
Comment adapter nos logements au réchauffement climatique ? Le stress thermique est un véritable enjeu à prendre en compte pour l’avenir. Et notamment dans la conception de nos villes qui abritent des ilots de chaleur. Nous en discutons avec Marion Julien, coordina...
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Arnaud Reussen
Après les passoires thermiques de l'hiver, voici venus en été les bouilloires thermiques.
Sarah Poussey
La première, pierres, briques, mais aussi béton, asphalte, bitume, goudron.
Arnaud Reussen
Ces matériaux vont chauffer pendant la journée, stocker de la chaleur, empêcher le rafraîchissement
Samuel Caillou
de l'air pendant la nuit.
Arnaud Reussen
Les clés, télétravailler, les pieds dans l'eau.
Sarah Poussey
Arnaud Reussen.
Arnaud Reussen
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés pour le troisième et dernier épisode de notre mini-série sur les conséquences des vagues de chaleur. Des vagues de chaleur qui risquent de se multiplier dans le futur à mesure que le climat se réchauffe. Tous les modèles développés par les climatologues montrent que même chez nous, en Belgique, la chaleur, le stress thermique va devenir un véritable enjeu à prendre en compte pour l'avenir. Alors dans cet épisode, on va s'intéresser plus précisément à la problématique du logement, de l'urbanisme, en s'intéressant en particulier aux îlots de chaleur urbains, ces endroits qui vont chauffer bien plus que les autres. La première, les clés. Je ne sais pas si vous avez déjà fait le test, mais quand vous entrez dans une ville à vélo, vous pouvez, en fonction des quartiers que vous traversez, ressentir des températures très différentes. Entre un quartier résidentiel très arboré en périphérie et un quartier densément peuplé du centre-ville, les différences peuvent atteindre 7 à 8 degrés, voire davantage. Et c'est encore plus vrai en soirée. Lorsque les températures redescendent assez nettement en périphérie, elles peuvent rester très hautes, par contre, en centre-ville. C'est ce que l'on appelle les îlots de chaleur urbains. L'îlot de chaleur urbain.
Marion Julien
Un îlot de chaleur.
Arnaud Reussen
les îlots de chaleur urbains. Des zones au centre des grandes villes où le thermomètre monte plus haut qu'ailleurs et où, de jour en jour, la chaleur s'accumule. Il y a plusieurs causes à cela. D'abord, la minéralisation des sols. Dans certains quartiers, il y a très peu, voire pas du tout de verdure. Il y a aussi beaucoup de bâtiments très concentrés qui accumulent de la chaleur en journée et qui la restituent la nuit. Du coup, la température ne redescend pas beaucoup lorsque le soleil se couche. Et puis, il y a une concentration d'activités humaines qui produisent de la chaleur. La circulation des voitures, bien sûr, le fonctionnement de machines, d'appareils électriques, notamment d'ailleurs, et c'est un peu paradoxal, les systèmes de climatisation qui, pour refroidir les intérieurs de bâtiments, vont rejeter la chaleur à l'extérieur. Ajoutez encore le fait que le vent ne circule pas beaucoup, souvent, dans ces centres-villes. Résultat, ça chauffe dans les rues et ça chauffe aussi dans les appartements.
Samuel Caillou
Est-ce que t'as chaud ou comment ça va?
Marion Julien
Trop chaud.
Samuel Caillou
Trop chaud?
Marion Julien
Si on touche les murs, on sent qu'ils sont chauds, parce qu'au-dessus c'est la toiture directement. Il fait chaud, on baisse le chauffage du soleil qui rôtit nos peaux. On se chiffre haut dans la journée
Resident/Interviewee
et on se lance toutes comme des singes.
Arnaud Reussen
Et bien sûr, tout le monde n'est pas logé à la même enseigne, car dans les petits appartements qui surchauffent sous les toits en centre-ville, on a une surreprésentation d'habitants à bas revenus qui ne peuvent pas s'offrir les maisons souvent bien plus chères dans la périphérie verte. Ils n'ont pas la possibilité non plus d'investir dans des dispositifs pour tenter de rafraîchir leur logement.
Samuel Caillou
Nous, forcément, on n'aura pas les moyens d'acheter une clim, comparé à d'autres classes. Il y en a qui achètent des petites clims à carrefaux, mais même ça, ça ne marche pas tout le temps et ce n'est pas forcément efficace.
Arnaud Reussen
Bref, tout le monde ne va pas subir de la même manière les vagues de chaleur qui devraient se multiplier dans les années qui viennent. Et comme souvent, les inégalités sociales risquent de se traduire aussi en inégalités climatiques. Mais une chose est sûre, cet enjeu du stress thermique est à prendre à bras le corps. Le CERAC, le Centre d'analyse des risques du changement climatique que la Belgique a mis en place suite aux inondations de juillet 2021, estime aujourd'hui que ce stress thermique est l'aléa climatique qui aura le plus d'impact sur la société belge dans le futur. On estime notamment qu'avec une augmentation des températures en moyenne mondiale à 2 degrés, ce que l'on pourrait atteindre déjà en 2050 au train où l'on va aujourd'hui, à plus de 2 degrés donc, la Belgique pourrait enregistrer plus de 1000 décès par an à cause de la chaleur. Et à chaque dixième de degré en plus, l'augmentation sera exponentielle. C'est pour cela qu'on s'est dit qu'il était urgent de se saisir de ce sujet dans les clés. Et avec nous pour l'explorer ce sujet, il y a notamment Marion Julien. Bonjour.
Marion Julien
Bonjour Arnaud.
Arnaud Reussen
Merci d'être avec nous. Vous êtes la coordinatrice du plan climat à la ville de Bruxelles. Est-ce qu'on peut dire que pour les grandes villes en particulier, cet enjeu de la surchauffe, du stress thermique, c'est en train de devenir vraiment une question cruciale, une question centrale?
Marion Julien
Oui, clairement, je pense que c'est un enjeu qui prend en importance pour tout le monde, que ce soit pour les entreprises, les pouvoirs publics, les territoires. Historiquement, on concentrait plutôt les stratégies climatiques et les plans d'action sur ce qu'on appelle l'atténuation. On regardait comment est-ce qu'on pouvait réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ça allait plus toucher les thématiques comme l'énergie, la mobilité, la gestion des déchets, mais on rendrait de manière plus superficielle sur tout ce qui touche à l'adaptation. et donc l'adaptation c'est comment repenser l'activité d'une entreprise ou un territoire pour être plus résilient face aux impacts qu'on a déjà aujourd'hui du changement climatique. Et ces dernières années, là on se rend compte qu'en fait on est déjà fortement impacté, que ce soit pour les risques d'inondations, je pense que là tout le monde s'en rend compte actuellement en Belgique suite à l'événement de 2021, ce qui touche à la sécheresse et ce qui touche aux vagues de chaleur et donc aussi à l'effet d'îlots de chaleur urbain, ont intégré, on va dire, cet enjeu dans les réflexions, dans les mesures aussi qui sont mises en place. Mais en Belgique, c'est un sujet plus récent.
Arnaud Reussen
On commence à s'en préoccuper. Et pour avoir déjà reçu des scientifiques à ce micro, d'ailleurs, pour commenter un peu les projections sur la façon dont nos territoires allaient devoir faire face au réchauffement climatique, il y a des scientifiques qui ont ouvert des grands yeux, parfois, en voyant les modélisations et en se rendant compte que Ces îlots de chaleur urbain allaient devenir un problème vraiment très important parce qu'il y a des moments de l'année avec des vagues de chaleur où dans certains quartiers en particulier, ça va chauffer beaucoup plus qu'ailleurs. Et quand on dit beaucoup plus, c'est pas un peu. C'est parfois 7, 8, jusqu'à même 10 degrés, je pense, que l'on peut avoir en plus dans certains quartiers par rapport à d'autres à l'extérieur des grandes villes.
Marion Julien
Tout à fait. Donc en 2022, on a réalisé une étude au niveau de la ville de Bruxelles où on a placé différents capteurs de température sur le territoire et un capteur de référence dans la commune de Watermelboifort qui est plus verdurisé, un petit peu moins exposé à l'effet d'îlots de chaleur urbain. Et la journée la plus chaude de 2022, on a mesuré que pendant la journée, il fait chaud partout, mais le soir, à partir de 23h, là, il y a des énormes écarts qui se marquent. avec jusqu'à 10 degrés de différence entre certaines zones du territoire de la ville de Bruxelles et Watermalle-Boisfort, donc vraiment juste à quelques kilomètres de différence en termes de température de l'air. Si on prend en compte la température ressentie, donc là on va avoir des facteurs comme le taux d'humidité, la circulation de l'air et le vent, la différence elle peut monter jusqu'à 18-19 degrés en fonction La perception des vagues de chaleur, elle va aussi être très différente, même au sein de Bruxelles, qui n'est pas une région si grande, parce que tout le monde n'est pas affecté ni exposé de la même manière. Et ça, c'est à l'heure actuelle. Mais c'est vrai qu'aussi en termes de scénario, comme vous l'avez mentionné, avec un scénario probable de plus 2, plus 3 degrés, ça voudrait dire carrément que le climat, en fait, de la Belgique va évoluer. On va se retrouver plus proche de villes comme le sud de la France. Et donc là ça va impacter même toutes nos essences, les espaces verts qui ne vont pas forcément être résilients non plus à la sécheresse. Et puis pour la population, ça voudrait dire qu'on va avoir 5 à 6 fois plus de vagues de chaleur. Ce qui veut dire qu'on va normaliser les épisodes de canicules et de vagues de chaleur. Comme on les connaît aujourd'hui, on en aurait environ une fois par mois pendant les périodes d'été. Ce qui fait que vraiment ça va devenir quelque chose qui va faire partie entre guillemets du quotidien et donc il faut l'intégrer maintenant, le prendre en compte pour pouvoir être plus résilient demain.
Arnaud Reussen
Alors on va évidemment évoquer avec vous ce qu'on peut faire, ce qu'on peut mettre en place, et ça impose de peut-être bien comprendre pourquoi on a ces îlots de chaleur. On en a déjà donné quelques explications dans l'introduction, le fait qu'on ait beaucoup de minéralisation, c'est-à-dire qu'on a du macadam, du béton, les murs des maisons, et souvent très peu de végétation, très peu d'arbres, de zones vertes, etc. Ça, ça fait une grande différence, Marion Julien, parce qu'on peut peut-être avoir l'impression que quelques arbres ne changent pas grand chose. La végétalisation, c'est vraiment un levier important si on veut essayer de limiter les conséquences de ces îlots de chaleur.
Marion Julien
La végétalisation, ça reste, on va dire, le premier levier d'action plus important. Après, c'est vrai qu'au niveau d'une ville comme Bruxelles, qui est densément bâtie, densément peuplée, ce n'est pas toujours évident, en termes de concurrence, aussi dans l'usage de l'espace, de pouvoir végétaliser énormément. Mais un arbre mature, il y a souvent cet ordre de grandeur qui dit que c'est l'équivalent de... de cinq climatiseurs. Donc ça, c'est vraiment le premier levier. En fait, toutes les actions de végétalisation, même de la végétalisation plus moyenne ou basse, peut avoir un effet local de rafraîchissement assez important. La végétalisation hors sol peut aider, donc tout ce qui va être aussi plantes grimpantes pour végétaliser les façades, ça peut vraiment aider aussi au niveau de la surchauffe intérieure des bâtiments et l'effet de l'eau de chaleur urbain dans le quartier. Pareil pour les toitures végétalisées. Et puis alors, il y a d'autres solutions c'est toutes les solutions d'ombrage. Donc là, ça peut être des voiles d'ombrage qui sont mis, soit entre façades, à des lieux vraiment spécifiquement donnés. On voit les guinguettes dans les espaces verts qui ont des espèces de tentes de réception, donc des espèces de voiles d'ombrage qui permettent quand même de moins subir la chaleur. Tout ce qui va être hauts vents, ombrières, pergolas sur l'espace public, dans les zones qui ne peuvent pas forcément être végétalisées, peuvent être une solution temporaire ou structurelle. Parfois aussi il y a des impétrants dans le sol qui font qu'on ne pourra pas toujours mettre un arbre parce qu'il n'y aura pas l'espace racinaire suffisant pour pouvoir se développer et évoluer dans le temps. Et puis tout ce qui touche aux protections solaires aussi sur les façades et les ouvertures des bâtiments. Donc là ça peut être à la fois une des volets, qui ne sont pas forcément très développés en Belgique. Les protections, tout ce qui va être screen solaire, tout ce qui va être casquette solaire, qui peuvent aussi permettre de limiter la lumière directe et donc la chaleur qui va rentrer dans le logement en été, mais laisser passer la lumière en hiver. Et puis, il y a toutes les solutions de rafraîchissement à l'eau. Là, ça peut être les fontaines, même ornementales, ont un effet de rafraîchissement immédiat. Les miroirs d'eau, les jeux d'eau, les systèmes de brumisation qui sont pas très développés non plus en Belgique, mais qui nécessitent alors aussi plus d'investissement et d'entretien. Tous les cours d'eau, les étangs, permettent vraiment de rafraîchir, mais ça reste quand même un effet assez localisé. Et alors la réflexion sur les matériaux, ce qui touche aussi aux bâtiments, l'isolation thermique des bâtiments, aussi la couleur et l'albédo des revêtements qui vont être choisis. Ça peut être des toitures claires qui permettent de limiter aussi la surchauffe intérieure des derniers étages. Je vous mentionnais, les étages sous toiture vont être plus affectés par l'effet de l'eau de chaleur urbain. Donc, en fait, c'est aussi une réflexion au cas par cas et c'est la combinaison de plusieurs solutions et de mesures permettre d'avoir un impact le plus important pour améliorer le confort thermique.
Arnaud Reussen
Et on entend que l'enjeu, c'est parfois de bricoler un peu dans des villes qui n'ont pas été pensées pour devoir vivre des chaleurs comme celles-là et que parfois certains dispositifs que l'on aurait pu peut-être concevoir dès le départ dans une ville du sud, on ne l'a pas pensé chez nous et c'est plus difficile à remettre en place après, notamment quand il s'agit de replanter des arbres, par exemple. On voit bien dans certains quartiers que C'est tout sauf simple. Alors, on va se pencher maintenant sur les enjeux des bâtiments proprement dit, des maisons, des appartements, de comment on peut réfléchir à les adapter justement à ce climat qui change. Mais avant cela, on va aller faire un petit tour dans les rues de Liège, puisque en ce jeudi 28 mai, Sarah Poussey est allée avec son micro rencontrer quelques habitants pour voir comment ils vivaient justement, eux, ces vagues de chaleur dans leurs différents logements.
Sarah Poussey
Il faisait encore assez frais et agréable ce matin quand je me suis baladée dans les rues de Liège, mais ces conditions ont aussi fait défaut à pas mal d'habitants ces dernières nuits.
Arnaud Reussen
Mon logement est très catastrophique.
Resident/Interviewee
Chez moi, c'est fort vitré, donc il fait fort chaud.
Arnaud Reussen
C'est très chaud, oui. 26, 27, un truc comme ça. Je vis dans un appartement, donc du coup... J'habite dans un quartier où les ambulances passent toute la nuit, les bus, donc les murs tremblent. Dormir la fenêtre ouverte, c'est quasi impossible, mais je suis obligée, donc... Qu'est-ce que vous voulez faire? Il faut supporter.
Resident/Interviewee
J'ai un ventilateur, c'est à peu près tout. J'essaye d'ouvrir la nuit les fenêtres, mais en ville ce n'est pas toujours facile avec le bruit. Je pense que comme chez tout le monde, c'est effectivement très compliqué. On dort sous les toits. Donc la nuit c'est infernel, on ne dort pas bien et on pense, je suis professeure, on pense aux étudiants qui doivent préparer leur session dans cette période extrêmement compliquée. Donc voilà, il faut supporter mais pas le choix.
Sarah Poussey
Alors vu les conditions, chacun y va de ses solutions alternatives.
Resident/Interviewee
Fermer l'étenture à l'après-midi, il fait vraiment sombre du coup.
Arnaud Reussen
On a des volets, donc on ferme les volets en journée et on a un store sur la terrasse.
Resident/Interviewee
C'est une maison qui a 30 ans,
Arnaud Reussen
donc avec l'isolation du moment.
Resident/Interviewee
Des ventilateurs, pas le choix, et une
Arnaud Reussen
piscine pour les enfants, c'est tout. On a l'air beaucoup, et puis à l'orger, les ventilateurs, et de temps en temps, un petit bain de tchête qui refroidit tout doucement, et puis ça va.
Sarah Poussey
Et puis de nombreuses personnes que j'ai rencontrées ont aussi la chance d'avoir un logement bien isolé. C'était soit l'un de leurs critères d'achat ou alors ils ont engagé les travaux nécessaires pour y parvenir.
Arnaud Reussen
J'ai un logement qui a un très bon PEB donc je ne souffre absolument pas de la chaleur ou quoi que ce soit. On a refait l'isolation, on a changé de choses de chaleur et des choses ainsi en fait. Ça faisait partie des premières choses auxquelles on a tenu compte quand on a acheté en fait la rénovation et des choses comme ça.
Resident/Interviewee
On sait tous qu'il faudrait effectivement revoir l'isolation, changer les châssis, etc. Après c'est des gros travaux. Indépendamment du coût financier, il y a aussi le coût en temps et les difficultés que ça représente. On n'est pas toujours très heureux, mais il faut être conscient aussi du fait qu'à la fois pour des raisons écologiques, économiques, il faut y arriver assez.
Sarah Poussey
Sauf qu'effectivement, la rénovation des bâtiments et l'isolation ont un coût important et tout le monde ne peut pas se le permettre.
Resident/Interviewee
Si on met des objectifs d'ici 2050, mettre tous les immeubles en PEBA, ce n'est pas donné à tout le monde. Je ne sais pas pour les autres régions, mais en Wallonie, c'est dommage parce qu'ils ont mis fin aux primes en octobre. Je vois que ce n'est pas donné à tout le monde.
Sarah Poussey
Le nouveau gouvernement wallon a en effet supprimé le précédent système de primes à la rénovation au profit d'un système de prêts qui finance certains travaux. Petit message positif tout de même, il paraît qu'avec l'âge, on s'habitue à cette chaleur.
Arnaud Reussen
En vieillissant, maintenant, je supporte mieux la chaleur que quand j'étais jeune. Au contraire, maintenant, c'est le froid que je supporte moins. Peut-être pas 40 degrés, mais pour l'instant, ça va. On s'y habitue. Voilà, tant mieux pour ce monsieur. Malheureusement, ce n'est pas vrai pour tout le monde. On sait que, justement, les personnes âgées, elles ont tendance à beaucoup souffrir de la chaleur, tout comme les personnes plus jeunes également. On va accueillir aussi dans cette émission Samuel Caillou. Bonjour.
Samuel Caillou
Bonjour.
Arnaud Reussen
Merci d'être avec nous. Vous êtes un chercheur, on va dire, sur l'innovation dans la construction, puisque vous êtes en charge des questions de chauffage, de ventilation chez Buildwise, le centre d'innovation du secteur de la construction. Alors avec vous, on va se concentrer un peu plus sur les bâtiments. Est-ce qu'on a un peu le même constat que celui qu'on faisait pour les grandes villes? A savoir que quand on a construit la plupart de nos bâtiments, on n'avait pas pensé, anticipé le fait qu'un jour, on allait peut-être devoir faire face à des vagues de chaleur, des vagues de chaleur qui se répètent, des températures qui augmentent.
Samuel Caillou
Oui, c'est sûr que la semaine qu'on a actuellement, c'est quand même relativement exceptionnel et donc les bâtiments n'étaient pas forcément prévus pour. Ceci dit, il y a quand même des éléments relativement clairs au niveau des bâtiments qui peuvent expliquer l'augmentation du risque de surchauffe. On en a déjà un peu parlé précédemment, c'est le manque d'isolation qui va effectivement permettre à la chaleur extérieure de directement rentrer dans les bâtiments. Typiquement, l'exemple le plus frappant, c'est quand on a des espaces de vie sous les toits, des chambres à coucher, par exemple, un toit qui n'est pas assez isolé. Là, on a vraiment le soleil qui va chauffer la toiture et qui va transférer toute cette chaleur à l'intérieur. Une autre évolution aussi peut-être plus récente dans nos bâtiments, c'est le fait qu'on a augmenté les surfaces vitrées pour avoir plus de visibilité vers l'extérieur, pour avoir aussi plus de lumière, etc. Mais donc ces surfaces vitrées apportent aussi beaucoup de soleil et beaucoup de chaleur à l'intérieur. Donc ça, c'est plutôt pour les bâtiments plus récents. Et puis nous-mêmes, donc il y a le bâtiment, mais il y a aussi les occupants qui ne sont peut-être pas encore habitués à ces changements et qui n'ont peut-être pas toujours, par manque de compréhension, nécessairement les bons comportements. Et donc on voit, par exemple, beaucoup de personnes qui ont tendance à vouloir ouvrir les fenêtres en journée quand il fait très chaud. C'est pas d'une bonne intention, c'est pour profiter un peu du courant d'air qui va favoriser la transpiration et le refroidissement du corps, mais malheureusement ça apporte aussi plein d'air chaud à l'intérieur et donc toute cette chaleur s'accumule et donc les bâtiments ne sont pas nécessairement tout à fait adaptés aujourd'hui, mais il y a des solutions.
Arnaud Reussen
Alors justement, parcourons un peu les solutions avec vous, puisqu'on a parlé de solutions en plus dans les aménagements urbains il y a quelques instants avec Marion Julien. Mais vous, sur le bâtiment lui-même, qu'est-ce qu'on a aujourd'hui comme dispositif en magasin, si je puis dire, pour essayer de mieux armer les logements face à la chaleur? J'imagine que ça va de choses qui sont parfois très simples et qui peuvent être mises en place demain par les occupants, à des investissements parfois beaucoup plus conséquents, beaucoup plus lourds, qu'il vaudrait mieux parfois avoir prévus dès la construction pour ne pas devoir les refaire après.
Samuel Caillou
Oui, à prévoir dès la construction ou éventuellement lors d'une rénovation importante. Donc l'idéal, évidemment, c'est d'avoir une vue globale sur cette rénovation. L'enjeu aujourd'hui, c'est surtout la rénovation plus que la construction neuve. Donc rénovation aussi bien pour la transition énergétique au niveau du chauffage en hiver, mais tenir compte aussi de la surchauffe en été. Il y a quand même des éléments qui sont liés entre les deux, notamment on le disait, l'isolation elle est importante en hiver, mais elle est aussi très importante en été, donc c'est plutôt bien.
Arnaud Reussen
Ça c'est déjà une bonne chose, parce que ça veut dire que quand on isole, on va à la fois faire des économies de chauffage en hiver, on va émettre moins de CO2, ce qui est très important aussi pour éviter d'accélérer le processus de réchauffement climatique, mais ça va aussi nous protéger contre les fortes chaleurs en été. Donc là on gagne sur les deux côtés.
Samuel Caillou
Oui, c'est un élément en tout cas essentiel pour avoir cette protection contre la surchauffe, donc pour vraiment éviter, empêcher la chaleur finalement de rentrer lorsqu'il fait plus chaud à l'extérieur. Et puis on a parlé des vitrages, mais donc là le but c'est aussi d'empêcher le rayonnement solaire de rentrer par ces vitrages. Donc on ne va évidemment pas supprimer ces fenêtres, on a besoin de ces fenêtres pour la visibilité vers l'extérieur, pour la lumière, etc. Mais il y a des solutions pour limiter l'entrée du rayonnement solaire. dès la conception, dès la rénovation, déjà sur le choix, la taille des fenêtres, leur orientation par rapport au sud, à l'ouest, etc. qui sont les orientations les plus problématiques. Et puis il y a des solutions de protection solaire. Donc il y a déjà la possibilité d'avoir de l'ombrage vraiment lié au bâtiment. On peut avoir de l'ombrage créé sur des fenêtres grâce à des balcons, grâce à des casquettes, etc. qui peuvent même être parfois, il existe des dispositifs commerciaux qui peuvent être rajoutés sur un bâtiment existant. Donc ça, ça fonctionne aussi. Et puis, évidemment, les protections solaires plus classiques. C'est une toile extérieure, toujours du côté extérieur, qui va être parallèle au vitrage et qui a plusieurs propriétés qui lui permettent d'une part de vraiment interrompre le rayonnement énergétique qui vient du soleil et qui va provoquer de la chaleur à l'intérieur, tout en permettant quand même une certaine visibilité à l'extérieur et quand même un certain apport de lumière, même s'il est un peu réduit. Donc, c'est quelque chose qui, évidemment, sera plus facile à intégrer lors d'une rénovation complète. mais qui peut aussi être ajoutée sur des fenêtres existantes qui posent problème, bien évidemment. Donc ça, c'est vraiment les mesures prioritaires, c'est se protéger de l'entrée du soleil. Et puis la mesure complémentaire, c'est évacuer cette chaleur. Donc la chaleur, une fois qu'elle est à l'intérieur, certainement si le bâtiment est un peu isolé, elle va plutôt rester à l'intérieur. Et si on n'ouvre pas les fenêtres, elle reste. Et donc là, la mesure c'est vraiment d'évacuer cette chaleur et une possibilité c'est de faire de la ventilation intensive, donc on en a parlé aussi pendant la nuit par exemple. Alors ça c'est déjà accessible dans un bâtiment existant par tout le monde, il y a des fenêtres dans toutes les maisons et donc on peut déjà le faire manuellement en ouvrant les fenêtres par exemple entre deux façades ou entre plusieurs étages pour vraiment créer un courant d'air en fait. C'est un phénomène qui prend quand même un peu de temps, ce refroidissement par ventilation. Ce n'est pas juste ouvrir une heure le soir, c'est vraiment ouvrir, par exemple, toute la nuit. Ça nécessite d'autres choses aussi. Il faut se protéger contre l'effraction si on est rue de chaussée, etc. Mais là aussi, il y a des solutions, il y a des grilles, il y a ce genre de choses qui peuvent être intégrées.
Arnaud Reussen
Un petit mot quand même sur, je le disais, le fait qu'on s'est beaucoup concentré ces dernières années, et Marion Julien le disait aussi, sur l'atténuation du réchauffement climatique, c'est-à-dire sur des mesures qui vont limiter nos émissions de CO2. C'est pour ça, au départ, qu'on a travaillé aussi sur les certificats PEB, surtout pour consommer le moins de chauffage possible. Est-ce que dans les normes PEB, cet enjeu de la chaleur, de la surchauffe, est aussi intégré? Ou là, on a surtout réfléchi la lutte contre le froid. Est-ce qu'on a aussi pensé la lutte contre le chaud?
Samuel Caillou
Alors c'est sûr qu'on pense surtout à la lutte contre le froid et au chauffage, parce que c'est ce qu'on connaît le plus ces dernières années. Mais en fait, la méthode de calcul PEB, et donc tout ce qui va autour, intègre déjà certains éléments sur la surchauffe aussi. Il y a notamment un indicateur de surchauffe dans cette méthode de calcul qui tient compte des gains solaires au niveau des vitrages et qui est aussi déjà un incitant pour, par exemple, placer des protections solaires ou ce genre de choses.
Arnaud Reussen
Un petit mot avec vous encore, Marion Julien. On entend que des dispositifs existent pour activer des solutions, essayer de faire face aux vagues de chaleur dans les différents types de logements. Ceci dit, quand on regarde cet enjeu de la lutte contre le stress thermique, on peut dire que tout le monde n'est pas sur une même ligne de départ, sur un pied d'égalité face à cela, puisque quand on est propriétaire, qu'on a les moyens de modifier son logement, On est dans une position très différente de quelqu'un qui est locataire dans un petit appartement, qui plus est peut-être au beau milieu d'un îlot de chaleur.
Social Vulnerability Expert
Effectivement, on commence à réaliser des cartographies qui peuvent mettre en évidence la vulnérabilité aux îlots de chaleur urbains et qui va croiser différents paramètres dont L'exposition à la chaleur, donc là c'est tout ce qui a été dit en début d'émission, qui va faire qu'il va faire très chaud dans certains quartiers. La sensibilité des citoyens, et donc là on l'a aussi un petit peu abordé avec les enfants et les personnes âgées qui ne vont pas souffrir de la même manière de la chaleur sur le plan sanitaire parce qu'ils n'arrivent pas à réguler leur corps aussi bien et donc ils vont quand même être affectés davantage par la chaleur. Et le dernier critère, c'est la capacité d'adaptation. Et donc là, ça va plutôt être un facteur socio-économique qui va mettre en évidence les populations qui sont plus vulnérables. Donc là, si on regarde le niveau de revenu, la part des isolés dans le ménage, la part des ménages monoparentaux, les habitants aussi qui sont locataires et non pas propriétaires du logement qu'ils occupent, et bien en fait, toutes ces populations-là, ne vont pas être capables de s'adapter et de mettre en place des solutions pour adapter à la fois leur logement et puis leur comportement pour moins subir la chaleur. Et ce qu'on observe, c'est qu'il y a quand même des quartiers qui sont très vulnérables lorsqu'on reprend ces trois paramètres-là. aux îlots de chaleur urbains et qui, du coup, à la fois vont être très fort exposés, vont être sensibles et ne vont pas savoir forcément s'adapter. Donc, ce qu'on observe, c'est que dans certains quartiers, lorsqu'on interview ces personnes-là, elles répondent que leur seule solution, c'est parfois un week-end de prendre toute la famille, prendre le train et aller à la mer, à Austin, parce que c'est là où ils vont réussir à avoir un petit peu de fraîcheur. Mais ils ne savent pas forcément se réfugier chez l'entourage ou chez des amis, parce qu'eux-mêmes n'ont pas non plus des logements ou un espace public qui permet de se rafraîchir. Et donc, en fait, il y a réellement un enjeu social et collectif pour éviter de davantage creuser les inégalités par rapport à la chaleur et aux personnes qui sont exposées et peuvent ou non réagir.
Arnaud Reussen
On voit donc que, comme pour l'enjeu du travail dont on parlait dans notre épisode précédent, si on ne pense pas des politiques proactives en la matière, le réchauffement climatique, mais aussi la lutte contre ce réchauffement, risque d'accentuer des inégalités présentes dans notre société. Raison pour laquelle beaucoup d'acteurs qui au quotidien luttent contre la pauvreté plaident pour que la justice sociale soit véritablement mise au cœur de la lutte contre le dérèglement du climat et qu'on puisse même s'appuyer sur cette lutte pour travailler à réduire les inégalités. Voilà, c'était Les Clés, troisième épisode de notre série consacrée à l'enjeu des vagues de chaleur. À la réalisation sonore de cet épisode, il y avait Guillaume Desmet. À la préparation, Sarah Poussey et Arnaud Reussen. Rappelons que les deux épisodes précédents de cette série consacrées aux conséquences des vagues de chaleur et aux moyens d'y faire face sont sur Ovio et sur toutes vos plateformes de téléchargement.
Podcast Host: Arnaud Ruyssen
Guests: Marion Julien (Coordinatrice du Plan Climat, Ville de Bruxelles), Samuel Caillou (Buildwise, centre d’innovation du secteur de la construction)
Date: 27 mai 2026
Durée: ~30 minutes
Cet épisode clôture la mini-série consacrée aux conséquences actuelles et futures des vagues de chaleur, avec un focus sur la surchauffe des logements et sur le phénomène des îlots de chaleur urbains. Arnaud Ruyssen ouvre le débat sur la préparation urgente des villes et des logements face à un climat qui se réchauffe rapidement, insistant sur les enjeux sociaux et urbanistiques qui aggravent les inégalités lors de ces épisodes extrêmes.
L’épisode constate que la surchauffe urbaine va s’aggraver et que l’adaptation de nos villes et logements n’est plus une option, mais une nécessité. Face à des inégalités déjà existantes, le stress thermique demande des réponses structurelles intégrant la justice sociale et l’accès équitable à des logements adaptés. L’action concertée des pouvoirs publics, architectes, urbanistes et citoyens s’impose pour éviter que les plus vulnérables paient le prix fort du changement climatique.
Pour aller plus loin :
Les deux premiers volets de cette mini-série sur les vagues de chaleur sont disponibles sur Ovio et toutes les plateformes d'écoute.