
Dans cette nouvelle diffusion, l’équipe des Clés mène l’enquête pour tenter de comprendre ce qu’il pourrait avenir de l’indexation automatique des salaires. L’accord de gouvernement maintient cette indexation mais si on regarde dans le détail, on décèle des changem...
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Narrator
La dette devrait augmenter à plus de 21 milliards.
Host
Et le poids de la dette, déjà insupportable, sera de plus en plus lourd.
Narrator
La première.
Host
J'ai besoin de repères.
Maxime Prévost
Les agences de notation risquent de dégrader la note de la région.
Narrator
Les clés.
Host
Bonjour à toutes, bonjour à tous, et bienvenue dans les clés pour un épisode où l'on va parler d'index, d'indexation automatique des salaires et des allocations. Vous savez que l'idée d'un saut d'index a été suggérée par le Premier ministre dans le cadre des négociations budgétaires, mais au-delà de ça, l'accord de gouvernement lui-même ouvre la porte à une possible réforme du mécanisme même de l'indexation. Alors, on s'est dit que ça valait la peine de prendre le temps de bien comprendre comment fonctionne l'indexation automatique chez nous, ce qui pourrait changer sous cette législature, ce qu'en pensent aussi les interlocuteurs sociaux. Et on a 27 minutes pour y voir clair.
Narrator
La première, les clés.
Host
Pour commencer, on va aller jeter un petit coup d'œil dans l'accord de gouvernement de la coalition Arizona. Le mot « indexation » y apparaît douze fois, et notamment dans un chapitre qui s'intitule « Une formation des salaires qui protège le pouvoir d'achat et la compétitivité ». Et voilà ce qu'on peut lire plus précisément dans ce chapitre.
Narrator
Nous maintenons le principe de l'indexation automatique des salaires, afin que les travailleurs puissent conserver un niveau de vie identique, même lorsque les prix des biens et des services augmentent. C'est une garantie de stabilité, non seulement pour les citoyens, mais aussi pour l'économie. En effet, il s'agit là d'une protection importante de la consommation privée.
Host
A priori donc, le gouvernement maintient l'indexation automatique des salaires et en souligne l'intérêt. Mais quelques lignes plus loin, l'accord Arizona dit encore ceci.
Narrator
Nous demandons aux partenaires sociaux de préparer un avis sur la réforme de la loi sur les salaires et du système d'indexation automatique pour le 31 décembre 2026. Nous leur demandons d'examiner un nouveau point de référence qui tienne compte d'une définition plus large des coûts salariaux et prenne également en considération le handicap historiquement accumulé.
Host
Sous-entendu, l'indexation, c'est bien, mais c'est quand même toujours un problème de compétitivité, ce en quoi le gouvernement rejoint la critique formulée de longue date par le patronat, qui estime que ce système handicap nos entreprises par rapport aux pays voisins. Bon, alors, avant d'évoquer tout ça et de voir ce qui pourrait se passer sous cette législature, je me suis dit que ce serait pas mal de revenir un peu sur les principes de l'indexation automatique des salaires. D'où vient ce système ? Comment fonctionne-t-il concrètement ? Et puis quels sont ses avantages et ses inconvénients ? Pour cela, on a contacté un des meilleurs spécialistes de notre modèle social belge, en l'occurrence Jean Fagnel, directeur général du CRISP, le Centre de recherche et d'information socio-politique. Et la première question que je lui ai posée, c'était de savoir si l'indexation automatique des salaires est une spécificité, une exception belge.
Jean Fagnel
Pas totalement. On sait qu'au Grand-Duché de Luxembourg, à Chypre et à Malte, il y a des formes d'indexation automatique des salaires. Ce n'est pas toujours comparable à ce qu'on connaît en Belgique, mais la Belgique n'est pas totalement le seul exemple.
Host
Bon, donc, on n'est pas les seuls. Le Luxembourg applique aussi une indexation automatique des salaires. Mais par contre, chez tous nos autres voisins, la France, l'Allemagne, les Pays-Bas ou encore la Grande-Bretagne, il n'y a pas de système similaire. C'est un enjeu important. Retenez bien, on va y revenir. Mais d'abord, un peu d'histoire. Depuis quand est-ce que la Belgique indexe automatiquement les salaires des travailleurs ?
Jean Fagnel
C'est un système qui a un peu plus de 100 ans. Donc c'est vraiment à la sortie de la Première Guerre mondiale, 1919, que l'on commence à mettre des formes de mécanisme d'indexation automatique des salaires en place. on le fait essentiellement au niveau des commissions paritaires, c'est-à-dire ces enceintes qui regroupent représentants des travailleurs et représentants des directions d'entreprise au niveau sectoriel. Et donc les commissions paritaires elles apparaissent en 1919, elles vont vraiment se multiplier dans les toutes premières années qui suivent la guerre et toute une série d'entre elles décident de mettre sur pied des mécanismes d'indexation automatique des salaires. l'indexation automatique des salaires qui fonctionne dans un sens mais aussi dans l'autre. Donc en 1930, 1931, quand la Belgique est touchée de plein fouet par les effets de la grande crise démarrée en 1929 aux Etats-Unis, on voit aussi des salaires qui sont baissés parce que les prix sont en train de baisser, on est dans une période déflatoire et non pas dans une période d'inflation.
Host
Ça, c'est déjà un élément important à rappeler. Si on a eu plutôt l'habitude, ces dernières décennies en Belgique, de parler de l'indexation toujours dans une dynamique de hausse pour suivre l'inflation, le principe de base, c'est de coller au coût de la vie. Et donc, si le coût de la vie devait baisser, les salaires seraient indexés à la baisse. Mais comment calcule-t-on précisément ce coût de la vie ? Au départ, d'un panier de produits de consommation courante, qu'on a longtemps appelé le panier de la ménagère. Avec un principe simple, si ce panier de produits augmente, alors automatiquement, les salaires doivent suivre en proportion, afin que les travailleurs gardent leur pouvoir d'achat même quand le coût de la vie augmente. Ça, c'est pour le principe. Mais dans les faits, ce système est l'objet depuis longtemps de beaucoup de discussions. Avec la question de savoir notamment si cette indexation n'a pas elle-même des effets dopants sur l'inflation. Et depuis les années 70 en particulier, cette question est devenue un vrai enjeu de clivage entre patrons et syndicats, mais aussi entre parties de gauche et parties de droite.
Jean Fagnel
Ce mécanisme d'indexation automatique a été fortement questionné. Les syndicats sont très attachés, on le sait. Au niveau patronal, on en demande l'abolition ou au moins la refonte. Et à partir des années 1980-1990, on a cherché des manières de freiner, voire de supprimer l'indexation, au moins temporairement. Sous les gouvernements Martensgold dans les années 80, on a procédé à plusieurs sauts d'index. Ça veut dire qu'on a laissé augmenter les prix en ne procédant pas une fois, deux fois, trois fois à l'indexation automatique des salaires et des allocations sociales. Puis plus tard, on a plutôt procédé à ce qu'on pourrait qualifier de chipotage, mais qui ne sont pas négligeables. On a lissé sur 4 mois la moyenne, de manière à calculer et à amortir un peu plus les chocs conjoncturels. Et d'autre part, on a retiré du de l'indice des prix à la consommation, ce qu'on appelle communément le panier de la ménagère, on a retiré certains produits, les produits liés à l'alcool, au tabac et au carburant. On a appelé ça l'indice santé, l'indice santé lissé sur quatre mois. Et pourquoi est-ce qu'on a choisi ces produits-là en particulier ? Parce que l'État prélève des axes, des impôts sur ces produits-là. Et donc il y avait un problème en quelque sorte, l'État ne pouvait pas à la fois augmenter les axes sur l'alcool, les tabacs ou les prix des carburants sans que ça lui coûte, puisque ça lui coûtait à lui en tant qu'employeur dans la fonction publique, puisqu'il y avait les indexations des traitements des fonctionnaires, des enseignants, etc. Et donc c'est aussi pour ça qu'on a sorti ces produits. C'est pas seulement, même s'il y a un peu une visée de santé publique, c'est pas seulement pour des questions de santé.
Host
Retenez donc qu'il y a une sorte de panier avec près de 500 produits de consommation courante des ménages. Tous les mois, on relève les prix de ces produits, on les additionne, on fait des moyennes et on compare avec les mois précédents. On fait donc une moyenne lissée sur 4 mois de tous ces prix et c'est comme cela qu'on mesure l'inflation. Et une fois qu'on a bien mesuré cette inflation, alors là, il y a deux façons principales d'indexer automatiquement les salaires.
Jean Fagnel
On a un premier système qui concerne à peu près 40% de la main d'œuvre et qui est un système d'indexation à date fixe. Dans trois quarts des cas, c'est une indexation une fois par an, soit au 1er janvier, soit au 1er juillet. Le mécanisme, là, c'est qu'on suit l'évolution des prix tout au long de l'année, bien entendu, mais ce n'est qu'une fois par an, ou dans quelques rares systèmes, une fois par trimestre, voire une fois par mois, que l'on va indexer les salaires en calquant la hausse des salaires sur la hausse des prix. Donc concrètement, ça veut dire qu'on regarde au 1er janvier, par exemple, quelle a été la hausse de l'indice santé lycée sur un an, et on va indexer d'autant les salaires.
Host
Ça, c'est donc le premier système. Une indexation à date fixe. Si on prend l'exemple le plus répandu d'une indexation une fois par an, les travailleurs concernés voient leur salaire augmenter au 1er janvier au prorata de l'inflation de l'année précédente. Si cette inflation a été de 3%, leur salaire augmente au 1er janvier de 3%. mais ça peut parfois être beaucoup plus spectaculaire que cela. Quand, en 2022, l'inflation a été sur un an de plus de 10 %, eh bien, en une fois, tous les salaires concernés ont fait un bond de 10 % pour rattraper l'inflation. Ça, c'est, on le rappelle, quand l'indexation se fait à date fixe, ce qui concerne, nous a dit Jean Faniel, environ 40 % des travailleurs.
Jean Fagnel
Et puis il y a une deuxième grande catégorie d'indexation que l'on va retrouver pour les traitements de la fonction publique, qu'on va retrouver pour les salaires d'une bonne partie du secteur privé aussi et qu'on va également retrouver pour les allocations sociales. Donc là on est à peu près sur 60% de la main d'œuvre plus les allocations sociales qui ont un mécanisme d'indexation avec un indice pivot. c'est-à-dire qu'on regarde comment évoluent les prix, et une fois que les prix ont franchi un indice, en général 2%, et bien une fois que ce seuil est franchi, on va indexer les salaires et les allocations sociales. Dans la fonction publique, pour prendre un exemple, on peut voir que les 2% de hausse des prix calculés, bien entendu, sur l'indice santé lycée, ont été franchis en janvier, Ça veut dire qu'en principe, les traitements de la fonction publique, ou les salaires des entreprises privées qui fonctionnent comme cela, seront indexés au mois de mars, puisqu'il y a un décalage, on est sur deux mois. Par contre, les allocations sociales, elles, sont indexées le mois qui suit, donc à partir de fin février. Ça c'est la règle pour l'instant, et donc ça veut dire que ce système d'indices pivot va davantage coller va faire coller davantage les traitements, les salaires ou les allocations à l'évolution de l'indice des prix. Ça veut dire évidemment qu'en période d'inflation basse, on va peut-être devoir attendre plus qu'un an pour avoir une indexation. Mais par contre, quand on regarde en 2022, on a eu 5 indexations sur l'année et donc on a eu 2% de hausse, 2% de hausse, 2% de hausse, 2% de hausse, 2% de hausse, là où certains, avec l'autre type de système, ont dû attendre un an quasiment pour avoir une grosse hausse de 10 ou 12%.
Host
Retenez donc une image. Si l'inflation est une pente ascendante, plus ou moins forte en fonction des moments, les salaires, eux, vont suivre cette pente via des escaliers. Mais des escaliers de deux types. Dans un cas, quand c'est avec le système de l'indice pivot, chaque fois que la courbe est montée de 2%, on monte une marche pour la rattraper. Dans l'autre cas, ce sont des marches annuelles ou biannuelles à date fixe qui viennent rattraper en une fois l'inflation là où elle en est. Vous suivez toujours ? Alors on va rentrer maintenant dans ce qui fait débat de longue date autour de ce système d'indexation automatique des salaires. Du côté des employeurs, ce qui est pointé principalement, c'est l'augmentation du coût salarial qui est contraint, imposé par cette indexation. Prenons le cas de 2022, crise énergétique. C'était déjà un moment difficile à affronter pour les entreprises qui voyaient leurs coûts exploser, pour l'énergie mais pas seulement. Et en plus, ces entreprises devaient augmenter les salaires au fil de cette inflation, rendant la pilule de la crise encore beaucoup plus difficile à avaler. Les employeurs estimaient donc que ça les mettait en grande difficulté concurrentielle avec les pays voisins qui n'ont, eux, pas d'indexation automatique. Mais par contre, ce que font remarquer les chercheurs qui analysent ce système, c'est qu'à côté de cette difficulté pour les employeurs, le système présente aussi des avantages, y compris d'ailleurs pour les entreprises.
Jean Fagnel
Les avantages du système d'indexation qui sont généralement mis en avant, c'est la prévisibilité du système, puisque en fonction de la hausse des prix, on voit assez bien comment les salaires vont devoir être relevés. C'est aussi le caractère pacificateur des relations sociales, puisqu'en réalité, on ne se bat pas au sein des entreprises, des secteurs ou au niveau interprofessionnel, entre directions et syndicats, pour obtenir des hausses liées simplement de l'évolution du coût de la vie, c'est automatique. Donc ça a une tendance à pacifier les relations collectives de travail.
Host
Et là, c'est intéressant de regarder à nouveau chez nos voisins. Puisque sur la crise énergétique, certes, dans un premier temps, les entreprises allemandes, françaises ou néerlandaises n'ont pas dû indexer les salaires, contrairement à leurs concurrentes belges. Mais souvent, les augmentations salariales sont arrivées ensuite chez nos voisins, au terme de bras de fer parfois assez tendus entre employeurs et syndicats, si bien que quelques mois plus tard, les salaires chez nos voisins ont aussi fini par rattraper en bonne partie l'inflation, mais dans un climat social parfois assez conflictuel. Et puis, il y a encore un autre avantage au système de l'indexation automatique, c'est le soutien au pouvoir d'achat qui est aussi un moteur économique.
Jean Fagnel
Si on prend le cas de la grande distribution, quand il y a une indexation, c'est clair que ça fait augmenter le coût salarial, les salaires des employés de la firme ou de la chaîne de grands magasins, par exemple. Mais par contre, Ça permet aussi de faire en sorte que les clients gardent un pouvoir d'achat qui ne s'effondre pas, qui ne se creuse pas par rapport à l'évolution des prix. Et donc ces supermarchés peuvent aussi continuer à augmenter leurs prix et ne pas voir nécessairement l'affluence dans leur magasin qui s'effondre. Ce qu'il y a aussi, c'est qu'en Belgique, on a différents mécanismes d'indexation qui ont pour effet de lisser les effets économiques, c'est-à-dire que tout le monde ne voit pas son salaire bloqué pendant X temps, relevés au même jour. Donc le fait qu'on ait différents mécanismes d'indexation va aussi mélanger un peu les effets et contrebalancer les effets économiques, ce qui a pour effet d'éviter les chocs d'offres ou les chocs de demandes au niveau économique.
Host
Revenons alors maintenant à l'accord de gouvernement où donc on a un texte qui souffle un peu le chaud et le froid. On sait que jusqu'au dernier moment de la négociation, certains partenaires voulaient réformer voire supprimer le système de l'indexation automatique des salaires. Finalement, un peu contre toute attente, le mécanisme a été maintenu à peu près en l'état. Même si, pour des raisons budgétaires, on a décidé de décaler de trois mois l'application de l'indexation pour les fonctionnaires et les allocataires sociaux, ce qui va quand même leur faire perdre un peu de pouvoir d'achat. Mais attention, pour le reste, la messe n'est certainement pas encore dite, puisque le gouvernement envoie la balle aux interlocuteurs sociaux, patrons et syndicats, en leur demandant de formuler des propositions de réforme du système d'ici la fin de l'année 2026. Alors, patrons et syndicats pourraient-ils vraiment s'entendre sur une réforme de l'indexation automatique des salaires ? Sarah Poussey a passé des petits coups de fil aux uns et aux autres pour voir comment ils se positionnaient dans cette perspective. Et on va commencer par les patrons, avec la position de la Fédération des entreprises de Belgique, la FEB.
Narrator
Avant les élections, la Fédération des entreprises belges avait partagé ses dix priorités pour une Belgique plus forte. En troisième position, on retrouvait la suppression totale de l'indexation automatique des salaires et de la loi sur les salaires. Pour la FEB, ce mécanisme est un vrai frein à la compétitivité des entreprises puisque la Belgique et le Luxembourg sont les seuls à indexer automatiquement les salaires. Et ce frein, c'est encore accentué avec l'augmentation des coûts de l'énergie en 2022 qui a fait grimper les salaires de façon importante des charges qui ont fait couler certaines entreprises. Le patron de la FEB, Peter Timmermans, pointe aussi que tous les 10 ans, une intervention politique est nécessaire pour redresser l'économie belge. Par exemple, en 2015, le gouvernement Michel avait effectué un saut d'index. Pour Peter Timmermans, notre système comporte donc des bugs. Soit on le redémarre totalement, soit on attend qu'il s'écroule. Et pour le redémarrer, la proposition de l'AFB, c'est donc de supprimer ce mécanisme d'indexation automatique au profit d'une négociation libre et sectorielle des salaires avec les partenaires sociaux. La proposition du gouvernement de remettre tout le monde autour de la table réjouit donc le patronat qui appelle d'ailleurs les syndicats à se joindre aux négociations plutôt que d'organiser des grèves qui accentuent les difficultés des entreprises.
Host
Donc ça c'est ce qu'on dit du côté patronal. Et du côté des syndicats alors, Sarah Poussey, quelles sont les positions suite à cet accord de gouvernement qui va rouvrir le débat sur l'index ?
Narrator
Eh bien déjà sur la forme, la CSC me parle d'un saut d'index caché. Trouver un accord avec le patronat semble très compliqué. En cas d'échec des négociations, le gouvernement reprendrait donc la main. Et dans ce cas, les syndicats craignent un saut d'index. En plus, dans l'accord du gouvernement, deux points sont liés, l'indexation automatique des salaires et la loi sur les salaires. Pour le premier mécanisme, ce sont des commissions paritaires qui fixent les montants et les moments d'indexation, alors qu'en face, on a une loi votée au Parlement. Pour la FGTB, rassembler les deux dans les discussions est donc une façon pour le gouvernement de s'immiscer dans la concertation sociale. Ensuite, sur le fond, la CSC comme la FGTB défendent le mécanisme de l'indexation automatique des salaires en l'état. Pas question d'en revoir même une partie, car ça pourrait fragiliser tout le processus. Mais j'ai quand même décidé de leur proposer deux possibilités d'aménagement. D'abord, est-ce qu'on pourrait imaginer de faire une seule indexation annuelle qui serait commune à tous les secteurs ? Et bien dans ce cas, la conseillère économique de la FGTB craint vraiment un choc pour l'économie. Car si on sait que l'ensemble des salaires augmentent le 1er janvier, on pourrait imaginer que les commerçants augmentent aussi leurs prix en parallèle. On entrerait donc ici dans une spirale salaire-prix. Autre proposition, et si on indexait uniquement les bas et les moyens salaires ? Car en réalité, indexer de 2% un salaire de 4000 euros coûte bien plus cher qu'indexer un salaire de 2400 euros. Et bien là aussi, les syndicats sont contre, car pour eux, on se trompe d'objectif. L'indexation n'a pas pour but de redistribuer comme le volet fiscal, elle sert plutôt à protéger le pouvoir d'achat de tous les ménages, peu importe leur salaire. Cette mesure permet ainsi aux Belges de continuer à consommer malgré l'inflation, ce qui bénéficie donc directement à l'économie.
Host
Eh bien on l'entend, les positions entre patrons et syndicats sont extrêmement clivées dans ce débat. Ils ne parviennent même pas à s'entendre vraiment sur les chiffres. L'un des deux ? C'est ce que le patronat appelle le handicap salarial historique. Celui d'avant la loi de 96 qui est venu fortement corseter les salaires pour justement améliorer la compétitivité des entreprises belges face aux pays voisins. Les syndicats estiment que ce handicap pointé par les patrons a été résorbé depuis et ils rappellent les très faibles augmentations salariales intervenues toutes ces dernières années. Les patrons, eux, estiment que ce handicap est toujours bien là et que toutes les baisses de charges et autres subsides salariaux doivent servir à rattraper encore ce handicap salarial. Bref, il n'y a même pas d'accord sur l'analyse de la situation et des données du problème. Dès lors, on a du mal à imaginer comment les uns et les autres pourraient s'entendre sur une proposition concrète.
Jean Fagnel
On peut difficilement imaginer que du côté syndical, on va dire cette indexation automatique des salaires à laquelle nous sommes attachés depuis plus de 100 ans, ben finalement on a changé d'avis et on va tout renégocier, on est d'accord. Faisons la top là. Non, c'est relativement peu probable. Et du côté patronal, on ne va pas non plus un matin se réveiller en disant mais finalement c'est super ce système, gardons-le, on est d'accord avec les syndicats. Si bien que Le risque c'est qu'on se réveille le 1er janvier 2027 et qu'on se dise bon ben d'accord mais maintenant on fait quoi ? La date couperait entre guillemets est passée, qu'est-ce qu'on fait ? Et là à ce stade on n'a pas de fuite des négociateurs qui nous permettrait de savoir ce qui est envisagé. Est-ce qu'ils ont déjà envisagé le scénario d'un non-accord entre interlocuteurs sociaux et qu'ils ont prévu quelque chose ? Ou bien est-ce que dans la négociation on s'est dit on va mettre une date butoir mais on ne sait pas très bien où on en sera à ce moment là et ce que l'on fera. Donc ça pourrait être une question finalement qui a été a priori réglée mais qui reviendra sur la table. Et là bien entendu les rapports de force entre patronat et syndicat, entre les différents partis de la coalition éventuellement la pression de l'opposition aussi au Parlement joueront sans doute pour façonner une éventuelle décision ou bien simplement pour préconiser un statut quo.
Host
Affaire à suivre donc, puisqu'on rappelle qu'il y a en quelque sorte une clause de rendez-vous fin 2026, date à laquelle les interlocuteurs sociaux sont censés soumettre un projet de réforme de l'indexation. Mais entre-temps, un autre enjeu est venu s'ajouter. va-t-on avoir un ou plusieurs sauts d'index en cours de législature ? Autrement dit, est-ce que l'on va sauter une ou plusieurs marches dans l'augmentation des salaires et des allocations et ainsi les laisser décrocher par rapport au coût de la vie qui augmente ? On sait que le Premier ministre NVA l'a mis sur la table comme une possible piste d'économie budgétaire. Il s'est heurté à un niet catégorique du côté du MR. Mais l'autre partie francophone du gouvernement fédéral, à savoir les engagés, s'est montré plus ouverte à la discussion sur ce point. Écoutez d'ailleurs ce qu'en disait Maxime Prévost, vice-premier pour les engagés, sur nos antennes.
Maxime Prévost
Si on cible les choses en évitant peut-être que les plus vulnérables soient impactés, ça aura peut-être un impact relativement marginal pour les uns ou pour les autres, mais par contre, vu l'effet volume que ça peut générer au niveau belge, ça peut peut-être aider. Et ce que l'on fait à travers cette mesure, c'est ce que l'on ne doit pas faire avec des mesures qui vont être bien plus problématiques. pour ceux qui bossent, pour les pensionnés, etc. Donc je ne suis pas en train aujourd'hui de dire oui ou non, je dis il est normal que pour trouver 10 milliards tout soit sur la table, ça doit pouvoir être débattu.
Host
Il faut rappeler qu'au global, l'indexation, même si elle rapporte à l'État plus de cotisations sociales, plus d'impôts ainsi que d'autres recettes liées à la consommation des ménages, cette indexation lui coûte aussi pas mal d'argent pour les salaires de tous les agents de l'État et pour toutes les allocations à verser. Raison pour laquelle aujourd'hui, un saut d'index permet à l'État plutôt de faire des économies tout en baissant le coût salarial pour les entreprises. Mais voilà, si le gouvernement actuel utilise ce moyen pour faire des économies, on voit très mal comment les syndicats accepteraient encore ensuite de s'asseoir autour de la table pour négocier quelques réformes de l'indexation que ce soit. Le sujet est sensible et risque d'entraîner pas mal de crispations encore dans la suite de cette législature. Voilà, c'était « Les clés » sur base d'un numéro déjà réalisé en février dernier. Merci à Adrien Chocart et à Laurent Nélissen pour la réalisation sonore, à la préparation Sarah Poussey et Arnaud Reussen, et merci d'être de plus en plus nombreux, fidèles à l'écoute des clés.
Les Clés – Que va devenir l’indexation automatique des salaires ?
Host: Arnaud Ruyssen (RTBF)
Date: 14 October 2025
This episode explores Belgium’s unique system of automatic salary indexation (“l’indexation automatique des salaires”), its historical and economic underpinnings, the contentious debate it provokes between employers’ organizations and trade unions, and the prospects of its reform or suspension (the notorious “saut d’index”) under the new coalition government. Arnaud Ruyssen, with the help of expert guests and field reporting, aims to clarify key mechanisms, stakes, and the political tensions that govern the future of salary indexation.
[00:16–01:58] The Arizona coalition government has explicitly reiterated its support for automatic indexation, highlighting its role in protecting purchasing power and economic stability.
However, the same government agreement asks social partners to prepare proposals before 31 December 2026 for “a reform of the law on salaries and on the system of automatic indexation,” referencing an expanded definition of labor costs and the infamous “handicap salarial.”
[03:43–05:33] Jean Faniel (CRISP):
[05:33–07:10]
[09:21–11:07] Jean Faniel details Belgium’s dual system:
[13:10] Host summarization:
[14:58–16:25] Jean Faniel:
[16:25–17:34]
[20:36–22:33]
Host's conclusion: Positions are so polarized that even basic diagnosis (“le handicap salarial historique”) is disputed.
[23:40–25:15] Jean Faniel:
[25:15–26:50]
Long-term stakes: Indexation costs the state budget dearly (via public sector salaries, social transfers), but discontinuing or skipping it risks a major confrontation that could undermine all future negotiations.
| Timestamp | Segment | |-----------|----------------------------------------------------------------------------| | 00:16 | Introduction, overview of government’s stance on indexation | | 04:30 | Jean Faniel explains the history and origins of indexation | | 08:47 | Technical explanation: how Belgium’s indexation basket and indices work | | 09:21 | Jean Faniel presents the two main indexation mechanisms | | 13:10 | Visualization: “marches/escaliers” (salary increase patterns) | | 14:58 | Social dialogue and pacifying role of indexation (Jean Faniel) | | 18:55 | Employers’ federation (FEB) viewpoint and reform priorities | | 20:36 | Unions’ (CSC, FGTB) strong opposition to reform or reduction | | 23:40 | Jean Faniel: near impossibility of real agreement between sides | | 25:15 | Host: End-of-2026 deadline, “saut d’index” as possible government option | | 26:13 | Maxime Prévost (Les Engagés) on pragmatic approach to budget negotiations |
The automatic indexation of salaries is a foundational—but fiercely contested—pillar of Belgium’s social model. Its future now hangs on the ability of profoundly divided social partners to propose a credible reform by late 2026, under the looming threat of budget-driven suspensions (sauts d’index) and amid sharp disagreements not just over fairness and economics, but also the very diagnosis of Belgium’s labor market challenges. The episode ends with the recognition that the issue is far from settled—and that Belgium’s socioeconomic model may be at a historic crossroads.