
Le Conseil de sécurité de l’ONU a voté le 31 octobre en faveur du plan marocain d’autonomie du Sahara occidental. Un vote historique désigné comme une victoire importante pour le Maroc. Pourquoi ? Que se passe-t-il au Sahara occidental ? Nous tentons de comprendre ...
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A
Il y a tellement d'infos que je m'y perds.
B
Je trouve que c'est difficile d'y voir clair quand même.
C
Souvent je trouve que tout est trop superficiel.
A
Je pense qu'il y a trop d'infos et...
C
C'est très angoissant.
A
La première...
B
J'ai besoin de repères.
C
Les clés.
A
J'ai envie de comprendre. Arnaud Royssen.
B
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés pour un épisode où l'on va tenter de comprendre ce qui se joue au Sahara occidental. Vous avez peut-être entendu qu'un vote important vient d'intervenir au conseil de sécurité de l'ONU qui pourrait être un tournant dans ce conflit qui mine la géopolitique du Maghreb depuis près de 50 ans maintenant. Un vote présenté aussi comme une victoire du Maroc Alors on s'est dit qu'on allait se plonger dans ce conflit complexe et souvent peu médiatisé afin d'essayer de bien le comprendre. Embarquement, c'est parti ! Présentons d'abord ce territoire, cette vaste étendue désertique de 266 000 kilomètres carrés. C'est un peu plus de 7 fois la surface de la Belgique, mais avec seulement 670 000 habitants qui doivent faire face à de rudes conditions de vie. Dans le Sahara, il fait très chaud le jour, souvent froid la nuit. Il fait surtout très sec. En moyenne, moins de 10 centimètres d'eau tombent sur l'ensemble d'une année sur le sol sahraoui. Si on regarde maintenant une carte, on voit que ce territoire, comme découpé au couteau, a une frontière avec le Maroc, au nord, un petit bout de frontière avec l'Algérie, au nord-est, et une très longue frontière avec la Mauritanie, à l'est et au sud. À l'ouest, plus de 1000 km de côtes qui donnent sur l'océan Atlantique, avec au large des eaux particulièrement poissonneuses. Mais plongeons maintenant, non pas dans l'océan, mais plutôt dans l'histoire de ce territoire, en remontant d'abord aux années 60-70, quand se joue un peu partout dans le monde la décolonisation. Que va-t-il se passer à ce moment-là précisément pour le Sahara occidental, qui est alors une colonie de l'Espagne ? C'est la question que j'ai posée à François Dubuisson, qui est professeur de droit international à l'ULB et spécialiste de ce conflit.
A
Il faut rappeler que c'est effectivement une colonie espagnole depuis la fin du XIXe siècle. C'est un territoire qui a été conquis par l'Espagne. Et comme à partir du début des années 60 au sein des Nations Unies se joue la question de la décolonisation, se pose la question du statut de ce territoire. Et au début des années 60, en dépit des protestations de l'Espagne, on va déterminer qu'il s'agit d'un territoire non autonome, c'est-à-dire un territoire qui est placé sur une liste, qui normalement est soumis à des colonisations en vertu d'une série de critères qui ont été fixés par l'Assemblée Générale des Nations Unies. Et c'est dans ces contextes-là qu'à la fois la Mauritanie et le Maroc vont exprimer des revendications de souveraineté sur ce territoire en revendiquant certains liens historiques avec ce territoire et certains liens particuliers qu'ils auraient entretenus avec des tribus nomades qui peuplaient ce territoire qui, il faut rappeler, est un territoire désertique assez peu hospitalier. Ce qui fait que les populations qui y habitaient, des populations nomades, n'ont pas installé de manière durable sur ce territoire.
B
Donc si on doit résumer la situation telle qu'elle prévaut au début des années 70, on a à la fois l'Espagne qui est là en tant que colonisateur, mais qui se voit contrainte par l'ONU de lâcher ce territoire, d'aller vers la décolonisation. Et en parallèle, on a deux voisins, le Maroc au nord et la Mauritanie au sud, qui disent oui, décoloniser, c'est très bien, c'est ce qu'on demande nous aussi, sauf que ce territoire, en fait, il est à nous. En gros, c'est ça qui se joue à ce moment-là.
A
Oui c'est ça, puisque la question qui se posait était de savoir si au moment du début de la colonisation espagnole, ce territoire soit était un territoire sans maître et donc il aurait pu devenir territoire espagnol au sens strict et donc non soumis à la décolonisation, ou bien est-ce que c'était un territoire qui faisait déjà l'objet d'une organisation sociale, structurée, autour de populations qui aurait fait échapper toute possibilité d'appropriation du territoire au profit de l'Espagne. Ou est-ce qu'il y avait des liens particuliers qui unissaient ce territoire au moment du début de la colonisation espagnole qui ferait en sorte que ce territoire au final devrait revenir soit au Maroc, soit à la Mauritanie, soit partiellement en deux. Ou bien est-ce que c'est un territoire qui est totalement autonome de ces deux états et que dès lors il aurait un droit propre à la décolonisation, à l'autodétermination, ce qui implique notamment la possibilité d'avoir un état indépendant.
B
Et qu'est-ce qui va être dit alors à l'époque au niveau des Nations Unies ? Comment est-ce qu'on va considérer l'avenir de ce Sahara Occidental à ce moment-là ?
A
Alors dans un premier temps, l'Assemblée Générale des Nations Unies va reconnaître un droit à l'autodétermination propre au Sahara Occidental, va considérer de prime abord que c'est bien ce territoire-là de manière spécifique qui a le droit à la décolonisation et à l'indépendance. Mais comme des controverses ont surgi avec les revendications mauritaniennes et marocaines, l'Assemblée générale va poser une question juridique à la Cour internationale de justice, va lui demander de définir le statut exact du Sarre occidental et des liens entretenus par les populations avec la Mauritanie et le Maroc. Et l'accord intensal de justice va conclure au fait qu'en dépit de certains liens qui ont pu exister, en réalité, ni le Maroc ni la Mauritanie ne peuvent se prévaloir de titre de souveraineté sur le territoire et que dès lors, ce territoire doit pouvoir exercer de manière propre son droit à l'autodétermination, qu'il faut s'assurer du consentement authentique de la population sarouie pour déterminer son sort et notamment pouvoir se prononcer sur un Etat indépendant.
B
Donc, ça, c'est la situation qui prévaut au moment où s'opère la décolonisation espagnole du Sahara occidental. Malgré que la Cour internationale de justice reconnaisse qu'il y a bien des liens entre certaines tribus nomades de la région et le Maroc, ainsi que la Mauritanie, La Cour internationale considère alors que ces liens, ces formes d'allégeance manifestées par certaines tribus, ne suffisent pas à considérer une vraie souveraineté des pays voisins sur le territoire du Sahara occidental. D'autant qu'en parallèle, au début des années 70, apparaît aussi un autre acteur qui va compter. Le front polisario qui porte, lui, les revendications d'indépendance et d'autodétermination d'une partie de la population.
A
Alors on a effectivement un mouvement indépendantiste qui naît au sein de la population saraoui qui va donner lieu à la création du front polisario. On a un conflit qui va s'ouvrir également avec la Mauritanie et avec le Maroc et en particulier le jour d'ailleurs où la cour intensa lucis rend son avis. le Maroc l'interprète en disant on a reconnu des liens donc on a reconnu notre titre de souveraineté et il va lancer ce qu'on appelle la marche verte c'est-à-dire un mouvement qui se veut un mouvement populaire où des centaines de milliers de Marocains vont marcher vers le Sahara occidental pour en prendre possession puis parallèlement à ça on a un conflit armé donc qui se joue entre le Polistario, la Mauritanie et le Maroc, avec le Polistario, il faut le rappeler, étant soutenu par l'Algérie. La marche verte va être condamnée par le Conseil de sécurité des Nations Unies en disant que c'est un acte unilatéral qui veut forcer les choses et la situation. Donc, on va avoir un conflit qui va se perpétuer pendant un certain temps. La Mauritanie va renoncer à toute revendication de souveraineté. Donc le conflit va se cristalliser entre le Maroc, le Polisario, Polisario étant lui-même aidé par l'Algérie. Et les choses vont un peu rester en l'état jusqu'à la conclusion d'un accord de cessez-le-feu à la fin des années 80, 1988. avec l'idée d'organiser à terme un référendum. Ça, ça va faire l'objet de négociations d'un accord. Au début des années 90, on se dit qu'on va organiser au sein du Sahara occidental un référendum pour que le droit à l'autodétermination du peuple sahraoui puisse effectivement s'exercer.
B
Là, on est allé un peu vite, évidemment, pour résumer pratiquement 15 ans d'histoire. Mais retenez les données du problème. On a à la fois le Maroc qui revendique ce territoire comme le sien et va donc mettre en oeuvre une politique forte pour l'occuper et puis le défendre. On a le front polisario qui porte, lui, les velléités d'indépendance et d'autodétermination d'une partie importante du peuple saraoui et qui est soutenue par l'Algérie. Et puis, on a la Mauritanie, mais qui, elle, va progressivement renoncer à ses velléités d'appropriation du territoire. Tout cela sont les ingrédients d'un conflit qui va causer la mort de plus de 15 000 personnes et qui se conclura en 1991 par la signature d'un accord de cessez-le-feu entre le Maroc et le front polisario. Et si on regarde la carte, alors, au sortir de cette guerre, eh bien, voilà ce que ça donne.
A
Sur le terrain, le Maroc va prendre possession de la large majorité du territoire du Sahara occidental, va occuper 80% du territoire, va ériger un mur de sable pour protéger justement ce territoire vis-à-vis des 20% qui restent sous le contrôle du Polisario. La majeure partie de la population saraoui va se retrouver de ce côté-là, du mur de sable, et va se réfugier en territoire algérien à Tindouf. Donc on a aussi un problème large de réfugiés de la population saraoui. Et donc, depuis lors, le Maroc a annexé purement et simplement ce territoire, puisque comme il le revendique comme étant sien, il applique pleinement sa souveraineté, son droit et considère également que c'est un territoire qui est ouvert à la population marocaine. Donc, on va avoir aussi un mouvement de colonisation du territoire du Sahara occidental avec l'encouragement pour les populations marocaines de venir s'y installer, de développer des activités économiques, puisque quand bien même c'est un terrain, une terre assez peu hospitalière, il y a certaines activités économiques qui peuvent s'y tenir, notamment, alors là on va plutôt faire appel à l'industrie étrangère, mais donc là il y a l'idée d'exploiter économiquement ce territoire.
B
Donc de l'occuper le plus possible, que ce soit militairement pour le sécuriser comme étant un territoire marocain, mais aussi pour le peupler, pour y exercer des activités économiques. Le Maroc se comporte dans ses 80% du Sahara occidental comme s'il était déjà sur le sol marocain, même si au regard du droit international, il ne peut pas le considérer comme tel.
A
C'est ça. Donc, comme il considère que c'est son territoire, très logiquement, il exerce tous les attributs de sévoraineté sur ce territoire. Et évidemment, il a une politique volontariste de colonisation et d'occupation, puisqu'évidemment, l'enjeu, c'est la balance démographique au sein du territoire. C'est-à-dire qu'en faisant en sorte que des populations marocaines viennent s'installer dans le Sahara occidental, Evidemment, ça fait en sorte que la fraction du peuple saraoui lui-même va baisser dans la perspective d'un référendum, justement. Et chaque fois que va se poser la question de la détermination du statut final du territoire à travers des votes, évidemment, la question de la balance démographique va jouer un rôle important.
B
Et donc, si j'ai bien compris ce que vous nous disiez avant cela, c'est qu'au moment où à la fin des années 70 et jusqu'au début des années 90 se joue ce conflit, cette véritable guerre au niveau du Sahara occidental, la population sahraouie qui était là principalement et majoritairement sur le territoire au moment de la colonie espagnole, elle va se retrouver plutôt dans les 20% du territoire qui sont défendus par le front polisario, le front indépendantiste et autonomiste du Sahara occidental.
A
Oui, c'est ça. Et même plutôt en territoire algérien, puisque les 20% sont difficilement habitables. Donc, c'est plutôt en territoire algérien que la population saraoui va se retrouver. Alors, les chiffres sont difficiles à établir. Il y a aussi une querelle de chiffres pour le moment, mais on est à plusieurs centaines de milliers. Environ la moitié de la population qui se retrouve en dehors du territoire saraoui comme tel et donc réfugiée dans des camps, dans des conditions souvent extrêmement difficiles.
B
Et si on doit décrire alors un peu le rôle de l'Algérie jusque là, est-ce qu'ils sont là en appui d'une force, le front polisario qui veut vraiment l'autonomie du territoire ou bien est-ce que pour l'Algérie il y a des intérêts stratégiques aussi à entretenir ce mouvement-là au Sahara occidental face aux voisins marocains avec qui l'Algérie est en conflit ? Quel est le jeu de l'Algérie à ce niveau-là ?
A
Il y avait toujours plusieurs dimensions. On peut dire qu'il y a à la fois les aspects de rivalité qui peuvent exister entre le Maroc et l'Algérie, toujours en termes d'affirmation de puissance régionale. Il y a des conflits territoriaux qui existent entre l'Algérie et le Maroc, donc il y a une assez forte rivalité au sein de la région. Mais il y a également pour l'Algérie une symbolique particulière en termes de guerre de libération nationale, de faire avancer la décolonisation. Évidemment, en termes de décolonisation, l'histoire du Maroc et l'histoire de l'Algérie ne sont pas du tout les mêmes dans leur rapport avec le colonisateur français. La décolonisation du Maroc s'est faite beaucoup plus facilement que celle de l'Algérie qui a dû avoir recours a eu une guerre ouverte de libération nationale et était intégrée plus ou moins simplement au territoire français. Donc, je dirais que le rapport à la décolonisation n'est pas tout à fait le même. Et donc, il y a aussi, de ce point de vue là, un élément symbolique au sein du territoire algérien de porter justement cette revendication du front polistario. Mais évidemment, ça se double d'intérêts plus stratégiques parce qu'il est rare qu'un État fasse quelque chose simplement pour des beaux principes au détriment de ses propres intérêts, évidemment.
B
Revenons alors au fil de notre histoire, où on l'avait laissée en 1991. Où, on l'a dit, l'accord de cesser le feu entre le Maroc et le front polisario va prévoir qu'on organise un référendum pour consulter la population du Sahara occidental sur ce qu'elle veut pour son avenir. On crée d'ailleurs, même à l'époque, une mission de l'ONU pour organiser ce référendum, comme le précise François Dubuisson.
A
C'est ce qui est prévu dans les textes, c'est-à-dire que logiquement, lorsqu'on reconnaît un droit à l'autodétermination d'une population sur un certain territoire, il faut s'assurer de son consentement authentique à la détermination de son statut final. Dans le droit à l'autodétermination, il y a plusieurs options possibles. Il y a l'indépendance, il y a l'association avec un autre État ou il y a l'intégration à un autre État. et normalement toutes les options sont permises mais justement elles doivent être soumises au consentement qui généralement prend plutôt la forme d'un référendum et c'est ça qui est décidé en l'occurrence. Ce qui va être compliqué c'est la mise en oeuvre concrète puisque comme on l'a déjà évoqué le grand enjeu va être la détermination de la liste électorale. Qui peut voter pour déterminer le sort du territoire et comme le Maroc a eu tendance à coloniser le territoire, à encourager l'installation de populations marocaines qui n'étaient pas là en 1975 au moment de la prise de possession de ce territoire par le Maroc. Il va y avoir des batailles pour déterminer qui peut voter, qui ne peut pas voter. Finalement, la Minurso va mener à bien cette confection des listes électorales et c'est à ce moment-là que le Maroc va bloquer la mise en œuvre du référendum, se rendant compte que, assez logiquement, quand bien même des concessions avaient été faites, le résultat qui va arriver sera très probablement celui de l'indépendance. Et donc, on a eu plusieurs tentatives, plusieurs plans qui ont été mis en œuvre jusqu'à la fin des années 2000 avec le plan Baker en 2007. Mais à chaque fois, on va se heurter au refus du Maroc d'organiser effectivement le référendum.
B
Donc malgré qu'on a décidé en 91 qu'il fallait un référendum, qu'on a mis en place une mission de l'ONU visant à l'organiser, malgré que cette mission est avancée, mis en œuvre des listes électorales, réfléchie à comment organiser ce référendum, en fait ce référendum ne va jamais se tenir et à ce jour ne s'est jamais tenu, en particulier parce que c'est bloqué par le Maroc ?
A
Oui, c'est ça. Et c'est ça qui fait que lors de l'échec du dernier plan, qui était le plan de James Baker, ancien secrétaire d'État des États-Unis en 2007, c'est à ce moment-là que le Maroc va produire son plan d'autonomie comme étant finalement une alternative au référendum d'autodétermination tel qu'il était conçu par les Nations Unies et qui intégrait évidemment l'hypothèse de l'indépendance. à l'initiative notamment de la France. Le Maroc va finalement dire pour bien montrer que je ne suis pas celui qui bloque toute solution, je vais avancer mon propre plan. Et donc il n'envisage qu'une autonomie pour le Sahara occidental au sein de la souveraineté marocaine.
B
Et voilà qui nous amène à l'actualité toute récente et à ce vote qui a donc eu lieu à l'ONU, plus précisément au Conseil de sécurité de l'ONU le 31 octobre dernier, puisque le Maroc, par l'entremise des Etats-Unis de Donald Trump, est donc parvenu à faire accepter par le Conseil de sécurité son propre plan comme base de négociation pour l'avenir du Sahara occidental. Un plan qui parle d'autonomie, mais pas de possibilité d'indépendance pure et simple. Et on va d'ailleurs prendre le temps de l'examiner un peu plus en détail, ce plan, en compagnie de Sarah Poussey. Musique douce.
C
Le plan marocain pour le Sahara occidental n'est pas neuf. Il a déjà été présenté en 2007 à l'ONU. Ce que le Maroc propose, c'est que le Sahara devienne une région autonome de son royaume. Le territoire aurait donc des institutions locales propres, avec un gouvernement, un chef de gouvernement, un parlement, aussi composé de membres des différentes tribus sahraouies, et puis aussi des institutions judiciaires. Le Sahara occidental serait donc autonome en matière d'affaires administratives, économiques et sociales. Par contre, toutes les décisions et lois prises devront se conformer à la constitution marocaine et c'est bien le roi Mohamed VI qui garde la main sur ce qu'on appelle les prérogatives régaliennes, à savoir le drapeau, la monnaie, les relations extérieures et puis la défense et la sécurité du territoire. Le Maroc a aussi promis une amnistie générale aux combattants du front polisario s'ils choisissent de déposer les armes. Mais justement, ce plan ne convient pas à tout le monde. L'Algérie, qui soutient ce front indépendantiste, a boycotté le vote à l'ONU pour prolonger la mission Minurso. L'ambassadeur algérien, Ammar Benjama, dénonce un plan déséquilibré.
D
La décision finale sur leur avenir ne peut appartenir ne doit appartenir qu'au peuple encore sous domination coloniale. Cette résolution, ce texte, ignore les propositions du front polisario, pourtant transmises tout récemment au secrétaire général des Nations Unies et au Conseil de sécurité. C'est une partie au conflit et son opinion doit être entendue.
C
Le Front Polisario a fait savoir que ce plan ne serait accepté que si la population saraouie le valide par référendum. Or, malgré la promesse faite par l'ONU en 1991, l'organisation d'un référendum ne semble plus être à l'agenda.
B
Alors, ce plan et cette nouvelle donne au niveau de l'ONU, on va l'analyser avec François Dubuisson en commençant par cette question. Comment expliquer que le Maroc soit parvenu aujourd'hui à convaincre une majorité d'Etat et de poids lourd du Conseil de sécurité de l'ONU que c'est son plan qu'il faut désormais suivre pour trouver une solution à la situation au Sahara occidental ? Pour François Dubuisson, le Maroc a su habilement faire jouer plusieurs leviers de réelle politique.
A
Ça fait quelques années que le Maroc a entrepris une véritable offensive diplomatique en utilisant un certain nombre de leviers, en particulier le levier du contrôle de l'immigration vers l'Europe, puisque c'est vraiment une porte d'entrée vers l'Europe via l'Espagne. Et donc le Maroc essaie de jouer avec son rôle de contrôle de l'immigration en disant attention si vous n'avez pas les bonnes positions concernant le Sahara, eh bien moi je vais ouvrir les mains de l'immigration. C'est d'ailleurs ce qui avait été utilisé par le Maroc vis-à-vis de l'Espagne. Il y a quelques années à un moment donné où l'Espagne avait accueilli le chef du Polisario pour le soigner, lui produire des soins hospitaliers. À ce moment-là, le Maroc, en représailles, avait laissé passer des tas de populations vers l'Espagne, montrant bien le pouvoir qu'il avait à cet égard. Second point, c'est son rôle crucial également dans la lutte contre le terrorisme. le Maroc a un rôle important et donc joue avec ce rôle important. Et puis il y a le troisième point qui est l'aspect plutôt économique puisque le Sahara occidental ça a beau être un désert, il y a quand même un certain nombre de ressources naturelles assez importantes ou des ressources en matière de pêche dans les eaux adjacentes au Sahara occidental avec en particulier les pêcheurs espagnols et français dans une certaine mesure qui vont pêcher dans cette zone-là. Le Maroc a un certain nombre de leviers avec lesquels il a joué à plein pour, ces dernières années, faire avancer le caractère le plus pragmatique de son plan d'autonomie avec un certain nombre de déclarations d'abord par des États. la France, l'Espagne, la Belgique aussi dans certaines mesures, l'Allemagne, les Etats-Unis sous la précédente administration Trump qui avait reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Donc tous ces éléments-là ont préparé le terrain, si on peut dire, au fait que désormais, sous l'impulsion de Donald Trump, le Conseil de sécurité vienne poser le plan d'autonomie comme devant être la base de toute négociation future sur le statut du Sahara occidental.
B
Et donc, on peut parler d'une victoire diplomatique du Maroc, mais minutieusement préparée en se basant sur des intérêts économiques, des intérêts sécuritaires, sur cet enjeu de migration aussi. Le Maroc a su nouer, je dirais, le bon rapport de force au niveau international, se faire les alliés qu'il fallait pour pouvoir faire avancer sa position sur le Sahara occidental.
A
Oui, tout à fait. Et puis, il faut rappeler quand même qu'il avait des alliés de poids depuis bien longtemps, c'est-à-dire que le Maroc est protégé par la France depuis toujours, notamment sur la question du Sahara occidental. Donc, qu'est-ce qui a empêché le conseiller de sécurité, même dans des temps plus favorables à la cause Sahraoui, d'adopter des résolutions, notamment par exemple condamnant le blocage marocain, voire prenant des sanctions à la guerre du Maroc ? C'est la France qui a toujours opposé son droit de veto. Donc le rapport entre la France et le Maroc est un peu similaire à celui entre Israël et les Etats-Unis au sein du Conseil de sécurité. Donc il y a déjà des alliances au départ qui donnaient au Maroc un poids assez important. ce que le Front Polisario n'a pas du tout. Il est protégé et soutenu par l'Algérie, mais l'Algérie pour le moment est plutôt assez faible diplomatiquement. Donc ça montre que le rapport de force est extrêmement déséquilibré et que le Polisario n'a pas beaucoup d'éléments à faire valoir pour obtenir un soutien actif à sa cause.
B
Le rapport de force est donc très défavorable au front polisario désormais et donc très favorable à l'inverse au Maroc, qui a sutissé le réseau de relations nécessaires à soutenir ses vues sur le Sahara occidental. Mais est-ce que ce vote peut venir alors changer la donne sur place à long terme et ouvrir la voie à une solution durable à ce conflit sur base du plan marocain ? Réponse de François Dubuisson.
A
Alors moi, j'aurais tendance à considérer que le résultat de la résolution adoptée par le Conseil de sécurité, c'est plutôt de donner un aval au Maroc à continuer sa politique, disons, de développement économique, d'appropriation finalement du territoire du Sahara occidental. Je ne pense pas que le polisario va changer subitement de position, ni même l'Algérie. Donc là, l'idée, à mon sens, plutôt de valider finalement aussi toutes les prises d'opposition des États auxquels il fait référence dans le texte de la résolution, qui considère qu'on peut donc complètement passer des accords économiques avec le Maroc qui vont s'appliquer sur le système occidental. Et donc, il y a une sorte de blanc-seing qui est donné par le Conseil de sécurité à cet égard, sans peut-être avoir trop d'illusions sur une relance d'un processus de négociation qui prendrait effectivement comme base le plan d'autonomie marocain, puisque ça supposerait que le Polisario abandonne totalement l'idée de l'indépendance, qui est quand même vraiment, je dirais, son core business. Tout le combat du Polisario est basé sur le désir d'indépendance. Et donc, subitement, il accepte un plan d'autonomie qui part du présupposé que la sélection nationale appartient bien au Maroc. est relativement peu probable, en tout cas à court terme. Alors évidemment, la résolution a été adoptée à l'initiative des États-Unis. On sait que Donald Trump a une manière assez particulière de négocier et de faire pression sur les acteurs liés à un conflit pour essayer de les faire plier. Il faudra voir la pression qui pourrait être exercée par les États-Unis sur l'Algérie et puis sur le front polisario à cet égard. Mais je pense que dans un premier temps, il s'agit surtout finalement de valider la politique marocaine vis-à-vis du Sahara occidental et la politique entreprise par toute une série d'États, en particulier occidentaux, au sein de l'Union européenne, qui considère qu'on va normaliser totalement les relations avec le Maroc s'agissant de développer des activités économiques au sein du Sahara occidental. en dépit du fait que de manière manifeste, la position, disons, encouragée par le Conseil de sécurité et la position marocaine sont contraires de manière évidente au droit international. Il faut rappeler qu'il y a eu un arrêt de la Cour africaine des droits de l'homme de 2022 qui a dit de manière très claire et explicite que l'occupation marocaine était contraire au droit international, contraire au droit à l'autodétermination du peuple saraoui. Donc, on a des positions très claires en droit international qui sont ignorées manifestement par le Conseil de sécurité. Et de ce point de vue-là, il faut quand même rappeler que l'organe des Nations unies qui a la compétence principale en matière d'autodétermination, ce n'est pas le Conseil de sécurité, c'est l'Assemblée générale des Nations unies.
B
Et donc, François Dubuisson, on peut constater dans un dossier comme celui-ci que d'un côté, il y a les principes fortement et souvent réaffirmés par des États comme les nôtres de défense du droit international, du droit à l'autodétermination des peuples. mais que tout cela est mis en balance avec une réelle politique, avec des intérêts économiques, des intérêts stratégiques aussi, qui font que parfois, quand ça nous arrange, on s'assied sur ces droits fondamentaux, ces principes du droit international que l'on reconnaît par ailleurs.
A
Oui, complètement. Donc, le droit international est toujours quelque chose qui va faire entrer en ligne de compte les rapports de force, les intérêts stratégiques des Etats. Et donc, il faut souvent combiner les deux. En réalité, il faut faire en sorte que le rapport de force aboutisse à la prise en considération des règles pertinentes du droit international. Et le cas du Cercle Occidental est évidemment particulièrement emblématique à cet égard. Du point de vue des principes, ils sont extrêmement clairs et la solution auquel on devrait aboutir est extrêmement claire. Qu'est-ce qui fait que tout est altéré, si je puis dire ? C'est la position prédominante du Maroc, c'est la possession effective qu'il a de la plus large partie du territoire du Sahara occidental. Et donc le fait que si l'Union Européenne, et c'est ce qu'ils avancent souvent, veut pouvoir conclure et développer des activités économiques qui concernent le Sahara occidental, ils disent qu'à part passer par le Maroc, on ne voit pas comment on ferait autrement. Et comme le Maroc a beaucoup d'arguments très concret à faire valoir, dont on a parlé tout à l'heure, les principes vont se nouer et donc on va louvoyer entre les principes. On va continuer à affirmer qu'on ne reconnaît pas la souveraineté marocaine, mais dans les faits, en réalité, on agit comme si on admettait pleinement la souveraineté marocaine. La conjoncture actuelle n'est pas très favorable. On est tellement éloigné du processus de décolonisation des années 60, que c'est une question qu'on peut désormais laisser de côté. On voit bien que les Etats africains, pour une bonne partie d'entre eux, sont plutôt préoccupés par d'autres types d'intérêts stratégiques, leur bonne relation avec la France, leur bonne relation avec les Etats-Unis, plutôt qu'avoir un combat symbolique, emblématique pour l'autodétermination du peuple sahraoui.
B
Donc, entre les principes et les actes qu'on met réellement en œuvre, il y a un peu une forme d'hypocrisie, vous le diriez comme ça, d'Etats comme la Belgique ou comme l'Union européenne sur un dossier comme celui-là ?
A
Oui, complètement. On est vraiment dans une situation d'hypocrisie où on voit que, à nouveau, sur le plan formel, on va se référer au droit international, un peu le cœur sur la main, les droits humains, mais que, de manière concrète, quand on voyait les positions défendues par la Commission ou le Conseil devant toute une série de procédures qui ont été entamées par le Front policériel devant la Cour de justice, Ce sont des positions que j'ai pu qualifier dans certains écrits de néocoloniales en réalité, c'est-à-dire qu'on peut parfaitement se mettre d'accord entre des états occidentaux et une puissance qui occupe un territoire pour déterminer le sort d'une population auquel on ne donne plus voix au chapitre en réalité.
B
Un avis très tranché donc sur l'attitude de pays comme les nôtres, de pays de l'Union Européenne, des pays occidentaux de manière générale par rapport à cet enjeu. C'était donc François Dubuisson, professeur de relations internationales à l'ULB et spécialiste de ce conflit. A la réalisation sonore de cet épisode, il y avait Laurent Nélissen, à la préparation Sarah Poussey et Arnaud Reussen. Je rappelle que si vous souhaitez nous écrire et nous suggérer des thèmes, des questions à creuser dans les clés, vous pouvez le faire à l'adresse suivante, lescles.rtbf.be, lescles.rtbf.be, lescles.rtbf.be, lescles.rtbf.be, lescles.rtbf.be, lescles.rtbf.be, lescles.rtbf.be, les.
Host: Arnaud Ruyssen (RTBF)
Guests: François Dubuisson (professeur de droit international à l'ULB), Sarah Poussey
Durée: Approx. 32 min
Dans cet épisode, Arnaud Ruyssen explore le conflit du Sahara occidental, un dossier géopolitique complexe et souvent mal compris, mais central pour la stabilité du Maghreb depuis près de cinquante ans. Entre histoire coloniale, enjeux d’autodétermination, rivalités régionales et stratégies de "réelle politique" internationale, il s’agit de mieux comprendre les racines, la situation actuelle et les récentes évolutions diplomatiques, notamment après un vote-clé du Conseil de sécurité de l’ONU présenté comme une victoire du Maroc.
Géographie & Démographie
Contexte historique : la décolonisation
« On va déterminer qu’il s’agit d’un territoire non autonome [...] qui normalement est soumis à des décolonisations en vertu d’une série de critères fixés par l’Assemblée Générale des Nations Unies. »
— François Dubuisson, 02:43
Débat sur la souveraineté
Avis de la Cour internationale de justice
Émergence du Front Polisario
« Ni le Maroc ni la Mauritanie ne peuvent se prévaloir de titre de souveraineté sur le territoire et ce territoire doit pouvoir exercer son droit à l’autodétermination. »
— François Dubuisson, 06:07
Conflit armé
Situation territoriale post-guerre
« La population sahraouie va se retrouver du côté du mur de sable [...] en territoire algérien à Tindouf. »
— François Dubuisson, 10:16
« Il est rare qu’un État fasse quelque chose simplement pour de beaux principes au détriment de ses propres intérêts, évidemment. »
— François Dubuisson, 14:50
« Le Maroc va bloquer la mise en œuvre du référendum, se rendant compte que, assez logiquement, [...] le résultat [...] sera très probablement celui de l’indépendance. »
— François Dubuisson, 16:50
« La décision finale sur leur avenir ne peut appartenir, ne doit appartenir qu’au peuple encore sous domination coloniale. »
— Ammar Benjama, 20:38
« Le rapport entre la France et le Maroc est un peu similaire à celui entre Israël et les États-Unis au sein du Conseil de sécurité. »
— François Dubuisson, 24:43
« On agit comme si on admettait pleinement la souveraineté marocaine [...] la conjoncture actuelle n’est pas très favorable. » — François Dubuisson, 29:28
« Ce sont des positions que j’ai pu qualifier dans certains écrits de néocoloniales en réalité. »
— François Dubuisson, 31:28
Définition de l’hypocrisie et du rapport de force (31:19–32:07)
Situation tragique des réfugiés (12:58)
Résumé limpide de la dynamique de fond (29:28)
Cet épisode de « Les Clés » offre un décryptage limpide et accessible d’un dossier géopolitique rarement traité en profondeur : le Sahara occidental. À travers les analyses de François Dubuisson et le récit d’Arnaud Ruyssen, on comprend combien la situation actuelle est le fruit d’un empilage de résolutions avortées, de stratégies d’influence, d’intérêts économiques et de déséquilibres régionaux, où la logique du plus fort l’emporte sur les principes du droit international. La voix du peuple sahraoui reste, aujourd’hui encore, la grande absente du processus.
Pour aller plus loin / suggestion d’écoute : Les autres épisodes de « Les Clés » traitant de relations internationales et de conflits oubliés.
Contact : lescles.rtbf.be