imagine que ce qu'on entend là, ça renvoie à des témoignages nombreux que vous recevez très régulièrement.
Nino Peters
Oui, on a un peu plus de 400 membres dans notre association et beaucoup de témoignages reviennent en effet comme témoignages qu'on a entendus de difficultés, de complexité générale dans la société où un réseau régulier n'est pas accessible. C'est pourquoi ce service un peu sous une forme de ségrégation a été fait. On va transporter ces personnes-là. à part, et pas dans les bus, tram, métro, réguliers, standards, et même ce service-là a des manquements actuellement, et c'est très difficile à entendre ce qu'on vient d'entendre, mais on a beaucoup de témoignages qui corroborent ce genre de problèmes, oui.
Podcast Host
Alors si on lit la Constitution belge aujourd'hui, et un article tout récent en fait, qui date de 2021, qui est l'article effectivement 22 terres, j'imagine que vous le connaissez bien, Ils disent aussi, chaque personne en situation de handicap a le droit à une pleine inclusion dans la société, y compris le droit à des aménagements raisonnables. Sur la pleine inclusion dans la société, c'est l'intention, c'est l'engagement, c'est l'objectif ? On en est loin à vous entendre aujourd'hui.
Nino Peters
L'intention y est, je crois qu'il y a de plus en plus de bonne volonté, de sensibilité. Maintenant il faut mettre les moyens, il faut que la politique suive aussi, que les politiques suivent et donnent les moyens aussi aux administrations et autres entreprises de transport pour se faire Là typiquement le problème Taxibus c'est d'un côté la STIB qui décide unilatéralement de fermer le robinet et donc de créer des problèmes pour tous ces usagers qui doivent du coup rester chez eux, pas avoir de soins, pas avoir de vie sociale etc. Et d'un autre côté les politiques qui ne donnent pas les moyens du coup à ces administrations de fonctionner correctement. Sachant aussi que ce transport, Taxibus, évidemment un moyen, une sorte de ségrégation On peut parler d'autres époques où il y avait de la ségrégation, on ne pouvait pas voyager pour certaines personnes dans les bus comme tout le monde. C'est aussi une forme de ségrégation. Et l'idéal, évidemment, est une inclusion dans les transports publics, comme pour vous.
Podcast Host
L'idéal, ce serait que chacun puisse prendre le bus de la STIB plutôt que de devoir appeler un taxi, même si on ne le fait pas ici. C'est ce qu'on comprend. mettre d'office les personnes à part parce qu'on ne voudrait pas les voir. C'est aussi visiblement parce qu'on se rend compte qu'on n'arrive pas à atteindre une même qualité de service avec les bus classiques, parce qu'il y en a encore beaucoup qui ne sont pas équipés, parce que les arrêts ne le permettent pas toujours, alors qu'on peut compenser avec ces taxibus.
Nino Peters
C'est un système alternatif, momentané, transitoire, mais qui dure depuis un petit peu trop longtemps, évidemment, en attendant que les transports soient totalement accessibles en inclusion pour tous, sachant quand même qu'on peut nuancer, que certaines personnes, certains types de handicaps nécessiteront quand même toujours un transport adapté. Mais il y a aujourd'hui, sur le réseau taxibus, des personnes qui, si on était dans un autre pays, prendraient le transport régulier. Et donc, à ce moment-là, on pourrait avoir aussi une régulation de la demande des usagers.
Podcast Host
Un mot aussi d'un autre opérateur important en termes de transport en commun chez nous, c'est la SNCB, avec du côté de chez Unia, beaucoup de plaintes répertoriées ces dernières années sur le manque d'accessibilité, puisque aujourd'hui, dans deux tiers des gares environ, je crois, il n'y a pas moyen d'avoir une assistance pour les personnes à mobilité réduite. Ça veut dire que dans beaucoup d'endroits du pays aujourd'hui, dans les zones rurales notamment, c'est tout simplement impossible, si on est tout seul et en chaise roulante, de prendre le train.
Nino Peters
Alors exactement, donc aujourd'hui en Belgique une personne par exemple en chaise roulante ne peut entrer dans aucun train, dans aucune gare du pays en autonomie. Et seulement en 115 gares sur 555 gares, donc ça fait plus ou moins 20%, une gare sur cinq, on peut demander une assistance d'une personne humaine qui va venir avec une rampe pour faire le lien entre le quai, donc l'infrastructure et le rolling stock, le matériel roulant, donc le train. C'est ce gap, cette lacune qu'il y a verticale-horizontale entre le quai et le train. Et donc, sans cette rampe, il n'est pas possible pour la personne en chaise roulante de rentrer dans le train. Et donc, on lui oblige indirectement à avoir une assistance, alors que cette personne aimerait peut-être bien voyager, comme en Scandinavie, de manière totalement autonome ou en Suisse, et de devoir demander la permission à personne, de ne pas devoir anticiper 24 heures à l'avance et de choisir sa gare aussi. Parce que donc, ce système d'assistance doit être réservé à l'avance et n'est disponible que dans une gare sur cinq.
Podcast Host
Et ça c'est important évidemment à préciser pour les personnes qui ont la pleine possibilité d'utiliser leur jambe. On ne se rend pas compte que pour des personnes, même quand il y a une assistance qui est prévue, même quand il y a une gare qui est un petit peu adaptée, ça impose de dire il faut réserver 24 heures à l'avance. Donc on ne peut pas décider sur un coup de tête qu'on va prendre tel train plutôt que tel autre. Il faut arriver largement à l'avance à la gare. Tout ça, ça a un impact évidemment sur l'organisation, sur la vie de ces personnes.
Nino Peters
C'est une charge mentale énorme, il faut beaucoup gérer, beaucoup anticiper et parfois se faire malmener aussi sur le réseau parce qu'il va y avoir des couacs avec une assistance qui ne fonctionne pas ou bien des accomblateurs de train qui ne connaissent pas bien la réglementation et qui décident ou pas d'assister quelqu'un. Or on ne refuse pas à une personne valide de rentrer ou pas dans le train à partir du moment où elle a un ticket. C'est différent malheureusement pour les personnes en situation de handicap. On parle de l'assistance pour les personnes en chaise roulante mais on peut avoir de l'assistance aussi pour d'autres types de handicap. notamment des personnes déficientes visuelles qui auraient besoin d'un accompagnement qui, elle, pourrait utiliser une gare dans laquelle il y a des marches d'escalier et pas d'ascenseur et inversement, tout comme une personne en chaise roulante pourrait utiliser une gare où il n'y a pas de dalles polytactiles. La SNCB a défini unilatéralement quelques critères qui définissaient si une gare était accessible ou pas et elle sous-utilise en fait son réseau parce que quand on parle des 116 gares actuellement en 2025 qui sont en accessibilité intégrale selon les critères de la SNCB, Il n'y a en fait là-dedans que 30% qui proposent l'assistance. Donc on a en fait en Belgique 70% de gares qui sont en accessibilité intégrale, parmi ces 116, dans lesquelles on ne peut pas avoir d'assistance. Ça veut dire que ce sont des gares sur lesquelles on peut aller sur le quai et voir passer le train, comme une vache qui verrait passer le train dans un quai.
Podcast Host
Parce que le quai lui-même est accessible et que tout ça est prévu, mais pas le fait de pouvoir monter dans le train.
Nino Peters
Il y a des ascenseurs, des rampes, mais on ne peut pas monter dans le train. Or c'est bien ça le but d'une gare infinée, c'est de pouvoir transporter les passagers.
Podcast Host
Alors là, on parle beaucoup d'enjeux de mobilité, mais c'est évidemment pas les seuls. On l'a entendu d'ailleurs dans le reportage. Et on va s'intéresser quelques instants à la question de la numérisation. Alors, on a bien entendu dans le reportage de Sarah Poussey que la numérisation pouvait parfois avoir de très grands avantages, notamment pour des personnes aveugles ou déficientes visuelles qui peuvent se faire aider par des nouveaux outils numériques. Mais parfois, la numérisation, elle se fait justement aussi en oubliant des personnes en situation de handicap. Et ça, c'est ce que remarque UNIA, qui lutte contre les discriminations en Belgique. J'ai pu joindre Mariange van de Kendelaar, en charge des questions liées au handicap chez UNIA, et je vous propose de l'entendre.
Mariange van de Kendelaar
Depuis le Covid, on voit arriver de plus en plus de signalements chez nous de personnes en situation de handicap qui rencontrent de grandes difficultés liées à la digitalisation de la société. On voit que de plus en plus de guichets physiques ont tendance à disparaître et il n'y a pas toujours des alternatives équivalentes pour les personnes en situation de handicap, ce qui provoque des situations de discrimination pour ce public qui est particulièrement vulnérable. voire parfois des situations où les personnes n'arrivent pas à accéder à leurs droits en raison de cette numérisation.
Sarah Poussey
Les.
Mariange van de Kendelaar
Exemples les plus courants, ce sont la disparition des guichets. Par exemple dans les gares, il y a beaucoup de personnes en situation de handicap qui nous signalent qu'on ferme de plus en plus les gares, il n'y a plus de guichet physique. Elle rencontre de fortes difficultés pour utiliser les distributeurs automatiques de billets de transport, parce qu'ils ne sont pas toujours faciles d'utilisation, pas toujours accessibles. Par exemple, les personnes avec un handicap intellectuel se voient pénalisées par ces distributeurs et doivent payer un supplément à bord du train, alors qu'elles ne sont pas en mesure d'acheter leur ticket sur base de légalité. On a beaucoup de signalements aussi en lien avec les opérations bancaires. Donc il y a de plus en plus d'opérations bancaires qui se font via le online banking, via des apps et ce n'est pas toujours possible pour une personne par exemple avec un handicap visuel de faire ses opérations bancaires en ligne parce que simplement le site web ou l'application ne sont pas accessibles à leur handicap et donc elles doivent payer des surcoûts.
Podcast Host
À cela, on peut ajouter aussi les pratiques de toute une série de sociétés commerciales qui, aujourd'hui, proposent des promotions uniquement accessibles à ceux qui utilisent les services en ligne et qui, du coup, ne peuvent pas bénéficier à ceux qui n'ont pas la possibilité d'aller sur les plateformes numériques. Alors, face à cela, UNIA estime que c'est au législateur de poser des balises claires.
Mariange van de Kendelaar
UNIA recommande depuis plusieurs années maintenant aux services publics et aux autorités de prévoir vraiment un cadre légal qui bétonne la possibilité de pouvoir accéder aux services publics et plus largement aux services d'intérêts généraux de manière non numérique. Donc il doit pouvoir avoir des alternatives au numérique, un accès téléphonique, un accès à un guichet physique, voire un accès par voie postale qui est possible. Et donc on demande aux législateurs de le garantir au travers d'une législation qui bétonne cela parce que pour l'instant ce qu'on constate c'est que les opérateurs peuvent avancer vers la digitalisation mais que cette digitalisation n'est pas encadrée.
Podcast Host
Alors, le cas de la digitalisation, c'est intéressant, je trouve, Nino Peters, parce que là, on n'est pas en train de devoir adapter des trains, par exemple, qui existent depuis des décennies à de nouvelles réalités qui ne sont pas vraiment de nouvelles réalités, mais en tout cas, de nouvelles attentions qu'on a dans notre société. Ici, ce sont des services qu'on est en train de développer et pourtant, malgré qu'on est en train de les développer, on n'a pas l'air de penser tout de suite à l'accessibilité pour les personnes en situation de handicap, mais aussi parfois pour des personnes précaires ou des personnes qui n'ont pas le même niveau d'alphabétisation, etc. Ça, c'est quand même un enjeu important. Est-ce qu'on pense suffisamment, depuis la base, depuis la construction même des services, à ce qu'ils soient très largement accessibles ?
Nino Peters
Alors, pas du tout. Et je dis souvent qu'on a déjà malheureusement suffisamment de travail à accessibiliser le cadre bâti, les transports existants et tout ce qui n'a pas été créé à une époque où on était dans une société totalement exclusive ou de ségrégation par rapport aux personnes en situation de handicap. Et on ne devrait pas, entre guillemets, nous secteur associatif, où il y a le Centre pour l'égalité des chances, s'occuper des éléments neufs. On pourrait, entre guillemets, pouvoir se reposer sur nos politiques, nos créateurs, nos design managers, nos CEO, etc. qui vont décider, qui vont acheter, qui vont avoir un cahier des charges, etc. pour le nouveau matériel neuf, pour faire en sorte que toutes sortes de terres, tout soit construit, tout soit acheté, tout roule de manière accessible et on n'aurait que, entre guillemets, parce que c'est pas une mince affaire, à s'occuper d'accessibiliser l'existence qui n'a pas été pensée à l'époque. Alors on ne le fait pas, pourquoi ? D'une part par méconnaissance. Le politique souvent légifère trop tard ou mal ou pas suffisamment par rapport à ces mesures. Ensuite, par rapport au contrôle, c'est peu ou trop peu contrôlé. J'utilise souvent l'exemple des pompiers. Quand on va ouvrir un bâtiment neuf, on a besoin d'un certificat des pompiers. On a besoin d'être sûr, soit fireproof, qu'on doit faire attention aux normes incendies. Qui vérifie ? Ça, c'est les pompiers. Et les pompiers donnent un certificat. Si ce n'est pas bon, c'est no go. C'est go, no go. Si c'est no go, on n'ouvre pas. Point. Dans le secteur de l'accessibilité, il y a des lois, certes, insuffisamment détaillées, qui nécessitent encore une amélioration. mais qui ne sont pas respectés. Lorsqu'on ne respecte pas, dans 9% des cas, on laisse faire et puis ça sort de terre et c'est inaccessible. Donc on continue à construire l'inaccessibilité de demain.
Podcast Host
Oui, ça c'est effectivement interpellant quand ce sont des investissements que l'on pense aujourd'hui. Dernière question, alors Nino Péters, on a compris qu'il y a parfois, pas toujours d'ailleurs, mais parfois un vrai enjeu financier, notamment quand il faut construire des aménagements raisonnables au niveau de la mobilité, ce sont tous des désinvestissements, des coûts. Est-ce que vous ne craignez pas que dans un contexte de restrictions budgétaires, d'économies qu'on est en train de devoir faire à tous les niveaux de pouvoir aujourd'hui, les personnes en situation de handicap trinquent sur ces attentes qu'elles ont par rapport à l'inclusion ?
Nino Peters
Elles en pâtissent d'autant plus. Et l'exemple malheureux de la décision unilatérale de la STIB récemment, on est malheureusement à un très très très mauvais exemple. Mais du fait qu'on a décidé qu'il faut faire des restrictions budgétaires, on va pas essayer de soulever un bouclier syndical et autre, on va pas toucher au métro, aux trams, aux bus, on va pas toucher à tel et tel chauffeur, etc. Alors on va taper là où ça fait mal et où ça va peut-être pas trop déranger les gens. C'était peut-être une mauvaise idée de le penser, mais les personnes en situation de handicap, et on va réduire en fait un sous-traitant que sont les taxis lorsque des courses ne peuvent pas être faites par des minibus de la Stib. Et c'est là-dedans qu'on va taper. Donc par un petit peu manque de courage, on va en fait fermer les robinets pour les personnes en situation de handicap qui ont déjà suffisamment difficile.
Podcast Host
Et cette conscience politique des enjeux d'accessibilité, il est important de les avoir en tête justement au moment d'une opération de solidarité comme CAP48. Pour se rappeler que même si la solidarité est essentielle, elle ne vient qu'en complément de l'action politique qui aujourd'hui ne permet pas encore de réaliser les ambitions affichées dans notre Constitution, à savoir le droit pour les personnes en situation de handicap à une pleine inclusion dans la société. C'était Les Clés, avec un reportage grand format signé Sarah Poussey, avec Laurent Nélissen à la réalisation sonore. Merci de suivre fidèlement ce podcast et n'hésitez pas, bien évidemment, à partager cet épisode autour de vous.
Host: RTBF (Arnaud Ruyssen)
Date: October 1, 2025
Main Guests:
Cet épisode explore la question : la société belge est-elle réellement accessible à tous, en particulier aux personnes en situation de handicap, malgré des engagements et des lois pour l’inclusion ? À l’occasion de l’opération de solidarité CAP48, la réalité du quotidien de personnes concernées est mise en lumière à travers des témoignages et l’expertise d’acteurs engagés.
(00:52 – 13:35)
(13:35 – 27:00)
(16:47 – 19:45)
(19:57 – 23:22)
(24:03 – 25:38)
(25:38 – 27:00)
Crainte accrue d’un recul des droits et de l’inclusion dans un contexte d’économies et de restrictions budgétaires (26:10 – 26:57).
Rappel final : la solidarité citoyenne type CAP48 est essentielle, mais jamais suffisante à elle seule – les changements doivent avant tout être impulsés et garantis politiquement et structurellement (26:57).
L’épisode dresse un constat nuancé mais ferme : malgré des lois ambitieuses pour l’inclusion, le quotidien des personnes en situation de handicap reste semé d’obstacles. Les engagements constitutionnels ne se traduisent pas dans les faits, que ce soit par manque d’investissement, d’attention lors de la digitalisation, ou par absence de volontarisme politique. L’inclusion, la vraie, reste un objectif à atteindre.