
L’Etat belge a débuté des négociations avec Engie pour éventuellement racheter le parc nucléaire. Une démarche qui suscite son lot d’interrogations, notamment quant à la gestion des déchets nucléaires et du vieillissement des centrales. On en discute avec Fabienne ...
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Le débat sur le nucléaire revient dans l'actualité.
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La Belgique est un pionnier du nucléaire. Le premier réacteur homogénéen s'est construit en Belgique.
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La première...
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J'ai besoin de repères.
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J'ai toujours eu l'ambition de garder ouverts les centrales nucléaires.
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Bonjour à toutes, bonjour à tous, et bienvenue dans Les Clés pour un épisode où l'on va essayer de comprendre pourquoi le gouvernement fédéral belge a décidé d'entamer des négociations avec Émilie pour racheter tout le parc nucléaire, les sept réacteurs qui se trouvent sur notre territoire. Les négociations sont en cours actuellement, mais beaucoup de questions se posent. L'État compte-t-il devenir lui-même exploiteur nucléaire? Compte-t-il relancer les centrales les plus anciennes dont le démantèlement a déjà commencé? À combien pourrait se chiffrer le coût de ce rachat, quid du financement aussi du démantèlement futur? On va prendre 27 minutes pour tenter d'y voir clair.
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«La première, les clés.» L'État belge veut prendre le contrôle des réacteurs nucléaires du pays. Des négociations avec Engie vont commencer.
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Fermer nos centrales après 40 ans ou 50 ans, c'est de la folie. C'est une grosse erreur. On n'aurait jamais dû le décider. Et je suis extrêmement fier et content qu'on peut renverser cette folie.
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C'était le 30 avril dernier. Le gouvernement de Weaver annonçait donc son intention de récupérer en pleine propriété l'exploitation des réacteurs nucléaires en Belgique. À compter du 1er mai et jusqu'au 1er octobre, il a obtenu qu'ENGIE suspende toutes ses opérations de démantèlement en cours pour pouvoir, dans cet intervalle, mener ce qu'on appelle une «due diligence », c'est-à-dire faire toute une série de vérifications et d'audits pour aboutir ensuite C'est ce qu'espère en tout cas l'État à un accord sur le rachat de toute la branche nucléaire d'énergie en Belgique, même si, comme le dit le Premier ministre Bardo-Weaver, Pour
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l'instant, le gouvernement ne s'engage encore à rien. Cette première phase se limite à stopper toutes les activités de démantèlement et à lancer les études nécessaires. Ces études ont pour but d'examiner l'état des réacteurs, ce qu'il est encore possible d'en faire, combien cela coûterait de les remettre en service et combien de temps cela prendrait. Pour le reste, on analyse aussi ce que représenterait une éventuelle reprise sur le plan financier et juridique.
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Alors, pour essayer de mieux comprendre ce dossier, à la fois complexe et stratégique, on a passé pour les clés un petit coup de fil au ministre en charge de l'énergie au gouvernement fédéral, l'EMR Mathieu Billet. Et j'ai commencé par lui demander pourquoi le gouvernement fédéral en était venu à envisager cette option du rachat des activités nucléaires d'ENGIE.
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Et en fait, on a pendant de nombreux mois essayé de trouver des terrains d'entente avec ENGIE. On le sait, les discussions ont été longues, elles ont été discrètes, elles ont été longues, elles ont été intenses. Et nous arrivions à un moment donné où l'ambition de ce gouvernement qui est de remettre le nucléaire dans le mix énergétique sur le long terme, et donc d'une part prolonger les capacités, mais aussi d'autre part construire de nouvelles capacités, eh bien on s'est rendu compte avec Engie, et sans conflit aucun, mais que ce n'était plus leur stratégie d'entreprise, et donc évidemment Engie avait une volonté de se désengager, et donc Engie ne pouvait plus être ce partenaire très long terme que nous voulions avoir, et donc le plus simple était que l'État se prenne ses capacités pour justement pouvoir les prolonger et déployer cette stratégie de nouvelles capacités à construire en Belgique.
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Le gouvernement veut donc reprendre son destin nucléaire en main. Et il a fait l'analyse que le seul moyen de garder, à moyen et long terme, une part importante de nucléaire dans le mix énergétique était de devenir propriétaire des réacteurs. Avec trois objectifs en particulier.
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Sur le parc existant, ça ouvre une porte, c'est la nouvelle prolongation. Donc, Doul 4 et Tiange 3 qui sont prolongés jusqu'à 2035, en fait, ça permet d'ouvrir la porte à une prolongation plus long terme. Et donc, les travaux qui sont actuellement réalisés sur les réacteurs, ça permettrait de les amortir sur une durée plus longue et de les utiliser sur une durée plus longue, mais aussi de prolonger d'autres capacités. Et c'est tout l'enjeu, c'est de savoir exactement dans quels états de réacteurs et qu'est-ce qu'il faudrait accomplir comme acte pour pouvoir les prolonger, les relancer. Mais l'accord c'est aussi une discussion sur le terrain que possède ENGIE pour la construction de nouvelles capacités.
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Pour parler concrètement, là où aujourd'hui il y a un accord pour prolonger de dix ans les réacteurs de Thiange 3 et Doule 4, l'espoir du gouvernement est de pouvoir aller au-delà de 2035. Mais on entend aussi l'envie de pouvoir remettre en route des réacteurs qu'on croyait définitivement arrêtés. Les plus anciens, Thiange 1, Doule 1 et Doule 2, voire même les réacteurs de Doul3 et Thiange2, ceux qui ont des microbules d'hydrogène dans la cuve et dont le démantèlement est le plus avancé. Plusieurs experts que j'ai consultés sur ce point estiment d'ailleurs que pour ces deux réacteurs, le démantèlement est tellement avancé qu'il est quasiment irréversible, sauf à mobiliser des coups énormes. Et puis, il y a enfin, on l'entend, l'idée de pouvoir, en rachetant le parc, récupérer les terrains et ainsi pouvoir envisager la construction de nouvelles centrales sur les sites actuels. Car une récente étude a montré que Doules et Thiange sont précisément les sites les plus propices à l'installation de potentiels futurs réacteurs. alors à voir ce qui pourrait advenir de la négociation avec Engie. Puisqu'on a d'un côté un groupe industriel qui, lui, a fait le choix de sortir du nucléaire et qui pourrait voir comme une aubaine de revendre un outil sur lequel il ne misait plus. Et en face, on a un gouvernement fédéral qui lui estime avoir absolument besoin du levier nucléaire. D'ailleurs, pour le ministre-maire Mathieu Billet, le nucléaire, ce n'est pas une option, c'est une évidence.
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Aujourd'hui, on n'a plus le choix. On doit mobiliser toutes les sources de production décarbonées, d'électricité. On n'a plus le choix. Donc en fait, aujourd'hui, on sort un peu du paradigme du soit-soit, soit le renouvelable, soit le nucléaire. On a vraiment changé ça. C'est plutôt et le renouvelable et le nucléaire. Le nucléaire n'est pas un choix, c'est plus une évidence. On a besoin du nucléaire et donc c'est pour ça qu'on a fait ce choix.
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Alors, un gouvernement qui estime ne pas avoir le choix face à un opérateur qui, lui, peut se dire qu'il n'a pas grand-chose à perdre. N'est-ce pas une négociation fort asymétrique qui se profile? Une négociation où Engie sera en position de force? On a évidemment posé la question à Mathieu Billet.
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Alors, on a une position qui est différente par rapport au gouvernement précédent. Le gouvernement précédent a dû prolonger parce qu'il y avait un risque de sécurité d'approvisionnement. Ici, ça se fait dans la discussion. Il n'y a pas un qui a justement un genou à terre comme le précédent gouvernement. On n'est pas dans ce cadre aussi actuellement. Mais c'est clair qu'on a, nous, un atout, c'est la volonté d'Engie qui veut se désengager. Est-ce qu'on négocie d'égal à égal? On n'est pas dans une situation commerciale où on a une boîte privée, deux boîtes privées qui discutent. Il y a une entreprise privée, il y a l'État. et le gouvernement fédéral a une feuille de route qui est l'accord du gouvernement. Avec le Premier ministre, on est garant de l'exécution de cet accord de gouvernement, et c'est pour ça qu'on a posé les choix de reprise du parc. Mais attention, et vous l'avez dit en introduction tout à l'heure, il s'agit ici d'un cadre de négociation que nous avons mis en place, cadre exclusif de négociation, avec certains actes qui sont déjà matériels, exemple l'arrêt du démantèlement, l'arrêt complet du démantèlement, Mais évidemment, on mène toute une série d'audits et d'examens approfondis pour ne pas acheter un chaleur d'intact. Et puis surtout, savoir si derrière, il y a une opportunité économique. Mais ce qu'on veut, c'est faire le pont en quelque sorte entre la situation actuelle et les nouvelles constructions pour avoir de l'électricité décarbonée et abondante. Et pour ça, il nous faudra prolonger les capacités.
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Ce qui est sûr, c'est que l'État risque de payer quand même son manque d'anticipation dans ce dossier. Le fait que quand on a décidé, en 2003, de la sortie du nucléaire, on n'a pas vraiment construit les alternatives. Le fait qu'on se retrouve aujourd'hui à bricoler face à la nécessité de décarboner à vitesse grand V tout en s'assurant d'avoir demain suffisamment d'électricité face à une demande qui ne va faire que croître. ENGIE ne fera sans doute pas de cadeau à l'État et l'un des cœurs de la négociation sera le coût du démantèlement des centrales. Accrochez-vous car c'est un peu technique. Aujourd'hui, un fonds est provisionné par l'exploitant ENGIE pour financer le démantèlement des réacteurs. Un fonds géré par Synatome. Régulièrement, on analyse si ce fonds est suffisamment alimenté pour couvrir le coût de démantèlement estimé à terme. Or, il était justement question que les provisions soient augmentées dans les années qui viennent, suite à une réévaluation des coûts. NJ pourrait donc monnayer sa revente des réacteurs contre le fait de devoir moins payer pour démanteler les centrales. Là-dessus, Mathieu Biais reconnaît que ce sera un point crucial de la négociation.
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Évidemment, s'il y a des prolongations, le processus industriel, le schéma industriel, il change. Et donc, c'est justement l'objectif de cette discussion, c'est de se dire, s'il y a une prolongation ou une nouvelle capacité en prise de groupes 4 étirage 3, eh bien, le scénario industriel, il change. Parce que l'argent, il devait servir à démanteler. Mais s'il n'y a pas de démantèlement, ou pas aujourd'hui, ou dans 10 ans, ou dans 15 ans, eh bien évidemment ça change. Et donc c'est clairement un des points de discussion, c'est qu'on est-il de ce fonds synatome? Eh bien, il sera doté de l'argent dont il est actuellement doté, et il sera transféré avec l'obligation de démantèlement s'il y a transfert.
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Alors, cela veut-il dire qu'en cas de rachat par l'État belge, Engie pourrait éviter de devoir remettre de l'argent sur la table pour le démantèlement? On sent que ce sera un des nœuds de la discussion qui s'appuiera aussi sur les audits techniques en cours. Et quand on demande au ministre de l'Énergie combien de pourcentages de chances il se donne d'aboutir à un accord de rachat avec Engie...
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Je ne serai pas pronostic. Je ne fais pas de pronostic parce que je ne vais pas me prononcer. Et c'est ce que beaucoup de gens, de manière assez maladroite, ont fait. C'est de donner, de faire des commentaires sur «ça va coûter une fortune». Moi, ça fait partie des audits qu'on mène. Donc commencer à donner des conclusions avant d'avoir mené ces audits, me semble être très important. Et je ne me donne pas un pronostic, mais notre objectif est clairement qu'on engage les capacités.
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Voilà pour les précisions donc de Mathieu Billet, ministre fédéral et maire de l'énergie. Avec nous pour aller plus loin et décrypter un petit peu tout cela dans les clés, il y a Fabienne Collard.
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Bonjour.
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Merci d'être avec nous. Vous êtes chercheuse au CRISP, le Centre de Recherche et d'Information Sociopolitique, spécialiste de l'énergie. Alors avant d'analyser justement tout ce qu'on vient d'entendre là, dans la bouche de Mathieu Billet, peut-être un tout petit peu d'histoire avec vous sans entrer trop dans les détails. Le nucléaire, on a commencé à l'envisager dans les années 50, environ en Belgique. Comment est-ce qu'on s'est retrouvé à avoir aujourd'hui un groupe étranger, un groupe français, ENGIE, qui détient une clé importante comme cela de notre avenir énergétique au point de devoir aller négocier avec lui? Comment ça s'est passé en fait la mise en œuvre de ce nucléaire en Belgique?
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Bah écoutez, tout simplement, c'est effectivement dans les années 50 que les premières initiatives nucléaires apparaissent, parce que le prix du charbon à ce moment-là explose, et puis on n'est pas les seuls, en Europe les mêmes désirs commencent à voir le jour, en France... en Allemagne. Et c'est pour ça qu'on crée l'Euratom d'ailleurs. Et pour bien comprendre, le nucléaire c'est vraiment le temps long. On commence dans ces années-là et Tiange 1 sera mis en service en 1975. Mais pour répondre à votre question, effectivement, qui il y a derrière le nucléaire? Electrabel, c'est ce qu'on a en tête. Mais à l'origine, à l'avènement du nucléaire, ce n'est pas encore Electrabel. C'est trois énergéticiens. Une ERC, EBS et Intercom. qui ont au-dessus d'eux un actionnaire, Tractebel, qui lui-même a au-dessus de lui un autre actionnaire principal, c'est la Générale. Et la Générale va se retrouver en difficulté. Il y a une OPA qui court sur la Générale, sur la Grande Dame, comme on l'appelait en 1988, de Benedetti. Et la personne, le chevalier blanc qui va se présenter pour sauver la Générale à ce moment-là, c'est Suez, français. Et c'est à partir de ce moment-là, j'ai envie de dire, que la bascule se fait et où notre énergéticien, parce que les trois énergéticiens dont je vous parlais vont fusionner en 1990 pour devenir Electrabel, que notre premier énergéticien va devenir français.
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Et donc ça, évidemment, c'est une situation qu'on n'avait pas forcément imaginée au départ. On n'a pas construit le nucléaire comme une énergie d'État où c'est l'État qui aurait été lui-même à la manœuvre. C'était des entreprises, mais des entreprises qui étaient sous cette coupole de la Générale de Belgique, donc quand même très proche de sphère de pouvoir de l'État belge. Et puis, à un moment donné, on n'avait pas forcément imaginé que les centres de décision quitter le pays et qu'aujourd'hui on se retrouve à devoir négocier une partie de notre avenir énergétique avec un groupe qui est devenu aujourd'hui ENGIE et dont les centres de décision se trouvent à Paris. Alors un petit mot quand même aussi sur les raisons qui nous conduisent aujourd'hui à du bricolage sur la question nucléaire et là aussi il faut faire un petit peu d'histoire. En 2003, le gouvernement Verhofstadt, avec notamment les écologistes en son sein, décide qu'on va sortir du nucléaire. Le problème, c'est qu'à l'époque, on prend la décision et puis dans la foulée, on ne va pas vraiment s'organiser pour mettre en œuvre concrètement cette sortie. Ça aussi, c'est une des raisons qui fait que la Belgique se trouve dans cette situation très inconfortable aujourd'hui, de devoir, en mode un peu football panique, trouver des solutions. à la fois pour être sûr d'avoir assez d'énergie demain, de l'énergie en plus décarbonée dans un moment où on a une grosse pression pour justement décarboner au plus vite, une demande qui pourrait croître. Ça, la sortie et le fait qu'on n'a pas anticipé ces conséquences, c'est un des vrais soucis?
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C'est-à-dire qu'en 2003, on donne déjà un petit peu la couleur parce qu'en 2003, effectivement, c'est sous l'impulsion des écologistes qu'on va voter la loi de sortie du nucléaire. Mais on se rend compte qu'on n'est quand même pas totalement convaincu parce que dans cette loi, il y a un article, l'article 9, qui introduit une clause de force majeure. C'est-à-dire que si on se retrouve dans une situation justement où on a un problème avec une envolée des prix ou un problème d'autonomie ou ce genre de choses, on peut décider, le gouvernement alors, peut décider en fait de prolonger certains réacteurs. Et on voit que dans les faits c'est ce qui s'est passé. On a eu un premier prolongement en 2013, un second en 2015, ce qui fait que les trois plus vieux réacteurs ont déjà été prolongés. Alors il faut se remettre aussi dans le contexte de 2003, début des années 2000, on est aussi poussé par l'Europe, l'énergie c'est surtout une affaire européenne à la base, et on est poussé par l'Europe vers une transition énergétique avec l'idée qui est la suivante, on va mettre tout sur le renouvelable, on va développer le renouvelable, et on va utiliser en appoint du renouvelable, parce qu'il n'y a pas tout le temps du soleil ou du vent, On a peint du renouvelable des petites centrales flexibles. On pense alors à du gaz. Et le nucléaire, à ce moment-là, il n'est pas en odeur de sainteté. Les choses vont s'inverser évidemment avec ce qui s'est passé avec la guerre en Ukraine et la crise énergétique. Là, les choses sont apparues de manière évidente et maintenant c'est vrai que le nucléaire est revenu un peu sur le devant de la scène en Belgique mais ailleurs également. Il y a les aspects environnementaux, c'est vrai qu'on met le nucléaire en avant parce qu'il n'émet pas de CO2, mais c'est vrai qu'au moment où on vote la loi, ce n'est pas le cas. Le nucléaire, on espère s'en priver.
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Donc il y a cette idée, en 2003, qu'il faut sortir. On n'anticipe pas complètement la façon dont on va remplacer cette énergie, et puis il y a ces éléments, comme vous le dites, de la crise en Ukraine en particulier. L'idée de se dire qu'émettre beaucoup de gaz en complément, ce serait pas forcément une bonne idée non plus dans le but de décarboner. Et tout ça nous amène à cette situation où, vous l'avez dit, 2013-2015, on décide de prolonger. Et puis ici aussi, tout récemment, sous le gouvernement précédent, on va devoir avoir une négociation très très compliquée avec Engie pour faire admettre l'idée qu'on prolonge de 10 ans les deux centrales les plus récentes, Iange 3 et Doule 4. Et ça va se faire tellement dans la douleur que déjà à l'époque, le gouvernement va devoir être un peu créatif en imaginant une société, une joint venture à construire entre lui et Engie. Donc on sent bien là qu'en fait on a un problème, c'est que si on veut continuer avec le nucléaire existant et peut-être même pour construire le nucléaire futur, on ne peut pas vraiment s'appuyer sur Engie qui suit une autre stratégie qui, elle, l'emmène plus vers le renouvelable et qui lui fait arrêter le nucléaire.
E
Oui c'est ça, ça se fait dans la douleur. Essentiellement pour ça NJ prend un autre chemin. Elle n'est pas demandeuse de cet accord. Par contre la Belgique est un peu acculée. C'est vrai qu'il y a un problème d'approvisionnement et donc elle se retrouve dans une position de faiblesse. Et il y a une belle compensation à la clé pour NJ si elle mène à bien les négociations. C'est qu'elle a une grosse épine dans le pied depuis un moment. Ce sont toutes les provisions qu'elle doit mettre de côté à travers Synatome qui est une filiale d'Electrabel. ces provisions qui se montent. On a commencé la première évaluation en 2003, c'était 4 milliards. Quand on a négocié avec Engie, on est arrivé à ce que ce soit 12 milliards, plus une petite prune pour la soif, parce qu'en fait c'est tout le temps revu à la hausse, les techniques envisagées évoluent, il y a des prolongements, donc tout ça fait que l'enveloppe elle augmente. Et donc le gouvernement a négocié avec Engie le fait que Engie lâche une provision de 15 milliards, simplement pour la gestion des déchets. Il y a encore tout le volet d'aimant tellement qui normalement restait de la responsabilité d'Engie, mais qui serait peut-être une monnaie d'échange. pour le futur.
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Oui puisque ça c'est maintenant alors l'actualité avec cette négociation-ci. Comme vous l'avez dit, dans l'accord précédent il y a eu l'idée de fixer, entre guillemets, un peu une fois pour toutes le prix des déchets, ce qui arrangeait bien Engie par rapport à ses actionnaires de pouvoir dire voilà ce que ça va nous coûter, ça nous coûte cher mais au moins on n'aura pas de mauvaise surprise dans le futur. Mais restait la question du démantèlement où, là aussi, les coûts sont revus régulièrement à la hausse en fonction de l'évolution des connaissances sur la façon dont il faudrait démanteler. Et là, on sent que c'est ça qui pourrait être le cœur de la négociation ici. Ce qu'Engie peut espérer gagner dans la tractation ici avec l'État belge, c'est le fait de se voir aussi très limité dans ce qu'elle pourrait apporter en plus au démantèlement que ce qu'elle a déjà mis de côté.
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Oui, c'est ça de ce que j'ai compris. Ce qui est déjà provisionné resterait provisionné. On parle de 8 milliards, je pense. Et il y avait une question de révision de nouveau à la hausse. Et là, on est sur, je pense, 2 milliards. Tout en sachant qu'Angie, elle, argumentait sur le fait qu'elle avait acquis de l'expérience et que du coup, les coûts de démantèlement seraient sans doute, à son avis, moins important et donc ça se joue sur une enveloppe de 2 à 3 milliards, ce qui n'est pas négligeable. Je veux revenir quand même sur le fait, pour la gestion des déchets, c'est vrai que ça arrangeait Engie, ça arrangeait quelque part aussi la Belgique, dans le sens où pendant des années, on s'est inquiété que ces provisions, en fait, repartent ailleurs. parce qu'il n'y avait rien de prévu en fait. C'était provisionné, mais rien n'était prévu pour que ces provisions restent là où elles sont. C'est-à-dire que Engie pouvait les utiliser comme bon lui semblait. C'est-à-dire, Electrabel pouvait rapatrier ça vers Engie, ou investir à l'étranger, ou quitte si c'était un autre producteur qui reprenait la main, on n'était pas sûr. Donc quelque part, ici, la Belgique reprend la main sur ces provisions. Le problème est que ces 15 milliards, ils vont devoir devenir à terme une enveloppe d'au moins 60 milliards parce que l'idée c'est qu'on a ces provisions mais on va devoir les faire fructifier pour qu'à terme, on parle de l'horizon 2100 même au-delà, 2135, lorsque toute l'opération sera terminée, l'enveloppe sera beaucoup plus importante.
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Donc, si je vous comprends bien, la Belgique aujourd'hui, elle sait qu'elle va sans doute déjà devoir subvenir à une partie du coût du démantèlement, du traitement des déchets. Engie s'est déjà dégagé d'une partie de ses responsabilités par l'accord qu'elle a pu conclure avec le gouvernement précédent. Ceci dit, certains craignent aujourd'hui que dans cet accord-ci, le gouvernement puisse devoir encore céder du terrain à Engie. C'est ce qui ressortait d'ailleurs d'une série de réactions au niveau de l'opposition qu'a compilée pour nous Sarah Poussey.
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Parmi les parties de l'opposition, l'Open VLD soutient la démarche du gouvernement, alors que le PS et le PTB sont plus nuancés. Tous deux valident le principe de nationalisation du secteur énergétique, mais pas que cette opération coûte des milliards d'euros à l'État, en plus des frais de démantèlement et d'enfouissement des déchets. Pour le PS, ces installations devraient être cédées gratuitement, puisqu'elles ont déjà été largement rentabilisées par Engie. Ecolo et Groen, en revanche, jugent cette décision incompréhensible. Utiliser autant d'argent uniquement pour prolonger un ou deux réacteurs ne leur paraît pas proportionné. Surtout que tout cet argent investi le sera au détriment des énergies renouvelables, notamment de l'éolien offshore, un secteur où les investissements belges ne sont déjà pas suffisants. Même son de cloche du côté de chez Greenpeace qui souligne un gain très faible pour le climat. L'argent qui pourrait être utilisé dans ce rachat devrait plutôt servir à décarboner d'autres pans de la consommation énergétique des Belges. Nadia Cornet reporte-parole de Greenpeace Belgique.
E
Nous, on a vraiment eu l'impression que le gouvernement s'est décidé d'acheter des vieilles casseroles. Aujourd'hui, le parc nucléaire, à part les deux centrales qui ont été décidées d'être prolongées, tout le reste c'est des centrales qui sont à l'arrêt et dont le démantèlement a commencé. Le coût de ce démantèlement, en fait, il n'est pas encore tout à fait clair.
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Dans son édito, le rédacteur en chef du Soir compare, lui, les réacteurs à des invendus de fin de brocante. En effet, 5 des 7 réacteurs sont soit à l'arrêt, en phase de démantèlement, comportent des micro-fissures et, dans tous les cas, ne sont pas conformes aux normes internationales. Toutes les critiques pointent en fait les risques et les coûts importants de cette démarche. L'accord avec Engie fixera un prix pour le démantèlement et la gestion des déchets nucléaires. Mais la réalité économique de ces opérations est méconnue. Si elles s'avèrent plus élevées, ce sera donc à l'État et aux citoyens de payer la différence. Il faudra aussi moderniser et remettre aux normes ces réacteurs. Où va-t-on trouver cet argent dans ce climat généralisé d'économie? Xavier Kounas, du Soir, alerte aussi sur la multiplicité des rôles. En plus d'être régulateur, législateur et garant de la sûreté, l'État va donc aussi devenir producteur et gestionnaire de réseau. Bref, pour le journaliste, cette décision n'est qu'une rustine sur ce qu'il qualifie d'une stratégie énergétique historiquement défaillante.
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Fabienne Collard, venons-en du coup à l'analyse maintenant de ce qui se joue proprement dit là maintenant. On a entendu des réactions assez critiques de certains éditorialistes de l'opposition. Pour vous, le gouvernement, il a décidé d'aller vers ces négociations pour une nationalisation. Pourquoi? Il se rendrait compte que c'était vraiment impossible autrement d'encore avoir prise sur l'avenir nucléaire. On allait vers le démantèlement de toutes les centrales à part les deux qu'on a prolongées.
E
Quelque part oui, dans le sens où le gouvernement a annoncé dès le départ qu'il voulait prolonger le nucléaire et peut-être mettre en place de nouvelles centrales. Le problème c'est que pour l'instant le parc nucléaire c'est la propriété d'ENGIE. Or NJ, on voit qu'il vient avec les pieds de plomb à la table des négociations, voire il n'y vient pas du tout vu que la seule chose qu'il a concédée du bout des lèvres, c'était une prolongation possible de dix ans encore des deux réacteurs les plus récents, donc Doul 4 et Théânge 3. Pour le reste, a priori, c'en était fini pour lui. Il avait d'ailleurs commencé le démantèlement même bien bien bien entamé le démantèlement pour les réacteurs problématiques, entre guillemets, ceux qui ont des problèmes de micro-bulles d'hydrogène dans les cuves, et pour ce qui était de Tiange 1, Doule 1 et Doule 2, qui sont les trois réacteurs que le gouvernement convoite en fait, Là le démantèlement allait commencer et donc il était urgent quelque part pour le gouvernement de mettre le haut là et avec cette possibilité de nationaliser, en tout cas cette volonté de nationaliser qu'ils mettent en avant aujourd'hui, ils ont quelque part réussi à mettre un stop à ce démantèlement.
A
Mais tout commence maintenant, on a envie de dire. Donc là, il y a un stop qui va d'ailleurs être dédommagé. L'État le reconnaît qu'on va intervenir pour dédommager Engie dans le fait qu'on arrête son processus, qu'il y avait des sous-traitants qui devaient commencer à travailler sur ce démantèlement. On fige tout ça. Il y aura une compensation financière de la part de l'État belge. Mais reste maintenant à évaluer si vraiment on peut redémarrer ces centrales les plus anciennes, à voir les conditions auxquelles Engie acceptera de céder le parc. Est-ce que ça va se jouer sur le coût du démantèlement, on l'a évoqué. Il y a l'enjeu des terrains aussi, parce que les terrains, ils intéressent beaucoup aussi le gouvernement pour le nucléaire futur. Quelque part ici, on a mis un stop au démantèlement, ce qui rend possible une suite. Mais ce n'est pas du tout évident. Ça ne va pas être une partie de plaisir, cette négociation, on a envie de dire.
E
Non, tout à fait. En fait, on en est effectivement au départ. Il va falloir voir dans quel état sont l'ensemble des réacteurs. Donc savoir quels sont les coûts pour les prolonger. Quand je parle de coûts pour les prolongés, les coûts techniques, quelque part, Thien-Jean, Doulin et Douledeux, ils ont déjà eu une petite remise à jour cure de jeunesse car ils ont déjà été prolongés. Maintenant, par contre, ils ne sont plus aux normes de sécurité qui sont en vigueur depuis Fukushima. Et c'est en ça qu'effectivement on se demande là aussi quel sera le coût. Et pour les deux autres réacteurs, là carrément on se demande ce qu'on va trouver. Donc il y a tous ces coûts-là. Pour prolonger, il y a effectivement le coût des terrains à racheter à ENGIE. Et la principale monnaie d'échange, ce sera effectivement la responsabilité du démantèlement qui pour l'instant incombe à ENGIE, mais qui in fine reviendrait à l'État, s'il nationalise l'appareil nucléaire, à quelle hauteur? Ça, c'est effectivement l'interrogation.
A
Mais donc, on a envie de dire et pour conclure que pour l'État, il y a deux choses. Il y a le montant de la transaction à laquelle, là maintenant, à l'instant T, il pourrait récupérer justement l'autonucléaire, les terrains, etc. Il y a aussi quelque chose qui est difficile à prévoir, c'est ce que ça pourrait coûter à l'État belge à long terme, de devoir gérer, au fond, tout ce passif nucléaire. Il savait qu'il allait devoir en gérer une partie de toute façon, même encore avec Engie dans la pièce. S'il est vraiment seul maître à bord, propriétaire des centrales, ça veut dire que c'est lui qui va devoir en assumer la totalité.
E
Oui, parce qu'on met toujours en avant le fait que le nucléaire apporte une électricité bon marché. C'est vrai, lorsque tous les réacteurs fonctionnaient et réacteurs amortis, c'est vrai que c'était un atout pour la Belgique et pour le prix de l'électricité. Mais ça ne peut pas rester en l'état dans le sens où effectivement, quand vous choisissez le nucléaire, il y a effectivement des déchets qui vont avec et un coût qui s'y rapporte. Le problème de l'énergie, c'est qu'on la vend quelque part aux consommateurs à court terme. C'est votre facture que vous recevez chaque mois. Or, les questions énergétiques, elles se traitent à très long terme. C'est pour les infestissements un horizon de 30 à 40 ans et ici pour la gestion des déchets, comme vous le voyez, c'est plus de 200 ans. Et toutes ces questions-là, en fait, on les met un peu sous le tapis. On préfère ne pas y penser et ça devient effectivement du coup une monnaie d'échange avec Kenji qui, elle, dans sa prise de risque, se rend bien compte que financièrement c'est un boulet pour elle et le boulet en fait il reviendrait maintenant à l'état du coup.
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A suivre donc, puisqu'on est ici dans une phase de due diligence, on l'a dit, où l'État va évaluer si, oui ou non, l'opération en vaut la chandelle ou en fonction, il va essayer de trouver un accord avec Engie. On en découvrira les modalités. On suivra cela évidemment de près et on vous tiendra informés dans les clés. Merci à Valentin Gourdange pour la réalisation sonore de cet épisode. A la préparation, il y avait Sarah Poussey et Arnaud Reussen. Et si ce contenu vous a intéressé, n'hésitez pas bien sûr à le partager autour de vous.
Podcast Summary: Les Clés (RTBF)
Episode: Nucléaire : vers une "nationalisation" des centrales ?
Date: 18 mai 2026
Host: Arnaud Ruyssen
Guest Expert: Fabienne Collard, chercheuse au CRISP
This episode of Les Clés explores Belgium’s dramatic shift towards the possible nationalization of its nuclear power assets. As the federal government opens formal negotiations with the French group ENGIE—with the aim to purchase the entirety of Belgium’s nuclear reactor fleet—the episode unpacks the motivations, risks, and implications of this move. Topics range from historic ownership structures and past policy decisions to the technical and financial stakes of such an operation, with a focus on long-term energy security, decarbonization imperatives, and the legacy of nuclear waste.
The Belgian government, after months of fruitless negotiation with ENGIE, feels compelled to take full control of its nuclear future. ENGIE wishes to disengage from nuclear in favor of renewables, making the state the only viable long-term operator and investor.
« Le plus simple était que l'État se prenne ses capacités pour justement pouvoir les prolonger et déployer cette stratégie de nouvelles capacités »
— Mathieu Billet, ministre fédéral de l'énergie (03:44)
Three objectives of the government:
« Ça permet d'ouvrir la porte à une prolongation plus long terme…mais aussi de prolonger d'autres capacités »
— Mathieu Billet (04:16)
« C’est à ce moment-là que la bascule se fait, et où notre énergéticien va devenir français. »
— Fabienne Collard, CRISP (13:25)
2003: The government (pushed by ecologists) votes nuclear exit but includes a "force majeure" clause (Article 9) allowing for extensions “if necessary”.
« On a une loi de sortie du nucléaire, mais on n’a pas anticipé…on se retrouve en mode football panique »
— Arnaud Ruyssen (14:41)
Successive delays and crises (notably Ukraine, energy supply shocks) brought nuclear back onto center stage for Belgium and much of Europe.
Discussions are deeply shaped by the legacy and future costs, especially dismantling (démantèlement) and nuclear waste management.
Provisions and compensation: A dedicated fund managed by Synatom (Electrabel/ENGIE) exists to cover dismantling, but costs are regularly re-evaluated upward—the current estimate: €8 billion provisioned with possible €2B+ increase pending new audits.
ENGIE may try to limit its exposure by offloading remaining liabilities onto the state:
« C’est clairement un des points de discussion...qu’en est-il de ce fonds Synatom ? »
— Mathieu Billet (10:25) « On a négocié avec Engie le fait qu’Engie lâche une provision de 15 milliards simplement pour la gestion des déchets. »
— Fabienne Collard (18:41)
The deal’s true cost is therefore uncertain, with risks of the state taking on a vast and unpredictable financial “boulet" (ball and chain).
Broad skepticism and resistance:
« Aujourd’hui, le parc nucléaire…tout le reste c’est des centrales à l’arrêt…Le coût de ce démantèlement n’est pas encore tout à fait clair… »
— Nadia Cornet, Greenpeace Belgique (23:48) « Cette décision n'est qu'une rustine sur une stratégie énergétique historiquement défaillante »
— Xavier Kounas, Le Soir, via C (25:03)
The complexity of the state's new role is also highlighted: regulator, legislator, safety guardian, now potential operator/owner.
"Fermer nos centrales après 40 ans ou 50 ans, c'est de la folie. C'est une grosse erreur."
— Bart De Wever (quoted), 01:07
(Dramatic political framing of the urgency to reverse nuclear phase-out)
"Le nucléaire, on n'a plus le choix. C'est plus une évidence."
— Mathieu Billet, 06:52
(Articulates the government’s new energy paradigm: renewables AND nuclear)
"Nous, on a vraiment eu l'impression que le gouvernement s'est décidé d'acheter des vieilles casseroles."
— Nadia Cornet, Greenpeace, 23:33
(Memorable critique encapsulating fears over wasteful public spending)
"Le problème de l'énergie, c'est qu'on la vend au consommateur à court terme (...). Les questions énergétiques, elles se traitent à très long terme (...), ici pour la gestion des déchets, c'est plus de 200 ans."
— Fabienne Collard, 29:46
(Insight into the intergenerational dimension of nuclear policy)
This episode provides a thorough, nuanced debrief of Belgium’s bid to retake command of its nuclear power sector—a move driven by necessity in the energy/climate context, but fraught with financial, technical, and political risk. As the due diligence phase unfolds, all parties are bracing for tough negotiations and a reckoning with both the costs of past indecision and the immense responsibilities of future stewardship.
Summary by Les Clés, RTBF podcast. For more, visit https://www.audiomeans.fr/politique-de-confidentialite