
La précarité croissante en Belgique conduit des dizaines de familles à dormir en rue, avec leurs enfants. À Bruxelles, les centres d’hébergements d’urgence du Samusocial sont saturés, et notamment ceux dédiés aux familles. Chaque semaine, il faut donc en refuser. D...
Loading summary
Sarah Poussey
On voulait pas ça à la base et au final, on se retrouve dehors.
Narrator/Reporter
La première.
Sarah Poussey
Les clés. En 2025, c'est quand même 28 bébés qui ont quitté une maternité pour vivre directement leur premier jour de vie au SAMU.
Siam (Mother)
Arnaud Reussen.
Sotié Tango
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans Les Clés pour explorer une question importante et douloureuse en lien avec l'opération Viva4life. Comment se fait-il qu'en Belgique, en 2025, des dizaines de familles avec enfants doivent dormir en rue ? Loin de se résorber, ce phénomène a même tendance à croître. A Bruxelles, par exemple, le Samu social fait face à de plus en plus de demandes de famille qui viennent frapper à la porte des hébergements d'urgence parce qu'elles n'ont pas de toit. Alors, pour prendre la mesure du phénomène, pour comprendre aussi ce que cela signifie pour des enfants de vivre en rue ou dans des centres collectifs d'hébergement, Sarah Poussey s'est rendue au centre d'urgence du SAMU social Aévers, en région bruxelloise, et je vous propose de commencer par découvrir son.
Siam (Mother)
Reportage. J'ai dessiné le drapeau d'Albanie et.
Sarah Poussey
La couleur c'est rouge et.
Narrator/Reporter
Noir. Evelina, 10 ans, participe à l'atelier du jour proposé au centre d'hébergement par les éducateurs. Chaque enfant doit dessiner le drapeau de son pays mais d'autres ont aussi décidé d'en faire des avions ou plutôt d'écrire. Je ne sais pas dessiner, du coup moi j'écris des phrases. Je suis en train de faire.
Siam (Mother)
Un compte pour jouer à un jeu à.
Narrator/Reporter
Fortnite. Evelina, Amine, Safwan ou Ali sont tous hébergés avec leur famille au centre des verres. Avec leurs parents et leurs frères et sœurs, ils partagent une chambre. Les plus petites familles sont même hébergées à deux dans la même pièce, comme pour les mamans solos. Tous ont accès aux espaces communs, le réfectoire, une cour et un petit jardin, et puis aussi une crèche pour les tout-petits, ou cette grande salle où se déroule l'atelier des saints du jour. Au total, le Centre des Verts accueille environ 90 familles, ce qui représente 280 personnes. Inès Duquet est référente.
Inès Duquet
Psycho-Médico-Sociale. C'est déjà hyper compliqué ce qu'ils vivent en tant qu'enfants. C'est vrai qu'on essaie d'offrir un cadre un peu plus amusant. Comme vous avez vu, il y a des activités qui se font. On essaie vraiment de construire un espèce d'univers, si je puis dire, pour qu'ils puissent se sentir au.
Narrator/Reporter
Mieux. Toutes les familles qui arrivent ici ont des histoires différentes. Certaines sont sans papiers, d'autres demandeuses d'asile. Certaines familles ne parviennent plus à payer leur loyer ou ont vu leur logement brûlé. Et puis d'autres encore, et elles sont très nombreuses, fuient des situations de violence conjugale. Le point commun de toutes ces personnes, c'est qu'elles cherchent une solution d'urgence pour ne pas ou ne plus dormir à la rue. Alors elles sont accueillies pour une nuit ou plusieurs au SAMU.
Inès Duquet
Social. La condition principale pour pouvoir être accueillie dans ce centre, c'est d'avoir une composition familiale avec un enfant mineur au minimum. On a quand même un taux élevé de familles avec des femmes victimes de violences conjugales. Dans la norme, les personnes sont censées rester une nuit et puis ressolliciter une place le lendemain. Mais en fait, les situations ne nous permettent pas d'agir de cette façon-là. Et donc voilà, notre rôle principal, c'est la mise à l'abri, l'ouverture de droits de ces personnes-là et puis de la réorientation vers des structures plus adaptées quand c'est.
Narrator/Reporter
Possible. Siam a quitté son pays avec son mari et sa fille de 7 ans. Hébergée dans un centre fait d'asile puis chez un marchand de sommeil, la famille est jetée à la rue un soir à.
Siam (Mother)
23H. Du jour au lendemain, on nous met d'ailleurs avec nos bagages à 11h du soir, on vient ici, on s'amuse avec la police et c'est là où On a retrouvé une stabilité. Moi et mon mari, on s'embrayait dans une dépression, mais franchement, une dépression totale. Mais au fur et à mesure, vous voyez, quand la fleur est exposée au soleil, elle commence à s'ouvrir. C'est ce qui nous est.
Narrator/Reporter
Arrivé. Au Samu Social, Siam et son mari trouvent un accompagnement médical, psychologique mais aussi administratif pour leur démarche d'asile. Et puis plus globalement, d'autres personnes qui comprennent leur.
Siam (Mother)
Situation. Moi qui ai quitté ma famille à contregrès, j'ai senti cette chaleur familiale, j'ai eu un soutien psychologique. Ma fille elle est épanouie. Rien qu'en parant la situation de ma fille avant et après, je me sens soulagée.
Narrator/Reporter
Apaisée. Djamila, la fille de Siam, a fêté ses 7 ans au centre. Dans son pays d'origine, chaque anniversaire était largement célébré. Cette année, elle avait donc demandé à ses parents d'aller dans un parc d'attractions. Une demande impossible à satisfaire pour ses parents, mais qui s'est quand même en partie concrétisée grâce au Samu.
Siam (Mother)
Social. J'ai pas pu l'emmener. Par manque de moyens, j'ai pas pu l'emmener faire le parc d'attractions. Quelques semaines après, on nous affiche ici qu'il va y avoir une activité à Plopsaland pour les enfants, pour les familles aussi. Et franchement, j'étais tellement contente. En tant que maman, je me sentais incapable de faire ces cadeaux à ma fille. Mais là, au moins, elle va avoir ce qu'elle a souhaité pour son anniversaire. Ça reste une activité, mais pour nous, c'est énorme. On est parti, on a passé une belle journée. On a refaité son anniversaire, en.
Narrator/Reporter
Fait. Comme les autres enfants du centre, la fille de Siam va à l'école. On lui propose aussi des jeux ou des activités sportives. Et puis si elle le souhaite, elle peut être encadrée psychologiquement. C'est le travail de Lénie.
Mélanie Vincent
Vincent. On voit beaucoup de troubles du sommeil chez les enfants et aussi de retard au niveau du développement. Mais c'est aussi des enfants qui ont beaucoup de questionnements autour de leur attachement aussi parental, notamment quand c'est un cas de violence.
Narrator/Reporter
Conjugale. Le rôle des psychologues du centre est surtout de gérer des situations de crise, puisque les familles arrivent ici en situation de grande détresse. Mélanie Vincent aide aussi les parents à recréer du lien avec leurs enfants pour notamment répondre à leurs.
Mélanie Vincent
Questions. Les enfants, au final, ils sont quand même assez nombreux à se rendre compte de la précarité de la situation et très souvent les parents ne veulent pas en parler à leurs enfants en se disant justement qu'ils veulent préserver l'innocence. de leur enfant, qu'ils ne veulent pas stresser l'enfant. Et au final, on se retrouve beaucoup plus avec des enfants qui sont stressés de ne pas avoir de réponse à leurs questions. Et donc, ça va être travaillé aussi comment on parle de ces sujets si difficiles. Même pour nous, ce n'est pas évident de réussir à parler avec un enfant de pourquoi est-ce qu'il a dormi dans la rue pendant plusieurs jours. Mais au final, l'enfant, il a des questions. Il faut savoir y répondre aussi pour justement pallier ce stress-là parce que les enfants ont très peur que ça se reproduise. Et réussir à en parler avec eux, C'est rassurer sur le fait que là, maintenant, on met en place une prise en charge pour que ça ne se reproduise.
Narrator/Reporter
Plus. Siam se rappelle aussi du comportement extrêmement mature de sa fille de 6 ans, qui percevait la détresse de ses.
Siam (Mother)
Parents. On a même passé des nuits dehors. Et je retiens bien la phrase de ma fille. Elle ne voulait pas en rajouter une couche. Elle disait, non, si court, on va faire une soirée camping. Mais je sais qu'elle était consciente. Elle sait que... qu'on était en train de passer par les.
Narrator/Reporter
Pires. Si tout le personnel du centre essaye de rendre les séjours des enfants le plus agréable possible, le SAMU social tire la sonnette d'alarme. Le nombre de familles accueillies est de plus en plus important, mais ce n'est pas un environnement pour élever un enfant à long terme et surtout pour les nourrissons. Ligny-Vincent pointe notamment à un vrai manque d'intimité pour tous ces.
Mélanie Vincent
Enfants. Ils n'ont pas vraiment cet espace qui leur appartient, qui est vraiment à eux, leur chambre avec leurs jouets. Il y a aussi cette contrainte au niveau sonore. Quand ils doivent étudier pour les contrôles qu'ils ont à l'école, quand ils ont des devoirs à faire, il n'y a pas vraiment d'espace où on peut leur garantir que ce sera calme. D'un point de vue social aussi, pour eux c'est plus compliqué, pour les plus grands surtout, ceux qui sont à l'école primaire parce qu'ils ne peuvent pas inviter leurs copains à venir à la maison parce qu'ils sont ici en centre et c'est quelque chose qu'ils ne veulent pas dire, ils ne veulent pas le dire non plus à leurs professeurs. Donc voilà, je pense qu'ils ont conscience aussi de la précarité de leur.
Narrator/Reporter
Situation. Et même si certains enfants parlent du centre comme de leur maison, car c'est souvent l'espace le plus sûr qu'ils aient connu, il faut rappeler que ce lieu est une solution d'urgence. L'objectif est surtout d'aider les familles à trouver un toit à long terme. Une étape indispensable pour leur épanouissement, comme le rappelle la psychologue Lénie.
Mélanie Vincent
Vincent. Tant qu'on n'arrive pas à mettre en place un cadre beaucoup plus sécurisant pour eux sur le long terme, il y aura toujours cette question de la santé mentale qui va entrer en ligne de compte. Les enfants ont besoin d'une sécurité, ils ont besoin d'avoir plus de moyens pour eux qui soient développés pour leur sécurité matérielle, affective.
Narrator/Reporter
Psychologique. Malgré tout le réconfort trouvé au Samu social, c'est d'ailleurs ce qu'espère Siam pour sa.
Siam (Mother)
Famille. Même actuellement, certes, je suis bien entourée ici et tout, mais j'ai quand même un manque de sécurité. Je ne me sens pas en sécurité, surtout par rapport à ma fille. Quitter le Samu, ça va être un contre-coeur, mais je veux aussi avancer. Je veux aussi avoir une.
Sotié Tango
Instabilité. Voilà donc pour ce reportage signé Sarah Poussey au centre d'hébergement d'urgence du salut social Aévers. Et avec nous pour prolonger et approfondir le sujet, Sotié Tango.
Sarah Poussey
Bonjour.
Sotié Tango
Bonjour. Merci d'être avec nous, vous êtes la directrice du CIRE, coordination et initiative pour réfugiés et étrangers. Et si on vous a invité, vous en particulier, c'est parce que parmi ces familles qui dorment à la rue ou dans ces centres d'hébergement d'urgence, beaucoup, une grande majorité d'ailleurs, sont étrangères, soit en demande d'asile, soit sans papiers, ou même avec un statut de réfugié en bonne et due forme parfois, mais en situation tellement précaire qu'elles ne peuvent se loger. D'abord un mot sur ce qu'on vient d'entendre là. On entend à la fois des éléments de sourire, des éléments positifs sur tout ce qui est mis en place pour essayer d'accompagner ces enfants, ces familles et on sent bien que ça apporte quelque chose d'important dans la vie de ces familles-là qui se retrouvent livrées à elles-mêmes sinon à la rue. Mais en même temps, on est obligé de bricoler. Ce sont des centres d'urgence qui normalement doivent accueillir des personnes très temporairement pour une nuit. Là, on voit que certains sont là depuis plusieurs semaines, plusieurs mois, parce qu'elles n'ont tout simplement pas d'autre.
Sarah Poussey
Solution. Oui, comme vous le dites, on entend toute la bienveillance en tout cas des travailleurs sociaux, des travailleurs du SAMU ici et de manière générale de tout le secteur du sans-abrisme pour essayer de pallier, mais à quelque chose qui ne devrait pas arriver. On entend la vulnérabilité, moi je retiens surtout la détresse des parents qui sont acculés à faire vivre leurs enfants dans ces situations-là et les enfants, on le sait, comprennent en fait très tôt, très vite Et donc ça laisse un goût amer de se dire qu'on est dans une ville, c'est à nos portes en fait, c'est dans notre ville, c'est pas au bout du monde en fait. On peut tenir à distance quelque chose qui est loin de nos yeux, mais ici c'est sous nos yeux que ça se passe. Et donc ce bricolage et toute cette bienveillance, en fait ne devrait juste pas avoir lieu dans un état comme la Belgique, dans une ville comme Bruxelles aujourd'hui. Il faudrait, à tout le moins, que les plus vulnérables parmi nous, que sont les enfants, ne payent jamais ce prix. Ne payent jamais ce prix de voir leurs conditions de vie quotidienne être dégradées au point qu'il y a une peur du.
Sotié Tango
Quotidien. Parce que là, on entend des familles, des enfants qui sont hébergés dans ces centres et avec tout ce qui est mis en place pour essayer quand même de les accompagner au mieux dans ce qui est possible dans un centre collectif. Malheureusement, il y en a qui ne sont même pas dans ces centres d'hébergement, puisqu'il n'y a pas assez de place aujourd'hui par rapport à cette demande qui a tendance à croître de familles qui se retrouvent sans toit, qui se retrouvent livrées elles-mêmes dans les.
Sarah Poussey
Rues. Oui, effectivement, donc il faut savoir que le SAMU compte parmi les personnes qu'elle héberge, 70% de personnes qui ont un souci en matière de séjour. Et les tout derniers chiffres sur une semaine, une semaine du mois de décembre, eh bien c'est combien de personnes que le SAMU refuse ? C'est 122 personnes en famille. On ne sait pas exactement le nombre d'enfants dans ces familles, mais il y a nécessairement, c'est comme ces familles hébergées au centre des verts, il y a des enfants. Ça veut dire que ces familles ont essayé d'activer le dernier filet de sécurité et que le SAMU n'a pas été en mesure d'y répondre. Et c'est une situation qu'on a collectivement avec le SAMU et avec d'autres organisations voulu dénoncer à l'occasion de la Saint-Nicolas qui est fêtée en Belgique, qui est la fête des enfants. Et bien ce n'est pas la fête de tous les enfants parce que Nous vivons dans une ville, dans un pays qui fait payer aux enfants parfois la migration de leurs parents ou bien les pépins de la vie de leurs parents. C'est pas que de la migration, c'est aussi les accidents de la vie. Mais les enfants payent un prix fort ici et on devrait pourtant les en protéger, les épargner de tout ça. Aujourd'hui, ce qu'on dénonce, c'est l'indifférence. La petite Siyam qui dit à sa maman pour essayer d'apaiser sa peine et sa culpabilité, probablement, on va faire une nuit camping, c'est ça aussi que le Samu dénonçait en disant, c'est chouette, tous les parents se disent, c'est super, on va dormir à la belle étoile, mais quand c'est fun pour les vacances sous un ciel étoilé et qu'on est dans un bon sac de couchage, pas quand c'est la dernière solution et qu'on ne sait pas combien de temps ça.
Sotié Tango
Va durer. On imagine que pour justement les travailleurs sociaux, les acteurs de terrain, des associations, ça doit être extrêmement difficile aussi de vivre cette impossibilité de trouver des situations pour tout le monde, de se retrouver devant des impossibles choix parfois, de dire on va prendre telle famille parce que là ils ont des bébés tout petits et que cela c'est vraiment encore pire s'ils se retrouvent à la rue, tout en sachant parfois qu'on doit fermer la porte à d'autres qui vont devoir dormir en rue avec.
Sarah Poussey
Des enfants. Mais c'est l'enfer pour les travailleurs sociaux. C'est vraiment ça, c'est la situation la pire. C'est pas la détresse et l'adversité, c'est l'impasse qui est le pire à gérer. Et ici, c'est l'impasse pour une mise à l'abri. Mais le reportage a aussi évoqué le fait que l'idée, pour les familles qui sont hébergées, c'est de trouver une solution à long terme. Mais en fait, pour beaucoup de ces situations, il n'y aura pas de solution à long terme. Parce que c'est quoi la solution à long terme ? Donc une fois qu'il y a un pépin, on est mis à l'abri dans une structure d'urgence, comme celle du SAMU, et puis le SAMU essaye de travailler à des solutions de transition, et puis d'activer les droits. Mais en fait, quand les droits sont refusés, eh bien il n'y a pas de solution à long terme, et donc.
Sotié Tango
C'Est l'impasse totale. Tout cela nous amène alors à essayer de comprendre pourquoi autant de personnes étrangères, de familles en situation de migration, se trouvent aujourd'hui sans toit, à dormir au mieux dans des centres d'urgence, au pire à la rue. Et commençons peut-être par expliquer pourquoi aujourd'hui, on trouve dans des centres comme celui du Samu Social, beaucoup de personnes qui ont d'abord trouvé asile en Grèce où elles ont obtenu un statut de réfugiés, mais qui ont quand même fait le choix de reprendre la route pour venir chez nous demander.
Sarah Poussey
Asile en Belgique. Les personnes qui arrivent en Belgique pour demander l'asile, elles arrivent pas en avion, elles arrivent par la terre et donc elles passent par d'autres états européens avant d'arriver en Belgique. Et les règles font que c'est toujours vers ces états, le premier pays d'entrée, qu'on renvoie les personnes. Et donc beaucoup de personnes qui viennent par exemple de Syrie, d'Afghanistan, de Palestine, donc les pays qui sont, ce que moi j'appelle les pays producteurs de réfugiés, Les personnes arrivent par la Grèce. Qu'est-ce qui se passe en Grèce ? On sait qu'il y a une pression, pas mal, sur la Grèce en termes de nombre de personnes à accueillir, des procédures à examiner. Ce n'est pas nouveau ce phénomène. Les personnes obtiennent un statut de réfugiées, surtout quand elles viennent de Gaza ou de Syrie. Elles obtiennent un statut de réfugiées en Grèce. Et puis pourquoi ces familles, ces familles ou ces hommes, ces êtres humains, avec un statut reconnu par la Grèce, qui est un État européen, continuent la route ? Nos autorités disent que c'est une fraude, c'est du shopping. Elles sont attirées par nos conditions de sécurité sociale. Eh bien en fait, pas vraiment. Ce qu'elles continuent de fuir, c'est documenté par les associations grecques notamment et c'est validé par nos instances d'asile aussi. Ce qu'elle fuit, c'est le fait qu'elle ne parvienne pas à survivre. C'est bien beau d'avoir une petite médaille de statut de réfugié à coller sur son costume, mais on ne parvient pas à faire scolariser les enfants, on ne parvient pas à obtenir un logement, à obtenir un travail ou à obtenir une aide sociale, à défaut d'avoir ses propres revenus. Et quand on n'a aucun moyen de subsistance, eh bien c'est un danger pour sa vie aussi. Ce qui explique que ces familles continuent leur route. Alors c'est tellement vrai et reconnu que beaucoup de ces familles obtiennent un statut de réfugiés en Belgique aussi. Pas du premier coup, mais en général pas à la première instance d'asile, c'est sur appel, mais elles obtiennent un statut de réfugiés. Ce qui est un peu la preuve, le témoignage que leur chemin, le choix qu'elles ont fait d'essayer de poursuivre la route pour se mettre à l'abri a été considéré comme étant le bon choix. Et donc, qu'est-ce qui se passe aujourd'hui ? Pourquoi ces familles sont à la rue ? C'est parce que notre gouvernement Arizona, assumant son leitmotiv de « on va mener la politique migratoire la plus stricte », a décidé, c'est une décision politique, a décidé que ces familles Lorsqu'elles arrivaient en Belgique désormais, elles peuvent introduire une demande d'asile. En réalité, la Belgique ne peut pas l'interdire, c'est une norme.
Sotié Tango
Européenne. Mais par contre, on peut les priver d'accueil. Et c'est ce que le gouvernement fédéral a décidé de faire cet été. en faisant adopter une loi qui dit que les personnes qui ont déjà un statut de réfugié ailleurs dans l'Union ne doivent pas forcément être aidées matériellement hébergées en Belgique si elles viennent déposer une demande d'asile chez nous. C'est ce qui a fait qu'entre août et novembre, beaucoup de ces familles se sont retrouvées privées d'accueil, à devoir pour certaines dormir en rue. Depuis novembre, la situation a un peu évolué, puisque la ministre de la Migration, Anne-Léne Van Bosseuyt, a finalement prévu une structure d'accueil pour ces familles, mais sans pour autant que cela change vraiment la donne, puisque peu de familles ont choisi de se rendre dans le centre qui doit normalement pouvoir les accueillir. Et ça, selon Sotitango du Cire, cela tient à la nature.
Sarah Poussey
Du centre qui a été prévu pour ces personnes. De quelle place d'accueil il s'agit ? C'est une place d'accueil dans le centre de retour à Zaventem, géré par l'Office des étrangers et fait d'asile. Ce centre de retour, il a une vocation, c'est de préparer le départ du territoire, l'expulsion. Alors théoriquement, les familles peuvent y rester le temps de leur procédure d'asile. Mais en fait, beaucoup de familles n'y vont pas parce que c'est être à Zaventem, à côté de l'aéroport, la commune de l'aéroport, dans un centre géré par l'Office des étrangers. où on encourage la famille à rentrer en Grèce puisqu'il y a un statut en Grèce. Et donc ça n'est pas un choix non plus. Les familles sont mises dans une situation où elles ne veulent pas se mettre dans les mains de l'officier d'étranger pour être expulsées vers un pays qu'elles ont déjà connu, qu'elles ont.
Sotié Tango
Fui, qui leur offre une protection théorique mais que théorique. Donc ces familles choisissent, entre guillemets, de ne pas aller dans ce centre de retour, de rester à la rue. Mais ce que vous nous dites, c'est que vous, au contact avec ces familles, vous constatez que ce n'est pas un vrai choix. En fait, c'est parce que si elles veulent vraiment aller au bout de ce qu'elles ont pensé être le meilleur pour elles, c'est-à-dire d'essayer de venir s'installer ici en Belgique, trouver protection chez nous. Si elles vont dans ce centre, quelque part, elles s'écartent de ce projet et donc on les pousse indirectement, à rester à la rue ?
Sarah Poussey
C'est un peu comme ça que vous analyseriez les choses ? Oui, oui, c'est complètement comme ça. Ça s'appelle un centre de retour et c'est pas le nom que je lui donne, c'est le nom que les autorités lui donnent. C'est un centre de retour. Ceci n'est pas un centre d'accueil comme les autres centres de fait d'asile. C'est un centre pour préparer le retour. Et donc, ça veut dire, il faut quand même se dire que c'est des familles qui ne le maîtrisent pas forcément le français, qui arrivent en Belgique. Leur expliquer que ça va être un centre d'accueil et pas un centre dans lequel elles vont juste être préparées au retour, il faut quand même se dire que c'est des familles qui viennent de pays en guerre. n'ont pas forcément une confiance envers les autorités, n'ont pas forcément confiance dans les informations qu'on leur donne, elles arrivent en Europe, elles obtiennent un statut, mais rien qui va avec, et de nouveau l'errance se poursuit en Belgique. Une information correcte, pourrait probablement mener à ce que d'autres familles se mettent à l'abri dans ce centre d'accueil. Mais en fait, quand on veut assumer une politique migratoire la plus stricte, c'est dissuader au maximum, en ce compris en disant, vous pouvez rester, mais pour préparer votre retour. Et tant qu'on ne dit pas, vous pouvez rester, vous êtes légitime à rester et on va respecter vos droits pendant ce.
Sotié Tango
Temps-Là, il y a un problème de confiance envers les autorités belges. Donc il n'y a pas que l'enjeu de savoir si on met en place des centres pour accueillir ces personnes, il y a aussi le discours qu'on leur envoie et qui, selon vous ici dans le cas d'espèces, joue beaucoup. Il y a un autre élément qui est très clair aussi dans les chiffres du SAMU social, c'est que Il y a beaucoup de personnes qui, aujourd'hui, dans ces centres d'hébergement d'urgence, sont des familles monoparentales, en l'occurrence des femmes, des mères, seules avec des enfants, qui souvent ont dû fuir le domicile conjugal pour des violences conjugales, des violences intrafamiliales. Qu'est-ce qui se joue là en particulier ? Parce que là, il y a un vrai risque aussi pour ces personnes de perdre leur titre de séjour quand elles doivent.
Sarah Poussey
Fuir comme ça le domicile conjugal et ce risque donc de se retrouver Oui, alors de nouveau pour des petits chiffres, 30% des femmes qui sont hébergées au SAMU social sont des femmes qui ont fui une situation de violence conjugale, qu'elles soient avec des enfants ou pas avec des enfants. Donc ça c'est une donnée objective. Pourquoi on est dans cette situation ? Je ne vais pas expliquer les violences conjugales, je vais plutôt expliquer les violences conjugales exercées à l'égard des femmes en migration. c'est beaucoup des femmes qui sont dans des procédures de regroupement familial ou qui sont simplement autorisées au séjour et qui vivent leur vie, mais comme d'autres femmes, sont victimes de violences et quittent le domicile pour se sauver. Alors, tout dépend du moment auquel elles quittent le domicile. Quand elles sont dans les premières années de leur séjour, en fait, se séparer de leur conjoint par lequel elles ont obtenu leur titre de séjour, c'est s'exposer au risque de perdre son titre de séjour. C'est pas non plus seulement s'exposer à la nécessité de trouver un logement, se mettre à l'abri, etc. C'est aussi se dire et devenir sans papier. Et ça c'est terrible parce qu'il faut aussi s'adresser à la police quand on est victime de violence. Lorsqu'on est une femme et que la situation en matière de séjour commence à devenir précaires, c'est difficile d'aller voir la police parfois, même s'il y a des unités spécialement formées maintenant, pas assez à mes yeux, mais il y a des unités, une sensibilisation de la police qui se fait. Nous, on voit dans notre permanent socio-juridique la détresse de ces femmes qui sont avec leurs enfants, qui arrivent même dans des services du CIRE, avec les valises en disant je suis parti et maintenant qu'est-ce que je fais ? Et en fait la seule possibilité c'est d'abord de se mettre à l'abri, d'essayer d'activer ses droits, le droit autonome, pas le droit dépendant d'un mari violent éventuellement. Ou le droit, par exemple, en tant que travailleuse étrangère, donc souvent l'Office des étrangers, lorsqu'on les contacte pour dire nous avons une situation là d'une femme qui va perdre son titre de séjour, l'Office des étrangers nous dit ben ok, ok, prouvez-nous tout ça et que madame soit autonome financièrement et on délivrera un titre de séjour autonome. Et donc elle pourra vivre sa vie de personne étrangère autorisée au séjour. Les violences conjugales, ça laisse des traces. Être autonome financièrement, c'est être en capacité d'aller travailler tous les jours. Et pour ça, il ne faut pas se retrouver sur un bout de trottoir. C'est mieux dans un centre pour sans-abri, mais on l'entend, ce ne sont.
Sotié Tango
Pas des lieux de vie durable, surtout quand on est une mère avec des enfants. Et donc ce que vous nous dites, en très bref, pour conclure ce titango, c'est que derrière tout ça, il y a des choix politiques qui sont posés et il y a des possibilités de poser des choix politiques aussi qui peuvent vraiment inverser.
Sarah Poussey
La donne par rapport à ces familles, ces enfants, ces femmes qui dorment en rue. On ne fait que ça depuis des années, bien avant l'été. Essayer d'activer les droits en fonction des personnes et de leur donner accès au marché du travail, simplement. Les rendre autonomes financièrement et ne pas faire des choix politiques qui amènent à ces situations où les plus vulnérables que.
Sotié Tango
Sont les enfants subissent une politique migratoire la plus stricte que la Belgique ait connue. Faire entendre les conséquences concrètes et de terrain des choix politiques posés par les gouvernements, ça fait aussi partie de notre mission dans les clés, tout comme de rappeler dans un moment solidaire comme celui qui est Viva4life que parmi les enfants victimes de précarité, beaucoup sont étrangers dans un parcours de migration et que certains de par ce fait échappent au circuit classique de l'aide sociale chez nous. Voilà, c'était Les Clés. Merci à Sarah Poussey pour son reportage au Samu Social, à Valentine Gourdange pour la réalisation sonore de cette émission. Merci aussi d'être fidèles et de plus en plus nombreux.
Episode Title: Pourquoi autant d'enfants dorment en rue en Belgique ?
Date: December 17, 2025
Host: Sotié Tango
Reporter: Sarah Poussey
Guest: Sarah Poussey (also interviewer on second part), Director of CIRE (Coordination et Initiatives pour Réfugiés et Étrangers)
This episode of Les Clés confronts a pressing and troubling question: Why are so many children in Belgium, in 2025, forced to sleep on the streets or in emergency shelters? Through a deeply empathetic field report at the Samu Social center in Brussels, followed by a studio discussion, the episode sheds light on the lived realities of these children and their families. It unpacks the structural reasons behind the increase in homelessness among families—especially migrant and single-parent families—and interrogates the social and political conditions perpetuating this crisis.
[00:08–10:42]
Des familles entières à la rue dès la naissance
La vie en centre d’hébergement
Portraits d’enfants et parents
Le soutien psychologique et administratif
La maturité forcée des enfants
Les limites du centre et l’absence de solutions pérennes
[10:42–26:13]
Des structures d’urgence saturées
Les profils touchés : majorité de personnes étrangères
Les refus d’hébergement en chiffres
Effets pervers des politiques migratoires
Le piège du « centre de retour »
Violences conjugales et précarité du séjour
[25:40–fin]
Inès Duquet, sur la mission du centre (02:36):
« On essaie vraiment de construire un espèce d'univers, si je puis dire, pour qu'ils puissent se sentir au mieux. »
Siam, mère hébergée (04:24):
« Du jour au lendemain, on nous met dehors... Mais au fur et à mesure, vous voyez, quand la fleur est exposée au soleil, elle commence à s'ouvrir. »
Mélanie Vincent, psychologue (07:22):
« Au final, on se retrouve beaucoup plus avec des enfants qui sont stressés de ne pas avoir de réponse à leurs questions. »
Sarah Poussey, sur l’indignité du bricolage social (11:54):
« Toute cette bienveillance, en fait ne devrait juste pas avoir lieu dans un état comme la Belgique, dans une ville comme Bruxelles aujourd'hui. »
Sarah Poussey, sur les politiques migratoires (19:03):
« Notre gouvernement… a décidé que ces familles… peuvent déposer une demande d’asile, mais on peut les priver d’accueil. »
Sotié Tango, sur l’impasse sociale (15:21):
« C’est l’enfer pour les travailleurs sociaux… c’est l’impasse qui est le pire à gérer… »
| Timestamp | Segment / Theme | |------------|------------------------------------------------------------------------------------------| | 00:08–02:36| Immersion dans le centre d’hébergement : description de la vie quotidienne | | 02:36–05:07| Témoignage de Siam, parcours d’exil, traumatisme, reconstruction | | 06:53–10:00| Impact psychologique sur les enfants, importance d’un cadre stable | | 10:42–13:25| Décryptage studio : extension du problème, manque structurel de places | | 13:25–16:03| Les profils concernés, statistiques du SAMU, dénonciation associative | | 16:03–20:00| Les politiques migratoires restrictives et leurs conséquences concrètes | | 20:00–22:30| La question du « centre de retour » à Zaventem | | 23:14–25:40| Violences conjugales et risques administratifs pour les mères migrantes | | 25:54–fin | Appel à des choix politiques, plaidoyer pour une prise de responsabilité étatique |
L’épisode expose sans pathos mais sans détour le scandale du « bricolage » social et politique qui force des enfants et des familles à vivre dans l’indignité, faute de volonté et de courage politique. Les intervenants mêlent empathie, colère, et appel à la mobilisation collective.
Pour aller plus loin :
Cet épisode met en lumière la nécessité pour la Belgique de reconsidérer d’urgence ses politiques d’accueil et de protection des plus vulnérables, en premier lieu les enfants, afin que plus aucun d’entre eux n’en vienne à passer leur nuit dehors.