
Le candidat démocrate Zohran Mamdani a remporté la mairie de New-York. Comme le gouverneur de Californie Gavin Newsom, il ne cache pas son opposition à Donald Trump. Ces hommes qui se placent comme remparts à la politique du président américain représentent-ils l’a...
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Host
Donald Trump is an historic president. He is the most historically unpopular president.
Romuald Sciorra
La première ?
Host
A communist as the mayor of the largest city in the nation.
Zoran Mamdani
Are you ready to win this race ?
Romuald Sciorra
Les clés ?
Sarah Poussey
Arnaud Ruyssen.
Host
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans un nouvel épisode des Clés où l'on va prendre la direction des Etats-Unis et de New York en particulier. New York qui vient d'élire un nouveau maire, Zoran Mamdani, jeune, socialiste, issu de l'immigration et de confession musulmane. Un profil qui semble aux antipodes de l'Amérique de Trump et du coup on a eu envie de se poser cette question. Est-ce que sa victoire, nette et qui s'est construite aussi contre l'état-major du parti démocrate, Est-ce que cette victoire incarne une nouvelle voie pour les opposants à Trump ? C'est ce qu'on va analyser en revenant d'abord sur une campagne électorale un peu hors norme.
Romuald Sciorra
La première, les clés.
Zoran Mamdani
Aujourd'hui, je vais présenter le prochain maire de la ville de New York, Zoran Mandana ! Allons-y, Brooklyn !
Host
La séquence date de juin dernier. Zoran Mamdani, alors toujours candidat à la mairie de New York, arrive pour un grand meeting à Brooklyn, l'arrondissement le plus peuplé de la ville de New York. Mamdani, en costume cravate, grand sourire aux lèvres, arrive sur scène avec une énergie débordante et tout de suite interpelle la foule nombreuse avec son slogan de campagne.
Zoran Mamdani
Good evening Brooklyn ! Are you ready for a city we can afford ? Are you ready to win this race ?
Host
Êtes-vous prêts à gagner la course pour la mairie ? Êtes-vous prêts pour une ville abordable ? C'est le cœur de sa campagne, articulée autour de quelques propositions simples.
Zoran Mamdani
I believe every New Yorker deserves a life of dignity, safety and stability and that it's city government's job to deliver that. Je crois que nous pouvons arrêter les loyers pour plus de 2 millions de tenants et construire des centaines de milliers d'habitations affordables.
Host
Il entend donc geler les loyers pour 2 millions de New-Yorkais et construire des logements abordables.
Zoran Mamdani
Je crois que nous pouvons faire les bus les plus lents de la nation, rapides et libres.
Host
Rendre les bus gratuits et plus rapides.
Zoran Mamdani
Et je crois que nous pouvons fournir de l'éducation universelle pour que c'est plus facile d'élever une famille dans cette ville.
Host
Un système de garderie universelle pour les enfants. Et pour être sûr que ces trois promesses simples soient retenues et puissent être répétées par les militants présents, il fait même à chaque fois un petit récap avec le public.
Zoran Mamdani
I said I believe we can freeze them. Make buses fast and deliver universal. I said I believe we can freeze them. Make buses fast and deliver universal. Ce.
Host
Qui a aussi beaucoup joué dans cette course à la mairie de New York pour Zoran Mamdani, c'est une campagne incroyablement efficace sur les réseaux sociaux TikTok, Instagram, où le candidat s'est mis en scène avec une grande aisance. Comme dans cette vidéo où on le voit plonger tout habillé en costume cravate dans la mer glaciale et sortir en disant. Je gèle, je gèle les loyers. Ce qui fait de la victoire de Mamdani un tour de force, c'est qu'elle s'est construite contre l'establishment du Parti démocrate. Lorsqu'il s'est lancé, on le créditait d'un petit pourcent d'intention de vote à peine et personne n'aurait misé sur ses chances. Mais il a construit une vraie campagne de terrain progressivement fédérant sur un projet socialiste et affirmé comme tel. Il a gagné la primaire démocrate. Et malgré ça, s'est quand même retrouvé à devoir battre lors de l'élection un ancien gouverneur démocrate de l'État de New York, Andrew Cuomo, qui s'est présenté contre lui comme indépendant. Comme dans toute campagne électorale américaine, les médias et opposants ont aussi ressorti des casseroles. En l'occurrence, par exemple, des propos très critiques qu'il avait tenus à l'égard des policiers new-yorkais. Alors, sur Fox News, Zoran Mamdani n'a pas hésité à s'excuser platement pour ça.
Zoran Mamdani
Absolument, je vais m'excuser aux policiers, je veux travailler avec ces policiers et je sais que ces policiers, ces hommes et ces femmes qui servent à la NYPD, ils mettent leur vie sur la ligne chaque jour.
Host
Des excuses en forme d'hommage au travail des policiers. Une aisance redoutable dans tous les débats télévisés. Un style qui tranche aussi avec les ténors habituels du Parti démocrate à New York. Résultat, une victoire nette ce 4 novembre.
Zoran Mamdani
Le futur est dans nos mains. Mes amis, nous avons dépassé une dynastie politique.
Host
Une victoire qui en fait le plus jeune maire de New York à 34 ans, le premier de confession musulmane, le premier ouvertement revendiqué socialiste avec de grands espoirs suscités et forcément aussi un grand risque de décevoir. Et avec nous pour commenter cette élection et les leçons qu'il y a à en tirer, Daniel Zamora.
Daniel Zamora
Bonjour. Bonjour.
Host
Merci d'être avec nous. Vous êtes professeur de sociologie à l'ULB, spécialiste des inégalités et vous suivez de près ce qui se passe aux Etats-Unis puisque vous y avez étudiez, vous avez fait de la recherche et donc vous êtes connecté à cette réalité-là sous ce prisme des inégalités. Alors la première question que j'ai envie de vous poser, justement, c'est celle-là. Comment est-ce que vous expliquez, vous, que Zohran Mamdani ait pu rassembler comme cela alors qu'il est parti un peu de nulle part, que c'était un quasi inconnu ? qu'il a dû affronter une bonne partie du parti démocrate qui n'avait pas très envie de cette candidature. Qu'est-ce qu'il est allé toucher selon vous dans l'électorat pour réussir ce pari de s'imposer assez largement finalement à la mairie de New York ?
Daniel Zamora
Je pense qu'il y a deux éléments importants à avoir en tête. Le premier, c'est effectivement le programme. C'est quand même une ville qui est devenue très peu abordable. Il a vraiment fait sa campagne sur ça, sur la question du coût de la vie, du logement, des crèches, donc toutes ces propositions qu'on a pu déjà entendre. Mais il y a aussi, je pense, un certain style de campagne. C'est quand même quelqu'un qui n'est pas juste. Il a un très bon communicant sur les réseaux sociaux. Bien sûr, on a beaucoup vu l'iconographie un peu de sa campagne, mais c'est aussi une armée de volontaires, donc beaucoup de gens très enthousiastes de participer à sa campagne. Plus de 50 000 personnes ont étoqué à plus d'un million de portes à New York. C'est vraiment aussi une campagne qui a mobilisé beaucoup de gens. Et puis, de l'autre côté, il faut aussi admettre que le Parti démocrate, l'establishment du Parti démocrate, comme Andrew Cuomo, par exemple, ou Eric Adams, qui était l'ancien maire de New York, bon, il y en a un qui est enlisé dans un scandale de corruption et l'autre qui est enlisé aussi dans un scandale de harcèlement sexuel. Et donc, ça dessine aussi deux portraits du Parti démocrate, un qui est assez jeune et qui a un programme ambitieux et qui parle, en quelque sorte, à la population de New York. Et puis, une partie de l'Assemblée juive qui défend ou du moins qui semble défendre un peu le statu quo et qui n'hésite pas en tout cas à présenter des candidats qui ne sont plus particulièrement attrayants.
Host
Qu'est-ce qui fait selon vous alors que dans ce cas-ci Zoran Mamdani a pu rassembler un électorat d'un peu partout, à New York visiblement, d'âges assez différents, de quartiers assez différents, venus de communautés assez différentes. Qu'est-ce qu'il est parvenu alors à toucher dans son discours qui a pu aussi bien fonctionner ici selon vous ?
Daniel Zamora
Encore une fois, je pense que le message en tant que tel est un message qui résonne au regard des contraintes auxquelles font face beaucoup de New-Yorkais. Et je pense aussi que, et ça c'était un des très caractéristiques de la campagne aussi de Bernie Sanders en 2016, et puis en 2024, c'est cette campagne de terrain, c'est d'aller parler aux gens, d'aller toquer aux portes, de vraiment faire une campagne qui n'est pas axée uniquement sur la communication en tout cas, et d'organiser les gens, et donc d'aller concrètement à la rencontre des Américains. Et ça, c'était clairement un élément singulier, c'est qu'il a rassemblé beaucoup de volontaires sur le terrain.
Host
Alors, on a entendu dans l'introduction les mesures principales, les bus gratuits et plus rapides. Il en parle aussi du logement beaucoup plus abordable avec un gel des loyers. Il évoque aussi une forme de garderie universelle pour les enfants, d'essayer de faire baisser les prix aussi dans l'alimentation, avec des supermarchés, y compris publics, pour jouer sur les prix. Ce qui semble avoir bien fonctionné, c'est que non seulement il y a un message clair, rendre plus abordable, ça vous l'avez dit, Mais aussi, c'est facile à comprendre, c'est facile à appréhender en fait ces propositions-là. Tout le monde peut imaginer ce que ça peut changer demain dans son quotidien si ça se met en œuvre.
Daniel Zamora
Oui, effectivement, je pense que ça, c'est un message qui parle en grande partie à cet électorat. Et c'est vrai que le Parti démocrate est dans une sorte de position un petit peu difficile, puisque sur la dernière élection, il y a vraiment une sorte d'inflexion de son électorat. Et ça, c'est assez dramatique pour le Parti démocrate, puisque à l'élection de 2024, Kamala Harris a gagné auprès des plus hauts revenus et pour la première fois a perdu les bas revenus. Et donc, ça, c'est quand même censé être l'électorat de base du Parti démocrate qui a déserté en quelque sorte, qui soit n'est pas allé voter pour Kamala Harris, soit a voté pour Donald Trump. Et donc le cœur du message, je pense ici, c'est d'essayer de reconquérir les classes populaires aux Etats-Unis et de focaliser effectivement sur toute la question du logement, la question des crèches, qui effectivement est le cœur du message qui devrait être celui du Parti démocrate.
Host
Et ça c'est super intéressant ce que vous nous dites là et que vous aviez pointé d'ailleurs juste après la réélection de Donald Trump, c'est le fait qu'effectivement le parti démocrate avait perdu une partie importante de l'électorat plus précaire, de l'électorat qui a des bas revenus ou qui est en difficulté aujourd'hui dans sa vie quotidienne pour boucler les fins de mois. qui était normalement un électorat qui lui était plus traditionnellement acquis et qu'il était en train de perdre au profit des Républicains. Alors la question forcément qu'on se pose aujourd'hui, c'est est-ce que la méthode Mandani ou d'autres qui pourraient vouloir l'imiter, Bernie Sanders aussi, qui incarne cette ligne-là dans le parti démocrate, a plus de chances de pouvoir aller reconquérir cette partie-là de l'électorat et du coup être à nouveau compétitif face aux Républicains pour les prochaines échéances électorales ?
Daniel Zamora
C'est la grande question et c'est vrai que Trump n'a pas uniquement gagné la compétition pour le pouvoir au sein du parti républicain, il a aussi profondément transformé cette coalition. On pensait au final qu'il y avait une sorte d'inéluctabilité dans l'évolution démographique aux Etats-Unis et au final, Trump désormais a une coalition beaucoup plus diverse, faite en partie d'Hispaniques. de classes plus populaires. Et donc ça c'est une coalition assez inédite. Et je pense qu'une des raisons de cela, c'est parce qu'il semble donner un horizon sur le plan économique qui rassure un certain nombre d'Américains, même si concrètement c'est un programme qui vise grosso modo à augmenter les inégalités, à faire des baisses de revenus sur les plus riches. Mais le discours qu'a porté Kamala Harris, qui s'est imposé sans primaire, avec quand même une sorte de séquence politique un petit peu désastreuse, est un discours essentiellement assez abstrait sur la sauvegarde de la démocratie, sur le péril fasciste, mais qui tourne un petit peu à vide s'il ne s'incarne pas dans une sorte de critique concrète du programme économique de Trump et d'une alternative assez conséquente sur le plan du système de santé et ce genre de choses. Effectivement, il me semble que le Parti Démocrate est un petit peu perdu et ne semble pas vouloir vraiment entrer dans cette séquence et dans cette perspective de plus de confrontations sur le plan socio-économique.
Host
Et c'est en cela, évidemment, que le Kamam Dani, ici, interpelle et pose des questions, on l'imagine, à toute une frange du Parti Démocrate sur la voie à suivre pour les prochaines élections et notamment les prochaines présidentielles. On va accueillir un deuxième invité dans cette émission, c'est Romuald Sciorra. Bonjour.
Romuald Sciorra
Bonjour.
Host
Merci d'être avec nous. Vous vivez à New York, donc vous connaissez bien les réalités de cette ville. Vous êtes aussi directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des États-Unis à Lyris. Alors, première question que j'ai envie de vous poser, elle est un peu similaire à celle qu'on posait à Daniel Zamora. Qu'est-ce qui a fait selon vous les ingrédients de ce succès de Zoran Mamdani ? Et est-ce que c'est reproductible en dehors de New York ? Puisque c'est un peu la question qu'on se pose ici par rapport aux voix démocrates possibles face à Donald Trump aujourd'hui.
Romuald Sciorra
Alors qu'est-ce qui a fait le succès de Zoran Mondani ? Déjà son talent évidemment, une campagne éclair et remarquablement orchestrée. Et puis surtout, parce qu'on parle de la victoire de Mondani, mais il s'agit surtout ici d'une défaite de l'establishment démocrate, surtout le spectacle pathétique qui a été offert par ses concurrents démocrates. Il faut quand même garder à l'esprit que le maire actuel, le maire sortant de New York, Eric Adams, qui était donc un maire démocrate, a décidé de se présenter. Sachant qu'il perdrait la première démocrate, il s'est présenté comme indépendant. Il a juré au grand Dieu qu'il resterait dans la cour jusqu'au bout. Il a passé son temps à incendier son concurrent centriste, André Cuomo, le traitant de serpent, de menteur, etc. pour au final le rejoindre il y a quelques jours. sous des pressions de Trump, qui lui aurait promis un poste dans l'administration, et cela afin de faire perdre le communiste, pour reprendre la rhétorique trumpienne, Mandani. Cuomo, de son côté, comme ça a été dit par votre précédent invité, éclamoussé par des scandales liés à du harcèlement sexuel, avait dû quitter son poste de gouverneur de l'état de New York il y a quelques années. Il s'est présenté comme démocrate, il a participé à la primaire pour la ville de New York, en lui jurant ses grands dieux, qu'il soutiendrait le vainqueur, si ce n'était lui, de la primaire. Il l'a perdu, il s'est rétracté, présenté comme indépendant. Bref, tout cela, évidemment, a plutôt aidé Mandani à se faire élire et n'a pas aidé d'establissement démocrate. Donc, une forte adhésion essentiellement de la part des jeunes new-yorkais pour son programme, le talent de Mandani, mais aussi un très, très fort rejet de l'establissement démocrate à New York.
Host
— Et est-ce qu'il y a alors des leçons à en tirer pour le reste des États-Unis ? Parce qu'ici, on a une élection municipale dans une ville très particulière qui est New York. Est-ce qu'au-delà de ce cas particulier, il y a des leçons pour le Parti démocrate, de manière générale pour les opposants de Donald Trump, sur la stratégie à élaborer pour les prochains scrutins, selon vous, Romuald Sura ?
Romuald Sciorra
Comme vous l'avez très bien dit, New York est une ville à part, ce n'est pas l'Amérique. Il est fort peu probable qu'un candidat comme Zoran Mandani puisse être élu dans d'autres grandes villes américaines, exempts éventuellement Los Angeles et encore moins à l'échelle nationale. C'est pourquoi Donald Trump, et je répondrai donc ainsi indirectement à votre question, n'a pas tout perdu avec l'élection de Mandani. Il ne faut pas y voir une défaite de Trump. De toute façon, la ville était perdue. Les républicains n'ont présenté personne, si ce n'est Curtis Sliva qui est considéré un petit peu comme un bouffon ici. Aucun républicain sérieux ne voulait concourir à la mairie de New York. Donc cette mairie, de toute façon, devait être gagnée par un démocrate. Par contre, par contre, Alors que les démocrates sont affonnes sur la scène nationale depuis le retour de Trump, tout le monde se demande où ils sont passés, où sont les grandes voix du parti démocrate. Aujourd'hui, Zoran Mandani va prétendre, va pouvoir incarner une forme d'opposition forte à Donald Trump. Donc je dirais qu'aujourd'hui, l'opposition forte frontale, progressiste à Donald Trump, va sans aucun doute être incarné par Mandani, de par son poids dans les médias, de par ce qu'il représente et sa popularité, et cela va aider Trump. Pourquoi ? Tout simplement parce que Mandani est un épouvantail pour une très très grande partie des Américains, qu'ils soient républicains évidemment, mais aussi démocrates, pour centristes, pour la plupart d'entre eux. Il est présenté comme un socialiste alors qu'il s'agit d'un social-démocrate. Il est par Trump présenté comme un communiste. Trump nous dit que New York va bientôt ressembler au Venezuela. Enfin bref, on entend tout ici et là. Et donc, effectivement, pour une majorité d'Américains, Zoran Mandani représente vraiment l'archétype du gauchiste new-yorkais qui est exsécré dans la plupart du pays. Probablement, Donald Trump va axer ses attaques sur Mandani. Il a tout intérêt à ce que celui-ci devienne le visage de l'opposition, afin d'expliquer aux Américains, regardez, si vous votez démocrate, vous aurez des communistes un petit peu partout.
Host
Et pour Zoran Mandani, commence aussi maintenant une équation compliquée puisqu'il va falloir mettre en œuvre les promesses de campagne qui ont suscité énormément d'espoir visiblement du côté de la population new-yorkaise. Alors on va voir avec vous Daniel Zamora justement, est-ce qu'il n'y a pas un risque demain d'avoir des déceptions qui seraient à la mesure chez les new-yorkais de l'espoir très important qui a été suscité par cette campagne ?
Daniel Zamora
Bien sûr, et ça c'est sûr que la séquence qui suit est la plus compliquée au final, en grande partie aussi parce qu'une grande partie des recettes fiscales de la ville de New York viennent de l'État, lui seul ne peut pas changer fondamentalement les niveaux d'imposition, en particulier les taxes foncières qui sont une grande partie des revenus de la ville et donc ça doit être en concertation avec le niveau de l'État dans lequel c'est clair que la volonté de changer, d'augmenter les taxes n'est pas très très importante. Donc il va entrer dans une période de confrontation, non seulement avec l'État de New York, mais aussi avec Donald Trump, qui a tout à fait promis de définancer, ou du moins de s'opposer fortement à son projet. Je pense que la clé, encore une fois ici, je n'ai pas bien sûr la réponse. Je pense que les mois à venir, les années à venir vont démontrer si oui ou non il va réussir à transformer un peu cette ville et la rendre plus abordable pour la population. Mais un de ses messages c'est quand même aussi d'être constamment en contact avec sa base politique, avec tout le mouvement qu'il a apporté, de préserver ce mouvement. Et ça je pense que c'est une des clés aussi. Il y a une séquence politique qui mène à l'élection et qui rassemble des dizaines de milliers de volontaires. Comment garder ces volontaires sur la durée et de, au fond, accompagner en quelque sorte ce conflit avec des discussions, avec la mobilisation de la population ? Je pense que c'est la seule manière, en quelque sorte, de ne pas mener à une sorte de déception totale. C'est-à-dire de, à la fois, mener ce conflit et puis, s'il y a des défaites, qui seront possibles, faire participer en quelque sorte la population dans ce processus.
Host
Donc quelque part, être transparent, mais aussi dans une logique un peu participative, de dire ce combat, on l'a mené ensemble, peut-être que s'il y a des portes qui se ferment, des choses qu'on ne peut pas réaliser, je vais revenir vers vous pour vous expliquer pourquoi j'y arrive pas, quels sont les blocages, quels sont les rapports de force peut-être à construire à d'autres niveaux de pouvoir si on veut vraiment y arriver. Il y a cette possibilité-là pour un Zoran Mamdani. de montrer en transparence à son électorat ce qui marche, ce qui marche pas, ce qui est possible d'obtenir et ce qui est peut-être impossible d'obtenir là pour le moment.
Daniel Zamora
Oui, absolument. Et je pense que c'est là qu'il faut voir cette élection qui traduit deux aspects, à la fois ce programme, qui est un programme radical du point de vue européen, on dirait qu'il est plutôt modéré, mais en tout cas pour les Etats-Unis assez radical, et puis une conception de la politique qui est portée depuis déjà très longtemps par quelqu'un comme Bernie Sanders, dans laquelle l'investissement de la population sur l'organisation, sa mobilisation et le fait de de constamment être en dialogue avec sa base électorale, un élément clé. Et ça, c'est aussi un rapport à la politique qui est très, très différent de ce qu'est aujourd'hui le Parti démocrate. C'est aussi ça que je pense apporte Zoram Mamdani.
Host
Là-dessus, encore Romuald Ciorra avec vous. Est-ce que ce courant socialiste, on sait que c'était presque un gros mot pour les démocrates jusqu'il y a peu, mais il est incarné aujourd'hui par Bernie Sanders, aujourd'hui par Zoran Mamdani, est-ce qu'il gagne du poids pour la prochaine présidentielle côté démocrate ? Est-ce qu'on a une possibilité d'imaginer côté démocrate un candidat qui se qualifierait comme socialiste aux Etats-Unis ?
Romuald Sciorra
Écoutez, je me permets juste de revenir sur ce qui a été dit précédemment. Effectivement, Dany va rencontrer de nombreuses difficultés. À titre personnel, j'ai voté pour lui, mais voyons les choses telles qu'elles sont. Il ne pourra pas mettre en place son programme, car certes, il a déjà besoin des fonds de l'État de New York, mais aussi et surtout de fonds très, très importants qui sont versés par l'État fédéral. Et il est quasi certain que si Trump ne gèle pas, comme il a déjà promis, ses fonds, en tout cas, il n'obtiendra pas tout ce dont il aurait besoin pour mettre en point son programme. Il essaie, il espère pouvoir se rattraper sur des taxes sur les entreprises, mais on a déjà vu depuis quelques semaines de très nombreux entreprises décider de déménager de l'autre côté de l'Utah River, c'est-à-dire que nous ne sommes pas dans un pays, New York n'est pas un pays dont il est difficile de s'expatrier, il suffit que les grandes entreprises déménagent à 20 minutes de là dans le New Jersey, ou d'ailleurs les loyers seront moins chers pour celle-ci. Donc il y a de fortes chances, et c'est là tout le danger, et donc je vais répondre à votre question, que Mandani ne puisse pas mettre en place sa politique et que donc comme beaucoup de sociodémocrates à travers les pays occidentaux, ne pouvant donc pas appliquer ces projets sociaux, qu'il se tourne essentiellement vers le sociétal. Et donc, il pourrait y avoir une forte déception de la part des New-Yorkais, ce qui, à terme, pourrait amener un retour de bâton, un petit peu comme Trump en 2016 à l'échelle nationale, et une forte déception pour cette frange dite radicale du Parti démocrate. Donc, est-ce que Zoran Mandani peut inspirer d'autres démocrates à l'échelle nationale ? Bien évidemment. Mais une fois encore, il est très très peu probable qu'un candidat se réclamant de cette mouvance Bernie Sanders, puisque Zoran Mandani ne peut pas être candidat à la présidentielle n'étant pas né américain, puisse remporter l'élection. Plusieurs observateurs, dont moi-même, pensons que le meilleur ticket démocrate pour 2028 serait par exemple le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, qui est un centriste, Et pour la vice-présidence, Alexandria Ocasio-Cortez qui fait partie donc de la même mouvance que Zoran Mandani et Bernie Sanders. Mais à elle seule, ou à lui seule, un candidat Mandani, style Mandani, ne pourrait pas remporter une élection à l'échelle nationale.
Host
Alors vous parlez justement de Gavin Newsom. On va faire son portrait parce que c'est effectivement l'autre figure dont on parle beaucoup dans le Parti Démocrate pour la suite. Et c'est en compagnie de Sarah Poussey que l'on le découvre.
Sarah Poussey
Gavin Newsom s'est surtout fait connaître de notre côté de l'Atlantique en juin, lors des manifestations de Los Angeles. Quand Donald Trump a voulu déployer la garde nationale, le gouverneur de Californie s'y est opposé publiquement et en justice.
Host
Trump est en train de faire un.
Daniel Zamora
Coup de filet militaire partout dans Los Angeles et bien au-delà. Ses agents arrêtent des gens qui font la plonge, des jardiniers, des travailleurs. C'est de la faiblesse, de la faiblesse qui se fait passer pour de la force. Le gouvernement de Donald Trump ne protège pas nos communautés, il les traumatise.
Host
Il semble que ce ne soit que ça.
Sarah Poussey
Cet homme de 58 ans est né à San Francisco. Il rappelle souvent son enfance difficile aux côtés de sa mère qui multipliait les boulots, sa dyslexie sévère qui a compliqué son parcours scolaire. Mais c'est en réalité un membre de l'élite locale qui a pu bénéficier du réseau de son père pour se lancer professionnellement. Il devient millionnaire grâce à un groupe hôtelier qui gère notamment des domaines viticoles de luxe Et puis il se lance en politique et devient maire de San Francisco. Il est repéré par Bill Clinton, proche de Joe Biden aussi. Il se voyait déjà candidat à la précédente présidentielle, mais a été devancé par Kamala Harris, qu'il a ensuite soutenue. Gavin Newsom se place comme un rempart face à la politique de Donald Trump et il n'hésite pas à utiliser les mêmes armes. Face au Texas qui redessine sa carte électorale en faveur des républicains, le gouverneur a proposé aux Californiens de faire de même pour les démocrates et cette mesure a été approuvée par référendum.
Host
Ce n'était pas seulement une victoire pour le parti démocrate, c'est une victoire pour les Etats-Unis d'Amérique. Nous sommes fiers, nous sommes fiers du travail accompli ce soir par les Californiens pour adresser un message fort au président.
Romuald Sciorra
Le plus impopulaire de l'histoire.
Sarah Poussey
Politiquement, Gavin Newsom est libéral. Il défend le droit à l'avortement, les droits des personnes LGBT. Il est d'ailleurs connu pour avoir célébré les premiers mariages gays en tant que maire de San Francisco avant que cela ne soit autorisé au niveau fédéral. C'est aussi un grand défenseur de l'environnement qui a rendu la Californie pionnière en matière d'interdiction des voitures thermiques, de gestion de l'eau ou dit développement des énergies renouvelables. Mais Gavin Newsom suscite aussi son lot de critiques, notamment pour son élitisme. Ses propos sur l'intégration des personnes transgenres dans les compétitions féminines, sa gestion inhumaine des sans-abri ou encore sa gestion des forêts, souvent en proie à de larges incendies dans la région. Enfin, pour élargir son audience en vue de la présidentielle, il a lancé son podcast et il n'hésite pas à y inviter des membres de la sphère MAGA comme Steve Bannon ou Charlie Kirk. Et ça aussi, ça crispe un peu ses collègues démocrates.
Host
Romuald Seurat, quand on entend cela, ce profil quand même issu de l'élite, est-ce que vous imaginez qu'un Gavin Newsom puisse justement aller convaincre des gens qui ont pu voter pour un Zoran Mamdani et toute cette frange plus socialiste affirmée aujourd'hui au sein du Parti démocrate ?
Romuald Sciorra
Si dans son ticket, il a quelqu'un comme Alexandria Ocasio-Cortez qui les gérit de la gauche radicale new-yorkaise et américaine, oui. Mais s'il décide de concourir avec une personnalité style Kamala Harris, non, il ne pourra pas rallier à lui la gauche du Parti démocrate.
Host
Un vie tranchée, donc, pour Romuald Siura. Et fameux défi en vue pour les démocrates, obligés de regagner un large électorat populaire qu'ils ont perdu en bonne partie aux dernières présidentielles, tout en ne perdant pas leur électorat centriste et plus favorisé, qui, de prime abord en tout cas, semble très méfiant vis-à-vis de politiques plus socialistes, en l'occurrence surtout social-démocrates comme celles incarnées par Zoran Mamdani à New York. à suivre de près d'ici les élections de mi-mandat qui auront lieu dans un an. Merci d'avoir choisi les clés pour décrypter cette information. Merci à Adrien Chocard pour la réalisation sonore, à Sarah Pousset et Hélène Lejeune pour la préparation. Et puis petit rappel, si vous voulez faire connaître et promouvoir ce podcast autour de vous, N'hésitez pas à nous mettre quelques petites étoiles ou commentaires dans vos applications préférées. C'est cela qui assure que les algorithmes nous diffusent plus largement. Merci pour ça et merci de nous suivre.
Podcast: Les Clés
Episode: Zohran Mamdani : une autre voie pour les démocrates face à Trump ?
Host: Arnaud Ruyssen (RTBF)
Air Date: November 5, 2025
This episode of Les Clés explores the striking election victory of Zohran Mamdani, the new socialist, Muslim mayor of New York, and questions whether his success signals a new path for Democrats in the Trump era. Arnaud Ruyssen interviews sociologist Daniel Zamora and political analyst Romuald Sciorra to unpack Mamdani’s campaign, its national implications, and the broader crisis facing the Democratic Party in the United States.
The episode blends journalistic precision with urgency and engagement, combining the factual analysis of political strategies with vivid anecdotes from campaign trails and interviews, while keeping the conversation accessible and lively for listeners.
This episode raises significant questions for the Democratic Party as it stares down a revitalized Trump coalition: Can the party reconnect with working-class voters through concrete, left-wing municipal experiments like Mamdani’s, or will such victories remain isolated phenomena, even counterproductive at the national level? The challenge lies not just in messaging but in maintaining grassroots energy, implementing ambitious policies within constraining fiscal structures, and navigating the complex party divides between radical and mainstream wings.
A must-listen for anyone interested in the future of American progressive politics and the global resonance of U.S. electoral shifts.