
Le 30 mai, la Belgique a subi de très violents orages. La Basse-Sambre a été particulièrement touchée avec de nombreuses inondations. Ce genre d’épisode extrême est amené à se reproduire plus fréquemment dans le contexte du réchauffement climatique. Mais alors, com...
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Resident Affected by Flood
Il y a tellement d'infos que je m'y perds.
Radio Host / Interviewer
Je trouve que c'est difficile d'y voir clair quand même.
Narrator / Reporter (Sarah Poussey)
Souvent je trouve que tout est trop superficiel. Je pense qu'il y a trop d'infos et... C'est très angoissant.
Aurore de Grey (Hydrology Professor)
La première...
Radio Host / Interviewer
J'ai besoin de repères.
Aurore de Grey (Hydrology Professor)
Les clés?
Narrator / Reporter (Sarah Poussey)
J'ai envie de comprendre.
Aurore de Grey (Hydrology Professor)
Arnaud Ruyssen.
Radio Host / Interviewer
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans Les Clés pour un numéro où l'on va parler des orages très violents qui ont frappé la Belgique le 30 mai dernier. Des événements qui nous interrogent sur notre capacité à gérer des épisodes de pluie diluvienne qui risquent bien de s'accentuer dans les années qui viennent en raison du réchauffement climatique. Alors quelles bonnes questions se poser. en matière d'aménagement du territoire, de prévention des risques, de politique d'urbanisation, de choix en matière d'agriculture aussi. On va se pencher sur tout ça, en commençant par revenir sur ce qui s'est passé concrètement le samedi 30 mai, du côté en particulier de la Basse-Sambre à l'intersection entre l'ENO, la province de Namur et le Brabant-Wallon.
Aurore de Grey (Hydrology Professor)
La première, les clés.
Narrator / Reporter (Sarah Poussey)
Le campement est dressé à Ligny, village de la commune de Sombreff en province de Namur. Tente militaire, costumes d'époque, tout est prêt pour revivre la célèbre bataille du 16 juin 1815, la dernière victoire de Napoléon. Cette édition 2026 des Napoléoniennes devait être particulière puisque l'association célébrait ses 60 ans d'existence. Mais ce samedi 30 mai, les orages sont de sortie et la pluie se fait de plus en plus intense. Dans les champs, l'eau ruisselle jusqu'à transformer le terrain en énorme pataugeoire. L'eau monte aussi du côté du bivouac. Les tentes sont inondées.
Reenactor / Event Participant
On a essayé de sauver tout ce qui était armé, tout ça. On a repris hier avec nous dans la voiture. On s'est serré pour essayer de tout reprendre au maximum pour pas que ce soit abîmé. Et alors, le reste, c'est plutôt des choses à faire sécher. Donc, il y a des choses abîmées, mais ça va encore.
Narrator / Reporter (Sarah Poussey)
À 17h, les organisateurs doivent annuler la grande bataille prévue en début de soirée. L'événement ne reprendra pas. Les reconstituants, dont certains venus de loin, sont évacués et accueillis dans le centre culturel de Ligny.
Joël Priveau (Architect, Urbanist, Researcher)
C'était apocalyptique.
Radio Host / Interviewer
C'était... Hier soir, c'était... Moi, je croyais qu'on n'en sortait pas vivant. Heureusement, il y a encore de l'humanité. Et merci, nos amis belges. Franchement, merci. C'est touchant.
Joël Priveau (Architect, Urbanist, Researcher)
J'ai pas l'habitude de pleurer, mais là,
Radio Host / Interviewer
à 60 piges, de vivre ça, c'est...
Narrator / Reporter (Sarah Poussey)
Ligny n'est pas le seul village inondé. Ce 30 mai, la Belgique a en fait été touchée par deux épisodes orageux. La première phase se déroule dans la matinée du samedi. Bruxelles, Louvain et Liège sont les principales provinces sous la pluie. Dans le village de Strey, sur la commune de Maudave, on décompte ainsi 107 mm de précipitation en une matinée. Dans l'après-midi, le second épisode d'Orageux se concentre principalement sur la basse-sambre, une sorte de triangle entre Charleroi, Namur et Jean Blou. Et dans cette zone, les orages ne semblent pas vouloir se déplacer. C'est ce qu'on appelle un phénomène d'orage rétrograde. Toutes les 15-20 minutes, une cellule orageuse disparaît, mais elle donne naissance immédiatement à une nouvelle juste derrière elle, On a donc une concentration importante des précipitations au même endroit alors qu'en parallèle, presque aucune goutte n'est tombée dans le sud de la province de Namur ou en province de Luxembourg. A Ligny et auprès de l'eau Jemets-sur-Sambre, les inondations ont provoqué de nombreux dégâts. Le dimanche matin, l'eau n'était toujours pas redescendue dans plusieurs habitations et certaines rues toujours inondées étaient impraticables.
Resident Affected by Flood
Ce matin, on n'a pas su rentrer dans la maison parce que la rue était inondée et l'eau allait rentrer dans la maison si on ouvrait les portes. On a dû faire appel à un serrurier pour ouvrir la porte arrière pour pouvoir rentrer et voir les dégâts.
Radio Host / Interviewer
Et quels sont les dégâts?
Resident Affected by Flood
Très conséquents. On est en train de nettoyer, de regarder tout ce qui ne va pas.
Narrator / Reporter (Sarah Poussey)
Les interventions des pompiers se sont multipliées. D'autant plus que la foudre a aussi provoqué plusieurs incendies dans la région. Face aux nombreux appels, il a donc fallu choisir des priorités.
Firefighter / Rescue Worker
Donc nous sommes intervenus rapidement, mais surtout pour des sauvetages. Nous avions des sauvetages à effectuer, des gens qui se sont réfugiés sur le toit, des gens aussi qui étaient bloqués dans la rue parce que les routes étaient inondées et il y avait énormément d'eau qui se trouvait là. Ils ne savaient plus sortir de leur voiture au niveau de leur portière parce qu'elle était bloquée avec la pression de l'eau. Et donc, nous avons effectué les sauvetages.
Narrator / Reporter (Sarah Poussey)
Plus d'une semaine après ces orages violents, de nombreux habitants nettoient toujours leur maison. Des électrodes, des meubles ou des gravats sont alignés le long des trottoirs, attendant d'être évacués par la commune. Et pour certains, la solution à ces risques d'inondation est toute trouvée.
Resident Considering Moving
Ça a commencé à monter sur la place. J'ai laissé monter et monter. Quand j'ai vu que ça se rapprochait de ma maison, j'ai essayé de soulever des trucs dans ma maison. J'ai 50 centimètres dans la maison. J'y pensais déjà avant, mais maintenant qu'il y a eu ça, je pense que je vais partir.
Radio Host / Interviewer
Voilà pour les sentiments de ceux qui ont été touchés par ces inondations, un récit signé Sarah Poussey. Et avec nous pour essayer d'abord bien comprendre ce qui s'est passé justement le 30 mai, Aurore de Grey, bonjour.
Aurore de Grey (Hydrology Professor)
– Bonjour.
Radio Host / Interviewer
– Vous êtes professeure d'hydrologie à l'université Jean Blou agrobiothèque. D'abord, alors on a parlé du phénomène météo, des cellules orageuses avec un phénomène météo particulier qui a concentré beaucoup d'eau à certains endroits. 120 millimètres au mètre carré, je lisais que sur un mois de mai en général on en a 60 sur tout le mois donc là c'était évidemment très très spectaculaire. On sait aussi que le réchauffement climatique peut un peu doper la quantité d'eau qu'il y a présente dans l'air et qu'au moment où ça précipite via les orages, on peut avoir des conséquences plus importantes. Mais forcément, il faut regarder aussi un peu le territoire tout autour. C'est ça qui peut expliquer qu'on a pu avoir dans certains endroits des concentrations d'eau et de boue très impressionnantes.
Aurore de Grey (Hydrology Professor)
En effet, on sait que le réchauffement climatique va nous amener des précipitations vraiment très denses. Ces quantités d'eau par unité de temps, en parlant en millimètres par heure, il faut les comparer à ce que le sol est capable d'absorber. Soit on est sur des sols agricoles, des sols perméables, à quelle vitesse est-ce que l'eau peut s'infiltrer? Ça dépend très fort de la manière dont ce sol est géré. Dans des prairies, dans des sols qui sont couverts par de la végétation, qui sont en bonne santé, on peut imaginer une infiltration de l'ordre de 40-50 mm heure. Ce sont des infiltrations quand même très importantes. Mais par contre, quand on a des sols qui sont pauvres, qui sont tassés, dans lesquels il n'y a pas de végétation. Et ça a été beaucoup le cas ici, puisqu'on est encore au tout début du printemps, et pour les pommes de terre, le maïs, les oignons, les terres étaient encore quasiment nues. Dans ce cas-là, la capacité d'infiltration est beaucoup plus limitée, on est de l'ordre de quelques millimètres par heure. et donc toute cette eau qui ne s'infiltre pas, elle va ruisseler et en plus elle va emporter la terre qui n'est pas protégée par la végétation et c'est pour ça que les personnes qu'on a entendues dans le reportage étaient inondées et par de la boue, ce qui est encore pire je dirais en termes de dégâts. Cette eau elle se concentre dans les champs et puis dans les vallées et elle arrive souvent dans des zones qui sont habitées, qui ont été urbanisées entre les zones agricoles et les rivières qui sont l'exutoire naturel du ruissellement.
Radio Host / Interviewer
Mais donc c'est très important les chiffres que vous nous donnez là, quand vous nous dites un sol qui est couvert, un sol en bonne santé, il peut absorber 40 à 50 mm, ça voulait dire que si on avait que des sols comme ça, au fond on n'aurait même pas vraiment de problème avec des pluies aussi importantes en tout cas pour la plupart du territoire. à partir du moment où on a des sols plus pauvres, des sols plus compactés, qu'on a des sols aussi qui pour certains sont bétonnés, macadamisés, etc. Alors là, l'eau ne rentre pas et elle va commencer à couler vers la rivière, comme vous nous le dites. Sauf qu'entre les cultures et la rivière, on va avoir des maisons, on va avoir parfois des rues entières qui ont été construites pour certaines récemment, d'autres moins. Parfois, on a des maisons aussi qui sont construites depuis bien longtemps et qui alors sont frappées de plein fouet par les conséquences de ces inondations.
Aurore de Grey (Hydrology Professor)
C'est ça, donc en fait il y a même 45 communes qui ont été répertoriées comme ayant été touchées par des inondations par ruissellement lors de cet épisode-ci et à ça on peut rajouter aussi des refoulements d'égouts parce que c'est aussi des systèmes qui ne sont pas dimensionnés pour gérer de telles quantités d'eau et ça ce sont aussi des inondations pas très agréables quand vous avez vos toilettes qui fonctionnent à l'envers ou les égouts qui fonctionnent à l'envers. Donc on est là face à des phénomènes qui sont beaucoup plus importants et plus intenses que par le passé et effectivement une urbanisation qui a été faite sans prendre en considération ces risques naturels. Le plan de secteur ne prend pas en considération les risques naturels. Dans d'autres régions du monde c'est le cas mais pas chez nous. Et donc on se retrouve face à des sites qui sont encore aujourd'hui étiquetés comme étant potentiellement constructibles, et les gens le perçoivent comme tel, alors qu'en réalité ce serait très imprudent d'y mettre des maisons, des infrastructures vulnérables. Donc il y a vraiment là quelque chose à faire, à la fois pour empêcher de rendre plus vulnérables des sites qui sont de toute façon les lieux passage de l'eau, mais aussi je pense qu'on a quelque chose à faire pour réparer le bâti qui a été construit par le passé, parfois en ignorant, parfois en sachant, mais qui a été construit dans des endroits qui sont vulnérables. Et puis il y a encore un autre aspect de notre urbanisation qu'il faut prendre en considération, c'est toutes les zones que l'on imperméabilise et qui du coup ruissellent, génèrent du ruissellement qui va aller provoquer des dégâts en aval.
Radio Host / Interviewer
Et ça évidemment c'est important à préciser, on va surtout se concentrer évidemment quand on va après médiatiser les conséquences d'une inondation sur ceux qui en vivent les conséquences et qui sont souvent plus proches des rivières ou dans des centres urbains, mais eux payent le prix aussi des choix qui sont faits beaucoup plus haut en amont, que ce soit dans les types de cultures, que ce soit dans la façon dont on a construit aussi parfois au-dessus des vallées, c'est tout ça qui a des conséquences mais qui vont se répercuter sur ceux qui vivent plutôt en bas.
Aurore de Grey (Hydrology Professor)
Voilà, tout ça se cumule. Et par rapport au type de culture, en effet, on a beaucoup vu dans les reportages que vous avez pu présenter des cultures de printemps, que sont la pomme de terre, le maïs, les oignons aussi, qui étaient vraiment des cultures très peu couvrantes au moment des orages. Et là, on a aussi de vraies questions à se poser. parce que ce ne sont pas des cultures qui nous sont nécessaires pour notre alimentation. Nous ne mangeons que 10 à 15% des pommes de terre que nous cultivons. Nous exportons 80% ou plus de 80% des pommes de terre que nous cultivons. Or, les coulées boueuses, les pesticides qui sont entraînés, les dégâts que ça génère, eh bien ce sont les collectivités chez nous qui doivent les gérer, les habitants qui en sont les victimes. Donc là aussi, il y a des vraies questions au niveau agricole à se poser.
Radio Host / Interviewer
Et on va se les poser dans la deuxième partie de l'émission. Un petit mot quand même sur le cas particulier des cultures de pommes de terre. Pourquoi est-ce que selon vous, au hors degré, des cultures comme la pomme de terre, dont on sait qu'elles sont extrêmement répandues en Belgique, sont particulièrement vulnérables, j'ai envie de dire, à ce type d'épisodes orageux? Pourquoi est-ce qu'on a particulièrement beaucoup de boue qui peut nous venir de ces cultures-là quand on a un épisode comme celui que l'on vient de vivre?
Aurore de Grey (Hydrology Professor)
Parce qu'il y a une conjonction de calendrier, la pomme de terre ne protège pas du tout, voire très très peu, le sol au moment de la saison des orages. Donc ça c'est un fait malheureux, mais c'est comme ça.
Radio Host / Interviewer
Parce qu'elle est peu couvrante. Parce qu'elle est peu couvrante à ce moment-là.
Aurore de Grey (Hydrology Professor)
Et surtout cette terre, elle a été vraiment émiettée de manière très très forte. Pour préparer la culture de la pomme de terre, que la pomme de terre ait le moins possible d'obstacles pour se développer, en fait on a rendu la terre quasiment farineuse. On l'a mise en butte et on l'a vraiment rendue pulvérulente. Et donc à la moindre goutte d'eau, elle va se faire emporter. En plus de ça, les parcelles sont extrêmement grandes, les agriculteurs sont mieux rémunérés quand les parcelles sont de grandes superficies. Donc il y a un incitant malheureux à ce niveau-là. et le fait que les sillons soient très réguliers va permettre d'accélérer le flux. On a dans ces parcelles-là très peu d'obstacles à l'écoulement, très peu de haies, très peu de changements de cultures qui permettraient de ralentir l'eau et de déposer les sédiments. Il y a un effet d'emballement.
Radio Host / Interviewer
Et ça pour avoir été justement voir les zones touchées ici, c'était très frappant de voir que quand vous avez quelques bâtiments par exemple qui sont en aval d'un champ même légèrement en pente mais avec des sillons qui vont vers le bâtiment, on a vraiment eu cette forme de toboggan d'accélération de l'eau qui emmène une partie de la terre et alors des conséquences en aval qui peuvent être extrêmement problématiques pour ceux qui y vivent ou ceux qui y travaillent. Avec nous aussi, Pour cette émission, il y a Joël Priveau, bonjour. Vous êtes vous architecte, urbaniste, chercheur à l'université de Liège. En toute transparence, on va préciser que vous êtes aussi conseiller communal écolo à Verviers, même si ce n'est pas à ce titre-là qu'on vous a invité ici. D'abord une question, en tant justement qu'architecte et urbaniste, on paye, dans des épisodes comme ceux-là, le prix de choix urbanistiques qui ont été posés ces 10, 20, 30, 40 dernières années?
Joël Priveau (Architect, Urbanist, Researcher)
Alors oui, effectivement, vous avez parlé tout à l'heure du plan de secteur, donc le plan de secteur c'est un zonage, tout le territoire a été cartographié avec des zones où on peut construire, des zones où on ne peut pas construire, des zones où on peut mettre des entreprises et ainsi de suite. Il a été fait des années 72-82, à cette époque-là on ne parlait pas du changement climatique, on ne parlait pas de la perte de biodiversité, donc effectivement on a cet héritage lourd qui arrive. Mais je voudrais mettre quand même un petit bémol par rapport à cette situation-là, c'est que les premières cartes d'aléas d'inondation, elles datent de 2007. Et puis après on a les cartes de ruissellement auxquelles le professeur Rodriguet a travaillé beaucoup. Et déjà en 2007, 93% du stock bâti était déjà présent en Wallonie. Donc on peut pas reprocher quelque part aux gens d'avoir mal construit quand ils n'avaient pas l'information, parce que l'information arrivait très tardivement en 2007, ça fait à peine 19 ans. Donc aujourd'hui on est confronté à devoir gérer surtout un stock bâti qui va être percuté par les inondations. Alors il y a deux types de grandes inondations et c'est important de bien comprendre les différences. C'est que nous avons des inondations par débordement des cours d'eau, par débordement des rivières. et des inondations par ruissellement, comme on vient d'en parler. Il faut savoir qu'en Wallonie, l'inondation par ruissellement est beaucoup plus importante que par débordement de rivières, ça c'est pas quelque chose qu'on avait immédiatement en tête. Et que sur la Wallonie, c'est quand même un tiers des ménages wallons qui sont exposés à un aléa, que ce soit par débordement ou que ce soit par ruissellement. Donc on n'est pas en train de parler d'une petite marginalité quelque part, c'est un tiers des ménages wallons, donc c'est plus de 500 000 ménages wallons qui sont exposés à cette problématique-là.
Radio Host / Interviewer
Oui c'est vrai qu'on peut avoir eu l'impression ces dernières décennies que quand on parlait d'inondations c'était des choses qu'on voyait d'ailleurs en général venir avec un peu d'anticipation parce qu'on suivait les cours d'eau qui commençaient à se rapprocher d'une côte d'alerte et puis qui allait déborder et puis on avait certaines zones qui étaient plus ou moins pré-identifiables où on voyait qu'on avait des inondations. Ici ce qui s'est passé dans le cas des inondations de 2021 de manière extrêmement forte et dans une moindre mesure ici le 30 mai dernier c'est vraiment qu'à un moment donné on a beaucoup d'eau qui tombe dans une zone assez limitée, ça rouille ciel et là tout d'un coup certaines personnes qui n'imaginaient sans doute pas être vulnérables sur ce plan-là découvrent qu'il peut y avoir de l'eau dans leur maison et de l'eau parfois dans des quantités très importantes. Ça veut dire qu'aujourd'hui on est en train et on doit repenser un peu la façon dont on considère le risque d'inondation dans un contexte de climat qui se réchauffe et où ces épisodes-là pourraient devenir de plus en plus intenses.
Joël Priveau (Architect, Urbanist, Researcher)
Ah oui, tout à fait. Ce que les climatologues nous expliquent, c'est que les événements extrêmes vont de plus en plus devenir la norme. Or le problème, et hors de gré on en a parlé, c'est que nos infrastructures, nos réseaux de gestion d'eau, d'égout, ne sont pas du tout dimensionnés pour les extrêmes. Donc ça c'est déjà un élément infrastructuriel qui fait qu'on n'est pas capable de le gérer. Ce qui arrive aujourd'hui, c'est qu'en fait on bascule dans une nouvelle ère et on doit repenser quelque part, je dirais bien, une nouvelle géographie des risques. Avant, antérieurement, quand on disait oui, on est dans un aléa très faible, on ne se tracassait pas trop, ça n'arrivait jamais. Aujourd'hui, on sait que le fait qu'un aléa très faible, effectivement, puisse arriver, on l'a vu en juillet 2021, ça arrive. Et effectivement, on voit que des éléments qui étaient imaginés comme étant des crues centenales, Aujourd'hui, quand on analyse les événements de juillet 2021, qu'on les intègre dans les séries statistiques, on s'aperçoit que ça devient des éléments de récurrence de 25 ans ou de 50 ans. Donc on voit qu'il y a vraiment eu un virage au niveau des aléas auxquels on va être exposé. Donc c'est vraiment toute une grande réflexion, donc c'est pas juste une réflexion... au niveau de l'urbanisation que l'on doit avoir, mais c'est une réflexion au niveau de l'ensemble du territoire. La question n'est pas de savoir est-ce qu'on va mettre un égout d'un diamètre de 1 mètre au lieu d'un diamètre de 60. La question c'est comment est-ce qu'on repense la totalité du territoire pour faire face aux enjeux climatiques qui nous arrivent.
Radio Host / Interviewer
Et là, évidemment, on rentre dans un enjeu assez complexe. Ça veut dire qu'on ne doit plus seulement se dire, tiens, là, vous pouvez construire, là, vous ne pouvez pas construire parce que vous êtes dans une zone risquée ou bien, attention, parce que là, vous pourriez modifier l'écoulement par rapport à tel petit village qui est en contrebas. Il faut dézoomer complètement sur l'ensemble de bassins versants, parfois très large, et considérer l'ensemble du paysage, si je puis dire, dans une politique transversale. Aujourd'hui, on est obligé de faire ça un peu partout. en raison de ces conditions de changement climatique.
Joël Priveau (Architect, Urbanist, Researcher)
Et donc, effectivement, les communes ont eu l'habitude de fonctionner au sein de leur périmètre communal. Ici, et ça l'a très bien démontré lors de G2021, c'est qu'on doit commencer à penser en bassin versant. Par exemple, le bassin versant de la Vendre, c'est 700 km², c'est plus de 25 communes qui sont concernées par le bassin versant. Et toute action qu'une commune va avoir, va avoir des répercussions à la fois en amont et à la fois en aval. chose qui était assez étonnante, on pensait que c'était juste ce qui se passait en dessous qui allait être impacté, mais c'est aussi ce qui se passe au-dessus. Ce qui se passe sur les plateaux va impacter ce qui se passe dans les fonds de vallée. Donc ça oblige à avoir une vision vraiment transversale au niveau de l'ensemble d'un bassin versant, mais ça oblige aussi à avoir une vision transversale du niveau institutionnel. Jusqu'à présent, on avait l'aménagement du territoire qui était cantonné aux zones urbaines, on avait aussi concerné l'agriculture et la foresterie qui étaient cantonnées dans un autre ministère, et ainsi de suite. Et aujourd'hui on doit vraiment travailler tous ensemble de manière décloisonnée parce que ce qui se passe effectivement dans une zone agricole va impacter une zone urbaine et vice-versa. Ça va effectivement dans tous les sens. Donc le changement climatique nous amène à repenser philosophiquement totalement différemment la manière dont on gère notre territoire.
Radio Host / Interviewer
Alors, dans notre territoire, il y a notamment l'enjeu agricole. Vous avez déjà évoqué le sujet horreur de gré tout à l'heure. Il y a le type de culture aussi qu'on va installer, la façon dont on va traiter les sols qui va les rendre plus ou moins absorbants à cette eau qui tombe. Donc pour vous, pour le futur, on doit s'interroger sur la façon dont on construit les cultures, mais aussi le type type de culture que l'on va autoriser dans certaines régions, tous ces éléments-là doivent entrer dans l'équation?
Aurore de Grey (Hydrology Professor)
Tous ces éléments doivent entrer dans l'équation, en se rappelant aussi que le changement climatique c'est des pluies plus intenses à certains moments, mais c'est aussi des sécheresses plus longues à d'autres moments. Et donc on a tout intérêt à ce que le sol puisse effectivement jouer ce rôle tampon, que naturellement il nous rend, c'est un service qu'il nous rend naturellement, on doit faire en sorte qu'il récupère cette capacité-là, Et donc effectivement, nos cultures, elles doivent soutenir notre système alimentaire, en partie aussi notre système de production d'énergie, on peut l'entendre, mais il faut vraiment se poser la question de ce dont on a besoin. Il y a ce système alimentaire, mais après, toutes ces terres agricoles doivent aussi nous rendre des services en termes de soutien à la biodiversité, amortissement des flux d'eau, infiltration d'eau dans les nappes pour que pendant les périodes sèches, on ait de l'eau à disposition, etc. Donc nos terres agricoles sont des lieux dans lesquels on peut gérer l'impact du changement climatique, parce que la pluie on ne la changera pas malheureusement, c'est une question mondiale, mais quand ça arrive sur le territoire, là on a la main pour gérer. Et on a vraiment intérêt à restructurer des paysages beaucoup plus complexes et surtout beaucoup plus diversifiés. Et c'est dans ce sens-là que je dis qu'il faut faire aussi un lien avec notre alimentation, parce que finalement nous sommes importateurs nets de toute une série de choses, notamment les céréales panifiables. Peu de gens le savent, mais on ne les produit pas chez nous. Pourquoi pas? Alors que ce sont des cultures qui protègent les sols, qui permettent aussi d'avoir une belle couverture au moment des orages. Donc il y a des vraies questions de fond à se poser sur l'adéquation entre notre agriculture et nos besoins, et relocaliser un certain nombre de choses, parce qu'il y a beaucoup de solutions dans le domaine agricole. L'agriculture peut vraiment être partie de la solution et rendre service à la société, mais malmenée, vraiment orientée vers le business, elle peut être extrêmement délétère. Donc il y a vraiment un débat de société à avoir. Quelle agriculture voulons-nous? Quel type de paysage voulons-nous? Pour pouvoir vivre sereinement justement dans les vallées.
Radio Host / Interviewer
Oui parce qu'il n'y a pas que l'enjeu de ce qui peut se passer en cas d'orage vraiment majeur comme ceux qu'on a connus. Ce que vous pointez là est important c'est de dire à un moment donné si quand il y a des pluies importantes et on sait qu'avec le réchauffement climatique on va avoir peut-être moins de jours de pluie mais des jours de pluie plus denses, si tout ça part avec de la boue directement à la rivière et puis dans le fleuve et puis jusqu'à la mer, c'est de l'eau qu'on n'a pas après dans les nappes. Donc tout ça, ça doit être pensé aussi. Concrètement, ça veut dire quoi? Il y a l'enjeu du type de culture. Vous nous dites avoir autant de pommes de terre, peut-être ça n'a pas beaucoup de sens, on devrait peut-être avoir plus de blé panifiable notamment. Sur la façon dont on va construire aussi les espaces de culture, est-ce qu'il y a moyen d'éviter comme ça d'avoir des grands sillons qui vont conduire l'eau directement vers les maisons ou vers la rivière? Est-ce qu'on peut penser tout en restant dans une logique qui soit rentable pour les agriculteurs dans leur culture?
Aurore de Grey (Hydrology Professor)
Bien entendu, cette logique de rentabilité est importante. Ce sont des exploitations, ce sont des entreprises qui doivent être rentables. Mais quelque part, quand elles rendent un service à la société, ça vaut la peine aussi de se poser la question, est-ce que ça ne mérite pas, quelque part, rémunération? Mais des parcelles qui ont des tailles beaucoup plus raisonnables, pour le moment on a des parcelles qui sont des superficies très importantes. On parle souvent en agroécologie d'une surface de 5 hectares comme étant une taille raisonnable. Moi je préfère parler de taille selon la pente en fait, de limiter la longueur de la parcelle selon la pente et peut-être que les parcelles peuvent être plus grandes mais être dessinées en fonction du paysage, en fonction du relief pour que les pentes soient freinées, soient interrompues. Laisser de l'espace à la nature aussi, ça peut paraître étonnant, mais il faut savoir qu'au Danemark, il y a eu une décision très ferme pour que 15% de la surface agricole utilisable soit consacrée à nouveau à la nature. Et quand on regarde dans les terres qui ont été abîmées ici par les inondations, on est très vite à 5-10% de terres où il n'y aura de toute façon pas de production, les sédiments ont recouvert les cultures, ce sera perdu pour la récolte. Et donc pourquoi pas essayer que ces 10% soient bien positionnés dans le paysage pour faire des mares, des zones tampons, des haies, des espaces entre différentes parcelles. Et donc repenser vraiment le paysage de manière à le structurer pour qu'il amortisse l'eau et qu'il lui permette de s'infiltrer. C'est les principes qu'on appelle aujourd'hui l'hydrologie régénérative et qui permettent de restaurer un cycle de l'eau beaucoup plus naturel et remplacer ce principe de drainage, évacuation, rectification des cours d'eau qui a prévalu par le passé. mais qui nous amène à des manques d'eau pendant les périodes sèches.
Radio Host / Interviewer
Et on a compris que vous nous disiez aussi peut-être qu'il faut penser à comment on rémunère aussi les agriculteurs pour ce qu'ils font là alors qu'ils rendent service à la nature et avec aussi un enjeu financier pour la société. Joël Priveau, vous, si vous deviez pointer quelques enjeux de mesures intéressantes à penser en matière d'urbanisme par rapport à cette nouvelle dot. Vous avez dit il faut réfléchir sur l'ensemble des bassins. Si on veut aller plus concrètement alors sur des mesures qu'on peut mettre en oeuvre, vous pensez à quoi?
Joël Priveau (Architect, Urbanist, Researcher)
Alors il y a une mesure qui est globale à l'échelle de la région Wallonne, Ici on prend juillet 2021, la Hollonie a été inondée et ce sont nos voisins flamands qui ont révisé le port de secteur. Et donc ici on a, je pense, un gros besoin, on en a parlé au début, de réviser le port de secteur. Nos amis flamands ont compris que le port de secteur contenait quantité de zones urbanisables qu'il ne faut surtout plus urbaniser. Dans le cadre du schéma Vest, on avait identifié plus de 200 hectares qu'il ne fallait absolument pas urbaniser. On a encore de la zone, par exemple, d'habitants qui se trouvent dans les lits majeurs et même dans les lits mineurs qui peuvent être inondés. Donc là, il faut avoir le courage politique de dire on révise le plan de secteur une fois pour toutes parce que sinon on va toujours au-devant d'un certain nombre de problèmes.
Radio Host / Interviewer
– Quitte à dire à certains qui ont déjà construit, vous allez devoir bouger et on va reprendre vos terrains?
Joël Priveau (Architect, Urbanist, Researcher)
– Non, ici moi je parle de terrains qui sont vierges, de toute construction, donc ceux-là on peut y aller franco, je pense qu'il y a vraiment une réflexion à avoir, il y a un courage politique à avoir là-dessus, mais à l'échelle de la région Wallonne, nos voisins flamands sont arrivés à faire 2000 hectares, donc c'est tout à fait faisable. Autre chose, je pense au niveau des milieux urbains. Je pense que toute la gestion des sols est un élément important, donc désaperméabiliser au maximum les milieux urbains. Regardez, on a une quantité de cours d'école par exemple, qui appartiennent au pouvoir public. On peut très bien les désaperméabiliser, c'est ce qui se fait à Bruxelles, c'est ce qui se fait à Paris, c'est ce qui se fait un peu partout. Pareil pour toute une série de grands parkings. je pense réfléchir et avoir le courage de dire qu'un certain nombre de bâtiments qui se trouvent, c'est-à-dire cannavès le long de l'eau, seront toujours inondés. Est-ce que ça vaut la peine de les maintenir? Il y a une toute grosse opération d'achat ou d'expropriation le long de la veste pour redonner la place à l'eau en supprimant des bâtiments. Donc en fait, ça va peut-être avoir un impact individuel sur les personnes concernées, mais ça va avoir un impact collectif gigantesque parce que ça redonne de la place à l'eau là-dessus. Donc je pense qu'il y a toute une série de mesures qui peuvent être véritablement mises en œuvre pour réduire effectivement les impacts du réchauffement climatique.
Radio Host / Interviewer
Et ce que l'on retient donc des propos de nos deux invités, c'est la nécessité d'anticiper, de penser global, de casser les silos. On peut d'ailleurs faire des liens aussi avec le récent triptyque que l'on vous avait proposé sur les vagues de chaleur dans les clés, puisqu'une partie des solutions qui permettent de faire face aux îlots de chaleur urbain, par exemple, comme la revégétalisation des centres-villes, permet également de mieux capter l'eau en cas de pluie diluvienne. Comptez en tout cas sur nous pour continuer à tenir ce sujet à l'œil dans Les Clés. Merci à Sarah Pousset pour la préparation et le récit. Merci à Valentin Gourdange pour la réalisation sonore de cet épisode. Et si vous souhaitez nous écrire, je vous rappelle l'adresse lesclés.artbf.be.
RTBF, 7 juin 2026
Host: Arnaud Ruyssen
Principaux invités :
L’épisode décortique les orages extrêmes qui ont frappé la Belgique le 30 mai 2026 et explore les enjeux de gestion et prévention face à la multiplication de ces phénomènes due au réchauffement climatique. Sont abordés : l’aménagement du territoire, la politique d’urbanisation, les pratiques agricoles et l’adaptation à de nouveaux aléas hydrologiques pour moins subir ces évènements.
Cet épisode propose une analyse fouillée et concrète de la vulnérabilité croissante de la Belgique face aux orages et inondations, en soulignant :
Un épisode dense et engagé, qui met “les clés” du débat public entre les mains de tous.