
Dans le cadre de l'opération "J'peux pas, j'ai spectacle", les places de théâtre à bas prix ont été vendues très rapidement. Est-ce que c'est donc encore le prix qui laisse le public en dehors des salles de théâtre ? La culture est-elle toujours réservée à une cert...
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Laurence Adam
Il y a tellement d'infos que je m'y perds.
Podcast Host
Je trouve que c'est difficile d'y voir clair quand même.
Laurence Adam
Souvent je trouve que tout est trop superficiel.
Eric de Stark
Je pense qu'il y a trop d'infos et...
Laurence Adam
C'est très angoissant. La première...
Podcast Host
J'ai besoin de repères. Bonjour à tous, bonjour à toutes et bienvenue dans Les Clés où nous allons essayer de répondre aujourd'hui à une question très concrète. Pourquoi cette belge francophone sur 10 ne pousse jamais les portes d'un théâtre ou d'un spectacle vivant ? Une question qu'on a eu envie de creuser au départ d'une initiative de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la RTBF qui s'appelle « Je peux pas, j'ai spectacle ». et qui est parvenu à attirer des milliers de spectateurs dans les salles en proposant pendant une semaine des places à 2 euros. Alors est-ce à dire que le principal frein, c'est le prix ou bien est-ce que c'est plus compliqué que ça ? C'est ce qu'on va essayer de comprendre.
Laurence Adam
La première, les clés.
Vassilia van der Heijden
Du 26 septembre au 6 octobre, profitez de milliers de places de spectacle à.
Laurence Adam
2 euros en Wallonie et à Bruxelles. Contes, humour, cirque, théâtre, j'peux pas, j'ai spectacle.
Podcast Host
Vous les avez peut-être entendus, ces spots largement diffusés en télévision ces dernières semaines, dans le cadre d'une opération dont Vassilia van der Heijden, adjointe à la direction culture de la RTBF, nous explique le concept.
Vassilia van der Heijden
C'est plein de salles en Fédération Alunie Bruxelles, il y en a plus ou moins 70, on parle de 150 représentations à 2 euros pour les premiers arrivés, les premiers servis, sur un site gspectacle.be pendant une semaine.
Podcast Host
Et pour se rendre compte de ce qui était précisément proposé au public, quelques clics sur le site gspectacle.be permettent de se rendre compte qu'il y en a un peu pour tous les goûts.
Vassilia van der Heijden
Alors c'est très varié, on peut avoir du théâtre de rue, comme on peut avoir un spectacle grand public un peu magique comme le masque de fer qui peut tout caper d'épée au parc. Ou on peut avoir des spectacles plus intimistes comme Annette qui a 70 ans, qui n'est pas comédienne et qui raconte sa vie sur scène. En fait on ne s'y attend pas mais c'est complètement bouleversant et on rit et on pleure dans la même pièce. Il y en a pour tous les goûts et partout en fait sur le territoire c'est ça qui est chouette aussi.
Podcast Host
Un peu pour tous les goûts. Avec un vrai succès à la clé puisque les places sont parties, comme des petits pains, à une vitesse assez inattendue.
Vassilia van der Heijden
Dans le premier quart d'heure, je dirais que 80% des places sont parties. Mais il faut savoir qu'à l'époque, il y en avait 2000 et qu'au fil des jours, les opérateurs se sont rajoutés et peuvent encore se rajouter jusqu'au 6 octobre.
Podcast Host
Et vous attendiez à ce que ce soit aussi spectaculaire que ça ?
Vassilia van der Heijden
Alors j'espérais. Ce qu'il y a c'est qu'on est sur des campagnes télé et donc je pense qu'on touche à un public qui est un petit peu différent de d'habitude et qui a vraiment eu des spots radio sur différentes radios de la télé et que c'est une grosse opération finalement avec un site, une porte d'entrée et donc ça permet aussi d'être curieux et de se dire ah je vais sur ce site mais je vois qu'il y a ça, ça, ça et ça et réserver d'autres pièces et d'autres lieux de découverte.
Podcast Host
Mais qui, alors, a bénéficié de l'opération. Est-ce que ce sont des gens qui, de toute façon, vont régulièrement voir des spectacles et ont simplement profité de l'aubaine ? Ou bien est-ce que cette initiative est parvenue à aller chercher des publics qui, en général, ne poussent pas la porte des salles de spectacle ? Quelques chiffres glanés au moment des réservations permettent d'y voir un peu plus clair.
Vassilia van der Heijden
Donc là, on a 41% qui n'a pas été au spectacle l'année d'avant. Si on rajoute à ça les 34% qui ont été une ou deux fois l'année d'avant, on arrive déjà à 73%. Et puis le reste, effectivement, ce sont plus des habitués des théâtres. Ce qui est intéressant aussi, c'est que 52% des gens vont pour la première fois dans le lieu mentionné. Donc, même si c'est des gens qui vont déjà au théâtre, il y a quand même une grosse moitié qui n'a jamais mis les pieds dans ce théâtre-là ou cette salle de spectacle.
Podcast Host
D'où notre première question. Alors, dans cet épisode des clés, au départ de cette opération avec les places à 2 euros, est-ce que ce qui retient le plus les Belges francophones d'aller voir un spectacle, c'est la question du prix des billets ? Eh bien, c'est ce que l'on va explorer. Bonjour Gabriel Alloin.
Eric de Stark
Bonjour.
Podcast Host
Vous êtes le directeur de la ferme du Biaireau à Louvain-la-Neuve. Est-ce que cette opération montre qu'il y a un problème avec le prix des billets ? Est-ce qu'abaisser les prix amènerait d'office plus de monde vers le spectacle vivant ?
Gabriel Alloin
Alors j'ai envie de dire oui et non, mais pas d'office certainement dans le sens où par exemple ici on est face à une action qui offre un prix très réduit sur des prix plus élevés normalement et donc il y a un effet domaine, il y a une promotion, c'est une promotion. Donc là c'est assez attractif, c'est un des facteurs de marketing la promotion. Maintenant, la question de la fixation du prix et de la valeur culturelle de quelque chose, elle n'est pas anodine. Et donc, plus vous descendez le prix, plus vous risquez aussi potentiellement, symboliquement, de dévaloriser le projet. Naïvement, on pense que si on met le prix à zéro, les gens vont plus venir. L'expérience montre que ce n'est pas le cas, par exemple.
Podcast Host
Avec nous aussi il y a Eric de Stark, bonjour. Vous avez aussi été longtemps directeur de théâtre au Richeclair à Bruxelles, vous ne l'êtes plus depuis quelques semaines maintenant, mais vous êtes toujours comédien, vous êtes sur les planches notamment pour ce masque de fer dont on parlait au Théâtre Royal du Parc. Votre avis, vous, est-ce qu'il y a un enjeu sur la question du prix des places que montrerait cette opération ? Que c'est parce que ça paraît souvent un peu trop cher le fait d'aller voir un spectacle que certains sont dissuadés d'y aller ?
Eric de Stark
C'est clair qu'il y a des gens qui ont des problèmes de sous et ça freine. Mais en fait le vrai problème c'est de prendre les gens par la main. Cette opération prend les gens par la main et les emmène vers le théâtre. On a entendu sur le site, on voit la porte, on peut rentrer, on peut voir les spectacles. On a fait beaucoup d'opérations, il y a des spectacles à 6 euros par exemple au Richeclair, on a le lundi théâtre. Il y a d'autres théâtres qui font des jeudis à des prix réduits. Le frein n'est pas nécessairement l'argent, on a pu le vérifier à plusieurs reprises.
Podcast Host
Donc là, il y a déjà plusieurs éléments dans ce que vous nous dites tous les deux. Le prix, ça peut jouer. Ici, effectivement, avoir une offre promotionnelle à 2 euros, alors qu'on sait que d'habitude, ça coûte beaucoup plus cher, ça peut attirer pas mal de monde. Il y a aussi le fait qu'on a un guichet unique tout d'un coup où on a plein de spectacles sur un même site avec une grosse promotion. Gabriel Alloin, tout ça, ça peut jouer aussi beaucoup, on l'imagine.
Gabriel Alloin
C'est sûr que le marketing culturel, la visibilité qu'on donne au spectacle, quelle qu'il soit, ajoute à l'attractivité et il y a une espèce de label de la RTBF qui dit que si on a mis ces spectacles-là, c'est sans doute qu'ils sont bons. En tout cas, c'est ce que les gens vont penser et donc ça ajoute à l'attractivité. Le prix n'est qu'un des éléments et d'ailleurs si vous regardez dans les règles de marketing, pour utiliser des mots qui ne sont pas toujours bien vus dans le secteur culturel, mais c'est price, place, promotion, product. Donc c'est quatre éléments qui entrent en ligne de compte sur l'attractivité ou le potentiel de vente d'un produit, quel qu'il soit. Ici, on parle de produits culturels.
Eric de Stark
Il y a des mémoires qui ont été réalisées par des étudiants en théâtre. sur justement l'attractivité. Il y a Nadej Brusselers qui vient de sortir un mémoire sur pourquoi il.
Gabriel Alloin
Y a des gens qui ne vont.
Eric de Stark
Pas au théâtre, donc ça répond vraiment à votre question. Et c'était vraiment parce qu'il faut les prendre par la main, parce qu'il y en a qui n'ont jamais osé passer la porte, vraiment venir. D'autres parce qu'ils ont peur de l'élitisme, de se retrouver dans un groupe social qui n'est pas le leur. Il y a eu une autre étude qui était faite par Julie Hansens et qui elle disait, tiens chez les jeunes entre 15 et 25 ans, ils avaient choisi d'aller au poche parce que le poche était... il y avait un feu ouvert, ils étaient plus accueillis. Donc ils ne parlaient pas du fond, ils parlaient finalement de la forme. Et ça on a aussi beaucoup de gens qui aiment bien aller dans un théâtre, des beaux fauteuils rouges, belles tentures, les galeries, le parc. D'autres ça va être Villers-la-Ville parce que ce sont des ruines. Mais ils aiment bien, le cadre est sympathique ou le chapiteau des baladins du miroir. En fait, c'est très difficile de savoir pourquoi les gens vont au théâtre. Il n'y a pas une seule définition. Dans ces mémoires, ils nous disent vraiment chaque personne va apporter quelque chose de différent.
Podcast Host
Alors, si on écoutait justement un peu ce que les gens nous disent, ceux qui vont au théâtre, mais peut-être aussi surtout ceux qui n'y vont pas. Pour quelle raison ? Sarah Poussey est allée promener son micro justement dans les rues de Liège et dans différents quartiers ce matin. Et voilà justement les réponses qu'elle a pu glaner à la question d'abord de savoir quand les gens et si ils allaient de temps en temps au spectacle et au théâtre.
Eric de Stark
Je suis jamais allée en concert.
Podcast Host
Je sors très peu de chez moi.
Eric de Stark
Pratiquement jamais.
Laurence Adam
Très rarement.
Eric de Stark
Je fais plutôt du sport, donc je suis plutôt du côté du sport que de la culture. J'en ai fait peut-être deux ou trois dans ma vie. J'ai 30 ans.
Podcast Host
Non, rarement. Je ne sais pas pourquoi.
Laurence Adam
Ça ne m'intéresse pas spécialement.
Podcast Host
Une fois par an, c'est tout. Cinq, six fois par an.
Laurence Adam
Comme il dit 130, on y va.
Podcast Host
On y va une fois par an.
Gabriel Alloin
Ça nous fait rire, on va souper.
Podcast Host
C'est un endroit agréable.
Eric de Stark
Je vais voir des concerts ou des.
Gabriel Alloin
Festivals, des trucs comme ça. Après, tout ce qui est spectacle, théâtre, c'est plus avec l'école et les trucs comme ça.
Eric de Stark
Je vais souvent voir des spectacles de théâtre, le théâtre de Liège et tout, il y en a un qui sont vraiment bien. Qu'est-ce qui me retient ? Le temps, déjà, maman de trois enfants. Le temps, les enfants, pour le moment en tout cas, après on en reviendra.
Laurence Adam
Plus le temps, on y ira sûrement.
Eric de Stark
L'IHR. et c'est pas toujours possible de faire.
Laurence Adam
Des activités extérieures avec tout ce qu'on.
Eric de Stark
A à payer dans le ménage. Donc ça a pris ça, en tout cas personnellement, pour mon ménage, c'est ça qui bloque.
Gabriel Alloin
Des fois j'ai pas forcément l'argent pour en mettre dans un spectacle ou un.
Eric de Stark
Truc comme ça, même si ça m'intéresse.
Laurence Adam
J'ai réussi à avoir des tarifs étudiants, parce que c'était avec l'école souvent. Sinon c'est vrai qu'hors tarifs étudiants ça.
Podcast Host
Revient un peu cher. On choisit plus je dirais. Avant on regardait pas, on y allait comme ça.
Eric de Stark
Mais maintenant c'est plus vraiment attendre l'artiste qu'on a vraiment envie de voir.
Laurence Adam
C'est cher les concerts maintenant, donc t'as plus de l'argent jeté.
Eric de Stark
Il y a ça, les artistes qu'on.
Podcast Host
Voit pour le moment, c'est pas notre génération, c'est plus notre goût.
Eric de Stark
J'aime beaucoup rester chez moi, lire et pas trop sortir.
Laurence Adam
J'aime pas être entourée de beaucoup de.
Eric de Stark
Personnes, donc je sors très peu dans ce genre d'endroit.
Podcast Host
Voilà quelques échos qui renvoient à ce chiffre qu'on donnait en introduction. 7 personnes sur 10 en Belgique francophone ne vont pas voir de spectacle vivant. Et avec nous pour en parler, il y a aussi Laurence Adam. Bonjour. Merci d'être là. Vous êtes la directrice d'Article 27 Bruxelles. Alors, article 27, on peut peut-être dire d'abord à quoi ça fait référence. C'est l'article 27 de la Déclaration universelle des droits de l'homme qui reconnaît le droit de participer librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts. Et vous, votre ASBL, elle a pour but justement d'essayer de réaliser cette promesse que tout le monde puisse venir profiter de spectacles, même ceux qui n'en ont pas les moyens financiers justement.
Laurence Adam
Oui, donc c'est le point de départ, ce sont effectivement les problèmes de moyens financiers puisque les gens peuvent aller au spectacle pour 1,25€, ce qui correspond à l'époque de la création d'article 27 au prix du pain, donc c'était faire correspondre la nourriture spirituelle à celle de la nourriture physique parce que c'est aussi indispensable. Après ça, on s'est très vite rendu compte que c'était impossible pour une grande partie de la population qui était en situation de précarité d'accéder à l'offre culturelle même si le prix n'était pas élevé. Et à partir de ce moment-là, on a déployé des actions de médiation culturelle. Et donc en fait, ça consiste au fait de déplacer la culture dans des associations sociales où se trouvent les personnes qui sont en situation de précarité, comme des CPS, des centres de santé mentale, des centres d'hébergement, etc. pour leur parler de la culture, faire ce travail de reconnexion avec la dimension culturelle de son existence, pour pouvoir justement se sentir légitime d'aller dans des lieux culturels et se sentir à sa place pour avoir un regard sur ce qui est proposé, pouvoir oser affirmer son avis et pouvoir finalement aussi accéder à une éducation tout au long de la vie, éducation dont on a peut-être été coupé parce que situation sociale, culturelle, etc. compliquée.
Podcast Host
Mais donc, quand Eric de Stark nous disait tout à l'heure, il y a des publics qu'il faut aller sans doute prendre par la main. Vous, vous répondez à cela notamment par cette médiation culturelle, par le fait même de dire on ne va pas seulement essayer de pousser les gens à venir dans les salles de spectacle, mais peut-être parfois aussi que le spectacle aille auprès des gens parce que sinon ils ne vont pas s'y déplacer. C'est ça l'idée, c'est de se dire il ne suffit pas pour certains publics qui n'ont pas les moyens de leur dire que la place est à 1,25€, voire qu'elle est gratuite, pour que ça connecte avec la proposition culturelle. Il faut aller plus loin que cela dans la prise par la main, c'est ça ?
Laurence Adam
En l'occurrence, c'est un travail de médiation culturelle qui va être porté par des travailleureuses dans les institutions culturelles elles-mêmes. Et donc, on va avoir des médiateurs ou médiatrices culturelles qui vont aller vers les associations sociales et expliquer aussi les programmations qui vont faire visiter le lieu, qui vont peut-être faire rencontrer les artistes pour qu'il y ait une discussion, quel est le sujet, qu'est-ce qu'on veut faire, quelle sera la forme, peut-être pouvoir prévenir un petit peu de ce qui sera vu pour pouvoir effectivement rassurer les gens et leur expliquer que leur place est là aussi Parce qu'il y a une.
Podcast Host
Sorte de barrière culturelle qu'on se dit j'ai pas ma place en fait au théâtre pour certains ou j'ai pas ma place à l'opéra ou dans tel concert, j'ai pas les codes, j'ai l'impression que c'est pas pour moi.
Laurence Adam
Voilà, vous citez des choses comme les codes, etc. Après il y a toute une variété de personnes qui sont en situation de précarité. On peut être en situation de précarité parce qu'on a eu un problème, un accident de la vie. Alors qu'on avait une habitude culturelle, le ticket article 27 payé en euro 25 est la bonne réponse. Après, il y a d'autres personnes qui, on l'a vu, n'ont jamais été au théâtre, au cinéma, ils sont 50 ans, ils ne sont jamais allés. Ce n'est pas le prix qui va le permettre, mais c'est vraiment un accompagnement ou bien le marketing. C'est tous des mots pour dire la même chose en fait. C'est vraiment de pouvoir être avec les gens et pouvoir faire ses pas vers la culture et les accompagner là-dedans.
Podcast Host
Il faut que les personnes puissent avoir déjà l'information qu'il y a quelque chose qui existe et qui pourrait les intéresser, se dire qu'ils y ont leur place et que ça peut être fait pour eux. Vous, Eric de Stark, dans un théâtre comme les Richeclair, au cœur de la ville de Bruxelles, Qu'est-ce que vous avez mis en place justement pour essayer d'aller vous connecter à ces publics-là ? Parce que la culture, on le sait, en Belgique francophone, elle est subsidiée. Il y a un sens évidemment à ce qu'un maximum de personnes puissent profiter justement de ce qu'on met collectivement en place comme proposition culturelle.
Eric de Stark
Ce que Laurence vient de dire est tout à fait exact, c'est-à-dire que c'est vraiment le travail de la médiatrice qui est l'idée de plus que je t'ai lue au passage. qui faisait un travail extraordinaire parce que d'abord elle devait convaincre les artistes de venir avec elle. Elle faisait vraiment une présentation de saison, mais presque plusieurs fois dans la saison, où elle va présenter des spectacles et que les gens puissent se rendre compte et rencontrer l'artiste déjà avant le spectacle. Alors il y a des artistes qui étaient un peu réticents et puis c'est devenu vraiment presque une fête. parce qu'il rencontrait déjà le public, qu'il avait envie de les revoir, en effet il y a les visites du théâtre, et en fait que le lieu devienne le leur, c'est-à-dire qu'ils soient reçus dans le lieu. Et puis ce qu'on oublie, c'est que le théâtre vivant, le spectacle vivant, c'est qu'après le spectacle, les gens restent pour parler, pour parler de leurs émotions, de partager des impressions. Je pourrais donner des tas d'exemples, mais on n'a pas assez de temps, mais de gens qui disent « Oh, je viens, mais j'ai parlé avec une voisine que je ne connaissais pas, j'ai parlé avec une fleuriste, alors que je travaille chez Solvay, et je me souviens de témoignages comme ça qui disent qu'ils ont échangé autour du spectacle. Et ça, le spectacle vivant offre, et c'est vrai qu'on doit aller chercher. Alors il y a d'autres tentatives, comme les abonnements groupés. Je crois que Gabriel pourra en parler mieux que moi, mais on groupe les abonnements, c'est-à-dire que c'est quelqu'un qui va dans un théâtre, dans plusieurs théâtres, choisir tel spectacle, tel spectacle, et il propose à des publics qui viennent pour être ensemble, et puis ils se disent en confiance, il a choisi pour nous, c'est bien, ça doit être bien. Donc voilà, il y a des tas de tentatives pour sortir les gens de chez eux et de les emmener, oui.
Podcast Host
Gabriel Allouin, du côté de la Ferme du Biaireau, vous avez une programmation très variée avec des spectacles de théâtre, avec des concerts. Qu'est-ce que vous vous imaginez comme moyen d'aller toucher des publics qui ne sont pas déjà des publics acquis, mais des personnes qu'il faut aller chercher, convaincre que ce que vous leur proposez pourrait les intéresser ?
Gabriel Alloin
Alors oui, la difficulté qu'on a à la ferme, c'est justement qu'on fait des choses très éclectiques pour des publics qui vont des enfants, puisqu'on a un festival de musique pour enfants jusqu'à 100 ans et puis plus, si affinité, si possibilité. Donc on doit travailler chaque fois sur des publics potentiels qui peuvent changer. On a une base d'abonnés, donc de gens avec qui on crée une relation de confiance sur la durée et qui tentent, qui font vraiment confiance. Et puis en musique, c'est encore plus pointu. Donc nous, on est vraiment spécialisés en musique ou spectacles musicaux. qu'en théâtre, les gens sont plus piqués, enfin ils hésitent avant d'aller voir un concert dont ils ne connaissent pas l'artiste, donc là il y a vraiment un travail de confiance à mettre en place. On va chercher des groupes constitués aussi, donc on fait des partenariats avec des structures, ça peut être l'université des aînés, ça peut être évidemment l'article 27 qu'on accepte chez nous aussi, ça peut être nomade.be, donc on essaye vraiment d'aller travailler les publics et puis de communiquer pour aller chercher les gens que ce concert-là ou cet activité-là peut intéresser. Mais c'est un travail à remettre cent fois sur le métier.
Podcast Host
On comprend donc ici que pour amener plus de personnes à pousser la porte d'un spectacle, il ne suffit pas d'en abaisser le prix. Au contraire, il y a parfois le risque de dévaloriser la proposition en donnant l'impression qu'elle ne vaudrait pas grand-chose. Il faut trouver, on l'a compris, des moyens de dépasser aussi des barrières culturelles. Le fait que beaucoup de personnes estiment que le théâtre, l'opéra ou tel ou tel spectacle, ce n'est pas vraiment pour elles. Et puis, les spécialistes de la médiation culturelle identifient encore d'autres freins. Des freins pratiques, par exemple, parce qu'on n'a pas forcément les moyens d'aller au spectacle ou d'en revenir, ce qui est d'autant plus vrai dans les zones rurales. Ou encore, un frein social, parce qu'on n'a pas envie d'aller à un spectacle tout seul, alors que si on était plusieurs, on se laisserait volontiers tenter. Et puis, pour ceux qui vont quand même franchir le pas, dépasser ces différentes barrières, il y a un autre élément encore. On l'entendait dans les témoignages recueillis par Sarah Poussey. Le fait que certains concerts de stars internationales, aujourd'hui, sont devenus tellement chers qu'en une fois, on a vidé son budget de sortie culturelle de toute l'année. Un phénomène que confirme Gabriel Alloin de la ferme du Biéreau.
Gabriel Alloin
Oui, c'est effectivement la tendance. Alors les prix ont grimpé. C'est à hauteur aussi des pertes de droits d'auteur, etc. et des ventes de disques. Donc forcément, comme il y a moins de disques qui se vendent, il y a moins de... L'endroit où on peut récupérer, essayer de récupérer ses billes, là je parle d'artistes internationaux, mais ça vaut aussi pour les artistes moins connus, ce sont les concerts. Donc les prix ont augmenté, sans compter les prix de la technique, toute la logistique autour. Et on arrive même aujourd'hui à ce qu'on appelle du prix dynamique. Et donc dans certains cas, le prix évolue en fonction de la demande. Donc un peu comme les billets d'avion, etc. Vous avez ce système qui techniquement est possible aujourd'hui et qui évidemment fait monter les prix parfois à des montants assez délirants.
Podcast Host
Ça veut dire que sur certaines plateformes de ticketing aujourd'hui, s'il y a beaucoup de gens en même temps qui se connectent pour acheter des tickets, on a en fait, sans qu'on le sache forcément, le prix qui va augmenter et qui va baisser à l'inverse s'il y a moins de monde qui se connecte à ce moment-là.
Gabriel Alloin
Absolument. C'était le cas par exemple, je donne un exemple, alors il se fait que c'était à Londres, mais sur le Radiohead a annoncé une tournée, je dis ça parce que ma fille voulait absolument y aller, donc elle a réussi à avoir des places à Berlin, mais elle s'était renseignée sur la manière dont les places étaient vendues sur l'Angleterre et c'était en Dynamic Pricing, donc ça veut dire que le prix a grimpé jusqu'au-dessus de 250 euros la place.
Podcast Host
Et là on peut imaginer qu'effectivement ce soit difficile d'acheter ça et en plus d'avoir une fréquentation éclectique de toute une série d'autres lieux sur l'année, Eric de Stark.
Eric de Stark
Oui, pour retourner au sujet, aussi d'ailleurs ce qui est important c'est de distinguer la réalité de Bruxelles et de la province. Ce qui est vrai à Bruxelles c'est qu'on peut avoir des séries, c'est-à-dire qu'il y a un bouche-à-oreille qui se crée, on peut jouer 3 semaines et on voit que les spectacles qui remplissent le plus sont ceux qui vont jouer au minimum 3 semaines, 4 semaines, 5 semaines. La réalité en province, qui est quand même la majorité des francophones en Belgique, c'est qu'on vient un week-end, un vendredi soir, un samedi soir. Il ne faut pas rater la marche. Donc là le travail de médiation est tout à fait différent. Et le travail d'inclusion aussi du public est tout à fait différent. Il ne faudrait pas que Bruxelles soit le modèle. Je crois qu'on doit renouer avec un théâtre populaire. Tout en gardant les thématiques précises et pointues de certains théâtres. Mais il faut qu'on s'adresse à tout le monde. Je pense qu'il y a vraiment un travail à faire. On a trop de spectacles qui durent cinq jours. Et j'ai une petite épicière qui me dit quand il y a un chouette spectacle à tel endroit tu me le dis. Ah bah non c'est fini. Tu peux pas y aller.
Podcast Host
C'est l'important ce que vous dites là quand même Eric de Stark. On a un peu perdu cette idée d'un théâtre populaire ou d'une proposition culturelle qui doit pouvoir rencontrer...
Eric de Stark
Une proposition culturelle populaire, pas populiste. Populaire. C'est vraiment qu'on puisse aller. Que ma boulangère, que mon ami, mon voisin puisse... qui va pas au théâtre mais qui se dit ce thème là m'intéresse et qu'il est encore le temps d'y aller.
Podcast Host
Gabriel Alain, brièvement.
Gabriel Alloin
Oui, parce que ça repose la question, évidemment, du modèle économique. C'est que pourquoi est-ce que les centres culturels, par exemple, ne font pas des séries ? Parce qu'en fait, bien souvent, ils jouent à perte. Et si vous jouez à perte, forcément, vous allez pouvoir faire une fois deux soirs de perte. Mais vous n'êtes pas dans une logique d'économie réelle. Il faut bien comprendre qu'on est dans le théâtre, encore plus que dans d'autres, dans des économies subventionnées. Et donc la subvention, elle a ses vertus, mais elle a aussi quelque part ses vices. Et ça, ça en fait partie, probablement.
Podcast Host
Laurence Adam, il y a encore un élément qui ressortait aussi des témoignages qu'on a entendus, c'est tous ces gens qui disaient mais moi j'ai pas le temps ou je trouve pas le temps ou ça m'intéresse pas par rapport à tout ce que je fais déjà dans ma vie. Ça vous parle ça ? C'est quelque chose que vous entendez aussi quand on va à la rencontre de public qu'on essaye justement d'amener vers ces propositions culturelles ?
Laurence Adam
Oui, par exemple les familles monoparentales, ça c'est vraiment l'exemple type où effectivement quand il faut s'occuper de ses enfants et qu'on est seul, on n'a pas le temps de faire autre chose. Alors quand il y a des espaces qui s'ouvrent pour le faire, on voit aussi à quel point c'est une bouffée d'air et à quel point ça fait du bien. Mais pour ça, il faut mettre un premier pas vers ça. Et en cela, les associations sociales qui travaillent avec les gens qui sont dans ces situations vont être enleviés. Là aussi, il y a des travailleurs en charge du social qui vont soutenir l'action culturelle pour que ces personnes puissent y aller. Et on voit à ce moment-là vraiment cette possibilité de reprendre un peu pied et puis de retisser des fils avec l'extérieur en fait. Parce que c'est ça, dans ce qu'on voit nous, les publics sont fort isolés. Et il y a toute une série d'actions qui peuvent permettre de recréer du lien, de recréer du lien en groupe et puis après vers l'extérieur. Et les lieux culturels sont des vrais lieux intéressants pour ça, pour refaire du lien et pour oser aller vers l'extérieur. Et puis comme je le disais aussi, apprendre. Parce qu'il y a des gens aussi qui sont coupés des apprentissages pour encore une fois plein de raisons. par le biais des œuvres peuvent encore se nourrir d'une autre manière et donc construire une pensée pour le monde et c'est intéressant.
Podcast Host
Ce qui est sûr, en tout cas, c'est qu'alors où la Fédération Wallonie-Bruxelles veut réduire ses dépenses, penser la question d'une offre culturelle qui profite à tous les publics, dans tous les territoires, est une question essentielle et que le simple levier du prix des spectacles est largement insuffisant pour construire de vrais ponts entre les propositions culturelles et un large public. Voilà, c'était Les Clés, un podcast de La Première avec, à la réalisation sonore de cet épisode, Laurent Nélissen, à la préparation Sarah Pousset et Arnaud Reussen. Si vous souhaitez écouter d'autres numéros de ce podcast, la collection complète de toutes Les Clés se trouve sur RTBFOvio.
Date: September 30, 2025
Host: Arnaud Ruyssen
Guests:
This episode investigates the striking statistic that 7 out of 10 French-speaking Belgians never attend live shows or theater. Inspired by the RTBF/Fédération Wallonie-Bruxelles initiative "J’peux pas, j’ai spectacle", which offered thousands of theater tickets at 2€, the host and guests discuss whether price is the main barrier—or if deeper reasons explain this cultural disconnect.
Timestamps: [08:25] – [10:25]
Street Testimonies:
Quotes:
The episode clearly establishes that while financial cost is a barrier to attending live performances in Belgium, it is only one part of a complex puzzle. Other significant obstacles include perceived lack of legitimacy, unfamiliarity with cultural 'codes,' practical difficulties (time, transport, childcare), and social inhibitions or isolation. Initiatives like highly visible, low-cost campaigns can attract new audiences, but sustainable inclusion requires ongoing cultural mediation, diversified outreach, and making cultural spaces feel welcoming and relevant to all. The podcast closes by emphasizing that reducing the price of tickets is "largely insufficient" to truly democratize access to the performing arts in Belgium.