Transcript
Antoine Duhartz (0:00)
Le pays est déchiré par la violence
Sarah Pousset (0:05)
depuis plus d'un an. Le résultat de luttes entre deux généraux qui se disputent le contrôle du pays. Plus de 7 millions de personnes ont fui leur maison pour trouver refuge ailleurs.
Antoine Duhartz (0:16)
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés pour un épisode qui va nous emmener au Soudan, un pays déchiré depuis des années par une guerre qui a déjà fait plus de 150 000 morts. C'est de l'avis de nombreuses ONG et agences de l'ONU l'une des plus graves crises humanitaires du monde. Et pourtant, elle semble presque oublier cette guerre, loin de la une des médias occupés par l'Iran, l'Ukraine ou encore Gaza. Alors dans cet épisode des clés, on va essayer de comprendre les ressorts de cette guerre au Soudan et ses conséquences absolument dévastatrices pour les populations civiles.
Rislène Kounda (0:53)
La première, les clés.
Arnaud Reussen (0:59)
C'est clair qu'il nous faut un feu
Rislène Kounda (1:01)
de cesse au Soudan.
Antoine Duhartz (1:02)
Nous devons arrêter cette carnage. Les mots sont du secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres. Il faut un cessez-le-feu, il faut arrêter le carnage au Soudan. Il parle d'une guerre en cours depuis 2023, mais plongé dans l'histoire du Soudan, c'est remonter le fil d'une bien plus longue histoire douloureuse qui, avant cela, avait déjà fait des centaines de milliers de morts. Commençons, comme on le fait souvent, par regarder une carte. Le Soudan se situe dans le nord-est de l'Afrique, juste en dessous de l'Égypte, et compte près de 800 km de côte sur la mer Rouge. Ces paysages sont très contrastés. Au nord, de grandes étendues désertiques. Au centre, la vallée du Nil, entre le Nil blanc et le Nil bleu, propice aux cultures. A l'ouest, dans le Darfour, on trouve d'anciens volcans avec un sommet à plus de 3000 mètres d'altitude. Tandis qu'au sud, le paysage alterne entre savane et zone marécageuse, avec un climat tropical marqué par des épisodes de pluie parfois intenses. Dans ce pays grand comme trois fois la France, vivent quelques 50 millions d'habitants. Même si ce chiffre, qui date de 2024, n'a plus beaucoup de sens aujourd'hui, puisque des millions de Soudanais ont été contraints ces deux dernières années de fuir leur pays. Longtemps, Le Soudan était encore plus grand que cela. C'était même le plus grand pays d'Afrique. Mais depuis 2011, le Sud-Soudan, peuplé majoritairement de chrétiens animistes, a pris son indépendance vis-à-vis du Nord, l'actuel Soudan donc, qui compte, lui, une majorité de population arabo-musulmane. Car il faut le dire, le Soudan, situé au carrefour entre le monde arabe et l'Afrique subsaharienne, est marqué par une très grande diversité ethnique, linguistique, et culturelle. Parlons alors d'histoire. L'histoire récente du Soudan, elle a été marquée au fer rouge par la dictature d'un homme, Omar el-Bechir, arrivé au pouvoir en 1989 suite à un coup d'état militaire. Il mettra en place une dictature fondée sur la charia qui réprime les opposants, bafoue les droits humains, censure les médias, fait régner l'ordre par la terreur et installe une hiérarchie des populations entre les élites arabes et les autres ethnies. Son mandat sera notamment marqué par la répression brutale de soulèvements rebelles au Darfour. En s'appuyant sur des milices qu'on appelle les milices djandjawid, le régime El-Bechir va conduire une répression sanglante, y compris des populations civiles. On considère que les massacres ont fait près de 300 000 morts, ce qui vaudra à Omar El-Bechir d'être poursuivi pour génocide par la Cour pénale internationale. En tout, le dictateur restera 30 ans au pouvoir. Mais en 2018-2019, une grave crise économique entraîne des manifestations et des soulèvements, en particulier à Khartoum, la capitale. L'armée dépose le dictateur El-Bechir et, à ce moment-là, fait naître un immense espoir au sein de la population. Mais cet espoir sera malheureusement d'assez courte durée. Car si, dans un premier temps, un gouvernement de transition est installé, mêlant civils et militaires, ce gouvernement est renversé par l'armée en 2021. L'armée qui veut reprendre un contrôle total. Seulement voilà. En réalité, il n'y a pas une, mais deux armées au Soudan. L'armée régulière, commandée par le général Abdel Fattah al-Bourhan, et une milice paramilitaire appelée FSR, les Forces de soutien rapide, qui est l'héritière des milices Janjawid, sur lesquelles justement Omar el-Bechir s'était appuyé pour écraser les mouvements rebelles au Darfour. Et ces FSR, elles sont commandées par un certain Mohamed Hamdan Daglo, surnommé le général Emeti. Dans un premier temps, ces deux généraux collaborent. Mais en 2023, c'est la rupture. Une guerre de pouvoir éclate entre eux. Ils vont jeter leurs armées l'une contre l'autre. Et depuis lors, c'est une guerre fratricide qui dévaste le Soudan. avec des bilans humains difficiles à établir, mais qui dépasseraient les 150 000 morts. Des millions de personnes sont déplacées, des infrastructures vitales détruites. Une situation absolument dramatique pour les populations locales. Alors, comment a-t-on pu en arriver là? Et quelle perspective possible? C'est ce que l'on va maintenant explorer. Et avec nous pour cela il y a Rislène Kounda, bonjour.
