Transcript
Naomi Titi (0:01)
Oh, quelle franche rigolade!
Héloïse Junier (0:04)
Bim, j'audio! Tu veux balancer à maman?
Tal Madesta (0:19)
Mais vas-y, mais va balancer à maman! Moi j'ai balancé ce que t'as fait la semaine dernière en soirée.
Héloïse Junier (0:23)
Est-ce l'enceinte de ma cité ou de la tienne, Romulus? De notre cité, mon frère. Non, je ne partagerai jamais rien avec toi!
Naomi Titi (0:29)
tu as l'autre bras toi tu vas l'aimer? Au-delà du milieu social ou du lieu où l'on a grandi, il y a une info que j'adore avoir quand je cherche à cerner quelqu'un. C'est la composition de sa fratrie ou sa sororie, son adelphie si vous préférez. Moi par exemple, je suis la petite dernière d'une fratrie de cinq. J'ai deux soeurs nées du premier mariage de mon père. Puis un frère et une sœur avec qui je partage les deux mêmes parents. Et depuis toute petite, je sais, je sens que, parce que c'est le fils aîné, mon frère occupe une place singulière dans ma famille. Avec des libertés mais aussi un rôle et des attentes qui pèsent différemment sur lui. C'est le sujet de l'épisode du jour animé par Tal Madesta. Avec son invité, la psychologue Héloïse Junier, ils vont explorer ce que les relations entre frères et sœurs font à la masculinité. Que se passe-t-il vraiment dans les fratries? Comment les garçons apprennent à devenir des hommes aux côtés de leurs frères et de leurs sœurs? Est-ce que les sœurs ont un rôle à jouer dans la remise en question des normes de masculinité chez leurs frères? Pourquoi certains frères élevés dans la même famille développent des rapports très différents aux normes viriles? Et est-ce que les relations fraternelles reproduisent les hiérarchies entre hommes et femmes? Ou est-ce qu'elles peuvent les transformer? Toutes les réponses à ces questions, et bien d'autres, sont distillées dans la conversation qui suit, avec plein d'études et plein d'anecdotes. Peut-être que comme moi, ça va vous permettre de comprendre plein de choses sur votre enfance, mais aussi sur vos âges plus tardifs, puisque bien évidemment, nos liens avec nos frères et sœurs évoluent au fil du temps et des épreuves de la vie. N'hésitez pas à nous raconter en commentaire ce que ça a changé sur la perception de vos propres dynamiques entre frères et sœurs. Je m'appelle Naomi Titi et vous écoutez Les Couilles sur la Table, le podcast où on explore les masculinités créées par Victoire Tuaillon. Allez, je laisse le micro à Thalma Desta et je vous souhaite une excellente écoute.
Tal Madesta (2:48)
Selon Ipsos, 89% des adultes ont au moins un frère ou une sœur. La relation entre frère et sœur, qui peut durer jusqu'à 90, 95 ans parfois, est souvent la plus longue relation qu'on entretient dans la vie. Et c'est aussi l'espace où on apprend à vivre en société, qui commence le plus tôt, souvent avant l'école, mais aussi avant les relations de travail, avant les premières amitiés. C'est dans cette relation que se jouent bien souvent les premières alliances, mais aussi les premières rivalités. Mais la fratrie, ce n'est pas seulement une affaire d'affection, de jalousie ou de souvenirs d'enfance. C'est aussi un laboratoire très précoce du genre. Dans cet espace intime, les enfants apprennent souvent très tôt ce qu'on attend d'un garçon ou d'une fille, qui doit être fort, qui doit protéger, qui doit prendre soin, qui a le droit de pleurer ou de se mettre en colère. Entre frères et sœurs, les rôles se négocient, se contestent et se rejouent en permanence. La fratrie, c'est donc un terrain décisif où se fabriquent et parfois se fissurent les normes de la masculinité. C'est particulièrement émouvant pour moi de vous proposer cette discussion, déjà car j'ai un petit frère qui est très cher à mes yeux, mais aussi car je suis devenu moi-même un frère à l'âge adulte, avec ma transition de genre. Et j'ai eu le sentiment que cette mutation de grande sœur à grand frère a bouleversé la manière dont je me positionne et dont j'agis avec mon petit frère. Déjà parce qu'il a appris à être un frère avant moi, il m'a montré des mondes qui m'étaient étrangers, et puis on a une relation plus égalitaire, j'ai un peu abandonné mon rôle de maman auprès de lui. Et pour avoir fait l'expérience assez exceptionnelle de ces deux rôles, grande sœur et grand frère, je vois bien que c'est pas du tout la même chose, que ça change comment on se place par rapport à l'autre, comment on se parle. Et ça m'a donné envie de comprendre ce qui se joue d'unique dans le lien fraternel. Et Louise Juny, bonjour.
