
L'ONU prévoit le retour d'un épisode El Niño à partir de la mi-2026, avec des incidences sur les températures et précipitations à l'échelle mondiale. Nous expliquons en quoi consiste ce phénomène climatique avec François Massonnet, climatologue à l'UCLouvain et nou...
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A
On ne parle que de cela depuis ce week-end. La météo.
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Une puissante vague de chaleur.
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Une vague de chaleur.
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Une vague de chaleur.
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Une vague de chaleur. Une vague de Une vague chaleur. de chaleur.
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Une vague de chaleur. Une vague de chaleur.
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Une vague de chaleur. Une vague de chaleur.
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Une vague de chaleur. Une vague de chaleur. Une vague de chaleur.
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Une vague de chaleur. Une vague chaleur. Une vague de chaleur.
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Une vague de chaleur.
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vague Bonjour de chaleur. à Une toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés pour un épisode où nous allons essayer de comprendre ce qui se joue derrière l'épisode de forte chaleur que nous connaissons en ce moment. vague Alors qu'on n'est encore qu'au mois de mai, des alertes canicules ont été déclenchées dans différentes régions d'Europe. Si l'on dézoome un peu, depuis le début de l'année on a connu des vagues de chaleur précoces dans plusieurs endroits du globe déjà et on redoute pour 2027 les effets d'un potentiel super El Niño qui pourrait encore pousser à la hausse les températures. Alors ces épisodes de chaleur intense sont-ils en train de devenir la nouvelle normalité climatique? Eh bien on va prendre 27 minutes pour tenter d'y voir clair.
B
La première, les clés. Jamais la vigilance canicule n'avait été activée en mai depuis que ce système d'alerte a été créé en France, il y a 22 ans.
D
La France n'en revient pas. On est le 26 mai et 8 départements sont déjà placés en vigilance canicule. Des départements de l'ouest, de l'Hexagone en particulier, pas du tout habitués à vivre de telles chaleurs qui, même pour l'été, sont plutôt rares. Cette Bretonne, d'ailleurs, fait la grimace. Beaucoup trop de chaleur pour la Bretagne.
B
Moi, j'aime quand il pleut et qu'il y a du vent et qu'il y a de la tempête.
D
Près d'une semaine, avec des températures à plus de 30 degrés au mois de mai sur une très large partie de l'Europe, Belgique comprise, et sur antenne, des séquences que l'on est bien plus habitué à entendre en plein mois d'août.
A
Petite technique pour les gens qui nous regardent, vous prenez une bouteille d'un litre, vous mettez la moitié d'eau, la moitié de jus de pomme industrielle, comme ça ça fait du sucre, vous rajoutez un quart de sel, ça vous fait une boisson de réhydratation et vous buvez constamment un minimum un litre par heure pendant votre exercice physique.
D
Service Infocalicule, j'écoute. Oula, ne m'en dites pas plus.
C
Vous ressentez comme de la chaleur?
D
Ah ben c'est ça. Eh ben vous avez chaud. Eh ben il faut boire de l'eau.
C
Et puis à l'ombre.
D
Pas de soleil. C'est la première fois que ça vous fait ça? L'été dernier pareil. Ça ne m'étonne pas. Je vous laisse, j'ai un appel. Mais comment t'expliquer alors cette chaleur tellement précoce avec des pointes à plus de 35 degrés par endroit sur quasiment toute l'Europe de l'Ouest, Grande-Bretagne et Irlande comprise? Une expression s'est rapidement invitée dans les médias.
A
C'est qu'il y a une sorte de dôme de chaleur.
C
Dôme de chaleur.
B
C'est un dôme de chaleur. Le dôme de chaleur.
C
Ça signifie quoi aujourd'hui?
A
Dôme de chaleur qui emprisonne cette chaleur.
C
Un phénomène de dôme de chaleur.
D
Alors, de quoi s'agit-il concrètement? Les chaînes de télé tentent d'imager le phénomène avec force infographie.
A
Le dôme de chaleur. De l'air chaud venu du sud se retrouve coincé sous un anticyclone. Une forte pression agit alors comme un couvercle. La chaleur reste bloquée sous un dôme et s'intensifie de plus en plus.
D
C'est le même phénomène auquel on a assisté en Inde ces dernières semaines, avec là un mercure qui est resté durablement au-dessus de 40 degrés et même de 45 degrés dans certaines villes. À New Delhi notamment, les habitants ont pris l'habitude de sortir avec leurs parapluies pour en faire des ombrelles. Les autorités ont même dû installer des cooling zones en ville, des tentes blanches avec à l'intérieur des ventilateurs, de l'eau fraîche, un support médical, histoire que les habitants puissent venir se poser quelques minutes et digérer la chaleur suffocante. Alors, va-t-on connaître de plus en plus d'épisodes de ce type aux quatre coins du globe à mesure que le réchauffement climatique avance? Jusqu'à quel point tout cela va-t-il bouleverser nos vies, nos habitudes, notre économie? C'est tout cela que nous allons maintenant explorer. Et avec nous pour cela, il y a notamment François Massonnet. Bonjour.
A
Bonjour.
D
Merci d'être là. Vous êtes chercheur au FEDRS et à l'UCLouvain spécialisé en climatologie. Alors, est-ce qu'on peut prendre le temps de bien comprendre d'abord avec vous ce qui se joue ici en cette fin du mois de mai au-dessus de l'Europe et donc aussi au-dessus de la Belgique? Ce qu'on appelle, même si ce n'est pas une expression tout à fait scientifique, ce dôme de chaleur. Pourquoi est-ce que ces conditions se sont réunies pour qu'on ait des chaleurs à ce point élevées au mois de mai?
A
Donc le phénomène qu'on observe pour le moment est un phénomène météorologique qui n'est pas nouveau. C'est un phénomène qu'on qualifie de blocage anticyclonique. On a une forte zone de pression qui vient s'installer sur l'Europe et cet air qui est donc assez pesant en descendant, il se comprime. comme dans une pompe à vélo, l'air qui se comprime se réchauffe. Ça empêche également la formation de nuages, donc le soleil a toute la possibilité de venir alimenter la surface en rayonnement. Et en plus de ça, on a du transport d'air qui vient du Sahara, du Maroc, parce qu'on a une forme d'aspiration par la mécanique des fluides atmosphériques qui pompe de l'air depuis les basses latitudes. et donc on a une sorte de facteur concourant qui nous amène de l'air extrêmement chaud, assez sec et en plus un rayonnement anormal.
D
Et donc cette image du dôme de chaleur, d'une espèce de cloche d'air chaud qui s'accumule en quelque sorte et qui reste bloqué, qui empêche aussi que des précipitations ne viennent à un moment donné changer la donne, c'est une image assez juste de ce qui se passe au niveau météorologique, au niveau de l'atmosphère?
A
Mais autant je suis parfois un peu frileux par rapport à la façon dont les termes météorologiques sont détournés dans les médias, je trouve que celle-là est assez bien trouvée parce qu'en plus de ça, les blocages anticycloniques vont pouvoir dévier toutes les petites dépressions qui nous arrivent de l'Atlantique vers la Scandinavie. Donc on a vraiment un effet de contournement qui s'installe sur l'Europe et des conditions qui sont durablement amenées à être au-dessus de la normale en termes de température.
D
Alors, le fait qu'on puisse avoir ces phénomènes de dôme de chaleur, c'est pas proprement lié, si je ne m'abuse, au réchauffement climatique. Mais est-ce que le réchauffement climatique change quand même la donne? Est-ce que c'est pour ça qu'on l'a ici plus tôt? Est-ce que c'est pour ça qu'on va peut-être en avoir plus, plus longtemps ou plus intense? Est-ce qu'il y a une connexion quand même entre les deux?
A
Alors, excellente question. Il y a des tas de scientifiques qui se penchent sur la question. Aujourd'hui, détecter des tendances dans la fréquence de ce genre d'événements de blocage, ça reste très compliqué parce qu'il y a des choix méthodologiques à pousser, parce qu'on n'a pas beaucoup d'observations. Les observations dans le passé sont de mauvaise qualité. Ça reste malgré tout des événements plutôt rares et donc quand on en a moins, c'est compliqué de dire s'ils arrivent plus souvent. Cela dit, la deuxième raison pour laquelle on a des températures aussi élevées aussi tôt dans la saison, c'est une raison qui est beaucoup plus structurelle. c'est-à-dire que l'air part déjà avec une température qui est bien au-delà des températures qu'on connaissait dans un contexte pré-industriel. Donc le même événement météorologique ne va pas avoir le même impact aujourd'hui qu'il n'aurait eu il y a 150 ans ou il y a 200 ans parce que l'air part déjà avec quelque part un avantage de plus 1.5, plus 2 degrés, ce qui pousse les records au-delà des normales de saison.
D
Et donc avoir un dôme de chaleur même au mois de mai, c'est quelque chose qui aurait peut-être déjà pu arriver. Le fait que ça nous amène à de telles températures qui se répètent comme ça sur plusieurs jours, ça s'est nourri en quelque sorte par un climat qui, au fil du temps, s'est réchauffé. Vos collègues français disent que Si on regarde le climat de ces 50 dernières années, la probabilité d'avoir un événement comme celui-là était d'un sur mille. Et si on regarde par rapport à l'ère pré-industrielle, c'était même virtuellement impossible d'avoir un événement comme celui-là. Donc il confirme bien qu'on s'installe un peu dans un nouveau monde, en quelque sorte, en termes de climat.
A
Oui, c'est ça qui est un peu frappant, c'est que l'extraordinaire est en train de devenir la norme et qu'on a encore du mal à s'y habituer. Mais le nombre de vagues de chaleur qui ont été commentées comme ça dans les dix dernières années est vraiment frappant. Et si on prend du recul et qu'on compare la fréquence d'occurrence de ce genre d'événements avec ce qui se passait dans les années 60 ou même 70, avec cette fameuse vague de chaleur de 1976, on voit qu'on est sur deux tableaux, mais qui sont radicalement différents. La vague de 1976, pour reprendre cet exemple, si vous regardez la carte des anomalies, donc des différences de température par rapport à la moyenne, vous avez en effet une tâche rouge sur la France et sur la Grande-Bretagne et sur la Belgique, mais le reste, c'est du bleu en fait, c'est plus froid que la moyenne. Si vous regardez l'événement d'aujourd'hui, il est complètement noyé dans une sorte de vague de chaleur géante qui est le changement climatique global. À côté de ça, vous avez aussi des océans qui sont beaucoup plus chauds que la normale au niveau de l'Atlantique. On voit que cette vague-ci, en fait, n'est qu'une anecdote quelque part d'une situation beaucoup plus globale avec des anomalies comme ça a été mentionné en Inde ou au Pakistan, par exemple.
D
Oui, puisqu'on a vu ici ces derniers mois en Inde, certes, on est dans une saison où on s'attend à des températures plus chaudes, mais elles ont été beaucoup plus chaudes que d'habitude à cause d'un dôme de chaleur. Mais on a eu aussi des épisodes de chaleur particulièrement intenses aux Etats-Unis au mois de mars, alors que normalement, c'est tout à fait inattendu. Aujourd'hui, ces pics dans tous les sens, y compris parfois peut-être des pics de précipitation, etc., ça devient une forme de nouvelle norme.
A
C'est la nouvelle normalité et le contexte aussi saisonnier montre que ce n'est pas juste un jour comme ça qui est arrivé par hasard. En fait, si vous regardez les valeurs de température moyenne globale, que ce soit de l'air ou même de l'océan, depuis le début janvier, tous les jours ont été des jours records.
D
Eh bien ça c'est intéressant évidemment à noter. Il y a un événement auquel on va encore s'intéresser avec vous puisqu'il pourrait peut-être encore venir amplifier tout cela, c'est la possibilité de voir arriver ce qu'on appelle un super El Nino. On l'a beaucoup commenté déjà ces dernières semaines et on trouvait dans les clics que ça valait la peine de prendre le temps de bien comprendre ce phénomène sur lequel on va d'abord se pencher en compagnie de Sarah Poussey.
C
On
A
cause le possible retour du phénomène
D
climatique appelé El Niño.
C
Le phénomène El Niño qui pourrait avoir une intensité record.
A
El Niño! potentiellement très puissant, pourrait s'installer en 2026 avec un risque accru de record de chaleur à l'échelle mondiale.
B
C'est à la une de tous les médias. On pourrait atteindre des records de chaleur à cause d'un super El Niño qui aurait des conséquences jusqu'en 2027. Alors déjà précisons que super El Niño, c'est pas vraiment un terme scientifique, c'est un mot qui vient plutôt du langage médiatique. Et pour revenir au phénomène, eh bien El Niño, c'est un phénomène climatique naturel qui n'est pas lié au réchauffement de notre planète. Il survient plus ou moins régulièrement et se développe dans l'océan Pacifique au niveau de l'Équateur. Habituellement, dans cette région, les vents poussent les courants d'eau chaude vers l'Asie, tandis que les eaux froides remontent vers les côtes américaines. Or, El Niño modifie cette circulation des masses d'eau. En période El Niño, la température de l'océan Pacifique augmente, tandis que les vents qui circulent, eux, ont tendance à baisser. L'eau chaude va donc stagner du côté américain, ce qui provoque des pluies importantes en Amérique du Sud, au sud des États-Unis, mais aussi sur la corne de l'Afrique. Et à l'inverse, les eaux froides restent au large des côtes asiatiques, ce qui provoque notamment des épisodes de sécheresse du côté de l'Océanie. En fait, d'une certaine façon, El Niño redistribue des événements climatiques sur des régions qui n'y sont pas habituées. Et ce phénomène a aussi tendance à augmenter la température globale de la planète. Alors pourquoi est-ce que les médias s'alertent pour l'instant? Les scientifiques ont constaté un réchauffement de la température de l'océan Pacifique, ce qui indique qu'un épisode El Niño devrait se produire prochainement. Selon l'agence météorologique américaine, il est presque certain que cet épisode durera jusqu'à l'hiver 2026-2027. Par contre, De La a déjà parlé de super El Niño, et bien c'est un peu tôt, les prévisions sont encore incertaines. En effet, il faut une combinaison de facteurs océaniques mais aussi atmosphériques pour mener un phénomène El Niño plus important que la moyenne. Or, si les relevés des températures de l'océan vont déjà dans ce sens, rien n'est encore sûr du côté atmosphérique. Les scientifiques y verront un peu plus clair dans quelques semaines, au milieu du mois de juin.
D
Alors, pour comprendre ça, François Massonnet, est-ce qu'on peut dire qu'on a les ingrédients de base d'un phénomène El Niño qui pourrait être un phénomène très important, de super El Niño, mais qu'on ne sait pas encore dire si tout ça va se combiner pour qu'on ait alors des épisodes, par exemple, de chaleur extrême ou de précipitation extrême à certains endroits. La matérialisation de ce qu'on peut faire avec ces ingrédients-là n'est pas encore assurée, en quelque sorte.
A
Exactement, on ne sait pas encore définir toute la chronologie entre aujourd'hui et le mois de décembre, qui est normalement le point du climax d'un El Niño, simplement parce que vers le mois de juin, on a besoin que s'enclenche un couplage entre l'atmosphère et l'océan. En fait, on a des boucles de rétroaction positives qui, une fois qu'elles sont activées, permettent à l'océan de reprendre en force et de continuer à se réchauffer alors que les vents eux-mêmes continuent à s'affaiblir, ce qui est le phénomène caractéristique d'El Niño. Et ces événements qui sont initiés par des vents, en fait, sont des événements assez imprévisibles. On va savoir d'ici quelques semaines s'ils se produisent. Mais en effet, tout semble indiquer qu'on se dirige vers au moins un El Niño, et sans doute un El Niño plutôt dans la gamme assez forte, parce qu'on voit très bien le contenu en chaleur océanique au niveau de la surface et sous la surface, qui est complètement hors des clous.
D
Et qu'est-ce que ça peut changer pour nous? À la fois pour nous en Belgique, si on a un super El Nino, mais peut-être aussi pour nous consommateurs dépendants aussi d'agriculture dans différents pays du monde. On parlait récemment dans cette émission de l'enjeu du chocolat, on sait que le précédent épisode El Nino avait fortement affecté par exemple la culture du cacao en l'occurrence.
A
Au niveau des conséquences climatiques et météorologiques pures, El Niño, de ce qu'on sait, a des effets uniquement confinés dans la ceinture équatoriale, c'est-à-dire entre 30 degrés nord et 30 degrés sud. Et on voit en effet des téléconnexions, c'est-à-dire des connexions à longue distance entre ce qui peut se passer dans le Pacifique et ce qui se passe dans l'Atlantique, voire dans l'océan Indien, voire la Corne de l'Afrique. Donc ça veut dire que pour nous, établir un lien de cause à effet entre un événement ligneau et par exemple les températures qu'il va faire l'hiver prochain ou même l'été d'après, c'est vraiment un peu prématuré et surtout ça n'a pas lieu d'être parce que les corrélations ne sont pas robustes. Par contre, c'est clair qu'en déplaçant des régimes de précipitation et en réorganisant à grande échelle ces régimes de précipitation, le rendement de différentes cultures, je pense au soja, je pense au sucre, je pense au cacao, vous avez une liste très longue, peut s'en trouver affectée. Et dans l'état actuel d'une économie globalisée hyper tendue, avec un marché qui est bouleversé d'ailleurs par les enjeux au niveau du détroit d'Ormuz, on sait que ça peut avoir des conséquences.
D
Et alors on va justement accueillir dans l'émission quelqu'un qui suit on l'imagine tout ça de très près, c'est Nabil Jijakli, bonjour.
C
Bonjour.
D
Vous êtes vous le directeur général adjoint du Credendo, assureur crédit qui assure des entreprises actives dans le commerce international contre le risque de ne pas être payé. C'est ça le principe d'un assureur crédit. Autant dire que vous, vous devez essayer d'investiguer les risques pour des investisseurs un peu aux quatre coins du globe. D'abord une question un peu générale, cet enjeu du climat, du dérèglement climatique, on imagine qu'il est au cœur de vos modèles d'analyse du risque et de plus en plus ces dernières années.
C
Depuis quelques années, vous savez, chez Credendo, nous donnons un rating, une notation à chaque pays, à chaque région du monde, et parfois dans un pays grand, comme le Congo, par exemple, il y a plusieurs ratings. Ces ratings dépendent de différents facteurs, des facteurs macroéconomiques, des facteurs politiques, tels que la stabilité d'un régime, et comme vous le dites très justement, depuis quelques années, nous avons intégré la dimension climatique, parce qu'on parle souvent de changement climatique, moi je préfère utiliser le mot dérèglement climatique. Alors, ces facteurs ont été intégrés surtout sur le moyen et le long terme. Et ça rentre en ligne de compte lorsque nous prenons une décision, par exemple, de soutien d'un projet qui est remboursé sur 10 ou 12 ans. Là, forcément, ça va changer les choses.
D
Et donc, par exemple, la perspective d'un phénomène El Niño qui pourrait être super El Niño, c'est des choses que vous allez analyser, notamment pour certains types de cultures dans la ceinture équatoriale. On l'a dit, quand vous avez des entreprises qui disent «moi, je voudrais peut-être investir dans ces secteurs-là, dans ces pays-là, il y a des voyants rouges, entre guillemets, qui s'allument. Ces entreprises vont peut-être devoir payer des polices plus chères auprès d'un assureur crédit comme le vôtre. C'est des choses comme ça qui se jouent aujourd'hui dans un secteur comme le vôtre?
C
Tout à fait, mais ça va au-delà de ça, parce qu'il y aura un mécanisme vraisemblablement de propagation de ce danger. Donc j'ai bien entendu ce que disait M. Massonnet, c'est une perspective. Une perspective qui risque d'être vraie et de s'avérer réelle dans quelques semaines. Quelles sont les conséquences économiques? Alors, vous l'avez dit, il y a une ceinture. Ce sera différent si on est en Amérique latine, en Afrique ou en Asie. Mais ce qui est certain, c'est qu'on va avoir un choc, probablement, vraisemblablement si c'est avéré, sur la production agricole, non seulement agricole mais sur le bétail aussi. on va être face à des rendements inférieurs, à des rendements inférieurs sur une certaine période, et comme on l'a dit, dans un contexte où on est face à des chocs. On n'est plus dans une crise à certains moments, mais on est dans un monde de multicrise, de permacrise. Vous avez parlé du détroit d'Ormuz, mais lorsque, en 2022, la Russie a envoyé l'Ukraine, deux pays producteurs de céréales, ça a eu des conséquences. Donc ici, qu'est-ce qu'on craint? On va avoir vraisemblablement des risques de pénurie, ou s'il n'y a pas de pénurie, en tout cas d'augmentation des prix. Quand il y a augmentation des prix sur les marchés mondiaux, vous avez une augmentation de l'inflation. Cette inflation, on la ressent déjà par rapport aux matières premières en énergie fossile. Lorsqu'il y a une augmentation de l'inflation, il y a forcément les réactions des banques centrales qui augmentent les taux d'intérêt. Donc vous êtes face à un contexte macroéconomique qui est tout à fait différent. Alors évidemment, le premier secteur auquel on pense, c'est le secteur agricole. Alors on a parlé du blé, on a parlé du cacao, bref, toute une série de matières premières qui sont essentielles dans la chaîne de production alimentaire. Mais il y a d'autres secteurs qui risquent d'être impactés aussi. Je pense par exemple au secteur énergétique, et de deux manières. D'une part, dans des phénomènes d'augmentation des températures, on a de plus en plus recours au système de climatisation. J'entendais récemment, et ça n'a rien à voir avec l'Igno, mais qu'en Inde on est avec des températures au-delà de 45°C, on enclenche la climatisation, on met la production d'électricité sous tension. Autre facteur, donc on va avoir une augmentation, mais les rendements, par exemple en Amérique latine, l'énergie est énormément produite avec de l'hydroélectricité. Donc lorsque vous avez un système sous tension avec des phénomènes de sécheresse ou de baisse des niveaux d'eau, ce qui serait aussi le cas par exemple au canal de Panama, vous avez une diminution de l'énergie. Ça, ce sont les secteurs de la production énergétique. À côté de ça, vous avez vraisemblablement aussi des secteurs tels que la pêche, qui risque d'être affectée, parce que vous avez une hausse des océans, et donc, à certains endroits, ça sera plus difficile. Il y a une dimension à laquelle je voudrais aussi faire attention, et j'invite les décideurs à être attentifs à ça. C'est une hausse des prix alimentaires, c'est-à-dire des besoins de première nécessité. Ce qui se passe dans un certain nombre de cas, c'est que vous avez un mécontentement social. On a eu à plusieurs reprises dans les années précédentes ce qu'on a appelé les émeutes de la faim. Et donc on est quand même dans un contexte extrêmement sensible et qui est différent de région à région.
D
Et donc on aurait tort de regarder juste les effets directs de ces phénomènes climatiques qui déplacent des régimes météo, puisque c'est un peu de ça dont on parle, par exemple, dans le cas de El Niño, c'est des zones où on est habitué à avoir quand même des précipitations. Là, tout d'un coup, on a de la sécheresse. D'autres zones où on est habitué à ne pas avoir trop de précipitations et on en reçoit quantité. On voit bien que ça, ça dérègle l'agriculture. Mais vous nous dites qu'en cascade, il y a des effets sur l'énergie, il y a des effets sur toute la chaîne économique en soi, et puis, in fine, potentiellement, des vrais effets sociaux, des vrais effets politiques. Est-ce que vous estimez qu'aujourd'hui, politiquement, puisque vous faisiez allusion à ça, on n'a pas toujours encore bien pris la mesure de à quel point c'est une nouvelle donne pour notre planète qui est en train de s'organiser et qu'on n'est peut-être pas toujours encore conscient de l'ampleur de la chaîne des causes et des conséquences qui peut se mettre en oeuvre?
C
au-delà de mes compétences, mais il est certain que vous avez les accords de Paris qui ont été signés en 2015. Il y a des pays qui se retirent des accords de Paris. On est dans un phénomène sous tension avec les dérèglements climatiques. Vous venez de prendre l'exemple des inondations, des pluies intenses. On l'a vécu ça en Belgique en 2021, si je ne me trompe. Vous avez des phénomènes où les infrastructures sont mises sous tension, où elles sont démolies. Ce même était en 2022, je pense, où il a fait extrêmement chaud. Vous avez des fleuves tels que le Rhin qui ont eu une diminution des voies navigables. Et donc, à ce moment-là, La navigation est un des phénomènes extrêmement bons pour le climat, pour transporter les matériaux. À certains moments, on a dû arrêter. Prenez l'exemple de l'énergie nucléaire. L'énergie nucléaire, vous avez besoin de refroidisseurs, donc le stress hydraulique dans des périodes de dérèglement climatique sont importants, bien sûr. Alors, à cela, Si vous me permettez, je suis quand même très sensible à certaines régions du monde. L'Afrique sera, et M. Massonnet peut sans doute le confirmer, est au premier rang des pays ou des continents impactés par le phénomène El Niño, en tout cas l'Afrique australe. Alors vous êtes dans un continent qui cumule une série d'handicaps, notamment la pauvreté, notamment faire face au dérèglement climatique, et qui dépend encore énormément de l'agriculture pour sa subsistance, pour son développement. Et certaines zones vont être plus touchées que d'autres, et donc vous accentuez les problèmes dans une région qui est déjà sous tension. Et donc globalement, on peut s'attendre, pour revenir au phénomène El Niño, a finalement, dans un certain nombre de cas, des problèmes dans la chaîne de transmission de biens et services, dans la chaîne non seulement alimentaire, mais ça ira au-delà, et vous allez avoir une diminution de la croissance économique dans une série de pays très avérés. Alors, un autre phénomène qu'on peut aussi souligner, dans ces dérèglements climatiques extrêmes, lorsque vous avez des périodes de sécheresse et de haute température, et vous avez vécu aux Etats-Unis ou au Canada d'immenses feux de forêt, Je vois ici qu'en Asie, on est susceptible d'avoir ce genre de choses avec également des destructions massives de forêts qui sont des puits de carbone par ailleurs. Donc on est dans quelque chose d'extrêmement complexe où tout est interconnecté.
D
Oui, et ça évidemment, ça ne surprend pas toute cette chaîne des causes et des conséquences dont on parle ici, François Massonnet. Je pense que vous-même, vous êtes régulièrement consulté, notamment par des compagnies d'assurance pour essayer de comprendre tout ça, des compagnies d'assurance qui parfois d'ailleurs estiment que certaines choses deviennent presque inassurables dans un monde aussi incertain. La certitude, c'est l'incertitude en quelque sorte, et le fait que tous les éléments que l'on croyait stables vont bouger dans les années qui viennent.
A
Oui, mais l'incertitude et le fait de ne pas tout savoir ne devraient pas nous paralyser par ailleurs. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, pour reprendre l'exemple des lignots, on ne sait pas si on va développer un super lignot avec des différences de température au-dessus de 2°C, qui serait assez exceptionnel, mais rien ne nous empêche de nous y préparer et d'avoir deux plans, un plan A et un plan B, avec le plan A où on va vers un super lignot, Et on a développé un panier de décisions qui permettent d'être robustes par rapport à ce risque-là. Et puis un plan B dans lequel on va vers une ligne modérée. Donc ça, c'est vraiment... On a quand même une carte à jouer, malgré qu'on ne connaisse pas le développement chronologique précis de ce qui va se produire.
D
Mais donc, en un mot, aujourd'hui, on doit, comme ça, prévoir plusieurs scénarios. On doit se préparer aussi à gérer de l'incertitude. Bon, évidemment, lutter contre le réchauffement climatique, mais se préparer à lutter contre les effets qu'il provoque.
A
Bien entendu, continuer toujours à faire de l'atténuation, même si on a parfois tendance à l'oublier. Mais s'adapter, c'est surtout avoir l'éventail des scénarios qui peuvent se produire et avoir une réponse pour chacun d'eux.
D
L'heure n'est donc pas à un fatalisme climatique, nous dit François Massonnet, mais plutôt à penser, repenser nos modèles dans ce monde qui change, avec certainement des crises multiples à gérer dans le futur, des incertitudes à prendre en compte dans l'anticipation, mais aussi des opportunités de redessiner certains modèles économiques, sociaux, pour les rendre plus robustes face à cette nouvelle donne. Et précisément, dans notre prochain numéro des clés, on va se demander en quoi ce dérèglement climatique pourrait affecter aussi le monde du travail. Quelles conséquences les politiques climatiques elles-mêmes pourraient-elles avoir aussi sur le travail? C'est l'horizon de notre épisode suivant, à suivre donc. Celui-ci était réalisé par Guillaume Desmet, avec à la préparation Sarah Pousset et Arnaud Reussen. Et si vous souhaitez nous écrire, je vous rappelle l'adresse de ce podcast, lescles.rtbf.be
Podcast: Les Clés
Host: RTBF (Arnaud Ruyssen)
Episode: Vagues de chaleur : la nouvelle normalité ? (1/3)
Date: 25 mai 2026
Invités principaux: François Massonnet (chercheur climatologue, UCLouvain), Nabil Jijakli (directeur général adjoint, Credendo)
Cet épisode de « Les Clés » explore l’actualité brûlante des vagues de chaleur précoces et intenses qui touchent l’Europe et le globe fin mai 2026. Le podcast s’interroge sur les origines de ces épisodes de chaleur extrême, le rôle du changement climatique et l’impact potentiel du phénomène El Niño. Avec l’appui d’experts en climatologie et en risques économiques, l’émission décode les implications de ces nouveaux phénomènes météorologiques sur nos vies, nos économies et la stabilité des sociétés, proposant une réflexion sur la préparation à l’incertitude climatique.
« Jamais la vigilance canicule n'avait été activée en mai depuis que ce système d'alerte a été créé en France, il y a 22 ans. » (B, 00:55)
« Le phénomène qu'on observe est un blocage anticyclonique... l'air qui se comprime se réchauffe... on a du transport d’air du Sahara. » (A, 05:21)
« L’air part déjà avec une température bien au-delà des températures du contexte pré-industriel... le même événement météo n’a pas le même impact aujourd’hui. » (A, 07:15)
« L’extraordinaire est en train de devenir la norme... le nombre de vagues de chaleur commentées ces 10 dernières années est frappant. » (A, 08:45)
« Depuis le début janvier, tous les jours ont été des jours records. » (A, 10:14)
« El Niño redistribue des événements climatiques sur des régions qui n’y sont pas habituées... a tendance à augmenter la température globale de la planète. » (C, 11:08)
« Super El Niño n’est pas un terme scientifique... les prévisions sont encore incertaines. » (B, 11:15)
« Depuis quelques années... nous avons intégré la dimension climatique... surtout sur le moyen et long terme. » (C, 16:45)
« On n’est plus dans une crise à certains moments, mais dans un monde de multicrise, de permacrise. » (C, 17:56)
« À certains moments, on a dû arrêter... la navigation est un des phénomènes extrêmement bons pour le climat pour transporter les matériaux. » (C, 22:05)
« On est dans quelque chose d’extrêmement complexe où tout est interconnecté. » (C, 24:27)
« L’incertitude... ne devrait pas nous paralyser... rien ne nous empêche de nous y préparer et d’avoir deux plans, un plan A et un plan B. » (A, 24:54)
« Continuer toujours à faire de l’atténuation... mais s’adapter, c’est surtout avoir l’éventail des scénarios qui peuvent se produire et une réponse pour chacun. » (A, 25:42)
| Temps | Sujet/Moment | Citation marquante | |-------|--------------|-------------------| | 01:12 | Premières alertes canicule en mai | « Jamais la vigilance canicule n'avait été activée en mai... » (B) | | 05:21 | Explication scientifique du dôme de chaleur | « Le phénomène qu'on observe... blocage anticyclonique... » (A) | | 07:15 | Impact du climat réchauffé sur l’intensité | « L’air part déjà avec une température... » (A) | | 09:49 | Multiplication mondiale des vagues de chaleur | « C'est la nouvelle normalité... » (A) | | 11:08 | Nature et impact d’El Niño | « El Niño redistribue des événements climatiques... » (C) | | 16:45 | Le risque climatique dans l’assurance | « Nous avons intégré la dimension climatique... » (C) | | 17:56 | Effets systémiques du climat | « On est dans un monde de multicrise, de permacrise. » (C) | | 24:54 | Gérer l’incertitude, plusieurs scénarios | « Rien ne nous empêche de nous y préparer... deux plans. » (A) |
Le ton est posé, volontairement pédagogique et factuel, mais souvent grave, soulignant la bascule vers une ère de risques multiples et interconnectés. Les intervenants mêlent expertise scientifique, réalisme économique et souci humaniste, insistant régulièrement sur la nécessité d’anticiper sans céder au fatalisme.
L’épisode annonce une suite consacrée à l’impact de cette « nouvelle donne climatique » sur le monde du travail et les politiques climatiques — à suivre dans la prochaine édition de « Les Clés ».