
Proximus a annoncé le licenciement de 1200 employés d'ici 2030. Nous allons analyser pourquoi l’entreprise se porte mal avec Arnaud Martin, journaliste à l'Echo, spécialiste des télécommunications et Nicolas Van Zeebroeck, professeur en économie numérique à la Solv...
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Arnaud Reussen
Proximus confirme la suppression de 1200 emplois en Belgique d'ici 2030.
Sarah Poussey
Tous les profils sont concernés, sauf les fonctions commerciales. La première.
Arnaud Reussen
Chez nous, le secteur des télécoms pèse plus de 10 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel. Son infrastructure de réseau doit s'adapter.
Arnaud Martin
Les clés.
Haroun Feno
L'intelligence artificielle est un outil qui permet de pouvoir améliorer toute une série de services.
Arnaud Reussen
Arnaud Reussen. Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés où l'on va décrypter les raisons d'une mauvaise passe qui dure pour Proximus. L'entreprise vient d'annoncer une vaste réorganisation, restructuration avec à la clé la disparition de 1200 emplois. Alors qu'est-ce qui explique les difficultés de Proximus? Mauvais choix stratégique, secteur télécom en crise? Avec aussi en toile de fond les progrès de l'intelligence artificielle et leurs conséquences sur l'emploi, on va prendre 27 minutes pour y voir clair sur tout ça.
Arnaud Martin
La première, les clés. Proximus.
Arnaud Reussen
C'est une fameuse dégringolade. A l'annonce de son plan de restructuration, le 27 février dernier, l'action Proximus a plongé en quelques heures de plus de 20%. Depuis, elle a repris quelques couleurs, mais le dézoom est cruel pour l'entreprise de télécom détenue majoritairement par l'Etat belge. Si aujourd'hui, son action vaut un peu plus de 7 euros, il y a 5 ans, elle en valait 18. Et il y a 10 ans, début 2016, elle en valait 30. Le cours a donc été divisé par 4 en une décennie. Il faut dire que ça fait un moment que l'entreprise, héritière de la RTT, la régie des télégraphes et des téléphones, peine à trouver la clé d'un marché devenu très compliqué. Petit retour en arrière. En 2019, le français Guillaume Boutin, qui prenait les rênes de l'entreprise après Dominique Leroy, avait de grandes ambitions.
Nicolas Van Zebroek
Mon ambition, faire de Proximus l'opérateur historique
Arnaud Martin
de référence en Europe.
Nicolas Van Zebroek
Bien sûr dans le domaine des télécommunications, mais même au-delà, dans le monde du digital. La manière dont nous communiquons, nous informons, nous nous divertissons ne cesse d'évoluer. Et nous devrons rester pionniers dans ces
Arnaud Reussen
univers et nous réinventer constamment. Déjà en 2019, il décidait d'un grand plan de transformation qui passait par la suppression de plus de 1300 équivalents temps plein. L'idée étant de diminuer des coûts pour dégager des marges et pouvoir investir dans la modernisation du réseau belge, l'installation de la fibre, de la 5G, gagner des clients sur le marché intérieur et se développer à l'international. Seulement voilà, Six ans plus tard, il faut constater que Proximus n'a pas rempli les objectifs ambitieux que se fixait son CIO en 2019. Et Guillaume Boutin a d'ailleurs quitté l'entreprise il y a quelques mois. place donc à un nouveau capitaine à la barre. Il s'appelle Stijn Beinens, entré en fonction en juin 2025, et c'est lui qui a donc annoncé fin février un nouveau plan de transformation avec à la clé la suppression de 1 200 emplois. Mais sans licenciement, le porte-parole de l'entreprise, Haroun Feno, explique à notre collègue Damien Roulette comment cela va se faire.
Haroun Feno
Il y a, dans notre plan quinquennal, un certain nombre de personnes qui vont prendre leur pension. Il y a 800 personnes qui, dans les cinq prochaines années, vont prendre leur pension. À côté de ça, il y a à peu près 200 personnes par an qui quittent la société de façon naturelle. Et donc, les 800 personnes plus les 1000 personnes, 200 personnes par an qui quittent naturellement, ça fait approximativement 1800 personnes. Et dans ces 1800 personnes qui vont quitter la société, seulement un tiers sera remplacé. Donc ça fait un chiffre approximativement de 1200 personnes d'emploi en moins chez Proximus dans les cinq prochaines années.
Arnaud Reussen
L'idée, donc, c'est de faire diminuer le nombre d'employés en ne remplaçant plus qu'un départ sur trois. Cela veut-il dire alors moins d'activités, moins de services? La direction de l'entreprise garantit que non.
Haroun Feno
En fait, Proximus fait un plan quinquennal, donc un plan à cinq ans, sur lequel il y a plusieurs axes de priorité qui vont être faits. D'une part, notre réseau, évidemment. Donc, on va continuer à investir dans notre réseau. On va continuer à investir dans la qualité du service à la clientèle. Donc l'expérience client qui est vraiment très importante. Et alors à côté de ça, on va pouvoir se réorganiser en interne pour pouvoir mieux fonctionner. On va simplifier les processus. On va ajouter l'intelligence artificielle dans plusieurs processus pour pouvoir justement aider à simplifier notre organisation. Et cela va permettre évidemment d'être plus efficace et de devoir à terme peut-être être un peu moins nombreux.
Arnaud Reussen
Une annonce accueillie côté syndical avec un certain fatalisme. Écoutez Fabrice Mathieu. de la CGSP. Évidemment, les syndicats et la CGSP en premier ne sont pas enchantés, mais je veux dire, ce n'était pas une surprise pour nous ce matin, puisque c'est quelque chose qui est discuté en interne depuis quelques semaines déjà, et qui est, contrairement à ce que j'ai pu voir dans la presse ce matin, n'est pas un bain de sang social, puisque c'est en concertation avec les organisations syndicales. Évidemment, pour nous, c'était important que cette charge de travail soit mesurée et soit juste.
Arnaud Martin
Et il y aura des observations qui
Arnaud Reussen
seront faites régulièrement sur ce point-là. Mais derrière ce plan, plusieurs questions de fond restent posées que l'on a envie de creuser dans cette émission. Pourquoi le secteur des télécoms est-il structurellement en difficulté chez nous? On sait que Télénet vient aussi d'annoncer une restructuration. Proximus a-t-elle fait des erreurs stratégiques ces dernières années qui expliquent ces difficultés actuelles, notamment à l'international? Et puis, que change aussi l'intelligence artificielle? Va-t-on vers d'autres restructurations du même genre ailleurs quand on remplace comme cela par exemple des call centers par de l'intelligence artificielle? C'est à toutes ces questions que nous allons essayer de trouver réponse à présent. Et avec nous pour cela, il y a notamment Nicolas Vanzebroek. Bonjour.
Nicolas Van Zebroek
Bonjour.
Arnaud Reussen
Merci d'être là. Vous êtes professeur d'économie et stratégie numérique à la Solvay Brussels School. Alors on va évidemment se concentrer sur Proximus dans un petit instant, mais d'abord peut-être un mot un peu général sur le secteur avec vous. Est-ce qu'on peut dire qu'il y a des difficultés structurelles pour les opérateurs télécom aujourd'hui chez nous?
Nicolas Van Zebroek
Alors pas que chez nous, mais dans l'ensemble des marchés développés et matures au niveau des télécoms et donc la plupart des marchés européens, les opérateurs de télécoms sont tous un peu en difficulté. Ça s'explique essentiellement par le fait qu'aujourd'hui on a des taux de pénétration, d'adoption des abonnements mobiles. qui dépasse les 120, voire les 140% de la population. Donc il y a plus qu'un abonnement en circulation par habitant dans nos pays. Donc on ne peut plus vraiment grandir avec des nouveaux abonnements de ce côté-là. Et sur le fixe, on est autour de 90, même plus de 90% de couverture des ménages. et donc on ne peut plus vraiment grandir sur nos marchés des télécoms par acquisition de nouveaux entrants, de nouveaux utilisateurs sur le marché. Donc on ne peut plus croître qu'en allant voler les parts de marché à la concurrence ou en essayant de faire plus de revenus sur les utilisateurs existants, ce qui est très difficile. Donc ça c'est le contexte si vous voulez. des opérateurs télécoms dont les volumes commencent à plafonner et ce dans un contexte qui est à la fois assez concurrentiel, assez régulé puisqu'on a régulé par exemple le roaming, on a interdit les tarifs de roaming en Europe et donc ce sont des revenus en moins aussi et tout ça alors que les investissements en contrepartie augmentent d'année en année avec, vous le mentionnez en introduction, la 5G, bientôt la 6G, la fibre optique qu'on doit déployer partout. Donc il y a des investissements qui sont très très lourds mais qui ne seront pas compensés par une augmentation significative des volumes. Le peu d'augmentation de volume qu'on a, mais qui sont quand même là dans l'utilisation, en fait ils ne vont pas chez les opérateurs, ils vont de plus en plus vers les grands opérateurs, pas télécom mais de technologie, les médias, les Netflix, les métas et autres.
Arnaud Reussen
Oui, donc ça c'est des raisons structurelles de difficultés du secteur. Si je vous comprends bien, c'est difficile d'encore aller gagner de nouveaux clients, de nouvelles parts de marché. Donc il faut forcément alors aller les voler à la concurrence. Donc on se fait la concurrence sur les prix, ça tire les prix vers le bas. Mais en même temps, alors qu'on a des prix bas, on doit investir. Et c'est très coûteux, évidemment. J'imagine l'installation de la fibre optique, modifier tout un réseau de GSM, C'est des investissements lourds qu'on met du temps à rentabiliser et qui eux-mêmes sont assez vite dépassés. Tout ça c'est compliqué aussi.
Nicolas Van Zebroek
C'est exactement le problème, c'est que les investissements sont vraiment pris en charge par les opérateurs téléphoniques alors que ces investissements dans ces nouveaux équipements de réseau, beaucoup plus rapides, bénéficient surtout à ceux qu'on appelle les OTT dans le jargon, les ouvreurs de top, c'est-à-dire les entreprises qui fournissent des services au-dessus du réseau lui-même. et donc ils doivent investir ces opérateurs dans des infrastructures extrêmement coûteuses, on parle de milliards d'investissements dans la fibre et dans les antennes 5G et puis bientôt 6G, qui comme vous le dites sont assez vite obsolètes et doivent assez vite être remplacées, et sans pouvoir pour autant être les premiers bénéficiaires de l'utilisation de ces nouvelles infrastructures.
Arnaud Reussen
On pourrait prendre une image, Nicolas van Zeebroek, c'est un peu comme si on dépensait d'un côté beaucoup d'argent pour construire des autoroutes qui vont permettre à ceux qui font rouler des camions dessus de gagner eux-mêmes beaucoup d'argent, sauf que ceux qui font rouler les camions ne contribuent pas tellement au financement des autoroutes dont ils bénéficient. On pourrait le dire comme ça?
Nicolas Van Zebroek
C'est une belle image et ça nous rappelle effectivement quelque chose.
Arnaud Reussen
Donc on a une difficulté pour le secteur à ce niveau là, c'est que les marges sont surtout faites, on l'a compris avec vous, par des Facebook, des Google, des YouTube, des Netflix, des Spotify, mais il y a un investissement qui doit être fait par les opérateurs et qu'ils peinent à rentabiliser aujourd'hui. On va se concentrer quand même alors maintenant un peu plus sur Proximus dans ce tableau et on va accueillir pour cela Arnaud Martin, bonjour. Merci d'être avec nous. Vous êtes vous journaliste à l'éco, spécialiste d'ailleurs du secteur des télécoms. J'imagine que vous êtes d'accord avec les constats que l'on vient d'entendre ici de Nicolas van Zeebrugge. Proximus vit donc des difficultés comme tout le reste du secteur ou aussi des difficultés spécifiques liées à ses choix stratégiques?
Arnaud Martin
Oui, donc Proximus rencontre effectivement les mêmes problématiques que les autres. On pourrait même dire encore plus que certains autres opérateurs dans le sens où ils ont tardé à remplacer leur réseau cuivre, comme on dit, leur ancien réseau par ce réseau fibre optique parce que de base il était assez bon et donc il pouvait se permettre de le garder longtemps avec du coup ce problème que si on compare à d'autres opérateurs dans d'autres pays, typiquement Orange qui a commencé bien plus tôt ce remplacement, Proximus arrive assez tard avec une facture qui est très élevée Guillaume Boutin expliquait, il me semble, à la fin, que la facture finale serait autour des 9 milliards d'euros, ce qui est quand même assez énorme. On parle aussi de ces réseaux d'antennes 4G et 5G. Ce sont des coins importants qui reviennent régulièrement, mais qui sont plus incorporés dans le business as usual, comme on pourrait le dire, puisqu'ils savent que tous les 4-5 ans, il y a ces antennes qui doivent être renouvelées.
Arnaud Reussen
Mais donc ce cas de la fibre optique plombe particulièrement la comptabilité de Proximus parce qu'ils doivent investir beaucoup sur peu de temps, qu'ils ont un peu tardé à le faire, c'est ce que vous nous dites. Est-ce que du coup ça c'est un problème passager une fois qu'on aura vraiment bien équipé en fibre optique le réseau, ça va repermettre des marges à Proximus ou bien c'est quelque chose, c'est un problème qui pourrait encore se prolonger?
Arnaud Martin
En tout cas, c'est tout l'argument qu'on a chez Proximus, c'est-à-dire qu'on est confronté à un mur d'investissement que d'autres ont connu. Vous verrez, une fois qu'on aura passé ce mur, les revenus vont remonter, avec aussi, on sait que par client, ils peuvent rentabiliser un peu mieux leurs abonnements. Vous l'avez peut-être vu, quand vous êtes passé, on vous a forcé entre guillemets de passer du cuivre à la fibre optique, les abonnements sont plus chers, c'est-à-dire que les rendements par par client sont plus importantes. Donc c'est en tout cas la promesse mais ça veut dire qu'effectivement pour le moment on a ces coûts très élevés et ce transfert qui met un peu de temps à se mettre en place.
Arnaud Reussen
Donc il y a cet aspect là. On a aussi beaucoup entendu de critiques ces dernières semaines et ces derniers jours en particulier. sur certains choix stratégiques posés par l'entreprise, notamment dans sa diversification, ses investissements à l'international. On sait que le patron précédent, Guillaume Boutin, s'était pas mal engagé dans cette voie avec l'idée de pouvoir peut-être dégager des marges à l'étranger pour pouvoir investir aussi dans le réseau belge. C'est très critiqué aujourd'hui sa stratégie par des gens comme Georges-Louis Boucher, par la NVA aussi. Est-ce qu'il y a eu des problèmes de choix stratégiques chez Proximus ces dernières années?
Arnaud Martin
C'est en tout cas la grande question. Les opérateurs savent qu'ils doivent diversifier leurs revenus. Chacun le fait un peu comme il le sent. On sait que par exemple chez Telenet, ils ont une stratégie qui est beaucoup basée sur la diversification au niveau des médias, avec leur plateforme Streams notamment. Est-ce que Proximus a fait le bon choix de partir à l'international? On peut effectivement se poser la question. Est-ce que c'est le rôle d'une entreprise détenue à plus de 50% par le public d'essayer de chercher des marges de croissance à l'étranger?
Arnaud Reussen
– Notamment en
Arnaud Martin
Inde. – Notamment en Inde, sur un secteur qui, effectivement, pouvait sembler prometteur et qui l'est visiblement, quand on voit les derniers mois, un peu moins que prévu. Donc globalement, pour résumer, ils ont beaucoup investi dans ces entreprises qui font de la double authentification, typiquement quand vous devez vous connecter à votre compte et vous recevez un SMS, etc. On voit que les croissances qui étaient annoncées sont pas spécialement au rendez-vous et surtout si on regarde vraiment au niveau des résultats trimestriels, les deux derniers, donc les six derniers mois au niveau international chez Proximus a été particulièrement compliqué à ce
Arnaud Reussen
niveau là. Donc il y a quand même des vraies questions à se poser sur le fait de savoir si c'était un bon choix ou pas d'aller investir à l'international. Je reviens quand même sur les questions de réseau et des difficultés structurelles du marché des télécoms, Nicolas Van Zebrouck. Est-ce qu'il n'y a pas quand même un peu un défaut de conception dans ce marché du fait, on l'a dit, qu'aujourd'hui, on a des opérateurs qui doivent investir, que ce n'est pas forcément eux qui vont en bénéficier. Il y a le fait aussi que je trouve assez interpellant qu'on a toute une série d'opérateurs qui vont installer en parallèle leurs propres fibres, leurs propres réseaux d'antennes 4G, 5G puis 6G peut-être demain. Est-ce qu'il est bien pensé finalement ce marché, ce réseau qui aujourd'hui bénéficie surtout à ceux qui fournissent
Nicolas Van Zebroek
des contenus? Vous posez une question vraiment importante. Le modèle derrière, c'est effectivement de se demander si on a besoin d'une seule infrastructure ou de plusieurs infrastructures. Si on regarde d'autres domaines qui partagent le même profil d'ouverture du réseau à d'autres opérateurs, on peut penser par exemple au transport ferroviaire. On ne reconstruit pas, on ne dédouble pas nécessairement l'infrastructure. On sépare les activités d'infrastructure des activités d'exploitation de ces infrastructures. C'est ce qu'on fait aussi sur le réseau électrique. On ne reconstruit pas nécessairement tout le réseau électrique. Dans le cas du réseau mobile, on a commencé par construire des réseaux parallèles. Et dans le cas de la fibre, il serait une certaine mesure un peu absurde de dédoubler, voire de tripler toute l'infrastructure. Donc il faut qu'on s'améliore effectivement, et je pense que le régulateur a un rôle à jouer là-dedans, dans la mutualisation de ces éléments d'infrastructure, ce qui se fait déjà en partie, il y a des tas de circonstances dans lesquelles les opérateurs sont amenés à partager des antennes 5G par exemple, et il faut certainement pousser à cette rationalisation-là, parce que ça permettrait d'alléger la facture au niveau des investissements, et effectivement de redonner un peu plus d'air aux opérateurs eux-mêmes. Mais on a voulu d'un marché qui soit concurrentiel. Il y a toujours un arbitrage. Plus le marché est concurrentiel, plus les marges sont faibles. Et plus la concurrence amène à vouloir se différencier, y compris sur l'infrastructure. et donc il faut réintroduire un peu de vertu et de raison dans les comportements des opérateurs pour qu'ils puissent travailler en meilleure intelligence. Mais il reste quand même une grande question aussi autour de cette promesse qu'ont eu tous les opérateurs, ou ce fantasme qu'ont eu tous les opérateurs depuis presque deux décennies, et dont votre introduction, on entendait encore Guillaume Boutin en parler, de pouvoir se développer dans la partie contenu, donc dans la couche de contenu d'applications de services, et ça on voit bien que c'est terriblement compliqué pour un opérateur national. de créer toute une offre de cette nature-là quand on est en concurrence avec des Netflix, des Google
Arnaud Reussen
et autres. Oui, l'idée qu'ils pourraient avoir leur part du gâteau en eux-mêmes produisant du contenu et ça, aujourd'hui, ça ne montre pas vraiment de résultats. Il y a un enjeu encore dont j'aimerais qu'on parle dans cette émission. C'est ce qu'on a pas mal commenté, à savoir le fait que l'intelligence artificielle va venir suppléer à certains emplois qui vont disparaître. On peut penser notamment à tout ce qui est contact client, etc. Et on va se pencher spécifiquement sur cet enjeu de l'IA, au-delà même de Proximus, avec
Sarah Poussey
Sarah Poussey. Pour continuer à fonctionner avec moins d'effectifs, Proximus base notamment sa stratégie sur l'intelligence artificielle. Cette technologie est d'ailleurs déjà utilisée en remplacement de certains profils comme l'explique le porte-parole
Haroun Feno
de Proximus. L'intelligence artificielle facilite aussi certaines demandes au niveau des appels téléphoniques. des contacts clients. Aujourd'hui, 20% des contacts clients se font de bout en bout grâce à l'intelligence artificielle. Il y a des processus qui sont facilités grâce à l'intelligence artificielle, grâce à de la simplification au niveau
Sarah Poussey
de l'organisation. Cet exemple de Proximus pose une question plus large. Est-ce que l'IA va remplacer le personnel humain? Difficile de prévoir la situation dans 20 ans. Mais en tout cas, la Banque centrale européenne ne constate actuellement pas de licenciements massifs liés à l'IA. Au contraire, après avoir étudié les réponses d'environ 5000 entreprises européennes, elles pointent que les entreprises qui utilisent très régulièrement ces technologies ou qui investissent dans le secteur ont tendance à engager plus de personnel que les entreprises qui n'utilisent pas l'intelligence artificielle. Dans son rapport sur le sujet, le Conseil supérieur de l'emploi constate, lui, un manque de compétence des travailleurs belges en la matière. Et même si l'IA n'a pas encore conduit à d'importantes réductions de personnel, certains profils sont à risque. Les jeunes, par exemple, parce qu'en début de carrière, ils effectuent souvent des postes d'exécution qui, à terme, pourraient être remplacés par l'IA. Et puis ils n'ont pas d'assez bonnes compétences numériques pour s'adapter à la vie professionnelle avec l'IA. En Belgique, seulement un tiers des 16-24 ans dispose de compétences digitales suffisantes. C'est moins que la moyenne européenne qui est à 43%. Le Conseil supérieur de l'emploi pointe aussi la situation des femmes qui sont surreprésentées dans les postes administratifs de secrétariat où l'IA, là aussi, remplace certaines tâches. Et enfin, les travailleurs peu qualifiés, même si leur emploi n'est pas encore menacé, le fait qu'ils n'aient pas de bonnes compétences numériques, les handicaps pour les transformations
Arnaud Reussen
à venir. Voilà donc pour cet enjeu dont on va sans doute reparler beaucoup encore dans les mois et les années qui viennent des conséquences du développement de l'intelligence artificielle sur l'emploi. Arnaud Martin, d'abord pour le cas de Proximus proprement dit, est-ce qu'une partie des suppressions d'emploi s'explique par l'intelligence artificielle ou bien est-ce que c'est l'intelligence artificielle qui va servir à pouvoir supprimer les emplois pour dégager
Arnaud Martin
des marges? Ça c'est toute la question effectivement. et qui ne se limitent en général pas au secteur des télécoms. Au-delà de la suppression d'emplois ici, ce qui inquiète les syndicats, c'est l'annonce que 2000 emplois qui vont rester vont être impactés plus ou moins fortement par l'IA. Il est certain que l'IA va modifier notre manière de travailler, d'ailleurs le patron de Proximus ne s'en cache pas et c'est le cas dans beaucoup de grandes entreprises. On a entendu le porte-parole parler des call-sensors, c'est effectivement le plus évident et ça ne concerne pas que les opérateurs télécom. Avec aussi cette spécificité liée au télécom qui semble être un secteur plutôt bien adapté ou en tout cas pour être le premier à faire le pas étant donné que c'est le secteur le plus digitalisé aujourd'hui et aussi spécificité vraiment à son métier typiquement la gestion d'infrastructures réseaux est aujourd'hui un élément qui prend beaucoup de temps, beaucoup de gestion de données, beaucoup de personnes qui doivent intervenir quand il y a des pannes etc. Visiblement, grâce à l'IA, c'est un processus qui peut être largement simplifié et donc rendre les employés plus efficaces. Forcément, ça va impacter les travailleurs. C'est un argument qui justifie aujourd'hui cette diminution d'emploi. Il faut aussi peut-être rappeler que Chez Proximus, il y a une pyramide d'âge qui est inversée, dans le sens où dans les années 90-2000, tous les opérateurs ont beaucoup engagé, Proximus aussi, et donc ils se retrouvent avec beaucoup d'employés au-delà de 50 ans. Il y a aussi la question de savoir est-ce que ce public a envie, à quelques années de la retraite, de complètement revoir son métier et donc est peut-être plus prêt à partir, etc. Donc c'est toutes des questions qu'ils doivent se poser en interne
Arnaud Reussen
chez Proximus. des questions qui vont se poser sans doute dans de plus en plus d'entreprises, Nicolas van Zeebroek, parce que Arnaud Martin nous le dit ici, ça se pose peut-être plus vite dans des secteurs comme ceux-là qui sont déjà plus en pointe que d'autres sur la digitalisation. Ces questions d'emplois qui vont disparaître, d'emplois qui vont devoir intégrer de l'intelligence artificielle dans leur processus et on sait que c'est pas forcément évident pour des travailleurs plus âgés qui ont tout le reste de leur carrière utiliser d'autres moyens de travail, ça va devenir un des grands enjeux de mutation dans les années
Nicolas Van Zebroek
qui viennent. C'est un enjeu absolument colossal que je ne vois pas tellement sous l'angle d'une destruction massive d'emplois mais plus sous l'angle d'une transformation massive de l'emploi en effet. Il y a en gros trois manières de déployer l'intelligence artificielle et tout va dépendre de la proportion de ces trois modes d'application si vous voulez. Le premier mode très simplement c'est celui dont on entend parler tout le temps, c'est celui où l'IA remplace des tâches humaines. Typiquement dans un call center, l'IA, un chatbot, même vocal, peut répondre à beaucoup de tâches. Chez Proximus, ils disent 20% complètement prise en charge par l'IA. C'est possible et dans certains domaines, ça peut effectivement jouer. Mais en général, ça s'assortit d'une complexification d'autres tâches et donc on déplace le travail, si vous voulez, d'une certaine manière, mais on ne le détruit pas complètement. Ça reste néanmoins l'angle sous lequel il peut y avoir moins un besoin d'effectifs. Il y a une deuxième manière de déployer l'IA, c'est ce qu'on voit plutôt en médecine. On avait beaucoup dit que les radiologues allaient, par exemple, tous disparaître. On se rend compte qu'on pleure aujourd'hui pour avoir des radiologues alors que depuis 10 ans, on promet leur disparition. Mais les radiologues ne travaillent plus du tout aujourd'hui comme ils travaillaient il y a 10 ou 15 ans parce qu'aujourd'hui, l'IA établit le gros du diagnostic et le métier du radiologue a radicalement changé. Mais les radiologues n'en sont pas forcément malheureux. Ils font des choses qui sont à plus haute valeur ajoutée encore que d'analyser simplement une radio. Et donc là on est plutôt dans le registre de ce que j'appellerais l'augmentation. On va étendre la qualité finalement d'un travail avec l'aide de l'IA. Dans ce cas là on ne détruit pas vraiment d'emploi. Et puis il y a un troisième cas de figure qui est celui finalement, alors le mot est un peu barbare mais on utilise le terme de commodification. Ça veut dire qu'on simplifie tellement des tâches grâce à l'IA qu'elles deviennent accessibles à des gens moins qualifiés. Et donc il peut y avoir une redistribution des tâches vers des profils moins qualifiés. Vous avez vu ça avec le numérique quand tout d'un coup c'est vous qui faites vos virements bancaires sur votre application mobile ou qui scannez vos propres produits à la caisse du supermarché ou qui vous enregistrez pour un vol d'avion par vous-même. On déplace le travail vers l'utilisateur parfois lui-même ou vers d'autres travailleurs moins qualifiés parce que la technologie nous permet de mettre des tâches complexes à portée de main de profils moins qualifiés. et il va y avoir un peu d'étroits nécessairement mais le seul mot, le seul dénominateur commun c'est la transformation
Arnaud Reussen
en effet. Et ça on va le connaître dans de nombreuses entreprises et chez Proximus on sent bien que c'est sur plusieurs fronts que va se développer cette intelligence artificielle. Arnaud Martin, un mot alors encore sur les perspectives maintenant pour la suite, pour Proximus, on avait déjà eu un grand plan de transformation en 2019 et on entendait les grands espoirs de Guillaume Boutin à l'époque qui ont été déçus. Est-ce que vous identifiez, vous, dans ce plan actuel, des éléments qui pourraient permettre de remettre Proximus sur des meilleurs rails? On sait que c'est un enjeu aussi pour la trésorerie même de l'État belge qui est actionnaire majoritaire. qui attend des dividendes de cette entreprise, des dividendes qui viennent d'être réduits justement en raison des difficultés aujourd'hui de l'entreprise. Est-ce que vous voyez des pistes d'avenir plus prometteuses pour l'opérateur
Arnaud Martin
historique national? Ça pourra se voir assez vite si cette promesse des coûts liés à l'investissement dans la fibre optique va diminuer et visiblement c'est le cas. Le gros est passé même si encore quelques années d'investissement assez important. Donc mécaniquement si les coûts diminuent a priori on peut s'attendre à ce que l'entreprise soit plus profitable. Faut quand même rappeler aussi que même si l'entreprise est moins profitable qu'avant on est quand même encore sur un bénéfice net de 400 millions d'euros. C'est tout l'argumentaire de Proximus, mais cette entreprise n'est pas non plus proche du Bankroot, mais bon c'est quand même un élément à évoquer. Un des grands challenges peut-être, ça sera aussi, on n'en a pas vraiment parlé, c'est l'arrivée de Digi, donc ce quatrième opérateur qui arrive en Belgique. Pour le moment les débuts sont plutôt timides, on va dire ça comme ça. Donc ça fait un an qu'ils sont là et on voit qu'en termes de nouveaux abonnés, ils ont fait un peu moins de 100 000 nouveaux abonnés mobiles, ce qui est en fait moins que ce que fait Proximus. Mais ce n'est pas pour autant que chez Proximus on se dit que c'était un faux départ et que ce n'est pas considéré comme un concurrent. ils le voient plutôt comme, on va plutôt voir comment ils se sont développés à l'étranger, sur d'autres pays, parce qu'ils sont en Roumanie, mais on voit en fait qu'ils sont très présents en Espagne et qu'on voit leur évolution en Espagne. C'est pas parce que le départ a été en demi-teint qu'il faut vraiment écarter de base cet opérateur, alors que si du coup ils viennent en Belgique avec force, l'idée c'est qu'il y aura plus de concurrence et donc ça va faire l'incompat sur
Arnaud Reussen
les prix. Et on rappellera que Digi est un opérateur roumain qui tente de s'implanter sur un segment plus low cost dans le marché belge. Et on a donc compris que même si les débuts sont plus timides qu'anticipés pour cet opérateur, on n'est pas pour autant pleinement rassuré chez Proximus et on veut comprendre aussi comment de tels opérateurs peuvent venir bouleverser le marché demain, à suivre donc On rappellera que le plan qui vient d'être annoncé est un plan sur cinq ans. Or, dans ce marché des télécommunications, cinq ans, c'est presque une éternité. Merci à Arnaud Martin, journaliste à l'écho et spécialiste des télécoms. Merci à Nicolas Van Zebrouck, professeur à la Solvay-Brussels School. À la réalisation sonore de cet épisode, il y avait Laurent Nélissen. à la préparation Sarah Poussey et Arnaud Reussen. Et je vous rappelle que si vous souhaitez nous écrire pour réagir, mais aussi pour nous suggérer d'autres questions à creuser dans cette émission, vous pouvez le faire à l'adresse
Host: Arnaud Ruyssen
Date: March 4, 2026
Guests:
This episode takes a deep dive into the ongoing challenges faced by Proximus, Belgium’s historic telecom operator. The show analyzes the causes of the company’s recent decline, explores sector-wide structural difficulties, dissects Proximus’ strategic mistakes—including its international forays—and discusses the disruptive impact of artificial intelligence (AI) both on Proximus and the telecom sector at large. The episode seeks to understand whether deep job cuts and radical restructuring will suffice to return Proximus to stability, and what lessons the case holds for the sector and Belgian economy.
Quote:
“Il n'y a pas un bain de sang social, puisque c'est en concertation avec les organisations syndicales.”
(Fabrice Mathieu, CGSP; [05:25])
(w/ Nicolas Van Zeebroek, [07:00])
Memorable Metaphor:
“C'est comme si on dépensait beaucoup d'argent pour construire des autoroutes... mais ce sont ceux qui font rouler les camions qui gagnent l'argent, sans vraiment contribuer au financement des autoroutes.”
(Arnaud Ruyssen & Nicolas Van Zeebroek, [10:12])
(w/ Arnaud Martin, [11:20])
(Sarah Poussey, Haroun Feno, N. Van Zeebroek, A. Martin, [17:55–25:09])
“Aujourd'hui, 20% des contacts clients se font de bout en bout grâce à l'intelligence artificielle.”
(Haroun Feno, [18:14])
Quote:
“C'est un enjeu absolument colossal... je ne le vois pas sous l’angle d’une destruction massive d’emplois, mais plus d’une transformation massive.”
(Nicolas Van Zeebroek, [23:03])
"Le cours a donc été divisé par 4 en une décennie."
(Arnaud Ruyssen, [01:09])
"Si aujourd'hui, son action vaut un peu plus de 7 euros, il y a 10 ans, début 2016, elle en valait 30."
(Arnaud Ruyssen, [01:09])
"C'est en concertation avec les organisations syndicales..."
(Fabrice Mathieu, [05:25])
"C'est exactement le problème, c’est que les investissements sont vraiment pris en charge par les opérateurs téléphoniques alors que ces investissements... bénéficient surtout à ceux que l’on appelle les OTT..."
(Nicolas Van Zeebroek, [09:29])
"C'est en tout cas la promesse, mais ça veut dire qu'effectivement pour le moment on a ces coûts très élevés..."
(Arnaud Martin, [12:36])
"La mutualisation de ces éléments d’infrastructure... ça permettrait d’alléger la facture au niveau des investissements."
(Nicolas Van Zeebroek, [15:31])
“Aujourd'hui, 20% des contacts clients se font de bout en bout grâce à l'intelligence artificielle.”
(Haroun Feno, [18:14])
"Seulement un tiers des 16-24 ans dispose de compétences digitales suffisantes, c'est moins que la moyenne européenne."
(Sarah Poussey, [19:37])
"Ça c’est toute la question… ce qui inquiète les syndicats c’est l’annonce que 2000 emplois qui vont rester vont être impactés plus ou moins fortement par l’IA."
(Arnaud Martin, [20:44])
"C'est un enjeu absolument colossal que je ne vois pas tellement sous l'angle d'une destruction massive d'emplois mais plus sous l'angle d'une transformation massive de l'emploi en effet."
(Nicolas Van Zeebroek, [23:03])
"Faut quand même rappeler que même si l’entreprise est moins profitable... on est quand même encore sur un bénéfice net de 400 millions d’euros."
(Arnaud Martin, [26:01])
This episode provides a comprehensive examination of Proximus’s struggles in the context of broader structural headwinds facing the telecom sector: market saturation, intense competition, relentless need for costly infrastructure renewal, and regulatory pressures. While AI offers efficiency gains and justifies some job reductions, it poses challenges for employee adaptation, especially among the less digitally skilled. Strategic missteps in international ventures have compounded Proximus’s woes. However, with the heaviest investments behind and competition still manageable, there remains cautious optimism—tempered by the knowledge that in telecoms, change and disruption can arrive swiftly and unexpectedly.
“Dans ce marché des télécommunications, cinq ans, c’est presque une éternité.”
(Arnaud Ruyssen, [27:28])