
La Belgique doit s'adapter au réchauffement climatique, en plus de continuer à en atténuer les effets. Et en la matière, notre pays n’est absolument pas prêt. C'est en effet l'un des constats du Centre d’analyse des risques du changement climatique dans son Évaluat...
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Karim Sheikhassan
La Belgique sera en avertissement orange et plus d'exceptions. La première jour le plus chaud, semaine
Xavier Fetways
la plus chaude, nuit la plus chaude.
Karim Sheikhassan
Plusieurs records pourraient être battus cette semaine jusqu'à la fin de la canicule. Les clés qu'il va falloir apprendre à vivre avec un climat qui aura changé de toute façon. Arnaud Reussen.
Arnaud Reussen
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés pour un épisode où nous allons interroger la préparation de notre pays face aux vagues de chaleur. On sait que la canicule qui nous frappe aujourd'hui, si exceptionnelle qu'elle soit au regard de notre passé, risque de devenir un événement banal dans le futur en raison du réchauffement climatique. Alors, Comment se préparer? La Belgique a-t-elle déjà mis des choses en place? Comment limiter les conséquences sur la santé, sur le bien-être, sur l'économie, sur les écosystèmes? C'est tout cela que nous allons explorer en commençant par essayer de bien comprendre l'épisode de chaleur intense que nous connaissons actuellement.
Karim Sheikhassan
La première, les clés. Je suis fatiguée, je n'ai pas beaucoup dormi. Il fait trop chaud, je n'y arrive pas.
Arnaud Reussen
Ce n'est pas possible, on se retourne tout le temps.
Karim Sheikhassan
Même avec le ventilateur, c'est déjà chaud.
Arnaud Reussen
Là, c'est trop, trop, trop. Une vague de chaleur de près de 14 jours, avec des pointes proches de 40 degrés et des records de température battus de jour en jour. Alors, que se passe-t-il au niveau de la météo pour que nous restions aussi longtemps bloqués en mode canicule? Explication avec Xavier Fetways, professeur de climatologie à l'Université de Liège.
Xavier Fetways
En fait, ce qui s'est passé, c'est qu'on a de l'air du Sahara qui est remonté sur la France, de l'air très chaud. Cet air a formé un dôme de chaleur, donc c'est un gros anticyclone, avec des mouvements descendants au centre et des mouvements ascendants sur les bords, donc on a vraiment toute une circulation descendante-ascendante. Et au centre, comme on a de l'air qui descend, on n'a pas de nuages et donc un maximum de soleil. Et comme ici on est au sol sud-été, toute cette énergie du soleil, elle aura réchauffé d'autant plus ce dôme de chaleur qui était sur la France il y a quelques jours et qui est en train de remonter chez nous, qui va passer deux jours chez nous avant d'aller vers l'Allemagne dimanche.
Arnaud Reussen
Ça, c'est donc le phénomène météo, de ce qu'on appelle en langage courant un dôme de chaleur, le fait d'avoir une zone de haute pression qui persiste à un même endroit pendant un certain nombre de jours. On en avait déjà connu un dans la deuxième quinzaine du mois de mai. En voilà un nouveau maintenant. Est-ce que c'est la faute au réchauffement climatique?
Xavier Fetways
Effectivement, le réchauffement climatique favorise ce genre de choses parce qu'avec le réchauffement climatique, la dynamique atmosphérique, c'est-à-dire le vent, est en train de diminuer et du coup, les systèmes météos ont tendance à rester beaucoup plus longtemps sur place. Normalement, ici, un tel dôme aurait dû être balayé assez rapidement vers l'est de l'Europe si on avait une circulation atmosphérique normale. Mais ici, comme tout est au ralenti, on n'a plus du tout de vent, ce système reste sur place et c'est pour ça qu'il s'est amplifié.
Arnaud Reussen
Car plus il reste longtemps, plus la chaleur s'accumule. Et puis, il y a un autre élément qu'on peut aussi relier au réchauffement climatique, le fait que la Méditerranée se réchauffe. En cette fin juin, elle est à 26°C en moyenne, là où les normales saisonnières enregistrées jusqu'ici devraient plutôt la situer autour de 22°C. Et donc, quand l'air chaud remonte du Sahara, ils surfent, en quelque sorte, sur cette mer chaude.
Xavier Fetways
Les masses d'air, quand elles traversent la Méditerranée, elles ne se refroidissent pas, alors que normalement, elles devraient se refroidir. Donc en fait, avant, on était en Europe, entre guillemets, protégés des fortes chaleurs par la Méditerranée, et maintenant, ce n'est plus le cas.
Arnaud Reussen
Si on devait résumer la situation en un schéma visuel, on a au départ une dépression au large du Portugal qui agit un peu comme une pompe à chaleur. Elle va chercher de l'air chaud qui remonte du Sahara. Cet air passe au-dessus de la Méditerranée sans vraiment se refroidir et arrive alors sur le continent où il reste stationné des jours et des jours dans une zone de haute pression où la température monte et monte au fil des jours. Doit-on alors s'habituer à ce genre de phénomène? Dans le futur, des épisodes comme ceux-là vont-ils se répéter? Pour Xavier Faitouaïs, la réponse est clairement oui.
Xavier Fetways
Oui tout à fait, donc si on regarde un petit peu par rapport au futur, évidemment ici c'est exceptionnel par rapport au passé, mais par rapport au futur, je dirais qu'en 2040, ce sera un événement banal, une canicule banale. Il faut savoir qu'en 2040, on aura typiquement 15 jours à plus de 30°C chaque été, donc ce sera la moyenne. Avec certains étés, on sera un mois à plus de 30°C. Atteindre 40°C, ce sera pas exceptionnel, on se tracassera peut-être d'atteindre 45°C à ce moment-là. Mais malheureusement, quoi qu'on fasse, c'est vers ça qu'on va pour le moment.
Arnaud Reussen
C'est une conséquence du dérèglement climatique. On est déjà aujourd'hui à plus 1,5°C, en moyenne mondiale, et on sait que cela va continuer à grimper.
Xavier Fetways
Quoi qu'il arrive, on va vers un monde à plus 2°C, c'est-à-dire une anomalie de température à l'échelle globale de plus 2°C. Ça va commencer, ce monde-là, vers les années 2030-2035. Et dans ce monde-là, typiquement, il faut multiplier par 3 toutes les statistiques de chaleur. Donc si dans le passé, on avait 3-4 jours à plus de 30 degrés, ça fera 15 jours. Idem au niveau des canicules et ainsi de suite.
Arnaud Reussen
Il faut rappeler que les températures en moyenne mondiale sont souvent trompeuses, parce qu'elles tiennent compte notamment de la température des océans, qui se réchauffe moins vite que la Terre. Un monde à plus de degrés, c'est en fait une Belgique à plus 3, voire plus 4 degrés en moyenne. Ce qui veut dire qu'on aurait des moyennes de température du même ordre qu'à Poitiers, en France, par exemple. Et si on va dans un monde à plus 3 degrés, alors là, le climat belge pourrait ressembler davantage à celui d'une ville comme Bordeaux. Mais attention, ces comparaisons-là peuvent être un peu trompeuses, car si les moyennes de température vont effectivement s'approcher de ces villes-là, on n'aura pas pour autant le même régime de précipitation que dans ces régions de France. Dans les faits, on risque d'aller vers une météo très contrastée, avec des moments très chauds et puis des moments très pluvieux.
Xavier Fetways
Tout à fait, c'est vraiment ça. En fait, les extrêmes vont être amplifiés. On avait effectivement l'habitude chez nous d'avoir un climat tempéré océanique avec quelques jours de beau temps, puis quelques jours de la pluie. On avait une répartition notamment des précipitations qui était quasi uniforme. Sur une semaine, il y avait toujours un ou deux jours de pluie. Ça, c'est fini. Soit on aura un mois de sécheresse, soit de la pluie et de la pluie. Ici, on l'a bien vu, au mois de juin, début juin, les 15 premiers jours, il n'y a plus tout le temps. Il faisait mauvais, il faisait même froid. On avait l'impression de froid. Et puis ici, maintenant, on est passé dans une calicule et dans une sécheresse.
Arnaud Reussen
Il va donc falloir s'habituer à une météo beaucoup plus contrastée avec des moments parfois longs de chaleur ou de sécheresse qui vont alterner avec des moments de pluie intense. Alors, a-t-on vraiment anticipé tout cela jusqu'ici? Comment se préparer à faire face? C'est ce que nous allons maintenant explorer. Et avec nous pour cela, il y a Karim Sheikhassan.
Karim Sheikhassan
Bonjour.
Arnaud Reussen
Bonjour. Merci d'être avec nous. Vous êtes le directeur adjoint du CERAC, le Centre d'Analyse des Risques du Changement Climatique. Un petit mot peut-être d'abord sur ce qu'est le CERAC. C'est quoi? C'est un organe qui doit conseiller le politique, les gouvernements face aux risques climatiques?
Karim Sheikhassan
Oui tout à fait, donc en fait le SERAC a été fondé suite aux inondations de la vallée de la Vestre en 2021 et l'idée c'est qu'on s'est rendu compte que le degré de préparation par rapport aux risques climatiques était quand même assez insuffisant, qu'il n'y avait peut-être pas assez de prise en considération de ces risques-là. Il fallait donc créer un centre qui pouvait mettre en exergue les risques climatiques prioritaires et faire le pont entre ces risques climatiques et leurs impacts sur la société. Parce que les risques climatiques, évidemment, n'ont pas qu'un impact environnemental, ils ont un impact sur toute une série de secteurs clés pour la Belgique, et notamment la sécurité. Et donc, en fait, une des particularités de notre mandat, c'est de conseiller le Conseil National de Sécurité et tous les acteurs de sécurité, de manière générale, par rapport à ces risques climatiques-là. Et donc, de vraiment faire le pont entre conséquences du changement climatique et conséquences pour la sécurité nationale du pays.
Arnaud Reussen
Et la Sécurité Nationale, on imagine que c'est à prendre dans son acception large, c'est-à-dire les mesures qu'un État peut mobiliser pour protéger son territoire, mais aussi ses citoyens, ses institutions, son économie aussi, contre toute une série de risques. Peut-être qu'on peut dire un petit mot de la notion de risque. Justement, Karim Sheikhassan, qu'est-ce qu'on appelle un risque en matière de réchauffement climatique?
Karim Sheikhassan
Alors un risque, c'est vrai que c'est très important de bien cadrer ça, en fait un risque c'est jamais juste un aléa climatique, c'est pas juste une vague de chaleur, une inondation, une sécheresse, etc. C'est en fait la coordination de trois composantes différentes. Il y a évidemment l'aléa d'abord, donc l'événement climatique en question, Puis il y a l'exposition, donc c'est le fait d'avoir des personnes, des infrastructures qui soient là où l'aléa frappe. Et puis enfin il y a la vulnérabilité, c'est-à-dire le fait de pouvoir être disposé ou prédisposé à être affecté de manière plus ou moins forte à cet aléa. Et donc par rapport à cette vulnérabilité, on pourrait même la diviser en deux sections, il y a la vulnérabilité liée à la sensibilité, et donc c'est d'être à quel point on encaisse plus ou moins bien ou mal par rapport à nos dispositions physiques cette aléa, et puis la capacité d'adaptation. Est-ce qu'on a les moyens de se protéger? Donc si on veut être très concret, par rapport aux vagues de chaleur, une personne âgée qui habite dans un logement qui est mal isolé en plein îlot de chaleur va être extrêmement vulnérable parce que sensibilité accrue, peu de capacité d'adaptation, être très fort exposé de par le fait qu'il habite dans un îlot de chaleur urbain et exposé à quoi? A l'aléa. et donc c'est cette conjonction de ces trois éléments-là qui permettent d'apprécier la sévérité d'un risque.
Arnaud Reussen
Pour identifier les risques, on va donc regarder ce que les différents aléas climatiques peuvent avoir comme effet en fonction des typologies de notre territoire. Est-ce qu'on est en ville ou est-ce qu'on est à la campagne, par exemple? Est-ce qu'on est le long d'une rivière ou non? Et puis, on va regarder aussi les vulnérabilités des populations concernées. Dans son travail, le CERAC a ainsi identifié six grands risques principaux pour la Belgique en raison du réchauffement climatique. En un, on retrouve le stress thermique qui va justement nous occuper pour cette émission, mais on retrouve aussi ensuite l'exposition de nos infrastructures aux inondations, Les risques pour notre système assurantiel et ce que bientôt des logements, des activités vont devenir carrément inassurables. Les risques pour les cultures agricoles et les écosystèmes des sols dus aux événements extrêmes et aux sécheresses. Et puis enfin, les pandémies, les zoonoses dont on le sait, la probabilité augmente dans un climat qui se réchauffe. Six risques principaux donc, mais on va s'intéresser principalement, nous, au stress thermique, aux vagues de chaleur, avec des conséquences qui pèsent forcément sur tous les Belges, on le voit quand le thermomètre flirte avec les 40 degrés, mais des conséquences beaucoup plus marquées et dangereuses pour certaines catégories de populations plus vulnérables, dont les personnes âgées.
Karim Sheikhassan
Effectivement, plus on avance dans les âges, plus on va être vulnérable et donc potentiellement souffrir en termes de santé de ces vagues de chaleur. Les personnes de plus de 65 ans ont largement plus de chances d'avoir des problèmes de santé physiques liés aux vagues de chaleur. Mais donc quand on parle de l'âge, on pense souvent aux personnes âgées, mais on pense parfois un peu moins aux nourrissons, qui eux aussi sont particulièrement affectés par ces vagues de chaleur, ont moins de capacités de thermorégulation, évidemment ne peuvent pas penser par eux-mêmes au fait de pouvoir s'hydrater. Et on a aussi toute une série de catégories de la population qui sont aussi vulnérables, alors que ce soit physiquement ou en termes de santé mentale. Par rapport à la santé physique, on pense notamment aux femmes enceintes. Il y a... je pense, une certaine sous-estimation de ce risque-là dans les politiques publiques, dans le sens où la santé périnatale est particulièrement problématique par rapport aux vagues de chaleur. On va assister à beaucoup plus d'accouchements prématurés, de problèmes liés à ces accouchements prématurés aussi. En fait, les nourrissons, quand ils naissent, naissent aussi parfois moins grands lorsque la femme enceinte a été exposée à ces vagues de chaleur dans le troisième trimestre. Donc ça, c'est un exemple très particulier. On peut aussi citer les personnes qui ont des problèmes psychologiques. Il y a un chiffre qui est assez alarmant à ce niveau-là, c'est qu'il y a eu une étude qui avait été faite justement sur Bruxelles et qui montre que lors des jours d'extrême chaleur, le taux de suicide double lors de ces journées-là. On a aussi toute une série de personnes qui ont en fait moins de capacités de thermorégulation dans leur cerveau liées à leur maladie mentale ou à la médication qu'ils prennent. Et puis enfin, il y a tout un pan de la société qui est plutôt lié à tout ce qui est inégalité sociale, où là, en fait, évidemment, plus on est précarisé, moins on a de capacités de s'adapter dans le logement, et plus on habite aussi dans des endroits qui sont artificialisés, et où du coup, les températures augmentent très fortement.
Arnaud Reussen
Donc là, on a des vulnérabilités qui sont liées à l'âge, on l'a compris, à certaines pathologies. Et puis, il y a ce que vous nous mentionnez là, le fait qu'on n'a pas tous les mêmes habitats. C'est très différent de vivre une vague de chaleur telle que celle-ci si on est à la campagne, si on a une maison qui a été pensée pour cela, peut-être même avec une climatisation, ou bien si on est dans un appartement en ville où la température redescend beaucoup moins la nuit. On en avait parlé d'ailleurs dans un précédent épisode d'éclairs, c'est parfois presque 10 degrés de différence en début de soirée entre une ville, le cœur d'une ville et la campagne. Là, il y a une vulnérabilité particulière pour ces personnes qui vivent dans ces logements mal isolés, dans les centres urbains, petits logements. J'imagine que ça, vous avez pointé dans vos rapports.
Karim Sheikhassan
Oui tout à fait, et c'est d'autant plus le cas que, en fait à nouveau, les vagues de chaleur, on y pense souvent la journée, quand on est frappé par cette vague de chaleur, lorsqu'on sort et qu'on se rend compte qu'il fait 35, 36, 37, 38 degrés, c'est extrêmement désagréable, et c'est très mauvais pour la santé. Mais ce qui est aussi très problématique, c'est lorsque, comme vous le dites, la température ne descend pas la nuit, parce que le corps a besoin de cette descente de température pour pouvoir justement se reposer, compenser le stress qu'il a connu la journée à cause de cette vague de chaleur, et dans les centres urbains qui sont beaucoup plus durement touchés la journée, et bien comme vous le dites en fait, la température ne descend pas, et donc eux seront encore plus touchés de par le fait que physiologiquement le corps n'a pas la même occasion de pouvoir se reposer. Donc effectivement ça pose d'importants problèmes, où il y a potentiellement des stratégies d'adaptation à mettre en place pour pouvoir essayer de réduire ça.
Arnaud Reussen
On peut parler aussi de certains lieux qui ne sont pas préparés à ces vagues de chaleur, qui ne sont pas climatisées. Les classes, par exemple, on a aujourd'hui des classes où il y a des surchauffes très importantes. Or, on a des éléments, et vous l'analysez aussi dans vos rapports, qui montrent que nos capacités cognitives sont atteintes aussi par ces fortes chaleurs. Donc, quelque part, on risque d'avoir des élèves qui vont pouvoir moins bien apprendre, en quelque sorte, à cause de ces vagues de chaleur.
Karim Sheikhassan
Oui, il y a une enquête, enfin une étude qui avait été faite qui montrait que les capacités cognitives des enfants descendaient de 20 à 30% à cause d'une température qui n'est pas idéale en classe. La température idéale c'est en dessous de 21°C et donc voilà, il y a des classes effectivement, on a un chercheur chez nous qui a mis des capteurs dans certaines classes où parfois ça montait jusqu'à 42°C pendant ces vagues de chaleur donc évidemment ça pose d'énormes problèmes. Alors quand on est à 42°C c'est évidemment pas que des problèmes de concentration, c'est d'abord la santé physique de l'enfant qui est concerné, mais ça pose effectivement d'énormes problèmes dans ce secteur-là. Et en fait, comme dans tous les secteurs, et c'est un peu notre message, c'est que tous les secteurs sont concernés par cette vague de chaleur. Je pense qu'on peut penser à n'importe quel secteur d'activité belge, il n'y en a pas un où on peut se dire, en fait, la vague de chaleur ne l'a pas touchée d'une façon plus ou moins importante.
Arnaud Reussen
Oui, puisqu'on le mentionnait aussi dans un précédent épisode, même si on travaille en journée, par exemple, dans un bureau qui est climatisé et où on a des conditions un peu constantes de travail, par contre, les travailleurs qui vont rejoindre ce bureau, ils ont peut-être une nuit très difficile à cause de la chaleur et ça va quand même impacter la façon dont ils vont pouvoir travailler au quotidien. Ça veut dire qu'il y a des vraies conséquences aussi, et vous l'analysez également, sur les performances économiques, sur la compétitivité d'un pays comme le nôtre si on ne prend pas des dispositions face aux vagues de chaleur?
Karim Sheikhassan
Alors, on l'a analysé, on n'a pas encore de chiffres précis qui permettent d'isoler spécifiquement la perte de productivité et la perte de productivité au travail liée aux vagues de chaleur. Par contre, on a énormément d'études qui existent aujourd'hui qui montrent les baisses de pourcentage de PIB suite aux changements climatiques, et là je ne parle que du changement graduel climatique. Par exemple, il y a une étude qu'on a réalisée avec le Bureau fédéral du plan qui montre que dans un horizon plus ou moins lointain, donc à 2050, on pourrait arriver à une perte de PIB qui arrive jusqu'à plus ou moins 5% liée au changement graduel climatique. Et donc, c'est une perte de PIB, enfin en tout cas un effort budgétaire qui est plus ou moins comparable à celui du vieillissement de la population. Donc voilà, effectivement on a on a des pertes économiques qui sont assez importantes et il ne faut pas forcément le quantifier pour le voir concrètement. Par exemple, tout ce qui est législation du travail, on voit qu'en fait les travailleurs du dehors sont astreints, et c'est heureux, sont astreints à toute une série de réglementations qui contraint les horaires de travail, qui réduisent les horaires de travail, qui parfois interdit de travailler lorsqu'on dépasse certaines températures, ce qui forcément fait baisser la productivité au travail et la productivité de manière générale.
Arnaud Reussen
Alors la question c'est, comment est-ce qu'un pays comme le nôtre peut mieux anticiper ces risques? Comment est-ce que la Belgique doit aujourd'hui se préparer selon vous?
Karim Sheikhassan
Alors, selon nous, ça peut paraître assez généraliste, mais de prendre au sérieux le risque climatique dans tous les secteurs de la société. Donc en fait, les risques climatiques, à nouveau, ils ont pour particularité d'être excessivement transversaux. Lorsqu'un phénomène climatique se produit, tous les secteurs de la société sont touchés plus ou moins en même temps, avec des intensités différentes mais qui peuvent être assez importantes. Et donc il y a, à ma connaissance, peu d'autres phénomènes ou risques de manière générale. qui ont une conséquence aussi importante pour la société. Et donc, pour nous, il y a un effort à faire d'une part de collaboration entre les différents secteurs pour se poser la question de savoir qu'est-ce qui doit être mis en place dans les politiques publiques propres à ce secteur-là, propres aussi à des collaborations entre ces différents secteurs, ces différentes politiques publiques, et puis aussi entre les différents niveaux de pouvoir, parce que voilà, un phénomène climatique ne va pas s'attarder sur la répartition des compétences, il y a besoin de pouvoir réfléchir de manière harmonisée, de manière globale à un phénomène climatique pour pouvoir y arriver. Et donc ça passe par, dans l'aménagement du territoire, prendre au sérieux la question climatique. On en a parlé dans le secteur de l'éducation et de l'enseignement, se poser la question de savoir comment on gère les classes de manière systématique maintenant. Qu'est-ce qu'on a entendu dans votre dans la petite introduction au départ, bah qu'en fait, on va connaître ça plus ou moins tous les étés, donc on sait qu'en juin prochain, les classes vont être soumises au même stress, donc on doit prendre dans le système éducatif cette menace au sérieux, et en fait, voilà, c'est faire cet effort transversal de prendre au sérieux cette question climatique dans chacune de ces politiques publiques, plutôt que de se dire en fait, la question climatique est isolée et on la traite de manière séparée.
Arnaud Reussen
Quelque part, le climat, ce n'est plus seulement l'affaire des ministres du climat ou des administrations en charge de l'environnement et du climat. Aujourd'hui, tous les acteurs de la société, au niveau politique, mais au-delà de ça, doivent se dire, tiens, qu'est-ce qu'une vague de chaleur comme celle-ci peut changer pour moi, pour réfléchir à ce qu'on peut
Karim Sheikhassan
mettre en place pour le futur Exactement, donc par exemple,? en préparant cette interview, je me suis demandé, tiens, en termes d'urbanisme, qu'est-ce qui a été mis en place et quels sont les freins pour, parce qu'on a beaucoup entendu parler de clim, mais il y a aussi en fait tout ce qui est mettre en place, enfin mettre des volets, installer des volets ou de peindre en blanc son toit. Mais en fait, la législation urbanistique en Belgique francophone, que ce soit à Bruxelles ou en Wallonie, rend extrêmement compliqué le fait de mettre ça en place. Parce qu'il faut demander un permis d'urbanisme pour mettre en place, pour installer ses volets ou pour peindre son toit en blanc. Donc, on peut comprendre qu'il y a des obligations d'harmonisation, etc. Mais elle pèse, selon nous, assez peu lourd par rapport aux conséquences du changement climatique. Et donc, typiquement, voilà, en urbanisme, il faudrait voir comment est-ce qu'on met ça en place. Voilà, politique de l'enseignement, on en a déjà parlé. Quels sont les moyens qui sont alloués pour concrètement faire en sorte que les enfants n'aient pas des problèmes de santé physique plus ou moins graves en été et puissent avoir toute leur chance de réussir leurs examens correctement, en juin, sans avoir des problèmes cognitifs au moment de passer leurs examens?
Arnaud Reussen
Mais donc pour vous, ce qu'on doit faire aujourd'hui, c'est cet état des lieux un peu partout. Il faut que tous les secteurs se rendent compte qu'on est face à un monde qui change et qu'il faut prendre cette problématique au sérieux, avec un focus particulier sur des points de vulnérabilité, c'est ce que vous nous disiez au début. Tout le monde ne va pas être logé à la même enseigne face aux risques climatiques, que ce soit les vagues de chaleur, mais que ce soit aussi les inondations, on a pu le voir. Et donc il faut des politiques qui soient attentives justement à ces points particuliers de vulnérabilité.
Karim Sheikhassan
Tout à fait, et donc c'est aussi tout l'enjeu, et on travaille beaucoup là-dessus, c'est de voir en fait quelles sont les vulnérabilités sociales les plus importantes par rapport à chaque aléa climatique, et sur base de ça, de concentrer les efforts politiques par rapport à ces vulnérabilités sociales. Et donc voilà, par exemple, par rapport aux vagues de chaleur, à nouveau très concrètement, ce sont les îlots de chaleur urbains qui doivent concentrer beaucoup l'attention des politiques publiques, mettre en place des politiques par exemple de végétalisation de la ville, mettre des incitants aussi pour le faire parce que par exemple les communes n'ont pas toujours les moyens et malheureusement très peu les moyens de mettre en place des politiques très ambitieuses sur ces questions-là. Or on sait que c'est un enjeu capital non seulement pour les vagues de chaleur mais aussi notamment pour les inondations. Donc il y a des co-bénéfices assez importants par rapport à cette végétalisation urbaine qui pourrait faire d'une pierre deux coups à minima par rapport aux inondations et aux vagues de chaleur. Typiquement, c'est une des politiques publiques qui pourrait être mise en place. En gros, c'est systématiquement d'arrêter d'être dans une phase de réaction par rapport à un risque climatique, mais plus dans une phase d'anticipation, d'adaptation par rapport à l'exposition et la vulnérabilité.
Arnaud Reussen
Est-ce qu'on n'a pas perdu du temps quand même aussi ces dernières années? On s'est beaucoup concentré sur l'enjeu de l'atténuation, c'est comme ça qu'on l'appelle, en disant il faut absolument réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Et évidemment c'est un enjeu absolument capital si on ne veut pas empirer encore la situation. Mais est-ce qu'on n'a pas laissé du coup un peu trop de côté cet enjeu de l'adaptation alors qu'on savait que même si nos efforts en termes d'atténuation devenaient performants, quand même on allait devoir gérer au moins une part d'adaptation à ce changement climatique?
Karim Sheikhassan
Ce qui est certain en tout cas, c'est qu'il y a un besoin de travailler sur les deux en parallèle. D'où l'intérêt d'avoir commencé par parler du risque avec l'aléa, l'exposition et la vulnérabilité. Parce qu'en fait, si on ne fait que s'adapter sans atténuer, on travaille que sur l'exposition et la vulnérabilité, pas sur l'aléa. Et donc on aura beau mettre toutes les politiques d'adaptation en place qu'on veut, si on vit dans un four, ça va être compliqué de s'adapter. Par contre, si on ne travaille que sur l'aléa, peut-être que la question de l'adaptation a été un peu trop mise entre parenthèses, ce n'est pas à moi de faire cette analyse précise, mais si on ne travaille que sur l'aléa, on va avoir un problème de ne pas travailler sur les vulnérabilités, notamment sociales. Et donc, nous, notre position, ça a toujours été de dire, il faut travailler sur ces trois aspects du risque, sinon, en fait, il y a un des aspects qui va quand même prendre le dessus et on va quand même avoir un problème de gestion de ces risques climatiques.
Arnaud Reussen
J'imagine qu'on a des solutions qui peuvent quand même conjuguer les deux. On cite souvent l'exemple de l'isolation d'un logement. Si on a un logement mieux isolé, ça permet de lutter contre le froid en hiver. Si c'est bien pensé, ça peut permettre de lutter aussi contre le chaud en été et ça réduit des émissions de gaz à effet de serre. Donc là, on travaille aussi à réduire le risque climatique. J'imagine qu'on a d'autres solutions comme ça qui peuvent conjuguer et de l'adaptation et de l'atténuation.
Karim Sheikhassan
Bah à nouveau, pour moi le meilleur exemple c'est la végétalisation, c'est le fait de mettre en place des zones de fraîcheur, en fait on peut conjuguer toute une série de choses et ça peut permettre de faire d'une pierre deux coups et donc voilà, maintenant La question principale, selon nous maintenant, par rapport à l'adaptation, c'est vraiment de se concentrer sur ces vulnérabilités et ces expositions et, en termes de vulnérabilité, de faire attention à ces vulnérabilités sociales qui, peut-être, ont pu, à certains moments, être un peu trop mises de côté.
Arnaud Reussen
Si on ne pense pas à ça, on va accentuer les inégalités sociales avec le réchauffement climatique.
Karim Sheikhassan
Tout à fait, et en faisant notre analyse de risque, donc le Belgian Climate Risk Assessment, qui est notre première grosse étude phare, on a à nouveau beaucoup consulté les acteurs de la sécurité et on voyait en fait que même les acteurs de la sécurité, des personnes de la défense, des personnes du centre de crise, etc. nous disaient tous que dans les risques principaux transversaux qui devaient être pris en compte, c'est justement la vulnérabilité sociale, ce sont les inégalités sociales. Parce qu'eux aussi partent du principe que si on a une plus grosse vulnérabilité sociale, plus d'inégalités sociales, on aura aussi moins de réponses aux initiatives des autorités publiques et on va vers des dangers de déstabilisation qui sont assez importants. Donc oui, tout à fait, c'est un enjeu crucial.
Arnaud Reussen
Il y a donc un vrai enjeu, même pour la Sécurité nationale, à prendre en compte la question des inégalités sociales lorsque l'on pense les moyens de limiter les risques liés au réchauffement climatique. Si vous voulez en savoir plus sur les évaluations faites par le CERAC, on vous conseille d'aller faire un petit tour sur leur site internet Merci à Antoine Duhart pour la réalisation sonore de cet épisode, à la préparation Sarah Poussey et Arnaud Reussen, et merci à vous d'être toujours aussi nombreux, fidèles, au Rendez-vous des Clés.
Podcast Host: Arnaud Reussen
Invités principaux : Xavier Fetways (professeur de climatologie, Université de Liège), Karim Sheikhassan (directeur adjoint du CERAC)
Date: 24 juin 2026
Durée : Environ 27 minutes
Cet épisode s’intéresse à la capacité de la Belgique à faire face aux vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et intenses, rendues inévitables par le changement climatique. Arnaud Reussen et ses invités analysent le phénomène météo en cours, ses causes, ses impacts sur la société, l’économie, la santé publique, et détaillent les défis et stratégies d’adaptation nécessaires à l’échelle nationale.
« Les masses d’air… traversent la Méditerranée, elles ne se refroidissent pas… Avant, on était… protégés par la Méditerranée, et maintenant, ce n’est plus le cas. »
— Xavier Fetways [04:07]
« En 2040, ce sera un événement banal, une canicule banale… on aura typiquement 15 jours à plus de 30°C chaque été… atteindre 40°C sera pas exceptionnel. »
— Xavier Fetways [05:03]
« En fait, les extrêmes vont être amplifiés… avant, une répartition des précipitations uniforme… ça c’est fini. »
— Xavier Fetways [07:04]
« Un risque, c’est jamais juste un aléa climatique… c’est la coordination de trois composantes : l’aléa, l’exposition, la vulnérabilité. »
— Karim Sheikhassan [09:34]
« …la santé périnatale est particulièrement problématique par rapport aux vagues de chaleur. »
— Karim Sheikhassan [12:11]
« …dans les centres urbains… la température ne descend pas, et donc eux seront encore plus touchés… »
— Karim Sheikhassan [14:51]
« …une étude montrait que les capacités cognitives des enfants descendaient de 20 à 30% à cause d’une température qui n’est pas idéale en classe… »
— Karim Sheikhassan [16:07]
« …les risques climatiques ont pour particularité d’être excessivement transversaux. Lorsqu’un phénomène climatique se produit, tous les secteurs de la société sont touchés… »
— Karim Sheikhassan [18:43]
« Il y a un effort à faire… pour… concentrer les efforts politiques par rapport à ces vulnérabilités sociales. »
— Karim Sheikhassan [22:13]
« On aura beau mettre toutes les politiques d’adaptation en place qu’on veut, si on vit dans un four, ça va être compliqué de s’adapter… il faut travailler sur ces trois aspects du risque. »
— Karim Sheikhassan [23:48]
« Même les acteurs de la sécurité… nous disaient tous que… la vulnérabilité sociale, ce sont les inégalités sociales [qu’il faut cibler]. »
— Karim Sheikhassan [25:41]
« En 2040, ce sera un événement banal, une canicule banale. »
« Un risque, c’est la coordination de trois composantes : l’aléa, l’exposition et la vulnérabilité. »
« La santé périnatale est particulièrement problématique par rapport aux vagues de chaleur. »
« La température ne descend pas la nuit, et donc eux seront encore plus touchés… »
« Les capacités cognitives des enfants descendaient de 20 à 30% à cause d’une température qui n’est pas idéale en classe. »
« Les risques climatiques… tous les secteurs de la société sont touchés plus ou moins en même temps… »
« Si on a une plus grosse vulnérabilité sociale […], on aura aussi moins de réponses aux initiatives des autorités publiques et on va vers des dangers de déstabilisation […] c’est un enjeu crucial. »
Cet épisode met en évidence l’urgence d’adapter la Belgique à un climat en profonde mutation, non seulement en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi en protégeant les plus vulnérables par des politiques coordonnées, transversales et socialement justes. Végétalisation urbaine, adaptation des infrastructures et des horaires, réformes réglementaires, et lutte contre les inégalités sociales sont autant de clés pour éviter un futur où la canicule serait à la fois banale… et fatale pour beaucoup.
Ressources complémentaires sur les risques climatiques en Belgique :
Consultez le site du CERAC pour approfondir les évaluations nationales.