Podcast Summary – Les Clés (RTBF)
Episode: Pétrole : le vrai objectif de Donald Trump au Venezuela ?
Date: 5 janvier 2026
Host: Arnaud Ruyssen
Guest: Adel El Gamal, Professeur en géopolitique de l'énergie à l'Université libre de Bruxelles
Épisode en un coup d’œil
Cet épisode de « Les Clés » se penche sur la question centrale : la récente opération américaine de capture de Nicolás Maduro vise-t-elle avant tout la mainmise sur les immenses réserves de pétrole vénézuélien ? Arnaud Ruyssen, accompagné d’Adel El Gamal, éclaire la géopolitique du pétrole au Venezuela, son histoire tourmentée, son déclin industriel, et l’intérêt renouvelé (et complexe) des États-Unis sous Donald Trump. L’analyse s’étend à la rivalité sino-américaine et évoque le rôle croissant des métaux critiques dans la politique mondiale, amorçant une transition vers le prochain épisode autour du Groenland.
1. Histoire et importance du pétrole vénézuélien
La découverte et le boom pétrolier (00:17–05:32)
- Une percée historique
- Arnaud Ruyssen revient sur la date-clé du 14 décembre 1922, lors du forage du puits Barroso II près du lac Maracaibo, « quand soudain… la terre se met à gronder, à trembler légèrement et un immense geyser noir se forme » (01:23).
- Explosion de l’industrie
- Grandes compagnies étrangères – surtout américaines – affluent, transformant l’économie locale.
- Dès 1930, « le Venezuela devient le premier exportateur mondial de pétrole, le deuxième producteur mondial derrière les États-Unis » (02:35).
- Valorisation record des réserves
- Adel El Gamal souligne : « Les réserves prouvées [de pétrole] sont les plus grandes au monde, à peu près équivalentes à l’Arabie Saoudite… quatre fois plus grandes que les États-Unis » (04:03).
Nationalisation et modèle rentier (05:32–09:58)
- Virage des années 1970
- Poussée par le premier choc pétrolier (1973), la nationalisation en 1976 mène à la création de la PDVSA – compagnie publique efficace, au départ.
- Dépendance accrue
- Le Venezuela devient « un État rentier dont les recettes sont suspendues à tous les aléas du marché de l’énergie » (06:44).
- Crise et déclin
- Baisse durable des prix et mauvaise gestion entraînent la déchéance économique avant l’arrivée de Chavez en 1999, qui resserre l’emprise de l’État.
2. Le « syndrome hollandais » et le piège des ressources
Une économie piégée par le pétrole (09:58–11:49)
- Explication d’Adel El Gamal :
- « C’est un phénomène qu’on appelle parfois le syndrome hollandais… Ces pays… concentrent leur économie sur [le pétrole]… ils ne développent pas d’autres compétences… On assiste très souvent à une concentration du pouvoir… Ce sont des pays qui sont extrêmement corrompus » (09:58).
- Le contre-exemple norvégien est cité : « le fonds souverain le plus important du monde… la Norvège investit fortement dans les énergies renouvelables » (11:04).
- Installations vétustes
- Aujourd’hui, infrastructures à l’abandon et production « très peu [importante] eu égard à l’importance des ressources » (09:58).
3. Les vrais enjeux américains – plus complexes qu’il n’y paraît
Réel intérêt pétrolier des États-Unis (11:49–14:54)
- Surplus mondial, mais besoin spécifique
- Adel El Gamal :
« Contrairement à certaines idées reçues… on est dans une situation de surplus de production pétrolière… les États-Unis sont plutôt des exportateurs nets d’énergie. » (11:49)- Néanmoins, le pétrole vénézuélien est « idéal pour relancer [l’]industrie de raffinage [américaine], qui est très porteuse d’emplois… ce sont des pétroles lourds… » (12:53)
- « Relancer cette industrie est extrêmement porteur pour la base MAGA de Trump… » (13:50)
- Adel El Gamal :
- Logique politique et emplois
- Ruyssen résume : « Créer de l’emploi, de l’emploi peu qualifié, dans des États stratégiques pour Trump… ça répond évidemment à son projet politique de redonner de l’emploi à ces couches plus populaires. » (14:11)
Géopolitique et symbolique de la puissance (14:54–16:25)
- Retour à la case hégémonie
- Adel El Gamal :
« La raison… c’est le contrôle d’un État important de l’Amérique latine… un geste extrêmement symbolique de suprématie géopolitique face à ses deux grands rivaux qui sont la Chine mais également la Russie » (15:44)
- Adel El Gamal :
4. La Chine, premier client du pétrole vénézuélien : le vrai motif américain ?
Sanctions et clientèles actuelles (16:48–19:23)
- Changements post-sanctions américaines
- Ruyssen (via Sarah Pousset) :
« Avant que Donald Trump n’impose ses sanctions, les États-Unis occupaient la place numéro 1 des clients du Venezuela. Il s'agit désormais de la Chine qui utilise 70% du pétrole exporté… le reste est vendu aux États-Unis (pour la majorité) et 10% sont partagés entre Cuba, l’Espagne et l’Italie… » (17:07) - La plupart de ces exportations servent à rembourser la dette vénézuélienne, principalement celle due à la Chine.
- Ruyssen (via Sarah Pousset) :
Doctrine Monroe et compétition sino-américaine (19:23–21:33)
- Logique hémisphérique
- Adel El Gamal :
« C’est véritablement, comme je l’ai dit, extrêmement symbolique… certains citent la doctrine de Monroe… les États-Unis imaginent véritablement que leur zone d’influence est… l’Amérique du Nord, centrale et latine. » (20:25) - Le message américain est limpide : « c’est moi qui commande sur le continent américain, pas question que d’autres puissances nouent des relations trop proches… » (21:33)
- Adel El Gamal :
5. Ressources du futur : métaux critiques et le cas du Groenland
Ressources stratégiques et transitions de pouvoir (21:33–24:57)
- Nouvelle bataille des ressources
- El Gamal :
« L’Amérique latine est aussi très bien dotée dans certains de ses minéraux critiques… la Chine s’est faite la championne… du contrôle de ces ressources… » (22:32)- Elle détient de nombreux contrats et un quasi-monopole industriel sur leur traitement.
- El Gamal :
- Le potentiel du Groenland
- Groenland est « un territoire… très peu habité… mais avec un intérêt absolument majeur en termes de réserve de matériaux critiques… pratiquement tous les matériaux critiques y sont présents. » (23:24)
- Extraction et exploitation, cependant, seront « extrêmement difficiles et demanderont des investissements gigantesques » (24:34)
6. Citations marquantes
- « Le Venezuela a une plus grande quantité de pétrole dans son sol que tous les autres pays du monde. »
– Adel El Gamal (04:03) - « La logique de Trump est totalement de retour aux énergies fossiles, évidemment à long terme ça constitue un avantage important. »
– Adel El Gamal (14:54) - « Relancer cette industrie est extrêmement porteur pour la base MAGA de Trump. »
– Adel El Gamal (13:50) - « C’est dans cette logique-là qu’il faut voir la prise de contrôle du Venezuela… un signe très très clair des États-Unis… »
– Adel El Gamal (20:25) - « Le Groenland est une terre… avec un intérêt absolument majeur en termes de réserve de matériaux critiques… »
– Adel El Gamal (23:24)
7. Segments-clés à retenir (avec timestamps)
- 01:23 | Naissance de l’industrie pétrolière vénézuélienne
- 04:03 | Réserves vénézuéliennes surpassant le reste du monde
- 09:58 | Le « syndrome hollandais » expliqué
- 12:53 | Intérêt US pour les pétroles lourds du Venezuela
- 14:11 | Lien emploi – raffinage au cœur de la stratégie Trump
- 15:44 | Dimension géopolitique contre Chine et Russie
- 17:07 | La Chine, premier client suite aux sanctions US
- 20:25 | Rappel de la doctrine Monroe et l’hémisphère américain
- 23:24 | Enjeux futurs autour du Groenland et des métaux critiques
Conclusion
Ce second épisode de la série sur le Venezuela propose une riche mise en perspective de l’enjeu pétrolier, dépassant le simple appétit pour l’« or noir ». Si Trump vise le secteur, ce n’est pas par manque d’approvisionnement mais parce que le pétrole vénézuélien répond à des besoins industriels et politiques spécifiques, notamment en lien avec l’emploi et la géographie électorale américaine. Le contrôle du Venezuela est également un signal envoyé à la Chine et la Russie : l’Amérique latine, et plus largement l’hémisphère occidental, reste le domaine réservé des États-Unis. Enfin, les discussions sur les enjeux des métaux critiques et du Groenland annoncent les nouvelles ressources qui domineront la politique mondiale de demain.
Note : Prochain épisode annoncé sur le Groenland et les métaux critiques.
