
Le gouvernement de Bart de Wever se présente comme l'exécutif qui va remettre de l'ordre dans les comptes. Des mesures douloureuses sont prises et pourtant jusqu'ici, le déficit ne se résorbe pas vraiment. Au contraire, il risque bien de s'accroître si de nouvelles...
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Étienne de Calatay
Le gouvernement a pris beaucoup de mesures et en fait le déficit ne baisse pas.
Arnaud Reussen
La première?
Host (Les Clés)
La dette devrait augmenter à plus de 21 milliards.
Étienne de Calatay
J'ai besoin de repères.
Host (Les Clés)
Et le poids de la dette, déjà insupportable, sera de plus en plus lourd.
Étienne de Calatay
Les clés?
Arnaud Reussen
Arnaud Reussen.
Host (Les Clés)
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés pour un épisode où l'on va essayer de comprendre pourquoi il est si compliqué de réduire les déficits publics en ce moment. En Belgique, le gouvernement de Wever notamment se présente comme l'exécutif qui va remettre de l'ordre dans les comptes. Des mesures douloureuses sont prises et pourtant jusqu'ici, le déficit ne se résorbe pas vraiment. Pire même, il risque bien de s'accroître encore si de nouvelles mesures ne sont pas décidées. Alors pourquoi n'arrive-t-on pas, n'arrive-t-on plus à équilibrer les comptes? C'est ce qu'on va essayer de comprendre et on va prendre 27 minutes pour cela.
Étienne de Calatay
C'est probablement la première fois depuis longtemps qu'on aborde une crise. Alors on ne sait pas si cette crise va durer, quelle est son ampleur, mais qu'on aborde une crise avec un déficit qui est déjà beaucoup trop élevé et en fait insoutenable. On n'a plus l'argent.
Host (Les Clés)
on n'a plus l'argent. C'est ce que disait le gouverneur de la Banque Nationale, Pierre Wunsch, dans Matin Première. Il le disait parce qu'il estimait que le gouvernement belge n'avait pas les moyens de prendre de grandes mesures pour alléger la facture énergétique des ménages plombées par la guerre au Moyen-Orient. Pour Pierre Wunsch, le gouvernement n'a pas les moyens parce que ses comptes sont dans le rouge et qu'il ne parvient pas à en sortir malgré toutes les réformes décidées par l'équipe de Bardewever.
Étienne de Calatay
Le gouvernement a pris beaucoup de mesures et en dépit de toutes les mesures qui ont été prises, en fait, le déficit ne baisse pas.
Host (Les Clés)
Ce constat, il est assez paradoxal. Parce que depuis qu'il est aux manettes, le gouvernement Arizona se présente comme l'exécutif qui va justement rééquilibrer les comptes. Et pour expliquer l'ampleur des efforts à faire pour y parvenir, le Premier ministre n'est pas avare de métaphores.
Alexander De Croo
Moi, comme cadeau de départ de Vivaldi, j'ai reçu un budget qui coule jusqu'au fond de la mer.
Arnaud Reussen
C'est le Titanic.
Alexander De Croo
Notre effort devra être titanesque parce que l'effort de Vivaldi était titanique. Avec chaque mesure qu'on prend, on essaie de renverser la courbe et d'aller en haut avec notre sous-marin budgétaire.
Host (Les Clés)
Des efforts titanesques pour éviter le scénario titanique. Avant cela, on avait eu aussi la métaphore du régime.
Alexander De Croo
Il faut le courage de dire honnêtement aux gens, oui, on doit faire un régime. Je l'ai fait moi-même parce que d'antan, j'étais un tout petit peu gros. Mais je suis un régime. Je suis beaucoup plus sain qu'il y a 10 ans. Je suis content de l'avoir fait. Mais le processus même du régime est jamais agréable.
Host (Les Clés)
Et si vous n'aviez pas encore compris, le Premier ministre a encore en stock l'image du cycliste en pleine étape de montagne.
Alexander De Croo
Ce que je vous dis, c'est qu'il y a déjà des montagnes de travail dans l'accord de gouvernement. C'est des cols hors catégorie qu'on doit prendre avec l'accord pour le budget pour 2026. Après ces cols hors catégorie, j'ai craint qu'on va découvrir encore un ou deux cols.
Host (Les Clés)
Bref, la communication est claire. Il faut faire des efforts, ça va durer longtemps, mais à la fin, la situation de la Belgique sera meilleure. Et c'est en s'appuyant sur cette ligne que l'équipe de Weaver travaille. À augmenter la durée effective du travail avant le départ à la pension, à accélérer le retour au travail des malades de longue durée. C'est pour cela qu'il limite aussi dans le temps les allocations de chômage ou encore qu'il prévoit de plafonner l'index par deux fois sur la législature. Toutes des mesures qui visent à limiter les dépenses, d'une part, et dont le gouvernement Arizona espère aussi des effets bénéfiques en recette. Sauf que... Jusqu'ici, tout ça ne semble pas nous permettre de sortir du rouge. Loin de là. Fin mars, le comité de monitoring a sorti son rapport et le constat qu'il dresse est assez inquiétant. Malgré tous les efforts déjà faits ou annoncés, on pourrait encore avoir un trou de 35 milliards d'euros dans le budget en 2029, soit un déficit de 4,9% du PIB, alors que le gouvernement espère le ramener au moins sous la barre de 4% à la fin de la législature.
Magali Verdun
On est reparti pour des cols haute catégorie.
Étienne de Calatay
On va repédaler, repédaler cette année.
Alexander De Croo
On a monté déjà le col, mais on n'est pas encore assez haut.
Host (Les Clés)
Alors comment expliquer cette situation? Paye-t-on surtout les choix du passé? Est-ce que ce sont les mesures présentes qui passent à côté de l'objectif? Est-ce le contexte international qui nous plombe? C'est à toutes ces questions que l'on va tenter de répondre. Et avec nous pour cela il y a notamment Etienne de Calatay, bonjour.
Étienne de Calatay
Bonjour.
Host (Les Clés)
Merci d'être là, vous êtes professeur d'économie à l'université de Namur, vous êtes aussi chef économiste de la société Orcadia Asset Management. Quand on dit les choses comme on vient de les énumérer, on a l'impression d'un petit côté scisif dans les travaux budgétaires, ce rocher qui est sans cesse à remonter. C'est aussi un peu l'impression que ça vous donne?
Étienne de Calatay
Oui, l'image que j'utiliserais c'est celle du vent de face quand on est cycliste puisqu'on a parlé cyclisme. On a des vents de face, on les connaît, c'est notamment l'effort militaire, nul besoin de s'apesantir, c'est la remontée des taux d'intérêt, c'est un petit peu moins perceptible mais ça fait très mal également. Et puis il y a des évolutions structurelles du genre vieillissement démographique si on ne fait rien en matière de retraite, la charge des retraites s'alourdit. Donc il y a des vents contraires et c'est pour ça que la situation empire si on ne fait rien.
Host (Les Clés)
Oui, et donc il faut regarder à la fois ces vents contraires, essayer de les comprendre, c'est ce qu'on va essayer de faire. Et puis regarder aussi ce qu'on met en place en tant que cycliste face à ce vent contraire pour pouvoir parvenir quand même à l'objectif. Et on va aussi évidemment examiner tout cela. Avec nous, il y a aussi Magali Verdong, bonjour.
Magali Verdun
Bonjour.
Host (Les Clés)
Vous êtes vos senior économiste au DULBA, le département d'économie appliqué de l'ULB, spécialisé dans les finances publiques. Alors est-ce qu'on doit considérer, si on regarde d'abord dans le passé, que l'État jusqu'ici, c'est un petit peu la musique installée par Bardo Weaver, a dépensé un peu sans compter, qu'on aurait fait tout à fait n'importe quoi sous la Vivaldi et que lui il hérite aujourd'hui d'un budget titanique qu'il est très très difficile à remettre à flot. C'est la première chose qu'on va explorer parce que c'est effectivement le discours dominant qui lui permet de justifier aussi des mesures un peu d'austérité, on peut les appeler comme ça, ou en tout cas de rigueur budgétaire, c'est de dire je le fais, je sais que c'est pas gai, mais je le fais parce que les prédécesseurs ne l'ont pas fait. Est-ce qu'il y a une part de vérité, de réalité dans ce discours de Bardo-Heaver?
Magali Verdun
Il y a une part de vérité qui est qu'en principe, quand c'est des beaux jours, on mettrait de côté pour faire face aux mauvais jours. Sauf que quand c'est des beaux jours, ce serait mal apprécié de la population si on n'en profitait pas pour investir, régler une série d'iniquités, etc. Donc là, c'est vrai. Par contre, il y a une série d'éléments qui ne sont pas dépendants de la vie évadue de qui que ce soit. Le vieillissement de la population, le dérèglement climatique, la dépendance énergétique. Ça dépend de nombreux, nombreux gouvernements précédents qui n'auraient pas investi comme il fallait.
Host (Les Clés)
Donc il ne faut sans doute pas pointer tout sur la Vivaldi, même si on pourrait revenir évidemment sur des choix qui ont été posés. Mais de manière structurelle, les différents gouvernements n'ont pas su utiliser les moments d'embellie, si je puis dire, économique, pour mettre de l'argent de côté. Et ont dû, par contre, dépenser fortement en cas de crise. On se souvient de ce qui s'est passé avec la crise Covid, puis la crise de la guerre en Ukraine. Avant ça, il y avait eu pour la Wallonie, par exemple, les inondations. On a dû dépenser beaucoup, mais on n'avait pas utilisé les moments propices à mettre de l'argent de côté.
Magali Verdun
Soit mettre de côté, soit choisir des dépenses qui rendent moins dépendant. Moins dépendant des énergies fossiles, par exemple. Ou investir plus dans l'éducation pour avoir plus d'effets sur l'économie. Voilà, donc c'est pas que mettre de l'argent de côté.
Host (Les Clés)
Etienne de Galataï?
Étienne de Calatay
Un très bon exemple à la matière pour illustrer le propos, c'est la TVA sur l'énergie fossile. On l'a diminuée dans l'urgence en 2022. il aurait été intelligent de la remonter pour pouvoir éventuellement la rebaisser si on avait eu à juger ça comme étant une bonne mesure. On entendait ce matin Paul Magnette dire «c'est bête ce gouvernement, il ne fait pas ce que moi j'ai fait quand j'étais au pouvoir, moi j'ai diminué la TVA». Ben oui mais elle est déjà au minimum donc on ne sait pas la baisser davantage. Donc voilà, on a pris des mesures, quoi qu'il en coûte n'a pas été belgo-belge, mais nous sommes restés avec des mesures qui se sont inscrites dans la durée là où ailleurs on a plus rapidement resserré la vis.
Host (Les Clés)
Ça c'est un élément important, ça veut dire qu'il y a des moments où, et c'est normal, un gouvernement intervient pour mettre de l'argent sur la table quand il y a des moments de crise, sauf qu'on a du mal à interrompre, à fermer le robinet au moment où la crise diminue en intensité?
Étienne de Calatay
Imaginez un premier ministre ou un ministre des Finances qui viendrait à la radio nous dire «j'ai de bonnes nouvelles». Le premier modèle, c'est que ça va beaucoup mieux. Et la deuxième, bonne nouvelle, puisque ça va mieux, je veux augmenter les impôts. On le prendrait pour un fou. Non, puisque ça va mieux, je diminue les impôts. Donc il faut diminuer les impôts quand ça va mal pour soutenir l'activité et il faut diminuer les impôts quand ça va bien. Donc il faut les diminuer tout le temps. Donc là, effectivement, il y a un souci de communication.
Host (Les Clés)
Et une difficulté politique qui est que c'est vrai que c'est difficile quand il y a des recettes budgétaires de ne pas les utiliser pour offrir à son électorat des choses qu'il attend et pour lesquelles il a voté. Et puis quand c'est difficile, que c'est des périodes de crise comme celle qu'on vit pour le moment, c'est difficile aussi de dire aux gens il n'y a plus de sous, on ne va pas pouvoir vous aider. Donc là effectivement il y a une difficulté politique. On a parlé du contexte internationale qui est très compliquée pour le moment. On parle aussi du vieillissement. Je pense que c'est quand même bien qu'on s'y arrête quelques instants. Ce n'est pas une surprise du tout pour les politiques, Magali Verdun, que ça fait un moment qu'on monitore les conséquences du vieillissement. Il n'en reste pas moins que c'est une vraie difficulté. Quand bien même on fait des efforts pour limiter les dépenses par ailleurs, on a des dépenses nouvelles qui viennent s'inscrire en plus chaque année à cause du vieillissement.
Magali Verdun
Il était prévu un fonds, une réserve justement pour anticiper le pic de dépense dû au vieillissement, qui n'était pas une surprise. Et puis ce fonds n'a pas été alimenté parce que crise 1, crise 2, crise 3. Et c'est quelque chose qui me dérange dans les discours aujourd'hui, c'est qu'on dit beaucoup il faut faire des efforts pour être prêt pour la prochaine crise. Mais quand est-ce qu'il y a un répit? En fait, il n'y en a pas. On est dans une crise permanente. Le système est en crise. Et donc dire maintenant, on ne va pas mettre de côté parce qu'il y a une crise, alors on ne mettra jamais de côté.
Host (Les Clés)
Et donc il y a une vraie difficulté politique, et là aussi c'est quelque chose qu'on peut analyser un peu transversalement sur les gouvernements successifs, à poser des choix budgétaires qui ne sont pas juste mettre des pansements successifs, mais poser des choix courageux qui vont orienter peut-être notre économie différemment, qui vont faire des changements importants dans le fonctionnement de notre État pour justement être moins victime de ces crises futures?
Magali Verdun
Oui, parce que la facilité, c'est de prendre des mesures paramétriques. On va augmenter un peu la TVA, rallonger l'âge de la pension, raccourcir le temps d'allocation de chômage. Mais ce qui fait les meilleurs effets, ce sont des réformes plus structurelles. Ça va être investir plus dans la prévention, en santé, en sécurité. que dans la répression ou le soin, ça va être simplifié, les institutions, ça prend du temps. Ceux qui vont prendre ces mesures-là, ils verront jamais les fruits avant les prochaines élections, c'est pas très incitant.
Host (Les Clés)
C'est une question de termes politiques aussi, d'un système forcément où il y a des élections régulières, des sondages en permanence qui quelque part aussi font que c'est difficile de prendre parfois des mesures qui nous projettent à 10, 15 ou 20 ans, Étienne de Calatay?
Étienne de Calatay
Oui mais ça pourrait ne pas l'être. Je pense que beaucoup de Belges ont gardé une très bonne image de Jean-Luc Dehaene. Là, il se présenterait aux élections et il aurait vraisemblablement un grand succès électoral. alors qu'il a pourtant été l'homme d'un assainissement budgétaire extrêmement fort, pour ne pas dire violent, dans les années 90. Donc il est des exemples, sans parler du sang et des larmes de Churchill, mais il devrait être possible d'avoir un discours qui ne serait pas mortifère mais qui serait difficile. C'est, je pense, un travail de communication, de pédagogie que nos hommes et nos femmes politiques se doivent d'avoir.
Host (Les Clés)
Par transparence, on va préciser que vous avez travaillé à l'époque au cabinet de Jean-Luc Dehaene, Étienne de Calatay, c'est important quand même de le préciser. Magali Verdunc?
Magali Verdun
À l'époque, il y avait un projet qui faisait rêver, c'était l'Union Européenne. Il y avait un projet positif. Ici, il n'y a pas de projet positif, à part avoir moins de dettes, mais ça fait rêver qui?
Host (Les Clés)
À l'époque, il était expliqué aux gens que c'était ça qui allait nous permettre d'entrer dans la monnaie unique avec toute une série d'opportunités offertes par l'Europe.
Magali Verdun
On se dit l'effort vaut la peine parce qu'aujourd'hui l'effort vaut la peine, on ne sait pas. Enfin, c'est moins clair.
Host (Les Clés)
Alors, est-ce que Bardo Ever, Étienne de Calatay, n'est pas en train d'essayer pourtant de jouer un peu cette même musique qu'a un Jean-Luc Dehaene à l'époque en se présentant comme le Premier ministre qui a une vision de long terme? Il parle souvent d'une vision à dix ans parce qu'il dit, moi, ce que j'essaye de mettre en place, ce n'est pas pour seulement cette législature-ci, c'est aussi pour la suivante. On va faire des efforts, mais après, on ira mieux. Et il reprend cette image du régime. Est-ce qu'il ne s'inscrit pas dans une même dynamique dans les choix qui sont posés?
Étienne de Calatay
Je pense qu'il y a un discours dans le chef de M. De Wever qui ressemble à celui que l'on attribuerait à Jean-Luc Dehaene, cette posture par rapport à une certaine discipline budgétaire. C'est le cas. En matière de décision, il y a voir et à manger. Si on prend la réforme des retraites, c'est quelque chose qui n'est pas populaire, qui rapporte surtout dans la durée et qui l'a néanmoins mise en œuvre. Donc, à cet égard, on peut aimer ou ne pas aimer. Mais il y a eu le courage politique de prendre une mesure forte aux effets budgétaires pour l'essentiel différé dans le temps. Donc là, je trouve que ça, c'est à saluer. Intellectuellement, une fois encore, on peut ne pas être d'accord avec les détails de la réforme. Et puis, il y a d'autres mesures qui semblent plus difficiles à comprendre, notamment quand on sait qu'il y a des dépenses fiscales que nous faisons qui ne sont pas vraiment efficaces en matière de recherche scientifique, en matière de la mesure zéro cotis. On a des gens qui nous... Zéro cotisation sociale pour un problème. l'évaluation n'est pas du tout positive et pourtant on dit on va quand même la conserver. Alors ça devient du dogmatisme, ça devient plus de la réflexion.
Host (Les Clés)
On touche là à une critique qui est souvent formulée par plusieurs économistes, mais aussi par de grandes institutions internationales comme le FMI, qui reproche à la Belgique ses fameuses «niches fiscales », c'est-à-dire des mesures d'allègements fiscales ciblées qui bénéficient à certains secteurs, certains profils de contribuables ou d'entreprises. Des mesures qui coûtent des dizaines de milliards chaque année à l'État, sans qu'on puisse toujours y attribuer des effets bénéfiques pour l'économie belge. Pour Magali Verdun, ces niches fiscales posent question par ce qu'elles coûtent, par certains comportements qu'elles induisent, mais aussi par les inégalités qu'elles génèrent face à l'impôt.
Magali Verdun
Oui, c'est un double problème. On se prive de recettes fiscales. Il y a aussi la question d'une taxation équitable entre les types de sources de revenus, du travail ou du capital. Des groupes d'experts ont beaucoup analysé la question, ont fait des recommandations qui n'ont jamais été suivies. Et le deuxième problème, je trouve, c'est de dire qu'il n'y a pas d'alternative. Le fameux TINA, on fait croire qu'une série de mesures n'existent pas. Or, elles existent.
Host (Les Clés)
Ça veut dire quoi, par exemple? Quelles sont les mesures qu'on pourrait activer, qui seraient plus intéressantes, selon vous, en matière de recettes et qui pourraient avoir des effets aussi bénéfiques sur la diminution des dépenses?
Magali Verdun
Si on compare au niveau de l'OCDE, par exemple la Belgique est championne en termes de subsides aux entreprises, sans réel engagement pour les effets que ça pourrait avoir. Il y a une taxation plus équilibrée du revenu du capital par rapport au revenu du travail. Il y a la suppression d'avantages fiscaux comme les voitures de société et la carte essence qui va avec, qui sont une hérésie par rapport à une période de dérèglement climatique ou par rapport à ce que font d'autres pays. Donc il y a une manne là qui n'est pas exploitée et dont on fait semblant qu'elle n'existe pas.
Host (Les Clés)
Étienne de Calatay, on a un gouvernement qui, là, agit sur des choix plus dogmatiques que de réalisme économique pour équilibrer son budget?
Étienne de Calatay
À certains égards, oui. Vous savez, quand on prend des mesures comme les mesures en matière de flexijobs, Un économiste libéral, et ce gouvernement est plutôt l'inspiration libérale, devrait souhaiter un abaissement généralisé des cotisations sociales. Mais n'aurons pas la coexistence d'un régime où certains paieraient des grosses cotisations sociales et les autres beaucoup moins. Absurdité dans l'absurdité, à l'intérieur du flexijop, en fonction des secteurs, jamais un économiste libéral n'irait identifier tel secteur, lorsqu'en l'occurrence, a droit à un régime de faveur. Le régime libéral c'est plutôt dire un impôt relativement bas mais le plus homogène, sur la base la plus large possible et que le meilleur gagne. Et ce qu'on a ici c'est du fine tuning, un pilotage fin qui a des connotations corporatistes.
Host (Les Clés)
Et donc pour vous, si on veut vraiment prendre à bras le corps cet enjeu du déficit budgétaire, Il y a une série de dépenses sur lesquelles on doit agir et on sait que le gouvernement le fait, y compris sur des dépenses en matière de sécurité sociale. Mais pour vous, il faut mettre le nez dans cette kyrielle de niches fiscales qui vont parfois un peu dans tous les sens, sans qu'on puisse toujours prouver qu'elles aient des effets retours, voire même, disent certains économistes, parfois des effets contre-productifs, effets d'aubaine et autres.
Étienne de Calatay
Oui, mais à priorité. Je pense qu'il est bon de rappeler que dans une comparaison internationale, la Belgique taxe plus et dépense plus sans que nous ayons un niveau de qualité des prestations publiques en matière d'enseignement, de justice ou de santé qui soit à la hauteur de ce surcroît de dépenses. Donc, il est a priori à penser que le premier effort est à faire du côté de l'efficacité de la dépense publique. je pense, et là je m'écarterais de certains partis de plus de droite, disent mais on ne va surtout pas toucher les impôts parce qu'on en paye déjà trop. Non, l'ordre des priorités à mon sens c'est de mettre de l'ordre dans nos finances publiques. On peut penser d'abord en coupant dans les dépenses, mais à défaut de pouvoir le faire en dépenses en ayant les recettes nécessaires, donc en relevant certains impôts, Et ce n'est que quand les déficits auront été réduits que l'on pourra envisager à baisser les impôts. Faire comme le gouvernement Wallon, commencer par diminuer les droits d'enregistrement, alors que les économistes avaient dit, attention, vous savez, ça va se traduire dans le prix de l'immobilier. Qu'est-ce qu'on voit? Oui, on peut prononcer que les économistes, ça ne sert à rien. Dans ce cas-ci, ça ne servait pas tout à fait à rien. Le prix de l'immobilier en Wallonie a monté. Non, ce n'est pas une surprise. Est-ce que c'est ça qu'on voulait? Non. Et on a ce problème de finances publiques qui est un problème fédéral, et on a parlé de Bardeweever, mais il n'y a pas que lui. Au niveau Wallon, bruxellois, de la communauté française ou de la Fédération Olympique de Bruxelles, c'est problématique, voire même davantage.
Host (Les Clés)
Donc pour vous, le bon ordre des choses, c'est d'abord de se dire, bon, si on a un problème d'équilibre entre dépenses et recettes, on va essayer de diminuer les dépenses. Et quand on sera revenu à l'équilibre, alors peut-être on peut essayer de diminuer certains impôts, mais faire les deux à la fois, pour vous, c'est une erreur.
Étienne de Calatay
Ce qui n'empêche pas une réforme fiscale. Pour moi, il faut dissocier un abaissement de la pression fiscale globale par rapport à une réforme. Une réforme, ça veut dire changer. Mais ça veut dire certains impôts qui montent, d'autres qui baissent. La consommation en Belgique est trop peu taxée, celle qui pollue beaucoup trop peu taxée. Le travail est vraisemblablement trop taxé.
Host (Les Clés)
Bon, alors il y a une question qui se pose et si on revient justement à l'enjeu plus spécifiquement fédéral, c'est est-ce que le gouvernement dans ce contexte aura les moyens de faire justement des réformes qu'il compte encore faire d'ici la fin de la législature visant à augmenter le pouvoir d'achat des travailleurs puisque c'est une promesse de campagne importante. On a un peu différé la réalisation de cette promesse à la fin de la législature et on va peut-être d'abord revenir sur ce que le gouvernement a prévu en la matière en compagnie de Sarah Poussey.
Arnaud Reussen
Pour accroître le pouvoir d'achat des travailleurs et réduire les impôts sur le salaire, le gouvernement a prévu plusieurs mesures. D'abord, pour le salaire minimum, que le revenu brut soit égal au revenu net. L'Arizona entend aussi renforcer le bonus à l'emploi et réduire la cotisation spéciale de sécurité sociale, ce qui devrait augmenter le salaire net de tous les travailleurs. Mais la mesure principale repose sur un changement fiscal. Le gouvernement de Weaver veut faire grandir progressivement la part de revenus exemptés d'impôts. Pour l'année 2026, cette part a déjà grandi de 400 euros pour atteindre 10 910 euros.
Alexander De Croo
On va augmenter les salaires pour ceux qui bossent et certainement les bas salaires en augmentant la quantité exemptée, en faisant des mesures dans la contribution spéciale pour la sécurité sociale. Ça va concrètement augmenter le salaire d'environ 100 euros par mois d'ici l'horizon 2029.
Arnaud Reussen
L'objectif de 2029 a maintenant été repoussé à 2030, c'est-à-dire au début de la législature suivante. A cet horizon, la quantité de revenus exemptés d'impôts aura normalement grimpé jusqu'à 15 600 euros, et le coût de cette mesure pour l'État est évalué à 4 milliards d'euros, ce qui, dans les calculs du gouvernement, devrait être financé par les rentrées de la taxe sur les plus-values. L'objectif est ici d'encourager les gens à travailler en revalorisant les bas salaires. Ce sont les fameux 500 euros de différence avec les allocataires sociaux, largement scondés pendant la campagne électorale.
Host (Les Clés)
Quand on voit la situation budgétaire aujourd'hui, le comité de monitoring qui dit attention en 2029 on pourrait avoir un taux de 35 milliards qui sort des clous que le gouvernement s'est lui-même fixé, qui ne sont pas ceux d'un retour à l'équilibre, mais d'essayer de progressivement revenir à 3% seulement de déficit. Est-ce que le gouvernement aura les moyens d'une telle mesure?
Magali Verdun
Avec tout ce qui ne dépend pas de lui et qui lui tombe dessus, ça va être sans doute difficile, avec les crises en Iran par exemple, le prix de l'énergie, et donc des mesures peut-être qui vont coûter, par exemple pour essayer d'améliorer le pouvoir d'achat des travailleurs, mais qui vont être annulées par les modérations salariales nécessitées par la crise, par les sauts d'index, Donc ça va peut-être être des mesures coûteuses mais qui n'auront pas d'effet. Et donc oui, l'impression de pédaler face au vent est très forte à ce niveau-là. Donc oui, je crains qu'on ne va pas y arriver si on ne remet pas fondamentalement en question certains éléments. Et entre autres, quelque chose dont on ne parle pas souvent, c'est qu'on est fixé sur cet indicateur déficit sur PIB. Donc on ne questionne pas beaucoup ce thermomètre-là qu'on utilise. Est-ce qu'il est pertinent? une série de dépenses sont considérées comme mauvaises, dépenses sociales, dépenses en santé, alors que, bon, on peut quand même questionner si c'est tout à fait négatif, c'est souvent positif, c'est un investissement plus qu'une dépense. Le PIB, est-ce que ça a beaucoup de sens? Le PIB, plus on produit du jetable, plus le PIB augmente, plus on produit du durable, le PIB freine. Donc, il y a aussi ça qui compte. Est-ce que c'est vraiment sur base de cet indicateur qu'on veut faire tous nos choix de société?
Host (Les Clés)
Oui, c'est une question qui se pose en plus des questions de «est-ce qu'on aura les moyens de financer» ce Mais projet?
Magali Verdun
c'est une manière de penser «out of the box », c'est-à-dire on est dans un carcan, est-ce qu'il a une raison d'être? Qui l'a imposé? Est-ce qu'on peut le changer?
Host (Les Clés)
Etienne de Galataï?
Étienne de Calatay
Oui, mais il y a une limite à ce raisonnement qui est celle du taux d'intérêt que nous serions amenés à payer. Si ceux qui nous prêtent prennent peur, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, mais s'ils venaient à prendre peur et exiger des taux d'intérêt plus élevés, nous serions bien embêtés. Donc on peut penser bah oui mais vous savez nous on a un gros déficit mais c'est pour de bonnes raisons, c'est parce qu'on a investi, notre éducation, notre santé, tchéké tchak. Si de la part des bailleurs de fonds, c'est perçu comme étant oh là là mais ils ne sont incapables de me rembourser alors il faut des taux d'intérêt beaucoup plus élevés, nous serions très très embêtés. Donc malheureusement quand on est dans une situation de déficit, dans une situation d'endettement, vous vous rendez tributaire de celui qui est disposé à vous prêter de l'argent. Et là, malheureusement, nous n'avons plus le contrôle, pas même sur la Banque centrale. La Banque centrale, elle est européenne. Donc nous nous devons, qu'on aime ça ou qu'on n'aime pas ça, on fait partie d'un club, le club européen. Eh bien, nous nous devons d'accepter ces règles, même si elles ne sont pas les plus intelligentes.
Host (Les Clés)
pour réagir à cela. Est-ce qu'on n'est pas obligé, comme le dit Etienne de Colatail, même si on trouve que peut-être le thermomètre n'est pas le bon ou qu'on pourrait peut-être penser l'économie autrement, dans la façon dont on fonctionne aujourd'hui, où on va chercher de l'argent auprès d'institutions qui fonctionnent selon un marché, tout ça étant unifié au niveau européen, au niveau international, est-ce qu'on a d'autres choix que d'essayer de rentrer justement dans ces clous-là si on ne veut pas effrayer ceux qui nous prêtent de l'argent?
Magali Verdun
Tant que les règles du jeu sont celles qu'elles sont, on est bien obligé, mais ça ne doit pas nous empêcher de réfléchir déjà à plus loin. Et c'est ça qui m'étonne qu'on n'en parle pas plus, parce que si on veut réfléchir plus loin, il faut en parler.
Host (Les Clés)
Et ça, c'est un enjeu auquel on pourrait effectivement un jour consacrer tout un numéro, savoir si les indicateurs que l'on utilise pour mesurer notre économie, la santé financière de nos États, si ces indicateurs donc sont bien à la hauteur des enjeux de notre temps. Mais en attendant, on rappellera qu'aux yeux de l'Union européenne, de nos créanciers, des agences de notation, c'est bien sur ces métriques, à savoir la dette, les déficits par rapport au PIB, que l'on est jugé. Merci à Étienne de Calatay et Magalie Verdunc pour cet échange. Merci de nous avoir suivis dans Les Clés pour cet épisode avec à la réalisation sonore Laurent Nellysen, à la préparation Sarah Pousset et Arnaud Reussen. Et si vous souhaitez nous écrire, je vous rappelle l'adresse lescles.artbf.be.
Dans cet épisode, Arnaud Ruyssen s’attèle à une question brûlante : pourquoi, malgré des mesures de rigueur et des promesses de rééquilibrage budgétaire du gouvernement belge, le déficit public ne parvient-il pas à diminuer ? À l’aide de deux économistes, il décortique les causes et les blocages, tant structurels que conjoncturels, qui enrayent la trajectoire budgétaire, tout en interrogeant l’efficacité des politiques publiques et des choix fiscaux récents. L’épisode interroge aussi le cadre même dans lequel sont pensées les finances publiques : du poids de la dette au sens des indicateurs du déficit.
[00:01 – 01:46]
[01:46 – 04:58]
« Moi, comme cadeau de départ de Vivaldi, j’ai reçu un budget qui coule jusqu’au fond de la mer. »
— Alexander De Croo [02:14]
[04:58 – 06:18]
« J’utiliserais l’image du vent de face quand on est cycliste : l’effort militaire, la remontée des taux d’intérêt, et le vieillissement démographique… c’est pour ça que la situation empire si on ne fait rien. »
— Étienne de Calatay [05:51]
[06:18 – 09:22]
« En principe, quand c’est des beaux jours, on mettrait de côté pour faire face aux mauvais jours… Ce qui n’a pas été fait… »
— Magali Verdun [07:25]
[09:22 – 13:08]
« On est dans une crise permanente. Le système est en crise… Dire maintenant, on ne va pas mettre de côté parce qu’il y a une crise, alors on ne mettra jamais de côté. »
— Magali Verdun [10:42]
« Prendre des mesures qui auront des effets sur le long terme n’est pas incitatif électoralement. »
— Magali Verdun [11:38]
[12:08 – 13:26]
« À l’époque, il y avait un projet qui faisait rêver : l’Union Européenne… Ici, il n’y a pas de projet positif, à part avoir moins de dettes, mais ça fait rêver qui ? »
— Magali Verdun [13:08]
[14:00 – 17:06]
« Il y a des dépenses fiscales que nous faisons qui ne sont pas vraiment efficaces… Pourtant on dit qu’on va quand même les conserver. Là ça devient du dogmatisme. »
— Étienne de Calatay [14:00]
« La Belgique est championne en termes de subsides aux entreprises, sans réel engagement pour les effets… Il y a une manne là qui n’est pas exploitée et dont on fait semblant qu’elle n’existe pas. »
— Magali Verdun [16:35]
[17:16 – 19:45]
« Le premier effort est à faire du côté de l’efficacité de la dépense publique. On paye déjà trop d’impôts, le premier effort c’est de mettre de l’ordre dans nos finances publiques. »
— Étienne de Calatay [18:27]
[19:45 – 20:17]
« La consommation en Belgique est trop peu taxée, celle qui pollue trop peu aussi. Le travail est vraisemblablement trop taxé. »
— Étienne de Calatay [20:02]
[20:17 – 22:55]
« Ça va concrètement augmenter le salaire d’environ 100 euros par mois d’ici l’horizon 2029… »
— Alexander De Croo [21:30]
« On est fixé sur cet indicateur déficit sur PIB… Plus on produit du jetable, plus le PIB augmente ; plus on produit du durable, le PIB freine… Est-ce que c’est vraiment sur base de cet indicateur qu’on veut faire tous nos choix de société ? »
— Magali Verdun [22:55]
[24:24 – 25:22]
« Si ceux qui nous prêtent prennent peur… nous serions bien embêtés. Nous n’avons plus le contrôle, pas même sur la Banque centrale. »
— Étienne de Calatay [24:25]
[25:49 – 26:06]
« Tant que les règles du jeu sont celles qu’elles sont, on est bien obligé… mais ça ne doit pas nous empêcher de réfléchir déjà à plus loin. »
— Magali Verdun [25:49]
[02:14] Alexander De Croo :
« Moi, comme cadeau de départ de Vivaldi, j’ai reçu un budget qui coule jusqu’au fond de la mer. »
[05:51] Étienne de Calatay :
« On a des vents de face, c’est notamment l’effort militaire, la remontée des taux d’intérêt, le vieillissement démographique… c’est pour ça que la situation empire si on ne fait rien. »
[10:42] Magali Verdun :
« On est dans une crise permanente. Le système est en crise… Dire maintenant, on ne va pas mettre de côté parce qu’il y a une crise, alors on ne mettra jamais de côté. »
[13:08] Magali Verdun :
« Ici, il n’y a pas de projet positif, à part avoir moins de dettes, mais ça fait rêver qui ? »
[14:00] Étienne de Calatay :
« Intellectuellement, on peut ne pas être d’accord avec la réforme, mais il y a eu le courage politique de prendre une mesure forte aux effets budgétaires différés dans le temps. »
[16:35] Magali Verdun :
« Il y a une manne là qui n’est pas exploitée et dont on fait semblant qu’elle n’existe pas. »
[18:27] Étienne de Calatay :
« Le premier effort est à faire du côté de l’efficacité de la dépense publique. »
[24:25] Étienne de Calatay :
« Si ceux qui nous prêtent prennent peur… nous serions bien embêtés. »
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