
Depuis près de trois ans, les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF) s'affrontent au Soudan, plongeant le pays dans la violence. La population est particulièrement vulnérable. L'ONU estime que 60% des Soudanais ont besoin d'une aide u...
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Antoine Duhartz
Le pays est déchiré par la violence
Sarah Pousset
depuis plus d'un an. Le résultat de luttes entre deux généraux qui se disputent le contrôle du pays. Plus de 7 millions de personnes ont fui leur maison pour trouver refuge ailleurs.
Antoine Duhartz
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés pour un épisode qui va nous emmener au Soudan, un pays déchiré depuis des années par une guerre qui a déjà fait plus de 150 000 morts. C'est de l'avis de nombreuses ONG et agences de l'ONU l'une des plus graves crises humanitaires du monde. Et pourtant, elle semble presque oublier cette guerre, loin de la une des médias occupés par l'Iran, l'Ukraine ou encore Gaza. Alors dans cet épisode des clés, on va essayer de comprendre les ressorts de cette guerre au Soudan et ses conséquences absolument dévastatrices pour les populations civiles.
Rislène Kounda
La première, les clés.
Arnaud Reussen
C'est clair qu'il nous faut un feu
Rislène Kounda
de cesse au Soudan.
Antoine Duhartz
Nous devons arrêter cette carnage. Les mots sont du secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres. Il faut un cessez-le-feu, il faut arrêter le carnage au Soudan. Il parle d'une guerre en cours depuis 2023, mais plongé dans l'histoire du Soudan, c'est remonter le fil d'une bien plus longue histoire douloureuse qui, avant cela, avait déjà fait des centaines de milliers de morts. Commençons, comme on le fait souvent, par regarder une carte. Le Soudan se situe dans le nord-est de l'Afrique, juste en dessous de l'Égypte, et compte près de 800 km de côte sur la mer Rouge. Ces paysages sont très contrastés. Au nord, de grandes étendues désertiques. Au centre, la vallée du Nil, entre le Nil blanc et le Nil bleu, propice aux cultures. A l'ouest, dans le Darfour, on trouve d'anciens volcans avec un sommet à plus de 3000 mètres d'altitude. Tandis qu'au sud, le paysage alterne entre savane et zone marécageuse, avec un climat tropical marqué par des épisodes de pluie parfois intenses. Dans ce pays grand comme trois fois la France, vivent quelques 50 millions d'habitants. Même si ce chiffre, qui date de 2024, n'a plus beaucoup de sens aujourd'hui, puisque des millions de Soudanais ont été contraints ces deux dernières années de fuir leur pays. Longtemps, Le Soudan était encore plus grand que cela. C'était même le plus grand pays d'Afrique. Mais depuis 2011, le Sud-Soudan, peuplé majoritairement de chrétiens animistes, a pris son indépendance vis-à-vis du Nord, l'actuel Soudan donc, qui compte, lui, une majorité de population arabo-musulmane. Car il faut le dire, le Soudan, situé au carrefour entre le monde arabe et l'Afrique subsaharienne, est marqué par une très grande diversité ethnique, linguistique, et culturelle. Parlons alors d'histoire. L'histoire récente du Soudan, elle a été marquée au fer rouge par la dictature d'un homme, Omar el-Bechir, arrivé au pouvoir en 1989 suite à un coup d'état militaire. Il mettra en place une dictature fondée sur la charia qui réprime les opposants, bafoue les droits humains, censure les médias, fait régner l'ordre par la terreur et installe une hiérarchie des populations entre les élites arabes et les autres ethnies. Son mandat sera notamment marqué par la répression brutale de soulèvements rebelles au Darfour. En s'appuyant sur des milices qu'on appelle les milices djandjawid, le régime El-Bechir va conduire une répression sanglante, y compris des populations civiles. On considère que les massacres ont fait près de 300 000 morts, ce qui vaudra à Omar El-Bechir d'être poursuivi pour génocide par la Cour pénale internationale. En tout, le dictateur restera 30 ans au pouvoir. Mais en 2018-2019, une grave crise économique entraîne des manifestations et des soulèvements, en particulier à Khartoum, la capitale. L'armée dépose le dictateur El-Bechir et, à ce moment-là, fait naître un immense espoir au sein de la population. Mais cet espoir sera malheureusement d'assez courte durée. Car si, dans un premier temps, un gouvernement de transition est installé, mêlant civils et militaires, ce gouvernement est renversé par l'armée en 2021. L'armée qui veut reprendre un contrôle total. Seulement voilà. En réalité, il n'y a pas une, mais deux armées au Soudan. L'armée régulière, commandée par le général Abdel Fattah al-Bourhan, et une milice paramilitaire appelée FSR, les Forces de soutien rapide, qui est l'héritière des milices Janjawid, sur lesquelles justement Omar el-Bechir s'était appuyé pour écraser les mouvements rebelles au Darfour. Et ces FSR, elles sont commandées par un certain Mohamed Hamdan Daglo, surnommé le général Emeti. Dans un premier temps, ces deux généraux collaborent. Mais en 2023, c'est la rupture. Une guerre de pouvoir éclate entre eux. Ils vont jeter leurs armées l'une contre l'autre. Et depuis lors, c'est une guerre fratricide qui dévaste le Soudan. avec des bilans humains difficiles à établir, mais qui dépasseraient les 150 000 morts. Des millions de personnes sont déplacées, des infrastructures vitales détruites. Une situation absolument dramatique pour les populations locales. Alors, comment a-t-on pu en arriver là? Et quelle perspective possible? C'est ce que l'on va maintenant explorer. Et avec nous pour cela il y a Rislène Kounda, bonjour.
Rislène Kounda
Bonjour.
Antoine Duhartz
Vous êtes journaliste ici à la rédaction de l'RTBF et vous êtes l'une de nos spécialistes de l'Afrique. Alors on va essayer de comprendre ce qui se joue là depuis 2023 en particulier. C'était important sans doute d'abord de reprendre un petit peu de champ historique pour comprendre d'où on venait. Mais donc depuis 2023, on a ces deux forces armées, en quelque sorte ces deux généraux qui s'affrontent alors que jusque-là sous Omar el-Bechir et même ensuite ils étaient alliés. Est-ce qu'on peut expliquer comment on en est arrivé à cette situation du coup absolument dramatique, on l'a dit, pour les populations civiles?
Rislène Kounda
Oui, alors en effet, lorsque la guerre a commencé en avril 2023, donc il y a presque trois ans, c'est intervenu trois ans après la révolution qui a destitué Omar el-Bechir. Omar el-Bechir qui a demandé à ses deux généraux de tirer dans la foule parce qu'il y avait des millions de personnes qui étaient descendues et qui avaient pris d'assaut les sites stratégiques du pays pour réclamer plus de démocratie, pour réclamer Un Soudan sans tribalisme, sans racisme, sans suprématie arabe sur les communautés et les autres ethnies. Et finalement, ils ont refusé de tirer dans la foule et ils se sont alliés pour désituer Omar al-Bashir. Ils se sont ensuite entendus avec les civils pour mettre en place un gouvernement de transition pendant deux ans. Pendant cette période-là, une commission ministérielle a enquêté sur la mainmise de certains militaires sur les richesses du pays. Et donc ils se sont inquiétés. Donc finalement, les deux généraux se sont dit qu'au bout de deux ans, même s'il y a eu un accord avec les civils, on ne va pas céder le pouvoir aux civils et donc on va le garder. Donc c'est comme ça qu'ils ont décidé qu'au bout de deux ans, ils allaient garder le pouvoir. Quelques temps plus tard, le général al-Bourhan, qui était à la tête, qui est toujours à la tête de l'armée soudanaise, a demandé aux forces des FSR d'intégrer l'armée sous son commandement, ce que Hémetti a refusé. Alors derrière ce refus, et c'est comme ça qu'ils sont rentrés en guerre, il y a lieu d'expliquer en fait quels sont les intérêts et les enjeux qu'il y a derrière ce conflit. Donc il y a évidemment un enjeu de pouvoir, mais il y a également un enjeu économique de pouvoir parce que ce sont deux personnalités qui ont une histoire parallèle, différente dans le Soudan, c'est-à-dire que le général Abdel Fattah el-Bourhan dont l'armée occupe aujourd'hui, on dira maintenant, la moitié est du pays, est un homme du Sérail. Donc il est issu de ce régime, de l'ancien régime qui est tombé, donc islamiste, minitaro-islamiste, un régime qui était gangréné par le népotisme, cleptocrate, et lui-même avait la mainmise sur les richesses du pays. Et donc, si on prend une carte que vous avez bien décrite tout à l'heure, c'est qu'à l'Est, il occupe donc finalement un territoire où se situe l'entrée du pays par Port-Soudan, qui donne sur la mer Rouge. En face, il y a les pays du Golfe. C'est une partie aussi du pays qui intègre le Nil, le Nil bleu, le Nil blanc, qui se rejoint dans la ville, la capitale, Khartoum, entourée par des terres fertiles. Il y a également des mines d'or. C'est un pays qui est riche en mines d'or. Et son objectif à lui, c'est plutôt de unifier le pays. Face à lui, il y a ce fameux Emeti, surnommé Emeti, donc Mohamed Hamdan Dagolo, qui lui, est issu du Darfour. C'est un enfant du Darfour. Donc c'est ses territoires, en fait, sa base territoriale. C'est une région, elle, plus isolée. aux confins du Tchad, donc plutôt tourné vers le Sahel. Et son but, alors on ne sait pas si c'est vraiment unifier, il n'a pas la crédibilité pour unifier le pays puisqu'il s'est illustré avec des massacres terribles pendant ce conflit, mais c'est aussi peut-être de morceler le pays. On ne sait pas encore si c'est vraiment son objectif.
Antoine Duhartz
Mais donc, on a bien compris qu'on a là deux hommes qui ont eu tous les deux une vie dans le régime d'Omar el-Bechir et un rôle déjà très important à l'époque, qui ont joué un rôle à un moment donné dans le renversement d'Omar el-Bechir, mais qui, quand ils ont compris, c'est ce que vous nous dites, l'armée allait perdre beaucoup de pouvoirs, se sont entendus pour dire mais non en fait on le garde, on va surtout pas donner le pouvoir aux civils, on va garder ce pouvoir. Mais après, une fois qu'ils ont repris le pouvoir ensemble, là sont apparues des divergences extrêmement fortes entre eux, sur à la fois, vous le dites, le contrôle du pouvoir, le contrôle des ressources, le projet même quelque part qu'ils avaient pour le pays. Et depuis lors, donc, c'est la guerre, une guerre avec des forces qui ne sont pas exactement les mêmes. D'un côté, on a l'armée régulière avec plutôt des armes lourdes, une force aérienne un peu à l'ancienne, etc. Et de l'autre côté, des milices qui vont mener plutôt une forme de guérilla avec notamment des drones, etc. Mais c'est une guerre extrêmement violente et extrêmement meurtrière qui dure depuis avril 2023.
Rislène Kounda
Oui, tout à fait. En fait, les deux commettent des exactions depuis le début de cette guerre. Et d'ailleurs, l'ONU qualifie cette guerre comme ayant engendré la pire crise humanitaire au monde. En particulier, les FSR se sont illustrés. Ils sont connus pour leur barbarie, c'est-à-dire que de nombreuses ONG ont répertorié des crimes qui pourraient être qualifiés de crimes de guerre. D'ailleurs la CPI a ouvert une enquête pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité. On parle d'un nettoyage ethnique. Alors les FSR aujourd'hui sont soutenus par les émirats arabes unis qui leur ont apporté en fait une aide militaire, notamment des drones. Et c'est important de dire qu'en fait chaque camp est soutenu par des forces, des puissances extérieures. Je dirais les émirats arabes unis soutiennent les FSR tandis que l'armée régulière soudanaise est soutenue par l'Arabie Saoudite, l'Égypte et aussi l'Iran.
Antoine Duhartz
On voit ici toute la complexité de l'enjeu. On a donc deux camps qui s'affrontent de manière extrêmement dure. Une guerre de pouvoir, une guerre aux motivations économiques, territoriales, sur fond aussi de tensions interethniques qui demeurent et se superposent à ce conflit, même si elles ne sont pas directement ici à l'origine de cette guerre. Et puis, il y a le fait que chaque camp dispose de soutien extérieur. Et Métis est surtout soutenu par les Émirats arabes unis, mais aussi indirectement par la Russie, via des réseaux privés. Et de l'autre côté, l'armée soudanaise régulière, elle, est soutenue plus ou moins directement par l'Égypte, par l'Iran, ou encore par l'Arabie saoudite, même si cette dernière tente d'apparaître comme possible médiatrice dans le conflit. Bref, Certains États qui sont alliés sur le front soudanais s'affrontent par ailleurs depuis l'intervention américano-israélienne en Iran. Et à l'inverse, certains pays qui soutiennent des intérêts opposés au Soudan se retrouvent aujourd'hui dans le même bateau face à la République islamique d'Iran. Tout ça rend très, très hypothétique une sortie de conflit, alors que, on va le voir avec Sarah Poussey, la situation pour les populations civiles soudanaises est aujourd'hui littéralement catastrophique.
Sarah Pousset
Le Soudan était déjà un territoire très vulnérable avant le début de la guerre. Mais depuis, toutes ces vulnérabilités se sont exacerbées pour mener à ce que l'ONU qualifie de «pire crise humanitaire et de déplacement dans le monde». Depuis avril 2025, 15 millions de personnes ont quitté leur lieu de vie. 4 millions d'entre elles ont fouilli vers les pays voisins comme l'Egypte, le Soudan du Sud, le Tchad ou l'Ethiopie. Mais les 11 millions de déplacés restants ont fouilli au sein du pays et quittent les régions en guerre vers des zones souvent déjà désœuvrées. Ces personnes se rassemblent donc dans des camps de fortune, sans eau potable. Vu les conditions sanitaires, les maladies comme le choléra se répandent rapidement. Les Nations Unies estiment que 30 millions de personnes ont besoin d'une aide humanitaire urgente. Sur une population totale de 50 millions de personnes, ça concerne donc environ 60% des Soudanais. L'insécurité alimentaire atteint aussi des niveaux extrêmement alarmants. La famine a été documentée dans au moins 5 zones du pays, notamment dans le nord du Darfour et le Corde-Franc du Sud. Et comme souvent, les enfants sont touchés en premier, ils souffrent de malnutrition et de nombreuses maladies. L'UNICEF souligne aussi que 80% des enfants soudanais ne sont plus scolarisés et plusieurs centaines sont recrutés en enfants soldats. Ces conditions de vie inhumaines s'ajoutent à un contexte d'extrême violence à l'encontre des civils, documenté notamment par le haut commissaire au droit de l'homme, Volker Türk.
Arnaud Reussen
Les corps des femmes et des filles soudanaises sont instrumentalisés pour terroriser les communautés. En 2025, nous avons recensé plus de 500 victimes de violences sexuelles, notamment des viols, des viols collectifs, des actes de torture sexuelle et d'esclavage ayant parfois entraîné la mort.
Sarah Pousset
Dans son rapport pour l'année 2025, le Haut-Commissariat dénombre plus de 11 000 civils tués par les parties prenantes au conflit.
Antoine Duhartz
Et avec nous pour évoquer cette situation, il y a Muriel Boursier qui est avec nous en direct de El Genena, qui est une ville du Darfour, proche de la frontière avec le Tchad. Bonjour Muriel Boursier.
Muriel Boursier
Bonjour.
Antoine Duhartz
Merci d'être avec nous. Vous êtes coordinatrice d'urgence pour MSF au Darfour. Est-ce que vous pouvez d'abord nous décrire la situation à laquelle vous, vous devez faire face dans une ville comme celle-là aujourd'hui, El Genena, face à cette situation politique, géopolitique que l'on vient de décrire? Comment est-ce que vous décririez les conséquences pour les populations civiles que vous tentez d'aider autant que possible au quotidien?
Muriel Boursier
Je suis Basel Jenina, mais nous soutenons des interventions sur l'ensemble du territoire. MSF est présent sur l'ensemble du territoire soudanais, dans 9 États, parmi les 18 États présents. Nous soutenons au total à peu près 17 hôpitaux, ainsi que 13 centres de santé primaires. Je pense que la caractéristique principale de ce conflit, ça a été mentionné, c'est la brutalité de cette guerre et les niveaux extrêmes de violence infligés aux populations civiles, qui ont abouti effectivement à ces déplacements massifs de populations. Nous, en tant qu'organisation humanitaire, le défi auquel on est confronté en permanence, c'est de prioriser les besoins les plus importants, les populations les plus vulnérables, dans un pays où, dans chaque village ou dans chaque ville, on pourrait ouvrir une intervention. Nous-mêmes ayant pour mandat principal l'action humanitaire médicale, nous constatons que les structures de santé sont écroulées, que les systèmes d'aide aux populations sont complètement dysfonctionnels et par conséquent, nous essayons d'apporter une aide d'urgence aux populations dans différents endroits à travers le territoire.
Antoine Duhartz
Oui, on imagine que c'est extrêmement compliqué et puis que même pour les humanitaires, cette situation de combat permanent avec des moyens conventionnels et moins conventionnels rend aussi le fait d'acheminer l'aide humanitaire, de venir en aide à la population dangereux pour ceux qui opèrent. Donc tout ça rend très compliqué aussi le déploiement d'une aide humanitaire. dans un pays dont vous nous avez décrit à quel point il est aujourd'hui dans une crise épouvantable, avec des dizaines de millions de personnes qui sont obligées de vivre loin de chez elles, dans des campements, on l'imagine, de fortune.
Muriel Boursier
Alors effectivement, les conditions d'opération sont compliquées. Il y a bien sûr des préoccupations de l'ordre sécuritaire, avec notamment sur les derniers mois, l'intensification des frappes de drones par les deux camps. Et en particulier, il y a eu deux frappes récemment le long de la frontière tchadienne, tout proche du point d'entrée d'Adré, où une grande partie de l'aide humanitaire qui transite vers le Darfour passe. Donc ça, ce sont des... des éléments que nous devons prendre en compte au moment de notre analyse sécuritaire pour déployer les équipes sur le terrain. Il y a les difficultés d'accès géographiques puisque beaucoup de zones sont enclavées, il n'y a plus d'espaces aériens ouverts, donc toutes les opérations se font par voie terrestre avec la présence d'acteurs armés un peu partout sur le territoire. Et puis un climat parfois qui présente ses propres difficultés, des routes peu praticables, notamment pendant la saison des pluies. Donc, il y a tous ces défis logistiques et sécuritaires. Et puis, il y a des considérations aussi d'ordre politique ou, disons, des barrières administratives qui peuvent être mises en place par les différents partis au conflit, selon un petit peu l'évolution du contexte et l'évolution des négociations qui ont cours avec les différents partenaires humanitaires. Donc, voilà, c'est vrai que c'est un environnement, disons, complexe.
Antoine Duhartz
On l'évoquait, il y a le risque aussi de maladie, d'épidémie, on parle de choléra, de rougeole, de paludisme lié à de la malnutrition, au manque d'eau, aux conditions sanitaires extrêmement difficiles. Vous craignez que si ça continue encore, ce soit un drame encore bien pire, qu'on puisse vivre au Soudan s'il n'y a pas de solution qui peut être trouvée à court ou moyen terme?
Muriel Boursier
Alors, c'est sûr qu'en fait, il est très difficile, j'imagine, pour beaucoup de gens, d'imaginer les conditions de vie des populations ici. Vraiment, la plupart des familles luttent pour avoir le minimum requis pour vivre au quotidien. C'est comme on l'a dit, 10 millions de déplacés internes qui vivent dans des camps de fortune, qui n'ont pas accès, disons, journalier à l'eau, à l'alimentation, et donc effectivement un système de santé effondré avec une couverture vaccinale notamment minimum, ce qui provoque de façon très régulière des épidémies. Donc c'est vrai qu'on a eu le choléra en fin d'année 2025, suivi d'une épidémie de rougeole. On est constamment un peu dans l'attente de la prochaine épidémie et c'est bien sûr les populations les plus fragiles, donc les enfants en bas âge, les femmes enceintes en âge de procréer, qui sont les plus exposés à toutes ces maladies. Et je pense qu'il y a aussi de la violence sexuelle comme un marqueur de ce conflit. MSF, entre janvier 2024 et fin 2025, a pris en charge près de 3400 victimes de violences sexuelles, dont 97% étaient bien sûr des femmes, mais on a bien conscience que c'est uniquement les personnes auxquelles on a eu accès, sachant qu'on n'est pas présents sur l'intégralité du territoire et qu'on sait que c'est un c'est stigmatisant et que la plupart des victimes ne cherchent pas forcément d'appui dans ces circonstances-là. Et puis ensuite, il y a toutes les blessures psychologiques des populations qui sont impossibles à mesurer et ce sont des générations entières traumatisées et ayant vécu des horreurs, souvent ayant vu des membres de leur famille proche mourir sous leurs yeux, être maltraités, ayant fui, traverser la faim, la soif, les mauvais traitements, des heures de voyage dans des conditions très difficiles. Donc voilà, ce sont tous les éléments moins tangibles, mais qui vont marquer ces populations toute leur vie durant et qui seront indélébiles, je dirais. Et donc plus ce conflit se prolonge, plus le nombre de personnes à qui sont infligées ces niveaux de violence-là est en augmentation.
Antoine Duhartz
En très bref, Rizlen Kounda, est-ce qu'il y a des perspectives, de solutions possibles, des pistes qui pourraient mettre fin à ce conflit qui dure déjà depuis donc avril 2023?
Rislène Kounda
Alors, il y a des tractations diplomatiques qui sont menées par les États-Unis et qui ont composé un quart tête, composé lui-même de quatre pays, dont l'Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, l'Égypte et les États-Unis, donc des pays qui sont finalement en soutien de part et d'autre de chaque camp. Il y a une feuille de route qui a été émise, mais sur laquelle les deux généraux ne sont pas d'accord. Le général Al-Bourhan réclame la capitulation des FSR, ce que Hemeti, bien sûr, refuse. Il y a aussi le refus de la part d'Hemeti d'intégrer l'islamisme dans le prochain régime. Et puis, c'est compliqué comme quart-tête puisque finalement, et même les États-Unis sont mal pris, puisque eux-mêmes sont les alliés des deux pays, que sont les Emirats Arabes Unis et aussi l'Arabie Saoudite, qui soutiennent de part et d'autre chacun.
Antoine Duhartz
Pratiquement trois ans, maintenant, après le début de cette guerre, On peine donc pour l'heure à entrevoir une possible sortie de crise, malgré ce bilan humain extrêmement lourd et le fait, par exemple, qu'aujourd'hui, près de la moitié de la population soudanaise souffre d'insécurité alimentaire aiguë. Voilà, c'était les clés en podcast de la première. Si vous souhaitez aller plus loin sur le sujet, on vous recommande de vous abonner au podcast Récits d'Afrique de Rislène Kounda. Merci aussi à Muriel Boursier pour MSF depuis le Darfour, à Antoine Duhartz pour la réalisation sonore de cet épisode. A la préparation, il y avait Sarah Pousset et Arnaud Reussen. Et si vous souhaitez nous écrire, je vous rappelle l'adresse à laquelle vous pouvez le faire, lesclés.rtbf.be. Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
Podcast par RTBF, épisode du 22 mars 2026 – animé par Antoine Duhartz, avec Rislène Kounda, Sarah Pousset, Arnaud Reussen, et l’intervention de Muriel Boursier (MSF)
Cet épisode de 30 minutes de "Les Clés" plonge au cœur du conflit soudanais, ses racines historiques, ses dynamiques internes, la férocité qui l’alimente depuis avril 2023, et surtout, l’ampleur dramatique de la catastrophe humanitaire qui en découle. Antoine Duhartz et ses invité·es décryptent la rivalité meurtrière entre deux généraux, les puissants enjeux régionaux et internationaux, et donnent la parole à une intervenante humanitaire sur le terrain pour rendre compte de la réalité vécue par des millions de civils.
Résumé historique & géographique (00:05 – 07:34)
La dualité militaire et l’échec de la transition (07:00 – 11:04)
Citation – Rislène Kounda, sur les généraux et la confiscation du pouvoir (07:34):
“Au bout de deux ans, même s’il y a eu un accord avec les civils, on ne va pas céder le pouvoir aux civils et donc on va le garder. C’est comme ça qu’ils ont décidé qu’au bout de deux ans, ils allaient garder le pouvoir.”
Nature des forces en présence & méthodes de guerre (11:04 – 12:06)
Soutiens internationaux (12:06 – 13:04)
Citation – Antoine Duhartz, sur l’imbrication des alliés (13:04):
“Certains États, qui sont alliés sur le front soudanais, s’affrontent par ailleurs [...] Tout ça rend très, très hypothétique une sortie de conflit.”
Données chiffrées & premières conséquences (14:32 – 16:39)
Conditions sur le terrain – intervention de MSF (16:51 – 21:05)
Citation – Muriel Boursier, MSF (17:15):
“La caractéristique principale de ce conflit, ça a été la brutalité de cette guerre et les niveaux extrêmes de violence infligés aux populations civiles, qui ont abouti effectivement à ces déplacements massifs.”
Citation – Muriel Boursier, sur la violence et l’envergure du traumatisme (21:05):
“Ce sont des générations entières traumatisées et ayant vécu des horreurs, souvent ayant vu des membres de leur famille proche mourir sous leurs yeux [...]. Ces éléments vont marquer ces populations toute leur vie durant et seront indélébiles.”
Initiatives et obstacles à la sortie de crise (23:31 – 24:37)
Citation – Rislène Kounda, constat pessimiste (24:37):
“On peine donc pour l’heure à entrevoir une possible sortie de crise, malgré ce bilan humain extrêmement lourd.”
Un épisode dense et poignant qui révèle, à travers analyses, chiffres et témoignages, la profondeur du drame soudanais. Les intervenant·es font ressortir la complexité géopolitique du conflit, la banalisation de l’extrême violence, et la détresse quotidienne des Soudanais·es – tout cela sur fond d’impasse politique et de désintérêt médiatique international.
Résumé préparé à partir du verbatim d’épisode, respectant le style informatif, précis et empathique de l’émission.