
Pourquoi y a-t-il tant d'influenceurs à Dubaï ? Merci pour votre écoute Retrouvez tous les contenus de la RTBF sur notre plateforme Auvio.be&nbs...
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Marie Van Kutsem
Il y a des missiles qui sont
Maëva Guénam
en train de péter partout dans Dubaï,
Marie Van Kutsem
à côté de chez nous, ça pète de partout les gars. La première. Aujourd'hui, nous avons lancé l'opération Loring Line. Dubaï également avec beaucoup d'explosions ont signalé ces dernières heures. Les clés médias.
Caroline Declos
Marie Van Kutsem.
Marie Van Kutsem
Bonjour à toutes et tous et bienvenue dans ce nouvel épisode des Clés Média au programme. Aujourd'hui cette question, pourquoi y a-t-il autant d'influenceurs et d'influenceuses à Dubaï? Cette réalité nous a sauté aux yeux il y a quelques jours avec le déclenchement de la guerre en Iran et les tirs iraniens sur les pays alliés des Américains dans la région. Des missiles sur Dubaï et tout à coup les réseaux sociaux qui s'enflamment, la panique, les demandes de rapatriement. On va explorer pourquoi ces influenceurs sont si nombreux, le volet fiscal central dans la réponse à notre question et aussi tenter de comprendre pourquoi Dubaï attire autant par ailleurs. Bienvenue à vous, vous êtes dans les Clés Média. Une piscine à débordement sur le rooftop d'un immeuble. En arrière fond, les tours bétonnées et leurs fenêtres scintillantes sous le soleil permanent.
Maëva Guénam
Alors regardez les filles, regardez ici le dressing où je mets toutes mes affaires.
Marie Van Kutsem
Incroyable.
Maëva Guénam
La salle de bain de rêve, les filles! Oh là là, mes peignoirs, douche! Je sens que je vais kiffer. Oh là là, la vie du maire, les filles. On dirait que je ne suis même plus à Dubaï.
Marie Van Kutsem
Maëva Guénam est une influenceuse française des plus célèbres. 3 millions de followers. Une vie dans un cocon de luxe, entre décorations épurées, soirées VIP, vêtements de marque et mise en beauté permanente. Dubaï est le décor parfait pour elle, comme pourtant d'autres influenceurs et influenceuses. Le décor de la réussite, avec une dose de bling bling. Un décor instagramable avec des images que l'on a toutes et tous en tête. L'hôtel Burj Al Arab, célèbre pour son architecture en forme de voile gigantesque et le plus cher au monde. Il compte 7 étoiles. L'archipel artificiel de Palme, en forme de palmier. Ou encore Burj Khalifa, la plus haute tour du monde, 828 mètres, 160 étages, situé dans Downtown Dubaï, un nouveau quartier qui abrite aussi le plus grand centre commercial au monde. Dubaï, la ville des superlatifs, béton et démesure, un paradis aseptisé. Jusqu'à cette semaine.
Maëva Guénam
Ça pue, j'ai vraiment très très peur. Là-bas!
Marie Van Kutsem
Oh non, c'est trop haut, faut rentrer,
Caroline Declos
faut rentrer, faut rentrer, faut rentrer, faut rentrer.
Marie Van Kutsem
Faut rentrer, rentre le chien.
Alaa Abissalay
Mais c'est une dinguerie!
Maëva Guénam
Et là! Et là, ça vient de péter! Là, on le voit! On le voit!
Marie Van Kutsem
Le 28 février, les Etats-Unis et Israël déclenchent une attaque coordonnée en Iran et décapitent le régime des Mollahs en tuant l'Ayatollah Ali Khamenei et une série de hauts dirigeants iraniens. Rapidement, Téhéran réplique avec des tirs de missiles, entre autres, sur les Émirats arabes unis. À Dubaï, les missiles ne touchent pas que des bases américaines. Un incendie se déclare au pied de l'hôtel Bourj Al Arab après interception d'un missile.
Maëva Guénam
et encore d'y avoir un bombardement au-dessus de chez nous. Je suis en panique, je suis désolée. De base, c'était censé être les bases de l'armée américaine qui sont tous censés être touchées. Je ne suis pas sur une base. Là, c'est au-dessus de chez nous. Il n'y a rien. On n'a aucune base de l'armée américaine autour de chez nous.
Marie Van Kutsem
Autre incendie dans l'hôtel Fairmont, basé sur l'archipel de Palme, après le choc d'un engin volant.
Maëva Guénam
Putain, c'est tombé. Oh mon Dieu, j'ai trop peur. Oh my God! Oh my God!
Marie Van Kutsem
Ça a recommencé, là. L'aéroport de Dubaï, le deuxième le plus fréquenté au monde, est lui aussi touché par un missile et évacué d'urgence.
Caroline Declos
Quand il
Marie Van Kutsem
y a des centaines d'influenceurs et d'influenceuses sur place, les réseaux sociaux se font le relais privilégié de la situation, comme un miroir grossissant.
Maëva Guénam
Je suis ressortissante française, j'espère que la France elle va me protéger, et j'espère qu'ils vont me rapatrier en France.
Marie Van Kutsem
La vie de ma mère, je suis bloqué les gars à Dubaï. J'ai un zéro vol, j'ai un zéro vol les gars. J'ai une sanction d'urgence ouais.
Maëva Guénam
C'est effrayant, donc les mauvaises gorges qui disent oui, les influenceurs banards qui se moquent de nous, allez vous faire foutre.
Marie Van Kutsem
Moqués parfois, critiqués parce qu'ils demandent à être rapatriés alors qu'ils fuient l'impôt de leur pays d'origine, ces influenceurs ont en tout cas eu une place de choix dans les médias traditionnels cette semaine. Comme si on réalisait tout à coup à quel point ils et elles sont nombreux sur place. L'occasion dans cette émission de se demander pourquoi, au-delà de la question financière, et aussi comment les émirats parient sur ces professionnels de l'image et de la communication pour faire rayonner leur pays à l'international. Bonjour Caroline Declos. Vous êtes avocate en droit fiscal international, professeure aussi à l'ULB et à l'université de Liège. Ces réactions moqueuses voire hargneuses vis-à-vis de ces influenceurs qui demandaient à être rapatriés, ça vous surprend?
Caroline Declos
Ça ne me surprend pas vraiment. C'est généralement une réaction de la plupart des gens quand ils rencontrent quelqu'un qui veut éviter l'impôt. Mais en l'occurrence, il n'y a rien d'illégal à vouloir échapper à l'impôt en se déplaçant physiquement vers un pays qui est moins taxateur que le pays d'origine.
Marie Van Kutsem
On va revenir aux fondamentaux avec vous. Quand on dit que Dubaï, que les Emirats Arabes Unis en général, c'est un environnement fiscal favorable, ça veut dire quoi? Qu'est-ce qu'on ne paye pas ou qu'est-ce qu'on paye moins là-bas?
Caroline Declos
Mais d'abord, les personnes physiques ne sont pas soumises à l'impôt. Les sociétés payent un impôt qui est, je veux dire, très très raisonnable puisqu'il s'agit seulement de 9% à partir d'un certain seuil.
Marie Van Kutsem
Un seuil de 90 000 euros, j'ai l'habitude de dire, plus ou moins.
Caroline Declos
Et le fait d'échapper à l'impôt dans son pays d'origine, est dû simplement au principe qui est déjà ancien en fiscalité qui est celui de la territorialité de l'impôt. Donc en fait un pays traditionnellement taxe les revenus qui trouvent leurs sources sur leur territoire ou les gens qui résident dans le territoire. Et donc il suffit simplement de ne pas avoir de revenus qui ont leurs sources dans un pays taxateur et de le quitter même physiquement pour échapper à l'impôt et se réfugier dans un pays comme Dubaï où il n'y en a pas du tout.
Marie Van Kutsem
Je reviens un peu sur la hargne dont vous parlez vis-à-vis des influenceurs. Vous disiez s'expatrier et ne pas payer d'impôts dans un autre pays. Tout ça est tout à fait légal. Ce qui ne serait pas légal, ce serait par exemple d'avoir une adresse de complaisance. Expliquez-nous un peu de quoi il s'agit.
Caroline Declos
Voilà, donc si l'on décide de quitter un pays pour éviter l'imposition, il faut le faire pour du vrai. Et donc, si on parle justement de rapatrier ces influenceurs, c'est qu'eux ont fait l'exercice de se déplacer physiquement et donc... supportent les conséquences de leur choix, mais certaines personnes prennent effectivement des adresses de complaisance et continuent à vivre effectivement dans le pays dans lequel ils échappent à l'impôt, mais de manière artificielle, parce qu'ils sont effectivement...
Marie Van Kutsem
C'est ça, c'est une fausse adresse, en fait. C'est comme si, voilà, je vivais à Bruxelles, mais j'avais une adresse à Dubaï et ça me permettait d'échapper du coup à l'impôt belge.
Caroline Declos
Voilà, faire semblant.
Marie Van Kutsem
Au niveau de ces demandes de rapatriement, est-ce que ça, c'est... légale de demander à être rapatrié quand on est citoyen français mais qu'on s'est expatrié pour ne pas payer l'impôt.
Caroline Declos
Mais c'est un bon principe qu'un état protège ses ressortissants et qu'il rapatrie les français qui en ont besoin. Maintenant, comme je vous dis, les notions de nationalité et de résidence fiscale sont deux notions distinctes. Il n'y a en fait que les Etats-Unis qui se fondent sur la nationalité comme critère d'imposition. Ce n'est pas du tout le cas en Europe. Donc moi ça me paraît relativement légitime qu'un ressortissant français demande à la France de le ramener.
Marie Van Kutsem
En tout cas, ce que ça révèle cette affaire, Caroline Declos, c'est que ce système des impôts tel qu'il est pensé, donc sur un principe de territorialité, on paye là où on vit, c'est ce que vous avez expliqué, ça commence peut-être à être un peu dépassé avec l'évolution des nouvelles technologies.
Caroline Declos
Oui, donc ce sont des critères qui datent de bien avant le XXe siècle déjà et on n'a pas adapté les critères d'imposition au développement des nouvelles technologies. On a des critères qui sont encore relativement archaïques, il faut bien le dire. Avec des tentatives, il y a une prise de conscience du fait que, en matière fiscale, les critères ne sont pas adaptés au commerce électronique, par exemple. Et ça a fait l'objet de travaux à l'OCDE, à l'Union Européenne, pour essayer de dégager des nouveaux critères qui permettraient de s'adapter. Et jusqu'à maintenant, on n'est encore arrivé à rien de très satisfaisant, il faut bien le dire. Et le problème est le même que ce soit pour les influenceurs à Dubaï, pour les gens qui quittaient les travails maintenant.
Marie Van Kutsem
il est digital nomade, ça c'est aussi vraiment une nouvelle tendance, aller travailler par exemple s'installer en Thaïlande et puis travailler pour son employeur qui est ici en Belgique, ça c'est des choses qui existent aujourd'hui.
Caroline Declos
Exactement et donc tous les critères qu'on utilisait au XXe siècle sont un peu dépassés et à l'inverse ça provoque aussi des taxations dans un pays où ça ne se justifie pas vraiment comme quand on considère qu'un employeur à un établissement stable et serait taxable dans le pays où son employé travaille à domicile, là ça devient complètement artificiel aussi et c'est justement parce qu'on utilise des critères tout à fait dépassés.
Marie Van Kutsem
Vous disiez qu'on réfléchissait au niveau de l'OCDE à transformer cette manière de construire l'impôt. On cherche dans quelle direction? Qu'est-ce qu'on pourrait imaginer qui pourrait fonctionner demain pour s'adapter à cette nouvelle donne qui est là avec ses digital nomades, ses influenceurs, etc.?
Caroline Declos
Mais donc les critères d'imposition, c'est purement conventionnel, ce sont des définitions qu'on a données, ça n'a rien de naturel. Et donc ce qu'on fait dans les centres de recherche de l'OCDE et de l'Union Européenne, c'est d'essayer d'identifier de nouveaux critères. Par exemple, l'Union Européenne avait imaginé de taxer les GAFA en prenant comme critère le chiffre d'affaires réalisé à partir de l'adresse IP des utilisateurs. Mais bon, une adresse IP, ça se manipule comme on veut, ça ne représente pas non plus toujours la réalité.
Marie Van Kutsem
Oui, on peut tout à fait pirater, entre guillemets, gentiment son adresse IP et dire qu'on se connecte depuis, je ne sais pas moi, un pays.
Caroline Declos
Oui, et même indépendamment d'utiliser un VPN. C'est aussi assez artificiel parce que vous pouvez prendre une adresse IP dans un pays par simple opportunité et puis ça ne correspond pas à la réalité économique de votre situation géographique. Donc pour le moment on est encore au balbutiement.
Marie Van Kutsem
C'est ça, sujet en réflexion et en construction, on l'a bien compris. Merci beaucoup Caroline de Cleu pour vos éclairages. Vous restez avec nous, vous n'hésitez pas à réagir. On va accueillir notre deuxième invitée. Bonjour Alaa Abissalay. Bonjour. Vous êtes doctorante en relations internationales à l'UCLouvain et spécialiste de la politique étrangère des pays du Golfe. Alors, Alaa Abyssalé, vous avez, vous, grandi en regardant les images de Dubaï évoluer à la télévision. Avec les années, il y a toujours eu, vous le dites, cette volonté de rayonner à l'international, de marquer les esprits. Expliquez-nous un peu, pour vous, comment vous avez vu cette évolution.
Alaa Abissalay
Oui, ça c'était surtout à la fin des années 90, début années 2000, c'était sur les chaînes libanaises, en février surtout. À Dubaï, il y avait le mois du shopping et des soldes. Donc toutes les grandes chaînes allaient là-bas faire des émissions pour gagner des prix. Je regardais ces émissions, il y avait plein de choses. C'est vraiment comme c'est dit dans le reportage au début, c'est superlatif. Le plus grand, le plus grand cadeau, la plus grande voiture, la plus grande maison à gagner et tout ça. Donc c'était vraiment le début de Dubaï qu'on connaît maintenant.
Marie Van Kutsem
Donc un volet commercial pour commencer. Ensuite, il y a eu les festivals et puis les influenceurs. Et tout ça, ça a toujours permis, en tout cas, ça a toujours été dans la volonté de faire rayonner les Émirats arabes unis à l'international.
Alaa Abissalay
Oui, c'est un objectif d'avoir une très bonne image et une très bonne réputation qui alimente un des objectifs des Émirats arabes unis et de l'émirat de Dubaï, c'est de diversifier l'économie. Le tourisme de luxe, le commerce de luxe, qui fait gagner beaucoup d'argent et qui fait rayonner le pays et le distinguer par rapport aux autres pays de la région et du monde. Donc, avoir des influenceurs, ça fait aussi faire de la pub en ligne sur les réseaux sociaux, plus ou moins gratuite. Faire chercher des influenceurs, c'est aussi dire que le pays ou Dubaï, précisément l'Émirat, est cosmopolitan. Tout le monde peut venir ici, bien vivre, et la vie, elle est bonne.
Marie Van Kutsem
Vous dites que c'est une façon de se réinventer et de réinventer aussi l'image des Émirats, de faire évoluer l'économie. Ça veut dire que c'est quoi? On s'éloigne en fait de l'époque où on associait les Émirats arabes unis à l'économie du pétrole?
Alaa Abissalay
Oui, c'était surtout le but de Dubaï. Donc, dans les années 90, début années 2000, c'était leur but. Et après, les autres pays et même l'Émirat arabe unis en général, ils ont adopté cette stratégie. diversifier l'économie, donc ça veut dire l'économie du pays, le PIB n'est pas juste dépendant du pétrole et la vente du pétrole et du gaz.
Marie Van Kutsem
Alors à l'Abyssalay, on a une image, c'est vrai, un peu artificielle peut-être, de Dubaï. On n'a que ces images. En tout cas, on en a parlé. Cette architecture somptueuse, ces images qui sont mises en ligne par les influenceurs. Est-ce qu'elles collent à la réalité, ces images, vous qui connaissez la ville? Pour avoir quelques données en tête aussi, on pourrait peut-être parler un peu de la superficie de Dubaï, la proportion d'étrangers. Bref, parlez-nous un petit peu de Dubaï, de votre point de vue.
Alaa Abissalay
Dubaï, donc il y a Dubaï la ville et Dubaï l'émirat. Dubaï l'émirat c'est le deuxième émirat des émirats arabes unis. Donc il y a sept émirats qui comportent les émirats arabes unis. La deuxième grande c'est Dubaï qui est de 4000 km². La première c'est Abu Dhabi, donc le capital. Donc Dubaï c'est l'émirat et c'est aussi le nom de la ville. la ville capitale, qui est petite, mais il y a là-bas la grande densité de ce qu'on voit en ligne, les photos. Dubaï, en tant qu'Ubera, c'est comme dans toutes les régions du monde. Il y a un beau côté très beau, un Instagramable, comme on dit, pour prendre des photos avec un beau background et tout. Il y a un côté moins et il y a un côté où ce n'est pas très beau à voir. Donc, c'est une ville, en général, pour moi, c'est une ville qui est faite pour les voitures. Donc on ne peut pas avoir une trottinette ou un vélo là-bas, sauf pour le quartier autour. Donc les autostrades de 5-6 lignes sont très communs. Là-bas, c'est pour travailler, surtout. Il y a les grands malls à l'américaine, donc on peut passer toute une journée et faire plein d'activités dans un seul milieu, les bâtiments. Donc on voit vraiment l'ancrage sur le commerce, acheter, consommer et tout. Donc là-bas, la livraison, on peut tout livrer chez nous, à la maison ou devant la porte. Et on voit aussi que ce système, il est maintenu par les ouvriers, les ouvriers étrangers, le fameux mauvais système Kafala. Même les responsables là-bas, ça fait des années qu'ils essayent d'évoluer et changer dans le droit du travail et le système Kafala et les lois qui gèrent ça.
Marie Van Kutsem
On avait parlé au moment de la Coupe du Monde au Qatar de ce système-là qui coincait quelque part ces travailleurs étrangers et les obligeait à rester sur le territoire. Tant qu'on parle des étrangers, quelle est la proportion d'étrangers? Vous disiez tout à l'heure, c'est une ville très cosmopolite, Dubaï.
Alaa Abissalay
Oui, je n'ai pas les pourcentages à 100%, mais on sait que les Emiratis sont la minorité. Donc on peut parler facilement, puisque 80% sont des étrangers qui habitent à Dubaï, qui travaillent à Dubaï et qui vivent là-bas. Et il y a des gens qui sont là-bas depuis des décennies, et pas juste quelques années.
Marie Van Kutsem
Vous avez parlé de tout ce volet commercial et des influenceurs qui sont arrivés. Alors, il y a eu plusieurs vagues d'arrivées d'influenceurs et ce qu'on voit aujourd'hui, c'est beaucoup les influenceurs francophones, mais ça a commencé par le monde anglo-saxon, en fait.
Alaa Abissalay
Oui, c'était dans les années 2010, donc avec la montée des influenceurs et voir aussi le rôle sur les réseaux sociaux. Ce n'est pas juste le rôle de parler sur un sujet spécifique, mais le rôle aussi d'influencer. Ils ont commencé avec les Britanniques, britanniques et les américains qui venaient à Dubaï et qui étaient aussi liés un peu à un projet de court terme qui est surtout sur les campagnes touristiques comme Visit Dubaï. Normalement, c'est les célébrités américaines de Hollywood qui étaient les visages de ces campagnes, mais aussi sur les réseaux sociaux, il y avait les influenceurs qui ont commencé ça. Ensuite, après le Covid, le pic est arrivé juste après le Covid, avec tous les influenceurs qui allaient à Dubaï. Et on a vu qu'il y a beaucoup d'intérêt d'aller là-bas, soit sur les taxes ou même les taxes indirectes, comme la TVA qui a été mise en œuvre en 2018, donc c'est il y a huit ans, c'est juste 5%. Donc ils ne payent pas, même les taxes qui sont là-bas, le pourcentage est très bas par rapport aux autres pays. Et aussi, c'est cosmopolite, pas juste du point de vue occidentaux, donc on peut rencontrer beaucoup d'Australiens, d'Américains, des Britanniques, de l'Allemagne, mais aussi on peut rencontrer beaucoup d'Indiens, donc des influenceurs de l'Inde, et ça c'est tout un marché à avoir accès. On peut rencontrer aussi des influenceurs de la Russie, de l'Iran, Donc, ce n'est pas juste un seul monde qui est là-bas, c'est vraiment tout le monde qui est là-bas.
Marie Van Kutsem
C'est ça, un grand croisement de tout le monde du business et de l'influence. Évidemment, j'imagine que ça a créé une forme de bulle de réseautage qui doit être très, très intéressante. Il y a aussi des facilités au niveau des visas. Il y a différents types de visas aussi à destination des étrangers.
Alaa Abissalay
Oui, en fait, il y a trois. Il y a le premier, c'est pour les Digital Nomads. Ils ont un visa pour eux. Et aussi, il y a une licence d'influenceurs qu'ils peuvent avoir. Mais aussi, il y a le Green Visa et le Golden Visa. Donc, ces trois types de visas donnent beaucoup de facilité pour arriver à Dubaï et être un influenceur ou une influenceuse.
Marie Van Kutsem
Et Caroline Declos, ces éléments-là qui sont additionnés au régime fiscal dont on parlait avec vous, ça réunit en fait une foule d'éléments pour attirer des gens qui sont dans le business.
Caroline Declos
C'est un cocktail efficace, oui. Mais c'est aussi un choix de vie. Ça veut dire qu'on se défait de ses liens personnels étroits, en fait. On quitte sa famille, on quitte ses amis. Et je ne sais pas si on a envie de faire ça pour toute sa vie, en fait. Je pense que beaucoup d'installations à Dubaï sont temporaires.
Marie Van Kutsem
Ali Abissalay, parlons peut-être aussi des infrastructures. Sur place, on a donc évoqué pas mal de choses jusqu'ici, mais est-ce qu'on peut dire aussi que la vie est très confortable pour ces expatriés qui ont les moyens là-bas? Est-ce que les autorités veillent à cela avec, je ne sais pas moi, des services à la personne performants, des écoles de qualité? Tout ça, ça existe, c'est là?
Alaa Abissalay
Oui, ça existe même avant l'arrivée des influenceurs et des influenceuses. Donc comme j'ai expliqué que c'est des villes qui sont grandies avec le flux du pétrole, donc il y a beaucoup d'étrangers qui sont venus dans les entreprises d'architecture par exemple ou de construction. Il y a des écoles, il y a des universités, il y a des hôpitaux et même dans le système scolaire par exemple. Et il y a des écoles qui adoptent le système américain, d'autres britanniques ou même le système français comme le lycée français à Dubaï. Et même si on sort un peu de Dubaï à Abu Dhabi, il y a la Sorbonne à Abu Dhabi. En fait, en tant que famille, on a tout là-bas.
Marie Van Kutsem
Au début des tirs de missiles iraniens, on les a entendus au début de cette émission, les influenceurs se placent en paniqué. Aujourd'hui, changement de ton. Je faisais un petit tour sur plusieurs comptes sur les réseaux sociaux pour préparer cette émission et on en revient en fait sur ces comptes au contenu habituel. Et sur les missiles, le discours est assez posé et assez unanime. Les autorités émiraties nous protègent, nous sommes en sécurité. Est-ce que c'est possible qu'ils aient reçu des consignes par message sur leur manière de communiquer pour ne pas trop écorner l'image de Dubaï, finalement? Est-ce que ça, c'est possible?
Alaa Abissalay
Ça, honnêtement, je ne sais pas à 100 %, mais ce que je peux dire, c'est que le contrat social qui est là-bas, c'est que la famille royale protège. Donc, il y a comme un lien paternel que la famille royale nous protège et tout le monde parle de cette façon. Donc, c'est un message très commun qu'on le voit auprès de chaque crise ou pendant chaque
Marie Van Kutsem
crise. Est-ce que ce qui se passe actuellement risque d'abîmer, selon vous, cette identité de petit paradis, entre guillemets, dans la tête des gens à
Alaa Abissalay
l'international? Ce qui se peut se passer, c'est ne pas oublier qu'on est l'Église du Dubaï. C'est peut-être un On peut casser l'image de Dubaï comme si c'était sur une autre planète. Ça revient que Dubaï fait partie des pays du Golfe, dans le Moyen-Orient, et est entouré par plusieurs pays, grands pays qui aiment faire la
Marie Van Kutsem
guerre. Ces intrusions de missiles, ça pourrait être une sorte de rappel un peu cynique, finalement, de l'emplacement géostratégique aussi de ces Émirats. Est-ce que vous vous dites, quand vous voyez tout cela, et là on en arrive tout doucement au terme de l'émission, que ces influenceurs, ces influenceuses, ils pourraient décider, avec ce qui se passe pour l'instant, de déménager, de quitter le pays et que ça abîmerait, ça écornerait à long terme cette image d'accueil et cosmopolite des Émirats Arabes Unis et de Dubaï en
Alaa Abissalay
particulier. Bon, l'arrivée des influenceurs et influenceuses et l'idée qu'ils quittent, c'est juste un chapitre dans le livre de Dubaï et des Emirats Arabes Unis. Donc, les gens qui sont vraiment scotchés aux réseaux sociaux, ils ont une relation très parasociale avec ces influenceurs. Ce n'est pas nécessaire que ça va changer l'idée que Dubaï n'est pas une ville d'accueil et cosmopolitaine et tout le monde peut venir vivre et faire une carrière
Marie Van Kutsem
là. Régime fiscal avantageux, vie confortable, carrefour du business à la croisée de plusieurs grands marchés mondiaux, Dubaï est une forme de paradis capitaliste, les autorités le savent et le vendent, en soutenant l'installation des étrangers aux poches bien pleines et à la visibilité accrue en ligne. Les événements récents sont venus secouer les belles images que l'on nous vend et nous rappeler que les Émirats Arabes Unis sont aussi un carrefour géopolitique, allié des Américains mais juste en face de l'Iran, de l'autre côté du très stratégique détroit d'Hormoz. Merci à nos invités, Caroline Doclo, avocate en droit fiscal international et professeure à l'ULB et à l'Université de Liège, et à Alaa Abissalé, doctorante en relations internationales à l'UCLouvain et spécialiste de la politique étrangère des pays du Golfe. A la réalisation de cette émission, il y avait Valentine Gourdange, à la préparation Sarah Poussey, Marie Van Kutsem. Merci pour votre écoute et à très
Date : 5 mars 2026
Animé par : Marie Van Kutsem (RTBF)
Invitées : Caroline Declos (avocate et professeure de droit fiscal international), Alaa Abissalay (doctorante en relations internationales, UCLouvain)
Cet épisode des Clés explore un phénomène frappant rendu visible par les récents événements au Moyen-Orient : la concentration d’influenceurs à Dubaï. À travers des témoignages, des extraits de réseaux sociaux, et l’analyse d’expertes, l’émission dissèque les raisons de cet engouement—des avantages fiscaux aux choix stratégiques des Émirats pour leur image—et questionne la portée réelle du « paradis » de Dubaï, notamment à l’heure de crises régionales.
(00:02–04:06) Extraits de stories catastrophées d’influenceurs, comme Maëva Guénam, témoin direct des frappes de missiles sur Dubaï :
Les réseaux sociaux deviennent « un miroir grossissant » de la situation sur place (04:39), révélant par la même occasion l’ampleur du phénomène des influenceurs à Dubaï.
(11:56–15:03) Passage avec Alaa Abissalay, qui rappelle l’histoire du « Dubaï des superlatifs » :
Dubaï comme projet urbain et social :
Maëva Guénam (influenceuse, 3M de followers) :
Caroline Declos (avocate fiscaliste) :
Alaa Abissalay (doctorante en relations internationales) :
L’épisode donne une vision nuancée — à la fois attirante et critique — du phénomène Dubaï, cité-vitrine bâtie sur l’exil fiscal, la « super-exposition » numérique et la stratégie d’État. Les récents événements rappellent néanmoins sa fragilité et son appartenance à une région soumise à des vents géopolitiques puissants. L’émission éclaire les ressorts autant que les illusions d’une destination pas tout à fait hors du monde.