Résumé détaillé
Podcast : Les Couilles sur la table
Épisode : Guide de survie aux fêtes de famille
Date : 17 décembre 2025
Animé par : Victoire Tuaillon (Binge Audio), avec Camille Regache (podcast Camille), Rokhaya Diallo & Grâce Ly (Kiff Taras)
1. Thème général
Dans cet épisode spécial, l’équipe des podcasts Les Couilles sur la table, Kiff Taras et Camille proposent un "guide de survie" pour affronter les discussions tendues sur le féminisme, le racisme, les questions LGBT+ et autres sujets sensibles qui surgissent souvent lors des repas de famille et fêtes de fin d’année. L’épisode mêle réflexions sociologiques, anecdotes, conseils pratiques et ressources pour naviguer ces débats sans y laisser trop de plumes.
2. Présentation de l’équipe et positionnement identitaire [00:59-05:15]
- Chacune des intervenantes se présente en contextualisant son identité (genre, orientation sexuelle, race, appartenance religieuse, expériences familiales avec les fêtes), montrant ainsi la diversité des vécus face aux repas de famille.
- Victoire Tuaillon : femme blanche, cisgenre, célibataire, ne fête plus Noël mais a souvent des discussions féministes dans sa vie sociale.
- Camille Regache : femme blanche cisgenre lesbienne, qui "enlève son étiquette féministe lesbienne" pendant les réunions familiales pour éviter le conflit, mais qui relève plutôt les propos racistes avec quelques alliés.
- Grâce Ly : femme d’origine asiatique, famille bouddhiste mais Noël "obligatoire" pour ses enfants, confrontée à des propos problématiques.
- Rokhaya Diallo : femme noire cisgenre, origines sénégalaises et musulmanes, évoque le rapport ambivalent à Noël lié à la pression d'intégration culturelle en France.
3. Cadre général : Pourquoi ces débats dérapent ? [05:15-06:40]
- Reconnaître que le conflit n’est pas toujours mauvais mais peut parfois être évité, et qu’il est toujours possible de choisir les conversations auxquelles on participe.
- Cinq cas d’arguments récurrents dans ces situations sont identifiés, chaque cas étant ensuite analysé en profondeur.
4. Cinq cas types d’arguments & Parades
1. « C’est pas comme ça autour de moi » / L’exception érigée en généralité [06:40-11:25]
- Les interlocuteur·ices nient l’existence de phénomènes structurels (racisme, sexisme, homophobie) au prétexte que dans leur entourage, ils/elles ne les voient pas.
- Victoire Tuaillon [07:46] :
“Tu souffres, je vais pas remettre en cause le fait que tu souffres. Mais nous on meurt donc.” - Solution : Reconnaître le vécu individuel, expliquer que ce n’est pas représentatif de la majorité, s’appuyer sur des statistiques.
- Camille rappelle la difficulté de voir l’homophobie : 50% des personnes LGBT+ n’ont pas fait leur coming out au travail, l’invisibilité est la règle.
- Rokhaya explique comment le “je ne te vois pas comme une noire” invisibilise le vécu discriminatoire [10:48].
Mémorable :
-“…si la personne ne t’a pas dit [qu’elle a souffert], c’est potentiellement que tu es toi-même problématique…” – Camille [12:13]
2. « Chacun est libre de faire ce qu’il veut » / L’illusion du choix individuel [12:41-16:32]
- Beaucoup de malentendus viennent d’une méconnaissance de la sociologie : l’idée naïve que tout n’est que choix individuel, sans influence des structures sociales, raciales ou économiques.
- Camille : Les choix possibles ne sont pas les mêmes pour tous, le fait de connaître ses alternatives constitue déjà un privilège [14:10].
- Rokhaya rappelle l’héritage de l’esclavage, la différence de capital matériel et la sécurité jamais acquise pour certains enfants selon leur origine [15:07].
- Camille (exemple LGBT) : même "égaux en droit", la réalité vécue est tout autre, car il y a des dangers quotidiens bien spécifiques [16:41].
3. « C’est la nature » / L’argument biologique ou naturel [19:53-28:20]
- Quand surgissent les arguments essentialistes : “hommes femmes, noirs blancs, un point c’est tout, c’est la nature”.
- Rokhaya et Grâce démontrent les constructions sociales derrière la “nature”, et la dérive de certains préjugés depuis l’esclavage jusqu’aux stéréotypes actuels [21:46].
- Conseil : sortir du piège du vrai-faux biologique et tourner la discussion sur ce que la société fait de ces différences biologiques réelles ou perçues.
- Camille (sur la PMA, la parentalité homo, la “nature”) : recentrer sur le vécu et sur l’existence réelle des familles concernées au lieu de discuter d’abstractions menaçantes [24:31/26:07].
- Grâce : passer de l’argument biologique à la morale (“mais tout fout le camp ! si on autorise ça alors…”), montrer la fonction rassurante et bloquante de cette rhétorique [27:04-27:17].
Mémorable :
- "L'anatomie, ça n'est pas un destin." – Camille [24:10]
4. “Les mots me dérangent plus que le phénomène” / La guerre sémantique [28:20-31:59]
- La discussion s’enlise dans le rejet du vocabulaire : féminisme, racisé, lesbienne, etc. Des mots perçus comme radicaux voire insultants.
- Rokhaya remet l’accent sur les discriminations réelles, pas sur les mots [29:15] :
“Je suis étonnée qu’elle soit plus choquée par le mot que par le phénomène.” - Camille préconise d’aller dans le concret et démontrer que souvent, sur les faits, on est d’accord, ce n’est qu’une question de vocabulaire — notamment pour “féministe” [29:20].
- Discussion sur la difficulté de nommer les identités (LGBT+, racisé·e, etc.) qui parfois font peur ou sont associées à des insultes ; le simple fait de prononcer correctement certains mots peut déjà représenter une victoire en famille [31:47].
5. « On ne peut plus rien dire » / Le débat comme sport et la minimisation du vécu [31:59-35:48]
- Certains aiment le débat pour le plaisir rhétorique alors que pour les personnes concernées, c’est avant tout une question de vécu.
- Camille rappelle la violence et le coût émotionnel d’être contraint·e de “débattre” de ses droits ou de son existence.
- Grâce cite la technique de Myriam Levin : quand une blague “ne fait pas rire” (ex. racisme, sexisme), dire tout simplement “non, c’est pas drôle" ou demander à la personne d'expliquer ce qui est censé être drôle [35:43].
- S’affirmer et refuser de participer à “l’humour” ou au débat purement pour le sport.
5. Conseils pratiques pour survivre aux repas de famille [36:15-39:33]
- L’alcool ne facilite pas les conversations constructives !
- Toujours essayer d’identifier des allié·es (même silencieux) à table, ou dans la cuisine — le petit comité est souvent plus propice qu’une grande table théâtralisée.
- Se préparer au contexte hiérarchisé de la famille (rôles sociaux, jeu des égos, générations, etc.)
- Savoir chercher du soutien à l’extérieur ou en aparté, ne pas hésiter à “se téléphoner”, s’écrire à distance pour ne pas se sentir isolé·e si on est la seule personne concernée (ex : personne trans seule à table).
- Méthode pour clore sereinement un débat stérile : demander poliment les sources/références (souvent il n’y en a aucune) [39:33].
- Proposer modestement : “Voilà un livre qui explique mieux, si tu veux aller plus loin…”.
Mémorable :
- "Moi je suis pas éducation nationale, je suis pas wikipédien." – Rokhaya [18:38]
- “Donne-moi tes références, je vais les consulter et on poursuivra la conversation par la suite.” – [39:33]
6. Que faire face à l’accusation d’être agressive ou "radicale" ? [40:02-41:05]
- Reconnaître son émotion ("Oui, je suis en colère, donc ce n’est pas le bon moment.") et proposer d’arrêter la conversation.
- Se recentrer sur les chiffres, les faits, être bien préparé·e avec des statistiques à opposer à la mauvaise foi.
- Accepter de ne pas convaincre tout le monde, de ne pas “éduquer” à tout prix, notamment si cela nuit à sa santé mentale.
7. Suggestions de ressources et recommandations culturelles [41:23-46:01]
- Épisodes de séries et films :
- Master of None – épisode “Thanksgiving” [Grâce]
- Skam France (saisons 3 – sur l’homosexualité masculine, et 4 – sur une ado noire et musulmane) [Rokhaya]
- Carol, film de Todd Haynes — “le seul film de Noël lesbien”
- Ressources numériques :
- Compte Instagram Aggressively Trans, par Lexie – informations pédagogiques sur la transidentité [Camille]
- Podcasts et ouvrages :
- Podcast Quoi de Meuf ? sur la séparation entre l’œuvre et l’artiste
- Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs), manuel de communication non violente de Marshall B. Rosenberg
- Conseil général :
- Ne pas hésiter à aller chercher la documentation citée dans l’émission, garder en tête que la conflictualité n’est pas toujours à fuir, mais que beaucoup de conflits sont évitables par une meilleure communication.
8. Citations & moments marquants (avec timestamps)
- “[La personne] souffre, je vais pas remettre en cause le fait que tu souffres. Mais nous on meurt donc.” — Victoire, [07:46]
- “L'anatomie, ça n'est pas un destin.” — Camille, [24:10]
- “Moi je suis pas éducation nationale, je suis pas wikipédien.” — Rokhaya, [18:38]
- “Je suis étonnée qu’elle soit plus choquée par le mot que par le phénomène.” — Rokhaya, [28:20]
- “Oui en fait je suis en colère et du coup je pense que c'est pas un bon moment pour poursuivre cette conversation.” — Rokhaya, [40:02]
9. Conclusion
Episode foisonnant, plein d’humour, de recul et de stratégies pour survivre — en gardant de l’empathie, du recul, de la répartie — aux discussions parfois agitées qui surgissent au moment des fêtes de famille. Les intervenantes rappellent que chacun·e a le droit de poser ses limites, de choisir ses batailles, et de se protéger. Les ressources partagées permettent également d’approfondir les discussions et d’accompagner les personnes qui se sentent isolées ou en décalage.
Ressources supplémentaires disponibles sur le site du podcast.
Bonnes fêtes, et bon courage à toutes et tous !
