Les Clés — Pourquoi y a-t-il tant d’influenceurs à Dubaï ?
Date : 5 mars 2026
Animé par : Marie Van Kutsem (RTBF)
Invitées : Caroline Declos (avocate et professeure de droit fiscal international), Alaa Abissalay (doctorante en relations internationales, UCLouvain)
Aperçu général de l’épisode
Cet épisode des Clés explore un phénomène frappant rendu visible par les récents événements au Moyen-Orient : la concentration d’influenceurs à Dubaï. À travers des témoignages, des extraits de réseaux sociaux, et l’analyse d’expertes, l’émission dissèque les raisons de cet engouement—des avantages fiscaux aux choix stratégiques des Émirats pour leur image—et questionne la portée réelle du « paradis » de Dubaï, notamment à l’heure de crises régionales.
Points-clés & Déroulé de l’épisode
1. Déclencheur : les tensions géopolitiques et la panique sur les réseaux sociaux
-
(00:02–04:06) Extraits de stories catastrophées d’influenceurs, comme Maëva Guénam, témoin direct des frappes de missiles sur Dubaï :
- « Il y a des missiles qui sont en train de péter partout dans Dubaï… Ça pète de partout les gars. » — Maëva Guénam (00:03)
- « La vie de ma mère, je suis bloqué les gars à Dubaï. J’ai un zéro vol. » (04:52)
- Un missile tombe près du Burj Al Arab, incendie du Fairmont sur la Palme : l’affolement s’empare des expatriés.
-
Les réseaux sociaux deviennent « un miroir grossissant » de la situation sur place (04:39), révélant par la même occasion l’ampleur du phénomène des influenceurs à Dubaï.
2. Première explication : l’avantage fiscal
- (05:09–11:56) Entretien avec Caroline Declos, qui déconstruit les mécanismes juridiques et fiscaux :
- « Il n’y a rien d’illégal à vouloir échapper à l’impôt en se déplaçant physiquement vers un pays moins taxateur » (05:56)
- À Dubaï, les personnes physiques ne paient pas d’impôt sur le revenu ; les sociétés sont taxées à un taux faible (9% au-delà de 90 000€ environ).
- Notion de territorialité de l’impôt : « Il suffit simplement de ne pas avoir de revenus qui ont leurs sources dans un pays taxateur et de le quitter physiquement pour échapper à l’impôt. » (06:43)
- Mise en garde sur l’illégalité d’une « adresse de complaisance » : « Si l’on décide de quitter un pays pour éviter l’imposition, il faut le faire pour du vrai. » (07:37)
- Statut légal des demandes de rapatriement des expatriés français : la nationalité et la résidence fiscale sont « deux notions distinctes » (08:29)
- Critique de l’archaïsme des systèmes fiscaux face à la mondialisation numérique :
- « On n’a pas adapté les critères d’imposition au développement des nouvelles technologies. » (09:13)
- Les tentatives de l’UE/OECD pour adapter la fiscalité sont pour l’instant insatisfaisantes : « Pour le moment on est encore au balbutiement. » (11:36)
3. Construction de la vitrine Dubaï : stratégie et image internationale
-
(11:56–15:03) Passage avec Alaa Abissalay, qui rappelle l’histoire du « Dubaï des superlatifs » :
- « C’était surtout à la fin des années 90, début 2000… c’est superlatif. Le plus grand, le plus grand cadeau… » (12:31)
- Objectif : diversification économique, tourisme de luxe, et rayonnement international
- « Avoir des influenceurs, c’est aussi faire de la pub en ligne, plus ou moins gratuite. » (13:16)
-
Dubaï comme projet urbain et social :
- Description d’une ville artificielle, organisée pour la consommation (malls, grandes voies rapides, services à la personne ultra-performants).
- Dubaï est « une ville faite pour les voitures », avec de vastes quartiers luxueux, mais aussi des zones moins reluisantes. (15:03)
- Poids des étrangers : « 80% sont des étrangers… il y a des gens là-bas depuis des décennies. » (17:01)
4. Les différentes vagues d'influenceurs : une véritable mosaïque internationale
- (17:21–19:45)
- Initiatives des années 2010 avec les influenceurs anglo-saxons, relayés ensuite par la vague francophone post-covid.
- Dubaï attire au-delà de l’Occident (Indiens, Russes, Iraniens, etc.) : « Ce n’est pas juste un seul monde… c’est vraiment tout le monde qui est là-bas. » (18:44)
- Attractivité renforcée par divers types de visas conçus sur mesure (Digital Nomad, Green Visa, Golden Visa, etc.)
5. Le cocktail d’attractivité — mais à quel prix humain et social ?
- (19:45–21:20)
- Caroline Declos : « C’est un cocktail efficace, oui. Mais c’est aussi un choix de vie. »
- Alaa Abissalay détaille le confort pour expatriés fortunés : écoles internationales, hôpitaux, services à la personne, vie familiale facilitée.
- « On a tout là-bas. » (20:37)
6. Gestion de l’image et réactions officielles en période de crise
- (21:20–22:44)
- Au pic de la crise, les influenceurs passent d’un ton paniqué à un message rassurant : « Les autorités émiraties nous protègent, nous sommes en sécurité. »
- Possibilité de consigne officielle ? Alaa Abissalay répond :
- « Le contrat social là-bas, c’est que la famille royale protège… un message très commun qu’on le voit auprès de chaque crise. » (21:53)
- Ces événements rappellent néanmoins la « géographie réelle » de Dubaï, région loin d’être à l’abri des tensions.
7. Dubaï, paradis fragile ou miracle du business global ?
- (22:44–fin)
- Discussion sur l’éventualité d’un exode d’influenceurs et l’impact sur l’image de Dubaï :
- « L’arrivée des influenceurs et influenceuses et l’idée qu’ils quittent, c’est juste un chapitre dans le livre de Dubaï… » — Alaa Abissalay (23:16)
- Marie Van Kutsem conclut :
- « Dubaï est une forme de paradis capitaliste, les autorités le savent et le vendent, en soutenant l’installation des étrangers aux poches bien pleines et à la visibilité accrue en ligne. Les événements récents… nous rappellent que les Émirats Arabes Unis sont aussi un carrefour géopolitique. » (23:44)
- Discussion sur l’éventualité d’un exode d’influenceurs et l’impact sur l’image de Dubaï :
Citations marquantes
-
Maëva Guénam (influenceuse, 3M de followers) :
- « La salle de bain de rêve, les filles ! Oh là là, mes peignoirs, douche ! Je sens que je vais kiffer. » (01:33)
- « Je suis ressortissante française, j'espère que la France va me protéger. » (04:47)
- « C'est effrayant, donc les mauvaises gorges qui disent oui, les influenceurs banards qui se moquent de nous, allez vous faire foutre. » (04:59)
-
Caroline Declos (avocate fiscaliste) :
- « Simplement, il suffit de ne pas avoir de revenus qui ont leur source dans un pays taxateur et de le quitter physiquement pour échapper à l’impôt. » (06:46)
- « On n’a pas adapté les critères d’imposition au développement des nouvelles technologies. » (09:13)
-
Alaa Abissalay (doctorante en relations internationales) :
- « Dubaï, c’est superlatif… c’était vraiment le début de Dubaï qu’on connaît maintenant. » (12:31)
- « Ce n’est pas juste un seul monde qui est là-bas, c’est vraiment tout le monde qui est là-bas. » (18:44)
- « L’arrivée des influenceurs… c’est juste un chapitre dans le livre de Dubaï. » (23:16)
Timestamps des segments essentiels
- 00:02–04:06 : Réactions à vif sur les réseaux au bombardement de Dubaï
- 05:09–11:56 : Entretien détaillé sur les fiscalités comparées
- 11:56–15:03 : Histoire de la stratégie d’image et développement de Dubaï
- 17:21–19:45 : Mosaïque des vagues d’influenceurs et détails sur les visas
- 19:45–21:20 : Confort de vie et infrastructures offertes aux expatriés
- 21:20–22:44 : Gestion de crise et contrôle du récit sur les réseaux
- 22:44–fin : Réflexion sur l’avenir du phénomène et la réalité de Dubaï
Conclusion
L’épisode donne une vision nuancée — à la fois attirante et critique — du phénomène Dubaï, cité-vitrine bâtie sur l’exil fiscal, la « super-exposition » numérique et la stratégie d’État. Les récents événements rappellent néanmoins sa fragilité et son appartenance à une région soumise à des vents géopolitiques puissants. L’émission éclaire les ressorts autant que les illusions d’une destination pas tout à fait hors du monde.
