Les Clés (RTBF)
Épisode du 9 décembre 2025
Va-t-on vers une grande fusion des communes ?
Brève Vue d’Ensemble
Dans cet épisode, Arnaud Ruyssen s’attarde sur la question de la fusion des communes en Belgique, un sujet qui prend de l’ampleur en raison de la pression financière croissante sur les pouvoirs locaux. L’émission analyse les arguments économiques, politiques et sociaux autour d’éventuelles grandes fusions, s’appuyant sur l’expérience récente de Bastogne et Berthogne, l’exemple flamand, et l’expertise de Jean-Hendrix (professeur d’économie à l’UCLouvain), ainsi que l’analyse journalistique de Marc Sirlerauld. L’épisode pose la question : allier communes pour survivre, est-ce une fatalité ou un pari risqué pour la démocratie locale et la qualité des services publics ?
Points Clés et Insights
1. Contexte et Historique des Communes Belges
- La Belgique comptait 2739 communes en 1831 : chaque village était quasiment une commune.
- Grande vague de fusion en 1977 : réduction drastique à 589 communes (divisé par 4). Encore 565 actuellement, principalement grâce à des fusions volontaires en Flandre ; la Wallonie avance lentement (Bastogne-Berthogne seule fusion récente régulière).
- [01:01 - 02:43]
- Quote: « Volontaires, cela veut dire que ce sont des communes voisines qui, d'elles-mêmes, ont décidé de fusionner. » — Arnaud Ruyssen
2. Pression Financière sur les Communes
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Bas de laine communal en chute : les réserves fondent, les crises récentes pèsent lourd, et la créativité budgétaire devient la règle.
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Réformes impactantes : exclusions du chômage, réduction des dispositifs APE, pensions des fonctionnaires, financement des zones de secours/police.
- [03:08 - 04:04]
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Quote: « Les communes disposaient jusqu'à encore il y a quelques années d'un bas de laine financier... On constate que ce bas de laine a tendance à diminuer, fortement diminuer, et que de nombreuses communes doivent recourir à une créativité certaine pour équilibrer leur budget. » — RTBF (Voix off/analyste)
3. Enjeux et Avantages des Fusions (Jean-Hendrix, économiste)
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Taille critique idéale : 15 000 à 20 000 habitants permet de minimiser les coûts de fonctionnement et personnel par habitant ; 80% des communes wallonnes sous ce seuil.
- [06:03 - 07:34]
- Quote: « Ce qu'elle a révélé, c'est qu'il y a un niveau de population autour de 15 000 à 20 000 qui permet de minimiser, en fait, ce coût de personnel et de fonctionnement par habitant. » — Jean-Hendrix (06:09)
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Services publics renforcés : piscines, halls sportifs, pistes cyclables, infrastructures culturelles ; partage de moyens (flotte, véhicules), gains de coordination, capacité d’agir lors de sinistres/urgences.
- Quote: « Une coordination entre elles, ce sont tous les gains de coordination, le partage de la flotte et des véhicules de travaux communaux, tout ça, permet d'engranger des économies assez importantes en fait. » — Jean-Hendrix (08:20)
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Recrutement facilité : petites entités ont du mal à attirer les profils techniques spécialisées (cybersécurité, marchés publics, financement européen).
- Quote: « C'est difficile pour une petite commune de recruter, mais aussi de retenir son personnel, notamment plus jeune, qui a tendance à vite aller dans des communes plus larges ou dans des grandes villes. » — Jean-Hendrix (08:39)
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Exemple de cybersécurité : mêmes besoins partout, mais capacités disproportionnées.
4. Freins et Obstacles (Marc Sirlerauld, journaliste RTBF)
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Attachement citoyen : la proximité de l'administration et l’accessibilité du bourgmestre sont des valeurs jugées essentielles, générant méfiance et opposition à la fusion.
- [10:08 - 11:14]
- Quote: « Le citoyen, il est très attaché à sa commune, surtout dans les petites communes... ça fait peur, parce qu'ils pensent que leur bourgmestre sera moins disponible et atteignable. » — Marc Sirlerauld (10:14)
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Intérêts et peur de perte de mandats pour les élus locaux : fusion = moins de postes de bourgmestres/échevins, donc résistance politique.
- Quote: « Celui qui est bourgmestre ou celui qui espère le devenir, il ne voit pas toujours d'un bon œil une fusion parce que ça pourrait impliquer qu'il ne le soit plus ou qu'il ne puisse jamais devenir bourgmestre. » — Marc Sirlerauld (11:31)
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Diversité politique et résistance : différences de coalitions politiques entre communes rendent la fusion complexe, sauf si partis dominants sont identiques (ex : PS à Liège & Erstal).
- Quote: « Si vous avez des coalitions différentes, c'est difficile de faire passer un projet de fusion. » — Marc Sirlerauld (12:41)
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Disparité des richesses : communes pauvres souvent sans intérêt à fusionner entre elles, stratégie pour annexer des communes riches (exemple Charleroi et sa banlieue).
- Quote: « La fusion, normalement, le but, c'est qu'avec... en mettant plusieurs communes ensemble, elles soient plus riches, elles se portent mieux. » — Marc Sirlerauld (12:57)
5. Le Retour d’Expérience — Bastogne-Berthogne : Un an après
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Initiative : Berthogne (petite commune, 3000 habitants) ne peut atteindre la taille critique sans Bastogne, malgré sa coopération avec d’autres voisines.
- [21:00 - 21:19]
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Changements :
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Conseil communal : de 9 (Berthogne) + 25 (Bastogne) à 27 élus pour la nouvelle entité — représentation des habitants de Berthogne supérieure à leur poids démographique (dix élus sur 27).
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Services restés en place : maison communale, poste, police, CPAS locaux.
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Citoyens globalement satisfaits, surtout de la conservation des services sur place.
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Avantages pour Berthogne : accès prioritaire à la maison de repos, tarifs sportifs avantageux.
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Certains regrets : sentiment d’être absorbé, démarches un peu plus formelles, liens associatifs moins spontanés.
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Quote: « Ce qui est bien, c'est de garder quand même quelque chose ici à Berthogne. D'avoir la maison communale. Oui, c'est important. » — Habitante (22:39)
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Quote: « Pour les bastoniards, il y a aussi des avantages... on a repris, notamment en termes de règlements, de primes hautes, des éléments qui étaient plus positifs à Berthogne. » — Benoît Ludgen, bourgmestre (23:03)
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Quote: « Ils se sentent englobés dans une grande entité, ou des associations aussi, un peu perdus... il ne suffit plus d'appeler la personne que l'on connaît dans le village. » — Xavier Krer, journaliste (23:19)
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6. Perspectives et Arguments pour l’Avenir
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Vers une nouvelle dynamique naturelle selon Jean-Hendrix :
- Changement structurel nécessaire face à la complexification du monde : adaptation, meilleure gestion des urgences (inondations, crises sanitaires, cybersécurité), transition énergétique (exemple optimisation de la localisation des éoliennes).
- Limites de la solution « Intercommunale » : manque de contrôle démocratique, « boîte noire ».
- Fusion comme moyen de redonner aux citoyens la capacité de demande de comptes à leurs élus.
- Frein supplémentaire : si modèle purement volontaire, peu d’incitations pour les communes défavorisées à fusionner avec d’autres pauvres.
- Quote: « Une fusion de communes, c'est différent. Les citoyens gardent le contrôle sur le fonctionnement et demandent à la commune de rendre des comptes. » — Jean-Hendrix (25:51)
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Doit-on imposer ou inciter ?
- Opinion de l’expert : priorité à la pédagogie et à l’information démocratique sur les bénéfices, pas (encore) sur l’obligation régionale.
- Quote: « On a surtout besoin dans un débat démocratique d'informer l'opinion là-dessus, et notamment sur le retour d'expérience en Flandre. » — Jean-Hendrix (26:15)
Timestamps des Segments Importants
- Contexte historique des fusions : 01:01 – 02:43
- Pression financière et défis récents : 03:08 – 04:04
- Arguments économiques pro-fusion (Jean-Hendrix) : 06:03 – 09:35
- Freins politiques et sociaux (Marc Sirlerauld) : 10:08 – 13:50
- Résumé de la fusion Bastogne-Berthogne, avantages et bilan : 21:00 – 23:40
- Clôture : réflexions sur l’avenir, démocratie locale et incitations : 24:07 – 27:49
Moments Mémorables / Citations Notables
- « Ce qu'elle a révélé, c'est qu'il y a un niveau de population autour de 15 000 à 20 000 qui permet de minimiser, en fait, ce coût de personnel et de fonctionnement par habitant. » — Jean-Hendrix (06:09)
- « Le citoyen, il est très attaché à sa commune, surtout dans les petites communes... ça fait peur, parce qu'ils pensent que leur bourgmestre sera moins disponible et atteignable. » — Marc Sirlerauld (10:14)
- « Une fusion de communes, c'est différent. Les citoyens gardent le contrôle sur le fonctionnement et demandent à la commune de rendre des comptes. » — Jean-Hendrix (25:51)
- « Ce qui est bien, c'est de garder quand même quelque chose ici à Berthogne. D'avoir la maison communale. Oui, c'est important. » — Habitante de Berthogne (22:39)
- « On a surtout besoin dans un débat démocratique d'informer l'opinion là-dessus, et notamment sur le retour d'expérience en Flandre. » — Jean-Hendrix (26:15)
En synthèse
L’épisode offre une analyse nuancée des fusions de communes, mettant en lumière la nécessité économique croissante de s’unir, les résistances humaines et culturelles guère négligeables, mais aussi le potentiel démocratique restauré d’entités publiques plus robustes. La fusion de Bastogne-Berthogne illustre un processus long mais pas nécessairement douloureux, et la question de passer du volontariat à l’obligation reste en suspens. Le débat est ouvert, mais la tendance semble inévitable selon les intervenants — et l’histoire des finances communales risque bien, à terme, d’imposer la décision.
