
Nos besoins en électricité ne font qu’augmenter dans le contexte de la transition énergétique. Mais en parallèle, seuls deux réacteurs nucléaires tournent encore en Belgique, et la construction de nouvelles centrales n’est pas espérée avant 2039, au mieux. Notre pa...
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Arnaud Reussen
L'idéologie anti-nucléaire s'est fracassée sur le mur de la réalité. La première... Nos besoins en électricité vont s'envoler au cours des prochaines années.
Narrator/Host
Doul et Tiange, on connaît les deux sites retenus pour la construction des deux nouvelles centrales nucléaires de nouvelle génération. Les Clés, Arnaud Reussen.
Arnaud Reussen
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans Les Clés pour un épisode où l'on va tenter de répondre à cette question. Va-t-on manquer d'électricité dans les années qui viennent en Belgique ? Si on se pose la question, c'est parce qu'en 2025, on a importé pas mal d'électricité, été comme hiver. C'est aussi parce qu'on n'a plus que deux réacteurs nucléaires qui tournent. Or, on sait désormais que si l'on doit construire de nouvelles centrales nucléaires, ce ne sera pas avant 2039 au.
Interviewer
Mieux. Alors, qu'est-ce que tout cela dit.
Arnaud Reussen
De notre marché électrique, de son futur et des problèmes éventuels qui pourraient se poser ? Prenons 27 minutes pour tenter d'y.
Narrator/Host
Voir clair. « La.
Arnaud Reussen
Première, les clés. » Commençons par un petit coup d'œil sur le tableau électrique de la Belgique aujourd'hui, en 2026. Notre pays, qui historiquement avait fait reposer une bonne part de sa consommation sur son nucléaire, dispose de moins en moins de réacteurs actifs. Si jusqu'en 2022, notre pays pouvait encore disposer de 7 réacteurs nucléaires en état de marche, aujourd'hui, il n'y en a plus que 2 qui sont opérationnels et actifs. En parallèle, notre pays développe aussi son renouvelable. Aujourd'hui, plus de 30% de l'énergie produite en Belgique provient des énergies renouvelables, principalement des éoliennes en mer et sur terre et des panneaux photovoltaïques. Plus de 40% d'électricité produite par du renouvelable. Et ce qui n'est pas produit par du nucléaire ou du renouvelable, il est en gros produit par des centrales au gaz. Mais voilà, si l'on regarde l'année 2025, on voit que tout cela ne suffisait pas pour subvenir aux besoins de la Belgique. On a dû importer de l'électricité produite chez nos voisins. Alors, faut-il s'en inquiéter ? C'est ce que l'on va voir avec Francesco Contino. Il est professeur en polytechnique à l'UCLouvain, spécialiste de l'énergie. Il analyse pour nous les données de l'année 2025 avec d'abord un constat. On est aujourd'hui dans un.
Francesco Contino
Paysage électrique en grande transformation. Oui donc on augmente pas mal le renouvelable, chaque année on bat de nouveaux records et donc ça c'est plutôt bien au total de ce qui est produit en renouvelable l'année passée surtout grâce au solaire. Mais c'est vrai que dans le même temps on perd du nucléaire et on n'en est plus qu'à 2 gigawatts sur les 6 qu'on avait initialement. Et quand on regarde les derniers rapports d'Elia qui a fait un petit peu la somme de ce qui s'est passé en 2025 et on voit l'évolution depuis environ 2022-2023 où là on avait un équilibre entre ce qui était produit sur toute l'année et ce qu'on avait importé. Maintenant depuis 2024 et 2025 on n'arrête pas de battre des records d'importation. environ 10 TWh voire un peu plus ont été importés sur les 80 qu'on consomme sur l'année. Donc effectivement, de plus en plus d'importations essentiellement de France et.
Interviewer
Un petit peu des Pays-Bas. Donc si je reprends vos chiffres, c'est pas loin de 15% de l'électricité qu'on consomme en Belgique qu'on doit faire venir de l'étranger, ça veut dire que On doit considérer aujourd'hui que la Belgique n'est pas, n'est plus autonome dans sa production d'énergie en fonction de ses besoins. Si on.
Arnaud Reussen
N'A pas les voisins, on.
Francesco Contino
Ne s'en sort pas aujourd'hui. Alors si on n'a pas les voisins, on ne s'en sort pas. C'est un petit peu la même chose avec nos voisins. Parfois il faut le voir également comme ça parce que si on regarde la somme de tout ce qui est importé au cours de l'année, on a environ 40 TWh par rapport aux 15 que je disais en net en import. ça veut dire qu'en fait notre pays est une zone de transit également et aide les pays voisins. Il faut le voir un petit peu comme ça quand on voit l'Europe, à mon avis, c'est qu'il faut tous un petit peu se donner la main et s'aider à différentes périodes de l'année ou à différentes périodes de la journée. À mon sens, il ne faut pas viser absolument une autonomie de production. Alors, je ne parle pas ici d'enjeux géopolitiques ou économiques, je pense que je regarde maintenant purement énergétiquement. Si on regarde les études qui se projettent à 2050, c'est beaucoup plus efficace d'avoir une entraide plutôt que de viser chacun.
Interviewer
Sa petite autonomie chez soi. Oui, ça c'est un élément déjà important pour vous. Le futur énergétique de l'Europe, ce n'est pas chaque pays qui essaye de s'assurer de pouvoir couvrir ses besoins à tout moment, à tout instant. C'est l'idée que l'Europe puisse couvrir ses besoins, mais avec des échanges permanents. Il y a des moments où c'est la Belgique qui va aider d'autres. Il y a d'autres moments où c'est d'autres qui vont aider la Belgique. C'est un peu comme ça qu'il faut voir le.
Francesco Contino
Futur de notre marché énergétique. On le voit, c'est possible. Différentes études le montrent. C'est possible au niveau de l'Europe d'être autonome avec les ressources donc renouvelables, défossilisées. Mais par contre, ça entraîne des grandes disparités en termes de ressources. On l'imagine bien. Les îles anglaises sont assez baignées de vent. L'Espagne a beaucoup plus de soleil et donc c'est sûr qu'il va falloir faire circuler sous plein de formes différentes, pas seulement sous forme d'électricité, cette énergie. Et en Belgique, il faut faire le constat qu'on est très fort industrialisé quand même par rapport à ce qu'on a comme.
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Disponibilité en termes de renouvelables. Et donc on est sans doute structurellement amené à dépendre de ce qui va être produit comme énergie, en tout cas en matière de renouvelables. ailleurs que sur notre territoire. Ceci dit, Francesco Contino, on sait aussi que le gouvernement actuel, l'Arizona, a fait le choix d'investir dans le futur dans le nucléaire en plus du renouvelable, en estimant que c'est nécessaire justement pour le futur énergétique de la Belgique. Et là, on l'a bien compris, on va avoir potentiellement une difficulté, c'est-à-dire que pour le moment, on a deux réacteurs en fonction. Ce n'est pas du tout certain qu'on puisse en remettre d'autres en fonction parmi les existants, alors que le gouvernement l'espérait. Et puis, on apprend aussi via une étude réalisée par Elia, commanditée par Elia, qu'on n'aura pas de nouveaux réacteurs nucléaires en Belgique avant au mieux 2039. Mais d'autres sources disent que ce sera plutôt 2040, voire 2050. Est-ce que là, dans l'intervalle, on ne risque pas d'avoir un problème, une fragilité de la Belgique si on n'a que deux réacteurs en fonction ? Et encore ces deux réacteurs, on n'est pas sûr qu'on va les prolonger.
Francesco Contino
Au-Delà des dix ans qui viennent. Oui, là, c'est vraiment très, très difficile de pouvoir estimer précisément pour deux grandes raisons. C'est que c'est évidemment difficile de savoir la trajectoire du renouvelable au cours du temps. Ça dépend d'énormément de choses, de la préparation du réseau, des informations plutôt d'ordre économique, des informations plutôt d'ordre géopolitique, d'accès à la ressource renouvelable. des règles de marché. Donc on ne sait pas dire précisément comment va évoluer le renouvelable. Et en plus, la deuxième raison, c'est qu'on ne sait pas comment va évoluer la demande. Et ça c'est assez troublant pour ceux qui analysent, je pense, ce système énergétique. Et d'ailleurs, il y a, dans leur rapport, prévoit une augmentation de cette consommation d'électricité. Et ça répond à toute une série de logiques. Nous aussi, quand on fait des prévisions, je dirais, technico-techniques, On prévoit une augmentation de cette consommation, les derniers rapports du vitaux également, mais... Elle n'augmente pas. Donc, les dernières années, on reste toujours plus ou moins à 80 TWh, alors que, je ne sais pas, autour de nous, on sent bien qu'il y a cette tendance à l'électrification. On parle énormément des voitures électriques, on parle des pompes à chaleur, on parle de l'électrification de l'industrie. Et pourtant, dans les chiffres, ça ne se passe pas. Cette tendance à augmenter la consommation n'est pas vraiment là. Et dans le même temps, le renouvelable, on ne sait pas exactement où il va arriver, même si chaque année il bat des records. Donc dire si on va manquer ou pas, c'est très difficile pour l'instant. Je pense que des entreprises, et il y a le transport d'électricité, a toute une série de prévisions qu'ils font, qu'ils doivent faire. pour être prêts, mais c'est presque de l'ordre de la boule de cristal à certains moments. Ce qu'on sait, c'est qu'on a encore de la marge à la fois dans les centrales au gaz, alors c'est un petit peu triste parce que c'est du gaz fossile, et dans les imports, et donc c'est pas demain qu'on va avoir des problèmes d'approvisionnement a priori, mais il y a encore beaucoup de choses qu'on ne.
Arnaud Reussen
Sait pas par rapport au futur. Ça, c'est un constat plutôt interpellant. Si aujourd'hui, et dans un horizon proche, nous n'avons pas de problème pour couvrir la demande d'électricité, en conjuguant le nucléaire qu'il nous reste, le renouvelable, qui ne fait que se développer, et le gaz, pour la suite, par contre, les données sont beaucoup moins claires. D'abord, parce qu'on ne sait pas à quelle vitesse le renouvelable va pouvoir continuer à se développer. Et ça, ce n'est pas seulement lié à des questions économiques et techniques. Il y a aussi l'acceptabilité au sein de la population des installations d'éoliennes, par exemple, les choix politiques qui seront posés aussi en la matière. Tout cela va conditionner la vitesse de déploiement des énergies renouvelables. Et.
Interviewer
Puis, l'autre élément d'incertitude, c'est que l'on.
Arnaud Reussen
N'A pas de visibilité claire sur l'évolution de la demande. Tout le monde s'attend à ce qu'elle augmente, et pourtant jusqu'ici, elle n'augmente pas. Et ça, c'est très surprenant quand même, car tous les scénarios réalisés par des bureaux d'études, par les administrations, nous disent que tourner le dos au fossile va mécaniquement fortement augmenter nos besoins en électricité. Comment expliquer alors qu'en 2026, cette.
Francesco Contino
Augmentation ne se manifeste pas encore ? Moi, je pense que l'élément central qui fait qu'on n'avance pas, c'est l'incertitude. C'est le fait qu'au pied du mur, quand on doit prendre une décision, on a envie de prendre une décision qui est future proof, où on se dit si je la prends maintenant, surtout que c'est des grosses décisions de transformation, j'ai envie que dans le futur, dans quelques années, une politique X ou Y ne va pas complètement anéantir mes investissements. Alors que tous les signaux disent que pour se défossiliser, on va plutôt électrifier. Moi, ce qui me fait peur, c'est qu'on est un petit.
Interviewer
Peu dans l'attente et que cette incertitude... C'est qu'il y a des signaux contradictoires, des reculs politiques au niveau européen et que donc peut-être aujourd'hui, certains acteurs de marché se mettent un peu en stand-by en disant oui, on sait que pour la décarbonation, on devrait électrifier. Mais comme tout n'est pas clair sur le timing par rapport à nos concurrents hors Europe, etc. Pour le moment, on attend. C'est un.
Francesco Contino
Peu ça qui domine, à votre avis. Oui, moi, ce qui me marque encore énormément, et c'est bien naturel, donc je ne suis pas en train de critiquer, mais c'est qu'on sait que pour défossiliser, il faut arrêter d'utiliser du fossile. Ça, c'est assez simple, c'est enfoncer une porte ouverte. Donc il faut arrêter d'utiliser le charbon. Ça, en Belgique, on n'utilise quasi pas. Il faut arrêter d'utiliser du gaz fossile et il faut arrêter d'utiliser de l'pétrole. Mais le problème, c'est que dans des choix économiques, que ce soit auprès d'industriels, mais même auprès de tout un chacun au niveau résidentiel, on met toujours en regard de ce choix économique l'alternative fossile. Je prends encore l'exemple de la production de chaleur à la maison. On entend telle ou telle association dire en 2025 ou en 2026, encore ce qui est le plus intéressant, c'est d'utiliser une chaudière au gaz. Mais que ce soit possible d'avoir ce choix-là, pour moi, est problématique parce que si on veut se défossiliser, ça ne doit pas être un calcul qui est froidement économique. Ça doit être un calcul qui est orienté vers la prise en compte du dérèglement climatique. Alors c'est peut-être beaucoup trop demandé finalement aux différents acteurs économiques. Et ce que ça invite à faire, c'est d'inclure beaucoup plus dans les règles du jeu ces choix-là. C'est ça qui explique sans.
Interviewer
Doute qu'on est un peu en retard. C'est normal qu'on soit en retard, c'est normal qu'on soit dans le flou et c'est normal que toute une série d'acteurs du marché, que ce soit des entreprises.
Arnaud Reussen
Ou des particuliers, pour le moment, attendent.
Interviewer
Et ne posent pas un.
Francesco Contino
Choix clair en fonction de la transition. Ceci dit, beaucoup d'industriels, il faut le savoir, parce qu'ils ont été exposés à.
Interviewer
ETS déjà depuis de nombreuses années, ETS, c'est le marché du carbone au niveau européen qui.
Francesco Contino
Incite les entreprises justement à décarboner progressivement. Beaucoup, beaucoup d'industriels ont fait des choix déjà très courageux, parfois d'oubaine liée à la crise en Ukraine, pour se défossiliser le plus vite possible. Il reste encore pour eux, c'est des acteurs économiques, de faire le calcul un petit peu froid, de dire mais voilà, moi ça me coûte autant en gaz. En gaz plus le coût CO2, ça me fait autant. L'alternative des fossilisations, ça coûte autant également. Qu'est-ce qui est le plus rentable ? Et ce n'est pas étonnant que pendant la crise en Ukraine, il y avait une poussée, presque une poussée de fièvre de changer les systèmes, alors que.
Arnaud Reussen
Maintenant, on en parle un petit peu moins. Autrement dit, Le marché tel qu'il fonctionne aujourd'hui fait que pour des entreprises, pour des particuliers, il est souvent encore plus avantageux d'un pur point de vue de coût de choisir le fossile plutôt que l'électricité qu'on est en train de décarboner. Si l'on veut que ça change, il faut soit que l'électricité soit moins chère. On sait qu'elle est particulièrement chère aujourd'hui en Belgique. Ou alors que le fossile soit plus cher. Ou même carrément interdit. Ou peut-être faut-il agir un peu sur tout cela à la fois. Ça, ce sont des choix politiques imposés. Des choix potentiellement douloureux s'ils ne sont pas pensés en termes de justice sociale. Mais ce qui est sûr aujourd'hui, c'est que le cap n'est pas suffisamment clair et que le cadre actuel ne nous emmène pas vers la neutralité carbone en 2005 ans. Mais venons-en alors maintenant au cas du nucléaire. On a appris en ce début d'année 2026, suite à une étude commanditée par Elia au bureau d'études Tractebel, que si la Belgique choisit de construire de nouveaux grands réacteurs nucléaires, elle ne pourra en disposer au mieux qu'en 2039, pas avant. Et au vu des retards constatés sur d'autres projets similaires, il vaudrait même mieux envisager, dit le bureau d'études, 2042 voire 2044. Comment expliquer, alors, que cela prenne autant de temps de.
Francesco Contino
Construire de nouvelles centrales ? Réponse de Francesco Conti. Ce n'est pas un volet technique qui bloque, c'est plutôt un volet, je dirais, juridico-règlementaire. Il y a toute une série de règles à respecter. Et je pense que pour les aspects sûreté, c'est assez logique. On a un peu la même approche que dans l'aéronautique. Dès qu'il y a un incident ou un accident, on prend toute une série de leçons de cela pour faire améliorer les choses. Et donc, une centrale nucléaire est extrêmement sûre et elle est sûre parce qu'il y a toute une série de règles à respecter. Mais pour respecter ces règles, et en plus pour respecter toute une série de consultations, d'évolution de notre système juridique qui permet à tout un chacun de pouvoir donner son avis, et ça je pense que pour vivre en société c'est une bonne chose, on augmente les délais. Donc moi je ne suis pas étonné de ce chiffre qui a été annoncé, j'en avais discuté avec des spécialistes justement de la question plutôt juridique. Il me disait, quand on regarde toutes les étapes à franchir, et on est certain qu'avec une centrale nucléaire, il y aura des gens qui seront contre, et donc vont amener toute une série de délais, eh bien, il m'annonçait le chiffre de 15 ans. Et donc, quand vous me dites 2039, plus 2026.
Arnaud Reussen
Plus 13 ans, 15 ans, on y est facilement. Ce que dit aussi le rapport, commandité par Elia, c'est que si on veut installer des grands réacteurs à eau pressurisée d'une puissance de plus d'un gigawatt, si on veut aussi pouvoir construire plusieurs réacteurs sur un même site pour abaisser les coûts, eh bien il faudrait le faire sur les sites actuels des centrales nucléaires belges, Doul en Flandre et Thiange en Wallonie. Ce sont les seuls sites à pouvoir offrir la surface nécessaire, une infrastructure de réseau haute tension robuste et un accès à l'eau pour le refroidissement. Et puis, à la demande d'Elia, l'idée d'installer des réacteurs SMR a également été envisagée. SMR pour Small Modular Reactor, qui sont des réacteurs plus petits que ceux.
Francesco Contino
Que l'on pourrait envisager à doule ou à tiange. Oui, alors c'est petit, mais c'est l'équivalent de 20 éoliennes en mer ou d'une soixantaine d'éoliennes, les belles et grosses éoliennes qu'on installe maintenant sur Terre. C'est déjà pas si petit que ça en termes de puissance. C'est beaucoup plus petit qu'une centrale qu'on connaît actuellement nucléaire. Mais l'avantage, c'est qu'au niveau réglementaire, comme ils sont, je dirais, modulaires, comme ils sont presque produits à la chaîne, c'est beaucoup plus simple parce qu'ils ont été, je dirais, standardisés. Et il y a aussi beaucoup plus de sites favorables pour les installer. Mais ça reste quand même compliqué parce que c'est pas quelque chose qui existe. Il n'y a pas un catalogue de SMR là maintenant. Et surtout, ça reste du nucléaire et donc ça reste soumis à toute une série de.
Interviewer
Règles et de procédures qui sont quand même longues. C'est le temps long. Même le SMR, ce n'est pas dans trois ans non plus.
Francesco Contino
Qu'On pourrait avoir des réacteurs comme ça chez nous. Et surtout, je ne pense pas que le niveau d'urgence qu'on perçoit dans les médias correspond réellement au niveau d'urgence des marchés. Alors c'est vrai qu'il y a beaucoup plus de volatilité. On a encore battu le record de prix négatif l'année passée. Donc ça montre de plus en plus qu'il y a un problème avec le système, mais il reste encore des marges sur le marché. Donc c'est pas comme si demain on était en état de guerre et qu'il fallait absolument.
Interviewer
De manière critique, déployer du nucléaire à tout va. Donc pour le moment, pour les années qui viennent en tout cas, il n'y a pas d'inquiétude majeure sur le fait de manquer d'électricité pour les.
Francesco Contino
Besoins courants de l'économie et des particuliers en Belgique. Pas pour le très, très court terme. Et tout est mis en œuvre, d'après ce que je sais, pour que ça ne pose pas de problème, même à plus long terme. Il y a des signaux d'alerte qui sont émis par Elia, qui fait son travail correctement, mais c'est basé sur toute une série d'hypothèses également. Et je pense qu'il y a après ça, à côté de ça, à côté du technico-technique, comme je l'ai dit, il y a toute une série de choix qui sont des choix plutôt politiques.
Interviewer
Et de société. Il faut pouvoir les assumer également. Petite question alors, on entend que ça prend du temps, le nucléaire, qu'on doit s'engager maintenant pour un résultat à 15, 20 ans pour les plus gros réacteurs, peut-être un peu plus vite pour les SMR. Et en même temps, vous nous disiez qu'on ne savait pas très bien à quelle vitesse on allait pouvoir développer le renouvelable.
Arnaud Reussen
Et l'interconnexion. Est-ce qu'il n'y a pas.
Interviewer
Une incertitude là aussi pour les acteurs qui pourraient déployer le nucléaire demain ? à savoir que peut-être le renouvelable va se développer vite, peut-être qu'il sera moins cher et peut-être que ce nucléaire qu'on construirait pour demain finalement ne serait peut-être pas si intéressant, si avantageux que cela. Est-ce que cette incertitude.
Francesco Contino
Là, elle existe dans le marché de l'énergie aujourd'hui ? Que ce soit pour l'énergie ou pour beaucoup d'autres industries, quand vous installez un asset, vous avez une structure, vous investissez dans cette structure, une centrale, un datacenter, que sais-je, vous voulez qu'il soit utilisé, vous voulez rentabiliser votre investissement. Et une centrale nucléaire, pour qu'elle soit rentable, il faut pouvoir l'utiliser, il faut pouvoir la faire tourner. La question se pose, parce que ce n'est pas un investissement qui est léger, la question se pose à un moment donné de savoir exactement combien on va en utiliser. Les prévisions montrent qu'il y a la place, si la demande évolue. Mais cette demande, elle est, comme je vous disais, très incertaine. Dans un monde où le marché à très long terme n'existe pas vraiment, on voit sur le marché de l'énergie essentiellement à trois ans, alors parfois un peu plus loin grâce à des mécanismes.
Interviewer
Un peu particuliers, c'est très difficile d'investir dans des centrales nucléaires. Ça veut dire que c'est les États alors qui doivent mettre la main au portefeuille ou en tout cas conduire ces investissements parce que pour le marché des entreprises privées, c'est.
Francesco Contino
Trop incertain aujourd'hui le marché de l'énergie ? Oui, je pense que c'est souvent ce qui est avancé comme la solution pour le nucléaire. Si on veut du nucléaire, ça doit être accompagné par l'État parce que c'est un choix qui est éminemment stratégique. Le marché n'a pas été fait pour ça et ce serait probablement injuste de faire poser la responsabilité.
Interviewer
Sur le marché de choix qui sont aussi stratégiques pour un pays. Question alors Francesco Contino, vous avez dit on est dans un climat d'incertitude, incertitude sur le développement du renouvelable, mais on entend aussi quelque part incertitude sur le développement nucléaire parce que même si on décide d'y aller, d'y aller fortement, même si l'État investit, les délais ne sont pas évidents, ça va peut-être prendre 15 ans, ça va peut-être prendre 20 ans. C'est quoi la bonne façon de procéder politiquement ? Alors aujourd'hui, si on veut construire un futur énergétique solide où on a.
Francesco Contino
Suffisamment d'énergie, mais aussi respectant nos ambitions de décarbonation de l'accord de Paris. Probablement qu'il faut viser de faire des choix robustes et ça ne veut pas forcément dire des choix qui prennent en compte toutes les éventualités. Ça veut dire de partir sur ce qu'on sait qui est certain. Ce n'est pas parce qu'on ne sait pas tout qu'on ne peut pas déjà faire des choix clairs. On sait qu'il va falloir beaucoup plus encore de renouvelables. On sait qu'il va falloir jouer sur l'efficacité. Moi, je suis persuadé, mais je pense que c'est encore à démontrer qu'il faut jouer sur la sobriété. Je ne suis pas le seul, donc je pense que de nombreux acteurs commencent à se positionner par rapport à ça. Il y a, par exemple, le GIEC également. Il y a des publications de plus en plus nombreuses qui mentionnent le levier de la sobriété. Il y a toute une série de choses à préciser par rapport à ça et on y travaille. Maintenant, toutes ces choses sur lesquelles on est certain, n'empêche pas qu'il y a encore toute une série de choses qui sont incertaines. Et au fur et à mesure, on apprend et on va enlever ce brouillard sur toute une série de décisions. Mais je pense qu'il ne faut pas se dire, ah oui, on ne sait pas trop, n'avançons pas.
Arnaud Reussen
Non, on continue à avancer. C'est ça qui va nous permettre d'y arriver. On peut, à ce niveau-là, rappeler le fameux trépied de la transition que pointent en général les spécialistes de l'énergie. Il faut agir à la fois sur la substitution d'énergie fossile par des énergies décarbonées, agir sur l'efficacité, c'est-à-dire rendre l'usage de.
Interviewer
L'Électricité le plus efficient possible, et.
Arnaud Reussen
Puis agir sur la sobriété, c'est-à-dire orienter les comportements pour consommer moins d'énergie. Fameux défi, qui n'est donc pas que technique, mais bien aussi politique et sociétal. Et à ce sujet, un.
Interviewer
Dernier point est intéressant à noter.
Arnaud Reussen
Il transparaît dans tout cet état des lieux que l'on vient de faire. C'est que pour réussir la transition, il va aussi falloir de la solidarité entre les pays européens. Ce qui est loin d'être évident dans un moment où la tendance est plutôt au repli au nationalisme. Or.
Francesco Contino
Nous dit Francesco Contino, tout montre qu'en matière d'énergie, on gagne à collaborer. Oui, la littérature scientifique, et là je parle encore une fois au niveau technique, ne fait que montrer que collaborer est beaucoup plus efficace, que ce soit froidement en termes de joules ou de kilowattheures, mais également en termes économiques. Donc la collaboration, c'est la clé. La collaboration européenne est certainement un atout sur lequel on doit jouer. L'incertitude qu'il y a, ou la crainte que j'ai par rapport à ça, c'est que généralement on oublie que l'énergie ne pèse pas lourd dans le PIB. C'est environ 5% à la grosse louche, le poids de l'énergie, ce que ça coûte d'une certaine façon, ce que ça amène comme valeur dans le PIB. Mais par contre, sans énergie, c'est les 100% du PIB qu'on fait disparaître, ou presque. Et donc, je pense qu'on sous-estime, de part le fait qu'il ne prend pas beaucoup de place dans le PIB, on sous-estime le rôle de l'énergie et son apport en termes d'emploi, etc. alors que son rôle est clé dans la transition globale socio-écologique. Donc, collaborer, pour moi, ce.
Arnaud Reussen
Serait la clé pour faciliter toute une série d'autres choses qui en découlent. Voilà pour le message d'un spécialiste de l'énergie qui étudie justement cet enjeu sous toutes ses facettes, pas seulement les aspects techniques. C'était Francesco Contino, professeur à l'UCLouvain. Merci à lui. A la réalisation sonore de cet épisode, il y avait Guillaume Desmet. A la préparation, Sarah Pousset et Arnaud Reussen. Et je vous rappelle que si vous souhaitez.
Host: Arnaud Reussen
Guest: Francesco Contino, professeur à la faculté polytechnique de l’UCLouvain, spécialiste de l’énergie
Date: 11 janvier 2026
Dans cet épisode, Arnaud Reussen analyse la question cruciale : "Va-t-on manquer d’électricité dans les années qui viennent en Belgique ?" Il s’appuie sur l’expertise de Francesco Contino pour détailler l’évolution du mix énergétique belge, la dépendance croissante aux importations, le développement des renouvelables, les incertitudes sur le nucléaire, et les défis d’une planification énergétique dans un contexte plein d’incertitudes. L’émission éclaire les enjeux, explore les solutions et insiste sur l’importance de la collaboration européenne.
Francesco Contino (03:26) :
« On a environ 10 TWh, voire un peu plus, qui ont été importés sur les 80 TWh qu'on consomme sur l'année ... Effectivement, de plus en plus d'importations, essentiellement de France, et un petit peu des Pays-Bas. »
Francesco Contino (04:11) :
« Si on n’a pas les voisins, on ne s’en sort pas aujourd’hui. C’est un peu la même chose avec nos voisins... À mon sens, il ne faut pas viser absolument une autonomie de production. »
Francesco Contino (07:18) :
« C'est difficile de savoir la trajectoire du renouvelable au cours du temps... Et puis la demande, c'est assez troublant... On prévoit une augmentation, mais elle n'augmente pas. »
Francesco Contino (10:57) : « L'élément central qui fait qu’on n’avance pas, c’est l’incertitude... On met toujours en regard de ce choix économique l'alternative fossile... Que ce soit possible d'avoir ce choix-là, pour moi, est problématique... »
Francesco Contino (15:50) : « Ce n’est pas un volet technique... C’est surtout juridico-règlementaire. Il y a toute une série de règles à respecter... Il y aura des gens qui seront contre, et donc vont amener toute une série de délais... »
Francesco Contino (21:44) : « C'est très difficile d'investir dans des centrales nucléaires. Ça veut dire que c’est les États alors qui doivent mettre la main au portefeuille... Le marché n’a pas été fait pour ça... »
Francesco Contino (23:06) : « Probablement qu'il faut viser de faire des choix robustes... Ce n’est pas parce qu’on ne sait pas tout qu’on ne peut pas déjà faire des choix clairs... »
Francesco Contino (25:23) :
« La collaboration européenne est certainement un atout sur lequel on doit jouer... on sous-estime généralement le rôle de l’énergie alors qu’il est clé dans la transition globale socio-écologique. »
L’énergie en Belgique traverse une période charnière, faite de records en renouvelable mais aussi d’incertitudes majeures sur la capacité à satisfaire la demande future sans le recours massif à l’import ou au gaz. La perspective du nouveau nucléaire est lointaine et complexe. Les choix à faire aujourd’hui sont éminemment politiques et doivent s’appuyer sur un « trépied » : plus de renouvelables, meilleure efficacité, plus grande sobriété. Pour réussir la transition et ne pas manquer d’électricité, la clé réside dans la coopération européenne et dans la capacité des gouvernements à donner un cap suffisamment clair pour guider industriels et particuliers.
Résumé conçu pour un usage informatif précis, fidèle au ton analytique et didactique de l’épisode.