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Salut chers auditeuristes ! Dans l'épisode de ce jeudi, vous découvrirez la belle voix de la grande féministe américaine Carole Gilligan. Cet épisode est en anglais, on a choisi de ne pas faire de doublage, mais vous trouverez un transcript complet de la conversation sur le site de Binge Audio, binge.audio, pour suivre plus facilement. Et si vous ne comprenez pas du tout cette langue, c'est pas grave, je vais vous raconter un petit peu de quoi on a parlé et pourquoi la thèse de Carole Gilligan sur ce que le patriarcat fait à l'amour m'a bouleversée. Sa pensée a éclairé d'un jour nouveau beaucoup de choses que j'entends autour de moi et beaucoup de questions que vous m'avez posées. Dans quelle mesure est-ce que les hommes et les femmes ont des relations différentes à l'amour ? Comment les carcans du genre, être un vrai mec, fort et indépendant, ou être une femme comme il faut, douce et attentive, nous empêchent de nourrir des relations authentiques les unes avec les autres ? Lire ce livre, discuter avec elle, m'a fait considérer d'un autre œil ces hommes que j'ai souvent entendu prétendre qu'ils n'avaient besoin de personne, qu'ils étaient indépendants, qu'ils n'avaient besoin d'aucun soutien émotionnel et certainement pas d'amis proches à qui se confier parce que c'est des trucs de gonzesses. Ceux obsédés par l'argent, les objets, le pouvoir, ceux qui ont oublié comment écouter, comment être tendre, comment être vulnérable. Carole Gilligan est psychologue, elle a enseigné à Harvard, à la New York University. Et dans notre conversation, elle a commencé par raconter les différentes études qu'elle a rassemblées sur le développement psychologique des petits garçons, puis des adolescents. Et particulièrement sur le moment où les garçons commencent à vouloir être des vrais mecs, à se différencier des filles, en rejetant tout ce qui est codé comme féminin dans notre culture et dans notre société. la gentillesse, l'attention aux autres, l'empathie. Cet âge où ils apprennent à mépriser leurs propres besoins émotionnels et ceux des autres. Les filles, de leur côté, vont apprendre à ne pas exprimer trop clairement leurs opinions, à faire semblant d'être douces et dévouées, à se mettre au service des autres, jusqu'à sacrifier leurs propres besoins, leurs propres intérêts, leur propre voix. C'est la mère toujours présente, la fille toujours gentille, la collègue toujours prête à venir en aide. Et puis toutes celles qui se taisent par peur d'être rejetées, d'être vues comme folles, trop bruyantes, trop affirmées, trop grandes gueules. L'une des questions qu'on se pose dans ce podcast, c'est mais pourquoi et comment est-ce que le système de domination masculine continue de perdurer ? Et l'une des grandes explications qu'on a détaillées dans plusieurs épisodes des Couilles sur la table, c'est que la domination masculine, ça procure un certain nombre de privilèges aux dominants. Le privilège de se sentir supérieur aux femmes, le privilège de se décharger sur elles de la plus grande partie du travail domestique. d'être représenté dans les fictions et les médias, d'avoir le pouvoir dans les entreprises, en politique, etc. C'est-à-dire que ceux qui sont en position de domination, ils n'ont aucun intérêt objectif à lâcher leurs privilèges. Et Carole Gilligan, elle fournit une explication complémentaire, d'ordre psychologique, que je vais grossièrement résumer en quelques phrases. En fait, en restreignant les capacités d'empathie des garçons et en étouffant les voix des filles, les carcans du genre nous empêchent de nouer des relations authentiques les unes avec les autres. Et donc ça nous rend tous malheureux. Mais en même temps, ces mêmes codes nous protègent d'un risque terrifiant. Le risque d'être blessé, trahi, abandonné. Un risque qui est inhérent à toute relation profonde. Si on n'entretient que des relations un peu superficielles, si on n'est jamais vulnérable, alors on ne court pas de danger d'être anéanti par la perte. Evidemment, dit comme ça, ça peut être un peu déprimant, mais il n'y a aucune fatalité, parce qu'heureusement, nous avons tous et tout en nous des forces de résistance. Carole Gilligan dit qu'on a tous une voix patriarcale et une voix authentique qu'il s'agit de retrouver et d'exprimer. Parce qu'on ne peut jamais complètement oublier nos véritables besoins, parce que nous sommes tous humains, parce que pour être heureux, nous avons besoin d'être en relation les unes avec les autres. Voilà, c'est un peu schématique, mais elle développe tout ça dans l'épisode et je vous laisse avec sa voix. Cet épisode est à retrouver dans votre appli de podcast ainsi que sur binge.audio. Le livre de Carol Gilligan s'appelle Pourquoi le patriarcat ? Il est publié aux éditions Climat et disponible en librairie. Bonne écoute et à bientôt pour un prochain épisode des Couilles sur la table. J'en prépare plein. On va parler d'écologie, d'informatique, de santé et de bien d'autres choses encore.
Podcast : Les Couilles sur la table
Épisode : Ce que le patriarcat fait à l’amour | Prologue
Date : 28 novembre 2019
Hôte : Victoire Tuaillon
Invitée évoquée : Carol Gilligan (psychologue et féministe américaine)
L’épisode, introduit en français par Victoire Tuaillon, sert de prologue à une conversation (en anglais, non doublée) avec Carol Gilligan, figure majeure du féminisme américain. L'objectif affiché est d’explorer ce que le patriarcat fait à l’amour, en s’appuyant sur les analyses psychologiques et sociales de Gilligan : comment les normes de genre, dès l’enfance, mettent en péril l’authenticité des relations amoureuses, amicales et familiales, et ce que cela produit chez les hommes et les femmes. Victoire annonce aussi que la réflexion de Gilligan a bouleversé sa façon de considérer les dynamiques affectives autour d’elle.
Sur la socialisation masculine :
« Lire ce livre, discuter avec elle, m'a fait considérer d'un autre œil ces hommes que j'ai souvent entendu prétendre qu'ils n'avaient besoin de personne, qu'ils étaient indépendants, qu'ils n'avaient besoin d'aucun soutien émotionnel... parce que c'est des trucs de gonzesses. » (Victoire, 02:45)
Synthèse de Gilligan :
« En restreignant les capacités d'empathie des garçons et en étouffant les voix des filles, les carcans du genre nous empêchent de nouer des relations authentiques… et donc ça nous rend tous malheureux. » (Victoire, résumant Gilligan, 08:13)
Sur la résilience :
« Carole Gilligan dit qu'on a tous une voix patriarcale et une voix authentique qu'il s'agit de retrouver et d'exprimer. » (10:33)
L’épisode est pénétré d’une voix à la fois chaleureuse, engagée et analytique. Victoire Tuaillon, fidèle à son style, synthétise avec clarté les enjeux, partage ses propres réactions et insuffle une dimension personnelle au propos, tout en restant fidèle à la pensée de Gilligan. Le ton est réflexif et invite l’auditeur·trice à une remise en question personnelle.
Dans ce prologue, Victoire Tuaillon pose les bases pour une réflexion profonde sur ce que le patriarcat fait à l’amour : en privant chacun·e de la possibilité d’être pleinement soi, il sabote l’authenticité des liens et étouffe le potentiel d’épanouissement affectif. L’épisode encourage chacun·e à retrouver la voix qui sommeille en soi, au-delà des injonctions de genre, pour réinventer des liens plus sincères et plus heureux.
Ressource suggérée :
Le livre de Carol Gilligan, Pourquoi le patriarcat ?, éditions Climats.
Pour écouter l’intégralité de la rencontre avec Carole Gilligan (en anglais), retrouvez l’épisode sur votre appli de podcast ou sur binge.audio.