Les Couilles sur la Table, Épisode 133
D’où vient l’homosexualité ?
Diffusé le 29 janvier 2026
Invité : Mathias Chaillot
Animé par Thalma Desta
Podcast : Binge Audio
Aperçu général
Cet épisode de "Les Couilles sur la table" plonge dans l'histoire, les recherches et les mythologies scientifiques entourant les origines de l’homosexualité, en posant la question : « D’où vient l’homosexualité ? » Thalma Desta échange avec Mathias Chaillot, journaliste, photographe, et auteur de l’essai 4% en théorie (Éditions Goutte d’Or, 2023), qui retrace 150 ans d’études et de débats. L’épisode déconstruit les idées reçues, le rôle des sciences, et l’impact politique et militant de la recherche sur l’homosexualité.
Principaux points abordés & Analyse par segments
1. Pourquoi chercher l’origine de l’homosexualité ?
[03:38 – 07:40]
- Mathias Chaillot évoque un double parcours personnel : d’abord l’envie d’expliquer son homosexualité à lui-même et à ses proches, puis, confronté à une thérapie de conversion, une plongée dans l’histoire des études scientifiques du sujet.
- Il souligne que la plupart des gens ne se demandent pas "d’où vient l’hétérosexualité", révélant un biais homophobe dans la recherche ciblée sur l’homosexualité.
- Les motivations des chercheurs, souvent eux-mêmes gays, oscillaient entre le désir de compréhension personnelle, la quête de normalisation sociale et l’espoir de lutter contre la criminalisation.
“Ce qui est homophobe c’est de chercher que le désir homosexuel. Pourquoi l’anomalie devrait être décortiquée et la norme n’aurait pas besoin d'être expliquée ?”
— Mathias Chaillot [05:23]
2. De la catégorie médicale à la norme sociale
[08:18 – 11:30]
- L’émergence du terme "homosexuel" dans l’Europe du 19e siècle, rapidement médicalisé puis classifié comme pathologie dans les manuels psychiatriques, contrairement à l’hétérosexualité qui devient progressivement la “norme”.
- La conceptualisation du lesbianisme reste largement ignorée du fait même que la sexualité féminine fut longtemps niée.
“Deux garçons, je pense que c’est plus menaçant pour l’ordre parce qu’un garçon homosexuel […] remet en cause le patriarcat.”
— Mathias Chaillot [11:09]
3. Chiffres : le « 4 % en théorie »
[11:30 – 14:56]
- Chaillot explique l’origine du chiffre "4%" d’hommes gays, issu des travaux d’Alfred Kinsey.
- Les distinctions méthodologiques : pratique, désir, identification — qui font fortement varier les chiffres selon la question posée.
- Disparité entre chiffres pour hommes et femmes, liée tant à des facteurs sociaux qu’à une plus grande fluidité féminine.
4. Psychanalyse & Conditionnement : causes culturelles, causes familiales
[14:56 – 19:46]
- Résumé de la thèse freudienne : l’homosexualité comme “raté” du complexe d’Œdipe dû à une mère trop présente ou un père absent/violent, des explications génétiques peu convaincantes pour Chaillot (${Voir plus bas}$).
- Le behaviorisme propose que l’orientation sexuelle serait un effet du conditionnement par récompense/punition, mais il manque de preuves réelles et tangibles.
“Si cette théorie était juste, je pense qu’on aurait beaucoup plus d’homosexuels…”
— Mathias Chaillot [16:55]
5. Recherche sur le « gène gay » et héritabilité
[19:46 – 25:34]
- Études sur les jumeaux (Pillard, années 70) : 52% de concordance chez les vrais jumeaux vs 22% pour les faux.
- Explications familiales et maternelles, chromosomes X, et le rôle des lignées maternelles repéré par Dean Hamer.
- Critique du fantasme du gène unique, la réalité étant multifactorielle.
6. Épigénétique et hormones prénatales
[25:34 – 29:31]
- L’épigénétique propose que des marqueurs transmis maternellement pourraient jouer sur la sensibilité hormonale, mais aucune certitude n’existe.
- Experiments chez les animaux (souris, moutons) ont montré une influence des hormones prénatales, mais la transposition à l’humain reste spéculative.
7. L’effet « grand frère »
[29:31 – 32:34]
- Corrélation universelle : plus un homme a de frères aînés biologiques, plus ses chances d’être gay augmentent (+33% par frère).
- Hypothèse la plus solide : un mécanisme immunologique maternel qui s’intensifie à chaque grossesse masculine.
“C’est presque la seule donnée universelle qu’on ait sur les origines de l’homosexualité.”
— Thalma Desta [30:12]
8. Prédispositions, et non déterminisme
[32:34 – 34:47]
- Toutes les recherches combinées plaident pour un modèle multifactoriel : génétique, hormonal, socioculturel et psychique, aucun élément ne permettant de prédire l’homosexualité.
9. Masculinité, efféminement et homosexualité
[34:47 – 37:48]
- Discussion sur la non-conformité de genre, la féminité des garçons gays — constatée statistiquement, mais sans explication causale unique.
- Chaillot exprime son embarras à traiter ce poncif homophobe, tout en reconnaissant les données objectives.
10. À quoi “sert” l’homosexualité en nature et dans l’espèce ?
Soutien au nid, avantages évolutifs — [38:10 – 40:28]
- L’idée du "soutien au nid” (kin selection) : les individus homosexuels apporteraient soutien, soin, et cohésion au groupe, avantage évolutif observé dans certaines sociétés traditionnelles et espèces sociales.
- Lien avec la forte occurrence d’homosexualité dans les espèces à structures sociales complexes comme les bonobos et chimpanzés.
11. Militantisme, “born this way” et dangers de la médicalisation
[41:22 – 48:43]
- En France, l’argument du “c’est naturel” (born this way) s’estompe : défendre ses droits sans se justifier devient possible.
- Mathias Chaillot raconte l’infiltration d’une thérapie de conversion en Pologne — où la médicalisation sert à justifier violence et tentatives de “guérison”.
- Avertissement : toute tentative de “prédire” l’orientation sexuelle comporte un risque eugéniste (choix d’embryons, “patchs hormonaux”, sélection, etc.). Heureusement, la multiplicité des causes rend tout contrôle illusoire.
“Le danger, ce serait de pousser des politiques eugénistes… mais justement, ce qui nous sauve, c’est que si la cause est multifactorielle, on ne peut pas agir sur tout.”
— Mathias Chaillot [47:28]
12. Bisexualité originelle, fluidité sexuelle
[48:43 – 51:17]
- La bisexualité est fréquente à la fois dans le règne animal et chez l’humain, et paraît “originelle”.
- Forte hausse de l’identification bisexuelle chez les jeunes aujourd’hui : “La proportion de jeunes qui se disent bisexuels est neuf fois plus élevée que chez leurs grands-parents.” [50:04]
- Les femmes semblent plus enclines à s’identifier bisexuelles que les hommes — pour des raisons sociales et culturelles.
13. Conclusion personnelle de Mathias Chaillot
[51:27 – 52:57]
- Cette enquête l’amène à questionner le sens même de chercher une origine, jusqu’à s’en détacher pour affirmer : “il fallait que je passe par cette question pour finir par m’en foutre”. [51:27]
- Recommandation de lecture : Evolution’s Rainbow de Joan Roughgarden, célébrant la diversité naturelle des sexualités à travers les espèces.
“La nature est queer par définition, elle produit de la différence à longueur de temps.”
— Mathias Chaillot [52:30]
Timestamps & Moments-clés
- [05:23] Pourquoi la recherche sur l’homosexualité et non l’hétérosexualité est problématique.
- [11:09] L’homosexualité masculine jugée plus menaçante pour l’ordre patriarcal.
- [16:55] Limites de la psychanalyse : “Si cette théorie était juste, on aurait beaucoup plus d’homosexuels…”
- [21:47] Les jumeaux : pas de déterminisme génétique strict.
- [30:12] L’effet grand frère, unique variable universelle.
- [37:48] La masculinité des gays, l’embarras du poncif.
- [41:49] Déclin de l’argument “born this way” en France.
- [46:19] Violence et doute, après immersion en thérapie de conversion.
- [47:28] Risque eugéniste d’une lecture biologique.
- [50:04] Explosion de la bisexualité chez les jeunes générations.
- [51:27] Pourquoi, au fond, cette question… n’a peut-être plus tant d’importance.
Notables citations
- “On ne naît pas homme, on le devient.” — (Intro)
- “Ce qui est homophobe c’est de chercher que le désir homosexuel.” — Mathias Chaillot [05:23]
- “L’homosexualité ne peut pas s’expliquer par une composante. C’est une des réponses possibles.” — Chaillot [32:34]
- “Il fallait que je passe par cette question pour finir par m’en foutre.” — Chaillot [51:27]
- “La nature est queer par définition, elle produit de la différence à longueur de temps.” — Chaillot [52:30]
Ressources recommandées
- 4% en théorie, Mathias Chaillot (Goutte d’Or, 2023)
- Evolution’s Rainbow, Joan Roughgarden
Résumé final
Ce 133e épisode offre une traversée fascinante mais critique de la recherche sur l’origine de l’homosexualité, étalant la complexité des facteurs (biologiques, psychiques, sociaux) sans jamais tomber dans le simplisme du gène unique ou du trauma d’enfance. Mathias Chaillot défend une position d’humilité et d’acceptation de la diversité humaine et animale : “Il fallait que je passe par cette question pour finir par m’en foutre”.
L’épisode éclaire aussi comment la science, loin d’être neutre, a pu servir autant de vecteur d’émancipation que d’outil d’oppression — et pourquoi, aujourd’hui, l’idée même de "prouver" l’origine d’une sexualité s’efface devant le droit d’exister, tout simplement.
