
En une dizaine d’années, Vincent Bolloré s’est construit un empire médiatique en France qui lui assure un pouvoir colossal et lui permet d’influencer le débat public. Portrait de cet homme d’affaires breton avec Isabelle Roberts, journaliste, cofondatrice et présid...
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Bolloré, c'est un nom qui évoque aussi bien le papier à cigarette, le commerce maritime, les voitures électriques, les médias et vivent indi.
Olivier Petitjean
La première, il sera finalement jugé pour
Host
corruption dans l'affaire dite des ports africains.
Vincent Bolloré (quoted)
Les clés, nous avons au contraire beaucoup de morale, beaucoup de points de surveillance.
Host
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés pour un épisode où l'on va faire un peu mieux connaissance avec Vincent Bolloré, l'homme d'affaires français qui, ces 20 dernières années, s'est constitué un véritable empire médiatique en France. Son groupe contrôle Canal+, ses news européens, le journal du dimanche, voici Paris Match, mais aussi des éditeurs comme Fayard, Grasset, Hachette, Calman Levy. des agences de com', des points de vente de journaux et de livres. Tout ça lui donne un pouvoir considérable sur le débat public en France et c'est le but visiblement pesé sur ce débat pour y imposer certaines idées conservatrices voire réactionnaires. Alors qui est vraiment Vincent Bolloré? C'est ce qu'on va tenter de savoir et de comprendre en revenant d'abord un peu moins de 20 ans en arrière.
Antoine Duhart
20 heures ce soir, la Dolce Vita Maltese de Nicolas Sarkozy s'achève comme elle avait commencé, en Falcon, le jet privé mis à sa disposition par Vincent Bolloré. Et ce n'est pas le seul cadeau de son ami milliardaire. L'industriel lui a également offert trois jours de croisière sur son yacht, le Paloma, un palace flottant de 60 mètres de long qui se loue jusqu'à 200 000 euros la semaine.
Isabelle Roberts
Nous
Host
sommes en mai 2007. Nicolas Sarkozy vient de gagner la présidentielle française face à la socialiste Ségolène Royal. Et avant son entrée en fonction officielle, il décide de s'octroyer quelques jours de vacances en famille, des vacances offertes par son ami le milliardaire Vincent Bolloré. Le voyage fera polémique, mais quant au détour d'un jogging au milieu de ses vacances, Nicolas Sarkozy répond aux questions des journalistes sur le sujet. Il ne voit pas, lui, où est le problème.
Vincent Bolloré (quoted)
qui fait honneur à l'économie française. Je souhaite pour l'économie française beaucoup de Vincent Bolloré, c'est-à-dire des hommes qui sont capables d'investir pour créer des emplois. Vous savez, c'est pas une honte d'avoir travaillé dur.
Isabelle Roberts
Ça,
Host
c'est donc en 2007. À l'époque, Vincent Bolloré n'est pas encore vraiment connu comme un homme de média. Il est surtout un industriel actif dans le monde des transports, de la logistique. Il a investi dans de nombreux ports stratégiques en Afrique, mais son activité est diversifiée. Il développe aussi, par exemple, des batteries ou des composants utiles pour fabriquer des condensateurs électriques. Il vient cependant déjà de mettre un timide pied dans le monde des médias et de la communication, puisqu'en 2005, il a lancé Direct 8, une chaîne de la TNT. Un tout petit acteur en germe du paysage médiatique français, mais ce n'est que le début de la construction progressive d'un empire. Car quelques années plus tard, Vincent Bolloré va changer de braquet. Il va entrer au capital de Vivendi, qui est, elle, une entreprise poids lourd du monde des médias, propriétaire de Canal+, et de la chaîne en continu ITélé. Quelques années plus tard, devant une commission d'enquête parlementaire, il détaillera d'ailleurs les raisons de son choix d'alors d'investir dans le monde des médias, et Vincent Bolloré pointe deux raisons en particulier.
Vincent Bolloré (quoted)
La première c'est que mon fils Yannick, mon deuxième fils, ne voulait pas travailler dans le groupe. Les secteurs dans lesquels nous étions ne l'intéressaient pas. Il était parti dans le cinéma et donc j'ai pensé que commencer dans les médias pouvait le faire venir et j'ai en effet réussi. Et puis la deuxième raison qui est plus triviale, C'est que contrairement à ce que les gens imaginent, le secteur des médias, c'est le deuxième secteur le plus rentable dans le monde après le luxe. Donc pour ces deux raisons qui mêlaient l'intime et l'attrait du gain, nous sommes allés dans les médias.
Host
Cette stratégie, Vincent Bolloré va l'amplifier au fil des ans. d'actionnaires d'abord très minoritaires dans Vivendi, il finit par acheter suffisamment d'actions pour en prendre le contrôle effectif. Puis, par ce véhicule Vivendi, il prend, au début des années 2020, le contrôle du groupe Lagardère qui lui possède Europ1, RFM, Paris Match, le journal du dimanche, mais aussi plusieurs maisons d'édition, Grasset, Fayard, Calman Levy, Hachette ou encore les boutiques relais qui vendent dans les gares notamment des journaux, des livres ou du tabac. Et ce n'est pas tout. Dans le même temps, Vivendi met aussi la main sur le groupe Prisma Media. Et là, ce sont alors des magazines populaires qui entrent dans le giron Bolloré, Gala, Voici ou encore Femmes Actuelles. Mais la constitution de cet empire ne répond visiblement pas qu'au seul objectif de gagner de l'argent. Car lorsque des titres de presse sont rachetés par Vincent Bolloré, Il entend y imposer sa patte et très rapidement, la ligne éditoriale évolue, teintée des opinions personnelles de Vincent Bolloré lui-même. Conservatrice, voire réactionnaire sur les questions de société, promotion de la religion catholique, critique virulente de l'islam et obsession aussi pour les questions migratoires, L'exemple le plus criant est sans doute CNews, anciennement ITélé, devenue aujourd'hui, selon de nombreux spécialistes des médias, une chaîne d'opinion de plus en plus teintée d'une idéologie d'extrême droite, comme par exemple lors de ces séquences de l'émission L'heure des pros.
Vincent Bolloré (quoted)
Est-ce qu'on sait pourquoi il y a plus de punaise de lit aujourd'hui? Est-ce lié à l'hygiène? Je vais poser toutes les questions. Il y a beaucoup d'immigration en ce moment. Est-ce que c'est des personnes qui n'ont pas les mêmes conditions d'hygiène que ceux qui sont sur le sol de France, qui apportent parce qu'ils sont dans la rue, parce que peut-être n'ont-ils pas accès à tous les services comme les autres? Est-ce que c'est lié à cela?
Host
Absolument pas.
Vincent Bolloré (quoted)
Est-ce que vous avez pensé à rouvrir des bagnes? Non.
Host
Alors, derrière ces propos de plus en plus décomplexés qui agrandissent la fenêtre d'Overton vers l'extrême droite, y a-t-il un projet, un dessin planifié de Vincent Bolloré pour peser sur le débat français et y faire triompher sa vision de société? C'est l'une des questions que nous allons maintenant explorer. Et avec nous pour cela il y a notamment Olivier Petitjean qui est avec nous depuis Paris.
Vincent Bolloré (quoted)
Bonjour.
Olivier Petitjean
Bonjour.
Host
Vous êtes coordinateur et cofondateur de l'Observatoire des multinationales et vous êtes penché de près sur ce groupe de Vincent Bolloré. D'abord un petit mot pour essayer de faire un peu mieux connaissance avec l'homme, l'homme d'affaires en particulier. Qu'est-ce qui a fait d'abord, selon vous, la réussite de Vincent Bolloré? Parce qu'il a souvent raconté son histoire familiale. Il était dans un groupe qui avait réussi dans les affaires, mais qui n'allait plus très très bien quand il y est entré. Et puis lui-même a considérablement redéveloppé ce groupe. Qu'est-ce qui fait, selon vous, en quelques mots, que Vincent Bolloré a pu réussir dans le monde des affaires et puis ensuite aller, comme on le connaît aujourd'hui, du côté des médias?
Olivier Petitjean
Effectivement, il a hérité d'une entreprise familiale de papeterie, dont les fameux papiers à cigarette au C.B. qui n'étaient pas très rentables. Donc il a très vite revendu ses activités pour racheter 12 entreprises. Et en un mot, ce qui lui a permis de construire l'empire qu'il a aujourd'hui, c'est le contexte des années 80-90, de valorisation de l'entreprenariat et beaucoup de complicité à la fois politique, donc des relations qui venaient de sa famille avec des dirigeants politiques de tous bords à l'époque, et des amitiés économiques, donc des grands banquiers dont Antoine Bernam qui l'ont aidé justement dans ses opérations boursières. Parce qu'à la base, Vincent Bolloré, c'était un chevalier de la finance qui reprenait des entreprises à travers des coups boursiers. Donc ce n'était pas du tout un industriel, c'était plutôt un financier.
Host
Mais donc, ce que vous nous dites, c'est que déjà, il y a cette proximité avec à la fois des personnes qui ont des capitaux, avec des banques, mais aussi avec le pouvoir. Et ça, ça va l'aider justement dans les coûts qu'il va réussir au niveau des affaires.
Olivier Petitjean
Tout à fait, donc il a eu toutes ces opérations, donc il a repris d'anciennes entreprises héritées de la période coloniale française, grâce auxquelles il a bâti toutes ces activités dans la logistique, les ports africains, etc., qu'il a revendus il y a quelques années. Et c'est grâce à l'argent apporté par ces grandes banques, et donc on sait que dans ce milieu de la haute finance, les relations personnelles comptent énormément. Donc c'est une autorité publique et il a reconnu lui-même que sans l'aide de certains grands banquiers, il n'aurait jamais pu faire ça.
Host
Donc ça, c'est ce qui explique qu'il va réussir dans un groupe assez diversifié où il va investir, on l'a dit, dans le transport, dans la logistique, dans d'autres domaines aussi. Et puis arrive ce moment où il va aller du côté des médias. Évidemment, c'est ce qu'on regarde de manière très particulière ces dernières années. Qu'est-ce qui fait selon vous qu'il va du côté de ce monde des médias? Parce qu'on l'a entendu dans la séquence expliquer, bon alors il y a l'histoire de son fils et puis il y a l'idée que c'est très rentable et qu'il peut faire de l'argent. À votre avis, vous qui avez un peu analysé sa stratégie, est-ce que le but premier de Vincent Bolloré c'est de se dire là j'ai un secteur potentiellement rentable et je peux y faire de très bonnes affaires? Ou bien ce qu'il a derrière la tête, l'idée que par l'entremise des médias il va pouvoir peser sur la société française, sur le débat, sur l'opinion, au fond faire de la politique sans devoir se présenter devant des électeurs?
Olivier Petitjean
Je ne suis pas dans sa tête, mais je pense qu'il y a eu un mouvement progressif, donc il s'est intéressé au secteur des médias. On parle de médias, mais comme ça a été très bien dit, son empire va au-delà des médias stricto sensu. Donc il a des chaînes de télévision, mais il a aussi des boîtes de production, des lieux de vente, etc. Donc c'est vraiment un conglomérat culturel et médiatique. Donc ce qui l'intéressait, dans ce que je vois à la base, c'est plutôt comment ça pouvait être utilisé pour son empire, pour ses autres intérêts économiques. Donc depuis le début, depuis Direct8, il y a eu de nombreuses affaires où il a été accusé de favoriser ses partenaires commerciaux. Il s'est aussi lancé dans la presse gratuite, distribué le matin en prenant le métro à Paris, direct matin. Comme son partenaire, c'était la RATP qui gère les métros parisiens, il y avait tout le temps des articles favorables sur la RATP, etc. Donc il y avait un côté très économique et les affaires de corruption actuelles pour lesquelles il est rattrapé aujourd'hui, on y reviendra peut-être, c'est lié à cette époque où il mélangeait un petit peu ses activités, ses relations avec les grands dirigeants africains et ses activités dans la communication. Et petit à petit, je pense qu'on a vu une dérive de plus en plus. Il a pris du pouvoir. Son groupe a grandi. Peut-être qu'il a pris la mesure du pouvoir qu'il avait. Et effectivement, alors qu'au début, il avait des amitiés politiques un peu de tous les côtés, en tout cas du côté aussi du Parti socialiste français, de la droite française, etc. On a vu effectivement une proximité de plus en plus forte, de plus en plus affirmée avec la droite, de la droite, voire l'extrême droite en France.
Host
Et ça, on va se pencher là-dessus dans un tout petit instant. Mais puisque vous en parlez, arrêtons-nous précisément sur sa proximité avec certains dirigeants africains et ses soupçons de corruption aussi qui pèsent sur lui, puisqu'on a appris il y a quelques jours que Vincent Bolloré allait être jugé en décembre prochain pour des faits de corruption présumés au Togo. On va prendre le temps d'essayer de comprendre ce qui est en jeu là et on va le faire avec Sarah Poussey.
Antoine Duhart
Jusqu'en 2022, la filiale logistique du groupe Bolloré sur le territoire africain gérait une quinzaine de ports en Afrique centrale et de l'Ouest. Ces activités représentaient un quart du chiffre d'affaires du groupe, mais le tout a été revendu il y a quatre ans.
Vincent Bolloré (quoted)
Bolloré Africa Logistics, filiale du groupe Bolloré, dédié aux activités logistiques sur le continent africain, passe sous pavillon Italo-Suisse. Le groupe MSC devient propriétaire de cette branche, du géant français. Montant de la transaction, plus de 5 milliards d'euros.
Antoine Duhart
Et ce sont justement pour certaines activités de cette ancienne filiale que Vincent Bolloré comparaîtra devant le tribunal en décembre. On lui reproche d'abord des faits de corruption et d'abus de confiance au Togo en 2009 et 2010. A l'époque, le président Forenya Simbé est candidat à sa réélection. Et pour parvenir à son but, il se fait conseiller politiquement par l'agence de communication Avas. Ce qu'on reproche à Vincent Bolloré et deux de ses collaborateurs, c'est d'avoir sous-évalué ses prestations pour ensuite bénéficier d'un certain nombre d'avantages. Après la réélection du président Yassin Bey, le groupe Bolloré va en effet se voir attribuer la concession du port de Lomé, mais aussi bénéficier d'avantages fiscaux et de la construction d'un troisième terminal. Une opération similaire à la même époque, en Guinée cette fois, aurait aussi mené à l'élection d'Alpha Condé et l'obtention du port de Conakry par le groupe Bolloré. Cette affaire n'est pas nouvelle. C'est en 2013 qu'un ancien collaborateur de Bolloré qui voulait obtenir la gestion du port d'Olomé a porté plainte. Et depuis, Vincent Bolloré a déjà été mis en examen. C'était en 2018. Et c'est là que ça devient un peu technique. En fait, en 2021, Vincent Bolloré et ses deux collaborateurs ont déjà reconnu les faits. Ils ont plaidé coupable et accepté de payer une amende de 375 000 euros. Mais cette procédure négociée avec le parquet financier n'a pas été acceptée par le tribunal judiciaire qui estimait que les faits étaient trop graves. Le groupe Bolloré a ensuite payé 12 millions d'euros à la justice française pour arrêter toutes les poursuites contre l'entreprise. Mais les hommes, eux, seront bien jugés par un tribunal et ce sera donc en décembre 2026.
Host
Alors, on attendra évidemment le verdict de la justice, mais un petit mot quand même, Olivier Petitjean, sur ce que ça montre cela, parce que ça vient un peu compléter un portrait que vous nous faisiez en début d'émission, c'est-à-dire qu'on a un Vincent Bolloré qui va utiliser toute une série de cartes en parallèle. Il y a à la fois ces affaires qu'il essaye de mener, mais par son agence de communication ici, on voit que ça lui permet de favoriser éventuellement certaines personnalités politiques qui peuvent servir ces intérêts. Et puis il y a l'enjeu des médias qui vient s'ajouter encore et qui peut permettre de modeler un climat favorable à ces affaires. C'est un peu tout ça qui est dans la stratégie Bolloré de pouvoir jouer toute une série de cartes à la fois favorables à son business.
Olivier Petitjean
Effectivement, il y a une continuité avec ces pratiques d'alors, d'il y a 15 ans, 20 ans et d'aujourd'hui. Vincent Bolloré, il a été entendu par des commissions d'enquête parlementaires en France. Il nie régulièrement, il dit mais non, toutes mes différentes entreprises sont gérées de manière totalement séparée. Je n'interviens jamais dans la gestion de mes entreprises. Ces exemples-là, donc des faits suffisamment graves pour que ça donne lieu à des procédures judiciaires et un procès qui se tiendra dans le prochain mois. C'est une illustration d'une pratique plus générale, effectivement, de mélange des gens.
Host
On va accueillir Isabelle Roberts aussi dans cette émission. Bonjour.
Isabelle Roberts
Bonjour.
Host
Vous êtes, vous, journaliste pour Le Média Les Jours. Vous avez publié aussi en 2016 et co-écrit un livre qui s'appelle L'Empire, comment Vincent Bolloré a mangé Canal+. Alors, je reviens vers vous avec cette question qu'on essaye de creuser. Est-ce qu'à votre avis, il y a chez Vincent Bolloré l'idée de mener une forme de projet politique aussi grâce à son argent, ses investissements dans les médias et les capitaux énormes qu'il peut mobiliser? Ou bien est-ce que le premier but, comme on vient de l'expliquer ici avec Olivier Petitjean, c'est par, justement, le truchement des médias, pouvoir entretenir un climat qui est favorable à ses affaires et au développement de ses affaires, de son business?
Isabelle Roberts
C'est clairement aujourd'hui une bataille culturelle et idéologique. Vincent Bolloré, c'est un homme de droite catholique, traditionnaliste, réactionnaire. dont les valeurs se retrouvent aujourd'hui dans l'extrême droite. Mais par exemple, quand il va prendre le contrôle de Canal+, en 2016, nous, au jour, comme vous l'avez dit, on enquête depuis dix ans sur Vincent Bolloré. Et donc on voit ça très bien en 2016, quand il met la main sur Canal+, l'ambition idéologique n'est pas manifeste immédiatement en réalité. D'abord, il va commencer à se débarrasser de tous les anciens dirigeants, ce qui est un classique quand quelqu'un va prendre le contrôle d'une société. Puis on s'aperçoit petit à petit qu'il va tout faire pour dépolitiser l'antenne. Mais la vraie bascule se fait pour moi en fin 2016, quand il va détruire ITD, en y mettant un éclémentail, il va procéder tout le temps de la même manière dans tous ces médias d'ailleurs. Donc en 2016, il met Jean-Marc Morandini à ITV, ce qu'il y a pour conséquence d'une grève qui va durer un peu plus d'un mois, et que la rédaction va partir entièrement. Et là, il va pouvoir remplacer cette rédaction du Télé, remplacer ces journalistes par des journalistes qui vont pouvoir défendre ses idées, et il va totalement transformer l'antenne du Télé en antenne réactionnaire pour rester aimable, qui est ce News aujourd'hui. Et il va procéder de la même manière, parce que le Télé, c'est la matrice, il va procéder ensuite de la même manière à l'Europe 1, à Paris Match, dont il a revendu depuis, et au JDD. En fait, c'est vraiment une volonté de faire gagner ses idées dans la sphère médiatique, en réalité.
Host
Et donc là, il y a une volonté claire, une vision de société de Vincent Bolloré, on l'a dit, conservatrice, voire peut-être faut-il dire réactionnaire, avec des obsessions sur les questions migratoires, sur l'islam. Ça veut dire qu'aujourd'hui, Vincent Bolloré, au-delà des affaires, veut faire de la politique, quitte peut-être parfois à faire des investissements dont on n'est pas sûr qu'ils puissent être rentables sur le plan des affaires, pour pouvoir justement surtout peser dans la sphère politique, vous le diriez comme ça Isabelle Roberts?
Isabelle Roberts
Oui tout à fait, d'ailleurs si on regarde ces médias, CNews est à l'équilibre seulement depuis 2025. c'est pas sûr qu'elle le reste en 2026, Eurotun perd de l'argent, le JDD perd de l'argent, donc là ce n'est pas du business ce qu'il fait, c'est de l'idéologie. Et aujourd'hui vraiment, c'est pas temps de faire de la politique lui-même que de mettre au pouvoir des gens qui vont défendre ces valeurs, qui sont aujourd'hui incarnées en France par l'extrême droite, que ce soit au Comtesse, qui l'a vraiment fabriqué et propulsé en candidat de la présidentielle en 2022, que ce soit Jordan Bardella pour le RN, que ce soit Édith Sioty pour l'UDR. D'ailleurs, il plaide vraiment pour l'Union des droites. Toutes les antennes de Vincent Bolloré et ses journaux, aujourd'hui, plaident pour l'Union des droites.
Host
Et on peut décrire le fait qu'aujourd'hui, la machine fonctionne à tous les étages dans une stratégie bien wheelée. Ce qui était assez éclairant, je trouve, c'est la sortie du dernier livre de Jordan Bardella, par exemple, où là, on voit que c'est publié chez Fayard, si je ne m'abuse, donc dans le groupe Bolloré. Et puis, les bonnes feuilles du livre vont sortir dans le journal du dimanche, qui est aussi dans le groupe Bolloré. Puis, on va mettre les livres en tête de gondole des magasins relais qui font aussi partie du groupe Bolloré. Et puis, on va débattre de ce livre. On va interviewer Jordan Bardella sur Europe 1, CNews. Tout ça fait que ça a un impact médiatique énorme qui fait que pour les autres médias qui n'ont rien à voir avec le groupe Bolloré, c'est presque impossible d'ignorer ce qui se passe là. Et ne parlons pas des réseaux sociaux qui vont amplifier encore la boucle. Aujourd'hui, on peut mesurer que Vincent Bolloré a un vrai impact sur le débat public en France, Isabelle Roberts?
Isabelle Roberts
Oui, tout à fait, vous l'avez très bien décrit. En fait, tous ces médias, et c'est les zones d'édition aujourd'hui, vont créer une espèce de caisse de résonance qui ne fonctionne pas en basse-clos, parce que les autres médias, au bout d'un moment, se disent Ça doit être important puisqu'on en parle. Il y a une espèce de bruit médiatique autour de tout ça. Et c'est comme ça qu'il va arriver à imposer à la fois des thèmes et des personnes, comme Jordan Bardella. Je pourrais ajouter d'ailleurs qu'il a été retransmis de sa conférence de presse de lancement de son livre sur CNews. Donc oui, il va créer cette espèce de caisse de résonance qui va faire que les autres médias vont s'y intéresser aussi. Tout n'est pas étanche, on finit par se dire «ah c'est important». Et en plus, là où il a trop pris sur la marchandise, c'est qu'il a repris des masques de médias respectés comme le JBD ou Europe 1. en fait, et qui sont aujourd'hui devenus des outils de propagande, des espèces de petits chevaux de troie. Il aime bien cette expression à Vincent Bolloré de cheval de troie. Ils sont devenus des chevaux de troie et aujourd'hui ne sont plus des titres de presse en fait, ce sont des organes de désinformation.
Host
Olivier Petitjean, un mot quand même sur les questions des lois qui sont censées empêcher des monopoles. Est-ce qu'aujourd'hui, quand on voit la constitution d'un groupe comme celui-là, ça ne commence pas à poser des vraies questions sur la possibilité d'organiser encore une vraie pluralité au sein des médias français?
Olivier Petitjean
Ça montre clairement que les lois qui d'une part ont été assouplies dans les années 80 et même sont inadaptées à la réalité des médias d'aujourd'hui. Donc on n'a pas les instruments pour justement imiter le pouvoir de conglomérats qui sont actifs à différents niveaux de la chaîne médiatique, différents types de médias, la télé, la radio, la maison d'édition, etc. Et au contraire, ce qu'on a montré dans nos enquêtes, c'est aussi à quel point les autorités françaises soutiennent des groupes comme Bolloré, au motif que c'est des champions nationaux, notamment l'international. Donc il y a vraiment une forte, il faut insister là-dessus, une forte collaboration, légitimation de la part des politiques françaises, de presque tous les partis qui continuent à aller dans les médias Bolloré, et du gouvernement qui encourage cette logique de champions nationaux, il faut les défendre, etc. et donc les voix qui critiquent et qui en appellent à revoir les lois sur la concentration de la presse, sur le pluralisme en les médias, etc. restent, malgré tous les problèmes qu'on constate et que vous avez rappelé, très minoritaires dans le paysage politique français.
Host
Il a l'oreille d'Emmanuel Macron, Vincent Bolloré
Olivier Petitjean
Il a une influence et il reste forcé de contacter, qu'il fait peur à beaucoup de politiques, parce que les politiques savent très bien qu'ils peuvent se retrouver victimes de lynchage, comme l'ont été y compris des ministres macronistes récemment.? Donc il continue à faire peur, il n'y a pas une vraie volonté de mettre un cordon sanitaire autour de ces médias.
Host
Isabelle Roberts, c'est quoi le but ultime à votre avis de Vincent Bolloré? C'est d'amener l'extrême droite, un candidat de l'extrême droite à l'Elysée et de manière plus générale que cette extrême droite puisse prendre le pouvoir en France?
Isabelle Roberts
Ah oui, c'est manifeste. D'ailleurs c'est assez amusant parce que si on prend le cas de Marine Le Pen, Avec Marine Le Pen, ses relations ont été très longtemps compliquées. D'abord parce que c'est une femme avec Vincent Boloré, quelqu'un qui est assez misogyne et qui trouve qu'elle a une fibre trop sociale. Marine Le Pen, de son côté, lui en voulait beaucoup d'avoir propulsé Éric Zemmour qui était un concurrent à la présidentielle de 2022 et qui a pu émietter les voiles d'extrême droite. Avec Jordan Bardella, c'est différent, parce que lui, il est beaucoup plus en phase avec le milieu des affaires et ça passe beaucoup mieux. Et là où ça va, où l'un va avec l'autre, c'est que, vraiment, il a mis une machine de guerre médiatique au service d'un courant de pensée et d'opinion, qui est celui de l'extrême droite. Il faut rappeler quand même qu'en France, une chaîne d'opinion comme les CNews aujourd'hui, c'est interdit. Les chaînes de télé de la TNT se doivent de respecter des règles de pluralisme. Et ça, CNews ne le respecte absolument pas. Et c'est là où je suis d'accord avec ce qui vient d'être dit. Le pouvoir politique, mais aussi celui de l'ARCOM, qui est l'équivalent du CSA en Belgique, reste vraiment très timide par rapport à ce qui se passe sous nos yeux en ce moment.
Host
On rappellera que l'ARCOM a montré pourtant qu'elle pouvait intervenir. Cette autorité française de régulation de la communication audiovisuelle avait décidé par exemple de ne pas renouveler la fréquence TNT, télévision numérique, de C8. Autre chaîne du groupe Bolloré, suite en particulier aux dérives répétées d'un certain Cyril Hanouna, n'en touche pas à mon poste. L'ARCOM a déjà plusieurs fois aussi sanctionné ces news, mais sans effet majeur jusqu'ici sur les contenus, sans sembler en mesure d'endiguer le rouleau compresseur de tout un système médiatique construit par Vincent Bolloré et ses proches. Voilà, en tout cas, vous y voyez sans doute un peu plus clair désormais sur l'envers du décor de cet empire médiatique. Merci d'avoir choisi Les Clés pour vous informer. Merci aussi à Antoine Duhart pour la réalisation sonore de cet épisode. A la préparation, il y avait Sarah Poussey et Arnaud Reussen. Et si vous souhaitez nous écrire, je vous rappelle l'adresse lescles.artbf.be.
Titre : Qui est vraiment Vincent Bolloré ?
Animé par Arnaud Ruyssen
Durée analysée : contenu principal hors publicités et génériques
Cet épisode plonge au cœur de la figure controversée de Vincent Bolloré, industriel français devenu l’un des hommes les plus puissants dans les médias hexagonaux. Le podcast analyse comment Bolloré a bâti, via le rachat de chaînes, de radios, de maisons d’édition et de points de vente, un empire croissant qui lui confère une influence majeure sur le débat public en France. Il interroge la finalité de cette accumulation de pouvoir, la nature idéologique de ses projets, ainsi que les défis réglementaires posés par une telle concentration médiatique.
Les lois françaises sur le pluralisme médiatique, assouplies dans les années 80, sont inadaptées face à ces nouveaux conglomérats multimédias. L’État légitime même parfois ces “champions nationaux”, favorisant leur pouvoir de marché.
Les critiques d’une refonte de ces lois restent minoritaires dans le monde politique. Le gouvernement maintient des relations cordiales avec Bolloré, de peur de ses pouvoirs de nuisance médiatique.
Pour aller plus loin :
N.B. : Ce résumé couvre le contenu principal de l’épisode. Les publicités, génériques et informations pratiques ont été exclus conformément aux consignes.